Chapitre 15 : Un oiseau dans la tempête
Et je ne suis rien d'autre qu'un oiseau dans la tempête.
AARON, Birds in the storm
Le premier septembre, Hermione avait commandé un taxi pour se rendre à la gare de Kings Cross. Elle y arriva avec pas mal d'avance, ayant préféré prendre de la marge pour éviter de potentiels problèmes de circulation.
Le train était déjà à quai et la jeune femme monta dedans directement, légèrement fébrile à présent que le jour J était arrivé. Elle se rendit dans le compartiment des préfets et déposa ses affaires avant de s'asseoir sur la banquette, un livre de potions dans les mains. Elle le feuilleta plus qu'elle ne le lut, l'ayant déjà dévoré plus d'une fois depuis qu'elle l'avait acheté.
Elle ressentait une étrange mélancolie à retourner à Poudlard. Il lui semblait que l'année allait être bien longue sans les différentes aventures qui avaient rythmées sa scolarité depuis le début. Et en même temps, elle la redoutait plus que jamais.
Elle fut sortie de ses pensées par l'entrée d'Ernie Macmillan dans le compartiment. Le Poufsouffle avait été choisi comme deuxième préfet en chef. Ils se saluèrent et commencèrent à discuter de tout et de rien. Leur conversation finit par s'orienter sur les devoirs qu'ils allaient devoir supporter pendant l'année en tant que préfets en chef, à commencer par encadrer la masse de premières années qu'il allait y avoir, étant donné que les effectifs de l'année avaient été doublés.
Les autres préfets arrivèrent au compte-goutte. À chaque nouveau venu les mêmes conversations recommençaient : comment se sont passées les vacances, comment vont les proches, comment va se dérouler l'année… Ron fut le dernier arrivé et il salua tout le monde à la volée.
Lorsque tout le monde fut installé, Hermione et Ernie firent un petit discours afin de prévenir les préfets sur ce qu'ils attendaient d'eux. Ça ne dura pas bien longtemps. Et ils allaient se séparer quand Hannah Abbott posa une question plus que légitime.
- Comment on gère les enfants de mangemorts ou partisans de Voldemort qui seront de retour à Poudlard ? Beaucoup n'ont pas été arrêtés comme leurs parents...
Hermione s'étonna un instant de ne pas y avoir pensé elle-même mais mit rapidement cela sur le fait qu'elle avait fui tout ce qui touchait de près ou de loin à la guerre depuis le jour de la victoire.
- Je ne pense pas qu'ils poseront réellement de problèmes. Toute la fierté qui les poussait à s'affirmer a disparu, comme la plupart de leurs convictions se sont effondrées, répondit Ernie en coupant l'herbe sous le pied d'Hermione qui, bien qu'en accord avec sa réponse, la compléta tout de même.
- Quoi qu'il en soit, il faut afficher une tolérance zéro. À la fois envers les enfants de mangemorts qui feraient du zèle mais également envers ceux qui s'en prendraient à eux. Il faudra bien rappeler que la justice fait son travail et que nous, élèves, n'avons pas à intercéder en faisant justice nous-mêmes.
Les préfets hochèrent la tête pour affirmer leur accord. Hermione remarqua rapidement que ceux de Serpentard semblaient plus tendus que les autres. Elle se doutait que ça n'allait pas être facile à appliquer. Comme elle l'avait dit, elle avait bien plus peur de ce que les autres élèves étaient capables de faire aux enfants de mangemorts, par vengeance, que le contraire.
La réunion s'arrêta là. Hermione se coordonna avec Ernie pour savoir quand ils se retrouveraient pour accompagner les nouveaux premières années aux barques qui leur permettraient de rejoindre le château. Elle suivit ensuite Ron jusqu'au compartiment où il s'était installé en compagnie de Ginny et Harry. Neville et Luna les avaient rejoints durant la réunion des préfets et ils se saluèrent tous.
Hermione prit des nouvelles du père de Luna auprès de la jeune fille qui lui indiqua qu'il allait bien. Elle leur raconta comment ils avaient passé trois mois entiers dans les montagnes des pays de l'est à la recherche, malheureusement vaine, des ronflaks cornus.
Hermione, Harry, Ginny et Ron la regardaient d'un air attendri, ravis de voir que la blonde avait surmonté ce qu'elle avait vécu pendant la guerre sans changer. Ils pensèrent tous très fort, sans oser l'annoncer à voix haute, que sa rémission devait en grande partie être due à la relation qui s'était développée entre elle et Neville. Ils ne s'étaient pas lâchés la main depuis leur arrivée dans le compartiment.
La journée de trajet pour rejoindre Poudlard passa tranquillement tandis que les amis se racontaient tour à tour leurs aventures plus ou moins épiques de l'été. Hermione fut soulagée qu'il n'y ait pas de problème particulier requérant son intervention pendant le trajet. Elle espérait, sans vraiment y croire, que l'année passerait ainsi. Le soir venu, elle s'excusa auprès de ses amis et retourna dans le compartiment des préfets.
Elle profita d'être seule pour se changer. Ses habits légers et féminins qu'elle portait depuis six mois maintenant lui manquaient déjà terriblement alors qu'elle enfilait les gros collants en laine ainsi que la jupe et le chemisier informes qui leur servaient d'uniforme.
Elle cacha le tout sous sa robe de sorcier qu'elle avait fait légèrement ajuster cette année. Elle accrocha son insigne de préfète en chef à sa poitrine et plaça sa baguette dans la manche de sa robe, dans la petite poche prévue à cet effet qu'elle avait elle-même cousue, par prudence.
Elle était en train de ranger ses vêtements moldus au fond de sa valise quand Ernie arriva. Il avait été se changer dans un autre compartiment. Sachant qu'Hagrid attendrait les premières années en début de quai, ils décidèrent de se séparer et de se placer l'un au milieu, l'autre au fond du train afin de diriger les nouveaux vers le demi-géant.
