Réupload du chapitre 9 avec la modification de la réapparition magique de Mycroft!
ce chapitre est maudit O_o J'avais reposté avec modif et ça n'avait pas fonctionné, depuis j'ai fermé par accident l'onglet avant d'avoir pu sauvegarder un nombre improbable de fois. Mon ordinateur s'est même éteint une fois, juste avant que je n'enregistre. DONC si vous lisez ces lignes : miracle. Tout ça pour deux lignes :')
Swiny : Merci beaucoup d'avoir pris la peine de laisser un petit mot, j'espère que cette suite te plaira!
NuwielNew : Hélas... Je commence chaque chapitre avec l'envie de faire aimer un peu plus le personnage de Mycroft et pourtant il s'évertue à être horrible. (soupir) Je crains que tu n'aies, cette fois encore, des envies sanguinaires. Pitié, avant de lire éloigne toi de tout objet pointu ou pouvant représenter une menace. Ah, et prends un oreiller pour hurler dedans! Bisous!
Mimi Kitsune : Merci beaucoup! Ça me fait très plaisir d'avoir ton avis. Voici la suite, j'espère qu'elle te plaira!
Uzelle : A maintenant la suite! Non, jamais je ne vous aurais laissé au milieu de tout ça brrrr... C'est juste que comme c'est ma première fic, je ne me suis pas organisée en ayant des chapitres d'avance et en postant régulièrement. J'écris par gros à coups et vous les avez au moment où ils sont finis et relus! Désolée pour l'attente, je sais comme c'est frustrant, et merci pour ta review. Bonne lecture!
CHAPITRE 9
Joan versait de l'eau bouillante dans deux tasses de porcelaine tout en bougeant délicatement les deux sachets de thés qui se déplaçaient en laissant dans leur sillon une traînée rouge sang. La jeune femme grimaça et laissa tomber brusquement quelques carrés de sucre dedans, éclaboussant la nappe immaculée de Mrs Hudson.
- Oh, je suis vraiment navrée! Laissez-moi nettoyer ça.
Elle se força à reprendre contenance et sourit à la logeuse qui la regardait les lèvres pincées.
- Vous travaillez pour Mycroft n'est-ce pas?
A son ton Joan remarqua assez facilement que Mrs Hudson ne semblait pas porter l'aîné des Holmes dans son coeur. Elle acquiesça doucement, mais ne put s'empêcher de ressentir une pointe d'amertume : même les personnes qui avaient réussi à accepter Sherlock, même elles, n'arrivaient pas à comprendre ou à accepter Mycroft. Ne voyaient-ils pas, tous autant qu'ils étaient, que chacune de ses actions envers son frère avait pour but de le protéger? Joan s'assit en face de Mrs Hudson et lui tendit sa tasse que la logeuse saisit du bout des doigts et reposa assez sèchement devant elle. Sa voix trembla un peu lorsqu'elle parla en regardant la jeune femme brune en face d'elle :
- J'imagine que vous n'avez plus de raison de rester maintenant n'est-ce pas? Vous allez partir aujourd'hui?
Surprise, Joan but une gorgée de thé et reposa sa tasse face à elle. Du coin de l'oeil elle pouvait voir une fumée légère se former au dessus du liquide rouge et glisser dans l'air.
- Je crains que non Mrs Hudson. Sherlock m'a invité et je crois que je vais devoir rester encore un peu.
Mrs Hudson inspira brusquement.
- Est-ce que vous me croyez aveugle... ? Avant que vous me fassiez descendre avec vos belles excuses j'ai pu voir l'état de Sherlock quand vous avez ouvert la porte... Oh non, vous ne resterez pas ici plus longtemps Vous allez quitter cette maison dans la journée !
Joan eût un sourire d'excuse et fit tourner une bague d'argent sur son annulaire, évitant le regard furieux de Mrs Hudson.
- Je ne sais pas comment dire cela sans être impolie, et vous manquer de respect est vraiment la dernière chose que je veux. Je... Je suis vraiment désolée mais je crois que ça n'est pas possible pour l'instant. Je ne resterai pas longtemps (elle espéra que le plan de Mycroft n'allait pas la forcer à rester squatter une semaine). Je comprends votre point de vue, croyez- moi mais je ne...
- Vous croyez me comprendre?! Sherlock est comme mon propre fils ! Lorsque je l'ai rencontré j'ai vu à quel point il était humain et vulnérable sous son attitude exaspérante. Je me suis jurée de l'accueillir et de le protéger s'il avait besoin de moi. À cause de tout ce qu'il a eu à affronter : le jugement terrible des gens, l'incompréhension de ses parents, son frère qui l'étouffait, le poids de son intelligence et de son esprit hors normes, il n'a jamais cessé de lutter pour pouvoir simplement exister ! Il lui a fallu se battre sans arrêt, est-ce que vous avez une idée de ce que ça doit faire ? Ne jamais avoir de repos ? Être toujours obligé d'être sur ses gardes et de réfléchir… Et pour traverser cette épreuve au quotidien, personne à ses côtés… ?
Joan soupira et ouvrit la bouche pour répondre : elle savait tout ça, bien sûr. Elle avait connu Sherlock bien avant la femme qui lui parlait avec une flamme dans les yeux. Mais Mrs Hudson ne lui laissa pas le temps de parler, sa voix monta dans les aigus, tremblant toujours d'indignation et de fureur.
- Et alors qu'il emménage ici, sous mon toit, avec John Watson, alors qu'il peut enfin goûter au calme et au bonheur d'avoir des personnes autour de lui qui l'aiment et prennent soin de lui, alors qu'il est enfin CHEZ LUI et qu'il commence à être heureux...! VOUS ARRIVEZ AVEC... MYCROFT!
Mrs Hudson frappa la table de son poing et la tasse de thé se renversa. Une tâche s'étendit rapidement sur la nappe mais elle n'y jeta même pas un coup d'oeil. Les ailes de son nez frémissaient de rage :
- Comment avez-vous osé faire sortir John d'ici, de leur foyer, alors qu'il avait plus fait pour Sherlock que nous tous réunis pendant toutes ces années?! Et alors que vous avez vu son corps évanoui sur le fauteuil, comme je l'ai moi-même vu, comment osez-vous me dire que vous n'allez pas sortir de chez moi!
- Je dois rester pour le protéger.
Joan avait parlé rapidement, ne sachant pas si la logeuse avait fait une pause pour respirer ou si elle attendait une réponse.
Mrs Hudson la regarda, incrédule, sans répondre et le silence régna dans la pièce pendant quelques secondes. Finalement elle secoua la tête et soupira, remettant machinalement la tasse debout. Elle se leva lentement de sa chaise et sembla soudain plus vieille, petite et courbée. Sa voix était fatiguée lorsqu'elle affirma :
- Je ne crois pas que vous soyez idiote, alors j'imagine que vous êtes seulement aveugle et que vous faites confiance à Mycroft sans réfléchir. Mais comprenez bien ce que je vais vous dire : vous ne le protégez pas. Vous le tuez. Vous signez son arrêt de mort en lui enlevant John alors qu'il est déjà en train d'affronter deux épreuves terribles : Moriarty et son aveuglement.
Elle fixa Joan intensément.
- Si Sherlock vous a invitée c'est qu'il a confiance en vous. Comment pouvez-vous le trahir à ce point? Je vous en prie, si vous tenez un tant soit peu à lui, appelez Mycroft, intervenez...
Joan baissa la tête et murmura des excuses d'un ton neutre.
Mrs Hudson se redressa et assena :
- Alors vous aurez sa mort sur votre conscience, et vous serez aussi coupable de celle de John, car à cause vous il aura non seulement perdu l'être qui lui est le plus cher mais il se sentira coupable car il n'était pas là pour le protéger. Vous auriez aussi bien fait de leur tirer une balle dans la tête à tous les deux, au lieu de leur infliger une telle souffrance. Vous êtes des monstres.
