Bonjour à tous,
J'espère que vous vous portez bien. Comment vous occupez-vous? Pour ma part, je m'occupe de faire faire le travail d'école aux enfants et je bricole. Je suis plus douée que mon mari pour ça, du coup, je fais tout ce que je n'ai pas le temps de faire habituellement. Il est d'ailleurs toujours malade. Ça n'est donc probablement pas la grippe que nous avait annoncée le medecin. 11 jours, c'est beaucoup pour une simple grippe... On croise les doigts pour que ça ne s'agrave pas...
Je vous laisse avec le chapitre du jour. Merci encore à ceux et celles qui suivent cette histoire. Bon week-end et à mardi.
Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.
Chapitre Dix-neuf
Jasper
J'avais espéré que l'escalade m'occuperait et, dans une certaine manière, cela m'occupa, surtout quand Emmett fit de cette excursion, une énorme compétition. Qui pourrait arriver le premier au pied de la montagne qu'on avait choisie, qui pourrait arriver le premier à une corniche, qui pourrait attraper le premier un chamois ou accumuler plus de points en trouvant un carnivore à la place. Pour moi, c'était un défi, je n'aimais pas perdre, mais Emmett non plus, et celui qui gagnait le défi du jour prenait une longueur d'avance le lendemain.
Rose avait décidé dès le début de compter les points et d'être notre arbitre. La plupart du temps, elle était obligée de défendre sa notation face à l'un ou l'autre d'entre nous, d'autant plus que le vainqueur battait assez souvent l'autre de moins d'un doigt ou d'un orteil d'avance.
Nous laissâmes nos téléphones portables dans le camion de location derrière le petit hôtel que nous utilisions comme camps de base et nous grimpâmes uniquement avec les vêtements que nous portions, même si nous avions des sacs à dos pour être crédibles si nous rencontrions des grimpeurs humains sur notre chemin. Ça me faisait bizarre de ne pas avoir mon téléphone, c'était un lien constant avec Alice, qui m'appelait ou m'envoyait toujours des SMS si nous étions séparés pendant plus d'une heure, ce qui n'arrivait pas assez souvent. J'avais commencé à avoir l'impression d'être sous surveillance et je devais me rappeler à tout instant que j'étais seul et il ne me fallut pas longtemps pour que le sentiment de liberté totale me frappe.
Je n'avais personne à appeler ou personne qui m'appellerait, du moins personne qui piquerait une crise si je ne répondais pas tout de suite. Ponctuellement, Esmée m'envoyait un message et je parlais à Garrett ou Darius de temps en temps, mais il n'y avait pas d'urgence, ce n'étaient que des appels pour donner des nouvelles.
Il me vint à l'esprit que les jeunes d'aujourd'hui semblaient souvent soudés à leur téléphone, Bella était-elle comme ça ? Me pourchasserait-elle si je disparaissais quelques minutes comme le faisait Alice ? J'étais sûr que non, d'après ce que j'avais vu des compagnons, ils se sentaient suffisamment en sécurité dans leur couple pour que l'absence les rende simplement impatients de se retrouver.
Emmett était parti à la chasse avec Garrett et depuis que je lui avais présenté Darius, un quasi reclus, il était allé à quelques séminaires d'informatique avec lui. Rose ne s'inquiétait pas de ce qu'il faisait et de l'endroit où il se trouvait, elle continuait sa propre vie jusqu'à son retour. Il en était de même pour Carlisle et Esmée. Certes, ils n'étaient pas si souvent séparés, mais il partait de temps en temps pour des week-ends de séminaires ou pour donner des conférences et Esmée poursuivait son travail de décoratrice d'intérieur en sachant qu'il reviendrait bientôt.
Ce serait bien de manquer à nouveau à quelqu'un. Pour l'heure, personne ne le remarquerait si je disparaissais de la surface de la terre, sauf actuellement bien sûr, et c'était une pensée déprimante même si j'avais toujours été un peu solitaire, c'est-à-dire, avant que je sois avec Alice.
