Je ne sais même pas si je suis en droit de vous adresser la parole après ce retard ignoblement monstrueux 0_o Une partie de moi est même dans le déni (un retard? Quel retard?).
Merci pour les reviews et merci de rester au rendez vous malgré tout ^^ vous êtes géniaux!
J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, en le relisant je me rends compte qu'il se passe pas tellement de choses... Du coup je compenserai dans le prochain qui, JE VOUS LE PROMETS sera écrit beaucoup plus rapidement. Voilà c'est promis, je ne peux plus reculer! Comme d'hab, j'attends les critiques positives ou négatives avec impatience!
Vous l'avez attendu avec beauuuucoup de patience alors sans plus de blabla voici le nouveau chapitre! (tadaaa dzing!)
CHAPITRE 5
Sherlock s'était redressé autant que son état le lui permettait : autrement dit il était à moitié écroulé contre la tête de lit, le visage baissé. John jeta un coup d'oeil autour de lui pour apercevoir dans un coin un espèce de sac de sport. Mycroft l'avait appelé pour qu'il vienne voir Sherlock, et si John ne le sous estimait pas, il avait dû savoir qu'il essayerait de le ramener à la maison. En conséquence, il avait dû faire amener des vêtements corrects à son frère qui ne pouvait pas traverser Londres en longue chemise blanche d'hôpital. Il alla chercher le sac qu'il posa sur le lit et découvrit à l'intérieur un costume qui, bien qu'il soit neuf et clairement taillé sur mesure, aurait pu être celui de Sherlock. "J'aurais dû m'en douter" réalisa John, "Il a mémorisé ses mensurations il y a longtemps"... Cette pensée entraîna l'apparition d'un sourire un peu crispé alors qu'il repensait à Irene Adler et à sa révélation avant qu'elle ne s'enfuie par la fenêtre. Il s'approcha de Sherlock et hésita. Il ne voulait pas lui faire peur en l'interpellant soudainement mais il ne voulait pas non plus le toucher, même doucement, par crainte que ça produise le même effet. Il resta planté là pendant une bonne dizaine de secondes, une veste de costume hors de prix dans les mains et un air un peu perdu sur le visage. Au moment où il tendait la main en essayant de se mettre le plus hors d'atteinte possible de Sherlock (il n'avait pas envie de réitérer l'expérience malheureuse de l'infirmier), le détective leva la tête.
- J'espère que ce n'est pas un jogging ou un... pyjama...
L'ancien soldat releva la tête, effaré :
- Comment par le Ciel...?!
- Oh pitié John! Je ne suis pas sourd! J'ai entendu que tu posais... un sac sur le lit et ça fait bien... dix secondes que tu restes planté là, en train... Haa... de te demander si tu vas me faire faire une crise cardiaque... ah... ou si je vais te mettre au tapis... Donc c'est clairement pour moi. Ç'aurait pu être de la nourriture mais je ne sens rien, et comme... Comme nous rentrons... j'imagine que tu ne vas pas me faire prendre... Aah... un taxi en chemisette d'hôpital... Bref, tu m'as... Tu m'as amené un costume j'espère...?
Malgré son soulagement de le voir encore lucide, John dut se détourner face au regard rouge sang de Sherlock. Heureux que le détective ne puisse pas le voir, il prit une ou deux secondes pour se calmer avant de se retourner à nouveau, évitant cette fois soigneusement de regarder ses yeux.
- C'est un costume.
- Ah! J'espère que tu n'as pas pris la chemise violette... C'est ma préfèrée et je n'ai pas... envie... Ah... de l'abîmer...
- Non le costume est neuf. Je pense que c'est Mycroft qui l'a déposé, ou bien sa secrétaire.
En voyant le visage de Sherlock se crisper brusquement, John sut immédiatement qu'il avait fait une erreur.
- Range le.
John le regarda dans les yeux ("et merde! il faut que j'arrête de faire ça!") sans comprendre.
- Mais...
- RANGE LE! RANGE LE TU M'ENTENDS?!
