Chapitre 16 : Folie
Lorsque votre folie s'organise autour de vous en phénomènes d'une apparente normalité, il est grand temps de vous inquiéter. Ou de vous retourner contre le responsable de la situation.
- Karen Marie Moning, Darkfever
Les amis s'arrêtèrent devant la salle de classe de défense et entrèrent dès que le professeur eut ouvert la porte. Hermione ne lança pas un regard à Sirius en passant près de lui, gênée et terrifiée par ce qu'elle risquait d'y trouver. Le visage fermé et distant que l'homme lui avait retourné lorsqu'elle l'avait croisé le jour de la rentrée la hantait encore bien trop.
La brune s'installa en bout de rangée, à côté de ses amis, se plaçant ainsi le plus en périphérie possible du regard du professeur. Elle n'avait pas particulièrement envie de lui imposer sa vision à chaque minute du cours. Elle-même ne savait pas comment elle allait survivre à ce cours.
Elle n'avait qu'une envie : se jeter sur lui, le prendre dans ses bras et lui dire à quel point il lui manquait. Elle voulait retrouver l'homme blagueur, séducteur et plein de vie qu'elle avait appris à connaître dans la maison. Elle souhaitait sentir de nouveau ses bras puissants et musclés se refermer autour de son corps, l'enfouissant dans un cocon de sécurité où elle avait l'impression que rien ne pourrait l'atteindre. Elle voulait de nouveau rire avec lui et discuter de tout et de rien. Elle voulait le toucher, l'embrasser une nouvelle fois.
Elle se reprit lorsque l'homme commença à parler d'une voix quelque peu monocorde, se fustigeant mentalement pour ses pensées qui n'aidaient en rien. Elle concentra son attention sur le bout de parchemin disposé devant elle afin de pas laisser ses pensées s'envoler sur des terrains dangereux.
- Cette année nous allons avoir trois temps forts particuliers d'apprentissage : on va commencer par étudier le détournement de sortilèges et la façon de s'en protéger, puis nous nous entraînerons aux sortilèges imprononcés, qui est une partie commune avec la classe de sortilèges pour ceux qui ont aussi ce cours. Et enfin nous étudierons la magie sans baguette.
La classe était en effervescence devant le programme plus que prometteur. Sirius ramena le calme en insistant sur la charge de travail qui allait les attendre en vue des ASPIC et la nécessité pour eux de bien s'organiser pour ne laisser aucune matière de côté. Il enchaîna ensuite rapidement avec le début du cours en lui-même.
Hermione essayait de se concentrer de son mieux sur les paroles de l'homme. Elle ne pouvait empêcher son regard de revenir sans cesse sur lui, entre deux prises de notes. Elle se faisait du mal toute seule, elle le savait pertinemment. Elle croisa une fois son regard, ce qui sembla le déstabiliser un instant, laissant la jeune femme perplexe, avant qu'il ne se détourne rapidement pour reprendre le fil de son cours.
Contrairement à son habitude et comme depuis la rentrée, Hermione ne leva pas la main du cours. Elle n'avait pas réellement envie de participer, et surtout, elle était bien incapable de se concentrer suffisamment pour suivre et trouver les réponses aux questions de l'homme.
Son attention fut cependant reportée sur la classe peu de temps avant la fin du cours. Sirius interrogeait les élèves afin de récolter des exemples de détournement de sortilèges.
- Il existe un sort qui permet de faire repartir le cœur d'une personne faisant un arrêt cardiaque mais qui, détourné, peut faire accélérer le cœur de la victime jusqu'à ce qu'il explose, répondit Lisa Turpin, une Serdaigle.
Hermione frissonna quelque peu. La guerre leur avait donné plus d'un exemple de ce genre, alors que les mangemorts avaient été très friands de ce genre de sortilèges.
- Il y a aussi les sortilèges de découpe qui peuvent être détournés pour couper les membres d'une personne, ou entailler sa chair pour y marquer quelque chose...
La voix de Draco était neutre. Il aurait pu être en train de discuter de la météo. Et pourtant, Hermione ne put s'empêcher de sursauter légèrement à son intervention. C'était le type de sorts qu'avait utilisé Bellatrix pour marquer son bras. Par réflexe, elle posa sa main sur son avant-bras et le serra légèrement. Quelques fois, elle avait l'impression que les mots s'inscrivaient encore et encore dans sa chair.
Elle se tourna légèrement vers le blond. Il la fixait, parfaitement conscient de l'effet qu'il lui faisait. Un petit rictus amusé déformait son visage. Hermione était pâle. Derrière son visage, elle revoyait celui de son père alors qu'il commentait l'œuvre de Bellatrix. Elle serra son bras encore plus fort lorsqu'elle le vit chuchoter les quelques mots : sang-de-bourbe.
Elle sursauta en entendant la voix de Sirius résonner, la ramenant à la réalité. Elle n'était plus au manoir Malfoy.
- Monsieur Malfoy ! s'écria le professeur. Je ne tolérerai pas de tels mots dans ma classe.
Sirius semblait furieux. Un instant, Hermione eut envie de lui dire de laisser tomber, que ce n'était pas important et qu'il n'en valait pas la peine, qu'elle pouvait surmonter ça. Elle avait peur que les autres ne réalisent qu'ils avaient vécu quelque chose ensemble. Ce n'était pas la peine de la défendre.
Et puis elle réalisa que les autres élèves étaient juste choqués des mots qu'avait employés Malfoy. Aucun n'était au courant qu'il s'agissait de ceux qui avaient été marqués dans sa chair. Elle était la seule, avec Malfoy et sans doute Sirius, à y voir une attaque personnelle. La réaction de Sirius était normale. Encore une fois, elle était la seule à y voir autre chose. À en espérer autre chose peut-être.
- Sortez de ma classe ! Vous irez vous expliquer avec le professeur McGonagall et j'en toucherai un mot au professeur Snape également.
Draco sembla sur le point de discuter mais il se leva et rangea simplement ses affaires. Les professeurs pouvaient bien le sortir de leurs cours, il n'avait de toute façon de comptes à rendre à personne. Ce n'était pas sa mère qui allait dire quoi que ce soit.
Il lança un regard amusé vers Hermione avant de sortir de la salle de classe. La jeune femme était pâle et déstabilisée, il ne put s'empêcher de ricaner. Il avait atteint sa cible, ça valait largement les explications qu'il allait devoir avoir avec la directrice et son directeur de maison.