Joan sentit son coeur se mettre à battre de plus en plus fort. Elle avait ressenti ce que Mrs Hudson lui disait. Elle aussi avait l'impression d'avoir fait à Sherlock plus de mal que de bien et avait un très mauvais pressentiment. Mais elle devait faire confiance à Mycroft. Il avait un plan. Elle DEVAIT lui faire aveuglément confiance. Elle serra les dents dans un faux sourire et tenta de refouler le début de mal de ventre qui se formait à cause du stress.
- Je suis vraiment désolée que vous ne puissiez apprécier ma présence, mais croyez-moi lorsque je vous dis que je suis persuadée d'agir pour le bien de Sherlock en ce moment-même. Maintenant, je ne veux pas m'imposer dans votre appartement plus longtemps, je vais monter veiller sur lui, Mrs Hudson.
Très digne, la logeuse se plaça entre la porte et la jeune femme, bloquant le passage.
- Je ne vous laisserai franchir cette porte que pour sortir de cette maison. Vous ne monterez plus jamais les marches de l'appartement de Sherlock. Pas tant que je suis vivante. Libre à vous de me blesser ou de me tuer, après tout, étant sous les ordres d'un homme tel que Mycroft j'imagine que vous êtes une professionnelle dans ce domaine.
- Vous ne comprenez pas, j'aimerais vous expliquer mais je ne sais rien de concret ! Je dois monter et rester auprès de lui. Ah !
Mrs Hudson vit Joan regarder vivement par dessus son épaule et elle se retourna vers la porte.
- EN FAIT, VOUS ALLEZ MONTER TOUTES LES DEUX.
Joan soutint d'une main ferme Mrs Hudson dont les jambes avaient flanché. Calmement mais prête à tout elle regarda Moriarty qui venait d'entrer dans la pièce. L'homme était en chemise mais sa tenue était débraillée et la jeune femme crût voir dans son attitude que quelque chose n'allait pas en fonction de ses plans. Il avait les manches retroussées, le col ouvert et ses mains étaient mouillées d'un liquide gluant que Joan n'était pas sûre d'identifier.
- Montez s'il vous plaît! Madame Hudson, dit-il en regardant la logeuse qui haletait en le fixant, si vous tenez à la vie de Sherlock je vous conseille de m'obéir rapidement.
La voix était doucereuse, polie mais Joan y entendit une alarme qui la fit bondir : il n'avait pas d'arme visible sur lui, ce qui aurait pu être pris comme une menace de tuer Sherlock si elles ne lui obéissaient pas... n'en était peut-être pas une. Qu'était-il arrivé au détective pendant son absence?! Moriarty était pourtant le seul risque!
- On y va, on monte.
Elle saisit Mrs Hudson par le bras et la tira vers la porte en essayant de penser à la hanche de la logeuse qui l'empêchait de monter les escaliers quatre à quatre. Ils arrivèrent dans l'appartement de Sherlock en quelques secondes et Mrs Hudson murmura, épouvantée :
- Que... Qu'est-ce que vous lui avez fait? Est-ce qu'il... Est-ce qu'il est mort?
Sherlock était sur le côté, comme endormi, mais il ne semblait pas respirer. Joan vit du premier coup d'oeil qu'on l'avait placé en position latérale de sécurité et elle se précipita sur le corps pour chercher le pouls. Moriarty lui saisit le poignet et la stoppa brutalement.
- Non, je ne lui ai rien fait. Il vit encore, mais bientôt il va arrêter de respirer.
- Mais... Comment?
Mrs Hudson se dirigea vers le fauteuil d'un pas chancelant et Joan crût qu'elle allait s'y effondrer mais elle se pencha par terre et ramassa une boîte vide de médicaments. Elle l'observa pendant quelques secondes et se tourna vers Joan, de la haine pure dans les yeux.
- Vous...
Son regard passait de l'un à l'autre, de l'homme à la femme, ne sachant pas qui elle haïssait le plus.
- Vous l'avez tué... Vous l'avez réduit au plus profond désespoir, vous lui avez enlevé sa dernière raison de vivre...
Joan crût que son coeur allait exploser, sa respiration était hachée, hors de contrôle. Elle entendit une exclamation agacée et elle vit Moriarty prendre la boîte des mains de Mrs Hudson.
- Oui, en effet Sherlock a fait une ridicule tentative de suicide (et je suis absolument navré de devoir admettre que j'ai sûrement une petite part de responsabilité dans l'histoire). Et qui risque fortement de réussir si vous ne réagissez pas. J'ai essayé de le faire vomir mais son corps est trop faible même pour ça.
Joan regarda ses doigts recouverts de ce qui se révélait donc être de la salive et réalisa que Moriarty, pour une raison qui lui échappait, voulait réellement sauver Sherlock.
- C'est du Fentanyl, ça va paralyser lentement son système nerveux jusqu'à ce que tous ses muscles s'arrêtent, muscles cardiaques et respiratoires compris.
Mrs Hudson se dirigea vers le téléphone mais Moriarty l'arrêta :
- J'ai appelé une ambulance.
Joan se tourna vers lui, les yeux hagards.
- Pourquoi...?
Sans lui répondre le psychopathe se tourna vers Mrs Hudson :
- Où John garde-t-il le matériel médical en cas d'overdose de notre ô très cher Sherlock? Je ne l'ai pas trouvé dans sa chambre et j'ai besoin de vos lumières, le temps nous est compté.
La logeuse le fixa, hésitant à lui demander comment il était au courant d'une telle mesure mais un coup d'oeil au corps de Sherlock lui suffit :
- Sous l'évier, caché au milieu des produits d'entretien.
Moriarty ouvrit le placard et envoya valser tout le contenu à part une trousse grisâtre qu'il ouvrit et vint renverser sur le canapé. Joan qui essayait toujours de reprendre son souffle vit au milieu du matériel une chose qui lui sembla être un miracle! Elle se précipita dessus et prit le flacon d'une main tremblante avant de le tendre à Moriarty. Ce dernier le saisit rapidement et s'empara d'une seringue avant de lui ordonner d'aller vérifier le pouls de Sherlock.
En la voyant déplacer le corps sur le dos, un air paniqué sur le visage il comprit aussitôt que le coeur du détective avait cessé de battre. Mrs Hudson, complètement perdue, le vit se crisper et l'entendit murmurer dans ses dents "Non... Tu ne partiras pas comme ça Sherlock..." pendant qu'il remplissait la seringue. Alors qu'elle se tournait à nouveau vers Joan, celle-ci commença un massage cardiaque mais au même instant la logeuse entendit la porte de l'appartement claquer avec un bruit assourdissant derrière elle.
Pivotant sur ses jambes aussi rapidement que sa hanche le lui permettait, elle vit quatre hommes masqués et armés pénétrer dans l'appartement et pointer leurs armes sur Moriarty qui finissait de remplir la seringue. Aussitôt elle se plaça devant lui, cherchant à le protéger mais les hommes avancèrent vers eux.
Une épaule la bouscula et quatre coups de feu lui brûlèrent les tympans. Puis, elle vit Joan s'élancer vers les hommes, un pistolet à la main, alors que les agents de Mycroft se pliaient en deux de douleur. Mrs Hudson comprit que la jeune femme avait tiré dans leurs gilets pare-balle pour les stopper, cherchant à gagner du temps pendant que Moriarty allait faire l'injection! Elle avait eu le temps de voir le nom sur le flacon qui roulait maintenant, vide sur le sol, jeté dans la précipitation : ADRÉNALINE. Le meurtrier pouvait espérer stopper ou ralentir l'effet des médicaments, il lui fallait seulement du temps! Et Joan le lui offrait en se battant contre sa propre équipe de toutes ses forces.
