Merci à tous ceux qui ont ajouté cette histoire ou mon profil dans leurs favoris. N'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de cette histoire... et à me signaler toute erreur. Même si je suis très méticuleuse, je ne suis pas infaillible, loin de là.

Naoli, merci pour ta review. En effet, Renée est très égoïste, et le reconnait elle-même. Quant à comment ça va tourner avec Charlie, il va malheureusement falloir attendre un peu avant de le savoir...

Bonne lecture.


Chapitre quatre

Peter

Je savais que Charlotte s'inquiétait du fait que je ne m'investissait pas complètement dans ce projet fou. Je suppose que c'est parce que je n'arrêtais pas de lui faire remarquer à quel point l'idée était dingue et foireuse. Bien sûr, je savais que c'était tout ce qu'elle désirait, parce que, bon sang, moi aussi. C'était le seul regret que j'avais d'être devenu un vampire, que nous ne puissions jamais avoir d'enfants, en dépit du fait que j'étais convaincu que tout enfant qui porterait mes gènes serait un aussi gros crétin que moi.

J'essayais juste de lui montrer à quel point l'idée était irréalisable.

"Tu sais qu'elle finira par comprendre qu'on est différents, n'est-ce pas ? C'est facile de maintenir cette façade pendant quelques heures, peut-être même quelques jours, mais des mois ? Des années ? C'est impossible, Charlotte. Et pour la météo ? S'il fait beau, comment expliquer l'apparence de notre peau ? Toi et moi, on ne vieillira pas alors qu'elle grandira, on explique ça comment ?"

Mais je savais qu'elle voyait clair en moi. Putain, même si j'érigeais des barrières sur notre chemin, je cherchais quand même des moyens de les contourner... L'âge ne serait pas un problème comme je le prétendais, après tout, les enfants supposaient naturellement que leurs parents étaient vieux. En grandissant, Bella pourrait même trouver ça sympa d'avoir des parents ayant l'air si jeunes.

Je lui suggérai de déménager jusqu'à ce que nous trouvions un endroit où le soleil ne soit plus un problème et comme Bella avait la peau tellement claire, il ne serait pas si difficile de rester à l'écart du soleil, nous pourrions utiliser sa sensibilité comme excuse.

À sa grande joie, j'avais même modéré mon langage et, alors que les semaines devenaient des mois, la petite fille, que j'avais essayé de tenir éloignée de moi, avait lentement volé mon cœur, tout comme elle l'avait fait avec celui de Charlotte. Bien sûr, j'étais mal à l'aise avec elle au début, je n'avais aucune expérience avec les enfants, surtout avec ceux de son âge. Elle était intelligente, mais j'avais tendance à oublier à quel point elle était jeune et je sais que je la contrariais à chaque fois que je lui demandais de faire des choses qu'elle n'était pas encore capable de faire. Pourtant, même si je merdais parfois, elle me suivait partout, désireuse que nous soyons amis et je compris vite que mon cœur lui appartenait et que nous étions devenus inséparables.

Charlotte m'expliqua qu'elle pensait que Bella avait eu de si mauvaises expériences avec les hommes qu'elle cherchait désespérément une figure paternelle et il apparaissait qu'elle s'était tournée vers moi pour remplir ce rôle. Moi ! Elle comprit finalement que je n'allais pas les abandonner ou les maltraiter, elle ou Char, et elle commença à me faire confiance. Et avec cette confiance vint toute l'affection qu'elle pouvait donner à un père digne d'elle. A cette pensée, je me sentis humble, j'étais digne de son amour.

Charlotte

Elle était avec nous depuis presque un an, quand Bella se souvint que sa mère l'avait toujours appelée Isabella, peut-être à cause du traumatisme de l'accident. Mais à ce moment-là, elle s'était habituée à ce que nous l'appelions Bella et quand nous lui avions suggéré de l'appeler à nouveau Isabella, elle décida qu'elle préférait Bella. Pour une raison que ni Peter ni moi n'avions envie d'approfondir, Bella avait décidé qu'elle ne voulait pas parler de sa mère ou de son ancienne vie. Je pense qu'elle se sentait sincèrement aimée et stable, et ce, peut-être pour la première fois de sa courte vie.

C'était l'enfant la plus gentille, elle nous suivait partout avec Maggie, un jouet qu'elle refusait d'abandonner, et était toujours prête à nous aider. Lorsqu'elle finit par oublier la peur qu'elle avait de Peter, ils devinrent inséparables et cela me réjouit de voir mon mari, dur à cuire, parfois impitoyable, devenir l'homme gentil et attentionné qui avait toujours été là, caché à l'intérieur, attendant que quelque chose le fasse ressortir.