Hermione le regarda quitter la salle, les poings serrés. Elle aurait aimé être maîtresse de ses émotions et ne pas le laisser voir qu'il l'avait si facilement atteinte. Mais son manque de sommeil ne l'aidait pas et ses mauvais souvenirs étaient difficiles à contenir au fond de son esprit. Elle l'entendit ricaner alors que la porte se refermait sur lui.
Elle se détourna, les poings toujours serrés, ses ongles s'enfonçant dans ses paumes dans une douleur réconfortante. Elle les desserra quelque peu pour éviter de se faire saigner. Elle ne pourrait pas effacer les traces discrètement en plein cours et elle n'avait pas envie d'avoir à s'expliquer à ce propos.
Elle laissa son regard vissé sur sa feuille pour le restant du cours. Elle entendit vaguement Harry et Ron grommeler à ses côtés sur cet abruti de Malfoy mais n'y prêta pas attention. Elle essayait de se concentrer pour ne pas retomber dans les ténèbres de son esprit. Elle ignora également les regards que Sirius posait sur elle régulièrement et qu'elle apercevait du coin de l'œil.
Elle ne voulait pas lui montrer à quel point elle était faible, à quel point ces simples mots pouvaient lui faire tant d'effet plus de six mois après les évènements. Elle aurait préféré qu'il garde la vision qu'il avait d'elle dans la maison. Elle ne voulait pas voir la pitié dans son regard.
Hermione poussa un soupir de soulagement lorsque la sonnerie retentit finalement, marquant la fin du cours. Elle fourra ses affaires dans son sac et commença à suivre ses amis vers la sortie. Elle fut néanmoins interrompue par la voix de Sirius.
- Miss Granger, pouvez-vous rester quelques minutes s'il-vous-plaît ?
Hermione s'arrêta et fit signe à ses amis qu'elle les retrouverait dans la grande salle. Elle ne se tourna vers Sirius que lorsque le dernier élève fut sorti. Il était debout, appuyé contre son bureau et la regardait. Elle s'approcha de lui et s'arrêta à quelques pas, posant son regard partout sauf sur l'homme. Elle ne savait quoi faire, ni quoi dire.
- Est-ce que ça va ? lui demanda-t-il doucement.
Lui-même ne savait par où commencer. Il y avait tant de choses dont il aurait fallu qu'ils discutent. Tant de choses dont ils ne devaient surtout pas parler, pour ne pas prendre de risques.
- Oui ça va…
L'homme ne cessait de la détailler de haut en bas. Elle semblait si fragile ainsi dans sa tenue d'uniforme. Il avait l'impression de retrouver l'adolescente qu'il avait rencontrée quelques années plus tôt. Elle était loin de la femme qu'il avait côtoyée dans la maison.
Peut-être était-ce mieux ainsi, c'était plus simple en tout cas. Il pouvait ainsi s'éloigner d'elle plus facilement comme il le devait, moins douloureusement. Et pourtant, il voyait très bien que derrière le masque qu'elle affichait, elle était loin d'avoir l'air d'aller bien. Et il n'arrivait pas à prendre ses distances avec cette détresse qu'il percevait émaner d'elle.
- Ne le laisse pas t'atteindre ainsi, Hermione, lui lança-t-il en faisant allusion à l'incident qui venait de se produire avec Malfoy. Tu es plus forte que ça.
Fatiguée et ayant l'impression d'être à bout, Hermione ne put retenir une petite larme qui s'échappa de ses yeux et roula le long de sa joue. Elle n'avait pas pleuré depuis longtemps, hormis pendant ses cauchemars la nuit. Elle s'était jurée de ne pas le faire.
Et pourtant, les choses ne lui avaient jamais paru aussi sombres et difficiles. Elle avait littéralement l'impression que le sort s'acharnait contre elle, entre la petite Lestrange et maintenant Malfoy. Encore plus à cause de la distance qu'établissaient ses deux hommes avec elle.
Elle avait imaginé un tas de scénarios avant la rentrée, imaginant comment les choses pourraient se dérouler. Elle avait cru que ça allait être difficile. Elle était loin de tout ce qu'elle avait pu penser. Ce n'était pas difficile, ça lui semblait insurmontable.
Sirius s'approcha d'elle et essuya de sa main les larmes de la jeune femme. Ses doigts s'attardèrent un instant supplémentaire sur sa joue dans une délicate caresse. Elle semblait vraiment trop fragile ainsi, comme si elle avait perdue toute couleur en quittant la maison, ou en les quittant eux.
Il prit sur lui pour ne pas la prendre dans ses bras. Il savait que ça ne règlerait rien. La jeune femme s'obstina à regarder le sol, essayant de préserver le peu de santé mentale qui semblait lui rester.
- Je ferai mieux d'y aller.
Elle n'attendit pas sa réponse pour commencer à s'éloigner. Elle n'était pas en état d'affronter tout ça actuellement. Elle ne voulait pas qu'il la voie ainsi. Alors la fuite lui semblait plus adéquate. Tout juste entendit-elle son conseil avant que la porte ne se referme sur elle.
- Méfies-toi de Malfoy, Hermione.
Elle ne se retourna pas pour lui signifier qu'elle l'avait entendu. Le conseil faisait de toute façon écho à ce que lui dictait son esprit à chaque fois qu'elle apercevait le blond. Et elle n'avait pas envie de prolonger cette entrevue avec Sirius.
Elle avait l'impression d'être redevenue la petite fille fragile qu'elle était après son passage au manoir Malfoy. Peut-être parce que tout et tout le monde semblait vouloir le lui rappeler. À moins que ce ne soit parce que ses relations avec les deux hommes, qui l'avaient aidée à se reconstruire, étaient redevenues ce qu'elles étaient avant.
Elle regrettait sa décision de revenir à Poudlard. Là où elle avait pensé avoir une chance de reconstruire une certaine relation avec ses deux hommes, elle avait l'impression au contraire qu'elle était en train de détruire toutes ses chances.
Peut-être aurait-il mieux valu qu'elle ne les revoie que lorsqu'elle aurait fini ses études, sans remettre cette distance hiérarchique entre eux, et que d'avantage de temps serait passé. Même si elle doutait au fond d'elle que le temps lui permettrait réellement de guérir de tout ça.
