Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.


Chapitre Vingt

Peter

Où se cachait Bella, bordel ? Elle me rendait folle, il fallait que je la retrouve, lui remette les idées en place et l'enferme jusqu'à ce qu'elle soit assez grande pour être responsable d'elle-même, ce qui, à mes yeux, n'arriverait jamais. Ou l'attraper et lui faire un câlin, et lui assurer qu'on l'aimait et lui parler de cette situation stupide.

Je savais que j'avais agi de façon irrationnelle, essayant de maintenir ma fille à l'état de petite fille alors qu'elle luttait pour devenir une femme, mais je n'avais pas pu m'en empêcher. Je ne l'aurais jamais admis devant Charlotte ou qui que ce soit d'autre, mais je détestais l'idée qu'un jour prochain, Bella puisse nous faire ses adieux et partir pour commencer sa vie de femme sans nous.

J'étais celui qui avais dit qu'élever un enfant comme s'il était le nôtre était de la folie, mais quelques jours après avoir accepté, j'avais découvert que la petite fille avait volé mon cœur et je savais que je ferais tout pour la garder en sécurité et la rendre heureuse. Et maintenant, j'en étais là, l'idiot dont le comportement l'avait poussée à prendre la décision de s'enfuir. Si seulement j'avais su à quel point ma peur et ma colère l'avaient affectée. Élever un enfant n'avait certainement pas été aussi facile que je l'avais pensé et plus elle grandissait, plus ça devenait difficile.

Je savais aussi que je m'étais comporté comme un trou du cul vis à vis du Major. Je le connaissais depuis assez longtemps pour savoir que je pouvais lui faire totalement confiance, mais même si je le savais, je ne pouvais m'empêcher de me sentir fâché et contrarié quand je pensais à lui.

Charlotte pensait peut-être que je m'étais fait avoir, que je n'avais rien soupçonné ou remarqué, mais elle me sous-estimait. J'avais bien vu que Bella avait le béguin pour lui, j'étais pas si con que ça. Il me semblait simplement qu'il aurait pu, et aurait dû, mieux gérer ça. Il avait fait souffrir ma petite fille et j'avais eu du mal à le lui pardonner. Et il y avait aussi ce minuscule petit doute. Bella et son amie avaient réussi à disparaître si parfaitement, à tel point qu'un vampire n'avait pas pu les retrouver, comment était-ce possible ? Pouvait-il être impliqué ? Ma tête me disait « non, espèce d'idiot, bien sûr que non », mais mon cœur produisait ce petit murmure, « et s'il l'était ? ». Ça allait me rendre complètement fou si tout ça ne se terminait pas rapidement.

Je scrutai les ténèbres, à l'affût du moindre mouvement ou du moindre signe de présence, mais nous avions traversé la ville à trois reprises et parcouru les routes d'entrée et de sortie de la ville deux fois sans rien trouver.

De retour au parc, les fidèles du pasteur étaient toujours à la recherche de signes indiquant que les filles étaient peut-être là, mais jusqu'à présent, tout ce qu'ils avaient trouvé était un tas de déchets et un chien errant affamé qu'un des gars avait ramené pour le nourrir et soigner une blessure à la patte. S'ils se souciaient autant d'un chien errant, j'étais sûr qu'ils continueraient à chercher ma fille.

"S'il vous plaît, entrez et prenez une boisson chaude. Comme vous pouvez le voir, nous sommes encore en train de chercher et vous devez être terriblement inquiets. Ce sont des moments angoissants pour n'importe quel parent. J'ai prié pour qu'elle revienne saine et sauve, mais il y a tant de mal dans le monde aujourd'hui."

J'allais refuser, mais quelque chose me disait qu'il fallait que je reste dans les petits papiers du pasteur. D'ailleurs, nous étions censés être des humains paniqués qui seraient heureux de recevoir un peu de réconfort et de chaleur pendant quelques minutes, alors j'acceptai et Charlotte et moi entrâmes dans son camping-car pour prendre un café.

"Avez-vous déjà prévenu les autorités ? C'est la première chose que la plupart des parents font, impliquer la police, mais d'après mon expérience, c'est souvent la pire chose à faire."

"Vraiment ? Pourquoi ?"

Il sourit en offrant une tasse de café à Charlotte.

"Les adolescents, en particulier les jeunes filles, sont extrêmement sensibles et faire appel à la police, les éloigne souvent davantage. Ce qu'ils veulent, c'est être rassurés. Le fait de savoir que leurs parents les aiment et veulent comprendre leurs problèmes plutôt que de laisser la police intervenir. D'autant plus qu'après, les autorités pourraient s'impliquer de façon permanente dans la famille. C'est quand même votre fille, vous devriez donc pouvoir prendre vos propres décisions. J'aimerais que nous restions ici plus longtemps pour vous offrir notre soutien, mais j'ai bien peur que notre autorisation de rester dans le parc expire demain et que nous devions poursuivre notre route."