Alors qu'un des hommes, sûrement plus résistant que les autres, se relevait déjà pour l'affronter, deux autres silhouettes passèrent la porte et pointèrent leurs armes sur elle avant d'hésiter. Ils connaissaient Joan, Mycroft avait envoyé les meilleurs pour cette opération et la jeune femme faisait partie des meilleurs. Ils avaient travaillé ensemble, si ils lui tiraient dessus ils tuaient un de leurs meilleurs agents en plus d'une coéquipière fidèle mais elle compromettait une opération capitale! Leur hésitation leur valut deux balles chacun alors que la jeune femme se battait maintenant avec le soldat qui s'était relevé. Son pistolet encore brûlant, elle l'écrasa contre la mâchoire de son adversaire qui grogna de douleur avant de s'effondrer. Elle se tourna et vit que Moriarty venait de planter l'aiguille dans le coeur de Sherlock et qu'il pressait maintenant le piston, envoyant l'adrénaline dans tout le système sanguin. Elle avait senti sous ses mains le coeur de Sherlock repartir faiblement juste avant qu'elle ne se rue pour le protéger, elle savait que le produit circulait maintenant partout dans son corps, stimulant tous ses muscles, il allait vivre! Il le devait!
Un nouveau coup de feu claqua et elle s'effondra par terre, le souffle court. Un gémissement lui échappa alors que du sang se mettait à couler de sa cuisse en abondance. Un des agents l'avait immobilisée et elle le vit se relever le pistolet pointé sur elle, aidant les autres à se mettre sur leurs pieds tout en la fixant du regard.
Mrs Hudson se dirigea vers Joan malgré l'injonction de ne pas bouger qui lui fût lancée et saisissant un bandage sur le canapé l'aida à se faire un garrot pour stopper la perte de sang. Les agents avancèrent vers eux mais Joan releva son pistolet. Celui qui était en tête lança d'une voix froide :
- Le premier tir n'était dû qu'à l'estime que j'ai pour vous. Le prochain vous enverra dans un sac mortuaire, ne résistez pas, et arrêtez votre comportement absurde.
Jon se crispa quand Mrs Hudson se plaça devant elle pour la protéger de son corps, lui prenant rapidement son arme et tenant à son tour les agents en joue. Elle ne savait sûrement même pas se servir d'un pistolet! La jeune femme lui cria :
- Tirez-vous de là, vous devriez être auprès de Sherlock!
A la mention du grand brun, Mrs Hudson lui fit signe de se retourner sans lâcher les agents des yeux. Joan comprit lorsque les hommes se mirent à hésiter et arrêtèrent d'avancer qu'ils avaient dû avoir pour ordre de ne pas blesser la logeuse. Elle se retourna et vit que derrière elle Moriarty luttait encore pour ramener Sherlock du pays des ombres. Tenant le corps du détective en position assise, le meurtrier psychopathe lui enfonçait les doigts au fond de la gorge, espérant le faire vomir pour qu'il expulse les médicaments. Joan vit le torse frémir et la gorge se serrer mais au même moment elle entendit deux coups de feu et entendit un bruit sourd. Un homme venait de tomber à nouveau, acte de Mrs Hudson lorsqu'ils avaient voulu approcher, sûrs qu'elle ne tirerait pas. La jeune femme brune aperçut du sang et comprit que la logeuse sans faire exprès avait atteint le mollet de l'agent. Les hommes cagoulés étaient en plein dilemme, hésitant clairement à tirer sur la vieille femme qui les tenait en joue, malgré leurs ordres, lorsqu'une voix froide leur parvint à tous depuis les escaliers.
- Je veux Moriarty, mort ou vivant! Vous avez carte blanche, excepté pour Sherlock.
" Mycroft... Non..."
La jeune brune cria de toutes ses forces qu'il y avait Mrs Hudson et elle à l'étage mais Mycroft répéta ses ordres, glacial.
Un cri et un bruit de lutte leur parvint depuis les escaliers. Joan, atterrée entendit en même temps un bruit de vomissement et se retourna pour voir Sherlock, plié en deux et Moriarty qui le tenait par les cheveux d'une main et fouillait de l'autre dans sa poche. Un soulagement indescriptible la saisit en même temps qu'une nouvelle vague de peur la submergeait : carte blanche! Les agents pouvaient leur tirer dessus! Elle réagit plus rapidement que les hommes cagoulés et fit tomber Mrs Hudson avant de rouler par dessus elle, crispée alors qu'elle entendait un bruit de pas précipité et des cris qu'elle ne sût pas discerner.
Mais il n'y eût pas un coup de feu. Le chaos cessa et un silence de plomb qui vrillait les tympans et la faisait haleter d'anticipation s'installa.
Joan releva doucement la tête, prête à se prendre une balle et vit que Moriarty tenait un couteau contre la gorge de Sherlock et se servait de lui comme bouclier humain. Le détective avait vomi par terre et semblait n'être toujours pas conscient mais soudain ses paupières frémirent. Ses yeux s'entrouvrirent mais se refermèrent rapidement. Joan craint un instant que la situation dans laquelle il se trouvait ne le refasse perdre conscience vu son état mais elle se souvint qu'il était aveugle : tout ce qu'il devait sentir c'était quelqu'un qui le soutenait un peu durement, rien de trop anormal après une tentative de suicide par overdose. Elle se retourna vers les agents et vit qu'aucun d'eux ne la regardait. La moitié était tournée vers Moriarty et Sherlock, et l'autre était tournée de l'autre côté, vers la porte de l'appartement. Le psychopathe avait-il amené des renforts avec lui? Voyant que personne ne faisait attention à Mrs Hudson et elle, elle se redressa lentement et entraperçut deux silhouettes dans l'ombre des escaliers.
Elle écarquilla les yeux : Mycroft était rigide, le visage crispé pendant qu'une clé de bras et un revolver posé sur sa tempe l'immobilisaient. Derrière lui, un homme plus petit avança lentement avec son otage jusqu'à entrer dans la pièce et que la lumière révèle ses cheveux blonds cendrés et son visage figé dans un masque impénétrable : John. Les agents frémissaient imperceptiblement à chaque pas du docteur, complètement pris au dépourvu. Rien ne pouvait donc se passer comme prévu pendant cette mission? Qu'est-ce qui leur prenait à tous?
John balaya la pièce du regard, enregistrant tous les détails importants : l'agent à terre avec le mollet transpercé, Sherlock et son état lamentable, la seringue d'adrénaline et la plaquette vide de Fentanyl, Moriarty le couteau sur la gorge du détective et enfin Mrs Hudson aplatie par terre, terrorisée et Joan perdant son sang peu à peu malgré le garrot. Ne lâchant pas du regard les hommes en noir l'ex-soldat lança à l'un d'entre eux qui était prêt du canapé :
- Prends un des bandages qui est à côté de toi et aide celui-là à se faire un garrot ou il va se vider de son sang.
Voyant qu'il ne bougeait pas, John expliqua d'un ton calme :
- Je ne veux pas tirer ni sur Mycroft, ni sur vous. En fait, j'aimerais qu'on abandonne tous nos armes et qu'on puisse régler un certain nombre de problèmes dans l'immédiat mais comme je pense que vous n'allez pas vouloir, je me vois obligé d'utiliser cette méthode.
Sherlock ouvrit à peine les lèvres et murmura faiblement son prénom, mais John se crispa et ne tourna pas la tête. Ses tempes commençaient à le brûler, et il sentit que sa main tremblait presque. Il se contrôla et cracha :
- Maintenant, sachez que je suis extrêmement en colère lorsque je vois que vous avez tiré sur Joan, que Mrs Hudson a l'air plus que mal en point et que Sherlock semble à peine être vivant. En fait, je suis à deux doigts d'exploser. Alors je vous conseille de faire ce que je dis, surtout lorsque mes ordres n'ont rien de dangereux et servent plutôt à vous sauver ! Toi, tu lui fais un garrot !
Son ordre claqua et l'homme lui obéit, lâchant son arme. Son travail terminé, il regarda John à nouveau et celui-ci lui assena :
- Maintenant tu l'emmènes en bas, une ambulance est arrivée il y a deux minutes.
