Coucou, j'ai pris une décision : (tenter de) finir cette fic avant que la saison 4 de Sherlock n'arrive ^^

Il ne devrait pas rester plus de quatre chapitres alors je devrais y arriver! Enfin... Si je ne refais jamais ce coup de ne pas publier pendant ouch... 4 mois... J'ai essayé de me faire pardonner en faisant un chapitre plus long, mais il faudra attendre la suite pour avoir le gros de l'action. Allez, comme je veux toujours tenir mes promesses il faut que je vous promette de sortir le prochain chapitre avant le 20 Juin! Voilà c'est fait!

Les réponses aux reviews (qui me font toujours aussi plaisir, et qui m'aident à m'améliorer, merci!) et je vous laisse lire! Bisous!

Adalas : Là aussi, j'espère que tu retrouveras l'alternance entre enquête et moments plus humains que tu apprécies! Eh bien, figure toi que tu es à la fois proche et lointaine de la vérité! En fait, c'est son monologue pour le teaser de la BBC "all the world's a stage" qui m'a influencé, et Hamlet... Ça a un sens pour la suite ;) Merci pour tes reviews et pourvu que tu aimes la suite!

Elie Bluebell : Merci, j'espère que cette suite te plaira, tu y découvriras au moins qui est "cette femme"! ;)

Slange : Je vais essayer de l'exploiter bien plus dans les chapitres à venir, qui risquent d'être un petit peu plus dark. (il faut vraiment être dans l'ombre pour apprécier la lumière!). J'espère que tu liras la suite avec plaisir!


CHAPITRE 7


John n'était pas Sherlock, c'était une évidence. Et en ce moment même, le docteur cherchait à déterminer s'il devait s'en réjouir ou en être frustré. Ça faisait bien cinq minutes qu'il cherchait à se rappeler si Sherlock avait déjà fait mention d'une certaine Joan auparavant, et sa mémoire fatiguée ne semblait pas vouloir remonter au-delà de l'accident du détective. Il souhaita brièvement avoir son propre palais mental, avant de se rappeler que le seul être humain qu'il connaissait qui en possédait un était par la même occasion, complètement insupportable. Il jeta un coup d'oeil meurtrier au détective qui avait emmené la jeune femme plus loin sans leur donner une explication : ça valait bien la peine de le réveiller et de le faire venir juste pour ça. Agacé, il se retourna vers Greg qui semblait partager ses réflexions et qui afficha un sourire un peu moqueur en voyant son air frustré :

- Il joue au mystérieux, comme d'habitude, mais si c'est ce qu'il faut pour lui remonter le moral laissons-le faire. Dites-moi plutôt ce que vous faisiez dans le caniveau : j'ai failli vous prendre en photo mais ma conscience professionnelle m'a rattrapé.

Son sourire moqueur s'effaça en entendant la théorie de Sherlock, faisant place à une moue dubitative.

- Un voleur ? C'est vraiment peu probable non ?

John haussa vaguement les épaules, montrant clairement qu'il pensait la même chose.

- Pas selon lui en tout cas.

- Donc Moriarty ou un complice vient et pose une bombe, un voleur entre et la déclenche sauvant bien involontairement notre chère jeune femme, mais tuant ses gentils voisins qui ont eu moins de chance qu'elle…

Il resta pensif un instant, cherchant son paquet de cigarettes dans les poches de son long manteau.

- Sa théorie a le mérite d'être facile à vérifier : dès qu'on aura les résultats du test ADN on saura si la personne fait partie de nos fichiers. Il faudra attendre demain pour le savoir, je vous enverrai un message. Je devrais être content que cette Joan Willoby en ait réchappé en tout cas, le plan de Moriarty a échoué... Mais…

John leva les yeux pour regarder son visage, surpris par le ton dur de l'inspecteur, mais ce dernier échappa à son regard en interpellant un de ses agents à qui il emprunta une cigarette. Quand il revint sous l'éclairage du lampadaire, ses traits étaient neutres, mais John pensait savoir ce qui le troublait.

- Mais nous n'y sommes pour rien… C'est ce que vous vouliez dire ?

Greg émit un grognement avant de soupirer.

- Et puis il y a ce couple dont on va devoir appeler les enfants...

Il y eût quelques secondes de silence pendant lesquelles Greg essaya en vain d'allumer sa cigarette, le bruit du briquet résonnant dans les pensées de John, puis soudainement il écrasa son poing contre le lampadaire sous lequel ils se tenaient. John s'écarta en levant un sourcil :

- Qu'est ce qu'il vous arrive ?

Le visage de l'inspecteur était crispé, amer. Ses yeux se fermèrent, dissimulant à peine la colère qui l'habitait. Il ouvrit la bouche mais se tut en voyant l'air inquiet de John. Son poing se desserra, laissant tomber la cigarette écrasée au sol. Il fit une vague tentative de sourire qui n'arriva même pas à le convaincre lui-même et resta immobile sous la tache jaune sale de l'éclairage nocturne. Une petite brise fraîche vint agiter leurs manteaux et John ressentit long frisson.

- Je ne pourrai jamais coincer Moriarty.

L'aveu contenait autant de colère que d'amertume. John resta silencieux : il savait qu'il n'y avait rien à dire. Des deux personnes qui pouvaient prétendre combattre Moriarty, l'un venait de le relâcher dans la nature et l'autre était trop fasciné par lui pour tenter de le faire emprisonner.

- Je refuse… Je ne sais pas ce que je peux faire… Mais je ne peux pas accepter ça, je suis sûr que vous comprenez John. Je ne suis pas devenu flic pour ça, pour rester impuissant… Et le regarder assassiner en toute impunité.

Il regarda du côté du détective qui parlait à Joan avec un petit sourire :

- C'est trop injuste. Je prendrais sa place sur le champ, avec toutes les critiques, la solitude, les menaces de mort et les blessures si seulement je pouvais aussi avoir son intelligence et que je pouvais enfin arrêter tous ces criminels.

John n'avait jamais vu Lestrade aussi amer.

- J'ai l'impression d'être le seul à voir le drame de toute cette histoire…

John serra les lèvres, mal à l'aise. Sherlock était difficilement défendable, discutant avec animation avec la ravissante jeune femme qui souriait. Même l'attitude de cette dernière, qui venait d'échapper à la mort et qui avait eu ses voisins tués à cause d'une bombe qui la visait était trop décalée. C'était plus surprenant que l'insensibilité d'un sociopathe notoire… Et pourtant...Il fronça les sourcils, et revit en mémoire la pâleur du détective lorsqu'il avait appris la mort de « Will ».

- Je sais que Sherlock n'a pas l'air d'être très touché en ce moment même, mais vous savez comme moi qu'il dissimule souvent ses sentiments pour se protéger. Et… Je crois que la mort de son ancien professeur l'a vraiment ému. Je suis sûr que même si il ne le montre pas, il prend cette enquête très à cœur…

- Oui, peut-être…

Greg admit, un sourire crispé accroché aux lèvres.

- C'est vrai, il cherche à gagner la « partie ». Mais en tout cas, je parie mon insigne qu'il ne cherche pas à m'aider à arrêter Moriarty. Si je pouvais le faire seul ça ferait bien longtemps qu'il serait derrière les barreaux mais je ne peux pas trouver des preuves l'incriminant parce qu'il est plus fort que le Yard entier. Et la seule personne qui pourrait m'aider à le coincer a décidé de « jouer » avec lui, et le trouve si intéressant qu'il ne voudra jamais qu'on enferme à jamais un spécimen pareil.