L'ancien soldat en lui voulait étouffer les cris du détective consultant sous l'oreiller pour éviter que l'infirmière ne donne l'alarme. Cependant, sa moitié médecin lui assura que c'était une TRÈS mauvais idée. Il s'éloigna du lit en lui assurant d'une voix forte qu'il remettait le costume dans le sac, puis pour plus de sécurité, il reposa le sac dans le coin opposé de la pièce en faisant le maximum de bruit. En revenant auprès de lui, il remarqua que la respiration de Sherlock était saccadée et que son visage était crispé dans une grimace haineuse. Il eut un mouvement de recul involontaire : jamais au grand jamais Sherlock ne s'était mis en colère auparavant, et le visage que le détective offrait était choquant. John l'avait vu exaspéré, agacé, que ce soit contre lui ou contre Lestrade quand ils ne comprenaient pas assez rapidement, contre Anderson quand il... eh bien quand il était Anderson, et même contre Sherlock lui-même quand il se trouvait stupide. John avait fini par comprendre que le détective consultant avait en horreur les cris. Selon lui, une personne n'avait nul besoin de hausser la voix pour se faire entendre, il suffisait de savoir s'y prendre pour capter l'attention de son auditoire et la garder en ayant des choses intelligentes à dire. Sans compter qu'en tant que profond détracteur de toute forme de sentimentalisme, la haine évoquait pour lui une perte de contrôle intolérable. Admirateur de la beauté et de l'art, il ne voyait que de la laideur dans la colère et pourtant il était là, un rictus sur le visage. Au moins son accès de rage semblait lui avoir donné de l'adrénaline et il avait l'air moins faible, même si John savait que Sherlock le paierait un peu plus tard. Il poussa un soupir et revint s'asseoir sur le lit.
- Sherlock, tu ne peux pas traverser Londres comme ça. Ils te refuseront dans le taxi...
- Je suis allé à Buckingham en drap John, je peux rentrer dans un taxi en chemise longue!
- Ils vont croire que tu t'es échappé de l'hôpital.
- Eh bien reviens me chercher avec un costume!
Malgré toutes ses résolutions de patience John sentit l'agacement le gagner peu à peu.
- Tu veux que je te laisse ici? C'est ça que tu veux? Avec les docteurs et les infirmiers qui t'ont attaché? Si je rentre à l'appartement, je te préviens je ne reviens que demain!
- ...
Sherlock détourna son visage et pinça les lèvres, ce qui fit sourire John car il ressemblait soudainement à Mycroft. Mycroft... Ce que lui avait dit le médecin lui revint en mémoire. Sherlock avait hurlé le nom de son frère, croyant que ce dernier était dans la pièce à son réveil et l'ignorait. Il devait en effet être à ses côtés puisqu'il avait appelé John pour le prévenir que Sherlock s'était réveillé, mais alors pourquoi ne lui avait-il pas parlé? Et pourquoi s'était-il excusé au téléphone? Sentant la migraine approcher, John finit par entrapercevoir la raison pour laquelle Sherlock ne voulait pas du costume. Et si, en effet, Mycroft avait ignoré Sherlock alors que ce dernier venait juste de se réveiller et avait besoin de lui, John ne pouvait pas vraiment lui reprocher sa réaction puérile. Soupirant, il posa sa main sur le bras du détective consultant , 6 ans d'âge mental, et reprit d'une voix autoritaire :
- Sherlock, si tu veux qu'ils te laissent sortir, tu dois t'habiller. Je n'ai absolument pas envie de faire un aller retour juste pour aller te chercher un costume alors que tu en as un ici qui est parfaitement à ta taille et qui a coûté trois fois mon salaire.
Le fameux Sherlock était visiblement partagé entre son envie de rentrer le plus rapidement possible au 221B et sa haine pour le seul vêtement disponible qui lui permettrait de rentrer. John esquissa un sourire :
- Après, il y aurait bien une autre solution...
Sherlock releva la tête, surpris que le médecin ait trouvé une alternative avant lui.
- Laquelle?
- Eh bien je peux toujours te donner mes vêtements et je prends le costume...
Sherlock émit un petit bruit de dédain amusé.
- Quoi? Toi en costume trop grand et moi en pull bon marché qui me serre? Bien que je ne sois pas surattaché à ma réputation John, il me reste un peu de dignité!
- Eh bien alors tu sais ce qu'il te reste à faire...
Un éclair de douleur traversa les traits de Sherlock, qui poussa un gémissement rauque.
L'ex soldat leva les yeux au ciel :
- Franchement Sherlock ce n'est pas la fin du monde! Ce costume est t...
Un deuxième cri l'interrompit et lui fit comprendre que quelque chose n'allait pas. John se pencha vers lui, alarmé :
- Qu'est-ce qu'il se passe?!
- Regarde autour de toi John et... Aaah!... Arrête de poser des questions stupides! Tu n'as pas l'impression qu'il... ah... manque quelque chose dans ma chambre?
Un rapide coup d'oeil sur les côtés du lit renseigna l'oeil aguerri du médecin qu'il était :
- La morphine! Ils te l'ont enlevée!
- Oui, il y a eu un... problème tout à l'heure...