Hermione se rendit donc en queue de train, non loin de là où se trouvait le compartiment des professeurs. Elle eut une pensée pour les deux hommes avec qui elle avait vécu au 12 Grimmauld Place et qui allaient être ses professeurs cette année. Elle appréhendait de les revoir, surtout dans de telles conditions.
En réalité, c'était la rentrée la plus angoissante qu'elle avait connu, tant parce qu'elle ignorait ce qui l'attendait que parce qu'elle ne savait pas comment réagir par rapport à tout cela également. Elle ne savait pas comment se comporter et se sentait décalée de tout, comme si son monde ne tournait pas dans le même sens ou à la même vitesse que celui des autres.
Elle avait l'impression que les choses allaient mal tourner, tel qu'elles l'avaient toujours fait. Elle ignorait toutefois si cette sensation était dû à son état de stress quasi permanent depuis six jours ou à une quelconque intuition qu'elle ferait bien d'écouter.
Le train arriva peu de temps après à quai et la jeune femme descendit dans les premiers. Elle se positionna au milieu du quai et essaya de rameuter les premières années qu'elle voyait passer. Elle leur indiquait le chemin vers Hagrid en leur souriant. Ils avaient l'air si peureux et si petits !
Hermione ne pouvait s'empêcher de sourire en pensant qu'elle avait ressemblé à ça en arrivant, pour la première fois, il y avait sept ans. Au bout de dix minutes, tout le monde semblait être descendu du train et Hermione commença à s'avancer vers la tête de quai.
Elle rejoignit Ernie auprès de Hagrid qui comptait les petits nouveaux pour être sûr qu'ils soient tous là. Hermione remarqua la grimace que fit le demi-géant en recommençant son comptage. Les ennuis semblaient déjà commencer, renforçant l'intuition de la brune que les choses allaient déraper sous peu.
- Mh… Hermione ? toussota Hagrid en s'approchant doucement de la jeune fille pour ne pas effrayer les nouveaux. Je crois bien qu'il en manque un… Peut-être que tu pourrais faire le tour du train pour vérifier s'il-te-plaît et pendant ce temps, on accompagne les autres avec Ernie…
La jeune femme soupira mais hocha la tête, se voyant déjà devoir remonter à pieds jusqu'au château alors que toutes les diligences seraient parties et qu'ils ne l'attendraient pas pour la traversée avec les barques. Le soulagement la submergea lorsqu'elle entendit la voix de Sirius derrière elle.
- Ce sera inutile Hagrid. Regardez qui j'ai trouvé au niveau des diligences, elle a suivi les autres élèves sans faire attention.
Finalement, les choses n'allaient peut-être pas si mal se passer que cela, pensa rapidement Hermione avant de prêter son attention aux nouveaux arrivant.
L'animagus tenait une petite aux cheveux presque noirs par la main. L'enfant se cachait derrière ses jambes, semblant légèrement terrorisée, si bien qu'Hermione peinait à apercevoir plus que la touffe de ses cheveux. Evitant de porter son regard sur Sirius, la jeune femme se baissa à hauteur de la fillette pendant que Hagrid remerciait le professeur.
- Salut ! Je m'appelle Hermione Granger. Comment tu t'appelles toi ?
Sa voix était douce. Elle se voulait rassurante. Pourtant, lorsque l'enfant lui répondit, elle eut l'impression que le monde venait brusquement d'être mis sur pause. Le temps semblait s'être figé.
- Isadora Lestrange, répondit la fillette en reprenant un peu d'aplomb.
Un frisson glacé parcourut le dos d'Hermione tandis que l'image de Bellatrix se superposait au visage de la fillette qui s'était quelque peu écartée de Sirius. Les souvenirs refaisaient surface avec force à la lisière de son esprit, sans qu'elle n'essaye même de les retenir.
Le nom de famille ne pouvait pas être une coïncidence. Mais qui était assez malsain pour lui écrire une telle histoire ? ne put s'empêcher de se questionner Hermione. Pourquoi avait-elle l'impression que le sort s'acharnait sur elle ? Combien d'épreuves devrait-elle encore surmonter ? Pourquoi la petite n'aurait pu faire son entrée à Poudlard un an après ? Pourquoi était-elle revenue ?
Elle n'avait pas même posé un pied sur le domaine de Poudlard qu'elle regrettait déjà sa décision d'être revenue dans l'établissement pour sa dernière année. Elle avait eu l'impression qu'une tempête se préparait, elle avait foncé droit dedans. A présent, elle se sentait comme un oiseau pris en pleine tempête, balloté dans tous les sens sans parvenir à reprendre un minimum de contrôle sur la situation. Si seulement elle avait écouté son intuition… Les choses auraient-elles pu être différentes ?
Ses réflexions ne lui prirent pas plus d'une seconde ou deux et pourtant, Hermione avait l'impression d'avoir encore une fois basculé un peu plus dans un monde à part, loin de celui qu'elle s'était imaginée quand elle avait appris sa condition de sorcière. Les paroles qu'elle avait prononcé auprès des préfets, le matin même, lui revinrent en mémoire. Elle n'avait pas le droit de condamner la petite pour son nom. Ce n'était qu'une enfant et elle n'était pour rien vis-à-vis de ce que Bellatrix lui avait fait subir.
Hermione ignora du mieux qu'elle put le malaise et la nausée qui la saisissaient et essaya de conserver un sourire sur son visage. Elle doutait faire mieux qu'une grimace mais l'enfant ne sembla pas le remarquer.
- Tu peux aller avec tes camarades et suivre Hagrid. On va vous emmener jusqu'au château.
Elle se releva difficilement alors que la fillette lâchait la main de Sirius pour rejoindre les autres. Prenant une profonde inspiration pour calmer les battements de son cœur, elle releva finalement les yeux sur l'homme.
Les images de leur dernière nuit lui revinrent en mémoire et elle s'y accrocha. C'était bien plus agréable que les visions de Bellatrix. Et si ça pouvait l'aider à surmonter la soirée, elle n'allait pas s'en priver.
