Bonjour,

Juste un petit mot pour remercier tous ceux qui suivent et reviewent cette histoire.

Bon week-end et à mardi.


Cette histoire est une traduction de « A Tangled Web », écrite par airedalegirl1, dont vous trouverez le lien sur mon profil.


Chapitre 21

Jasper

Dès que je récupérai mon téléphone, je vis que j'avais manqué douze appels de Charlotte et je fronçai les sourcils. Je n'avais plus entendu parler d'elle ou de Peter depuis mon départ après le fiasco à la fête de Bella, alors pourquoi voudrait-elle si désespérément entrer en contact ? Quelque chose était-il arrivé à Peter ? Pensait-elle vraiment que je m'en soucierais après ce qu'il avait dit ?

"Ça va, Jazz ?"

Je me retournai, quittant ma rêverie pour m'apercevoir que Rose me regardait avec inquiétude.

"Je ne sais pas. Charlotte a essayé de me contacter. Il y a douze appels en absence venant d'elle, mais aucun message."

Elle fronça les sourcils.

"C'est étrange. Je croyais qu'ils avaient coupé les ponts avec toi pour l'instant ? Ça ne peut pas être si urgent que ça, sinon elle t'aurait laissé un message, n'est-ce pas ?"

Je haussai les épaules.

"J'imagine..."

Je fixai mon téléphone, sentant un malaise gonfler en moi.

"Je suppose que je ferais mieux de la contacter et de découvrir ce qui se passe."

Elle sourit et hocha la tête lorsque je sortis sur le petit balcon qui reliait nos deux chambres.

Je suppose qu'elle pensait que ce serait une bonne occasion pour moi de prendre des nouvelles de Bella sans être le premier à prendre contact.

Charlotte répondit immédiatement et d'après le ton de sa voix, je pouvais dire qu'elle était vraiment bouleversée. Elle se mit à parler si vite que j'eus du mal à la suivre.

"Whoa, Charlotte. Qu'est-ce qu'il y a ? Peter a des ennuis ? Si c'est le cas, j'espère que ce n'est rien de bien méchant."

Je ne lui avais toujours pas pardonné son attitude envers moi et je me demandai soudain pourquoi j'avais pris la peine de la rappeler.

"Ce n'est pas Peter, il va bien. Enfin, il ne va pas bien, mais il n'a pas d'ennuis. Major, où es-tu ?"

"Pardon ?"

"Où es-tu en ce moment ?"

Je ne m'attendais pas à cette question et il me fallut une seconde pour me ressaisir.

"Je... Je suis en France avec Rose et Emmett, pourquoi ? Qu'est-ce qu'il se passe, Char ?"

"Juste une minute."

Je l'entendis hurler sur Peter. Et ses appels prirent soudainement un sens. Peter avait supposé que j'étais impliqué dans quelque chose, quelque chose qui les avait inquiétés, Charlotte et lui.

"Tu vois ? Le Major est en France. Je t'avais dit qu'il n'était pas impliqué."

Quand elle reprit la communication, j'étais prêt, et j'avais quelques questions.

"Impliqué dans quoi, Charlotte ? Qu'est-ce qui se passe, bordel ? Qu'est-ce que ce connard me reproche cette fois ? Le réchauffement climatique ? Ebola ?"

La voix de Charlotte était plus calme maintenant, mais il s'y trouvait encore une pointe de panique.

"Ce n'est pas ça, il ne pensait pas vraiment que tu étais impliqué. Je lui ai dit que tu ne l'était pas. Il n'a pas les idées claires en ce moment."

"Les a-t-il déjà eues ? Et dans quoi suis-je censé être impliqué ? Allez Char, réponds à mes questions."

"Major, écoute. Bella a fait une fugue après une dispute avec Peter. Ça fait plus de quatre jours qu'elle est partie et nous sommes très inquiets, nous ne la trouvons nulle part. Peter a déjà contacté Darius pour qu'il nous aide. Nous nous demandions juste si tu pouvais avoir une idée d'où..."

Et soudain, tout fut clair comme de l'eau de roche et je sentis la fureur et la panique, lutter en moi pour prendre le dessus.

"Non, Char, je n'en sais rien. Pourquoi le saurais-je ?"

"Je sais, je suis désolée, je suppose..."

Je lui coupai la parole.

"Je suis en route et tu peux prévenir Peter que s'il ouvre la bouche ne serait-ce qu'une fois, je lui enfoncerai mon poing dans la gorge et je l'étranglerai avec sa propre putain de langue."