John attendit quelques secondes, résolu à ne pas lui avouer qu'il savait déjà tout ce qu'il s'était passé, depuis sa crise de rage jusqu'au coup de poing et sa maîtrise finale. Il voulait voir si Sherlock allait lui raconter ou non, et s'il pouvait avoir des renseignements sur le comportement curieux de Mycroft. Il y eut un long silence et finalement John comprit qu'il n'aurait pas plus d'informations. Il se leva du lit et s'éloigna un peu avant de se retourner:
- Alors, je t'emmène ou je te laisse ici?
Peut-être qu'un peu de bon sens avait filtré dans la tête brune, ou alors que la perspective de trouver du réconfort dans la marijuana de Mme Hudson avait entamé ses défenses, mais John put voir dans la mâchoire de Sherlock qu'il venait de prendre sa décision.
- Je viens.
- Bien, on va te préparer alors.
Le détective se crispa :
- Ce n'est pas parce que je ne vois rien que je suis un imbécile ou un enfant! Je sais encore comment m'habiller John!
Le fameux John le regarda un instant, tenté de lui dire " Ah oui? Eh bien trouve le sac où est le costume, va laver tes écorchures et rejoins moi à l'appartement alors!" mais il choisit la voie du tact, sachant qu'il risquait d'entendre des choses bien pires dans les jours à venir...
- Ca n'a rien à voir avec ton... tes... yeux Sherlock. Tu sors d'une longue opération, tu es faible comme n'importe qui le serait à ta place. Je veux qu'on soit prêt rapidement parce que je suis fatigué, je veux rentrer à l'appartement.
A ce moment, le vibreur de son téléphone retentit, lui indiquant qu'il avait reçu un message : " Suis parti de l'appartement et ai pris le casque. Un détail m'est revenu, je pense avoir quelque chose. Appelez moi quand vous le pouvez".
- Et s'il te faut encore une raison, je dois parler à Lestrade aussi vite que possible.
- Qu'est ce que Gavin vient faire là dedans?
- Greg.
- Quoi?
- Il s'appelle Greg...
- ... Greg.
Même en n'y voyant rien, Sherlock put sentir le regard réprobateur de John.
- Eh bien déjà il voudra de tes nouvelles, et ensuite il y a eu quelques soucis pendant que tu étais absent...
- Mais enfin.. Je ne suis à l'hôpital que depuis hier soir... Quels problèmes a-t-il réussi à créer en si peu de temps?
John ouvrit de grands yeux en remarquant que Sherlock avait raison. Lui avait l'impression qu'une semaine venait de s'écouler alors que l'accident avait eu lieu moins de 24 heures auparavant. Comment en moins d'une journée sa vie avait-elle pu devenir un tel bordel? Il ne répondit pas au grand brun qui essayait de sortir dignement du lit, et s'occupa de lui ramener le sac. La demie heure qui suivit fut remplie de protestations de Sherlock et de ses claquements de langues agacés, mais la patience de John eût sa récompense quand au moment de repartir, il regarda le détective. Bien qu'en observant bien on puisse remarquer la faiblesse dans la posture, la vue d'ensemble donnait presque l'impression d'un Sherlock normal. Il était pâle de nature donc la différence n'était pas choquante, et le costume recouvrait ses écorchures aux poignets et aux chevilles. Non, le seul problème résidait dans le regard ensanglanté. John essaya encore une fois de ne pas croiser les yeux de Sherlock qu'il s'obstinait à garder ouvert, mais c'était peine perdue. Il saisit le poignet du détective et le fit sortir de la chambre. Alors que les couloirs et les portes défilaient sans fin, John laissa son esprit vagabonder un peu : qu'est ce qui le dérangeait dans la blessure de Sherlock? Pourquoi lui qui avait vu les pires blessures qu'un homme pouvait voir, ne pouvait-il pas rester de marbre devant un peu de chair ensanglantée? On lui avait amené des hommes torturés, des enfants à qui il manquait la moitié du corps et des femmes violées avec tant de haine qu'elles devaient retenir leurs entrailles avec leurs propres mains. Les images dans les films des soldats allongés, la vie les quittant alors qu'une rose rouge étendait ses pétales sur leur uniforme étaient bien souvent fausses. Les blessures étaient laides, terribles, et rares étaient les personnes qui s'en allaient avec dignité. John perdit tout à coup le fil de ses pensées et oublia Sherlock, l'hôpital et même Londres. Pendant un instant, de ses yeux éveillés il put voir autour de lui des terres arides et magnifiques de l'Afghanistan et il sentit l'adrénaline jaillir dans ses veines. Une forte pression sur son bras le fit revenir brusquement à la réalité : il s'était arrêté en plein milieu de l'accueil, Sherlock toujours accroché à son bras et les gens commençaient à les regarder d'un oeil bizarre.
- Que se passe-t-il John?