A contrecœur John acquiesça :

- Je sais. Savoir qu'il est aussi proche de ce psychopathe me rend malade. J'aimerais qu'il soit enfermé une bonne fois pour toutes… Et encore, il s'échapperait sûrement. Il me ferait presque regretter la peine de mort.

- Essayez d'en parler à Sherlock, peut-être qu'il vous écoutera ?

Le docteur fit entendre un rire incrédule, mais en voyant l'air grave de l'inspecteur il haussa les sourcils :

- Quoi, vous êtes sérieux ?

- J'ai l'air de rigoler ?

John le regarda dans le blanc des yeux et dût admettre qu'il avait l'air mortellement sérieux.

- Non… Je ne comprends pas, vous savez comme moi qu'il ne m'écoutera jamais.

Greg s'adossa mollement au lampadaire et le regarda pensivement.

- Il tient beaucoup à vous John et…

- Je sais, je ne dis pas le contraire. Seulement…

- Écoutez, le coupa Greg, je le connaissais bien avant vous et je peux vous dire une chose : il a changé d'une manière que je n'aurais jamais crû possible. Il est devenu un homme meilleur grâce à vous, et ça ne m'étonnerait pas qu'il soit prêt à sacrifier son intérêt pour Moriarty si vous lui montrez à quel point vous y tenez vraiment.

John pouvait voir un vague mélange de confiance et d'espoir dans les yeux de l'inspecteur qui fit germer un doute dans son esprit. Après tout, pourquoi pas ? Il n'avait rien à perdre à demander à Sherlock, même si il y avait une forte probabilité qu'il s'agisse d'une conversation à sens unique n'ayant aucun impact sur le détective.

- J'essaierai…

Greg acquiesça, satisfait. John lui jeta un regard en biais : en disant qu'il connaissait Sherlock depuis plus longtemps que son colocataire, Lestrade avait mis le doigt sur un point qui intriguait le médecin depuis un certain temps. Il se racla la gorge avant de poser la question qui le travaillait :

- Hum… Il a vraiment changé ?

Greg, qui était retourné dans ses pensées, se retourna, un peu perdu :

- Qui ça ? Oh, Sherlock ! Oui... oui vraiment beaucoup. J'imagine que vous avez vous-même vu des changements (John hocha la tête) mais c'est bien plus important que ça…

Il se racla un peu la gorge et jeta un rapide coup d'oeil au détective qui était toujours dans une conversation animée avec la jeune femme brune.

- J'évite d'en parler en général… On a… Une sorte d'arrangement avec Mycroft. J'ai vu des côtés de Sherlock assez... sombres et quand il m'a fait la proposition qu'il vous a faite aussi, de lui fournir des informations sur son état et sur ses activités, j'ai accepté. Pas pour l'argent (il secoua la tête en voyant l'air gêné de John) et je ne dis pas ça pour gagner votre approbation, je n'ai de comptes à rendre à personne. Seulement, c'était la seule manière de le contrôler un peu à l'époque. S'il avait pu, Mycroft lui aurait sûrement créé des affaires pour l'occuper… Si j'avais pu l'aider seulement par ma présence, comme ça semble être le cas pour vous je n'aurais pas choisi cette voie, mais nous n'avons pas la relation que vous avez tous les deux. Enfin, maintenant qu'il va mieux on évite de parler de cette période, je pense que vous comprenez.

- Vous en parlez comme s'il avait été… suicidaire.

Greg lui lança un regard entendu :

- C'est pas à moi de vous en parler, même si je sais que c'est difficile d'apprendre quoi que ce soit de sa bouche. Mais vous pouvez vous faire une idée de ce à quoi l'ennui l'entraînait quand au lieu de vous il n'avait que la solitude… Enfin, Dieu merci, cette période est derrière lui !

- L'est-elle vraiment ?

John aurait menti s'il avait affirmé qu'il n'avait jamais envisagé que Sherlock se suicide par ennui, à force de plonger dans les recoins sombres de son cerveau. Mais jusqu'ici, rien ne lui avait fait penser que cette théorie assez extrême pouvait représenter un scénario plausible. C'était tout au plus une de ces pensées saugrenues qui le prenait lorsqu'il était sous la douche et qu'il laissait son esprit vagabonder un peu trop librement. Il savait que livré à lui même, l'esprit de Sherlock avait une nette propension à l'auto-destruction, et l'air sombre de Lestrade ne le rassurait pas. Il sentit un poids se rajouter sur ses épaules fatiguées. Est-ce que cette menace allait le hanter à présent ? Allait-il pouvoir laisser Sherlock seul dans l'appartement dix minutes alors qu'il s'ennuyait sans craindre de trouver à son retour un corps sans vie ?

Lestrade vit que dans sa fatigue, John commençait à envisager le pire.

- Bien sûr que cette période est derrière lui John. Vous êtes vous jamais réellement inquiété de ça ? Non et il y a une raison à cette tranquillité : vous vivez avec lui et vous êtes médecin, vous auriez vu les indices d'un tel comportement. Si vous ne les avez pas vu c'est qu'il n'y en a plus.

En voyant la moue dubitative de John, l'inspecteur pointa Sherlock du menton.

- Si il vous faut une dernière preuve regardez-le : il est aveugle John. Il est aveugle et il continue à se battre pour résoudre cette enquête.

- Et alors ? C'est Sherlock, c'est ce qu'il a toujours fait...

- Je peux vous dire qu'avant il n'aurait pas tenu une heure.

- Comment ça ?

- Je veux dire qu'en se réveillant sans ses yeux, il aurait immédiatement cherché une voie de sortie pour l'au-delà car c'était sa seule raison de vivre. S'il est parmi nous c'est qu'il a trouvé une autre bonne raison de vivre vous ne croyez pas ?

Et sans attendre de réponse de sa part il se dirigea vers le grand brun et Joan qui étaient en train de parler, jugeant certainement que le temps des explications était venu. Après un petit instant nécessaire pour assimiler l'information, John sentit une douce chaleur l'envahir. Certains prendraient peut-être peur face à un tel engagement, à une telle responsabilité. Être la raison de vivre de quelqu'un, savoir que si on partait un jour, on prenait le risque de voir cette personne dépérir ou mourir, ça pouvait être terrifiant. Mais pour John ça signifiait tout autre chose. Ça signifiait que si Greg avait raison, le profond attachement qu'il ressentait pour Sherlock n'était pas à sens unique. Que leur situation actuelle n'était pas totalement désespérée et que Sherlock pourrait trouver du réconfort dans sa présence le temps qu'ils trouvent une solution. Et ça signifiait aussi qu'il avait une chance de le convaincre d'arrêter Moriarty. Essayant de ne pas paraître trop heureux (il était sur une scène de crime !) il rejoint les trois autres qui parlaient.

Apparemment Sherlock avait expliqué à Joan pourquoi son appartement s'était fait exploser puisqu'elle le fusillait du regard... Bien inutilement d'ailleurs, car de un elle n'avait pas l'air très menaçante, pensa John, et de deux Sherlock ne pouvait pas la voir faire.

- Et comment je vais faire sans mon appartement William Sherlock Scott Holmes ? C'est toi le grand génie qui vas m'en offrir un nouveau avec ton maigre salaire ?

Le détective haussa les épaules.

- Mycroft t'en achètera un nouveau dès ce soir j'en suis sûr. Tu n'as qu'à lui promettre un an de tranquillité supplémentaire et il t'offre le quartier.

Greg et John posèrent leur question en même temps :

- Vous connaissez Mycroft ?!

- Elle connaît aussi Mycroft ?!