Elle croisa le regard gris de Sirius. Son air était impénétrable. Elle n'aurait su dire quelles émotions le traversaient. Il lui avait pourtant toujours semblé n'avoir besoin que d'un coup d'œil pour décrypter ce qu'il pensait. Avait-il pris des cours auprès de Snape pour se forger cette expression ? Était-ce sa façon à lui de la repousser en tant que son nouveau professeur ? Il lui fermait ainsi l'accès à son âme en plus de celui à son corps.
- Tu ferais mieux de te dépêcher de les rattraper si tu ne veux pas qu'ils partent sans toi.
La tonalité de l'homme était à l'image de son expression faciale : détachée et loin de ce à quoi Hermione était habituée. Elle avait presque l'impression de se retrouver face à un inconnu.
Les paroles de Sirius mirent quelques secondes à parvenir aux oreilles de la brune et il lui fallut quelques secondes supplémentaires pour en comprendre le sens. La jeune fille se tourna finalement pour s'apercevoir que les autres avaient effectivement avancé vers les barques sans l'attendre.
Lorsqu'elle se retourna de nouveau vers Sirius, elle capta un instant une lueur semblable à du regret dans ses yeux. Celle-ci disparût si rapidement qu'Hermione se convainquit de l'avoir imaginée.
- Je vais y aller oui...
Cette froideur entre eux était pire que tout. Comment Hermione pourrait-elle se rattacher à leur histoire s'il décidait d'en effacer ainsi toute trace ? Comment pourrait-elle surmonter les épreuves à venir qui se dessinaient déjà devant ses yeux sous la forme d'une fillette au nom de monstre ? Monstre dont elle entendait presque le rire résonner dans la nuit, se réjouissant de la détresse qui étreignait Hermione.
L'homme hocha simplement la tête et se détourna. La brune ne mit pas une seconde de plus avant de faire de même. Finalement, son intuition avait eu raison. Les choses allaient mal se passer cette année encore.
Elle rattrapa le groupe quelques minutes après et resta en retrait, peu d'humeur à devoir répondre aux questions des premières années ou à faire la discussion avec Hagrid ou Macmillan.
Même la chance de revoir le spectacle du château illuminé depuis les barques ne parvint pas à faire passer son humeur morose. En réalité, plus elle en approchait, plus la boule dans son estomac grossissait. Les dégâts de la guerre seraient-ils toujours apparents ?
Fort heureusement, elle découvrit rapidement que tout avait été remis à neuf, au moins dans l'entrée, lorsqu'elle pénétra dans le château avec les premières années. Elle les abandonna au niveau des marches où elle avait elle-même stationné quelques années plus tôt. Comme elle se sentait différente de celle qu'elle avait été alors !
La jeune femme suivit ensuite Ernie vers la Grande Salle. Elle ne put s'empêcher de marquer un temps d'arrêt au niveau des portes. Son regard embrassa la pièce en quelques petites secondes. Il n'y avait plus la moindre trace des lits, des blessés et des corps qui avaient été répartis de part et d'autre de la salle le jour de la victoire.
Les quatre longues tablées des maisons avaient repris leur place. La table des professeurs trônait fièrement devant. Hermione évita de poser son regard dessus, peu désireuse d'avoir à subir une confrontation visuelle avec ses deux hommes. Elle ne put s'empêcher en revanche de laisser glisser son regard vers le coin de la salle où avaient été étendus les mangemorts décédés.
Ironiquement, un bout de la table des Serpentard occupait l'espace qui leur avait été dédié. Avaient-ils seulement conscience que certains d'eux étaient tranquillement assis là où les corps de leurs parents avaient été entreposés, morts ? Là encore, plus aucune trace ne laissait présager ce qu'il s'était déroulé quelques mois plus tôt.
Plus rien ne prouvait à Hermione que Bellatrix était bel et bien morte, mis à part ses souvenirs. Et elle comptait bien s'y accrocher pour ne pas sombrer dans la folie face à son fantôme qui s'était présenté à elle sous forme d'une fillette. Était-ce seulement sa fille ?
Détournant le regard, Hermione se dépêcha de rejoindre la place que ses amis lui avaient gardée. Harry lui demanda si elle allait bien et Hermione comprit que son trouble devait être plus apparent qu'elle ne l'avait pensé. Elle le rassura d'un petit sourire au moment où les premières années faisaient leur entrée dans la salle, accompagnés par le professeur Flitwick qui était à présent directeur adjoint de l'école.
Minerva McGonagall fit un petit discours, expliquant les modalités particulières de cette rentrée et revenant sur les raisons qui les avait poussés à faire ce choix. Puis la répartition commença.
Les nouveaux défilèrent un à un sous le choixpeau qui les répartissait dans les différentes maisons. Hermione gardait les yeux baissés sur son assiette, peu désireuse de s'attarder sur les enfants.
Elle sentit son cœur manquer un battement lorsque le nom d'Isadora Lestrange retentit dans la pièce. Elle vit vaguement ses amis réagir au nom à ses côtés mais elle ne broncha pas.
Dans son esprit, elle se répétait en boucle que la petite n'était pas Bellatrix et que celle-ci était morte. Elle n'arrivait toutefois pas à occulter le rire de la femme qu'elle avait l'impression d'entendre s'élever dans les airs, résonnant sur les parois de la salle, s'amplifiant d'autant plus qu'elle essayait de l'occulter.
La fillette fut sans surprise envoyée à Serpentard.
Si Hermione avait levé les yeux, elle aurait pu remarquer les regards inquiets que ses amis et ses deux hommes posèrent sur elle. Mais elle n'en fit rien.
Elle ne releva la tête que lorsque les plats apparurent sur les tables, écœurée par cette profusion de nourriture alors que son estomac était contracté à son maximum. Elle écouta vaguement ses amis parler des nouveaux élèves, de la façon dont allait se passer l'année ainsi que des professeurs qui avaient rejoints l'équipe pédagogique.
Elle ne put s'empêcher de retenir un léger sourire en entendant Neville se plaindre.
- Après tout ce qu'on a vécu, il faut encore qu'on ait Snape comme prof de potions, la vie est vraiment trop injuste !