Sherlock parlait déjà d'une voix agacée, exaspéré d'avoir à demander pour savoir ce qui se passait autour de lui. Sans lui répondre, John secoua la tête et se dirigea vers la secrétaire d'accueil. Il signa le registre, récupéra le sac de médicaments et répondit machinalement à la jeune femme qui lui souriait avant de prendre congé. Enfin, ils passèrent les portes de l'hôpital et retrouvèrent les rues et la population de Londres. Sherlock s'arrêta en plein milieu de la rue, stoppant John dans son élan. Le détective leva la tête et prit une grande inspiration. Les sons de la ville, la pulsation vitale de Londres. Il entendait tout. Les portières qui claquaient, l'homme dans la quarantaine qui était en train de parler à sa maitresse au téléphone, le petit garçon qui parlait avec sa mère et qui vu son stress allait sûrement lui annoncer une mauvaise note. Il pouvait aussi sentir l'odeur de sa ville. Qu'importe qu'elle soit faite de gaz de pots d'échappements balayée de temps à autre par une brise glaciale aux relents de poubelles. Qu'importe l'odeur du macadam trempé par la pluie. Chaque personne qui passait laissait une fragrance dans l'air qui était unique, et l'odeur de Londres, c'était l'odeur du Travail et de sa vie. Un mince sourire courba les coins de la bouche de Sherlock : son sens de déduction restait là, intact quoique troublé présentement par la douleur lancinante qui émanait de ses blessures. Tout n'était pas perdu. Il baissa la tête et laissa John le guider jusqu'au taxi qu'il venait d'interpeller.
Taxi, rues et avenues qui défilent dans le flou de la grisaille, descente, paiement, maison, escaliers, appartement. Enfin.
Sherlock se laissa tomber dans son fauteuil avec un gémissement sourd : son taux d'adrénaline baissant, la douleur remontait en flèche. Profitant de l'absence de John qui était descendu voir Mme Hudson, il ouvrit le paquet de médicaments et hésita longuement entre les différentes boîtes avant de les jeter rageusement sur le plancher. Il était incapable de savoir laquelle ouvrir! Le bruit des pas de John qui remontait l'escalier lui fit prendre conscience de son geste. Rapidement il se laissa tomber sur le sol et tâtonna à la recherche des boîtes : hors de question que John le voie perdre pied aussi rapidement. Il pût en retrouver quatre sur cinq avant que la poignée de la porte ne pivote en grinçant. Quand le bon docteur entra dans le salon, Sherlock était assis sur son siège avec la main dans le sachet.
- Ah, tu veux prendre tes antalgiques?
Sherlock émit un grognement vague.
- Je vais voir ça pour toi si tu permets...?
Avec un haussement d'épaule qui se voulait désinvolte (néanmoins démenti par sa mâchoire crispée), le détective consultant lui tendit le sachet. Le docteur fouilla dedans et sortit les compresses stérilisées, deux boîtes contenant le désinfectant non agressif pour les muqueuses, les antiémétiques et enfin une boîte d'antalgiques. Sherlock put entendre la légère exclamation incrédule de John :
- Tiens, ils t'ont prescrit du Fentanyl... Et tu n'en as qu'une boîte? Je ne savais même pas que ce médicament était toujours légal.
L'ex soldat déplia la feuille où étaient écrits en pattes de mouches tous les médicaments fournis et la lut les sourcils froncés.
- Ils disent qu'ils t'en ont donné deux... Ils ont dû se tromper, c'est bizarre.
Pris d'un léger doute, il jeta un coup d'oeil à Sherlock qui l'écoutait, les traits crispés par la douleur. Le Fentanyl était un opioïde qui créait une accoutumance très forte et qui était 80 fois plus puissant que l'héroïne, l'ensemble formant le pire ennemi du détective. Il ne voyait pas pourquoi Sherlock aurait volé une boîte puisque de toute façon il allait devoir en prendre donc pas besoin d'en avaler en cachette, et en plus en étant aveugle il n'aurait jamais pu savoir différencier les antalgiques des antiémétiques. Néanmoins un vague malaise resta tapi au fond de son ventre, qui ne devait plus le quitter pour les semaines à venir. Secouant la tête, il essaya de chasser ses pensées sombres et dit d'une voix qui se voulait enjouée :
- Bon eh bien je vais te donner ta première dose, mais attention la prochaine sera dans deux heures et tu n'as le droit qu'à quatre doses par jour. Il est... 17h15 dit-il en regardant sa montre. Bon pour aujourd'hui ça ne devrait pas être trop difficile je t'en donnerai une en milieu de soirée et une troisième avant de dormir. Par contre il faut que tu avales quelque chose, tu dois être affamé... Ou disons que ton corps, lui, a faim, rectifia-t-il en voyant l'air blasé du détective. Qu'est ce que tu veux manger?