"D'où venez-vous ? Je veux dire, vous rentrez chez vous ?"

Il secoua la tête.

"Ma maison est là où on a besoin de moi, et avec l'état actuel du monde, malheureusement, on a besoin de moi partout. Nous avons prévu plusieurs arrêts, mais cela dépend beaucoup des autorités locales : si nous sommes autorisés à prêcher et à servir les nécessiteux."

Tout cela me mit mal à l'aise. Il semblait comprendre pourquoi nous ne voulions pas faire appel à la police, que nous ne voulions pas avoir à répondre à des questions gênantes.

Après avoir avalé la merde qu'il appelait café, nous le remerciâmes et repartîmes avec l'assurance que s'ils trouvaient quoi que ce soit, il nous appellerait immédiatement.

Maintenant que j'avais fait tout ce qu'un être humain normal aurait fait, je pouvais faire les choses comme je l'entendais.

"Charlotte, essaie encore de le joindre. Je veux juste savoir où il est, putain. Puis on fait le tour du parc jusqu'à ce qu'on trouve comment et où elle est partie et pendant qu'on essaie de trouver une piste, j'appellerai Darius pour qu'il nous aide. Il y a des caméras de surveillance dans le parking, il pourra sûrement y accéder. Si elle est partie en voiture, je veux connaître la marque, la plaque d'immatriculation et le nom du putain de conducteur."

Char eut l'air surprise d'entendre ça, mais s'éloigna tout de suite pour essayer de nouveau de joindre le Major pendant que je sortais mon téléphone pour essayer de parler à Darius. En temps normal, il aurait été plutôt mon dernier recours, lui et moi ne nous étions jamais vraiment entendus. Mais j'étais prêt à ravaler ma fierté si cela pouvait m'apporter l'aide dont j'avais besoin. J'étais aussi inquiet que ça maintenant.

Je fus soulagé lorsqu'il répondit presque immédiatement, car je craignais qu'il puisse rejeter un appel de ma part si mon numéro s'affichait sur son téléphone.

"Je reconnais ce numéro, tu appelles pour qu'on échange à nouveau des insultes Whitlock ? Ou alors pour présenter tes excuses pour la dernière fois ?"

"Même si cela me chagrine, je t'appelle parce que j'ai besoin de ton aide et avant que tu ne dises quoi que ce soit, non, je n'ai pas l'intention de m'excuser pour la dernière fois. T'es toujours un connard arrogant."

"Et tu es toujours un putain de paysan stupide. Alors, de quoi as-tu besoin ?"

Soulagé par sa question, je lui expliquai la situation aussi vite que possible et ce que j'attendais de lui.

Avant qu'il ne réponde, il y eût une courte pause durant laquelle je retins mon souffle, que ferais-je s'il refusait ?

"Que ce soit bien clair. Vous avez enlevé un enfant humain qui se trouvait dans l'épave d'une voiture avec ses parents morts, vous l'avez élevée comme si elle était votre fille et maintenant elle a fugué ? Je ne lui en veux pas, putain. Une fois que j'aurais réalisé avec qui je vivais, j'aurais aussi disparu dans la nature. Comment t'as dit qu'il s'appelait votre patelin ?"

"Ogallala, Nebraska."

"Oga quoi ? Pourquoi t'as choisi un endroit dont je n'ai jamais entendu parler ? On dirait que c'est le trou du cul du monde, même si ça doit très bien te convenir, j'imagine. Donne-moi un moment, je vais voir ce que je peux faire. Les systèmes de vidéosurveillance des petites villes ne sont pas aussi faciles à pirater que ceux des grandes villes. Ils ne sont généralement pas téléchargés directement sur un serveur pour..."

Je l'interrompis avant qu'il ne puisse entrer dans les détails, plus soulagé que je ne pouvais le dire de constater qu'il allait m'aider.

"Tu m'as perdu après le mot « pirater », tu peux le faire ou pas ?"

"Ça dépend."

"De quoi, bordel de merde ?"

"S'ils stockent les images en ligne et sinon, s'il y a un support dans la caméra."

"Combien de temps avant de savoir ? Elle est perdue quelque part dans le noir, et nous savons tous quels prédateurs se cachent, attendant qu'une jeune fille passe par là."

"Vous avez dit qu'elles pourraient être deux ?"

"Oui, Bella et son amie Ashley."

"Envoie-moi des photos, ça accélérera les choses."

"Des photos ? Comment je fais ça, bordel ?"

"Oh, j'oubliais, je parle à un authentique Néandertalien. Demande à Charlotte de le faire. Elle connaît mon numéro."

Quand je me rapprochai d'elle, Charlotte me dit qu'elle n'avait toujours pas eu de chance avec le Major, ce qui attisa à nouveau mes soupçons, mais cette fois, je gardai ma bouche fermée. Inutile de nous disputer, nous avions plus que jamais besoin l'un de l'autre.

Je lui expliquai ce que Darius avait dit et elle trouva quelques photos sur son téléphone prises il y a environ un an quand Ashley était venue avec nous passer une journée à Denver.