Elle fit un crochet par sa chambre avant de se rendre à la grande salle. Un rapide coup dans le miroir la fit grimacer. Elle avait de larges cernes et ses yeux étaient rougis. Elle semblait malade et faible.
D'un coup de baguette, elle améliora son allure pour éviter d'éventuelles questions. Chemin faisant vers la grande salle, elle se força à sourire et elle fabriqua une excuse pour la rencontre avec Sirius, qu'elle débita ensuite à ses amis.
Elle grignota rapidement, très peu, avant de se rendre à son cours de runes. Étant la seule à suivre ce cours parmi son groupe d'amis, elle fut quelque peu soulagée de pouvoir ainsi bénéficier d'un peu de solitude.
Hermione passa tout le temps que dura le cours à ruminer ses sombres pensées et elle se rendit dans sa chambre dès que la sonnerie retentit. Elle fit parvenir un mot à ses amis pour leur expliquer qu'elle ne les rejoindrait pas du restant de l'après-midi, prétextant des devoirs de runes et son besoin de tranquillité pour écrire une lettre à ses parents afin de les rassurer sur la rentrée.
Elle espérait qu'ils la croiraient même si elle sentait déjà que ce ne serait pas le cas d'Harry. Elle avait bien remarqué les regards inquiets qu'il posait sur elle depuis la rentrée. Il n'insistait pas pour l'instant mais elle se doutait que cela ne durerait pas.
Elle profita des quelques heures qui la séparaient du repas du soir pour s'entraîner à l'Occlumancie. Ses résultats ne furent guères concluants tandis qu'elle ne parvenait pas à faire le vide dans son esprit. Les images du manoir Malfoy, de la petite Lestrange et de Draco tournaient dans son esprit tandis que l'inquiétude étreignait son cœur.
Elle hésita à descendre dîner mais finit par se forcer. Si elle souhaitait pouvoir éviter les questions de ses amis, elle savait pertinemment que c'était le seul moyen. Ils étaient déjà attablés quand elle arriva et elle s'installa à la place qu'ils lui avaient gardée.
- Désolée, je n'ai pas vu le temps passer ! lança-t-elle du ton le plus enjoué qu'elle put sortir.
Sa remarque fit rire Ron à ses côtés. Harry la détailla quelques instants du regard mais ne dit rien, au grand soulagement de la jeune femme.
- En même temps, ils sont complètement fous les profs cette année ! Ça fait à peine deux jours qu'on a repris et on croule déjà sous les devoirs ! répondit Ron en soupirant.
Hermione lui sourit légèrement. Il n'avait pas tort.
- Heureusement que le Quidditch va bientôt reprendre ! s'exclama Harry.
La conversation continua sur le sujet pendant près de l'ensemble du repas. Hermione écouta d'une oreille distraite, appréciant peu le sport en question. Elle ne put néanmoins se retenir de rire devant l'air terrifié qu'afficha Ron lorsqu'Harry se mit à parler des prochains matchs qu'ils allaient jouer et de la rudesse dont il allait faire preuve pour les entraînements, en tant que capitaine de l'équipe. Ron lui fit un regard noir avant de sourire légèrement, signe qu'il ne lui en tenait pas rigueur.
Hermione laissa son regard voguer dans la grande salle, quelque peu rassérénée par la légèreté qu'elle parvenait à retrouver un peu en discutant avec ses amis. Elle avait tout juste grignoté quelques aliments mais son estomac serré l'empêchait de plus. Aussi attendait-elle que ses amis terminent. Obnubilés par leur conversation, ils mangeaient très lentement.
Son regard tomba sur la petite Lestrange qui se tenait en bout de la table des Serpentard, à l'écart des autres, à peine mélangée à un groupe de premières années de sa maison. L'enfant se tenait très près de l'endroit où sa mère avait été allongée quelques mois plus tôt, morte.
La vision de la femme allongée sur son lit revint à l'esprit d'Hermione. Des images de ses récents cauchemars se mélangèrent à leur tour tandis qu'elle avait l'impression de voir la femme se lever de son lit tel un zombie, s'approcher de sa fille et lui demander de s'entraîner à lancer divers sortilèges de torture en visant Hermione.
La brune entendait presque le rire de la mangemort résonner dans la grande salle. Ce rire qui l'avait traumatisée lors des séances de tortures auxquelles elle avait été soumise et qui la hantait encore six mois après.
Ce rire froid qui semblait pourtant brûler du plaisir que prenait la mangemort lors des séances de torture. Ce rire dément, atroce, frénétique, qui reflétait la folie de sa propriétaire, qui s'élevait dans les ténèbres éternelles tel un épouvantement. Le rire de cette femme qui ne semblait s'éveiller que lorsqu'elle pouvait révéler tout son sadisme, en y trouvant un plaisir malsain, une excitation déplacée.
Isadora Lestrange tourna soudainement la tête, mue par l'intuition profonde d'être observée. Hermione croisa son regard sombre, noir, dans lequel aucune lueur ne semblait pouvoir se refléter si ce n'était celle des ténèbres les plus profondes, celle de l'horreur portée à son paroxysme. Un regard si semblable à celui de sa mère.
Hermione se leva brusquement de table, faisant sursauter ses amis.
- J'ai oublié quelque chose, il faut que j'y aille, expliqua-t-elle rapidement d'une voix faiblarde.
Elle n'attendit pas leur réponse pour sortir. Elle avait besoin d'air. Elle avait besoin de chasser de son esprit toutes les images qui tournoyaient sans cesse à l'intérieur. Elle avait finalement l'impression de sombrer dans la folie à laquelle elle avait presque réussi à réchapper grâce aux deux hommes dans la maison.
Elle hésita un instant en arrivant dans le hall. Elle aurait souhaité se retrouver dans la maison. Ou encore mieux, dans les bras de ses deux hommes pour qu'ils la protègent des démons qui la hantaient et la fassent oublier en la menant dans un monde de jouissance où rien de mal ne pouvait l'atteindre.
Mais c'était impossible et elle se sentait plus seule que jamais, en proie aux ténèbres qui essayaient de l'engloutir. Elle prit finalement le chemin du parc et alla s'installer au bord du lac, sous un grand chêne, à l'abri des regards.