Joan se retourna vers le détective, le visage complètement neutre. Pendant un instant John crût voir un masque inhumain, ne laissant filtrer aucune émotion, comme celui d'un soldat surentraîné. Son instinct lui affirma immédiatement que cette jeune femme n'était pas ce qu'elle paraissait et que même si elle l'avait caché du mieux qu'elle avait pu, elle ne s'était pas attendue à ce que Sherlock fasse mention de son frère. John regarda le détective et lui demanda d'un ton ferme s'il pouvait enfin leur présenter la jeune femme. Sherlock acquiesça :

- Joan, inutile de t'inquiéter, je n'ai pas laissé échapper le nom de Mycroft sans faire exprès. Je te présente le Docteur John Watson, mon colocataire, et l'inspecteur Lestrade. Mycroft leur fait confiance... Enfin si on considère qu'il a confiance en quelqu'un. Disons qu'il ne leur a pas posé plus de deux ou trois mouchards dessus.

Du coin de l'oeil, John vit Greg sourire légèrement. Lui-même essayait encore de déterminer si il devait prendre l'affirmation de Sherlock au sérieux ou non et il se promit de lui poser la question quand ils seraient au calme. Il reporta son attention sur Joan qui semblait plus détendue et les regardait maintenant avec un sourire. Elle s'avança vers Lestrade pour lui serrer la main d'abord :

- Le fameux Inspecteur Lestrade, enfin ! Mycroft a souvent mentionné votre nom, c'est un plaisir de vous rencontrer.

Greg fit une grimace et lui répondit ironiquement :

- Je suis sûr qu'il n'a pas tari d 'éloges à mon sujet… Quand Sherlock se sera enfin décidé à vous présenter, je pourrai peut-être dire la même chose de vous, votre nom me dit effectivement quelque chose.

Sherlock ouvrit la bouche pour enfin présenter Joan mais il dût la refermer car cette dernière s'était tournée vers John, avec une lueur d'intérêt dans les yeux, et s'exclamait :

- Il me semblait bien qu'il y avait quelque chose de familier chez vous, je m'excuse de ne pas vous avoir reconnu plus tôt mais je viens de passer une année à l'étranger où je n'ai pas eu le temps de prendre de nouvelles de notre cher détective. Néanmoins, je me rappelle avoir appris juste avant mon départ qu'il s'était trouvé un colocataire. Mycroft était très méfiant mais si j'en crois Sherlock, et surtout le fait que vous habitez toujours ensemble après tout ce temps, tout s'est bien passé.

John ne masqua pas son sourire. Tout en repensant à la bombe qui avait explosé les vitres de l'appartement, à la chasse à l'homme de leur premier soir de colocation et à toutes les mésaventures qu'ils avaient affrontées ensemble, il lui répondit qu'en effet, tout se passait bien. Il crût voir une expression entendue traverser les traits de la jeune femme, comme si elle se doutait de ce que vivre avec Sherlock signifiait mais elle se retourna rapidement vers le grand brun qui attendait de finir les présentations, vexé qu'on l'ait coupé. Elle lui saisit le bras et lui affirma qu'il pouvait la présenter, souriant malicieusement à son expression pincée.

- Inspecteur Lestrade, John, je vous présente Joan Willoby, une ancienne camarade de l'Université. Officiellement, elle travaille comme photographe pour Reporter Sans Frontières et a un mépris teinté d'indifférence pour le gouvernement anglais.

Sherlock fit une brève pause, ménageant son effet. Il attendait clairement que quelqu'un lui pose la question évidente. Légèrement agacé, John se lança :

- Et officieusement ?

Le détective eût un petit sourire qui fit lever les yeux à John.

- Officieusement, vous avez devant vous une des meilleures agents de Mycroft à l'étranger. Elle connaît une douzaine de langues et de nombreux dialectes et il l'envoie à droite à gauche pour toutes sortes de missions.

John remarqua, mi-amusé mi-exaspéré, le durcissement des traits de Sherlock quand il prononça le nom de son frère. Il se demanda une nouvelle fois ce que Mycroft avait bien pu penser pour abandonner Sherlock dans sa chambre d'hôpital.

Le coupant dans ses pensées, Lestrade laissa échapper un petit sifflement amusé, et Joan le regarda en haussant un sourcil.

- Je me disais bien…

Il rigola doucement et leva la main en signe d'excuse.

- C'est un petit mystère qui s'explique. J'étais souvent avec Mycroft quand il recevait vos messages, et comme parfois il me laissait approcher un peu plus que son périmètre de confort normal, j'ai aperçu quelques uns de vos échanges.

En l'écoutant, John fût complètement stupéfait. Il avait bien remarqué que les deux hommes se connaissaient plus qu'il ne le pensait, mais jamais il n'aurait cru que Mycroft laisserait un jour lire quelqu'un lire ses messages, fût-ce Greg. Peut-être qu'il pourrait s'adresser à lui pour savoir ce que manigançait Mycroft après tout ? Il reporta son attention sur Joan qui avait légèrement rougi. Mais l'inspecteur reprit la parole :

- Vous allez rire, parce qu'en fait jusqu'à aujourd'hui je me demandais si ces messages ne venaient pas de quelqu'un d'autre…

Greg regarda John dans les yeux et ce dernier leva les sourcils aussi haut qu'il le pût.

- Quoi ? Moi ?

Un petit rire parvint aux oreilles de Sherlock, et la voix claire de Joan s'éleva :

- Ah oui… Évidemment… J.W. Les initiales.

Greg hocha la tête.

- Bien sûr, plus je lisais les messages plus j'étais perdu. Il me semblait euh… peu probable que John les ait envoyé. Mais il faut dire que Mycroft avait toujours l'air un peu agacé quand il les ouvrait.

John, était-ce la fatigue ?, n'avait pas perçu le tact qui avait fait hésiter l'inspecteur.

- Pourquoi est-ce que ça vous semblait peu probable que ça soit moi ?

Lestrade regarda l 'ex soldat avec hésitation et bégaya une explication à propos des relations peu amicales entre Mycroft et John, ce qui diminuait les chances d'un échange de messages. Son argumentation aurait été beaucoup plus crédible si Sherlock n'avait passé son temps à renifler avec scepticisme. Finalement, ce fût Joan qui expliqua sous le regard soutenu de l'inspecteur :

- Ce que le cher Détective Inspecteur essaie de vous cacher de manière peu convaincante, c'est que les messages que j'envoie à Mycroft Holmes sont d'ordre personnels.

John ne pût s'empêcher d'écarquiller les yeux et posa immédiatement la question qui lui traversa l'esprit.

- Vous… Vous entretenez une relation avec… MYCROFT HOLMES ?

Joan grimaça un sourire :

- Disons que j'essaie. Il se débarrasse de moi aussi souvent qu'il en a l'occasion, mais je crois qu'à force de le harceler j'aurai peut-être une chance. Il finira sûrement par se lasser et un jour j'y arriverai.

En voyant le sourire moqueur de Sherlock, John se rendit compte qu'il était au courant de cette situation depuis un certain temps au moins. L'ex soldat se demanda brièvement combien de surprises comme ça il allait encore avoir, mais il ne pût qu'admirer la franchise de Joan face à sa question. Il éprouvait désormais un curieux mélange d'affection et de méfiance envers elle (comment une personne saine pouvait-elle être attirée par Mycroft Holmes, cette femme avait sûrement un côté dangereusement déséquilibré).

Un agent vint à leur rencontre et interrompit leur discussion pour annoncer à Greg qu'ils en avaient fini avec la scène de crime. Le corps avait été emporté, les témoignages avaient été recueillis, avec l'heure tardive les curieux étaient presque tous rentrés chez eux et la scientifique en avait fini. Ils avaient posé les scellés, il ne restait plus qu'à chacun à rentrer chez soi. L'inspecteur donna encore quelques ordres et se tourna vers Joan qui pianotait sur son téléphone :

- Est-ce que vous avez une personne que vous pouvez appeler pour cette nuit, ou vous voulez que je vous dépose à un hôtel ?