Ce sentiment irritant de malaise agaçant était revenu, plus fort que jamais, et je décidai qu'une fois rentré à l'hôtel, je dirai aux autres que je rentrais aux États-Unis. Si ce sentiment persistait, je pourrais même téléphoner discrètement à Charlotte en espérant qu'elle comprendrait et serait capable de me rassurer. Le bon sens me disait que c'était juste parce que je savais que ma compagne était là-bas, trop loin de moi, mais en sécurité et en bonne santé et qu'elle faisait tout ce que les adolescentes faisaient à notre époque. Néanmoins, je n'arrivais pas à m'en débarrasser.
Bella
Je ne savais pas à quoi je m'attendais, mais certainement pas ça. On était si loin de tout. Pecan Island, en Louisiane, était un trou paumé au milieu de nulle part, le shopping et la visite de la ville n'étaient donc pas à l'ordre du jour. C'est à ce moment-là que je me souvins des paroles de Luke un peu plus tôt au sujet de sa communauté qui était coupée du monde extérieur. Qui viendrait jusqu'ici à moins d'y être obligé ?
Luke ne plaisantait pas quand il disait que la communauté fuyait le monde moderne et l'électricité. Je jetai un coup d'œil à Ashley, mais elle souriait et saluait les gens alors que le camping-car entrait dans le périmètre de la communauté, de hautes barrières de bois se fermant après notre passage. Je me demandai pourquoi. Je ne pouvais pas imaginer que quelqu'un pourrait se promener aussi loin de la civilisation et si c'était le cas, où était le problème ? La communauté était bienveillante, elle avait donné de la nourriture et des vêtements aux sans-abri d'Ogallala, alors pourquoi auraient-ils besoin de se fermer au monde extérieur ?
Luke ouvrit la portière et me tendit la main pour m'aider à descendre. Après avoir passé tant de temps assise, j'en étais ravie car nous n'avions pas fait de nouvel arrêt, sauf brièvement pour qu'il envoie la lettre à mes parents. Il y avait des gens qui se déplaçaient sur la place et qui me souriaient, mais personne ne parlait. Ils semblaient déterminés à accomplir leurs corvées.
La place était bordée sur trois côtés par des cabanes en bois brut, certaines de plain-pied, d'autres d'un étage, d'un long bâtiment bas qui devait être une école au son des voix d'enfants qui flottaient par les fenêtres ouvertes, et d'un autre bâtiment que je pris pour un magasin avec toutes ses fenêtres fermées sous le soleil et la chaleur oppressante de l'après-midi.
Luke me prit la main.
"Viens, Bella. Laisse-moi te présenter ma mère et au reste de ma famille."
Je me sentis un peu mal à l'aise lorsqu'il m'éloigna d'Ashley, c'était angoissant de rencontrer des étrangers et c'était quelque chose que je trouvais habituellement assez difficile dans les meilleures conditions. Il ne me conduisit pas à l'une des cabanes, mais à une maison en bois plus grande et plus belle qui se trouvait à côté d'une église avec un clocher.
En haut des marches se tenait une jeune femme qui tenait par la main deux jeunes enfants souriants, aux cheveux blonds et bouclés. Ce devait être la belle-mère de Luke.
Soudain, les deux jeunes enfants se libérèrent et descendirent les marches en courant pour le saluer en l'attrapant par les jambes et en l'embrassant tout en jacassant dans une langue que je ne connaissais pas. Il les souleva tous les deux et les embrassa en leur parlant dans la même langue étrange, puis les déposa en les poussant doucement vers leur mère. En la regardant un peu mieux, je remarquai que même si elle était enceinte, elle n'était pas prête à accoucher, cela ne pouvait donc pas être sa belle-mère.
Alors que nous atteignons la femme, elle s'avança et serra d'abord Luke dans ses bras, puis moi, s'adressant à moi dans le même langage inintelligible.
Luke sourit et se tourna vers moi.