Rose arriva en courant après avoir entendu la conversation, suivie de près par un Emmett tout aussi inquiet,

"J'organise notre départ, dis-moi juste où on va, Jazz."

Je fronçai les sourcils en la regardant, "Nous ?"

Elle eut l'air décontenancée.

"Eh bien, oui, tu ne penses quand même pas qu'on te laisserait y aller seul, n'est-ce pas ? Nous pouvons t'aider."

Je hochai la tête, trop inquiet pour penser de façon cohérente. En me maudissant intérieurement, je me fustigeai. J'aurais dû savoir que ce sentiment étrange signifiait des ennuis à venir, mais j'avais choisi de l'ignorer et maintenant Bella avait disparu. L'inquiétude de Charlotte et Peter ne fit qu'empirer les choses, ils auraient dû pouvoir la retrouver assez facilement. Et s'ils n'y arrivaient pas, alors la question qui se posait était : pourquoi ?

Bella

Luke était très occupé entre son père pas encore rentré, et sa mère, alitée après l'accouchement, alors je m'étais amusée avec les enfants plus jeunes jusqu'à ce qu'il vienne me chercher.

Quand il arriva, il fut très gentil et attentif, s'excusant de sa longue absence en passant affectueusement un bras autour de mes épaules.

"Je me demandais si tu étais prête à voir ta chambre, c'est assez petit, mais j'ai peur qu'avec un nouveau-né, la maison soit plutôt bondée. J'ai expliqué à Francis que tu n'avais pas pris grand-chose avec toi et elle a déposé quelques affaires pour toi dans ta chambre, mais n'hésite pas à demander si tu as besoin de quoi que ce soit. J'ai peur d'être un peu occupé pendant quelques jours, il y a des choses dont je dois m'occuper tant que mon père sera absent, mais je suis sûr que tout le monde te réservera un bon accueil et te fera visiter les lieux."

Ma chambre était petite, au dernier étage de la maison, mais elle donnait sur le village, je pourrais donc observer ce qu'il s'y passait quand il ferait trop chaud et trop humide pour m'aventurer dehors, ce qui fut le cas presque tout le temps pendant les quatre jours suivants. Personne d'autre ne semblait remarquer à quel point l'air était oppressant. Ils s'asseyaient dehors pour tisser des paniers, coudre et faire de la poterie. Je fus intriguée par la vue de plusieurs des enfants plus âgés qui étaient conduits hors du village par un des adultes et qui portaient tous de lourds paniers sur leurs épaules. Ma curiosité piquée, je décidai de les suivre la prochaine fois que je les verrais partir.

Je n'étais pas sûr d'être la bienvenue ou d'y être autorisée, il y avait quelques endroits que j'avais trouvés fermés à clé et la porte d'entrée du village était surveillée quand elle n'était pas gardée. Mais le jeune homme, Levi, qui était chargé d'emmener un petit groupe d'enfants avec les paniers, accueillit favorablement ma présence.

Alors que nous passions la porte et que nous tournions à gauche le long de la balustrade pour emprunter une petite piste visiblement très fréquentée, je lui demandai ce qu'ils transportaient.

Heureusement, Levi connaissait un peu l'anglais et nous nous débrouillâmes avec ça, mon français limité et quelques signes.

"Du fourrage pour les animaux de la ferme."

"Ah, OK."

Je n'avais pas réfléchi à l'origine de la viande présente dans les repas que j'avais pris.

"C'est grand ?"

Il haussa les épaules.

"Assez grand. Nous avons des poules, des chèvres, des cochons et des lapins, mais nous complétons tout ça par des parties de chasse et des campagnes de pêche. La région regorge de possibilités, comme la loutre, le cerf, le vison, le renard, le castor et le tatou, pour n'en nommer que quelques-uns. Et bien sûr, le poisson qu'on attrape."

Je commençais à regretter d'avoir posé la question, la pensée que j'aurais pu manger du renard ou de la loutre me donna la nausée.

Plus tard, je regrettai carrément de les avoir suivis. Je suppose qu'il ne m'était pas non plus venu à l'esprit que pour utiliser la viande, les animaux devaient d'abord être tués. C'est ça de n'avoir mangé, chaque jour, que des steaks préemballés provenant du supermarché!

Par contre, les enfants ne détournèrent pas les yeux, pour eux, c'était normal et naturel. J'étais l'intruse dans ce groupe.