La jeune femme sourit, mais ses yeux se durcirent :

- Je ne suis pas sûre que ce Moriarty abandonne sa cible aussi facilement, surtout si j'en crois tout ce que m'en a dit Sherlock. J'essaie de joindre Mycroft, mais il ne répond pas.

Sherlock marmonna que c'était une habitude chez lui et se tourna dans la direction qu'il croyait être celle de John.

- Inutile. Même s'il te répond, il faut que l'on parle de l'affaire ensemble. Viens à l'appartement au moins jusqu'à demain. Tu veux bien John ?

Joan et Lestrade ne purent s'empêcher d'écarquiller les yeux à cette demande. John sourit, conscient du fait que voir Sherlock prendre en compte l'avis des autres était toujours surprenant. Il tapota l'épaule du grand brun pour lui indiquer qu'il était dans la mauvaise direction et lui répondit :

- Bien sûr, ça ne me dérange pas. Je dormirai dans le salon.

Sherlock leva la main et fronça les sourcils :

- Non, tu es déjà fatigué, tu t'es à moitié endormi sur moi tout à l'heure. Je dormirai sur le canapé, j'y dors presque aussi souvent que dans mon lit.

John leva les sourcils et ne pût s'empêcher de ressentir une bouffée d'affection pour Sherlock. Sa froideur et son constant manque de considération et d'empathie ne rendaient ses rares moments de sollicitude que plus beaux. Néanmoins, même si John savait que dormir sur le canapé ne dérangerait pas le grand brun en temps normal, il ne pouvait pas oublier les événements récents. Il se rapprocha du détective pour lui répondre, sachant qu'il n'apprécierait pas la remarque en public.

- Merci Sherlock, mais tu sors tout juste d'une opération et tu es sûrement plus fatigué que moi, même si tu ne le sens pas encore. Dis-moi si j'ai tort, mais je crois que tu commences à sentir les effets du Fentanyl se dissiper n'est-ce pas ?

John vit le doute errer sur le visage de Sherlock un instant. Deux voix s'affrontaient dans son esprit, l'une luttant pour ne pas montrer sa faiblesse et l'autre voulant avouer la vérité parce que c'était pour John. Il finit par soupirer et grogner vaguement, pendant que les autres attendaient en les regardant. John lui serra le bras à travers la manche et se tourna vers eux :

- Ne vous faites pas de souci Greg, si Joan est d'accord, elle peut dormir à l'appartement ce soir. Comme ça, on pourra tous se retrouver là bas demain pour discuter de l'affaire et des mesures à prendre pour contrer Moriarty, du moins dès que vous en aurez fini avec l'incident de ce soir.

L'inspecteur se tourna vers la jeune femme qui hocha la tête, et voyant que tout était réglé, commença à se diriger vers sa voiture.

- Entendu, je vous enverrai un message pour vous dire si le mort était dans nos fichiers.

Sherlock souffla d'un air agacé, exaspéré que l'inspecteur doute encore de sa théorie, mais John remercia Lestrade et vint reprendre la manche du détective pour le guider hors de la scène de crime. L'ex soldat leva rapidement la bande de police jaune avant que Sherlock ne rentre dedans mais ne parvint pas à la soulever assez, ce qui résulta en un grognement du grand brun qui se la prit dans le visage. John s'excusa, à moitié hilare et Joan les suivit à une petite distance, lentement, les regardant avec un sourire affectueux sur le visage. Tandis qu'ils naviguaient entre les derniers policiers restés sur les lieux, John sentit Sherlock s'affaisser légèrement contre lui. Ses lèvres se serrèrent en un mince pli et il fonça les sourcils, se reprochant amèrement d'avoir cédé à Sherlock lorsqu'il lui avait « demandé » de sortir.

- Tu te sens comment ?

Il y eût un bref silence et la voix de Sherlock s'éleva, bien plus faible qu'elle ne l'avait été quelques minutes auparavant. Manifestement, le Fentanyl avait cessé de faire effet il y avait un petit moment, mais il l'avait habilement dissimulé.

- Mal au crâne, mes yeux me lancent.

Pas étonnant pensa John en regardant le gonflement violacé qui entourait toujours les yeux de Sherlock. Il eût à nouveau un pincement au coeur en repensant à la couleur profonde qui avait donné avant l'accident un regard surréaliste au détective. Et beau, ne put s'empêcher de remarquer John. Il n'avait besoin de personne pour se rendre compte du charme qu'exerçait Sherlock, et si sa personnalité y était pour beaucoup (quoiqu'elle soit également la cause d'une haine farouche chez beaucoup de personnes), son regard jouait un rôle clé dans ce magnétisme. Les yeux sont la fenêtre de l'âme… John pensa pour lui même que c'était sûrement ce qu'il aimait le plus lorsqu'il regardait Sherlock dans les yeux : il avait l'impression de pouvoir toucher du doigt son monde, sa réalité à lui. Rien de surprenant à ce qu'il se sente mal à l'aise maintenant que ces fenêtres sur l'âme avaient été couvertes de lourds rideaux de sang, masquant la vue d'un côté et de l'autre de leur paroi. C'était comme si Sherlock était désormais bloqué à l'intérieur et que John se retrouvait coincé dehors, incapable de l'aider.

Une voix claire sortit John de ses pensées sombres. Joan s'était avancée et lui demandait si elle devait appeler un taxi : ils n'étaient pas sur une route très fréquentée et il était tard. John approuva d'un signe de tête, et pendant qu'elle pianotait sur son téléphone, il murmura à l'intention de Sherlock :

- Tu crois qu'elle sera en sécurité à l'appartement ? Moriarty va sûrement essayer de « finir le travail » dès qu'il se sera rendu compte que son plan a raté, et il nous a déjà prouvé que s'introduire chez nous lui était facile ! Qu'est-ce qu'on pourra faire si il pose une bombe à l'appartement, ou si il nous fait un chantage en s'en prenant à Mme Hudson ? Il est peut-être même déjà au courant ! Tu ne crois pas qu'on devrait aller dans un endroit sécurisé… quelque part de sûr que Mycroft pourrait nous trouver…

Il avait prononcé cette dernière phrase avec prudence, et fût complètement exaspéré d'entendre la réponse laconique de Sherlock.

- Non.

- Sherlock, si c'est à cause de ce qu'il s'est passé à l'hôpital, je trouve…

- Ça n'a rien à voir avec ça, le coupa Sherlock.

John le fixa un instant , cherchant à savoir s'il était franc.

- Pourquoi alors ?

Sherlock se tourna légèrement de côté, et John remarqua qu'il penchait la tête dans la direction de Joan. Cette dernière finissait de parler au téléphone et s'apprêtait à raccrocher. Dans un souffle, Sherlock répondit :

- Plus tard.