Elle laissa ses yeux fixer la surface de l'eau. Il fallait vraiment qu'elle se reprenne, qu'elle arrête d'être à fleur de peau telle qu'elle l'était depuis deux jours. Il fallait qu'elle trouve un moyen d'occuper son esprit comme elle l'avait fait dans la maison d'abord, avec ses deux hommes, puis en Australie où elle avait réussi à survivre malgré la fin de leur relation et du réconfort qu'ils lui apportaient.
Elle prit sa tête entre ses mains et resta ainsi de longues minutes. Elle essayait de calmer sa respiration anarchique. Elle essayait de vider son esprit, tentant d'enfermer profondément ses souffrances et ses peurs. Elle sursauta en sentant quelqu'un s'asseoir à ses côtés.
- Ça n'a pas l'air d'aller…
Hermione tourna son regard vers Sirius dont elle avait reconnu la voix. Elle lui fit un petit sourire ironique. Bien sûr qu'elle n'allait pas bien.
- Ça va… Je suis juste un peu malade je crois…, mentit-elle.
- Dans ce cas tu devrais aller voir Mrs Pomfresh ou même Snape, ils te donneraient quelque chose.
Hermione acquiesça vaguement à sa remarque en replaçant sa tête entre ses mains.
- Ou alors tu pourrais me dire ce qui ne va pas.
La jeune femme releva les yeux sur l'homme assis à ses côtés. Elle se perdit quelques instants dans l'orage de ses yeux. Le masque impassible qu'il s'était entêté à porter depuis la rentrée en sa compagnie avait disparu de son visage. Il semblait réellement inquiet pour elle.
Elle ne savait pour autant pas quoi lui répondre. Elle avait l'impression d'être ridicule, à ressasser sans cesse ses mauvais souvenirs.
Comment pourrait-elle lui expliquer que ceux-ci la hantaient tellement qu'elle ne parvenait pas à dormir ou à manger ? Comment dévoiler que moins elle dormait ou mangeait, plus ses démons intérieurs pouvaient prendre possession de ses pensées, même en pleine journée, lui faisant perdre de vue la frontière entre réalité et cauchemars ?
Comment lui faire comprendre qu'elle s'accrochait au réconfort qu'elle avait trouvé dans leur relation et qu'elle avait l'impression de ne pas pouvoir survivre sans eux ? Comment lui montrer à quel point son cœur était brisé depuis plusieurs mois ? Comment lui déclarer à quel point ils lui manquaient ?
- Ce n'est rien Sirius, inutile de t'inquiéter…
Elle vit immédiatement que l'homme n'était pas dupe. Elle détourna le regard pour l'empêcher de lire dans ses prunelles tout ce qu'elle aurait voulu lui hurler. Elle aurait tant souhaité pouvoir se fondre dans ses bras. Mais c'était impossible.
Il était à présent son professeur. Plus rien n'était possible. Il le lui avait bien fait comprendre lors de leur dernière nuit et ensuite depuis la rentrée. L'homme avait eu un moment de faiblesse et ils avaient passé la nuit ensemble. Puis il était reparti. Et elle avait senti son cœur se briser un peu plus.
- Hermione, parle-moi… Je n'aime pas te voir ainsi…
La voix de Sirius était faible, comme s'il n'osait pas vraiment dire ces quelques mots. Hermione ne le regarda pas. Elle n'avait jamais imaginé combien il serait dur pour elle d'être proche de ses hommes sans pouvoir réellement l'être. Elle avait cru qu'elle pourrait supporter tout ça. Elle réalisait de plus en plus combien elle s'était trompée.
- Il vaut mieux que vous partiez, Professeur, n'importe qui pourrait nous voir.
L'amertume dans sa voix la surprit elle-même. Elle entendit un grondement s'élever dans la gorge de Sirius en retour.
- Ça suffit, Hermione.
L'avertissement était clair. Elle n'avait pas le droit d'être amère par rapport à leur nouvelle relation de professeurs et élève. Elle n'avait pas le droit de quémander plus qu'ils ne pouvaient partager à présent. Ils l'avaient prévenue. Les règles du jeu étaient claires et explicites.
La brune se releva. Sirius fit de même dans la foulée. Elle essaya de s'éloigner mais il la retint par le poignet.
- Hermione, tu ne peux pas continuer comme ça, parle-moi, ou à Severus si tu préfères.
La jeune fille ne put retenir un petit rire jaune. Elle ne pouvait leur parler à aucun d'eux. C'était bien là, justement, le problème. Parce qu'elle en avait terriblement envie mais qu'elle ne pouvait prononcer les mots qui se bousculaient à la lisière de son esprit.
- Lâche-moi, Sirius.
Elle essaya de bouger son bras pour qu'il la libère. Il n'en fit rien. Au contraire, il la ramena vers lui, à quelques centimètres de son corps. Il planta ses yeux gris dans les siens, lui donnant l'impression qu'il essayait de scruter les profondeurs de son âme.
- Non, Hermione. Crois-tu qu'on n'ait pas remarqué que tu ne mangeais rien depuis deux jours ? Crois-tu qu'on n'ait pas vu les cernes sous tes yeux que tu essayes vainement de cacher ? Après ce qu'il s'est passé avec Malfoy ce matin… Qu'est-ce qu'il se passe, Hermione ? Est-ce qu'il t'a fait du mal ?
La jeune fille ne put s'empêcher de rougir légèrement. Elle aurait dû se douter que ses deux hommes la surveilleraient dans la grande salle. Pour être sûrs qu'elle ne révèle rien de leur passé. Ou par inquiétude peut-être. Si elle était tout à fait honnête avec elle-même, elle savait que la deuxième proposition était la bonne.
Mais elle ne comprenait pas. Elle n'arrivait pas à saisir pourquoi ils s'inquiétaient toujours pour elle après ce qu'elle leur avait fait, quand bien même l'eussent-ils pardonnée. Leur relation n'avait été qu'un jeu pour eux, elle était la seule à avoir été assez stupide pour s'accrocher. Alors pourquoi s'inquiétaient-ils ?
Peut-être se sentaient-ils simplement un peu responsables d'elle. Elle ne cessait de penser qu'elle aurait préféré qu'ils l'ignorent, tout en sachant qu'elle se mentait à elle-même. Cela pourrait-il éteindre cette lueur d'espoir, qui brillait malgré tout en elle, quant à la possibilité de retrouver leur relation passée ? Elle en doutait.