Et Ron d'ajouter :
- Ne me dis pas qu'il te fait encore peur alors que tu as défié Voldemort en face !
Le jeune Longbottom protesta que c'était complètement différent, ce qui fit instantanément rire les autres. Le reste du dîner se déroula sur cette ambiance plus détendue et Hermione parvint presqu'à oublier, l'espace d'un instant, ses sombres pensées. Elle n'arriva cependant pas à avaler plus de quelques bouchées de son assiette, comme depuis plusieurs jours, le ventre noué par l'angoisse.
Une fois le repas terminé, les préfets prirent en charge les premières années pour les conduire à leurs salles communes et leur expliquer le fonctionnement de l'école. Hermione fut soulagée de pouvoir se détendre quelque peu et elle partit en compagnie de ses amis vers la tour de Gryffondor.
Elle leur indiqua en chemin qu'elle occuperait les appartements des préfets en chef cette année mais les rassura sur le fait que ça ne l'empêcherait pas de passer tout son temps libre avec eux dans la salle commune de Gryffondor.
Cette dernière avait changé depuis la dernière fois qu'ils y avaient mis les pieds. Tous les meubles avaient été remplacés du fait de leur destruction lors de la bataille de Poudlard. L'ensemble donnait un rendu plus moderne à la pièce tout en gardant le côté chaleureux qui la caractérisait depuis des générations.
Le groupe d'ami prit possession des canapés disposés devant la cheminée et ils discutèrent allègrement de tout et de rien. Hermione apprit au détour d'une conversation que Sirius avait été désigné comme le nouveau directeur de Gryffondor. Harry était plus qu'excité à avoir son parrain en tant que professeur, ce qui leur permettrait de passer plus de temps ensemble et rattraper le temps perdu à cause de l'enfermement de l'homme.
Hermione quitta la tour au moment du couvre-feu. Il lui restait une patrouille à effectuer, pour s'assurer que tout le monde avait bien rejoint son dortoir, avant de pouvoir rejoindre son appartement pour la nuit. Elle commença donc à se promener dans les couloirs tel qu'elle l'avait fait en cinquième et sixième année en tant que préfète.
Son parcours était tout tracé. C'était devenu presqu'une habitude. D'abord le septième étage, le coin des Gryffondor, puis elle descendait les étages un à un pour finir aux cachots, chez les Serpentard.
Ce soir-là, sa ronde se passa sans encombre, jusqu'à ce qu'elle atteigne le repère de Serpentard. Elle était prête à faire demi-tour et rentrer dans ses appartements quand elle entendit quelqu'un sangloter.
Soupirant, elle s'approcha du bruit doucement pour ne pas effrayer la personne qui pleurait. Elle eut un moment d'arrêt en reconnaissant la petite Lestrange. Elle s'approcha d'elle lentement, maudissant son manque de chance et s'arrêta à quelques pas.
- Mh, Isadora c'est bien ça ? demanda-t-elle de la voix la plus douce qu'elle était en mesure de fournir étant donné les circonstances. Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Tu devrais être dans ton dortoir à cette heure-ci, tes préfets ne t'ont pas expliqué ?
La fillette renifla en relevant les yeux vers Hermione. Elle ressemblait à un gobelin, assise comme ça à même le sol avec ses grands yeux sombres pleins de larmes.
L'enfant se leva soudainement, faisant voler sa chevelure noire dans tous les sens, et sauta sur Hermione. Elle s'accrocha à ses jambes tout en continuant de pleurer. D'abord surprise, Hermione soupira. C'était bien sa veine que cette petite soit un vrai pot de colle.
- Tout le monde me regarde bizarrement… Alors j'ai voulu sortir mais je me suis perdue ! chouina l'enfant.
Elle parlait trop fort. Ce fut la première pensée qui traversa l'esprit d'Hermione. Et puis elle finit par réaliser ce que la petite tentait de lui dire. Elle réalisa qu'elle n'était pas la seule que Bellatrix avait marquée pendant cette guerre et que la fillette devait déjà avoir plus d'un ennemi à cause de son nom. Alors elle prit sur elle. Elle attrapa la fillette par ses épaules pour l'éloigner un peu d'elle et se laissa tomber à genoux pour être à sa hauteur.
- C'est le premier jour, c'est normal de se sentir seule. Tu verras demain tu te feras pleins d'amis. Mais pour ça, il faut que tu ailles dormir pour être en forme demain ! Je vais te montrer le chemin de ton dortoir.
Elle grimaça devant le ton enjoué de sa voix qui sonnait faux même à ses propres oreilles. Ça ne sembla toutefois pas déranger la fillette qui se jeta une fois de plus sur elle pour lui faire un câlin. Ça paraissait être son moyen d'expression le plus développé.
Hermione la laissa faire cinq secondes. Elle les comptait une à une dans sa tête. C'était un peu sa propre punition pour ne voir en l'enfant que Bellatrix alors que la fillette n'avait rien fait. Elle semblait même beaucoup trop fragile pour porter le nom des Lestrange.
Hermione n'arriva pas jusqu'à cinq. Une voix rauque tonna dans son dos à peine eut-elle dépassé les trois secondes.
- Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce qu'il se passe ici ?
La jeune femme se releva en repoussant en vain la fillette. Celle-ci se cacha immédiatement dans ses jambes. Hermione se tourna vers Severus en soupirant.
- La petite Isadora Lestrange, première année de Serpentard, s'est perdue. Je la raccompagne à son dortoir, Professeur…
L'homme lui jeta un regard étrange. Elle fit mine de ne pas le remarquer. Ce n'était ni le lieu, ni le moment propice à une discussion avec lui. Elle était loin d'être prête pour ça alors que le bébé fantôme de Bellatrix était accroché à sa jambe.
- Pouvons-nous reprendre notre chemin, Professeur ?
Severus hocha simplement la tête, sans savoir quoi dire. Il ne s'était pas attendu à trouver Hermione lors de sa ronde. Il savait qu'il allait la croiser mais pensait avoir le temps de remettre ses idées en place. Il n'avait pas imaginé lui tomber dessus aussi rapidement. Encore moins accompagnée de la petite Lestrange qui semblait étrangement lui vouer toute son admiration.