John hésita à insister, mais il comprit à l'air déterminé du détective qu'il ne lui en dirait pas plus. Joan raccrocha et leur annonça qu'une voiture venait les chercher. Alors qu'ils attendaient sur le trottoir, l'air frais de la nuit leur caressant le visage, John se rendit compte qu'il avait toujours la main posée sur le bras de Sherlock, et remarqua avec un sourire que ce dernier ne semblait pas s'en formaliser. Il laissa ses pensées vagabonder un peu et s'affaissa, la fatigue reprenant ses droits sur son corps. Les minutes passaient lentement, et John luttait maintenant pour garder les yeux ouverts. Soudain, le sortant un peu de sa torpeur, il sentit le bras de Sherlock se dégager de sa prise. Il le laissa faire, pensant qu'il en avait eu marre, mais aussitôt une main fraîche vint se poser sur sa gorge et une autre tâtonna pour trouver son front. John écarquilla les yeux mais se laissa faire, tandis que Sherlock pressait ses doigts contre son cou. Il comprit soudainement que le détective ne pouvant s'appuyer sur ce qu'il voyait pour déduire l'état de John, il devait se servir d'un autre moyen. L'ex soldat ne dit rien et se laissa manipuler, touché par l'inquiétude de Sherlock. Le grand brun plissa les lèvres et enleva ses mains, et John ressentit l'envie de les reprendre pour les poser à nouveau. Il rougit un peu quand il pensa à Joan qui devait les regarder mais lorsqu'il se tourna de son côté, la jeune femme observait la nuit. Après tout, pensa John, il n'y avait rien de répréhensible à aimer avoir de l'attention de Sherlock. La voix de ce dernier s'éleva en un murmure :

- Ton pouls est légèrement trop rapide, et je crois que tu as un peu de fièvre.

Il porta ses mains à son propre cou et commença à dénouer son écharpe bleue.

- Tu es trop fatigué, tu risques de tomber vraiment malade.

Il l'enleva complètement et tendit sa main avec l'écharpe contre la poitrine de John. Ce dernier pensa à refuser, mais la nuit était fraîche, et surtout, il n'avait vraiment pas besoin de tomber malade maintenant ! Il prit le morceau d'étoffe d'une main et alors que Sherlock retirait la sienne, il lui saisit brièvement de l'autre. Il la pressa légèrement et souffla :

- Merci Sherlock.

Un sourire apparut sur les lèvres du détective qui lui rétorqua :

- Je regrette de ne pas pouvoir voir ça, je suis sûr que ton apparence doit être assez comique.

John pouffa en mettant l'écharpe autour de son propre cou, ressentant un profond sentiment de confort.

- Ce n'est pas comme si j'avais mis ton manteau et ton chapeau.

- Ce n'est pas MON chapeau.

- Ce n'est pas l'avis de l'Angleterre apparemment.

- L'Angleterre se trompe.

John rit doucement et laissa ses doigts courir sur le tissu bleu.

- Elle est vraiment confortable cette écharpe, je comprends pourquoi tu ne la quittes jamais quand tu sors.

Sherlock haussa les épaules, l'air de dire « évidemment ». John savait que la plupart des vêtements du détective coûtaient plus cher que sa garde robe entière, et il comprenait désormais que ce n'était pas que par caprice. Il enfonça son menton dans l'écharpe, et pensa que vu que Sherlock en avait probablement une dizaine, il arriverait peut être à garder celle-là. Malgré la blague du détective, il était plutôt sûr qu'elle lui allait bien. Ses divagations furent interrompues par l'appel de Joan qui lui désignait deux phares approchant et qui se révélèrent être le taxi. Joan monta à l'avant, laissant la banquette arrière aux deux hommes. John guida silencieusement Sherlock vers la voiture et l'aida discrètement à s'installer pendant que le grand brun annonçait l'adresse au chauffeur. Le trajet se fit silencieusement et John ne tarda pas à sombrer dans une profonde torpeur, presque hypnotisé par les lumières des lampadaires qui éclairaient l'intérieur de la voiture à intervalles réguliers. Sherlock le secoua lorsqu'ils furent arrivés et Joan paya le taxi malgré ses protestations. Ils remontèrent à l'appartement et John souhaita la bienvenue à leur invitée qui embrassa la pièce d'un regard appréciateur.

- Est-ce que vous avez faim ? Ou vous voulez monter vous coucher ?

- C'est gentil mais j'étais au restaurant il y a quelques heures à peine. Je vais aller dormir, mais je peux prendre le canapé vous savez ! J'ai déjà dormi dans des endroits bien pires…

- C'est hors de question, lui rétorqua John en souriant.

- Merci beaucoup. Dans ce cas, je vous suis. Si vous pouviez me montrer la salle de bain, je pense par contre que je vais prendre une douche avant d'aller me coucher.

Ne prêtant aucune attention à leur échange, Sherlock s'était effondré sur le canapé, les traits contractés. La douleur était tenable mais il ressentait une fatigue extrême qui ne l'aidait vraiment pas.

John se tourna vers lui et fronça les sourcils, avant de monter rapidement à l'étage pour montrer la chambre à la jeune femme. Il prit pour lui même un jogging et un T-shirt qui lui feraient office de pyjama, une chaude couverture et un oreiller, et donna à Joan tout ce dont elle avait besoin. Il redescendit ensuite pour lui montrer la salle de bain, où elle s'enferma après l'avoir remercié. John retourna aussitôt à la cuisine où il prépara un thé. Pendant que l'eau chauffait, il se rapprocha de Sherlock qui essayait de faire bonne figure.

- Tu veux que je te désinfecte tes blessures ?

Le détective hocha la tête lentement, et John récupéra le sachet de l'hôpital duquel il tira des compresses et le désinfectant, ainsi que les gouttes pour les yeux. Il prit une chaise et s'installa face à Sherlock qui l'attendait patiemment. Tout en imbibant une compresse, John ne pût s'empêcher de fixer son visage avec pitié. Il commença son travail avec douceur, désinfectant d'abord toutes les petites plaies sur les joues, le front, le menton. Il remarqua alors que sa lèvre inférieure était fendue, et il posa doucement la compresse dessus, provoquant un mouvement de recul de Sherlock qui le surprit.

- Pardon Sherlock, je t'ai fait mal ?

Le grand brun reprit son masque d'indifférence et marmonna une réponse inintelligible, mais lorsque John posa sa main sur son cou pour stabiliser son visage, il sentit que le pouls était rapide. Une idée étrange lui vint à l'esprit. Est-ce qu'il a cru que je l'embrassais ? Il passa aux yeux en essayant d'être encore plus doux si c'était possible. Pendant que Sherlock se crispait et tremblait parfois sous la douleur, John sentit son propre coeur battre plus fort, et se maudit intérieurement. Qu'est-ce qu'il était ? Un vulgaire collégien ? L'homme en face de lui souffrait et bon dieu, il était docteur ! Néanmoins, il était difficile d'arrêter son esprit de réfléchir, et John se trouva bientôt à nouveau en train de s'interroger sur le recul de Sherlock. Peut-être était-ce parce qu'il avait l'esprit embrumé par la fatigue, ou bien sa curiosité était bien trop grande, mais il décida de retenter l'expérience et après avoir changé de compresse il repassa sur la lèvre fendue avec délicatesse. Cette fois-ci, Sherlock ne recula pas mais il n'y avait aucun doute sur son pouls qui remontait à nouveau en flèche. John était complètement fasciné. Il avait toujours considéré Sherlock comme quelqu'un de plutôt froid, bien qu'il sache que cela ne l'empêchait pas de ressentir une profonde affection pour Mme Hudson, Greg ou John lui-même. Voir qu'il pouvait faire naître en lui quelque chose assez fort pour déstabiliser le grand détective le remplissait d'un sentiment de puissance et de surprise qui le fit trembler légèrement. Sherlock dût sentir son trouble car il détourna son visage en essayant de prendre un air ennuyé.

- Je crois que l'on peut passer aux gouttes à présent non ?

Le médecin se redressa et ouvrit la bouche, comme pour lui poser une question, mais il se retint de justesse.

- Oui, il va falloir que tu ouvres les yeux.

- Évidemment.

