Et voilà le chapitre 6 ! J'ai beau avoir tenu ma promesse je sais que vous avez encore attendu pas mal de temps mais cette fois j'ai une bonne excuse : les partiels ;) et puis je l'ai réécrit pas mal de fois parce que je trouvais les personnages un peu trop OOC. Dites-moi si vous trouvez que c'est mieux ! En tout cas, ma résolution (si je croyais en une telle Chose ^^) serait de fournir toujours plus de fics de qualité en prenant moins de temps. J'ai toujours été optimiste ! Ah! Une dernière chose : cette fic se situe entre la saison 2 épisode 2 et saison 2 épisode 3. En effet, pas mal de choses que je mets en place ont un lien avec cet encadrement je vous laisse y réfléchir ;)
Merci pour vos messages, ça me donne toujours beaucoup de motivation et ça me fait très plaisir !
Elie Bluebell : L'attitude de Mycroft sera pas mal développée dans le chapitre 7 ou 8 :) J'espère que ce chapitre te plaira !
Adalas : Merci de continuer à lire malgré les retards énormes et fréquents ;) Le Johnlock arrive très (trop doucement) je sais, mais les chapitres suivants vont bien faire avancer leur relation. J'ai déjà lu pas mal de fics où ils se mettent ensemble de manière absurde et j'aimerais vraiment proposer quelque chose de réaliste !
Pourvu que tu aimes ce chapitre !
Mooshy-sloppy : Merci beaucoup, mon erreur (qui n'est pas la seule d'ailleurs) est très peu pardonnable puisque j'étudie la Biologie…:)
J'espère que cette suite continuera à vous plaire !
A bientôt j'espère.
CHAPITRE 6
- Je ne comprends pas... Pourquoi est-ce que vous vous intéressez à... Lui? Après tout ce temps?
Le vieil homme essuya ses lunettes, tentant de cacher l'inquiétude que lui inspirait son visiteur nocturne. D'une voix aimable, l'inconnu répéta sa question encore une fois.
- Eh bien... Je ne vois pas le mal qu'il y aurait à vous raconter ça. C'était le meilleur élève que j'ai jamais eu, et de loin! Il pouvait se transformer totalement... pour peu qu'il s'en donne la peine. J'ai toujours pensé qu'il aurait pu avoir une carrière dans le théâtre vous savez...
Le vieillard continua à parler un long moment, se replongeant dans les souvenirs du passé qu'il remuait pour un homme au regard étrange. Ses yeux scintillaient derrière les lunettes cerclées d'or, voyant à la place de l'homme solitaire un large public silencieux et attentif. Il s'évertua à raconter son histoire, peut-être avait-il compris que ce serait sa dernière. Enfin il se tût, et l'inconnu se leva. Alors qu'il sortait un pistolet et s'approchait du professeur, le vieil homme pût enfin voir son visage nettement.
- C'est étrange... D'une certaine manière, vous Lui ressemblez...
Un sourire naquit sur les lèvres de l'homme qui lui murmura une dernière chose avant de presser la détente. Quand il se retourna pour quitter la pièce, l'inconnu laissa derrière lui un cadavre dont le visage exprimait encore dans la mort la plus grande des stupéfactions.
Le feu brûlait vivement dans l'âtre, faisant danser des salamandres rouges et or sur les murs de l'appartement. Une douce chaleur flottait dans cette atmosphère et quelques rubans de fumée sentant le pin venaient s'enrouler autour d'un canapé où étaient assis deux hommes. Il y avait comme un esprit de Noël en cette froide nuit d'Avril au 221B Baker Street, mais l'homme qui marchait rapidement vers la porte n'avait rien du père Noël. Long manteau d'hiver, écharpe claquant dans le vent, Greg Lestrade monta rapidement les marches du perron et fit tinter la sonnette, perturbant à peine la calme atmosphère quand il entra dans le petit salon où l'attendaient John et Sherlock affalés dans le canapé.
- Désolé, j'ai mis un peu plus de temps que prévu mais je suis repassé au bureau pour aller chercher les parties du dossier que j'avais laissé là-bas.
John se leva pour aller lui faire une tasse de thé mais Sherlock resta assis les yeux fermés, faisant un vague mouvement de tête pour le saluer.
- Eh bien, ça fait plaisir de vous revoir de retour ici aussi rapidement Sherlock!
Le dénommé Sherlock esquissa un petit sourire ironique:
- J'imagine que ce plaisir est surtout motivé par le fait que, comme d'habitude d'ailleurs, vous êtes empêtré jusqu'au cou dans une affaire qui vous dépasse et que vous avez besoin de moi.
Le D.I leva les yeux au ciel avant de se retourner vers John qui lui ramenait une chaise.
- J'imagine que dans sa langue ça veut dire "Bonsoir, merci beaucoup" alors je ne vais pas me plaindre...
- S'il devient trop désagréable il suffit de le menacer de le renvoyer à l'hôpital, ou même...
John baissa la voix mais fit en sorte que Sherlock puisse entendre la suite
- ... Seulement de prononcer le nom de Mycroft. Je vous promets, c'est magique.
Le docteur ne remarqua pas l'air embarrassé de Lestrade, mais il vit le sourire narquois s'effacer aussitôt du visage du détective qui ouvrit grand les yeux pour les braquer dans sa direction. En voyant pour la première fois ses yeux ensanglantés, Greg laissa échapper une exclamation de surprise. Sherlock se tourna vers lui, sur la défensive.
- Qu'est-ce qu'il se passe?! Qu'est-ce qu'il y a?