Le comportement distant de Sirius n'avait eu pour conséquence que de la faire souffrir un peu plus. Mais au final, l'inquiétude qu'il lui montrait à présent la blessait tout autant. Parce qu'elle avait terriblement envie de se confier mais qu'elle savait qu'elle n'en avait pas le droit.
- Malfoy ne m'a rien fait, finit-elle par répondre à la question de l'homme en détournant le regard. Est-ce que je n'ai pas juste le droit d'avoir envie d'être un peu seule ?
- Non, lui répondit immédiatement Sirius sans même l'ombre d'une hésitation. La solitude n'a jamais fait de bien à personne, et surtout pas à toi.
- Fous-moi la paix, Sirius…
Sa voix était faible. Elle n'arrivait plus à y mettre la volonté qu'elle n'avait de toute façon pas derrière. Elle se sentit soudainement être entraînée par l'homme. Il s'était mis à marcher vers le château et il la traînait derrière elle.
- Arrête Sirius, tu me fais mal !
L'homme s'arrêta pour se tourner vers elle.
- Suis-moi si tu ne veux pas que tout le monde nous voie et ne te pose des questions ensuite.
Il lâcha son poignet sur ses quelques mots et se remit en marche. Hermione hésita un instant à ne pas le suivre, voire à fuir dans la direction opposée, mais finit par se mettre en marche à sa suite. Elle ignorait ce qu'il lui voulait mais elle se doutait qu'au moindre écart de chemin qu'elle ferait, il la rattraperait de toute façon. Elle n'avait jamais été particulièrement endurante physiquement parlant.
Ils ne croisèrent pas grand monde sur le chemin, les élèves étant pour la plupart déjà retournés dans leur salle commune. Elle ralentit néanmoins le pas lorsqu'ils arrivèrent dans les cachots. Une mauvaise intuition la saisit. Sirius le remarqua et attrapa de nouveau son poignet pour ne pas qu'elle essaye de fuir. Elle se laissa faire, résignée.
- Sirius, laisse-moi partir, tenta-t-elle tout de même.
L'homme fit mine de ne pas l'avoir entendue et il s'arrêta, quelques mètres plus loin, devant le tableau qui gardait l'entrée de l'appartement du maître des potions.
- Si tu ne veux pas me parler, soit. Mais il te faut de l'aide. Reprends les cours d'Occlumancie avec Severus.
Hermione baissa la tête. Elle avait l'impression d'être une enfant sous le regard déterminé de l'homme. Elle savait qu'il ne lui laisserait pas le choix. Elle l'entendit frapper à la porte de l'appartement et sentit son cœur s'accélérer lorsque le tableau pivota.
- Black ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Hermione ne releva pas la tête. Elle sentit le regard de Severus glisser sur elle. Elle était on ne peut plus gênée de se retrouver là, ainsi. Elle ne se souvenait que trop bien des dernières paroles qu'ils avaient échangées dans son appartement.
- On peut entrer ? questionna simplement Sirius.
Severus s'effaça de l'ouverture et Hermione sentit Sirius tirer à nouveau sur son poignet pour la faire avancer. Elle le suivit en traînant des pieds et il ne la relâcha que lorsque le tableau se referma derrière eux.
- Est-ce que vous pouvez m'expliquer ce qu'il se passe ?
La voix de Severus était sèche, mordante. Il appréciait peu d'être dérangé dans ses appartements pour une raison inconnue.
- Il faut que tu reprennes les cours d'Occlumancie avec Hermione, répondit simplement Sirius.
La jeune femme en question garda les yeux fixés sur le sol. Elle ne voulait pas voir le dégoût s'afficher dans le regard de Severus lorsqu'il refuserait. Elle n'avait pas besoin de rajouter son rejet aux cauchemars qui la hantaient.
- Pourquoi ça ? demanda Severus.
Hermione fut quelque peu étonnée qu'il ne refuse pas simplement. Elle risqua un regard vers les deux hommes. Ils la fixaient tous deux.
- Ne me dis pas que tu ne vois pas à quel point elle ne va pas bien, déclara Sirius en la désignant d'un geste de la main. Elle ne veut pas me parler alors il faut que tu l'aide.
Hermione voulut protester, indiquer qu'elle pouvait se débrouiller seule et qu'ils n'avaient pas à choisir comment diriger sa vie. Pendant quelques secondes, la colère remplaça la gêne qu'elle ressentait. Jusqu'à ce que Severus réponde.
- Si elle ne veut pas faire d'efforts pour appliquer ce que je lui ai déjà enseigné, je ne peux rien faire pour elle.
De froide, sa voix était devenue glaciale. Hermione baissa de nouveau les yeux, blessée. Considérait-il vraiment qu'elle faisait exprès de laisser ses émotions et souvenirs douloureux l'envahir tels qu'ils le faisaient ? Pensait-il qu'elle souhaitait juste attirer l'attention sur elle ?
- Snape ! Tu es ridicule ! Mets un peu ta fierté de côté et aide-la, s'exaspéra Sirius.
- Tu n'as pas d'ordres à me donner Black !
- Ce n'est pas un ordre, Severus. C'est une requête, répondit Sirius en surprenant Hermione qui s'était attendue à ce qu'ils se lancent dans une de leurs éternelles disputes.
Sa réponse sembla également déstabiliser Severus. Il garda le silence quelques minutes, le regard plongé dans celui de Sirius. Il se tourna finalement vers Hermione.
- Vous viendrez tous les soirs dès la fin de vos cours dans mon bureau.
Il ne semblait guère enthousiasmé par ce qui l'attendait. Hermione baissa les yeux. Elle ne voulait pas s'imposer à lui ainsi. Elle savait que ça ne ferait que détruire le peu qu'elle espérait qu'il restait dans leur relation.
- Vous n'êtes pas obligé Professeur, le professeur Black a insisté mais ce n'est pas nécessaire. Je m'en sors bien toute seule…
Elle mentait effrontément. Elle n'osa pas les regarder dans les yeux en parlant. Elle savait qu'ils n'étaient pas dupes. Elle entendait presque le rire de Bellatrix qui se réjouissait de la possibilité qu'elle aurait de la hanter pendant encore de nombreuses nuits et journées grâce à son mensonge.