John ne releva pas. Tout en débouchant le flacon et en soignant Sherlock, il se mit à réfléchir. Il n'avait jamais rien su de la vie… personnelle de son colocataire. Son pouls rapide pouvait simplement s'expliquer par le fait que Sherlock avait eu très peu de contacts de ce genre, et que ça le rendait nerveux. Ou alors, pensa-t-il, peut-être qu'il aime les hommes. Si c'était le cas, John n'en avait rien à faire. Il l'avait dit à Sherlock lors de leur premier repas au restaurant, et c'était toujours le cas. Il aimait, appréciait se corrigea-t-il, Sherlock pour ce qu'il était. En même temps, John ne l'avait jamais vu manifester de l'attirance pour un seul homme, et la seule personne qui avait réussi à le charmer était Irène Adler. Une petite pensée vint lui souffler à l'oreille : « peut-être que ce n'est pas les hommes qu'il aime, peut-être que c'est simplement toi ». Il secoua la tête avec un sourire et attribua cette pensée à la fatigue : il vivait avec Sherlock, il l'aurait remarqué si son colocataire avait éprouvé quoi que ce soit pour lui.

« Tu es la seule personne qu'il ait accepté dans sa vie. »

- Il se fiche éperdument de savoir si je vais bien ou non, pensa John.

« C'est pour ça qu'il t'a donné sa propre écharpe ? »

L'ex soldat ignora un reniflement agacé de son colocataire et changea son angle d'attaque :

- Il n'a jamais montré aucune attirance pour moi.

« Eh bien, il a quand même réussi à faire partir toutes tes copines »

- Non, corrigea t-il, c'est moi qui n'ai pas su leur montrer assez d'attention. Il n'y était pour rien.

« Oh, pas assez d'attention parce que tu t'occupais trop… de Sherlock ? »

Il y eût un moment de flottement pendant que John essayait de percer le sous-entendu qu'il avait lui-même formulé, mais sentant qu'il n'avait pas envie de connaître la réponse il reprit son débat intérieur, entendant vaguement Sherlock se racler la gorge.

- Il me l'aurait dit.

« Il ne le sait sûrement pas lui-même, et même si c'était le cas, pour une fois qu'il a quelqu'un d'aussi proche il ne voudrait pas risquer de briser votre amitié, surtout que tu affirmes tout le temps ne pas être gay. »

- On est amis. Amis.

« Ça n'empêche rien »

- ET JE NE SUIS PAS GAY !

« Ça non plus »

Ses propres mots lui revinrent en mémoire

« Je suis attiré par les femmes mais ce n'est pas parce que je ne suis généralement pas attiré par les hommes que je ne peux pas tomber amoureux d'un homme, tu comprends? J'imagine que ce genre de choses peut arriver, tu tombes amoureux d'un esprit et d'un corps particulier, pas d'un genre. » et finalement la question de Sherlock… « Quelle est la différence? Par exemple pourquoi est-ce que tu m'apprécies sans m'aimer? » C'était une question difficile. Une question qu'il avait été heureux de pouvoir esquiver. Mais pourquoi ? John sentit son exaspération augmenter, d'autant plus que Sherlock continuait de renifler avec agacement.

- Il n'y a rien, absolument rien pour prouver qu'il a une attirance pour moi, se dit-il.

« C'est drôle que tout le monde pense le contraire »

- Quoi ?

« Eh bien, il doit bien y avoir une raison pour que tout le monde vous prenne pour un couple »

- Tout le monde se trompe.

John crût presque entendre la petite voix rigoler doucement à l'imitation involontaire mais parfaite qu'il venait de faire de son colocataire.

Un reniflement agacé plus fort que les précédents le sortit brusquement de ses pensées, et il poussa un magnifique juron en se rendant compte que pendant son débat, il avait mis au moins trente gouttes de trop dans chaque œil de Sherlock. Il marmonna des excuses, mais le détective resta silencieux, laissant le médecin éponger ses dégâts. Au même moment, ils entendirent Joan sortir de la salle de bain et se diriger vers le salon en passant par la cuisine. Sa voix leur parvint, étonnée :

- Vous faites chauffer une casserole vide ?

John poussa à nouveau un juron et se dirigea précipitamment vers la gazinière sur laquelle il avait oublié l'eau pour le thé. Il remit vivement la casserole sous le robinet pour la remplir à nouveau et la reposa sur le feu, sous le regard curieux de la jeune femme.

- Tout va bien ?

- Oui, j'avais mis de l'eau à bouillir pour le thé, et comme je soignais Sherlock, j'ai complètement oublié.

Une exclamation moqueuse venant du salon fit grogner John et sourire Joan.

- Je venais juste vous souhaiter une bonne soirée, même si, dit-elle en regardant sa montre, il serait plus juste de vous souhaiter une bonne matinée. Je me lève tôt généralement mais il est possible que je fasse la grasse mat pour une fois. Si vous avez besoin de quoi que ce soit, ou si vous trouvez que je dors trop tard n'hésitez pas à me réveiller.

John lui souhaita bonne nuit et voulut s'excuser pour l'absence de réponse de Sherlock mais la charmante jeune femme secoua la main avec un sourire et fit demi-tour vers la chambre qui lui avait été prêtée. En la regardant s'éloigner, les cheveux enroulés dans une serviette et son corps mince enserré dans le peignoir de John, le médecin sentit l'envie monter en lui.

Aussitôt la frustration pointa le bout de son nez : depuis combien de temps n'avait-il pas eu de relation ? Trop longtemps sembla lui répondre son jean soudain un peu trop serré. Il versa l'eau qui bouillait dans deux tasses et se dirigea vers le canapé où était affalé Sherlock. Heureux que le grand brun ne puisse pas voir son état, il posa le plateau et lui donna sa tasse après avoir retiré le sachet de thé. Sherlock tourna la tête en direction de l'escalier et murmura à l'intention de John :

- Elle est dans ta chambre, c'est bon.

John le regarda, interloqué.

- Qu'est-ce qui est bon ?

- On peut parler tranquillement.

- Ah… Tu vas m'expliquer pourquoi tu ne veux pas l'envoyer chez Mycroft ? Ou qu'on y aille nous mêmes ?

- La question n'est pas là. On ne peut pas NOUS se cacher car on doit enquêter. Et quant à Joan… Tu n'as rien remarqué de spécial par rapport aux deux premiers meurtres ?

- La technique était différente, pas de coup de feu, une bombe.

- Rien d'autre ?

John réfléchit vaguement mais il était trop fatigué.

- Non, je ne vois pas.

- Dans les deux premiers cas, Moriarty ou un de ses complices a passé du temps avec la victime avant sa mort. Ils étaient injoignables pendant quelques heures, occupés à faire quelque chose. Notre chère Joan, elle, était au restaurant avec des amis.

- Oui, c'est vrai… Qu'est-ce que ça signifie alors ?

Sherlock lança un regard entendu dans sa direction, comme si John savait exactement ce que ça signifiait. L'ex soldat soupira profondément :

- Tu refais la tête.

- La tête ? Quelle tête ?

- LA tête. La tête de « On sait très bien tous les deux ce qui se passe ».

- Oh… Et tu ne sais pas ?

- Non.

- Mais enfin réfléchis John ! Il cherche à leur parler, il doit essayer de rassembler des informations sur moi ou quelques chose approchant. Il parle avec ceux qui m'ont connu le mieux et après… il les tue. Et tout à coup, il s'arrête et tente de tuer une de celles qui connaît aussi bien Mycroft que moi sans lui avoir parlé ? Ça n'a aucun sens. Il perd une mine d'information précieuse.

- Donc tu crois… Que c'était un leurre ?

Sherlock sourit, et John se sentit bouillir.

- Et ta belle théorie du voleur ? Tu nous a fait marcher Greg et moi ?

Sentant l'énervement de John, Sherlock lui fit signe de parler moins fort.