John qui avait compris le choc de Lestrade ouvrit la bouche pour trouver une excuse ou changer de sujet mais le D.I fut plus rapide :
- Eh bien mon vieux, c'est Halloween avant l'heure! Je vous assure, il vaut mieux que vous fermiez les yeux parce qu'à côté d'effrayant dans le dictionnaire, c'est votre photo qui devrait être collée!
Le docteur se retourna vers lui, bouche bée devant si peu de tact... Lestrade était mi-ébranlé, mi-rieur et regardait Sherlock qui, énervé de ne pas comprendre, commençait à être sérieusement agacé. Plein de son expérience militaire, John respira un bon coup, se redressa... et effectua rapidement une retraite stratégique en direction de la cuisine où la bouilloire sifflait. Les deux hommes dans le salon étaient des gamins l'un envers l'autre et même si le plus immatures des deux était Sherlock, John suspectait grandement Greg de le pousser volontairement à bout (ce qui était en vérité trop facile). Il ne pouvait rien faire quand ils avaient décidé de se "taquiner". Si la situation dégénérait, il prendrait le rôle de l'adulte et leur dirait de se calmer, voilà tout. En servant le thé, il entendit la voix de Sherlock susurrer quelque chose et la conversation s'envenimer. Il ne put s'empêcher de tendre l'oreille et fronça les sourcils en entendant quelque chose à propos de la femme de Lestrade... Il revint au salon avec le plateau pour y trouver les deux hommes boudant dans leur coin. Un sourire aux lèvres, sachant ce qu'il avait à dire pour animer la conversation, il s'éclaircit la gorge:
- Alors Greg, qu'est-ce que vous vouliez nous dire de si important? Qu'est-ce que c'est que cette affaire?
Sherlock se redressa aussitôt, l'homme d'action avait remplacé l'enfant boudeur.
- Eh bien déjà, je dois vous dire qu'on est quasiment sûr que c'est signé Moriarty. Ne me demandez pas pourquoi, vous allez le comprendre. La seule autre possibilité serait que ce soit un de ses complices "proches", pour peu qu'il en ait, qui ait dégénéré.
- Pourquoi pas un imitateur?
- Laissez moi vous expliquer.
Il sortit deux dossiers jaunes de sous son manteau et les posa sur la table basse.
- Deux meurtres pour l'instant et j'ai bien peur que ce ne soit que le début...
A ces mots, Sherlock eût un sourire délicieusement inapproprié. John crût presque entendre son excitation : "Un tueur en série, oh fantastique!".
- Je dois vous dire qu'ils vous concernent Sherlock. Je ne le savais pas mais je l'ai compris ce soir. Le premier a eu lieu il y a trois ou quatre jours, le second avant-hier. Un jour de délai avant de retrouver les corps dans une mise en scène spectaculaire. Le premier, un homme âgé qui a été professeur de théâtre au lycée de Grandsborough, a été trouvé sur une scène du Shakespeare Globe Theatre, crâne humain dans une main et épée à ses pieds. On en a déduit que c'était une référence à Hamlet. Il y avait écrit par terre "Will you choose not to be"
Sherlock prit une inspiration bruyante :
- Est-ce que c'était dans la salle du haut? Celle qui donne sur les jardins quand on en sort?
Lestrade le regarda d'un air intrigué :
- Oui mais comment...
- Peu importe, continuez.
- ... Bon, il avait été tué d'une balle dans le cœur et on a retrouvé dans les poches de sa veste quelques effets personnels, ses lunettes, une boîte d'allumettes , quelques papiers mais surtout un Ipod doré, assez... inapproprié si vous voyez ce que je veux dire.
John hocha la tête et posa la question qui le taraudait :
- Qui était-il? Vous avez trouvé un mobile?
- On reparlera du mobile mais pour ce qui est de votre première question... Eh bien on n'a pas eu de mal à l'identifier puisqu'un de ses papiers était une lettre qui lui était adressée, on a vérifié et il s'agit bien de lui.
- On n'a pas cherché à dissimuler son identité alors...
-Non, au contraire, c'était presque comme si on voulait être sûr qu'on sache qui c'était. Il s'appelait...
- William Kenneth.
- William Kenneth.
Même si la voix de Sherlock avait été un murmure, elle avait clairement résonné en même temps que celle de Lestrade. John et lui se tournèrent vers le détective, dont la pâleur avait, si c'était possible, augmenté.
- Qui est la deuxième victime?
- Sherlock, dis-nous ce qui...
- Qui est la deuxième victime?!
- Sebastian Wilkes...
- Sherlock!
Le grand brun s'était levé, chancelant, et avait failli perdre l'équilibre. John se précipita en avant pour le soutenir et le fit se rasseoir de force.
- Tout va bien Sherlock, tout va bien. Reste assis, et prends ça.
Il tenta de lui fourrer une tasse de thé brûlant entre les doigts mais Sherlock le repoussa sèchement, lui renversant le liquide dessus. John poussa un grognement de douleur et un juron, la température du thé étant approximativement de l'ordre Mordoresque. Lestrade se leva pour aider le médecin, et regardant le détective d'un air accusateur, lui asséna :
- Sherlock! Vous venez de lui renverser une tasse de thé brûlant dessus, vous pourriez au moins vous excuser!
Levant la tête vers lui, Sherlock serra les lèvres :
- M'excuser? Je n'ai pas demandé à ce qu'on me materne! Et ce n'est sûrement pas un thé qui va aider qui que ce soit, si il y a quelque chose qui peut faire la différence en ce moment c'est bien moi, et pas de l'eau dans laquelle on a fait tremper des feuilles merci!