- Ça suffit, Hermione !
La voix de Sirius était distante. Hermione n'arrivait pas à se concentrer dessus. Elle sentait qu'elle perdait la main sur ses émotions. Elle ne comprenait pas ce qu'il lui arrivait. Elle avait l'impression de devenir folle. Elle sentait son corps trembler légèrement tandis que le rire de Bellatrix résonnait encore et encore à ses oreilles, de plus en plus fort.
- Hermione, reprends-toi.
La voix douce de Severus la ramena à la réalité en un instant. Elle cligna des yeux plusieurs fois en le regardant. Il était juste devant elle. Il la tenait par les épaules. Elle comprit qu'elle avait dû avoir une légère absence, sans doute due à son manque de sommeil et de réel repas depuis plusieurs jours.
Elle attacha son regard aux yeux sombres de Severus. Elle le sentit tressaillir. Elle ne doutait pas que c'était en réponse à ce qu'il devait voir au fond des siens. Elle avait l'impression de hurler sa détresse à travers ce regard. Elle voulait lui faire comprendre tout ce qu'elle n'arrivait pas à dire, tout ce qu'elle n'avait pas le droit de dire.
Une seconde plus tard, il la serrait contre elle. Elle se perdit dans son étreinte, essayant d'en profiter le plus possible avant qu'il ne la repousse encore, comme la dernière fois. Elle mit de longues secondes à réaliser qu'elle pleurait silencieusement.
Severus la garda contre lui de longues minutes, jusqu'à ce que les tremblements qui secouaient ses épaules se soient taris. Hermione essuya ses joues lorsqu'il se recula finalement. Elle n'osait relever les yeux vers lui, anticipant avec crainte la suite des événements. La scène était si semblable à celle qu'ils avaient partagée quelques mois plus tôt, dans les mêmes appartements.
Hermione remarqua vaguement que Sirius avait quitté la pièce en le cherchant du regard, évitant celui de Severus.
- Hermione…, soupira Severus.
Il semblait hésiter sur la suite de sa phrase. Il n'était pas repassé à son nom de famille, c'était déjà bon signe, se dit Hermione mentalement tandis que la petite lueur d'espoir brillait toujours au fond de son cœur.
- Hermione, je suis désolé…
La jeune femme le regarda finalement, surprise par ses excuses. L'espace d'un instant, elle eut peur qu'il ne lui dise qu'il était désolé de ne pas pouvoir l'aider. Mais toutes ses craintes s'évaporèrent lorsqu'elle croisa son regard flouté par l'air impassible qu'il abordait toujours.
Après les semaines passées en compagnie de Severus dans la maison, Hermione avait presque fini par oublier cette façade pourtant si caractéristique. Oh Snape savait se cacher… Malgré tout, Hermione avait appris à le décrypter et elle savait, sans aucun doute possible, qu'à cet instant, l'homme était heureux de la voir et inquiet, reflétant une certaine affection pour elle.
- Je suis désolé de t'avoir laissée tomber. J'avais promis de chasser tes cauchemars mais je t'ai poussée à partir loin de moi, loin de nous.
Il parlait d'une voix douce, comme celle qu'il prenait la nuit quand ils partageaient son lit dans la maison. Il ne la quittait pas des yeux. Il voulait lui faire comprendre par ses quelques mots toutes les batailles qu'il avait menées en lui pour essayer de s'effacer de sa vie lorsqu'il avait cru qu'elle n'avait plus besoin d'eux. Lorsqu'il avait cru qu'elle le haïssait réellement, tel qu'elle le leur avait dit.
Par réflexe, elle se pencha vers lui. Ses lèvres virent se poser sur celles de l'homme qui ne bougea pas, légèrement surpris par le geste auquel il ne s'attendait pas. Leur baiser fut bref. Elle n'osa pas l'approfondir. Elle était déjà étonnée qu'il ne la repousse pas. Elle s'écarta juste assez pour pouvoir le regarder dans les yeux.
- Hermione…
Sa voix était rauque. Sa raison semblait lui hurler de s'éloigner. Ses yeux brillaient pourtant d'un désir qu'il paraissait peiner à contenir.
Ils furent interrompus par des coups portés sur le tableau de l'entrée. Hermione sursauta, ayant l'impression d'être prise en faute.
- Va dans la cuisine avec Sirius.
La jeune femme prit la direction qu'il lui indiqua et rejoignit l'animagus. Elle entendit Severus indiquer au tableau de s'ouvrir dès que la porte se fut refermée sur elle. Elle croisa le regard étonné de Sirius.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?
- Il y a quelqu'un à la porte d'entrée. Il ne vaut mieux pas qu'on me trouve ici à cette heure-là, le couvre-feu ne devrait plus tarder…
L'homme acquiesça silencieusement. Il s'était servi un verre de Whisky pur feu et en proposa un à la jeune femme. Elle hésita une seconde et finit par hocher la tête. Ça ne pourrait pas lui faire de mal pour affronter Severus à son retour. Elle attrapa le verre que lui tendait l'homme et en but une longue gorgée. Elle toussota légèrement avant d'en prendre une deuxième dans la foulée.
Sirius la regarda avec un petit sourire triste. Il avait l'impression de se revoir à sa sortie d'Azkaban, cherchant dans l'alcool ce qu'il savait pourtant ne jamais y trouver : du courage pour faire face à ce qu'il avait vécu, de la patience pour oublier, de la force pour passer outre. Ça ne lui avait jamais apporté qu'un sentiment de solitude et un mal-être profond que rien ne semblait pouvoir estomper.
- Est-ce que ça va un peu mieux ?
Hermione esquiva son regard. Elle lui était quelque peu reconnaissante de l'avoir forcée à venir. Peut-être que ça l'aiderait réellement à affronter ses souvenirs et à gérer ses émotions. Mais d'un autre côté, elle ne pouvait s'empêcher de craindre que cela ne l'éloigne de ses deux hommes, ou en tout cas, que ça ne l'éloigne de la relation qu'ils avaient eue.
Elle sursauta quand la porte de la cuisine s'ouvrit brusquement. Elle se retourna pour découvrir Severus.
- Pourquoi je ne suis pas étonné ? déclara-t-il dans un soupir.