"Ça devrait convenir. Je crois qu'on les voit suffisamment bien pour un logiciel de reconnaissance faciale."

"Reco quoi ? Peu importe, envoies-les-lui. Plus vite il les aura, plus vite il pourra commencer à chercher les filles."

Darius

Je ne pouvais m'empêcher d'être un peu amusé par la situation difficile de Peter, je trouvais géniale l'idée que sa fille soit une adolescente rebelle. Cependant, je pouvais entendre l'inquiétude dans sa voix, et je compris que cette fille signifiait beaucoup pour lui, alors je démarrai l'ordinateur et commençai à chercher cet endroit dont je n'avais jamais entendu parler.

Comme je l'avais craint, la ville était si petite qu'elle était technologiquement en retard. Les caméras du parking n'étaient donc pas numériques mais des enregistreurs désuets. J'espérais qu'ils étaient stockés quelque part sous forme numérique, peut-être sur un ordinateur central, pendant quelques semaines. Ils devaient conserver ces informations pendant un certain temps au cas où ils auraient besoin de vérifier les véhicules utilisant cet endroit.

Le piratage des ordinateurs des autorités locales ne fut pas difficile mais comme ils sauvegardaient tout un tas de putains de choses pendant beaucoup plus longtemps que la plupart des administrations, trouver le bon dossier de stockage ne fut pas facile. Qui que soit le responsable, il ne faisait pas assez souvent le tri. Et d'ailleurs, quand il le faisait, il n'était pas très minutieux. Il y avait quantité de données éparpillées un peu partout, mais rien d'assez récent pour être utile, bien sûr. Le mieux que je pouvais faire, était donc de garder un œil dessus en attendant le prochain téléchargement à moins que Peter ne veuille y aller et voler le disque personnellement.

Juste par curiosité, je décidai de faire quelques recherches sur cette fille, en attendant que les photos arrivent. Je pus trouver les reportages sur l'accident et l'identification formelle des corps des deux adultes. A partir de ce moment-là, les autorités savaient qu'un enfant avait disparu, mais n'avaient aucun indice quant à son sort.

En lisant la suite, je découvris que la fille, Isabella, avait un père qui était toujours en vie. Un flic ou plutôt un chef de police d'une petite ville appelée Forks dans l'état de Washington. Peter avait omis de me transmettre cette information. Je me demandais ce que le père penserait s'il découvrait que sa fille était vivante et en bonne santé et qu'elle avait été élevée par un couple de vampires jusqu'à ce qu'ils la perdent récemment.

Dès que je reçus les photos des deux filles, je les mis dans un programme que j'avais développé pour faire des recherches sur Internet à travers tout les États-Unis et trouver des images correspondant aux deux visages. Ce n'était pas infaillible, rien ne l'était jamais, mais si elles avaient été filmées par une caméra de vidéosurveillance numérique, dans une station-service, à une intersection ou n'importe où ailleurs, je le saurais un jour ou l'autre.

Peter semblait croire que les filles avaient quitté la ville avec quelqu'un alors que Charlotte pensait qu'elles étaient plus probablement cachées, quelque part, à proximité. Je n'en savais pas assez sur la situation pour tenter de deviner, mais les adolescents semblaient extrêmement imprévisibles et vulnérables au bon type d'approche de la part d'un prédateur. Tout ce que je pouvais faire, c'était attendre et espérer un résultat avant que quelque chose de grave n'arrive.

Bien sûr, je pouvais rester assis ici et attendre, ce serait assez facile, tout ça n'était pas vraiment mes affaires ni mon problème, mais je m'ennuyais. Je venais de terminer mon dernier projet pour une entreprise de sécurité connue à l'échelle nationale, alors je décidai de mettre la main à la pâte.

Je me rendrai à Ogallala pour voir s'il y avait quelque chose que je pouvais faire pour aider. Je pensais peut-être que Peter Whitlock était un énorme trou du cul, mais j'aimais bien Charlotte et ils étaient les amis du Major, ce qui voulait dire que je ferais le maximum pour les aider.

Je pouvais emmener tout ce dont j'avais besoin et être au Nebraska demain matin, un des avantages de posséder son propre avion privé et une licence de pilote.

Ça serait bon d'être de nouveau dehors, j'avais passé beaucoup trop de temps enfermé dans mon appartement, je le savais, mais il y avait très peu de choses qui m'intéressaient assez pour me faire sortir.

La seule chose qui me ferait tout lâcher, c'était si j'avais une chance de tuer Caius Volturi, l'enculé maléfique qui avait assassiné ma Sara, et pour lui, j'irais jusqu'au bout de la terre et au-delà.

J'avais attendu des siècles qu'il sorte des murs sécurisés de la citadelle des Volturi à Volterra et j'en attendrais mille autres si nécessaire, mais un jour, lui et moi allions nous rencontrer en tête à tête et un seul de nous repartirait en vie.