- Je n'ai pas besoin d'avaler quoi que ce soit, à part ce médicament.
John l'ignora et ouvrit le frigo dans lequel il ne restait que pas grand chose. Se saisissant de deux steaks, il referma la porte et étendit le bras en vain pour attraper une boîte de haricots placée au dessus d'un meuble. Il fit une remarque entre ses dents sur les gens qui ne pensaient pas aux personnes plus petites et émit un juron quand sa cinquième tentative échoua. Grognant de frustration il se retourna pour attraper une chaise et faillit se casser le nez sur le torse de Sherlock qui était juste derrière lui et qu'il n'avait pas entendu arriver. Ce dernier s'avança, poussant légèrement un John surpris sur le côté, et tâtonna entre les différentes boîtes avant d'en désigner une.
- Décale de deux sur la droite, lui répondit John d'un air un peu vexé.
Les longs doigts de Sherlock se déplacèrent et effleurèrent un premier cylindre de métal avant de se resserrer autour du deuxième qu'il ramena et tendit à l'ex soldat qui le remercia d'un air intrigué. Ce n'était pas dans les habitudes de Sherlock de l'aider, et surtout pas quand il essayait de lui cuisiner quelque chose contre sa volonté. Quand le détective prépara la table en se fiant à sa mémoire et s'affaissa sur une chaise de la cuisine au lieu de retourner sur le canapé, John commença à entrevoir la raison de son comportement. Et il eût la preuve qu'il avait raison quelques minutes plus tard, quand l'odeur de la nourriture s'éleva dans l'appartement et que l'estomac de Sherlock trahit son propriétaire en émettant des grognements bruyants. Tout en servant leurs parts respectives, John murmura juste assez fort :
- Je savais que tu avais faim.
Sherlock pinça les lèvres et jeta un regard aveugle à son traître d'estomac avant d'affirmer en toute mauvaise foi que la seule raison qui le poussait à manger était qu'il voulait vite prendre ses médicaments. Le repas fût calme et agréable et John ne pût s'empêcher de soupirer de bien être après la furie des dernières 24 heures. Il avait décidé d'attendre un peu avant d'appeler Lestrade pour profiter du retour de Sherlock et vérifier que tout allait bien, et il devait l'admettre, le résultat dépassait ses espérances. John revit en pensée Sherlock l'aider pour la boîte de conserve et sourit. Il ne pouvait s'empêcher de se demander quel compagnon ferait Sherlock, si un jour il trouvait une femme (ou un homme se corrigea-t-il) qui lui correspondait. Il était possible voire probable que ça n'arrive jamais mais dans le cas où... Serait-il attentionné? Prêterait-il autant d'attention à son conjoint qu'à une enquête, remarquant tous les petits détails et étant prêt à répondre à une demande avant qu'elle n'ait été formulée? Ou serait-il maladroit et emprunté, timide comme jamais? Se prêtant au jeu, John se plongea dans ses réflexions. "Peut être s'ouvrirait-il un peu plus, et laisserait tomber les dernières barrières qu'il garde avec moi" pensa-t-il. "Ça serait comme ici, avec quelques gestes en plus..." Cette réflexion lui fit écarquiller les yeux et pendant un court moment, il remercia le ciel que Sherlock ne puisse pas voir son visage. Passé les premières secondes de surprise, il se rendit compte que pendant ses 15 mois de colocation avec Sherlock, ils avaient réellement fondé un foyer. Après tout, à l'hôpital, Sherlock n'avait-il pas demandé à rentrer "à la maison"? Ils étaient en quelque sorte un couple...
Le cerveau de John analysa le mot couple et essaya de l'associer à Sherlock et lui. L'information tangua entre ses deux hémisphères, le cervelet devint écervelé, l'hippocampe se mit à ruer, l'hémisphère gauche essaya de se tenir droit et l'hémisphère droit devint très gauche. Les neurones toutes érronnées, envoyèrent un message au diaphragme qui mit du coeur à l'ouvrage : se prenant pour un coeur automatique le voila qui se contracte en choeur avec les zygomatiques. John contracte un fou rire, vu l'bordel ç'aurait pu être pire...
John se mit à rire incontrôlablement. Il n'y avait rien de vraiment hilarant mais le soulagement lié à la fatigue n'aidait vraiment pas. Sherlock se redressa à ce bruit inattendu et regarda dans sa direction, l'air méfiant.
- Qu'est ce qu'il y a?
John se rendit compte à l'air fermé de Sherlock qu'il commençait à s'imaginer que le docteur se moquait de lui. Voulant éviter à tout prix qu'il ne se referme sur lui même, John ne prit même pas le temps de filtrer ses mots et lui expliqua rapidement :
- Je ne voulais pas te surprendre, j'étais perdu dans mes pensées.