Il n'avait pu s'empêcher de regarder la jeune femme lors de la répartition. Il avait vu dans son attitude toute la douleur de son passé refaire surface. Il avait remarqué le tressaillement qui l'avait saisie lorsque le nom de Lestrange avait retenti. Lui-même avait eu du mal à regarder la fillette Lestrange, tant elle ressemblait à sa mère Bellatrix. Il n'imaginait que trop bien les souvenirs qui avaient dû refaire surface dans l'esprit de la jeune femme.
Donc non, jamais il n'aurait imaginé les retrouver le soir même dans les bras l'une de l'autre en train de se câliner. Il n'avait pas été prêt à faire face à Hermione. Il l'était encore moins quand elle était accompagnée d'une copie miniature de Bellatrix, aussi pleurnicharde que semble être l'enfant. Il les regarda donc s'éloigner sans rien dire. L'année allait être longue, soupira-t-il intérieurement.
Sans attendre une seconde de plus après le hochement de tête de l'homme, Hermione avait attrapé la fillette par la main et l'avait forcée à prendre le chemin de la salle commune de Serpentard. Elle ne souhaitait pas rester plus que nécessaire auprès de Severus, parce qu'elle ne savait quoi lui dire. Ou plutôt parce que tous les mots qui lui venaient à l'esprit étaient complètement inconvenants.
Elles mirent près de cinq minutes à rejoindre la salle commune. C'était à se demander comment la petite avait pu se perdre aussi loin de l'entrée de la pièce. La brune note mentalement qu'il faudrait qu'elle parle aux préfets de Serpentard pour qu'ils surveillent l'enfant. Son année s'annonçait suffisamment compliquée comme cela sans qu'elle n'ait besoin de rajouter un bébé fantôme de Bellatrix dans l'équation.
Elle savait qu'elle était légèrement injuste envers l'enfant mais elle ne pouvait s'en empêcher. Et puis, elle lui avait fait un câlin, ça pouvait bien compenser ! La fillette finit par rentrer dans la salle avec un dernier regard en direction d'Hermione.
La jeune femme fut soulagée de la voir disparaître derrière le tableau. Elle rebroussa finalement chemin. Son appartement de préfète en chef se situait au cinquième étage, juste à côté de la salle de bain des préfets. Au moins, elle aurait deux étages de moins à remonter par rapport aux autres années, se consola-t-elle après avoir lancé un rapide tempus.
La soirée était déjà plus qu'entamée. Elle donna le mot de passe au tableau et pénétra dans le couloir commun entre son appartement et celui d'Ernie. Le garçon lui avait indiqué dans le train qu'il ne l'utiliserait que peu souvent. Hermione se doutait déjà des conditions dans lesquelles il allait venir, avec une ou plusieurs filles au bras.
Elle poussa la porte de son côté et laissa son regard découvrir l'endroit. La décoration était assez spartiate : un lit, double, pour le plus grand plaisir de la jeune femme, un bureau avec une chaise et une armoire. Dans un coin de la pièce se trouvait une petite porte donnant sur une salle d'eau et des toilettes. Sur les murs, une petite fresque aux couleurs de Gryffondor – sans doute magiquement changée tous les ans en fonction de la maison d'appartenance des préfets en chef – donnait un peu de chaleur à la pièce. Enfin, une cheminée trônait contre l'un des murs. Un petit feu brûlait en son âtre.
Sa malle était posée au pied du lit. Liri, son hibou, avait été emporté à la volière par les elfes. Elle se promit de passer le voir dès le lendemain. Le premier septembre tombait un lundi cette année-là et la jeune fille sentit que la première semaine allait être très longue.
D'un sort rapide, elle déballa sa malle et regarda ses affaires se ranger dans l'armoire et sur le bureau suite à un rapide sortilège. Elle se déshabilla ensuite avant d'aller prendre une rapide douche. Elle souffla d'apaisement lorsqu'elle se coucha dans son lit après avoir enfilé une nuisette.
Ses rêves furent peuplés de cauchemars malgré l'épuisement qui l'avait fait s'endormir rapidement. Elle rêva de Bellatrix et de la petite Lestrange. La femme apprenait à l'enfant à utiliser sa baguette pour torturer les autres. Et bien sûr, Hermione était le cobaye.
Elle se réveilla à l'aube, trempée de sueur et emmitouflée dans ses draps. Elle songea qu'elle avait oublié de placer un sort d'insonorisation sur la chambre et elle espérait qu'Ernie soit réellement resté dans le dortoir de Poufsouffle pour la nuit.
Elle ne s'était pas attendue à ce que ses cauchemars reviennent avec une telle force et pourtant, elle aurait dû s'en douter. Au stress qu'elle ressentait vis-à-vis de cette rentrée et du fait de retrouver Severus et Sirius comme professeurs s'était ajoutée l'anxiété liée à la découverte de l'existence de la petite Lestrange. Automatiquement, il n'était pas surprenant que tout cela soit ressorti dans son subconscient.
Tremblante, Hermione se leva et alla prendre une douche rapide pour chasser de son esprit les images de ses cauchemars. Elle se concentra quelques minutes, le corps sous l'eau chaude, pour détendre ses muscles et focaliser son esprit sur les murs qu'elle avait commencé à construire, de façon à enfermer ses mauvais souvenirs derrière.
Un coup d'œil au miroir la fit grimacer. Elle avait des cernes bien marquées et ses yeux étaient quelque peu rougis à cause des larmes qui avaient coulé dans son sommeil. La brune attrapa sa baguette et lança un petit sortilège de maquillage. C'était ténu mais ça ferait parfaitement l'affaire. Elle voulait juste éviter les questions. Elle enfila ensuite son uniforme et fila dans la grande salle pour le petit déjeuner.