Greg, complètement indigné, ouvrit la bouche pour prendre la défense de John mais ce dernier leva la main pour l'en empêcher. Il serra la mâchoire et regarda longuement le détective, cherchant sur son visage une marque de culpabilité qu'il ne trouva pas. Le visage neutre, il alla dans sa chambre pour changer d'habits et revint s'asseoir à côté de lui dans le canapé. Aucun des deux n'avait ouvert la bouche, et l'inspecteur qui avait épongé les traces du dégât affichait clairement sa désapprobation. Le visage toujours neutre, John se tourna vers Sherlock :
- Je ne comprends pas : ce Sebastian était un vrai con quand on l'a rencontré. Il a été franchement désagréable avec toi... Pas étonnant que quelqu'un ait décidé de le tuer, j'en ai rêvé plusieurs fois. Alors qu'est-ce qui se passe?
- Il ne s'agit pas que de Sebastian... Il a décidé de tuer deux personnes qui me connaissaient avant... Pourquoi? Je ne peux pas croire que ce soit un hasard.
Lestrade le regarda fixement:
- Vous connaissiez aussi le professeur Kenneth?
Essayant de cacher sa nervosité, Sherlock se renfonça dans le canapé où il s'affaissa à moitié.
- Je... J'ai fait mes études au lycée de Grandsborough. Will était mon professeur. J'ai joué Hamlet dans la pièce où vous avez retrouvé le cadavre...
John remarqua tout de suite l'intonation de Sherlock. Will... Pas besoin d'être un génie pour remarquer une complicité dans l'utilisation du prénom. Un ami donc? Non pas un ami, Sherlock n'en avait jamais eu selon son propre aveu. Un professeur dont il était proche, peut être n'y avait-il rien de plus que cela. Après tout, quelqu'un qui avait apprécié le jeune Sherlock, ça ne devait pas courir les rues...
Le docteur se retourna vers Greg et lui fit signe d'enchaîner sur autre chose. Fouillant dans un sac plastique qu'il avait amené, l'inspecteur en sortit le casque qui avait été remplacé dans l'appartement et l'Ipod.
- Tout à l'heure, pour résumer de manière vraiment très succincte, on a retrouvé une... euh... une momie et un casque dans votre appartement, un casque un peu flashy qui ne semblait pas à sa place. Je l'ai branché sur l'Ipod qui n'avait pas fonctionné jusqu'ici et ça a donné quelque chose. Écoutez.
Il fit passer l'accessoire aux deux hommes qui le mirent tour à tour. Toujours pâle, Sherlock l'écouta plusieurs fois avant de le passer à John. Quand ce dernier le mit sur les oreilles il entendit un long grésillement étrange et tout à coup la voix de Moriarty s'éleva, lui donnant la nausée. Des flash-backs lui revinrent de cette soirée où il avait dû se confronter à Sherlock, une bombe prête à exploser autour de la taille et la voix du psychopathe dans les oreilles. De longues secondes passèrent et John se rendit compte qu'il n'avait pas compris un mot de ce que la voix racontait. Essayant de se concentrer sur le présent, il serra la mâchoire et remit la lecture à zéro. Grésillement... Et à nouveau cette voix douce, trompeuse...
" Le monde entier est une scène de théâtre, et nous jouons tous un rôle. Nous avons tous, nos entrées, et nos sorties, même si certaines sont plus...classes que d'autres. Je t'ai pris le soldat, mercenaire de la finance, l'honneur en moins. Puis le sixième âge avec ses lunettes sur le nez, au pantalon trop large et à la voix trop faible. Quel sera le prochain, de l'amoureux ou de la justice? "
L'enregistrement s'arrêtait ici. John enleva le casque et regarda Sherlock d'un air las. Cette journée commençait à lui peser, il n'en voyait pas le bout et n'attendait qu'une chose, un peu de repos. Hélas, en voyant les muscles contractés du détective il comprit qu'il allait devoir attendre un petit bout de temps avant de retrouver son oreiller... Sherlock s'était mis à réfléchir au problème, il allait au moins falloir attendre que l'effet des médicaments cesse pour qu'il pense à autre chose. John regarda sa montre et fit un rapide calcul mental : une demi-heure voire trois quarts-d'heure tout au plus... Se redressant, il cligna des yeux plusieurs fois.
- Aucun indice laissé sur le casque et l'Ipod je suppose?
Lestrade soupira, résigné:
- Non, aucun. J'ai pu voir Anderson rapidement qui me l'a confirmé même si je m'y attendais de toute façon, vu à qui on s'attaque. Pour l'instant à part lui et nous, personne d'autre n'a écouté l'enregistrement, il faudra que je l'envoie au labo... J'imagine que le soldat de la finance se rapporte à Sebastian Wilkes et que le sixième âge concerne le professeur Kenneth mais je ne vois pas où il veut en venir avec l'amoureux et le justicier... Il y a comme une espèce d'obscure référence qui m'échappe...
Sherlock laissa échapper une exclamation indignée qui fit sursauter les deux hommes.
Lestrade le regarda, interloqué :
- Quoi, vous savez de quoi il parle?
Le détective s'était redressé avec un roulement d'yeux qui selon le docteur devait lui être douloureux après l'accident. John soupira à la pensée désespérante qu'il était prêt à souffrir pour être un connard prétentieux, et se renfonça dans le canapé, résigné.
- Obscure référence, sérieusement? Est-ce que l'un d'entre vous a jamais ouvert un livre? Est-ce que vous êtes bien nés en Angleterre?
- ...