Je commençai à comprendre que la communauté était quasiment autosuffisante. Ils cultivaient leurs propres légumes, préparaient leur propre viande, pêchaient, fournissaient du lait de chèvres aux enfants, fabriquaient du fromage et du beurre et collectaient les œufs des poules. Ils fabriquaient leurs propres poteries et je vis même des gens tisser des étoffes et fabriquer des tapis de chiffons. C'était comme remonter dans le temps, mais il avait aussi ses avantages. Tout le monde semblait avoir le temps de faire une pause pour discuter, pour expliquer ce qu'il faisait, et même pour plaisanter. C'était une communauté qui semblait laborieuse, mais satisfaite.

La semaine suivante s'écoula rapidement et je commençai à me détendre en compagnie des membres de la communauté qui étaient tous si amicaux, même si je ne comprenais pas grand-chose à ce qu'ils disaient. J'appris rapidement quelques mots de créole qui comprenait beaucoup de français, mais je ne pouvais pas avoir de conversation avec quelqu'un d'autre que Luke, Jude, qui était devenu mon ombre, Timothy, et Ashley, même si je ne la voyais pas beaucoup. J'aurais besoin de parler beaucoup plus souvent pour suivre le bavardage rapide qui m'entourait.

Quand je demandai à voir Ash, Luke m'informa qu'elle était prête à prendre sa place en tant que membre à part entière de la communauté sous le parrainage de Timothy.

"Elle sera occupée pour les deux prochaines semaines à apprendre nos croyances et à se préparer pour la cérémonie d'accueil."

"Qu'est-ce que c'est ?"

"Nous accueillons toujours ceux qui entrent dans notre communauté pour en faire partie intégrante. Je sais qu'elle avait une vie très malheureuse avant de venir ici et qu'elle pense qu'elle peut tout changer en entrant dans notre communauté. Je crois qu'elle et Timothy parlent aussi de se marier. Ils se sont beaucoup rapprochés avant même qu'elle ne décide de venir ici, ce qui mène à un engagement de vie à nos yeux."

Donc, j'avais raison, ils couchaient ensemble, et Luke avait l'air de désapprouver.

"Alors, Ash va épouser Timothy ?"

Il sourit.

"Il semblerait que oui. Je lui parlerai pour que tu passes plus de temps avec ton amie. Je suis sûr qu'on peut trouver une solution.

"Merci, Luke. J'aimerais la voir. Je me sens parfois un peu seule."

Il sourit et pris mes mains dans les siennes,

"Je suis désolé. Je t'ai négligée, Bella. Je me rattraperai et je demanderai à Jude de t'apprendre le créole. Tu pourrais aussi continuer à aller avec les enfants, ils ont l'air de t'apprécier et je sais qu'avec tant de femmes enceintes ou allaitantes, Saul serait reconnaissant de ton aide."

Je hochai la tête, me sentant soudain très ingrate. Il était évident qu'avec l'absence prolongée de son père, Luke était très occupé, les autres semblaient tous se tourner vers lui pour prendre des décisions."

"Ce serait parfait, merci."

Il m'observa plus sérieusement.

"Tu es heureuse ici, n'est-ce pas, Bella ? Ton bonheur est important pour moi. Je veux vraiment que tu te sentes chez toi. Que tu t'installes ici comme ton amie le fait, peut-être même que tu pourrais tomber amoureuse de moi."

Quand il leva ma main et l'embrassa, je rougis, mais, même si je me sentais désirée et aimée, je fus heureuse de retourner à l'école quand il fut appelé quelques minutes plus tard.

Voulait-il qu'on se marie comme Ashley et Timothy ? Je n'étais pas sûre de le vouloir, je n'étais qu'une adolescente, après tout, avec toute ma vie devant moi. En plus... Quelque chose m'empêchait de devenir trop proche de Luke. Une sensation de malaise, comme s'il y avait quelqu'un d'autre. C'était quand même dingue, comment serait-ce possible ?

Je pris mon goûter de l'après-midi avec les enfants pour la première fois, dans une autre des cabanes qui ne possédait qu'une seule grande salle avec des tables et des chaises. Évidemment, ce n'était qu'un réfectoire, bien que la plupart des autres bâtiments semblaient être polyvalents.

Assise avec Jude, qui semblait ravi de pouvoir m'apprendre le créole, je lui demandai où dormaient les enfants. Les cabanes que j'avais vues semblaient toutes trop petites pour des familles qui avaient chacune plusieurs enfants, sans parler des bébés et des tout-petits de moins de dix-huit mois.