Hermione avala une nouvelle gorgée de whisky, espérant se sentir plus forte, plus courageuse, comme la lionne qu'elle était censée être. La familiarité entre cette scène et ce qu'ils avaient pu vivre dans la maison était bien trop frappante à son goût. L'alcool ne l'aiderait pas à se focaliser sur les différences pour ne pas qu'elle se méprenne mais ça l'aiderait au moins à affronter la déception qu'elle ne manquerait pas de ressentir quand elle devrait retourner à la solitude de sa chambre.
- Black, arrête de lui servir à boire à tout bout de champ, gronda Severus.
L'animagus eut un petit rire amer.
- Si ça peut l'aider, je ne vois pas pourquoi je l'en priverai.
- Est-ce que tu te souviens que nous sommes à Poudlard et qu'Hermione est une de nos élèves ?
Hermione essaya de se faire toute petite, espérant qu'ils l'oublieraient un peu.
- Elle avait besoin de se changer les idées, répondit Sirius en haussant les épaules.
Il lança un regard appuyé à Severus pour lui faire comprendre de ne pas insister. Ils avaient tous deux remarqué à quel point la jeune femme n'allait pas bien depuis la rentrée. Ils avaient essayé de ne pas lui imposer leur présence. Mais Sirius n'avait pu résister en la voyant fuir la grande salle, pâle.
Il ne se doutait que trop bien de ce qui devait hanter la jeune fille. Et n'arrivant pas à la faire parler, il avait pensé que l'amener à Severus serait une bonne idée. Déjà dans la maison, il était celui à qui elle se confiait le plus vis-à-vis de son passé. Peut-être parce qu'ils partageaient une expérience de torture similaire, que lui-même ne serait jamais en mesure de comprendre vraiment.
- Hermione !
Le reproche que fit Severus ramena Sirius à la réalité. Il observa la jeune femme qui reposait le verre qu'elle venait de finir cul sec sur la table. Severus lui jeta un regard noir qu'elle fit mine de ne pas voir.
- Il vaudrait mieux que je parte..., déclara simplement la jeune fille.
Hermione prit son courage à deux mains pour fuir l'endroit tant qu'elle en était encore capable, n'attendant pas la moindre réaction de leur part. Elle évita les regards de ses deux hommes et sortit de la pièce pour rejoindre le tableau faisant office d'entrée.
- N'oubliez pas miss Granger, je veux vous voir dans mon bureau tous les soirs à la fin de vos cours ! tonna la voix grave de Severus dans son dos.
Elle ne se retourna pas pour lui indiquer qu'elle l'avait entendu. Elle savait qu'un seul regard en arrière l'empêcherait de partir. Elle n'en avait déjà pas envie. Mais elle avait encore moins envie d'avoir à affronter leur rejet.
Elle fit rapidement sa ronde en remontant et rejoignit sa chambre plusieurs minutes plus tard. Elle sentait l'alcool du whisky lui monter à la tête et elle fut soulagée de se glisser sous la douche. Une fois sèche, elle enfila sa nuisette et s'allongea sous ses draps. L'alcool aidant, elle s'endormit en quelques minutes, soulagée de ne pas avoir à ressasser ses pensées toute la nuit durant.
Ça n'empêcha pas les cauchemars de la réveiller quelques heures plus tard, aux petites lueurs de l'aube. Elle se rendit dans la salle de bain et se prépara lentement. La fatigue pesait sur son corps et son esprit et elle avait l'impression d'avancer au ralenti. Elle avait le sentiment qu'elle ne survivrait même pas à la première semaine de rentrée ainsi, en permanence sous tension.
Elle s'appliqua pour se jeter un sort afin de cacher ses cernes et elle se maquilla quelque peu pour se donner bonne mine. Elle attrapa ensuite son sac et se rendit dans la grande salle. Elle avait cours avec Severus ce jour-là puis métamorphose et elle redoutait déjà la journée alors qu'elle avait à peine commencé.
Elle s'installa à la table de Gryffondor sous les regards anxieux de ses amis qui, pour une fois, étaient descendus très tôt. Elle leur sourit et s'excusa pour la veille. Elle leur fournit une excuse bidon qu'ils semblèrent gober et elle discuta ensuite avec eux de Quidditch afin de leur changer les idées.
Hermione se força à avaler un toast, sentant le regard de ses deux hommes peser sur elle. Elle but dans la foulée son verre de jus de citrouille et suivit ses amis lorsqu'ils se levèrent pour se rendre en cours de potions. Ils descendirent dans les cachots et s'arrêtèrent devant la salle de classe.
- C'est vraiment dommage que tu ne sois plus avec nous dans la tour de Gryffondor Hermione..., commença Ron. Hier tu as manqué Neville s'entraînant à transformer des morceaux de parchemin en fleurs, pour Luna ! Il est assez doué tu sais, il a redécoré toute la salle !
Hermione sourit à sa remarque. Son cœur se pinça légèrement. Elle savait qu'elle délaissait quelque peu ses deux meilleurs amis mais elle n'arrivait pas à prétendre être toujours la même auprès d'eux. Ils la connaissaient trop bien pour déceler ses mensonges.
- En tout cas, tu nous as fait bien peur hier en disparaissant comme ça ! On a pensé que Malfoy t'avais peut-être fait quelque chose, après ce qu'il a dit hier matin…, continua Harry.
- Je suis désolée les garçons, vraiment… Je vous promets de faire attention, à l'heure et à Malfoy. Croyez-moi, me retrouver avec lui dans les ennuis est bien la dernière chose dont j'ai envie !
Ron et Harry lui sourirent, quelque peu rassurés par ses paroles. Elle ne manqua pas le regard qu'ils échangèrent tout de même. Il fallait vraiment qu'elle se reprenne si elle ne voulait pas qu'ils commencent à poser des questions auxquelles elle n'avait pas envie d'avoir à répondre. Elle détestait leur mentir et préférait largement ne rien dire plutôt que d'inventer des bobards.
La porte de la salle s'ouvrit finalement sur la silhouette amère du professeur de potions. Les élèves entrèrent dans la foulée en silence. Hermione s'installa seule devant la paillasse de Ron et Harry vu que Neville, avec qui elle avait travaillé les années précédentes, ne suivait plus ce cours.