- Apparemment vous n'êtes pas au courant mais un dramaturge très célèbre du nom de Shakespeare a écrit quelques pièces de théâtre qui sont connues dans le monde entier. Oh, après tout il ne s'agit que de l'auteur de Roméo et Juliette, de...
- La mégère apprivoisée, Hamlet, etc... Oui on sait Sherlock merci beaucoup! Quel est le rapport?
- Eh bien le rapport, c'est que dans sa pièce "As you like it", il y a un de ses monologues les plus célèbres : " All the world's a stage, and all the men and women merely players. They have their exits and their entrances...". Ca vous dit quelque chose?
L'inspecteur hocha la tête, voyant vaguement de quoi il voulait parler mais John s'enfonça un peu plus dans le canapé et dans la somnolence.
- Eh bien Shakespeare y décrit les sept âges de l'Homme, en premier le nourrisson, ensuite l'écolier, puis l'amoureux, le soldat, la justice ou plutôt le juge, le sixième âge qui commence la vieillesse et enfin le dernier âge qui est celui du retour à l'enfance. Vous aviez raison, Sebastian est le soldat et le professeur Kenneth était le sixième âge. Maintenant il nous expose ses deux futures potentielles victimes. Je ne sais pas si il a déjà choisi ou si lui même hésite encore, mais ça se jouera entre l'amoureux et la justice... Mais pourquoi...
- - - - Pourquoi fait-il tout ça? Est-ce qu'il s'agit d'une sorte de jeu cruel pour essayer de me faire souffrir le plus possible? Sa blague "Will you choose not to be" veut peut être dire plus qu'il n'y parait. Au premier sens il s'adresse à William Kenneth en disant qu'il a décidé "de ne plus être", et donc de mourir. Il ne l'a pas vraiment décidé, mais l'humour noir de Moriarty est bien là. On dirait également une question : ça pourrait être "Will you choose not to be?". To be or not to be étant le début d'une longue réflexion sur le suicide, il nous poserait donc la question "Allez-vous vous suicider?"? Çan'a pas de sens. Peut être une référence à Une étude en rose et les suicides... Mais quelque chose ne colle pas... Il me faut plus de données! Des données, DES... - - -
- DONNÉES!
En entendant le hoquet de surprise des deux hommes à ses côtés (et en sentant le mouvement brusque de John qui lui avait écrasé les côtes en se redressant ), Sherlock se rendit compte qu'il avait crié le dernier mot. Il y eut un long silence coupé uniquement par la respiration des trois hommes. Le détective consultant remonta les jambes sur le canapé et plaça ses mains sous son menton, concentré.
- Est ce que les cadavres étaient mutilés, défigurés? Dites moi tout le reste, tout ce que vous savez!
Lestrade qui était resté en suspens en le fixant, se recala dans son fauteuil. Il réfléchit un instant et secoua la tête.
- Non, les cadavres étaient tout à fait "décents". Une balle tirée à bout portant en plein cœur à chaque fois, ils n'ont pas dû beaucoup souffrir. L'heure à laquelle ils sont morts est tardive, mais aucun n'a été tué dans son sommeil. Au contraire, ils semblaient tous les deux avoir été occupés à quelque chose puisque Sebastian n'a pas répondu à sa fiancée qui ne savait pas où il était et que le professeur Kenneth avait dit au gardien qu'il resterait plus tard au bureau (dans lequel on pense qu'il a été tué). Enfin, si vous voulez l'avis de Molly, ils n'ont pas de marques de terreur sur le visage, Sebastian avait l'air calme, Kenneth avait gardé des marques de grande surprise par contre. Pas de grosse dose d'adrénaline dans le sang, ce qui signifie...
- Qu'ils connaissaient le tireur, ou du moins qu'ils lui parlaient au moment où ils ont été tués. Moriarty ou un de ses agents a pris rendez-vous avec eux et les a assassiné par surprise... Je ne comprends pas pourquoi ils sont restés aussi longtemps par contre... Vous dites qu'il était tard quand ils sont morts?
- Sebastian est parti de son bureau vers 19h et il est mort vers 23h. Ce n'est pas la mise en scène de son cadavre qui a pris tout ce temps puisque les conservateurs du musée sont restés très tard pour être sûr que tout était en sécurité pour l'exposition du lendemain et que la momie était toujours dans le sarcophage.
- Ah, la momie que vous avez retrouvé dans l'appartement?
- Oui, Sebastian a été placé dans le sarcophage à sa place et vers minuit les conservateurs sont sûrs que la momie était toujours présente.
- Donc ils étaient occupés à faire autre chose... Pareil pour Wi... le professeur Kenneth?
- Le gardien est parti à 23h et le professeur était toujours dans son bureau avec un visiteur apparemment. L'heure de la mort est d'environ minuit et demie.
- Qu'est-ce qu'ils pouvaient bien faire...
Alors que Sherlock était plongé dans ses réflexions Lestrade se retourna vers John dont les paupières s'étaient (re)fermées. Regardant sa montre ils se rendit compte qu'il était dix heures et demie. Heure décente pour une personne ayant eu une journée normale, mais Greg doutait qu'avoir à
1. arracher des éclats de verre du corps de son meilleur ami après avoir eu une longue journée de travail, puis de
2. l'accompagner à l'hôpital pour retrouver le frère de son meilleur ami étant un sociopathe et une pompe à énergie, ensuite de
3. rentrer dormir quelques heures pour retourner voir son meilleur ami à l'hôpital et se retrouver face à un psychopathe meurtrier,
4. se rendre dans un musée pour y retrouver une personne que l'on connaît morte dans un sarcophage, puis
5. se faire appeler par le même psychopathe pour rentrer chez lui et retrouver la momie chez soi, avant d'aller
6. enfin chercher son meilleur ami à l'hôpital où s'il devait en croire Mycroft il s'était passé deux ou trois incidents
étaient des événements banals. Il murmura :
- Hum... Sherlock, je devrais peut-être revenir demain? John a passé une très longue journée.