Rien n'était trop beau pour sa petite princesse. Si quelque chose lui faisait envie ou si elle voulait faire quelque chose, il était là, prêt à lui offrir, bien que je fus heureuse de découvrir qu'il comprenait que ce serait mal de la gâter. Elle devait travailler quand elle voulait quelque chose en nous aidant, lui à l'atelier, ou moi à la maison et elle était immanquablement ravie de tout ce qu'elle recevait.

La seule fois où nous avions vu Bella vraiment contrariée, c'était quand nous étions allés visiter une petite propriété avec des écuries. En voyant les chevaux, Peter pensait qu'il serait bien de louer l'endroit un certain temps, nous ne nous sentions pas encore assez en sécurité vis à vis des autorités pour nous installer définitivement. Pendant que je regardais du côté de la maison, il emmena sa petite princesse voir les chevaux qui attendaient d'être transportés vers leur nouvelle maison par le propriétaire actuel.

J'entendis alors un cri perçant et je me précipitai à l'extérieur pour m'assurer que Bella n'avait pas eu d'accident. Mais je la trouvai dans les bras de Peter, accrochée à son cou et tremblant violemment.

"Qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Elle est blessée ?"

Peter secoua la tête et sourit tristement.

"Non. C'est bien ma chance d'avoir la seule petite fille au monde qui a peur des chevaux !"

Je la lui pris des bras et la calmai suffisamment pour qu'elle me parle. Elle me dit qu'ils étaient trop gros, trop féroces et qu'ils sentaient mauvais. Qu'est-ce que je pouvais répondre à ça ? Je lui dis simplement qu'elle changerait peut-être d'avis quand elle serait plus âgée, mais face à son expression, je pensai que c'était peut-être la seule chose sur laquelle père et fille ne seraient jamais d'accord.

Quand nous retournâmes à la voiture, elle demanda même à Peter de mettre Maggie dans le coffre, et, une fois rentrés à la maison, la pauvre vieille licorne fut reléguée dans une boîte dans le grenier et n'en ressortit plus jamais !

Peter

Nous finîmes par lui parler de la mort de sa mère. A l'origine, Charlotte voulait lui dire bien plus tôt, mais j'avais opposé mon veto à cette idée. Elle avait traversé tant de choses et avait besoin de temps pour s'installer dans sa nouvelle vie sans lui rajouter du chagrin. Quand elle eût huit ans, elle nous força la main en nous demandant si sa mère allait revenir la chercher. Je pense que nous nous attendions tous les deux à ce qu'elle prenne très mal la nouvelle, et en effet, elle pleura pendant un moment avant de nous surprendre tous les deux quand elle ajouta.

"Eh bien, je suppose qu'elle pensait que j'étais mieux ici avec vous et elle avait raison. Elle ne s'est jamais souciée de moi comme vous le faites. Elle ne m'a jamais appelée et je vous considère comme ma mère et mon père maintenant."

Ce fut un sacré choc pour nous, un énorme choc, et à partir de ce jour-là, nous n'avions plus jamais regardé en arrière, elle non plus, et nous nous étions vite habitués à nos nouveaux titres.

Elle se méfiait encore beaucoup des autres hommes, mais comme nous n'avions pas beaucoup de visites et que nous avions décidé de lui faire l'école à la maison au moins jusqu'à l'âge du collège, elle n'en rencontra pas beaucoup avant de se sentir assez à l'aise et en sécurité. Ce n'est que lorsque nous avons commencé à lui faire connaître de nouvelles choses qu'elle est entrée en contact avec d'autres hommes. Le pasteur qui dirigeait l'école du dimanche locale, le maître nageur à la piscine, bien qu'à ce moment-là elle savait déjà nager comme un poisson, car je lui avait appris. Cet entraîneur lui apprit à plonger d'une façon que Charlotte trouvait plus sûre que mon approche. J'avais parfois tendance à oublier à quel point j'étais indestructible et ma fille, fragile.

Charlotte

Peter ne perdit jamais sa patience infinie et sa gentillesse avec Bella. Il lui apprit à conduire sur notre propriété alors qu'elle n'avait que dix ans et lui a promis une voiture dès qu'elle serait en âge d'avoir son permis. Il essaya aussi de la persuader d'apprendre à monter à cheval, mais Bella avait toujours peur des chevaux et même si nous l'encouragions, aucun de nous ne put la convaincre de monter à cheval ou même d'en approcher un, même pas un petit poney.

Nous finîmes par déménager au Nebraska, où Bella entra au collège, une étape importante pour elle. Elle était assurément assez intelligente, mais c'était quand même effrayant de fréquenter pour la première fois une école remplie d'autres élèves.