"Ils dorment ici."

Je regardai autour de moi, perplexe, "Ici ?"

Il rit de ma confusion évidente.

"Pas par terre, Bella. Les chaises s'empilent et les tables deviennent des lits superposés."

"Oh, je vois. Mais pourquoi ne vivent-ils pas avec leurs parents ?"

Il me regarda, apparemment intrigué par ma question.

"Tous les adultes ici sont nos parents, Bella. La plupart des femmes, nos mères, sont occupées avec les bébés, alors tout le monde s'occupe des enfants. J'habite ici aussi. Je resterai ici jusqu'à ce que je trouve une femme. Ensuite, la communauté m'aidera à nous construire une cabane et quand nous aurons des enfants, ils resteront avec nous jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de place. Alors, ils emménageront ici avec leurs frères et sœurs."

Je hochai la tête, ne sachant pas si cette façon d'élever les enfants était meilleure que celle à laquelle j'étais habituée. Si j'étais née dans cette communauté, je n'aurais pas subi les différents petits amis de ma mère ainsi que son mode de vie nomade. Comme Jude, j'aurais eu une vie stable et j'aurais pu avoir des racines quelque part.

Je rejoignis les enfants pour les aider durant leur cours d'écriture. Chaque enfant apprenais à écrire en copiant des passages de la Bible, puis, ils en expliquaient la signification après en avoir parlé entre eux. Ils étaient très sérieux pendant les cours, même pendant les cours pratiques. Ce n'est qu'après la fin des cours que je reconnus en eux celle que j'étais enfant.

Luke me rejoignit plus tard dans l'après-midi et me dit qu'il avait parlé à Timothy.

"Nous les rejoindrons Ashley et lui plus tard pour le dîner, mais il y a quelque chose que je veux que tu voies. Viens."

Il me guida à travers la maison vers l'étage pour voir sa mère et son nouveau-né, une petite fille appelée Sheena, ce qui voulait dire « don de Dieu » d'après lui. Sa mère semblait fatiguée, mais elle était très fière de sa petite fille et j'eus le droit de tenir le bébé pendant quelques minutes. Les bébés n'avaient jamais vraiment été mon truc, mais c'était une petite chose fragile et mignonne qui m'attrapa le doigt alors que je caressais sa douce joue duveteuse.

"Elle est magnifique."

"Oui, c'est vrai. Une des nombreuses jolies petites filles qui naîtront dans la communauté cette année. Si Dieu le veut."

Les filles semblaient très importantes pour tout le monde ici, les quelques enfants de sexe féminin étaient constamment surveillées et les deux petites filles que j'avais rencontrées étaient traitées comme des petites princesses. La communauté espérait peut-être qu'elles grandiraient et resteraient pour épouser les hommes qui étaient plus nombreux qu'elles pour l'instant. En tant que femme, je me sentais très spéciale, depuis mon arrivée, tous les hommes d'ici étaient très respectueux et gentils. Si je n'avais pas été aussi bien informée, j'aurais dit qu'ils rivalisaient pour attirer mon attention, ce qui me plaisait bien. Je suppose que j'avais cette impression parce que je ne voyais pas beaucoup de filles ou de femmes et que celles que je croisais étaient soit occupées à enseigner, soit avec les bébés, soit enceintes ce qui était plutôt normal dans une communauté aussi jeune.

Il me vint à l'esprit que les mères n'étaient pas beaucoup plus âgées que moi, à l'exception de Francis et de quelques autres. Je ne m'imaginais pas encore devenir mère, j'étais encore une enfant à bien des égards, même si je ne l'admettrais jamais à haute voix. Que faisaient tous ces jeunes hommes célibataires ? Ils ne semblaient pas disparaître en ville pour se trouver des petites amies, s'il y avait une ville à proximité. En fait, ils passaient beaucoup de temps avec les femmes mariées, qu'ils considéraient, je suppose, comme des " sœurs ".

Ce qui était étrange, c'est que même si je vivais dans la maison principale, je ne voyais aucun des autres adultes qui y vivaient à part Francis. Pas même la mère de Luke ou Sheena depuis sa naissance. C'était comme si j'étais un peu mise à l'écart d'eux, ce qui était le cas, je suppose. Je n'avais pas officiellement rejoint la communauté et je n'avais pas été acceptée... pas encore.