Le grand brun attendit un commentaire de John, et voyant qu'il ne répondait pas déclara qu'ils continuaient. Lestrade hésita à lui dire qu'il n'allait pas commenter quoi que ce soit dans son état mais haussa les épaules ; après tout John savait dans quoi il se lançait en restant avec Sherlock.
- Est-ce que vous avez besoin de quoi que ce soit?
- Oui, j'aimerais voir les photos de la scène du crime, passez moi les dossiers.
Par automatisme, l'inspecteur prit le tas de paperasse pour lui tendre mais s'arrêta en cours de route. Sherlock avait tendu le bras et attendait, complètement inconscient de l'absurdité de sa demande.
- Heu... Peut-être qu'il vaut mieux que je vous en parle. Je peux répondre à vos questions...
Le détective ouvrit la bouche pour protester mais comprit au même moment le problème. Lestrade vit alors Sherlock s'immobiliser, le visage impassible. Un peu tendu, ne sachant pas à quoi s'attendre il se rassura mentalement : "Il a l'air calme, apparemment il ne le prend pas trop mal... Il doit hésiter par fierté mais il a l'air calme..."
Sherlock était à deux doigts de foutre Lestrade dehors. Et l'autre qui le prenait en pitié et qui lui proposait de lui lire les dossiers! Il voulait qu'il parte, qu'il ne puisse pas le voir dans cet état d'impuissance mais il devait résoudre l'enquête. Il DEVAIT s'occuper l''esprit s'il ne voulait pas devenir fou! Et accessoirement sauver la vie des gens que Moriarty menaçait. John avait raison, la mort de Sebastian ne le touchait pas plus que ça, en fait il n'en avait absolument rien à faire. Mais Will... C'était une toute autre histoire. Il y avait si peu de personnes qui s'étaient intéressées à lui, si peu qui avaient pris la peine de simplement ESSAYER. La solitude constante, la lueur d'inquiétude, de mépris et de haine dans les yeux des gens qui n'arrivaient pas à le comprendre. Face à l'inconnu l'être humain pouvait vraiment être d'une cruauté sans pareille. Le film de sa jeunesse repassait sur l'écran noir de ses paupières, et il ne pouvait y échapper. Les images défilaient, lui procurant une sensation désagréable, comme une pieuvre noire logée dans ses entrailles. Mal à l'aise, il se déplaça sur le canapé et son genou rencontra celui de John, toujours endormi. Le contact suffit à le faire revenir à la réalité, dans le salon, entouré de John et Lestrade. Avec un choc, il se rendit compte que cette période était complètement révolue. La solitude, le sentiment d'exil, de n'être jamais à sa place, la volonté de s'enfuir... Tout avait disparu maintenant qu'il avait un foyer et que quelqu'un l'avait accepté. S'en était-il seulement rendu compte? La peine était passée comme un orage de printemps, et les chauds rayons du Soleil semblaient devoir enfin dégeler son coeur. Et puis quoi... devenir vulnérable? John l'acceptait c'est vrai, Mrs Hudson, Molly et Greg aussi mais quid des autres? Tous les Donovan et les Anderson dehors continueraient à le haïr, à vouloir le faire souffrir. Il ne pouvait pas se permettre de leur offrir une faille, de leur montrer un moment de faiblesse. Et puis saurait-il seulement ouvrir son coeur à nouveau? Il lui semblait avoir jeté la clé il y avait des centaines d'a...
- Sherlock?!
Il ouvrit les yeux mais ne vit rien : le même rideau noir qui s'était abattu sur le monde depuis la veille était toujours là. La voix de Lestrade lui avait paru très claire, un peu trop proche de lui peut-être même.
- Vous êtes parmi nous? Je crois que vous vous êtes perdu dans votre palais mental, ça fait bien dix minutes que vous n'avez pas sifflé mot! Je vous demandais si... euh... si vous vouliez que je vous décrive les photos et les dossiers?
A l'entente de sa voix, Sherlock compris que Greg s'était levé pour se mettre juste en face de lui, sûrement un peu inquiet. Il pinça les lèvres en se redressant :
- C'est bon vous pouvez partir, je regar... j'analyserai tout ça. Revenez demain.
- Mais je peux rester... Comment est-ce que vous comptez vous y prendre sans...
- Je comprends que l'attrait de votre appartement ne soit plus le même depuis que votre femme vous a quitté mais vous ne dormirez pas ici pour autant. Vous pouvez y aller, merci.
Une inspiration un peu brusque fit comprendre à Sherlock qu'il avait visé juste. Néanmoins, alors qu'il se levait pour remettre son manteau,l'inspecteur fit une dernière remarque :
- J'espère seulement que vous n'allez pas demander à John de vous aider car je vous signale qu'il est resté à vos côtés tout le long de votre accident et qu'il est actuellement en train de gagner un repos bien mérité à côté de vous. Il est peut être patient mais il reste humain. Si il ne se fait pas tuer à cause vous, combien de temps supportera-t-il de se faire utiliser ou mépriser?
Sherlock se leva. Il pouvait sentir son visage pâlir sous le coup de l'émotion :
- John sait très bien dans quoi il s'est engagé.