En toute impartialité, je pense, Peter était plus nerveux qu'elle quand il la déposa pour son premier jour. Il passa ensuite la journée à tourner en rond et à me demander si je pensais que tout se passerai bien pour notre fille.

"Je jure devant Dieu que si quelqu'un l'intimide ou se fout d'elle parce qu'elle a été scolarisée à la maison, je lui casserai la gueule."

"Je sais, papa, mais souviens-toi que Bella est intelligente et confiante maintenant, elle peut se débrouiller, tu le lui as appris."

Il sourit, se rappelant comment il avait initié Bella aux arts martiaux, bien que tout ce qu'il en savait, il l'avait appris dans les vieux films de Bruce Lee. Je les observais et ça me faisait sourire, de la voir stupéfaite quand elle le regardait faire tourbillonner les nunchakus. Peter voulait toujours être le meilleur pour sa petite princesse et elle l'idolâtrait. Ça me faisait m'interroger sur ce qui se passerait quand les garçons commenceraient à s'intéresser à elle. Je ne le voyais pas accepter tout simplement qu'elle ait un rendez-vous. Il était plus susceptible d'emmener chaque pauvre garçon qui se présenterait à l'arrière de la grange pour une rapide discussion. Mais il viendrait un jour où, comme tout autre père, il devrait se mordre la langue et regarder sa princesse s'emballer pour l'un d'eux.

Comme je m'y attendais, Bella s'intégra et réussit très bien à l'école. Elle se fit rapidement des amis et s'impliqua dans des activités, même si elle n'était pas aussi athlétique que Peter l'aurait voulu. Elle joua au volley-ball, mais pas très bien et abandonna le golf après seulement un semestre. Elle rejoignit les clubs d'art et de poésie et, un jour, je trouvai mon mari en train de lire un de ses livres de poésie et d'essayer sincèrement de comprendre ce qui lui plaisait. Bella renonça à essayer de lui expliquer et comprit qu'elle avait plus de chance avec l'art. Peter savait dessiner et sculptait le bois, une chose qu'il lui avait transmise, et ils se trouvèrent un autre point commun. J'étais ravie de voir notre fille s'épanouir en une jeune femme sûre d'elle et intelligente.

Le jour de ses quatorze ans, Peter, fidèle à sa parole, lui acheta une petite voiture d'occasion et l'emmena passer son permis d'apprenti conducteur*. Quand il ne pouvait pas l'emmener prendre des leçons parce qu'il était occupé par une commande de sculpture, je le faisait et on s'amusait bien. D'habitude, on s'arrêtait en chemin pour dîner et, de cette façon, j'en apprenais plus sur ses amis et ses cours.

Parfois, je la regardais en lui faisant signe au revoir le matin et je me souvenais de la petite fille malmenée et meurtrie que j'avais sauvée de l'accident. Je me demandais comment aurait été sa vie si l'accident ne s'était jamais produit et qu'elle était restée avec sa mère biologique. De temps en temps, je me sentais coupable des mensonges que je lui avais racontés, mais Bella avait changé nos vies, à Peter et à moi, et j'espérais que nous lui avions donné une vie de famille heureuse et sûre. Je ne supportais pas de penser à notre vie sans elle, et même si je savais qu'un jour elle prendrait son envol, j'espérais juste que ça ne serait pas trop tôt.

Peter

Si quelqu'un m'avait dit il y a dix ans que je serais père d'une collégienne, je lui aurais ri au nez. Moi ? Sois réaliste ! Pourtant, aujourd'hui, je venais chercher ma petite fille au collège après avoir déposé sa voiture au garage pour changer les amortisseurs. C'était de ma faute, j'aurais dû lui en acheter une neuve, mais Charlotte disait que ça la rendrait différente, que les autres parents n'avaient pas les moyens de payer une voiture neuve à leurs enfants et je suppose qu'elle avait raison. Si j'avais eu les coudées franches, j'aurais pourri gâté ma petite princesse, alors c'était bien d'avoir une femme qui avait la tête sur les épaules.

A l'instant où je vis Bella, je sus que quelque chose n'allait pas, elle avait ses épaules affaissées et la tête baissée. Elle marchait toute seule, ce qui était également inhabituel et dès qu'elle monta dans la voiture, je vis qu'elle avait pleuré.

"Quoi de neuf, Princesse ?"

Elle ne voulait pas parler, mais cela ne m'avait jamais arrêté et, finalement, elle me déballa tout. Elle aimait bien ce garçon dans sa classe qui la regardait en souriant. C'était un des sportifs, du genre, le cerveau dans la bite ! Quoi qu'il en soit, il lui avait demandé d'aller en ville avec lui pour le déjeuner et quand elle avait finalement accepté, le petit con lui avait posé un lapin. Elle l'avait attendu vingt minutes, et quand il arriva, il était avec une autre fille. Visiblement, il avait changé d'avis et oublié de lui dire. Je lui proposai d'y retourner et de m'assurer qu'il n'oublierait plus jamais, mais elle me supplia de ne pas le faire. Je détestais voir ma princesse bouleversée par un petit bâtard de bas étage, mais en définitive, même si je le voulais, je ne pouvais pas me battre à sa place.