John se déplaça avec Mycroft pour laisser passer les deux hommes qui descendirent. Il y eût de l'agitation au rez-de-chaussée mais John ne bougea pas d'un pouce lorsqu'il parla.
- Avant que vous descendiez vous aussi, Joan, je voudrais que vous me racontiez ce qui s'est passé.
Il faisait confiance à la jeune femme pour lui résumer les événements de la meilleure manière possible, et sa situation n'était pas encore critique.
- J'étais avec Mrs Hudson chez elle lorsque Moriarty est entré et nous a fait monter ici. Nous avons trouvé Sherlock qui, dans un accès de conscience, avait essayé de se suicider par overdose au Fentanyl mais après avoir appelé une ambulance et échoué à le faire vomir Moriarty a trouvé votre trousse pour l'overdose et a voulu lui faire une piqûre d'adrénaline. J'ai commencé un massage cardiaque mais ces hommes sont rentrés et voyant qu'ils allaient attaquer Jim Moriarty alors qu'il sauvait Sherlock et que le temps était précieux, je l'ai défendu en tirant dans leurs gilets pour les immobiliser. L'un d'entre eux m'a tiré dans la cuisse et Mrs Hudson a blessé celui qui vient de descendre. Notre seule chance, c'était que Mrs Hudson ne se faisait pas attaquer alors qu'elle avait le seul pistolet et qu'elle se tenait devant nous, mais lorsque Mycroft a donné carte blanche je l'ai protégée et Moriarty a trouvé un bouclier humain en Sherlock qui était la seule personne à être intouchable. Ah, et Sherlock a enfin vomi et a regagné un peu de conscience.
John enregistrait au fur et à mesure, sans montrer aucun signe de surprise. Il regarda les hommes qui lui faisaient face et commenta :
- « J'imagine que votre mission n'a pas tourné comme prévu. En ce moment même vous êtes sûrement en train de penser aux priorités et à ce que vous pensez être la meilleure solution. Je vais vous dire quoi faire, non seulement parce que j'ai déjà été soldat mais aussi parce que j'habite dans ce putain d'appartement et SURTOUT parce que vous n'avez aucune idée de ce que VOUS devez faire. Et aussi parce que je connais bien toute cette brochette, que ce soient eux » il fit un signe de tête en direction de Moriarty et Sherlock « elles » signe vers Joan et Mrs Hudson « ou lui » petit coup de revolver sur la tempe de Mycroft qui grimaça.
- Vous allez laisser vos armes par terre et descendre rejoindre les quelques personnes qui sont en bas à attendre la fin de l'opération et vous allez dire aux ambulances qu'on a appelé à cause des coups de feu que deux d'entre elles doivent rester ici. Si vous faites ce que je vous dis, personne ne sera ni blessé ni tué, et Mycroft va rester vivant.
Un grognement venant de Sherlock les fit sursauter, il semblait murmurer des mots inintelligibles. John regarda Moriarty et lui demanda :
- Qu'est-ce qu'il a dit ?
- Je crois qu'il a exprimé sa volonté de les voir te désobéir afin que tu tires sur son frère.
John sentit Mycroft remuer alors il resserra sa clé de bras sèchement, mais sans le faire hurler pour ne pas alarmer les agents. Il approcha son visage de l'oreille de l'aîné des Holmes et lui susurra :
- Je serais vraiment tenté de prendre sa proposition au sérieux s'il n'y avait pas tant de personnes innocentes au milieu.
Du coin de l'oeil il vit Joan se plier en deux et saisir sa jambe.
- Mrs Hudson, Joan, vous allez descendre, lentement. Toi, tu vas les y aider !
Il désigna un des hommes cagoulés du menton, qui hésita un instant puis posa son arme à terre et lui obéit. Il prit Joan dans ses bras et la jeune femme se rendit compte lorsqu'il lui parla, que c'était justement l'agent qui lui avait tiré dessus. Faisant de son corps un poids mort, elle se fit un plaisir de l'étouffer à moitié en s'accrochant fermement autour de son cou. Ils disparurent dans l'ombre des escaliers. Mrs Hudson avançait lentement mais sûrement et les suivit après un dernier regard inquiet pour ses garçons.
Il ne restait plus que trois hommes. Un était tourné à moitié vers Moriarty et les deux autres fixaient John, dans l'attente de ce qu'il allait dire. Ce dernier serra le poignet de Mycroft et lui demanda froidement ce qu'il pensait de la situation actuelle, et s'il pensait qu'ils avaient encore une chance. Mycroft pinça les lèvres mais un simple mouvement de bras de John lui fit desserrer les mâchoires. Non, il n'y avait plus aucune chance que le plan fonctionne à présent…
- L'opération est annulée.
- Descendez rejoindre les autres. Et laissez vos armes ici.
Après une seconde de flottement, ils obéirent et descendirent. Il y eût un silence. Les quatre personnes qui restaient dans l'appartement entendirent un vacarme de sirènes d'ambulances et John mena Mycroft vers la salle de bain où il l'enferma rapidement. Il revint, le revolver au poing mais pointé vers le sol. Moriarty le fixa un instant et baissa son couteau, laissant Sherlock s'affaisser sur le sol : l'ex-soldat hésita à se précipiter pour le prendre dans ses bras immédiatement mais il savait que rien n'était encore réglé... Sherlock avait besoin de soins, il devait le faire descendre !
- Je… Je vais emmener Sherlock. Il est loin d'être sauvé mais… me…
John s'interrompit brutalement et il sentit ses mains trembler légèrement. Il avait failli remercier Jim Moriarty ! La haine, la peur, le désir de vengeance et la gratitude pour ce qu'il venait de faire… Tous ces sentiments commençaient à monter alors que l'adrénaline était un peu redescendue. Aussitôt il se crispa : il devait se concentrer et essayer de faire abstraction du criminel.
Jim le regardait, une lueur étrange dans les yeux.
- Tu ne l'emmèneras pas tout seul John. Je suis venu ici au péril de ma sécurité pour le sauver mais je compte bien ressortir aussi libre que quand je suis entré dans cet appartement. Je ne vais pas rester ici à attendre que les hommes de Mycroft reviennent.
- Vous… Vous êtes venu sans plan ?
Moriarty voyant le regard calculateur de John reprit rapidement sa prise sur Sherlock, le couteau sur la gorge et un sourire froid aux lèvres.
- Je n'en ai pas eu vraiment le temps alors que je voyais Sherlock avaler les comprimés un à un.
En toute honnêteté, John pensait pouvoir tirer et tuer Moriarty bien avant que celui-ci ne puisse ne serait-ce que bouger son couteau. Une balle bien placée et leur ennemi s'effondrerait par terre, mort, fin de tous leurs problèmes… Mais alors qu'il raffermissait sa prise sur le revolver, John ne pût s'empêcher de se maudire pour la pensée qui le torturait. « Tu as une dette envers lui, il vient de sauver la vie de Sherlock ». John regarda dans les yeux de Moriarty et n'y vit aucune humanité. Pire, il revoyait ces instants où ceinturé d'explosifs, la voix du psychopathe l'avait hanté et brisé pendant des heures de torture psychologique. Il n'avait pas de plan de secours, pas de bombe, pas d'idée tordue, il pouvait le tuer ! Mais face à lui était le corps de Sherlock dont les paupières s'élevaient parfois doucement avant de retomber, dont le torse s'élevait irrégulièrement. Le corps d'un Sherlock en vie… Et qu'il avait été incapable de sauver lui-même. Sans Moriarty, en revenant John aurait trouvé un cadavre, et les conséquences de cette possibilité étaient si terrifiantes qu'il relâcha son bras, sa décision prise.
Réfléchissant rapidement, il tendit son arme à Moriarty qui la saisit en haussant un sourcil. John lui expliqua ce qu'ils allaient faire, essayant d'oublier à qui il parlait. Voir le corps de Sherlock effondré convulsant légèrement fit taire ses derniers scrupules : il fallait le transporter à l'hôpital le plus vite possible. Le psychopathe l'écouta en prenant un air blasé et quelques secondes plus tard il descendaient lentement les escaliers, se dirigeant vers le hall.