- Encore quelques tasses de thé brûlantes jetées à la figure et il risque surtout de démissionner. Qu'est-ce que vous allez faire ensuite? Retomber dans les vieilles habitudes? Même quand vous aviez encore vos yeux vous étiez aveugle Sherlock, les gens qui vous aiment ne resteront pas éternellement à vos côtés si vous les traitez aussi mal.
Il était désormais à la porte, en train de remettre son écharpe. Sherlock ouvrit la bouche mais Greg l'interrompit :
- Et au cas où votre brillant cerveau ne l'ait pas saisi, je parlais aussi pour moi!
Et se retournant, il ferma la porte derrière lui.
Pendant quelques minutes, Sherlock resta paralysé. Puis il revint vers le canapé en trébuchant sur la chaise que Lestrade avait déplacé. Il tâtonna pour trouver l'épaule de John et le secoua sans ménagement :
- John! Réveille-toi!
Le dit John émergea rapidement, papillonnant des yeux.
- Oui...? Quoi?
- J'ai besoin que tu me lises les dossiers, je ne peux pas le faire moi-même.
- Où est Greg?
- Il est parti, il devait rentrer.
Le visage de Sherlock était parfaitement neutre mais John s'interrogeait quand même
- Pourquoi tu ne lui a pas demandé à lui? Il connaît mieux les enquêtes que moi... C'est lui qui les a dirigées. Il ne te l'a pas proposé?
- Si mais...
L'esprit de Sherlock était partagé entre lui dire la vérité, ce qui lui vaudrait d'encore baisser dans son estime ce soir, et lui mentir, en lui faisant plaisir. La plupart des personnes préféraient les mensonges à la vérité.
- J'ai refusé. Il a beau m'inviter sur ses scènes de crime il ne connaît pas vraiment mes méthodes de travail. Je préfère que ce soit toi, après tout on vit ensemble : tu me connais mieux.
Sherlock savait que John ne refuserait pas de l'aider même s'il était excessivement fatigué. Il s'agissait de meurtres qui l'impliquaient directement et le docteur était sûrement déjà inquiet pour son état après l'accident. Il attendit quelques secondes, en silence. John feuilleta le dossier qui contenait une centaine de pages. Il y avait les photos des scènes de crime, les analyses de Molly et son compte rendu, les comptes rendus des agents et ceux de Lestrade. La migraine le guettait déjà...
- Qu'est ce que tu veux savoir?
- Les analyses de Molly sont les dossiers les plus pertinents dans les enquêtes, commence par ceux-là.
John lui lut les résultats d'analyse, rajoutant parfois des indications quand il le pouvait. Onze heure passa, minuit se profilait et Sherlock faiblissait à peine, galvanisé. Au bout de la troisième relecture, John reposa brusquement les papiers sur la table, exaspéré :
- Il n'y a rien ! Ne me le fais pas relire encore une fois ! Et puis ce n'est pas le genre de Moriarty de faire des erreurs alors qu'est-ce qu'on cherche ?
- Un indice John, des miettes d'informations qui nous mèneront à la prochaine victime. Moriarty est en train de jouer donc comme le petit poucet il sème des cailloux. Il sait que je pense comme lui, que je peux le comprendre…
John eût une expression amère
- Oh vous vous comprenez vraiment bien… Vous vous entendriez comme larrons en foire s'il ne tuait pas tes vieux camarades…
Sherlock entendit dans sa voix son amertume et se tourna vers lui, perplexe :
- Il y a un problème ? J'ai dit quelque chose… ?
- Non, rien. Bon à quoi ressemblent ces indices ?
« Oh John, vous pouvez le choyer, apportez lui des tasses de thé et des biscuits tant que vous voudrez! Sans le Travail il se laissera dépérir sur votre vieux canapé, et les affaires intéressantes qui le font vivre, c'est moi qui les lui procure! Je suis sa plus forte drogue. Il a besoin de moi pour vivre, comme j'ai besoin de lui .» Sherlock n'essayait pas d'arrêter Jim pour le mettre en prison et l'empêcher de nuire. Il acceptait de jouer. Parfois John ne pouvait s'empêcher d'être jaloux, jaloux de la facilité avec laquelle le psychopathe comprenait Sherlock. Jaloux de voir à quel point le détective l'admirait, l'aimait presque. Il n'attendait pas une reconnaissance particulière mais il prenait soin de Sherlock, essayait de le nourrir et de l'empêcher de s'autodétruire. Et malgré tout le temps passé ensemble, John savait que même s'il pouvait légèrement s'améliorer, il ne pourrait jamais atteindre le niveau du détective consultant. Il ne quitterait jamais Sherlock, mais ce dernier ne finirait-il pas par se lasser de ce coéquipier un peu lent ?
« Je n'ai pas d'amis. Je n'en ai qu'un. »
Non. Douter c'était déjà presque trahir. Il ferait confiance à Sherlock jusqu'au bout.
Sherlock était toujours tourné vers lui, silencieux et John détourna le regard, ayant presque l'impression qu'il pouvait l'entendre penser. Il se racla la gorge :
- Hum... Alors ? Ces indices ?
- Je n'ai rien vu pour l'instant…
Il semblait frustré et John se retint de faire un mauvais jeu de mot.
- Peut-être que Lestrade a oublié de nous faire part de quelque chose… ?
- Non, je crois qu'il nous manque une information. Ce grésillement au début du message est un peu trop long pour être normal…
Il se leva et tâtonna sur la table à la recherche de l'Ipod et du casque.
- Je suppose que tu n'es pas familier avec un logiciel de retouche du son ?