Le problème, c'est que ce n'était pas la première fois que ça arrivait. L'année dernière, elle craquait sur un garçon qui lui avait demandé d'aller pique-niquer avec sa famille pendant le week-end, un truc organisé par l'entreprise de son père. Elle était vraiment excitée, avait passé du temps à s'habiller et s'était assise à la fenêtre pour attendre. Puis elle avait reçu un coup de fil, il avait rencontré une fille à la maison des jeunes la veille et l'emmenait à sa place. Mais cette fois-ci, je me vengeai de ce petit enculé : j'écrasai son précieux vélo de course dans le parking de l'école puis, pour faire bonne mesure, je fis marche arrière dessus. Bella avait tout vu et savait que ce n'était pas un accident. Et même si Charlotte me passa un sacré savon, je savais que ma petite princesse avait apprécié la revanche. C'était juste dommage d'avoir dû me contenter de son vélo !

Je pense que ce qui nous contrariait le plus, c'est qu'à chaque rejet, Bella perdait un peu de sa confiance retrouvée auprès des garçons. Son enfance n'avait que peu développé sa confiance dans le sexe masculin et ces incidents ne faisaient que renforcer cette opinion négative.

Nous nous arrêtâmes prendre un hamburger, puis chez un client en rentrant à la maison. Il m'avait parlé que sa chatte qui avait une portée de chatons en âge d'être adoptés et Bella nous suppliait régulièrement de la laisser avoir un animal de compagnie. Je décidai qu'un chaton pourrait lui remonter le moral. Je dus affronter Charlotte quand nous rentrâmes avec la petite boule de poils noire, mais putain, voir le sourire de Bella pendant qu'elle le câlinait, valait tous les problèmes que j'eus ensuite avec ma femme.

Elle appela le chaton Sooty et bien que Charlotte ait été loin d'être enchantée de l'avoir dans la maison, je la trouvai rapidement en train de le caresser et de lui donner des soucoupes de lait.

"Tu vois, j'avais raison ou pas ?"

Charlotte se leva et me regarda fixement, je n'étais toujours pas sorti d'affaire !

"Je croyais qu'on s'était mis d'accord pour ne pas avoir d'animaux domestiques, Peter ? Bella ira à l'université dans quelques années, et qu'est-ce qu'on en fera alors?"

"Char, c'est un putain de chaton, pas un tigre du Bengale. Nous avons juste à lui donner à manger, du lait et à le laisser vivre sa vie. Bon dieu, je n'ai pas acheté de putain de chien parce qu'ils sont trop dépendants, lâche-moi un peu !"

Je ne faisais pas gaffe à mes doigts quand je fis ce dernier commentaire, mais j'aurais peut-être dû. Ma femme pouvait être vraiment méchante quand elle était énervée et d'une manière ou d'une autre, j'avais le don de la mettre en colère, jusqu'à en faire un art.

Comme toujours, Bella vint à ma rescousse en voyant que j'étais dans la merde à cause de Sooty. Tout comme moi, Charlotte ne pouvait pas être en colère contre elle très longtemps et nous redevînmes rapidement une famille heureuse. Mais attention, j'étais prévenu : je n'aurai pas seulement les doigts cassés si je refaisais un coup pareil. Message reçu haut et fort. Je n'avais pas besoin qu'une montagne me tombe dessus pour savoir que ça faisait mal !

Après ça, Bella sembla se désintéresser des mecs, ce qui fut un soulagement, du moins pour moi. Je savais que ça ne durerait pas, c'était une fille, et tôt ou tard, elle rencontrerait un mec qu'elle aimerait et qui l'aimerait en retour et puis... Eh bien, on verra le moment venu, mais je ferai en sorte que le prochain gars qui lui ferait du mal, découvre ce qu'était vraiment la douleur.


* C'est assez différent de la conduite accompagnée. En effet, une fois son permis d'élève obtenu, il peut conduire seul si c'est pour aller en cours ou aux activités périscolaires de son école. Pour tous les autres déplacements, il doit être accompagné d'un conducteur de 21 ans au moins. Ce permis ne concerne que les adolescents vivant dans une ville de moins de 5000 habitants ou fréquentant une école qui se trouve dans une ville de moins de 5000 habitants. Si j'ai bien compris, ce type de permis n'existe qu'au Nebraska.