Moriarty soutenait Sherlock qui était incapable de marcher, le revolver sur la tempe du grand brun (arme plus dissuasive qu'un couteau) et John les collait de près, à peu près certain que personne n'allait lui tirer dessus. Après tout, la plupart des armes avaient été laissées à l'appartement et il était John Watson, tout ce qu'il voulait c'était le bien de Sherlock… Du moins il espérait que tout le monde aurait cette réflexion… Moriarty le sortit de ses pensées en l'interpellant :
- Je crois comprendre pourquoi Sherlock est si… attaché à toi John.
Le fameux John essaya d'ignorer la remarque mais il y avait quelque chose comme de la presque sincérité au-delà du ton méprisant du criminel. Il murmura un « mmh ? » interrogateur alors qu'ils atteignaient le milieu des escaliers.
- Je dois admettre que je ne m'attendais absolument pas à ce que tu reviennes après la petite mise en scène de Mycroft… Il est assez rare qu'on me surprenne, et pour être franc, c'est la deuxième fois que tu me joues ce petit tour… Je ne pensais pas que tu tuerais ce taxi il y a deux ans. Venant de quelqu'un d'aussi ordinaire que toi c'est… amusant.
John le fixa, ayant l'étrange impression qu'il devait le remercier, mais il serra les lèvres et ne répondit rien. Il ne tenait certainement pas à argumenter sur la mort du taxi alors qu'il y avait potentiellement des témoins à quelques mètres, et de toute façon selon ce qu'ils avaient prévu il valait mieux qu'ils ne s'adressent pas la parole du tout.
Selon son plan, il semblait être plus ou moins une victime : il ne protégeait pas Moriarty, il suivait simplement Sherlock pour le soutenir, essayer de le protéger et le psychopathe le laissait faire. La mascarade ne pouvait pas marcher complètement : il avait déjà grillé ses cartouches en prenant Mycroft en otage mais comme ça Moriarty pourrait s'enfuir, Sherlock pourrait monter dans une ambulance et normalement, normalement, il pourrait les suivre sans paraître hostile. Ils arrivèrent dans le Hall et John passa un bras de Sherlock sur ses épaules, portant un peu du poids du grand brun dont les pieds traînaient par terre. Il y avait une dizaine de personnes dans la rue de ce qu'ils purent voir, et les deux agents qui étaient restés au pied de l'escalier reculèrent lentement à la vue du revolver posé sur la peau pâle et les boucles noires collées par la sueur. Le sourire que Moriarty affichait était démenti par ses yeux, froids et d'une fixité dérangeante. Dès qu'ils furent passés, deux agents cagoulés rentrèrent dans la maison, sûrement à la recherche de Mycroft. Moriarty les ignora.
Les hommes s'écartaient à peine sur leur passage et ils étaient enserrés de toutes parts. Alors qu'ils passaient au milieu des agents et que John osait à peine respirer, soudainement, deux hommes en civil sortirent une petite arme de poing. Un silence de plomb tomba autour d'eux et tout le monde s'immobilisa complètement. Une porte claqua, un bruit de pas rapides résonna dans l'immeuble et Mycroft entra dans leur champ de vision, essouflé. Il leva la main en jetant un regard noir à ses hommes qui rangèrent lentement leurs armes en crispant la mâchoire et John ravala le cri étranglé qui avait commencé à franchir ses lèvres.
La respiration hachée, il fit un signe qu'il espéra discret à Moriarty pour lui indiquer une ambulance à quelques mètres d'eux, tournée de manière à les abriter lors de leur montée. Les trois hommes reculèrent lentement, le revolver de John toujours dans la main du meurtrier et atteignirent enfin les portes ouvertes, se soustrayant vivement à la vue des agents et de Mycroft. Ils montèrent rapidement et remirent Sherlock aux ambulanciers qui les fixèrent, immobiles.
Moriarty s'assit sur le côté et les tenant en joue, leur ordonna de fermer les portes et de démarrer. Lui lançant un regard noir, John se tourna vers les hommes et essaya de les calmer, leur prouvant qu'il était médecin en leur donnant des informations sur l'état de Sherlock et quelques conseils sur sa prise en charge. Il y eût un instant de flottement pendant lequel les hommes en blanc hésitèrent mais le revolver de Moriarty fût un argument de poids. Un tumulte de pas et d'interjections retentit à quelques mètres de là. Alors qu'on fermait rapidement les portes, John entendit Mycroft lui crier :
- Alors vous allez le laisser s'enfuir ? C'est lui qui veut tuer Sherlock ! Tout ceci était pour le protéger !
John dit au chauffeur de démarrer : il ne comptait pas répondre. Une fois qu'ils furent partis, Moriarty baissa son arme et John fût plus tenté que jamais de se jeter sur Sherlock pour le sentir contre lui. Le grand brun n'était pourtant pas un appel à la tendresse : il avait vomi sur une partie de ses vêtements, de la salive avait coulé sur son menton, il était d'une pâleur mortelle ce qui faisait ressortir le violet autour de ses yeux meurtris. Mais même devant ce spectacle, tout ce que ressentait le docteur était l'envie de le sentir contre lui et de le savoir en sécurité. Il s'autorisa à lui prendre la main doucement.
- Sherlock, est-ce que tu m'entends ?
Les ambulanciers avaient fait les tests de conscience, John connaissait déjà la réponse mais il voulait lui poser une question neutre, et c'était la première platitude qui lui était venue.
Sherlock plia légèrement ses doigts et murmura un « oui » inaudible. Dire qu'il avait failli mourir… Non, qu'il était mort ! Que son coeur s'était arrêté pendant de longues secondes et qu'il avait failli le perdre à jamais… Même maintenant, alors qu'il était miraculeusement en vie à côté de lui, Sherlock pouvait replonger à n'importe quel instant. En ce moment même son corps luttait entre l'influence des différents produits, ses muscles fatiguaient à force de se contracter en spasmes et de se relâcher soudainement. John ressentit un long frisson, non, il ne devait pas penser à ça ! Et il ne voulait pas montrer de faiblesse devant Moriarty. Il exerça une pression rassurante sur la main et la lâcha à contrecoeur.
- Je reste là, on veille sur toi, on va te ramener parmi nous.
Moriarty les regardait d'un air ennuyé et agacé mais un sourire dangereux étira ses lèvres lorsque John se tourna vers lui.
- Pourquoi l'avoir sauvé ?
Seul le silence lui répondit et il regarda autour de lui. Les ambulanciers les regardaient, incapables de comprendre la situation et craignant toujours de les revoir l'arme à la main. John prit l'arme du criminel et la plaça dans un filet, hors de portée des ambulanciers qui se détendirent légèrement. L'ex-soldat ne tenait pas à ce que Sherlock soit la victime d'un manque de concentration d'un de ces hommes. Enfin, Jim daigna lui répondre bien que son ton fût teinté d'un mépris ennuyé.
- Je n'avais pas prévu sa mort de cette façon. Il doit jouer le Jeu ! Si je le laissais mourir là, alors non seulement j'allais être frustré de n'y être pour rien, à cause de ce cher Mycroft des Glaces, mais en plus on n'aurait jamais su qui a gagné !
John répéta d'un ton morne :
- Qui a gagné…
- Qui a gagné la partie ! Un joueur extérieur intervient inopinément et tue mon adversaire d'une manière stupide. Je n'allais pas laisser faire ça. Et…
Il essaya de se contenir mais John vit un frisson le parcourir.
- Je crois… J'ai trouvé quelque chose de parfait pour la fin. Quelque chose qui vaut largement le risque que j'ai pris aujourd'hui.
Un petit rire aigu lui échappa et il secoua la tête en fermant les yeux, extatique :
- Oh oui… J'ai hâte qu'il voie ça…
John inspira brusquement, ressentant déjà du regret pour sa décision de l'épargner.