- Non, je pense qu'il a vraiment utilisé un homme à lui. Voire une femme. Il devait sûrement se débarrasser de quelqu'un et il a fait d'une pierre deux coups.

- Mais… Pourquoi ?

Sherlock se leva et se mit à arpenter l'appartement, évitant parfaitement les meubles.

- Deux possibilités. Soit il voulait nous voir foncer sur cette piste tandis qu'il s'occupait de l'autre possible victime. « La justice » murmura John, et Sherlock approuva. Soit il voulait qu'on baisse notre garde en pensant qu'il avait échoué.

- Ça n'a aucun sens, et surtout ça n'avait aucune chance de marcher. En faisant ça il nous a indiqué sa cible, maintenant qu'on sait de qui il s'agit et qu'il va recommencer, ça me semble évident qu'on va être sur nos gardes. Et beaucoup plus méfiants que si on n'avait jamais su qui il visait.

Sherlock resta pensif un instant et hocha la tête, troublé. Encouragé par son raisonnement qui avait déstabilisé le détective, John continua :

- Peut-être qu'il voulait qu'on croit un certain temps à sa mise en scène et qu'il ne s'attendait pas à ce que Joan arrive. Peut-être qu'il avait prévu de l'enlever et de la garder un certain temps, et pendant ce temps, Mycroft et toi auriez cru qu'elle était morte et n'auriez pas cherché à la récupérer. Lorsque les analyses ADN auraient été révélées, vous auriez compris mais trop tard et on aurait retrouvé son cadavre quelque part… ?

Il s'arrêta et retint son souffle, espérant qu'il ne s'était pas rendu ridicule. Sherlock ne bougeait plus, les mains jointes sous son menton, debout au milieu du salon. Quelques minutes passèrent et il finit par laisser tomber ses bras à ses côtés.

- Sherlock ? Que se passe-t-il ?

- J'ai été idiot… Comment n'y avais-je pas pensé ?

- Ça veut dire que… Que ma théorie est juste ?

- Eh bien il y a un gros bémol dedans qui rend le tout assez bancal… Mais oui. Je crois que ça a pu se passer ainsi.

John ne put s'empêcher d'écarquiller les yeux. Est-ce qu'il venait tout juste de casser une théorie de Sherlock et de trouver la solution avant lui ? Ça lui semblait trop beau pour être vrai ! Il bégaya :

- Et ce bémol, c'est quoi ?

- C'est que Joan ait réussi à éviter un enlèvement sûrement extrêmement bien préparé sans s'en rendre compte. Je pense qu'elle nous aurait fait part d'une telle chose si il lui était arrivé quoi que ce soit du genre au cours de la soirée.

John grimaça et regarda Sherlock marcher et se rasseoir sur le canapé.

- Ah oui. Mais il est possible que par une coïncidence, ou un énorme coup de chance, il se soit passé quelque chose … qui aurait fait que, euh, l'enlèvement rate ?

Sherlock approuva lentement en fronçant les sourcils, ce qui le fit grimacer de douleur. Oui… De telles choses pouvaient arriver parfois…

John posa la question qui le perturbait :

-Pourquoi ne pas nous avoir dit que tu savais que la bombe était un leurre ? Greg aurait voulu le savoir !

Sherlock fit un geste agacé de la main.

- Je ne voulais pas que Moriarty sache que je l'avais deviné.

Les sourcils de John se soulevèrent de plusieurs crans.

- Quoi, tu crois qu'il nous a posé des micros dessus ? Parce que je te signale que dans ce cas il pourrait aussi bien nous entendre ici ! Ou tu penses qu'il avait un complice sur les lieux ?

Sherlock tourna la tête dans sa direction, surpris :

- Mais non, il était là-bas.

- Comment ça ?

- Il était avec nous, sur la scène de crime.

John poussa une exclamation sourde.

- Tu te moques de moi ?!

Sherlock secoua la tête, agacé.

- Mais non, il était là, même moi je l'ai reconnu sans le voir. Tu ne vas pas me dire que tu ne savais pas…. ?

- Mais c'était qui ?! C'était qui Sherlock ?!

John crut qu'il allait exploser. Il se demanda si son colocataire essayait de le rendre fou.

- Tu ne vas pas me dire que c'était Lestrade hein ! Quoi, c'est Joan ? Oh mon dieu, c'est Joan, reprit-il plus bas, voilà pourquoi tu ne voulais pas parler en face d'elle. Je comprends maintenant. Qu'est-ce qu'on fait ? On l'attrape dans son sommeil ?

Sherlock l'interrompit sèchement.

- Tu ne sais plus ce que tu dis. Joan n'a pas du tout la même carrure que Jim voyons.

Le regard que John lui lança était à moitié fou.

- Alors qui ?!

- Le soi disant agent Hartmann. J'ai reconnu sa voix, même s'il la déguisait assez habilement.

- L'agent Hartmann ? C'est qui ?

Sherlock commençait à être agacé.

- L'agent qui est venu nous voir avec Joan.

John revit en mémoire un uniforme, un visage dans l'ombre avec une attitude maussade. Il faisait trop sombre, et il n'avait prêté que peu d'attention à l'homme, cependant il lui restait une vague impression…

- Il n'avait pas l'air très heureux.

Le grand brun sourit moqueusement.

- Non, et si vous aviez fait attention à ce qui se passait juste avant qu'elle n'arrive vous auriez compris pourquoi.

- Tu écoutais ?

Sherlock approuva.

- Il essayait de la dissuader de venir jusqu'à nous. Il a tenté un bon nombre d'excuses tout à fait convaincantes, heureusement Joan est extrêmement têtue. Si notre théorie est bonne, et qu'elle était sensée être capturée à l'heure qu'il était, ça ne m'étonne pas qu'il ait été choqué et furieux de la voir arriver.

- Mais euh… Sherlock tu es sûr ? Je veux dire, je le connais et je te jure que je ne m'en suis pas doutée une seconde… Ça pouvait très bien être un policier qui avait une voix semblable.

Sherlock haussa les épaules.

- Je sais que c'était lui. Et le message indiquait clairement « Je vous y attends », il était là-bas, il voulait voir ce que nous en pensions et nos conclusions.

- Mais enfin Sherlock, tu aurais dû nous dire qu'il était là ! Un seul mot aurait suffi et nous serions tous tombés sur lui ! il y avait au moins une quinzaine de policiers et de pompiers !

John sentit la colère monter en lui. Sherlock les avait mené une fois de plus en bateau et avait permis à Moriarty de s'échapper.

- Tu te rends compte qu'à partir de maintenant, toutes ses victimes sont ta responsabilité ? Comment as-tu pu faire une chose pareille?! Quand est-ce que tu voudras l'arrêter hein ?

Sherlock lui fit signe de parler moins fort, et ouvrit la bouche pour lui répondre mais John continua sur sa lancée, chuchotant avec force :

- Tu vas attendre qu'il ait tué Mme Hudson et Greg ? Tu vas attendre qu'il m'ait tué, c'est ça ? Et une fois que tu seras seul à nouveau tu te rendras peut-être compte que tour à coup le jeu est moins amusant ? Et à la fin tu te laisseras tuer comme un imbécile ? Parce que je refuse, je te dis bien je refuse ! De me laisser tuer et de voir mes amis mourir pour un de tes choix stupides ! Ton obsession pour ce…ce... Psychopathe dépasse les bornes ! Comment oses-tu nous faire ça ? C'est ça que tu appelles l'amitié ? Me laisser dans l'attente de ma mort, ou de la tienne ?! Je partirais d'ici avant d'avoir vu ça, tu m'entends Sherlock ! Je préfère quitter cet appartement !