- Et qu'est-ce qu'il y avait de si drôle?
- Eh bien... L'ex soldat marqua une pause mais il s'était engagé sur le terrain et il refusait de lui mentir. Et après tout il s'agissait de Sherlock : sûrement fou d'Irène Adler et tellement inexpérimenté dans les choses de l'amour. Quel risque pouvait-il bien y avoir?
- Eh bien, je pensais au fait que notre appartement était devenu un vrai foyer, et que nous ressemblions vraiment... à un couple.
Sherlock devint perplexe.
- Mais enfin, c'est stupide, tu n'es pas gay. Tu n'arrêtes pas de le dire.
- Oui, enfin non! Je n'ai jamais dit que l'on était un couple! J'ai dit qu'on ressemblait à un couple.
- En quoi?
La question était posée sans arrière pensée mais John se retrouva dans un embarras total. C'était vraiment Sherlock ça...
- Euh... On vit ensemble alors que l'on est tous les deux adultes. On se suffit à nous mêmes, on n'a pas beaucoup d'amis. Aucun de nous deux n'est engagé dans une relation... stable dit-il d'un air grinçant en regardant le petit sourire ironique du grand brun qui faisait fuir ses conquêtes. Il décida de lui lancer une pique.
- En plus quand je suis en couple, tu te débrouilles toujours pour que faire fuir ma petite amie, comme si tu voulais me garder pour toi, ça peut prêter à confusion.
Le docteur ne s'attendait certainement pas à la réaction du détective qui s'arrêta de manger et prit un air troublé, comme s'il réfléchissait à la question. Finalement quand il ouvrit la bouche, ce fût pour répéter sa première remarque :
- Mais tu n'es pas gay.
- Non mais ça ne change rien.
- Comment ça?
- Je suis attiré par les femmes mais ce n'est pas parce que je ne suis généralement pas attiré par les hommes que je ne peux pas tomber amoureux d'un homme, tu comprends? J'imagine que ce genre de choses peut arriver, tu tombes amoureux d'un esprit et d'un corps particulier, pas d'un genre.
Finalement ce n'était pas si difficile de lui en parler, se dit John. Après tout, le détective prenait le temps de lui expliquer ses déductions il pouvait bien lui expliquer le fonctionnement basique des sentiments. Il avait le droit de savoir, lui à qui on ne l'avait jamais expliqué car il semblait différent. Bien sûr c'était un peu gênant mais encore une fois, il s'agissait de Sherlock. Quel risque pouvait-il bien y avoir?
- Mais si tu peux tomber amoureux d'un homme, et qu'on ressemble à un couple, qu'est ce qui fait que l'on ne forme pas un vrai couple?
L'ex soldat ouvrit de grands yeux et s'étrangla à moitié en avalant sa salive de travers. Bon sang! Quelle question... Il s'éclaircit la gorge:
- Euh... Eh bien déjà il faut que les deux personnes soient... disons... d'accord sur la question. Ce n'est pas parce que ÉVENTUELLEMENT je POURRAIS tomber amoureux d'un homme que c'est ton cas. Et puis après il ne suffit pas de... vivre avec quelqu'un pour en être... amoureux. Enfin... je t'apprécie mais je ne t'AIME pas, tu vois la différence?
Sherlock avait l'air de réfléchir intensément à la question. Il avait fermé les yeux (enfin!) et paraissait perplexe.
- Quelle est la différence? Par exemple pourquoi est-ce que tu m'apprécies sans m'aimer?
John reposa définitivement sa fourchette et prit une jolie teinte pourpre. Un silence s'installa, et alors que le grand brun regardait à nouveau calmement en direction de John, ce dernier remuait sur sa chaise, mal-à-l'aise. Le silence s'éternisa, et au moment où le détective consultant ouvrit la bouche le téléphone de John se mit à sonner, mettant un terme à la discussion. L'ex soldat poussa un soupir qu'il éspèra avoir été inaudible et se leva pour répondre.
- Excuse moi, ça doit être Greg.
Aussitôt Sherlock reprit son air blasé et se replongea dans son assiette.
John décrocha rapidement après avoir vérifié l'identifiant :
- Allô Greg.
- Oui, John? Vous n'avez pas eu mon message?
- Si, si. Seulement j'étais avec Sherlock à l'hôpital et comme je l'ai ramené à l'appartement, je suis resté un peu avec lui au calme. On... On parlait.
- Ah! L'inspecteur ignora totalement l'hésitation de John. - Comment il va?
- Euh, il va bien, j'imagine.