Soudain, reprenant son masque d'indifférence et d'ennui Moriarty cria au chauffeur de tourner à droite et de ralentir au bout de la rue. Il n'y avait pas de fenêtre à l'arrière de l'ambulance et John se crispa en se rendant compte qu'il avait oublié l'intelligence de l'homme en face de lui qui avait su exactement où il était en étudiant les virages alors qu'il lui parlait.
- Une vie pour une vie, je t'ai épargné cette fois Moriarty parce que tu as sauvé Sherlock.
Jim sembla trouver cette affirmation plus amusante qu'offensante et sauta de l'ambulance à peine celle-ci avait-elle perdu de la vitesse. John le vit courir et s'engouffrer dans une station de métro alors que les voitures de Mycroft qui les avaient poursuivi pilaient. Il soupira, sachant qu'ils n'avaient aucune chance, et referma la porte, demandant au chauffeur de foncer le plus vite possible vers l'hôpital.
Bientôt ils y arrivèrent et John accompagna Sherlock dans la chambre où on l'installa, regardant la danse des infirmières et des docteurs qui rentraient et sortaient en se lançant des ordres et des indications. Il finit par sortir de la chambre : il y avait une chose qu'il devait faire, et le plus tôt serait le mieux. À son retour son visage était plus paisible. Il s'assit sur une chaise et patienta, se répétant la promesse qu'il avait brisée et qui avait failli coûter la vie à Sherlock : « Je reste à tes côtés, je ne te quitte pas ». Au bout de quelques heures, le soir commença à étendre ses ombres dans la chambre. John attendait, silhouette immobile dans l'obscurité.
Joan ouvrit lentement les yeux. Le réveil était difficile, elle avait la langue pâteuse et un mal de crâne lancinant. Dans la semi-obscurité qui l'entourait elle vit qu'elle était dans une chambre d'hôpital et reposant la tête sur l'oreiller, elle essaya de remettre les éléments sont elle se souvenait dans l'ordre. Quelques minutes après elle s'assit lentement contre la tête de lit et tâta sa cuisse. La douleur était la plus forte lorsqu'elle contractait les muscles et elle pensa avec agacement qu'elle allait devoir faire de la rééducation.
- Fantastique… Et en plus, je serai chanceuse si je ne me fais pas virer...
À cette pensée, elle sentit les muscles de son ventre se contracter et un goût acide couler dans sa bouche. La nausée montait, encouragée par la fatigue et la douleur de l'opération. La jeune femme tenta de se contrôler mais elle sentit son rythme cardiaque s'accélérer et bientôt une infirmière rentra dans sa chambre, le visage interrogateur. En voyant les soubresauts qui semblaient agiter sa patiente elle soupira et courut chercher une bassine en priant que la miss puisse se retenir. Heureusement pour elle, Joan luttait et ce ne fût qu'une fois la bassine sur les jambes qu'elle se permit de tout faire sortir. L'infirmière lui tint les cheveux en arrière et lui demanda si elle avait mal, si quelque chose n'allait pas mais Joan la rassura, malgré son teint pâle.
- Il y a quelqu'un qui attend pour vous voir je crois miss. Un certain Holmes. Est-ce que je peux lui dire que vous êtes réveillée ?
L'infirmière vit Joan grimacer et regarder la bassine.
- Une fois que j'aurai enlevé ça et que vous aurez fait votre toilette bien sûr.
La jeune agent souffla un « oui » presque inaudible et la remercia. Quelques minutes et un gant de toilette savonné plus tard, Mycroft entra dans la chambre. Joan se tenait parfaitement droite et contrairement à d'habitude, ne souriait pas du tout. Mycroft non plus, mais ça, c'était normal. Eût-il souri que Joan se serait sûrement remise à vomir de stress.
Le frère de Sherlock s'avança et s'immobilisa au pied du lit, la regardant froidement. Un millier de scénarios eurent le temps de traverser l'esprit de la petite brune avant qu'il n'ouvre enfin la bouche d'un air dégoûté. Quand il parla, ce fût avec une lenteur torturante pour la jeune femme.
- Tu as contrecarré une mission que je considérais de la plus haute importance... Tu as tiré sur mes hommes, des gens avec qui tu avais parfois travaillé… Tu as laissé ton arme à une femme qui a blessé un agent… Tu as protégé Moriarty… Tu m'as sciemment et délibérément désobéi.
Joan pâlissait un peu plus à chaque accusation, la chaleur sembla quitter complètement son corps et un long frisson la secoua.
- Je n'ai fait que protéger Sherlock… Si Moriarty ne lui avait pas fait l'injection d'adrénaline il serait mort…
- Ton intervention n'a rien changé, elle n'a fait qu'empirer la situation. Maintenant que tu as protégé Moriarty et qu'il a pu s'enfuir que crois-tu qu'il va faire ? Il n'a jamais caché son objectif : il reviendra et il tuera Sherlock à un moment où on ne pourra pas intervenir. Tu l'as condamné.
Joan sentit la colère monter devant tant d'injustice.
- Je… JE l'ai condamné ?! C'est TOI Mycroft, c'est TOI qui l'a désespéré au point qu'il a avalé une boîte de Fentanyl et que son coeur s'est arrêté de battre ! Ce coeur que j'ai d'ailleurs relancé de mes propres mains ! J'ai fait le choix que je pensais être le meilleur dans l'immédiat, et je n'ai aucun regret ! Tu aurais voulu que je le laisse mourir là, devant moi ?
- Nous aurions pu lui faire l'injection quelques secondes après avoir neutralisé Moriarty.
Joan secoua la tête, incrédule.
- Le temps de vous expliquer la situation et cela seulement si Moriarty s'était laissé faire, ça aurait pris au moins une ou deux minutes… Jamais on aurait eu le temps. Chaque seconde comptait.
Mycroft haussa la voix, perdant tout à coup son sang-froid.
- Cette mort aurait mieux valu que celle qui lui est réservée !
Joan sentit le sang refluer à son visage alors qu'elle se redressait sur ses oreillers.
- Comment peux-tu dire une chose pareille ?! Tu n'es pas capable de voir le futur, ce n'est pas parce que tu as un Q.I hors du commun que tu peux prévoir ce qui va se passer à tous les coups, sans jamais te tromper. Il y a toujours une place pour l'imprévisible ou l'inconnu : Moriarty peut avoir un accident bête et mourir demain, John et Sherlock pourraient avoir de la chance et réussir à le vaincre ! Dans tous les cas ils lutteront ensemble, et chaque minute qui passe et où ils sont vivants vaut bien plus que tout ce que tu ne pourras jamais imaginer.
Mycroft ouvrit la bouche mais Joan le devança, les dents serrées et la voix glaciale :
- Ce n'est pas à toi de décider de la mort de Sherlock… Ni de quand elle aura lieu, ni de la manière dont elle se passera. Sinon, tu ne vaux pas mieux que Moriarty.
L'aîné des Holmes cligna des yeux plusieurs fois, pris au dépourvu. La main qui reposait sur la barre métallique au pied du lit se crispa violemment.
- Peu importe ce que tu penses, je venais te dire que j'attends ta lettre de démission le plus tôt possible.
Joan crût qu'on venait de la poignarder. Elle ne pût empêcher un gémissement sourd de franchir ses lèvres et elle hoqueta pendant quelques secondes, incapable de respirer. Elle se crispa soudainement et elle sembla prête à exploser mais contre toute attente elle eût un rire de désespoir :
- C'est hors de question Mycroft. C'est toi qui me vires, alors assume-le ! Ça sera ça ou rien !
L'homme en costume détourna les yeux et lança d'un ton glacial :
- Tu me déçois tellement Joan… J'avais confiance en toi.
