L'histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.


Chapitre deux

Isabella

Quand maman m'annonça que nous partions en vacances, j'étais vraiment excitée, nous n'en avions jamais pris et nous partions avec Cooper.

"Je ne suis jamais allée au Texas, la maison de Cooper est grande ? Je vais voir la mer ?"

Elle n'en savait rien, alors je décidai de lui demander moi-même la prochaine fois que je le verrai.

A chaque fois que maman et moi déménagions et que je devais me refaire des amis, j'aurais aimé avoir un père comme le leur. Celui qui les emmenait en vacances, leur achetait de jolies choses et les embrassait quand ils pleuraient. Je voulais être spéciale pour quelqu'un, quelqu'un d'autre que ma mère. Je lui avais posé des questions sur mon père, mais elle avait secoué la tête, l'air triste, alors je n'avais plus demandé, mais parfois, je m'imaginais, quand j'ouvrais les yeux le matin, que je le verrais. Il serait grand et fort avec des yeux scintillants et un rire qui me ferait glousser.

J'aimais bien Cooper, il était gentil et drôle et il me traitait comme si j'étais spéciale. Il prenait ma main quand nous marchions ou me soulevait pour me faire sauter par-dessus les flaques d'eau et me balancer haut dans les airs. J'aimais l'entendre parler de sa famille et de tout ce que lui et ses frères faisaient quand ils étaient petits comme moi. Il avait de la chance, il avait une mère et un père, mais peut-être... peut-être que cette fois, j'avais quelqu'un qui se soucierait de moi.

Il aimait ma mère et n'élevait jamais la voix sur elle, ne tambourinait pas à la porte sous l'effet de la colère, ne l'insultait pas, ne lui jetait rien dessus. J'aurais aimé qu'il soit mon père.

Je pensais qu'il nous emmenait peut-être chez lui pour que nous puissions y vivre et que j'aurais une grand-mère, un grand-père, des oncles et un papa pour la première fois de ma vie. Je ne me souvenais pas de grand-mère June avec qui nous vivions quand j'étais petite, parce qu'elle était morte.

Le jour de notre départ pour le Texas, j'entendis Cooper dire à maman qu'il voulait faire une surprise à ses parents.

"Je leur ai dit que j'amenais quelqu'un de très spécial à la maison pour les rencontrer, ils vont vous adorer Izzy et toi."

Maman était inquiète, je l'entendais dans sa voix.

"Ne penses-tu pas que tu aurais dû les prévenir que ce quelqu'un de spécial avait une petite fille ?"

"Nan, ils vous aimeront, Izzy et toi, dès qu'ils vous verront toutes les deux."

Je l'espérais, même si moi aussi j'étais un peu nerveuse maintenant, et s'ils ne nous aimaient pas ? Cooper nous ramènerait-il à la maison avant de nous dire adieu ? Ce serait horrible, je détestais l'idée qu'on soit comme avant, juste toutes les deux. Je voulais que quelqu'un m'aime autant que ma maman.

Cooper nous avait dit que suivrions une route touristique pour voir une partie du pays de Dieu, comme il l'avait dit, bien que je ne savais pas ce qu'il voulait dire jusqu'à ce qu'il me l'explique. C'était une autre chose sympa chez lui, il ne se moquait pas et ne m'insultait pas si je lui disais que je ne comprenais pas, il m'expliquait simplement que c'était bien d'admettre que tu ne savais pas quelque chose.

Je m'assis à l'arrière du pick-up de Cooper et c'était assez haut pour que je puisse tout voir, bien qu'une fois à la campagne, il n'y ait eu que des champs et des arbres, beaucoup d'arbres. Parfois, nous ne croisions pas d'autre voiture pendant un long moment puis je m'endormis, mais quand je me réveillai, nous nous arrêtâmes pour dîner dans une crêperie et on me permit d'avoir des myrtilles, de la sauce au chocolat et un supplément de crème fouettée sur la mienne. Maman me prévint que je risquait d'être malade, mais je savais que non. Le camion de Cooper était beaucoup trop beau pour faire ça dedans et je ne voulais pas le contrarier. Il ne m'avait jamais crié dessus et j'aimais ça chez lui.