John vit du coin de l'oeil Sherlock lever les yeux au ciel et se raidir sous le coup de la douleur qu'avait causé le mouvement. Il ne pût s'empêcher de ricaner brièvement, ce qui lui valut un regard meurtrier et une bonne dose de remords.
- J'imagine que vous m'appelez pour le "détail" qui vous était revenu à l'esprit? Une piste sérieuse?
Le détective se retourna vers lui, tout à coup attentif.
- Oui, écoutez, vous vous rappelez le casque?
- Bien évidemment, c'est moi qui l'ai vu et ça s'est passé il y a deux heures. J'ai l'air d'un poisson rouge?
A l'autre bout du fil John entendit Lestrade grogner, et maintenant en face de lui, Sherlock esquissa un petit sourire moqueur.
- Bref, eh bien il se trouve que dans les poches de la première victime on avait trouvé un iPod, d'une couleur dorée assez vive. La victime était assez âgée et n'avait pas d'écouteurs sur elle ce qui semblait assez bizarre vu qu'il s'agissait vraisemblablement d'un accessoire plutôt "branché". Enfin... On avait essayé d'écouter les pistes mais l'objet semblait défectueux car ça n'a pas marché. Cet après midi je suis retourné au bureau et j'ai ressorti l'iPod. J'ai branché le casque dessus, il fallait bien tenter le coup...
- Et alors?!
- J'ai quelque chose. Il faudrait que vous veniez tous les deux voir ça, ou plutôt écouter...
- Ce soir?
- Oui, on ne sait pas quand il frappera à nouveau.
- Il? C'est Moriarty, vous en êtes sûrs?
Sherlock était déjà à la patère pour récupérer son manteau mais il ne pouvait pas voir John le regarder d'un air préoccupé. L'appel du Travail était le plus fort pour l'instant, les médicaments faisaient encore effet (plus pour longtemps), et il avait mangé. Là tout de suite, il allait même plutôt bien. Dans 10 minutes, il serait une vraie loque.
- J'en suis quasiment certain. Vous venez?
Le médecin prit le dessus sur le soldat. John leva la tête et répondit rapidement.
- Non.
Sherlock se retourna vivement, son écharpe à moitié nouée autour de son cou. Il n'avait pas pu entendre la question de Lestrade mais la réponse catégorique de John semblait le concerner. Son ton avait une note d'inquiétude et à sa voix, Sherlock pouvait clairement dire qu'il le regardait où était tourné vers lui quand il avait répondu.
- Quoi?! Pourquoi?
- Sherlock vient de sortir d'une lourde opération et il n'est pas prêt à reprendre tout de suite. Vous semblez oubliez, comme il semble oublier lui-même qu'il est humain!
La dernière phrase avait été assenée pour Sherlock principalement, qui avait ouvert la bouche d'un air furibond.
- Hum... Oui c'est vrai. Mais John , on ne sait pas quand il peut faire une nouvelle victime ou même s'il a décidé de s'en prendre à l'un de vous deux! Plus tôt cette enquête est résolue, mieux c'est pour nous tous.
Le fameux John se mordit la lèvre, en plein dilemme.
- Alors passez nous voir, si vous avez vraiment besoin d'aide. Passez à l'appartement, mais il ne sortira pas.
Debout face à lui, le grand brun était raide, le visage glacial.
- Entendu, merci. Il est à peu près 19h. Je peux passer dès ce soir?
- Oui, je lui ai donné des médicaments. Il tiendra le coup, il ne devrait pas trop se plaindre.
Sherlock n'était plus glacial, il était polaire. Un petit frisson désagréable courut le long de l'échine de John.
- Je rassemble quelques affaires et je pars. Ça va quand même prendre un petit moment, laissez moi une bonne heure.
- D'accord, à tout à l'heure.
Le bip marquant la fin de la conversation résonna dans le silence de l'appartement. L'ex soldat eût le réflexe de bien se camper sur ses jambes : le visage menaçant de Sherlock n'annonçait absolument rien de bon. Il s'avança lentement et parla d'une voix encore plus basse que d'habitude.
- Ne t'avises pas de refaire ça.
John ouvrit la bouche mais le grand brun le devança :
- Tu n'as absolument aucun droit de te mettre entre le Travail et moi, tu m'entends?
Ce n'était pas violent à proprement parler, le volume était normal et aucun des mots n'était choquant. Cependant, il y avait indiscutablement une menace latente.
- Qui es-tu pour te permettre ça? Tu n'es pas mon médecin et tu n'es certainement pas mon frère ou ma famille.
- Oh, parce que lui tu l'écouterais? Tu veux peut être que je l'appelle?