Elle fut rejointe quelques secondes plus tard par Théodore Nott de Serpentard. Elle le regarda s'installer, surprise. Il fit mine de ne pas voir son regard et se tourna vers le bureau du professeur en l'ignorant. Hermione se retourna discrètement vers Harry et Ron pour leur faire part de son étonnement et ils haussèrent les épaules en retour.
La voix du professeur l'obligea à se retourner de nouveau et elle se concentra du mieux qu'elle put sur ses paroles. Elle ne manqua pas le regard calculateur qu'il posa sur elle et son voisin de table. Il ne semblait pas réellement apprécier cette soudaine familiarité entre des élèves des deux maisons ennemies de l'école.
Le programme du cours, et des suivants en raison du temps nécessaire, était la concoction de la potion de sommeil sans rêves. Severus nota les différentes consignes au tableau puis les élèves se levèrent pour récupérer le nécessaire. Hermione suivit Nott, prudente, vers le placard à ingrédients.
- Tu t'occupes du matériel et des liquides et je prends tout ce qui est solide ? lui proposa-t-il d'une façon tellement naturelle que c'en était presque risible.
- Qu'est-ce que tu veux Nott ? lui demanda Hermione en retour, bien trop fatiguée pour faire semblant plus longtemps.
- Réaliser la potion demandée, lui répondit-il simplement. Tu es la meilleure de la classe et j'ai vraiment besoin d'avoir au minimum un E pour mes ASPIC donc je m'en donne les moyens, soupira-t-il devant le regard insistant de la jeune femme.
Celle-ci fut plus que surprise par sa réponse mais finit pas hocher la tête. Ils se séparèrent donc la liste des ingrédients qu'ils récupérèrent avant de retourner à leur paillasse. Hermione lança le feu sous leur chaudron pendant que Théodore rangeait les ingrédients par temporalité d'utilisation. La jeune femme le regarda faire avant d'attraper le premier ingrédient pour commencer à le préparer.
Les trois heures de cours passèrent très rapidement. Hermione apprécia travailler en binôme avec Théodore. Le Serpentard était appliqué, presque méticuleux, et ordonné. Ça la changeait grandement des manières très brouillonnes et approximatives de Neville !
Leur potion était loin d'être terminée à la fin et le professeur passa dans les rangs pour figer d'un sort les chaudrons qui en valaient la peine, afin que les élèves puissent continuer au prochain cours. Pour les autres, ils n'auraient plus qu'à recommencer la prochaine fois.
La jeune femme rangea ses affaires dès que le professeur fut passé à leur table. Sans un mot ni un regard dans sa direction, il avait figé leur potion avant de passer au rang suivant. Hermione l'entendit vaguement maugréer contre la potion de Ron et Harry mais il finit tout de même par figer le contenu de leur chaudron.
Elle ne prêta plus attention à lui ensuite. Dès qu'il eut passé le troisième rang et qu'il fut hors de portée d'oreilles, Théodore se tourna vers elle.
- Pas si mal pour une san… enfin, pour une fille, se rattrapa-t-il au dernier moment.
Hermione le regarda dans les yeux quelques instants, essayant de déterminer s'il avait fait exprès de faire ce lapsus.
- Qu'est-ce que tu veux vraiment Nott ? lui demanda-t-elle à voix basse.
Le garçon haussa les épaules.
- Je me demandais simplement si ta réputation était méritée.
- Et alors ?
- Alors je ne sais toujours pas… On se voit au prochain cours ! lui lança-t-il en se levant tandis que Severus leur donnait la permission de sortir après avoir déposé leurs chaudrons au fond de la pièce.
Hermione suivit Théodore du regard, intriguée. Elle se tourna ensuite vers ses amis pour réaliser qu'ils l'attendaient déjà près de la porte, pressés de fuir la salle de cours et d'aller manger. La jeune fille les rejoignait quand la voix du professeur résonna dans son dos.
- Miss Granger !
Elle se retourna vers lui.
- Venez ce soir dans mon bureau après la fin de vos cours, nous pourrons discuter de votre orientation.
Hermione ne put retenir un petit sourire amer. L'homme s'assurait ainsi qu'elle ne manquerait pas leur rendez-vous, quand bien même l'aurait-elle voulu. Elle soupira en hochant la tête et se détourna à nouveau pour rejoindre ses amis. Au moins lui avait-il fourni une bonne excuse pour ces rencontres.
- Quelle idée de demander des conseils à ce type ! Moi je n'aimerai pas passer une seconde de plus avec lui ! lui lança Ron lorsqu'ils se furent éloignés du cachot.
- Tu sais que j'ai vécu avec lui pendant deux mois, Ron ?
- Oui ! Et j'ignore toujours comment tu as fait pour survivre à ça !
- Heureusement qu'il y avait Sirius je suppose, ajouta Harry.
Hermione rit quelque peu devant leurs remarques et hocha la tête. Autant aller dans leur sens, ça lui éviterait des questions gênantes, bien qu'elle doutât fort que les garçons ne puissent rien qu'imaginer ce qu'elle avait partagé avec les deux hommes.
Bonjour à tous et à toutes !
Voilà le chapitre suivant, j'espère qu'il vous aura plu ! On y retrouve un premier rapprochement entre notre trio, reste à voir si ça va perdurer et réellement aider Hermione ;)
Prochain chapitre, je pense la semaine suivante, faut que je le retravaille pas mal encore car j'en suis pas vraiment satisfaite pour le moment... Mais comme je suis en chômage partiel à partir d'aujourd'hui, je penses que je vais avoir bien le temps d'écrire !
Quoi qu'il en soit, je vous souhaite une très bonne journée et semaine, bon courage à tous et encore merci à tous ceux qui me laissent une petite (ou longue) review, vous êtes mon essence pour avancer :D
Et pour finir, petites réponses aux review guest :
Jenny : Je suis ravie de t'avoir surprise avec la petite Isadora, c'était le but ;) On verra par la suite le rôle qu'elle aura dans toute cette histoire ainsi que Draco... Pas mal de choses se mettent en place dans ce chapitre et en effet, l'année va être éprouvante (je suis diabolique avec mes personnages...) ! En tout cas, un grand merci pour ta review et ta fidélité à cette histoire :D
Coralie49 : Merci beaucoup pour ta review et tes compliments ! J'espère que la suite t'as plu ;)