Elle y arriva quelques minutes avant Ron et Harry et elle s'installa sur le banc pour commencer sans eux. Elle appréciait prendre le temps de petit déjeuner, là où ses amis arrivaient généralement à la dernière minute et s'empiffraient avant d'aller en cours.
La jeune femme, totalement focalisée sur son assiette qu'elle peinait à manger et sa tasse de thé, ne vit pas Sirius s'approcher d'elle. Elle sursauta quelque peu lorsqu'elle entendit sa voix.
- Miss Granger…, commença-t-il, légèrement hésitant, comme s'il était perturbé par l'utilisation du nom de la jeune femme. Votre emploi du temps.
Hermione se tourna vers lui et attrapa le papier qu'il lui tendait. Le temps qu'elle relève les yeux vers son visage, l'homme s'était déjà détourné. Elle le regarda s'éloigner vers un groupe de deuxièmes années qui venait d'arriver avec un pincement au cœur.
- Pourquoi cette tête dépitée ? Tu n'as pas eu toutes les matières que tu voulais ? se moqua le jeune homme.
- Bonjour à toi aussi Ron, soupira Hermione.
Elle porta son attention sur son emploi du temps après avoir salué Harry, légèrement stressée malgré elle par la remarque de Ron. Elle avait bien les sept matières qu'elle avait demandées : métamorphose, potions, défense, sortilèges, botanique, arithmancie et runes. Les cinq premières lui permettraient d'envisager des études de médicomagie, les deux dernières étaient pour ne pas se fermer de porte.
Elle n'avait toujours pas choisi ce qu'elle souhaitait faire après sa septième année. Elle se souvint que Severus lui avait proposé d'en discuter avec lui mais elle doutait que sa proposition soit toujours d'actualité. Elle regretta quelque peu de ne pas en avoir profité quand elle le pouvait encore. Elle lui restait moins d'une année pour trouver sa voie, si elle voulait postuler pour l'année suivante dans une quelconque école ou pour un quelconque apprentissage, et le délai lui semblait beaucoup trop court.
Elle se pencha sur l'emploi du temps de ses amis lorsque Sirius le leur déposa rapidement. Ils avaient tous les deux les cinq mêmes matières : métamorphose, potions, défense, sortilège et soins aux créatures magiques. Ils avaient donc quatre matières en commun avec elle, ce qui leur permettrait tout de même de passer pas mal de temps ensemble. Après tout, elle était en grande partie revenue pour eux finir sa dernière année à Poudlard.
Leur premier cours de l'année fut celui de sortilèges. Le professeur Flitwick leur présenta le programme et ce qu'il attendait d'eux avant de commencer rapidement le cours en lui-même. Ils commençaient forts et ils en ressortirent les bras chargés de devoirs à rendre.
Le déjeuner se passa sans encombre mais fut bien trop rapide au goût des élèves. Hermione se rendit ensuite en cours runes puis de botanique tandis que Ron et Harry se rendaient en soins aux créatures magiques. Ils convinrent de se retrouver dans leur salle commune à la fin de leurs cours respectifs.
Hermione quitta donc la serre à la fin du cours, soulagée que la journée soit finie, du moins pour les enseignements. Elle avait beaucoup de mal à se formater de nouveau au rythme des cours, même si elle aimait beaucoup apprendre, alors qu'elle avait pris l'habitude d'être totalement indépendante ou presque et de n'avoir au plus que de vagues horaires à respecter.
Elle remonta vers le château tranquillement, profitant de la température encore clémente qui régnait dans le parc et qui ne serait bientôt qu'un souvenir. L'avantage de l'emploi du temps chargé qu'elle avait cette année était que ça lui permettrait de focaliser ses pensées sur les enseignements. Peut-être pourrait-elle oublier, pour un temps, tout ce qu'il s'était passé.
Non loin de la porte du château, elle remarqua un petit attroupement et s'en approcha prudemment. Elle aperçut rapidement les robes aux couleurs de Serpentard et serra sa baguette dans sa main, sans vraiment la sortir de sa manche pour autant.
- Que se passe-t-il ici ? demanda-t-elle d'une voix forte en approchant.
Les Serpentards se tournèrent vers elle et la regardèrent, légèrement surpris qu'elle ose interrompre ce qu'ils étaient en train de faire. Hermione put distinguer une petite silhouette au centre de l'attroupement. Elle n'eut pas le temps de réagir avant que cette personne ne saute sur elle pour se cacher derrière ses jambes. Hermione ne fut guère étonnée alors qu'elle avait rapidement reconnu la chevelure caractéristique de la petite Lestrange.
- On a juste une discussion avec une première année de notre maison, on lui explique comment fonctionne l'école, déclara un cinquième année qu'Hermione ne connaissait que de vue.
- Elle s'est faite attrapée dehors après le couvre-feu hier donc on lui fait comprendre comment ça marche, comme Snape nous l'a demandé, déclara Harper, l'un des préfets de sixième année, qui semblait particulièrement amusé par la situation.
Hermione se tendit, comprenant parfaitement les sous-entendus dans leurs paroles. Elle jeta un regard noir à Harper.
- Je doute que le Professeur Snape vous ait demandé de traumatiser cette petite, lança-t-elle à l'encontre du jeune homme d'un ton froid. Je vous ai à l'œil ! Que je n'entende pas qu'elle ait subi quoi que ce soit de votre part, ajouta-t-elle en désignant la fillette du menton.
- Sais-tu qui elle est au moins, Granger, avant de t'évertuer à sauver la planète entière ? demanda la voix lancinante et nasillarde de Draco Malfoy qui venait d'arriver derrière elle.
Hermione se retourna un peu, gênée dans ses mouvements par le bébé fantôme de Bellatrix. Elle lança un regard noir au blond.
- Son nom ne définit pas qui elle est, Malfoy.
- Alors tu n'as toujours pas compris comment marche le monde, Granger.
Il parlait d'un ton posé, qu'elle n'avait pas l'habitude d'entendre dans sa bouche. Elle l'avait bien plus souvent entendu crier ou ricaner, reflétant l'adolescent qu'il était alors et qui essayait en vain de jouer dans la cour des grands. Ce jour-là, il semblait différent, plus mature, plus sûr de lui.