La température de la pièce chuta encore et approcha du zéro absolu. John n'avait absolument pas voulu provoquer le détective consultant mais mis sur la défensive il avait attaqué par réflexe. Essayant de se rattraper il se reprit :
- Sherlock, je suis ton ami, tu te rappelles? C'est le principe de l'amitié que de prendre soin l'un de l'autre. Et j'ai beau ne pas être TON médecin, je te connais bien mieux qu'aucun des autres médecins que tu n'as eu ou que tu auras jamais. Crois moi, tu ne tiendras pas le coup.
Sherlock ouvrit la bouche mais John le coupa à son tour.
- Tu veux tomber de fatigue et de douleur en face d'Anderson et de Donovan? Tu veux qu'ils me voient te porter jusqu'à un taxi?
Sherlock pinça les lèvres et se tendit. Le docteur remarqua que les épaules frémissaient légèrement et que les jambes semblaient moins solides. Il regarda sa montre pour calculer le laps de temps depuis sa première dose d'antalgiques. Sachant à quoi s'attendre il se rapprocha légèrement du grand brun.
- Je ne suis pas aussi faible que tu sembles le croire John, mon corps est peut être affaibli mais c'est l'esprit qui le domine et je suis parfaitement en forme intellectuellement.
- C'est ça Spock, prouve le moi. Fais moi juste trois flexions et je te laisse courir dans les rues.
Le détective haussa les sourcils et sourit froidement.
- Sache que je trouve cela complètement stupide. Néanmoins, si c'est ce que tu veux...
- Oh, je t'en prie.
Au ton amusé du médecin, Sherlock tiqua un peu mais ne dit rien.
Au moment où il fléchit les genoux, il remarqua que quelque chose clochait. Une fois les rotules débloquées, son corps sembla peser une tonne et la flexion en elle même fût extrêmement simple. Le problème intervint quand il voulut se relever. Ses jambes se mirent à trembler et il sentit la douleur revenir par vagues terribles. Il faillit s'effondrer mais John était déjà là pour le soutenir. Passant le bras de Sherlock par dessus son épaule il le guida jusqu'au canapé où il l'aida à s'étendre. Puis, il alla lui chercher un nouveau losange de Fentanyl que Sherlock prit avec une violence désespérée. Il laissa un peu agir pendant quelques minutes où la respiration saccadée du détective consultant résonna dans la pièce, puis remarquant qu'il tremblait, il alla allumer un feu dans la cheminée. On avait beau être en Avril, il s'agissait de Londres et la température tournait autour des 8°c. De plus, au delà de la chaleur, un feu était agréable et réconfortant sous tous ses aspects. Quand il eût fini et qu'il se retourna, ce fût pour voir que Sherlock s'était difficilement redressé dans le canapé, l'air misérable. Il le rejoint avec un petit sourire inquiet et s'assit à côté de lui doucement.
- Ça va mieux?
Sherlock ne répondit pas, et John comprit. La douleur était peut être passée pour un temps, mais l'homme à côté de lui ne voyait plus rien. Il était dans un monde de ténèbres où la douleur n'était qu'une moindre partie de l'horreur. Bientôt l'ennui allait arriver, et la honte de sortir en dépendant de quelqu'un. Sherlock dont les yeux voyaient tout, Sherlock qui était déjà si renfermé sur lui-même, pourrait-il vivre de cette manière? La douleur était passée, mais une peine bien plus forte commençait tout juste à faire son nid dans sa tête. John le regarda et vit que sous les paupières qui s'abaissaient rapidement brillaient des yeux pleins de larmes. Pour la deuxième fois depuis qu'il le connaissait il voyait Sherlock pleurer, et c'était une vue dont il se serait passé allègrement. Il se leva pour aller chercher une couverture sur son fauteuil et la passa autour des épaules du brun. Au moment où il allait repartir pour débarrasser la table, la main de Sherlock le retint, implorante. Comprenant le message qu'il ne formulerait sûrement jamais par fierté, John se rassit contre lui.
Sherlock tourna la tête et murmura d'une voix rauque :
- Merci... D'être là... D'être resté.
Et John savait que ce n'était pas juste pour ce moment précis, mais qu'il le remerciait d'être resté à ses côtés dès le premier jour, où il avait tué ce taxi. Qu'il le remerciait d'être resté à ses côtés sans douter une seconde là où tant d'autres, tous les autres avaient baissé les bras avant même d'essayer. Qu'il le remerciait de rester à ses côtés malgré tous ses défauts et malgré toutes ses tentatives pour l'exaspérer. Et John... Eh bien John ne comptait aller nulle part. Il était chez lui avec cet homme complètement hors du commun et vraiment endommagé, et c'est pour ça qu'il lui répondit immédiatement sans réfléchir.
- Je serai toujours là.