"Laisse-moi traduire, Francis* ne parle que créole, comme les enfants, Moïse et Abigail. Elle te souhaite la bienvenue dans notre communauté et te demande si tu veux entrer et partager le pain avec la famille. C'est un accueil chaleureux, Bella."
Je hochai la tête, souriant un peu gauchement à Francis. Je n'avais pas envisagé que je ne serais peut-être pas capable de communiquer avec les gens d'ici.
"Remercie-la et dis-lui que j'aimerais beaucoup me joindre à sa famille."
"LA famille, Bella. Souviens-toi, nous sommes tous une seule famille, ici."
Je suivis Francis et les enfants à l'intérieur et me retrouvai dans une maison simple mais confortable, équipée de meubles fabriqués à la main, un peu comme ce que papa faisait dans son atelier. Les coussins, les tapis et les couvertures étaient de couleurs vives, et évidemment faits main, et la maison avait l'air accueillante. Dans la cuisine, il y avait une longue table, luisante de propreté et entourée de huit chaises.
Francis me fit signe de m'asseoir et les deux jeunes enfants prirent place en face, me regardant avec une curiosité non dissimulée.
J'entendis des bruits de pas sur le plancher et me retournai pour voir arriver deux jeunes femmes. La première, qui tenait la main d'un jeune garçon, était enceinte et, de toute évidence, la belle-mère de Luke, et me fut présentée comme Margaret,. Tous deux sourirent et prirent place à côté de Luke tandis que Francis s'affairait à déposer un grand nombre de plats couverts au centre de la table.
La nourriture sentait délicieusement bon et je me mis à saliver, mais avant de commencer à manger, elle posa une énorme miche de pain faite maison et un beurrier et se tint, en bout de table, la tête inclinée et les mains jointes. Tout le monde fit de même et je me sentis un peu mal à l'aise car à la maison, nous n'avions pas l'habitude de dire le bénédicité. Je ne compris pas la prière, qui était dite en créole, mais je marmonnai avec les autres et, enfin, le repas commença.
A table, le comportement des enfants était impeccable, ils attendirent patiemment que tout le monde soit servi avant de commencer à manger. Pendant qu'ils mangeaient, les autres bavardaient et j'eus l'impression qu'ils posaient des questions à Luke à mon sujet. Il me traduisit certaines de leurs questions et je souris en essayant de répondre tout en mangeant le plat de viande, de légumes et de riz qu'il m'avait dit être la spécialité de Francis, du Jambalaya. C'était épicé, mais les enfants ne semblaient pas s'en rendre compte et après quelques bouchées, j'en appréciai davantage le goût.
Après le repas, Luke demanda au garçon le plus âgé de m'emmener voir le reste du village parce qu'il avait des affaires à régler. Je fus soulagée de découvrir que Jude, qui avait sept ans, parlait couramment l'anglais, le français et le créole.
"Ma mère m'a appris le créole et le français et mon père l'anglais. Il dit que je suis un garçon très intelligent."
"Il a raison, je ne parle même pas français, bien que je l'aie étudié à l'école. Tu vas à l'école ?"
Je montrai du doigt le bâtiment où je pouvais encore entendre les voix des enfants.
"C'est là que nous allons parfois pour apprendre, mais ce n'est pas vraiment une école. Nous n'avons pas d'enseignants comme vous, mais seulement d'autres membres de la communauté qui nous enseignent ce qu'ils savent faire. Ma mère enseigne le créole parce que la plupart des gens ici connaissent déjà le français et que c'est la langue commune. Marie enseigne les mathématiques et la géographie, le pasteur nous enseigne la bible et les autres nous enseignent la menuiserie, la poterie, la couture, les travaux manuels et la cuisine. Tout ce dont nous avons besoin pour devenir des membres productifs de la communauté."
"Et l'histoire ? Et les sciences ?"
Il secoua la tête.
"Le pasteur dit que la science détruit notre monde et que nous apprenons l'histoire en étudiant la Bible. Tu vas te marier avec Luke ?"
Je fus surprise par la franchise de sa question, mais je me souvins qu'il n'était qu'un enfant.