Elle fut un instant perturbée par la prestance qui se dégageait du blond. Elle s'était attendue à ce qu'il s'efface après ce qui était arrivé à sa famille. Il semblait au contraire prêt à reprendre le flambeau et redorer le nom familial.
- Et après tout ce que t'a fait sa mère, ça m'étonne que tu puisses rien que la regarder en face.
Hermione accusa le coup. Elle s'était doutée que Bellatrix était la mère de la fillette, elle en avait maintenant la confirmation. Elle aurait bien sûr pu remettre en question l'annonce de Malfoy mais elle n'était pas du genre à se voiler la face. La ressemblance était frappante entre la mère et la fille. Ne restait plus qu'à espérait qu'elle s'arrêtait au niveau physique.
Hermione observa les Serpentard rentrer dans le château, obéissant au signe de tête que le blond avait fait à la fin de sa phrase. Il savait où appuyer pour lui faire mal, il avait été spectateur de son séjour au Manoir Malfoy. Hermione essaya de chasser ses sombres pensées pour se pencher sur la fillette qui était toujours cachée derrière sa jambe.
- S'ils t'embêtent encore, parles-en à un professeur. Tu ne dois pas les laisser faire.
Elle se reprocha son ton légèrement dur qui sembla étonner l'enfant mais elle ne voulait pas passer l'année entière à rassurer et sauver la petite. Celle-ci hocha la tête et s'enfuit en direction du château sans demander son reste. Hermione la regarda partir avant de la suivre, plus lentement.
Ses amis allaient s'inquiéter de son retard avec tout ça, pensa-t-elle en commençant à monter les escaliers vers le septième étage. Elle ne se pressa pas pour autant. Quitte à être en retard, elle avait besoin de quelques minutes pour souffler et enfermer de nouveau, du mieux qu'elle pouvait actuellement, les souvenirs douloureux derrière les faibles murs de son esprit.
Elle arriva à la salle commune sans autre rencontre inopportune et elle dû prendre quelques minutes supplémentaires pour expliquer l'incident à ses amis.
- Ça ne m'étonnes pas de Harper, il a toujours été un peu louche sur ses intentions vis-à-vis de Voldemort… Je ne sais pas comment il a fait pour devenir préfet mais Ginny m'a dit qu'il était bon en classe…, répondit Ron au récit de la jeune fille.
- Pour Malfoy… je crois que c'est un peu de ma faute, continua Harry.
Ses amis lui lancèrent un regard intrigué pour le pousser à s'expliquer.
- Je vous ai dit que sa mère m'avait aidé dans la forêt pour ne pas que Voldemort remarque que je n'étais pas mort. Eh bien lors du procès des Malfoy, j'ai été amené à témoigner. J'ai bien dû dire la vérité à propos de ça. Et ensuite, la mère de Malfoy a insisté sur le fait que Draco nous avait aidé au manoir Malfoy quand…
Il marqua une petite pause en jetant un regard désolé sur Hermione. Celle-ci lui indiqua de continuer d'un petit sourire.
- Enfin quand il avait dit qu'il ne me reconnaissait pas pour essayer de nous aider, enfin d'après ce qu'elle a dit sur ses intentions. Personnellement, je pense qu'il avait surtout peur d'une punition s'il se trompait sur mon compte… mais du coup j'ai bien été obligé d'admettre que c'était vrai. Quoi qu'il en soit, ils ont été tous les deux blanchis et le père de Malfoy a été condamné à la prison à vie. Je pense que Draco compte bien profiter de sa liberté d'agir maintenant que son père n'est plus sur son dos… J'espère qu'il n'ira pas trop loin…
Hermione et Ron l'écoutaient en silence. Ce fut ce dernier qui reprit la parole en premier.
- Connaissant Malfoy et ses idéaux, j'ai bien peur qu'il soit prêt à tout pour prouver au monde entier qu'ils ont tout intérêt à le considérer comme son rang le lui doit…
- Comme tu dis Ron, j'ai surtout peur que ses idéaux pro sang-purs ne soient encore que trop présents en lui. Je ne suis pas sure qu'il soit ravi de la défaite de Voldemort… Je ne pense pas que ça le fera changer d'avis… Il va falloir l'avoir à l'œil durant l'année…, conclut Hermione.
Ses amis ne prirent pas la peine de répondre. Ils se penchèrent sur leurs premiers devoirs, sans que la jeune femme ne parvienne à sortir le blond de ses pensées. Elle espérait qu'il ne ferait pas de vagues durant l'année mais elle avait bien vu comment il avait déjà repris la main mise sur les Serpentard.
La jeune femme espérait surtout qu'il ne ferait pas de vagues. Il en savait tant sur son propre passé, comme il l'avait montré un peu plus tôt, qu'il était capable de la blesser bien trop facilement. Restait à espérer que ce ne soit pas dans ses intentions à venir… Elle détestait l'impression de vulnérabilité qu'il réveillait en elle.
Hermione dormit difficilement cette nuit-là. Elle était hantée par les souvenirs de son passage au Manoir Malfoy dans lesquels se mêlaient à présent des images de la petite Lestrange qui s'entraînait à différents sortilèges de tortures sur elle, sous les conseils de sa mère qui s'extasiait sur ses réussites.
Elle se réveilla de nombreuses fois et finit par abandonner tout simplement toute idée de se rendormir quelques minutes avant l'aube. Elle essaya de mettre à profit le temps qu'il lui restait avant de devoir aller petit déjeuner pour se concentrer sur les protections de son esprit.
Elle était parvenue à ériger des fondations relativement solides pendant les vacances, qui lui avaient permises, sinon d'oublier, mais au moins d'espacer ses cauchemars et de lui permettre de se reposer. Mais depuis plusieurs jours, et encore plus ces deux dernières nuits, les cauchemars revenaient en puissance. La brune ne parvenait plus à retrouver le sommeil réparateur qu'elle avait réussi à glaner pendant l'été.