La rage étouffa Joan qui le regarda les yeux écarquillés pendant quelques secondes et elle éclata en hurlements :
- Comment oses-tu ?! Tu avais confiance en moi ? Qu'est-ce que ça a jamais changé pour moi dis-le moi ! Aucun sourire ou aucun geste pour toutes ces années de loyauté où je t'ai toujours suivi aveuglément ! Tu étais tout, ce travail à tes côtés c'était ma vie et tu ne m'as jamais montré un quelconque signe d'appréciation ! J'attendais, j'étais prête à attendre toute ma vie ! Et aujourd'hui… Alors que tu savais que j'étais avec Sherlock en haut… Alors que je mettais ma vie en jeu pour le sauver, par loyauté et amour pour toi… Tu n'as pas hésité à… à donner carte blanche à tes hommes ! Tu les as autorisé à me tuer… Comment oses-tu me parler de confiance ? Jamais personne n'a été plus trahie que moi à cet instant !
Mycroft la regardait fixement, voyant la haine pour la première fois dans ses yeux. Il s'éloigna du lit, conscient que même à cette distance un projectile bien lancé pouvait le blesser ou le tuer, et se dirigea vers la porte qui s'ouvrit à la volée, laissant passer deux infirmières en panique. Elles analysèrent rapidement la situation et l'une fit sortir Mycroft pendant que l'autre, qui s'avérait être l'infirmière de la bassine, se dirigeait vers le lit où Joan tremblait de fureur contenue, des larmes pleins les yeux.
- Vous voulez un calmant miss, ou vous pouvez vous maîtriser toute seule ?
Désirant échapper le plus rapidement possible à la réalité Joan s'enfonça dans son oreiller et serra les poings.
- Envoyez moi la plus forte dose possible.
Elle fixa le plafond blanc de toutes ses forces, crispant sa mâchoire si fort que ses dents se mirent à grincer. Bientôt la pression dans son bras augmenta et elle sentit une douce chaleur l'envahir. Ses traits se détendirent et elle replongea dans le royaume des ombres. Alors que l'infirmière soupirait en la regardant, une voix sympathique l'interpella :
- Ne vous faites pas de souci pour elle, c'est sûrement une des patientes les plus fortes que vous n'ayez jamais eu.
Elle se tourna vers l'inconnu qui sortit une plaque de police et la salua. Elle sourit et hocha pensivement la tête :
- C'est vrai qu'elle a quelque chose, une vitalité vraiment… incroyable. Vous voulez rester ? Je peux aller vous chercher une chaise.
- C'est très gentil à vous, je vais rester un peu si ça ne vous dérange pas bien sûr. J'aimerais être là à son réveil.
- Normalement les visites n'ont plus lieu à cette heure vous savez, mais étant donné que vous êtes de la police…
Elle laissa sa phrase en suspens et lui fit un sourire de connivence. L'homme le lui rendit avec infiniment de charme et accepta la chaise qu'elle lui tendait.
- Je vous remercie.
Elle sortit de la chambre après avoir allumé la veilleuse et alla rejoindre sa collègue qui buvait un thé dans la salle de repos :
- Eh bien… Quelle histoire… J'espère que les patients des chambres à côté ne vont pas nous faire une crise de stress ! Il est parti sans faire d'histoire ?
- Mr Holmes ? Oh oui, il avait l'air assez pâle même.
- Tu l'as vu le jeune homme qui est entré après coup ?
- Oui, il est plutôt pas mal ! Tu le laisses rester ?
- Oui, c'est un policier…
Elle lui sourit et lui fit un clin d'oeil.
- Et puis, ils vont si bien ensemble… Il était vraiment mignon à la couver des yeux…
Sa collègue soupira tendrement et prit une bruyante gorgée de thé, se souvenant d'un passé pas si lointain où elle aussi avait été couvée des yeux amoureusement.
La nuit commençait à s'éclaircir à l'Est lorsque John entendit Sherlock s'agiter doucement dans son lit. Il toussa doucement pour que le grand brun sache qu'il était là et qu'il ne (re)fasse pas une crise cardiaque par sa faute. À ce son, Sherlock s'immobilisa et l'appela dans un murmure rauque. John se leva et vint s'asseoir sur le lit, le visage tourné vers celui de son colocataire qu'il pouvait entrapercevoir à la lueur des lampadaires de la rue.
- Je suis là.
- Où est-on ?
La voix était faible, sans surprise.
- Dans le petit hôpital de St Mary Street, pas très loin de la salle de gym où on avait arrêté l'homme à neuf doigts.
Sherlock émit un petit bruit amusé à ce souvenir.
- Et il est un peu plus de cinq heures et demie du matin. Le soleil ne va pas tarder à se lever.
Un silence plana, un silence confortable et Sherlock déplaça son bras, tournant sa paume vers le plafond, invitation muette. Alors le blond glissa ses doigts entre ceux du détective et les caressa doucement, profitant de cet instant privilégié. La peau sous la sienne était douce et chaude, mais il pouvait sentir toutes petites cicatrices qui marquaient ce corps depuis l'accident. Il chuchota :
- Tu te sens bien ?
Sherlock rigola faiblement :
- Mieux qu'à tous mes autres réveils d'overdose en tout cas.
John ignora les pensées sombres qui essayaient de se frayer un chemin dans son esprit. Il ne voulait pas gâcher ce moment.
- Bien, alors dans ce cas…
Il enleva ses chaussures et les laissa tomber sur le lino de la chambre.
- Décale-toi un peu.
Le grand brun déplaça son corps mince sans lâcher la main de John. Ce dernier se hissa à la bonne hauteur et se coucha sur le côté, face à Sherlock qui était étendu sur le dos, la tête tournée vers lui malgré ses yeux fermés. L'ex-soldat posa sa main libre, la droite, sur le torse de Sherlock, sentant sa respiration calme et lente soulever ses côtes. Il pût sentir les vibrations de la voix grave sous ses doigts lorsque Sherlock parla :
- Tu as été un abruti.
John sourit d'un air sombre.
- Je sais. Pardon.
- Mais tu es revenu…
- Oui.
- Tu t'es donc arrêté avant d'atteindre le fond de la stupidité. Tu me surprends.
Le docteur pouvait entendre le sourire dans la voix de Sherlock.
- Je ne suis pas passé loin pour autant…
- Qu'est-ce qui t'a fait changer d'avis ?
John soupira et se mit à raconter doucement sa montée dans la voiture et les rues qui défilaient sous ses yeux aveugles. La plongée lente et morne dans le noir.
- J'étais comme mort Sherlock, j'étais persuadé d'avoir pris la bonne décision pour te sauver mais j'étais… vide de tout.
Et le chauffeur, inquiet de son état avait commencé à lui parler. Il lisait le blog de John et il l'adorait.
John sentit un petit tremblement agiter le torse de Sherlock.
- N'en fais pas trop non plus.
- Et c'est là qu'il m'a félicité pour ce que j'avais fait. Il m'a dit qu'il fallait savoir prendre des risques si on voulait gagner. Que c'était un sacré risque, mais que ça valait sûrement la peine. Et j'ai acquiescé automatiquement mais au fond de moi quelque chose a bougé… Parce que tu comprends, j'étais justement en train de refuser de prendre un risque. Je pensais faire l'inverse de ce qu'il me disait, et peu à peu, je me suis comme réveillé. Je suppose qu'une partie de moi savait que quelque chose clochait... Je lui ai fait croire que j'étais au courant de ce que Mycroft avait planifié, ce qu'il semblait penser évident, et c'est là que j'ai compris que j'avais été manipulé.
Les battements de coeur de Sherlock s'accélérèrent un peu.
- Mycroft avait profité de mon accès de culpabilité et du choc qu'il m'avait donné pour me faire croire qu'il avait tout en main et que je n'avais qu'à lui obéir. Je ne t'avais pas écouté, j'étais trop rongé par le remords et j'avais l'impression que tu ne pouvais que me haïr… Et j'étais parti...