"Je ne sais pas, peut-être, on n'en a pas encore parlé. Je n'épouserai peut-être personne."
Il s'arrêta de marcher et me fixa comme si je venais de dire une grossièreté, mais avant qu'il ne puisse dire ce qu'il avait en tête, Francis apparut et l'appela.
"Je dois y aller, ma mère va avoir un bébé. On prie tous les soirs pour que ça soit une fille."
Quand il partit en courant, je le regardai fixement, il avait l'air si sérieux. Est-ce que les filles étaient si importantes ici ? En regardant autour de moi, je vis que la plupart des personnes qui vaquaient à leurs occupations étaient de jeunes hommes ou des enfants. Je décidai alors de visiter l'école, comme j'avais décidé de l'appeler, quelque soit le nom qu'avait donné la communauté à ce bâtiment.
Vu le nombre d'adultes que j'avais vus, dont la plupart étaient très jeunes, je fus stupéfaite par le nombre de bébés et d'enfants qui s'y trouvaient. Deux jeunes filles, à peine plus âgées que moi, et trois hommes surveillaient les plus jeunes enfants et s'occupaient des bébés. Les enfants les plus âgés, environ sept, étaient assis en cercle et regardaient un adolescent, qui ne devait pas avoir plus d'une quinzaine d'années, leur montrer comment réparer ce qui ressemblait à un filet de pêche tout en leur expliquant les meilleurs endroits du lac White où les installer.
C'était un soulagement d'entendre parler anglais, j'aurais été très désavantagée si tout le monde ne parlait que le créole, bien que je devinai que je l'aurais bientôt appris si je décidai de rester.
Je restai là un moment, entraînée dans une partie de chat perché avec certains des plus petits. C'était comme avoir des frères et sœurs, même s'il n'y avait en fait qu'une seule petite fille dans le groupe. Ils se déplaçaient avec aisance dans l'immense salle, au milieu des bibliothèques, des étagères, des chaises et des tables, comme si cela constituait tout leur monde, ce qui, je suppose, devait être souvent le cas. Mais une voix féminine les appela alors.
"Venez, les enfants. C'est l'heure de votre leçon de couture."**
Les enfants me dirent rapidement au revoir et s'enfuirent comme un petit essaim d'abeilles. Et j'étais assez satisfaite de moi car je comprenais assez le français pour savoir qu'ils avaient été appelés pour une leçon, de couture, vraisemblablement.
Une nouvelle fois laissée seule, je repartis à la recherche d'Ashley, mais je ne la trouvai nulle part et personne à qui je demandai de l'aide ne put m'aider. Ne sachant pas quoi faire, alors je retournai à l'école et parcourus les bibliothèques. Curieusement, il n'y avait pas de livres de contes pour enfants à part des histoires bibliques, pas de livres d'histoire ou de livres scientifiques, comme Jude me l'avait expliqué, mais beaucoup de livres de géographie bien que la plupart d'entre eux soient limités. C'était comme si la communauté connaissait peu le monde extérieur ou du moins, voulait que ses enfants ignorent le monde à l'extérieur de Pecan Island.
Je finis par trouver un ouvrage très mince, imprimé sur du papier fin et délavé, parlant de l'histoire de Pecan Island et je m'assis à côté d'une fenêtre pour le lire en attendant que Luke ou Jude viennent me chercher. Il n'était pas très long et ce fut une lecture épouvantable, pour autant, et je me demandais si quelqu'un l'ayant déjà lu, n'avait jamais creusé, à la recherche de l'or ou des os blanchis du célèbre pirate. C'est le genre de chose que j'aurais fait quand j'étais enfant. Peut-être qu'une fois que je ferais partie de la communauté, je pourrais emmener quelques enfants à la chasse au trésor. Nous ne trouverions probablement rien, mais ce serait amusant d'essayer, et qui sait... ?
*Francis est aussi un prénom féminin. J'avoue que je ne savais pas !
** En français dans le texte d'origine