Il pleuvait quand nous ressortîmes du restaurant et après avoir regardé les gouttes de pluie tomber par la vitre et écouté la station de musique country (Cooper aimait chanter avec moi), je sortis mon livre de coloriage et mes crayons de couleur et commençai à colorier un papillon. C'était dur avec les bosses sur la route, mais je me concentrai très fort et j'avais presque fini une aile quand il y eut un grand bruit et un cri horrible.

Maman cria et j'entendis Cooper jurer, c'était la première fois que je l'entendais dire un mot grossier et puis tout devint vraiment effrayant. Le pick-up sauta en l'air et se retourna ensuite sur le toit avant que quelque chose me frappe durement au visage et que tout devienne noir.

Charlotte Whitlock

Le temps était mauvais et empirait, nous allions affronter des pluies torrentielles et des vents violents, peut-être même des tornades, et je voulais rentrer chez moi avant que ça nous tombe dessus, mais ma voiture était secouée par de fortes rafales qui me forçaient à ralentir. J'aurais pu abandonner la voiture et courir jusqu'à la maison, mais j'aurais été obligée de revenir la chercher et j'avais acheté tout ce qu'il fallait pour faire de nouveaux rideaux que je voulais commencer rapidement.

Je pris un virage serré et écrasai la pédale de freins en voyant l'épave de ce qui ressemblait à un pick-up renversé sur le toit dans un fossé de drainage. Ses roues tournaient encore et de la fumée s'échappait du moteur, ce qui voulait dire que l'accident venait de se produire. Le plus inquiétant, c'était qu'il n'y avait aucun signe de vie à l'intérieur ou autour du véhicule.

Je sortis de la voiture, courus jusqu'au fossé puis sautai dedans. Ouvrant la portière du conducteur, je me retrouvai face à un homme d'une quarantaine d'années, le visage couvert de sang et dont la poitrine était traversée par un tuyau abandonné au fond du fossé. Comme je ne pouvais rien faire pour lui, je sautai par-dessus le camion et je remarquai que le pneu avant du côté du conducteur était déchiqueté ce qui était probablement la cause de l'accident.

La passagère était une femme, ou du moins l'avait-elle été, ses yeux étaient ouverts et fixes et sa tête penchait bizarrement sur son cou manifestement brisé. Par chance, la combinaison de la pluie abondante et du vent fort avait fait disparaître l'odeur de sang de l'habitacle.

J'étais sur le point d'attraper le sac à main de la femme, afin de vérifier son identité quand je remarquai un livre de coloriage dont les pages voletaient sur le plancher. Un dessin à moitié terminé ainsi que des crayons de couleur éparpillés autour. J'eus mal au ventre, et s'il y avait eu aussi un enfant dans la voiture ?

Le toit du camion avait été écrasé quand il avait fait des tonneaux et je dus l'ouvrir pour vérifier le siège arrière. J'y trouvai un enfant, couvert de sang et coincé entre une section de la paroi latérale du camion et le siège passager qui avait été repoussé vers le plancher arrière.

Tout d'abord, je crus que l'enfant aussi était mort, mais ensuite je l'entendis, un léger battement de cœur. En regardant de plus près, je vis que la poitrine de l'enfant montait et descendait, même si ses yeux étaient fermés et qu'il était certainement inconscient.

J'attrapai mon téléphone pour appeler les secours, mais quand je vis que je n'avais pas de signal, quelque chose me traversa l'esprit. Il s'agissait d'un enfant, probablement âgé d'au plus cinq ou six ans, dont les parents étaient décédés. Il était tout seul et il faudrait du temps pour obtenir de l'aide dans cette tempête.

J'avais longtemps désiré un enfant, et alors que j'avais conscience que c'était mal de ma part, je récupérai les papiers d'identité des adultes morts et je ramenai l'enfant à ma voiture. J'allongeai le petit corps frêle et le recouvris d'une couverture que j'avais récupérée dans le coffre du pick-up, puis j'hésitai.

En regardant derrière moi, je vis que du gaz s'échappait d'une conduite rompue juste à côté du pot d'échappement encore chaud. Sans réfléchir, je craquai une allumette et mis le feu au gaz tout en faisant un bond en arrière. Il prit feu d'un coup sec et commença à dévorer tout ce qui était inflammable dans le camion, y compris les corps.