- L'agent qui m'emmenait m'a appris malgré lui que c'était un piège pour Moriarty. Il avait placé des caméras dans l'appartement et Mycroft, en m'ôtant de l'équation lui offrait sur un plateau d'argent Joan et toi, affaibli. La mise en scène était parfaite, évidemment puisque l'acteur principal n'était pas au courant qu'il s'agissait d'une pièce. J'ai joué mon rôle avec plus de conviction que je n'en aurais jamais mis autrement.
- Lorsqu'il a eu fini j'étais paralysé, je crois que je faisais une drôle de tête parce qu'il a arrêté la voiture et il m'a tendu un sac en papier. La suite… Je suis désolé pour lui, il avait l'air vraiment sympathique, mais je l'ai assommé et je l'ai laissé sur le trottoir après lui avoir pris son arme et j'ai conduit comme un fou jusqu'au 221B. En sortant de la voiture j'ai entendu des coups de feu et je me suis rué dans l'entrée où j'ai trouvé Mycroft et un ou deux agents en civil. C'est là que ton frère a donné carte blanche à ses hommes pour qu'ils arrêtent Moriarty. J'ai entendu Joan crier que Mrs Hudson et elle étaient là-haut mais ton frère les a ignoré et autorisé ses hommes à tirer dans le tas. J'étais dans une rage indescriptible, j'ai saisi Mycroft et je lui ai mis le pistolet sur la tempe. En arrivant dans l'appartement avec lui comme bouclier humain, je t'ai vu entre les mains de Moriarty qui avait eu la même idée que moi. Tu avais plus l'air mort que vivant, j'ai cru que c'était lui le responsable mais j'ai aperçu cette maudite plaquette de Fentanyl complètement vide à côté de toi et j'ai compris… Parce que tu vois, c'est moi qui ai l'autre. Je l'avais gardée sans trop y penser, et ça voulait dire que la plaquette au sol était celle que l'hôpital avait donné et que je n'avais jamais trouvée. Ça signifiait que tu avais avalé tous les comprimés d'un coup comme le pire des imbéciles. À ce moment j'ai failli perdre tout espoir mais j'ai vu ma trousse ouverte sur le canapé et le flacon d'adrénaline vide par terre… Et lorsque j'ai parlé, je t'ai entendu dire mon nom, tu étais conscient ! J'avais envie d'envoyer valser ton frère et de te prendre dans mes bras mais j'ai dû m'occuper du reste d'abord… Mais pendant cette partie tu étais plus ou moins réveillé…
À nouveau un silence agréable régna sur la chambre. Sherlock le brisa à peine en murmurant.
- Tu vas avoir des ennuis pour ça.
- Après le fiasco de l'opération, je doute que ton frère veuille empirer la situation. Et puis… Je m'en contrefous.
- Comment va Joan ?
- Les ambulances ne venaient pas toutes d'un même hôpital, elle a été transportée au Central. Je ne pense pas qu'elle soit en danger…
- Et pour Moriarty… ?
- Eh bien tu étais dans l'ambulance, tu as dû entendre… Je l'ai laissé partir cette fois. Je pense que j'aurais pu l'avoir mais… Il venait de te sauver la vie. Et moi je n'étais même pas là…
John serra les dents mais Sherlock posa sa main sur celle qui reposait sur son torse, la caressant doucement.
- Tu étais là à mon réveil. Tu es revenu. Je me fous du reste. Pour avoir affronté quelqu'un comme Mycroft, tu t'en es même étonnement bien tiré.
Il y eût un silence confortable où tout l'univers de John se réduisit aux cercles lents que le pouce de Sherlock faisait maintenant sur son poignet. La voix de Sherlock le fit à peine sursauter.
- Mycroft va virer Joan pour ce qu'elle a fait. Et Moriarty lui court sûrement toujours après. Il faudra la mettre en sécurité le plus vite possible.
- La virer ? Non, il ne peut pas faire ça. Lui et son boulot c'est tout pour elle !
- Comme je le connais il l'a même probablement déjà fait.
- Alors qu'elle est encore à l'hôpital ?
Sherlock acquiesça en silence et déclara, curieux :
- Je suis même surpris qu'il ne soit pas encore rentré ici. Tu y es pour quelque chose ?
- J'ai prévenu les infirmières que tu ne devais pas recevoir de visites et j'ai appelé Lestrade pour le tenir au courant. Il est arrivé en deux temps trois mouvements et il a tout sécurisé. Je parie qu'il monte lui-même la garde au cas où ton frère ou Jim se montreraient…
Sherlock rigola nerveusement :
- Lestrade… Alors c'est un réveil presque habituel si il est là.
John essaya de prendre un ton détaché pour poser sa question :
- Il veillait sur toi à l'époque où tu te droguais ?
- Oh, il n'a jamais vraiment cessé de le faire, la preuve. Mais oui… C'était en général le premier visage que je voyais au réveil. C'était toujours mieux que de voir la tête de Mycroft... Ça, ça m'aurait achevé.
En général… Combien y en avait-il eu, de réveils à l'hôpital ? Combien de rendez-vous avec la mort évités de justesse ? Sherlock pouvait presque entendre les interrogations silencieuses de John et il tâtonna pour trouver son épaule avant de le tirer vers lui. La vérité c'était qu'il n'avait jamais eu un réveil d'overdose aussi heureux. Rien ne l'avait plus choqué que d'entendre la voix de John à son réveil. John devait être parti, il s'était fait manipuler et comment pouvait-il le lui reprocher ? L'ex-soldat n'était pas de taille à affronter Mycroft… Et pourtant il l'entendait, et même si la situation avait l'air incongrue, c'était bien John qui respirait bruyamment et qui se tenait à quelques mètres de lui. Il avait d'abord cru à une hallucination mais il s'était avéré que John avait encore une fois bouleversé ses déductions. Il s'était après tout, toujours révélé plein de surprises…
Dans cette chambre d'hôpital, avec John qui devait le regarder en silence (sa respiration lui chatouillait la joue), les inquiétudes et les peurs de Sherlock n'étaient plus. Il sentit la tête du blond se poser sur son torse et son corps se presser contre son côté droit, une jambe passant au dessus pour se caler entre les siennes, séparées seulement par la fine épaisseur du drap. Le détective souffla d'un air agacé et John releva la tête, effleurant de ses cheveux le menton de Sherlock.
- Qu'est ce qu'il y a ?
Sherlock hésita à peine avant de lâcher :
- … J'ai envie de t'avoir contre moi. Tu dois être fatigué si tu as attendu toute la nuit que je me réveille. Viens dormir un peu.
John mit quelques secondes à comprendre mais lorsqu'il sentit le grand brun tirer faiblement le drap sous lui il se redressa.
- Je risque vraiment d'avoir des ennuis pour ça, et toi aussi d'ailleurs.
Dans l'ombre de l'aube, le docteur vit Sherlock hausser vaguement les épaules. Il se massa les épaules et dut admettre qu'il était tout simplement épuisé. Décidé à éviter les situations gênantes il régla rapidement une alarme pour huit heures moins le quart (les infirmières devaient passer vers huit heures) et il enleva son t-shirt. Il hésita un quart de seconde avant d'enlever son jean mais puisque Sherlock, lui-même en blouse d'hôpital, lui avait proposé c'est que ça ne devait pas le gêner.
- Ça ne me gêne pas.
John sourit à la remarque omnisciente et enleva son pantalon et ses chaussettes, ne gardant plus que son caleçon. Puis il se glissa sous le drap et vint se serrer à nouveau contre Sherlock qui soupira de bien être. L'ex-soldat n'avait jamais eu l'impression d'être aussi à sa place que dans ce lit, la tête posée sur l'épaule de son colocataire et le bras passé autour de son torse. Les doigts de Sherlock massaient doucement ses épaules et descendaient dans son dos, détendant ses muscles un à un. Toutes les questions qui lui étaient passées par la tête, il les avait mises de côté pour un autre jour. En ce moment, l'odeur du grand brun emplissait l'air qu'il respirait. En quelques secondes, John s'endormit.