John avoua son ignorance et suivit Sherlock qui essayait de rejoindre son bureau sur lequel était posé son ordinateur.
- J'ai travaillé sur l'harmonie musicale pendant un moment. Je vais t'indiquer quoi faire et tu vas diriger la souris.
Ils s'assirent côté à côte. Guidé par Sherlock, John brancha l'Ipod (après avoir trouvé un fil correspondant dans le bazar ambiant) et copia la piste sur le logiciel. Il l'allongea, ralentissant la bande sonore une trentaine de fois et repassa le grésillement du début. A sa grande surprise, une voix étrange s'éleva dans une langue inconnue. Il se tourna vers Sherlock :
- Ça n'a pas l'air d'être Lui. Et la langue m'est inconnue.
Sherlock sourit narquoisement :
- Ralentit encore un peu et inverse la piste.
- Hein ?
En soupirant, le grand brun lui expliqua la manipulation. Une fois fini, il appuya sur play. La voix de Jim, bien reconnaissable énonça clairement :
- Facile ! 23, Hemmington Avenue, je vous y retrouve !
Les deux hommes se levèrent en même temps pour deux raison différentes : Sherlock se dirigeait maladroitement vers la porte alors que John hésitait entre lui barrer la route et appeler Greg pour le tenir informé.
- Sherlock attends !
Le dénommé Sherlock avait déjà enfilé son manteau et s'attaquait à son écharpe.
- Qu'est-ce qui te dit qu'il y est en ce moment ? Tu ne peux pas y aller, tu sors d'opération ! Appelons Greg et envoyons des policiers en civil qui patrouilleront.
- Greg ?
- GREG LESTRADE Sherlock !
Sherlock parut indigné par la proposition :
- Non ! On a déjà perdu des heures avec ces dossiers qui ne contenaient rien, on aurait dû faire ça en premier ! J'ai du retard !
John s'avança vers le détective qui, il devait l'avouer, avait l'air bien plus en forme que lui.
- Je ne te laisserai pas y aller Sherlock. Tu es faible, les médicaments vont bientôt cesser de faire effet et en plus…
Il hésita, conscient que sa remarque allait sûrement lui valoir un regard haineux dans sa direction.
- Je ne suis pas sûr que tu sois prêt à sortir dehors sans… aide.
La tête de Sherlock était un mélange presque comique d'indignation et de fermeté.
- Tu m'as déjà empêché de sortir une fois, tu ne recommenceras pas John. Si tu as peur pour moi alors viens, sinon reste, je me débrouillerai.
La vérité était que John n'avait aucun droit de le retenir contre son gré. Il pouvait le conseiller, mais ses menaces étaient vaines et Sherlock le savait. Il n'allait certainement pas utiliser la force contre un homme qui venait de subir des opérations, dont les points de suture pouvaient lâcher et dont la moindre rupture de vaisseaux sanguin dans l'œil pouvait le rendre définitivement aveugle. Sherlock ouvrit la porte et s'arrêta sur le seuil, attendant sa réponse. En poussant un juron, John récupéra un losange de Fentanyl et une bouteille d'eau et les lui donna.
- Tu prends ça sinon tu vas te mettre à hurler sur la scène de crime. Et on se met d'accord : on n'attend pas en faction toute la nuit. On y va, et s'il n'y a rien on rentre en ayant appelé Greg pour que ses hommes patrouillent.
Sherlock dût se dire que la seule chose qui comptait était qu'il le laisse s'y rendre sans faire d'histoire, et qu'une fois là-bas il déciderait de quand repartir puisqu'il accepta précipitamment la proposition. En se rappelant du temps qu'il faisait dehors, John soupira et prit son plus gros manteau. Dans le taxi, il sortit discrètement son portable pour envoyer l'adresse à Greg, certain qu'il les y rejoindrait si il était toujours réveillé.
En fait, une fois sur Hemmington Avenue ils n 'eurent pas à chercher le numéro 23 pendant longtemps. Les lumières des gyrophares et l'agitation les renseignèrent bien assez vite, ainsi que le trou énorme dans l'immeuble que John dût décrire à Sherlock.
En sortant du taxi John saisit discrètement la manche du détective, le rapprochant de lui. Pas besoin de paroles pour savoir qu'il allait ainsi le guider, marmonnant quand il y aurait des trottoirs ou des marches. Avec une grimace, Sherlock se laissa faire. Tout à ses réflexions sur ce qui avait bien pu se passer, il sursauta quand la voix moqueuse de Greg retentit juste à côté de son oreille.
- Alors déjà ici ?!
Il avait oublié ce détail… Essayant de ne pas penser à la « discussion civilisée » qu'ils avaient eu il y a de cela moins de deux heures, Sherlock aquiesca en silence et laissa John expliquer comment ils avaient eu l'adresse. Lestrade siffla d'étonnement et les dirigea vers la scène de crime, les faisant passer au milieu de la petite foule. Sherlock baissait la tête, profitant de l'ombre pour cacher le fait que ses yeux étaient fermés. Une fois le ruban jaune franchi, l'inspecteur leur résuma les faits :
- Comme vous pouvez le voir, c'est l'appartement du deuxième étage qui a été touché le plus sévèrement, la bombe était là. On est arrivé vers minuit, minuit cinq.
John regarda sa montre : minuit trente-cinq.
- Il y a eu trois victimes pour l'instant : la propriétaire de l'appartement qu'on a retrouvée, ou plutôt ses morceaux, et les deux voisins de droite qui se trouvaient à côté du mur quand il a explosé. Heureusement, les autres appartements étaient soient inoccupés, soit leurs occupants ont eu de la chance… Si Moriarty vous a indiqué cette adresse j'imagine que c'est lui qui a fait ça et que vous connaissez la victime Sherlock.