Malgré les fondations des murs de la prison dans son esprit, le fait d'être revenue et sans doute de côtoyer quotidiennement la petite Lestrange ne l'aidait pas à garder ses souvenirs enfouis. Hermione aurait aimé pouvoir en discuter avec Severus pour qu'il la guide dans la construction de sa prison mentale, mais elle savait que c'était impossible.
Elle ne voulait pas en parler à Harry, qui avait des notions de base également en Occlumancie, car elle ne voulait pas l'inquiéter en lui révélant la raison pour laquelle le professeur lui avait enseigné cette matière. Alors il fallait qu'elle se débrouille par elle-même, et rapidement, car elle sentait qu'elle ne tiendrait pas longtemps ainsi sans réellement dormir de la nuit.
Hermione rejoignit ses amis dans la grande salle. Elle grignota plus qu'elle ne mangea, angoissée par rapport au cours de défense qu'ils allaient avoir pendant la matinée. Elle ne savait pas comment se comporter avec le Sirius qu'elle découvrait dans son rôle de professeur, tant il semblait loin de l'homme qu'elle avait côtoyé dans la maison.
A la table des professeurs, Severus regardait la jeune femme chipoter dans son assiette d'un air sombre. De sa place, il pouvait parfaitement percevoir le sortilège de dissimulation qu'elle avait placé sur son visage, sans doute pour dissimuler les cernes qui devaient s'afficher sous ses yeux.
Ça ne faisait qu'un jour que la rentrée avait eu lieu et pourtant, il avait déjà entendu les autres professeurs discuter de son cas, et surtout du silence étonnant qu'elle conservait lors des leçons. La jeune femme s'était toujours distinguée des autres par son esprit vif, ses capacités d'analyse et son intelligence. À présent, tout ça semblait bien loin, trop loin, alors que son regard éteint fixait sans la voir son assiette pleine.
Était-il le seul à percevoir la détresse qui émanait en vagues immenses de la jeune femme ? Ses amis, pourtant à ses côtés, ne semblaient pas remarquer les sourires vides qu'elle leur retournait. N'avaient-ils jamais porté plus d'attention que cela à Hermione ?
Son propre regard se tourna vers Black, assis quelques places plus loin. L'homme fixait également la table des Gryffondor et plus particulièrement la jeune femme assise en plein milieu. Les traits tirés et l'air fermé du maraudeur étaient plus que suffisants pour que Severus comprenne que les mêmes pensées hantaient l'homme.
Se sentant observé, Sirius se tourna vers son ancien colocataire forcé. La lueur de reproche qui brillait dans ses yeux fit soupirer Severus d'exaspération. Il n'avait vraiment pas besoin de ça. Elle fut cependant rapidement remplacée par de la culpabilité, sans que Severus n'arrive en s'en satisfaire non plus. Parce que le regard de son ancien ennemi ne reflétait que trop ce qu'il pensait lui-même.
Étaient-ils la raison de l'humeur maussade de la jeune femme ? L'avaient-ils poussée trop loin ? En avaient-ils cherché trop auprès d'elle ? S'était-elle ainsi éteinte à cause d'eux et de ce qu'ils avaient partagé dans la maison ? Regrettait-elle tant qu'elle n'arrivait même plus à vivre normalement ?
Ils étaient tous deux persuadés que la dure réalité de toute cette histoire avait certainement frappé la jeune femme au moment même où elle avait retrouvé ses amis et une vie normale. Tout ce qu'ils avaient partagé n'était qu'une puissante erreur.
Soupirant de nouveau, ayant lui-même à peine touché à son assiette, Severus se détourna et se leva brusquement de table avant de sortir de la pièce. Il sentit pertinemment le regard de Sirius le suivre jusqu'à ce qu'il ne disparaisse derrière la petite porte dérobée.
Personne ne remarqua cependant celui d'Hermione qui s'accrocha à lui. Personne ne remarqua la lueur de regret qui brillait dans ses yeux couleur chocolat. Regret qui était loin d'être dû à ce que l'homme pensait.
La brune se laissa embarquer par ses amis jusqu'à la salle de défense contre les forces du mal. Harry ralentit quelque peu en chemin, laissant Ron et Neville partir devant, afin de se mettre au niveau d'Hermione qui traînait quelque peu des pieds. Il lui lança un long regard inquiet, semblant chercher à sonder ses prunelles pour découvrir ce qui tracassait son amie.
- Est-ce que ça va Hermione ? lui demanda-t-il à voix basse pour ne pas alarmer leurs amis qui marchaient quelques pas devant eux. Tu as une petite mine ce matin…
La jeune fille lui sourit, essayant de paraître convaincante.
- Oh oui, j'ai juste assez mal dormi cette nuit… Sans doute le fait de reprendre les cours après un laps de temps si important, essaya-t-elle de se justifier.
Harry la fixa quelques instants et Hermione détourna le regard. Elle ne voulait pas l'inquiéter outre mesure. Elle savait à quel point il avait tendance à vouloir protéger ses proches et à se sentir coupable s'il n'y parvenait pas. Mais il ne pouvait rien pour elle dans l'état actuel des choses. Il n'insista pas sur le sujet mais Hermione sentit qu'il n'allait pas en rester là. Il n'était pas convaincu par sa réponse. Elle-même ne l'était pas plus.
Bonjour à tous et à toutes !
Honte sur moi, je devais poster hier mais j'ai oublié... Mea culpa...
J'espère que ce chapitre vous aura plu ! On n'y retrouve pas tant que ça notre trio car je n'ai pas avancé autant que je le pensais mais promis, au prochain chapitre ils seront plus présents ! ;)
N'hésitez pas à me donner votre avis !
Je vous souhaite à tous une très belle journée ! :)
Et pour finir, réponse aux reviews guest :
Jenny : Merci pour ta review et tes compliments ! C'est vrai qu'on a vu un peu plus Sirius mais ne t'inquiète pas, ton chouchou va reprendre plus de place très rapidement ! Bon courage pour ton travail, merci à toi de nous permettre de manger et prends bien soin de toi ;)