Sherlock avait blêmi, et il était maintenant enfoncé dans le canapé, sa main droite serrée puissamment sur l'accoudoir. John vit que les points de suture sur son pouce avaient commencé à lâcher et sentit une pointe de culpabilité mais la rage ne l'avait pas tout à fait quitté, et il détourna le regard.

Il attendit un petit moment, sa respiration saccadée résonnant dans l'appartement. Il sentit qu'il se calmait et posa à nouveau les yeux sur son colocataire. Sherlock était pâle, et il avait les yeux grands ouverts, son regard ensanglanté ressortant plus que jamais. John se mordit la lèvre et approcha son bras de l'accoudoir pour poser sa main sur celle du grand brun qui trembla à son contact et la retira. Son visage se figea dans une expression glaciale et John soupira : la dernière des choses qu'il voulait était que Sherlock se referme sur lui-même. Il s'agenouilla à côté du canapé, face à lui.

- Je suis désolé Sherlock, je ne le pensais pas.

Sherlock affirma avec froideur :

- Si, tu pensais clairement chaque mot.

- Oui, c'est vrai je le pensais. Mais… Je ne voulais pas te le dire de cette manière. Je n'aurais pas du m'énerver autant.

Le silence fut la seule réponse qu'il obtint.

- S'il te plaît laisse moi t'occuper de ta main.

John crut qu'il allait refuser, mais Sherlock referma la bouche et ne répondit pas, ce qu'il prit pour un oui. Il saisit une nouvelle compresse et désinfecta doucement la chair à vif. Sherlock ne fit aucun mouvement, John ne l'avait jamais vu ainsi. Il était dans une armure de glace, épaisse, et rien de ce qui se passait dans sa tête ou son corps ne la franchissait. Quand il eût fini, il retourna la main du détective et la prit dans les siennes. Sherlock essaya de la retirer, mais il n'y mit pas beaucoup de force et il abandonna rapidement, le visage toujours contracté dans un masque d'indifférence. John serra sa main doucement et fit des cercles apaisants avec son pouce. Il chuchota :

- Sherlock s'il te plaît ne te referme pas sur toi-même. Tu n'en as pas besoin. J'ai parlé avec colère, parce que je trouve ton attitude absurde, mais crois-moi, pas une seule seconde j'ai parlé avec haine.

Il soupira devant l'absence de réaction.

- Je voulais juste… Je voulais seulement que tu comprennes à quel point c'est important pour moi. Je veux pouvoir croire que tu n'es pas prêt à nous laisser tuer pour… jouer avec Moriarty. Et à ne pas te laisser tuer. Parce que s'il nous tue, il aura gagné Sherlock. Tu le battras peut-être mais tu seras complètement seul… Quel type de victoire est-ce que c'est, ça ? Je voudrais juste qu'on puisse vivre normalement.

-Non pas normalement, se reprit-il. J'aime faire les enquêtes avec toi et j'aime notre vie même si elle est anormale et bizarre, mais je ne peux pas supporter cette situation et ce danger permanent au dessus de nos têtes. Je le pourrais si je savais que tu faisais tout pour te battre et pour arrêter Moriarty mais quand tu m'as dit que tu l'avais laissé s'échapper exprès, ça m'a fait perdre mes moyens.

John crût voir la pomme d'adam de Sherlock bouger et il s'immobilisa, dans l'attente. La voix rauque, Sherlock lui répondit :

- Je ne l'ai pas laissé s'échapper par caprice. Si tu m'avais laissé m'expliquer, tu aurais compris.

Il s'interrompit et John craignit qu'il ne retombe dans le mutisme :

- Explique moi s'il te plaît.

- Vous faites toujours la même erreur, vous sous-estimez Moriarty. C'est une erreur fatale. Il était armé, il l'est toujours. Et si j'avais hurlé, ou si il m'avait entendu vous avertir que se serait-il passé ? Il y avait plein de civils autour de la scène de crime, il était proche de nous. Il n'était sûrement pas seul ou il avait un plan, c'est certain. Il aurait pu tuer des dizaines de personnes, et surtout il aurait facilement pu atteindre Lestrade, Joan, ou t'atteindre toi. Je n'ai pas pris cette décision à la légère ou pour satisfaire une envie égoïste de « jouer » avec lui. Je voulais juste… vous protéger.

John sentit sa gorge se serrer : il s'était conduit comme un imbécile. Il y eût un long silence pendant lequel on entendit seulement leurs respirations.

John finit par ne plus supporter le malaise.

- J'ai… J'ai été injuste je suis désolé. Je me suis comporté comme un abruti de première. Il retira sa main, en colère contre lui-même.

- Si tu veux arrêter la discussion et aller te coucher je comprends. Tu as tous les droits.

L'amure de Sherlock avait un peu fondu pendant son monologue, et John le vit clairement hésiter. Il ne dit rien et ne tenta pas de l'influencer, il en avait assez fait pour la soirée. Le grand brun se détendit un peu et plia ses jambes en tailleur sur le canapé. John avait une boule dans la gorge et il murmura simplement -Merci.

Sherlock ne fit aucun geste mais il reprit :

- Donc, si je ne veux pas envoyer Joan à Mycroft, c'est pour une seule et bonne raison. Moriarty la veut, il va tenter de la reprendre. Nous avons enfin l'avantage.

John chuchota :

- Tu veux t'en servir comme appât ?

Le détective acquiesça.

- Oui.

- Et elle sera d'accord ?

- Elle m'a déjà dit oui. Et elle me doit une faveur.

John profita de ce qu'il paraissait plus détendu pour essayer d'en savoir plus.

- C'est à dire ?

Sherlock hésita un instant et haussa les épaules.

- C'est moi qui l'ai présentée à Mycroft pour qu'il l'engage. Nous étions à l'université ensemble.

- Donc elle t'a dit d'accord pour servir d'appât pour Moriarty. Maintenant il ne reste plus qu'à espérer qu'il n'agisse pas avant qu'on ait mis au point un plan.

Sherlock opina lentement.

- En temps normal je ne serais pas allé dormir mais avec l'opération, je suis trop faible. Demain on mettra tout au point. Et lorsque l'inspecteur Lestrade viendra, ce sera réglé.

- Tu as déjà une idée ?

-Oui.

La réponse était brève et John ne demanda pas de détails. Il savait à quel point c'était important pour Sherlock de garder ses idées pour lui jusqu'au moment où il décidait de les partager.

Sherlock se redressa et posa ses pieds au sol.

- Je vais aller dormir maintenant.

John acquiesça et se dirigea vers lui. Son côté médecin vit que le détective était à bout de forces et il l'aida à se relever. Il l'accompagna jusqu'à sa chambre où son long corps s'effondra sur son matelas et où il resta immobile. Interloqué, John se rendit compte que Sherlock était aussitôt tombé dans un sommeil profond et il tira la couette pour le recouvrir. Puis, il se traîna lui-même jusqu'au canapé, se changea avec maladresse et se laissa tomber lourdement sur les coussins. La tête enfouie dans l'oreiller, il aperçut l'écharpe de Sherlock qu'il avait laissé tomber en enlevant ses vêtements, et il tendit la main pour la récupérer. Le tissu n'était pas trop doux, mais si agréable au toucher… John la plaça sous son visage et ferma les yeux. Il trouva immédiatement le sommeil. Le silence régnait dans l'appartement. Dans la chambre de John, Joan Willoby lisait pour la quatrième fois le dernier message qu'elle venait de recevoir de Mycroft.

/ John.W responsable de l'accident de Sherlock. Peu importe ce que dit Greg. L, je viens lui annoncer demain. Il doit savoir. M.H /