Le ton était cordial, presque compatissant.
- Sûrement oui. Comment est-ce qu'il s'appelle ?
- Comment est-ce qu'ELLE s'appelle ! C'est une femme et…
A ce moment un agent les interrompit. Il était accompagné d'une jeune femme en civil qui de toute évidence paraissait secouée mais essayait de faire bonne figure.
- Je m'excuse de vous interrompre inspecteur mais il semble qu'on se soit trompé : voici la vraie Miss Joan Willoby.
Sherlock releva brusquement la tête, faisant sursauter John.
La jeune femme ne semblait pas les avoir vus et s'adressa à Lestrade qui la regardait d'un œil rond.
- Bonsoir, j'imagine que ça doit être une surprise pour vous mais je suis la propriétaire de l'appartement b au deuxième étage. Voici ma carte d'identité, au cas où vous me preniez pour une folle ou une journaliste comme vos collègues.
John qui regardait alternativement l'inconnue et Sherlock vit ce dernier sourire. Greg resta un instant pétrifié mais se reprit :
- Euh… Miss Joan, c'est une très bonne nouvelle ! On vous croyait morte, on a trouvé votre… Enfin un cadavre dans votre appartement. On en a donc déduit que c'était vous, les tests ADN n'avaient pas encore été réalisés. Vous comprendrez l'incrédulité de mes hommes.
Joan eût un pauvre sourire :
- Bien sûr… J'étais avec des amis au restaurant et je viens de rentrer. L'agent… Hartmann m'a vaguement expliqué ce qu'il s'était passé et je voulais vous dire que je n'avais laissé l'appartement à personne. Il était vide quand je l'ai quitté ce matin.
Lestrade hocha la tête.
- Bien, tant mieux pour vous. Vous avez eu beaucoup de chance on dirait.
- En effet, si vous appelez se faire exploser son appartement « beaucoup de chance ».
L'inspecteur se renfrogna, prenant la remarque ironique comme une attaque. En voyant sa réaction la jeune femme rougit et eût un petit rire :
- Oh je suis désolée, ne le prenez pas mal ! J'ai l'habitude de dire ce que je pense sans réfléchir aux conséquences !
- En parlant de ça… Miss Joan, on a une idée de la raison de l'explosion.
- Oui ?
- J'aimerais vous présenter à deux… disons deux collègues qui nous assistent. Il semble que vous connaissiez l'un d'entre…
Ils s'étaient retournés, et Lestrade avait le bras tendu en direction du vide. Alertés par le bruit ils baissèrent les yeux pour apercevoir Sherlock et John, les fesses par terre dans le caniveau.
Quelques secondes plus tôt :
- Sherlock tu la connais alors ?
- Oui, elle était avec moi à la fac.
- Mais si elle est vivante alors à qui appartient le cadavre ?! Tu crois que Jim est venu avec une bombe et qu'il…
- Non, il est toujours en vie. Il faudra attendre que l'enquête avance pour le savoir mais je pencherais pour un déclenchement retardé à l'ouverture de la porte. La bombe était déjà placée, et un voleur qui n'a pas eu de chance est rentré. Il a parcouru quelques mètres et la bombe a explosé.
- Un voleur ? Quelles sont les chances ?
- En fait, la probabilité est plutôt haute. Nous sommes dans un quartier assez riche, mais pas assez pour que les systèmes de sécurités soient très performants. En plus si on en croit les dires de Lestrade, beaucoup d'appartements étaient inoccupés : l'endroit idéal pour un cambriolage.
- Ça paraît improbable. Ça doit être quelqu'un qui avait les clés de l'appartement et qui est venu en croyant la trouver chez elle, c'est peut être même un membre de sa famille ! Elle est sous le choc et elle n'y a pas encore pensé : il faut aller lui demander.
Sherlock secoua la tête, agacé :
- C'est absurde. Si elle avait laissé les doubles à quelqu'un alors elle se serait directement inquiétée pour la personne. Elle est intelligente, non c'était un voleur. John !
Le fameux John s'avançait vers Greg et Joan. Maladroitement, Sherlock l'attrapa par l'épaule et tenta de l'arrêter mais il ne vit pas le trottoir et trébucha, emportant le docteur dans sa chute.
- Qu'est-ce vous faites encore ?
Greg tendit la main à John pour l'aider à se relever. Sherlock se releva tout seul et s'épousseta tranquillement, comme si de rien n'était. En marmonnant, John revint se poster à côté de lui et salua la jeune femme. Mais cette dernière ne le regardait pas. Joan avait les yeux rivés sur Sherlock, et le regardait comme si elle n'était pas sûre de le reconnaître. Comment savait-il qu'elle était en train de le regarder ? Peut-être était-ce la seule explication logique à ce silence embarrassant. En tout cas, Sherlock avança précautionneusement d'un pas et en relevant la tête où on pouvait voir un sourire, il déclara :
- Je suis très heureux de te revoir Joan. Je ne savais pas que tu étais de retour à Londres.
La jeune femme de toute évidence très impulsive eût un sourire rayonnant et le prit dans ses bras.
- Sherlock ! Ce que je suis contente de te revoir !
John, complètement estomaqué, observait l'échange aux côtés de Greg. Les deux hommes se regardèrent et l'inspecteur ouvrit la bouche pour formuler leur pensée commune :
- Est-ce que l'un de vous deux peut nous expliquer... ?