Sans m'arrêter pour regarder mon travail, je remontai dans ma voiture et repartis vers la maison. Les chances qu'une autre voiture arrive sous la pluie torrentielle sur cette route peu fréquentée étaient minces. D'ici à ce qu'on les découvre, il ne resterait plus grand-chose du camion ou de ses occupants et ils ne seraient peut-être jamais identifiés. Je n'osais pas penser plus loin dans le futur pour l'instant.

Alors que je rentrais prudemment chez moi, je gardais un œil sur mon passager, toujours inconscient, et je me demandais ce que j'allais dire à Peter. Il avait souvent souhaité que nous ayons un enfant, mais je doutais qu'il approuve mes actions ou leurs conséquences possibles.

Pourtant, je ne pouvais revenir en arrière et je savais que je pourrais lui parler en temps utile. Le plus gros problème serait le réveil de l'enfant. De quoi se souviendrait-il, ou elle, s'il survivait ? Je n'étais pas médecin et je n'avais aucune idée de le gravité des blessures de l'enfant. Je ne savais même pas si c'était une fille ou un garçon. Les vêtements, qui donnaient peu d'indices, étaient de couleur sombre, trempés d'eau et couverts d'un mélange d'huile, de sang et d'une boue vaseuse provenant du fossé.

De retour à la maison, je trouvai une note de Peter me disant que notre voisin l'avait appelé à l'aide car ses écuries étaient inondées. Le toit s'était effondré sous le poids de l'eau à cause des fortes pluies et sous l'assaut des vents violents, et il était allé aider à sauver le bétail.

Soulagée d'avoir un peu de temps pour réfléchir à mes actions, j'emmenai l'enfant à l'étage puis lui fis couler un bain chaud, et en déshabillant la petite silhouette, je découvris qu'il s'agissait d'une petite fille. Une fille ! Exactement ce dont j'avais rêvé au fil des ans.

Alors que je la plongeais dans l'eau et que j'épongeais doucement la saleté, je découvris qu'elle était jolie avec des cheveux courts et foncés et, lorsqu'elle ouvrit brièvement les yeux, je vis qu'ils étaient d'un brun chocolat profond.

Je l'habillai d'un de mes T-shirts et je la mis dans le lit de la chambre d'amis, puis je fermai les rideaux et allumai la lampe de chevet pour donner à la chambre un éclairage doux afin qu'à son réveil, elle ne soit pas dans le noir.

Mis à part des ecchymoses et des coupures superficielles, elle semblait heureusement indemne, même s'il y avait un gonflement important sur le côté de sa tête, au-dessus de l'oreille gauche, et que j'avais peur que ce ne soit grave. Cependant, une petite voix dans ma tête me chuchota que j'aurais peut-être de la chance et que cela affecterait sa mémoire.

En écartant ses cheveux de son visage, je me demandai quel était son nom et d'où elle venait.

J'allai chercher les affaires que j'avais prises dans l'épave, et ouvrit le sac à main de la femme, sa mère, probablement. J'y découvris un permis de conduire au nom de Renée Hitchcock avec une adresse dans une ville à deux-cent-cinquante kilomètres à l'est d'ici. Quelques centaines de dollars en liquide, du maquillage, des mouchoirs en papier, des pilules contraceptives, une brosse et une photo de la femme avec la petite fille prise dans une fête foraine et qui semblait récente. En la retournant, je vis que les noms « Renée et Isabella » étaient inscrits ainsi qu'une date, un mois plus tôt.

Il restait donc une question : qui était cet homme ? Il n'était visiblement pas le mari ou le père car le nom sur sa carte d'identité était Manners. L'adresse sur son permis de conduire se situait dans la même ville que celle de la mère, donc peut-être un petit ami ou un parent.

Je ne savais pas si mon plan fonctionnerait, mais dans le pire des cas, je pourrais dire aux flics que j'avais ramené l'enfant chez moi en attendant son réveil, plutôt que de la laisser dans le camion avec sa mère décédée. Et qu'en plus, j'avais eu du mal à appeler les secours car les lignes téléphoniques étaient coupées à cause de la tempête. Pendant les prochaines heures, au moins, je pourrais vivre mon rêve.

A cet instant, je me figeai, Isabella pouvait avoir un père qui, avec le décès de sa mère, obtiendrait sa garde. Elle avait peut-être une grande famille, prompte à lui donner un foyer. D'un autre côté, il n'y avait peut-être qu'Isabella et sa mère. Dans ce cas, cette pauvre enfant se retrouverait probablement dans une famille d'accueil ou dans un foyer pour enfants alors que, au contraire, nous pourrions lui offrir le genre de vie dont une petite fille ne pourrait que rêver.

Mon plus gros problème était de persuader Peter que nous pouvions et devions le faire. Je savais qu'il verrait tous les obstacles alors que je ne pouvais voir que le désir de mon cœur. Je devais le convaincre. Je ne livrerais pas la petite fille aux autorités si elle n'avait pas un père qui l'aimait et voulait d'elle. Sinon, pourquoi on ne pourrait pas la garder et lui donner un foyer ?

Mon esprit tourbillonnait de possibilités. J'aurais besoin d'une histoire crédible pour nos voisins, j'aurai du mal à garder longtemps secrète la présence de l'enfant. Isabella Whitlock pourrait être le seul enfant de ma nièce malade et en phase terminale. Nous l'avions accueillie et nous avions promis de nous occuper d'elle et de l'élever comme la nôtre. Oui, cela devrait suffire, cela semblait plausible et comme nous n'avions pas d'amis proches ici, cela ne devrait pas soulever trop de questions. Il y avait pas mal de failles dans mon histoire, beaucoup de problèmes qui pouvaient surgir, mais mon instinct maternel les mit tous de côté, je voulais tellement cette petite fille qui semblait être un don de Dieu lui-même.

Mon petit miracle se réveilla et jeta un regard effrayé autour d'elle avant de me regarder, serrant les couvertures autour d'elle comme si elles étaient un bouclier pour la protéger.

"Où suis-je ?"

"Bonjour, Bella, il n'y a pas de raison d'avoir peur. Tu te souviens de ce qui s'est passé ?"

Elle secoua la tête et se mit à pleurer.

"J'ai mal à la tête. Qui êtes-vous ? Où est ma maman ?"

Je décidai de préparer le terrain tout de suite, je m'assis donc sur le bord du lit et lui tendis les bras.

"Ça va, Bella. Il y a eu un accident, mais j'ai promis à ta maman de veiller sur toi. Je m'appelle Charlotte, j'étais une amie de ta maman. Tu ne te souviens pas de moi ?"

Elle me regarda en fronçant les sourcils, puis secoua la tête.

"Non. Et je ne m'appelle pas Bella. C'est..."

Elle hésita en fronçant les sourcils comme si elle essayait de se souvenir, puis se mit à pleurer.

"Je veux ma maman, où est-elle ?"

"Ta maman a dû partir, mais elle m'a donné toutes tes affaires, regarde."

Je pointai du doigt la valise que j'avais récupérée dans la voiture et qui s'égouttait sur le sol dans un coin et qui n'avait pas encore été ouverte.

"Ah oui. Ta maman a laissé ça aussi, mais j'ai peur qu'il ait été un peu mouillé par la pluie."

Je lui tendis la licorne autrefois blanche avec la crinière arc-en-ciel et la corne dorée que j'avais hâtivement séchée près du feu, sachant qu'il fallait vraiment la laver, mais sans avoir le temps de le faire.

Elle tendit la main et prit le jouet en le serrant contre sa poitrine.

"Maggie."

Puis elle se rallongea, ferma les yeux et, en quelques secondes, sa respiration s'apaisa, et elle se rendormit, manifestement épuisée.

Soulagée qu'elle n'ait pas crié ou essayé de s'enfuir, j'ouvris tranquillement la valise et sortis les vêtements de la femme, les mettant dans un panier à linge vide pour les jeter ensuite. Je descendis les affaires de Bella et les mis dans la machine à laver avant de récupérer les provisions que j'allais chercher au magasin chaque semaine pour préserver les apparences, et je préparai de la soupe aux légumes épaisse qui mijoterait pour que Bella puisse manger plus tard.