Auteur : Tigrou19

Série : Fullmetal Alchemist (manga et anime Brotherhood.)

Titre : Let it out (tiré de l'OST de l'anime Brotherhood parce vraiment, après avoir cherché la traduction des paroles sur le net, je me suis dit que ça collait incroyablement bien à Roy et Riza…)

Rating : T.

Disclaimer : Fullmetal Alchemist ainsi que l'anime Brotherhood ne m'appartiennent en rien. Tout est la propriété de son mangaka, Hiromu Arakawa, et des studios d'animation Bones. Je ne gagne pas d'argent avec ce que j'écris.

Note : Introduction de Riza et Berthold Hawkeye, cette semaine. Le chapitre est beaucoup plus long que les deux précédents parce que je ne voulais pas le couper au milieu ; je voulais vraiment découper cette fic en parties significatives. C'est une des parties qui m'importent le plus, donc j'espère sincèrement qu'elle vous plaira.

Bonne lecture !

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xXx Let It Out xXx

xXx Partie 3 : L'Apprentissage xXx


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Le voyage jusqu'à Reole dure une éternité. Pendant le trajet, Roy lit les lettres que ses sœurs lui ont écrites : Maya, Lizzy, Tamy et Kate ont toutes tenu à lui laisser un mot dans son sac, et Kaïly lui a même cuisiné un petit quelque chose. L'adolescent regarde les petits morceaux de papier dont elles se sont servies afin de lui écrire et bêtement, il se sent à la fois ému et attristé de les avoir quittées. Il a passé presque dix ans à leurs côtés et n'en a jamais été séparé plus de deux jours alors l'idée d'être à l'autre bout du pays le désole légèrement et il soupire. Malgré tout, il se redonne un peu de peps en songeant à tout ce qui l'attend à Reole, et son cœur lourd s'allège un tout petit peu.

Les premiers pas qu'il réalise sur le quai de la gare sont passablement engourdis par le trajet mais l'adolescent ne se laisse pas abattre. Il sait qu'il a encore six kilomètres à parcourir avant d'arriver au domicile de Berthold Hawkeye, aussi ne perd-il pas de temps et décide de se mettre en route immédiatement.

Trainant sa grosse valise derrière lui, Roy ne fait pas attention à ce qui l'entoure et suit les indications des habitants de la ville. Bientôt, il sort de l'enceinte de Reole et se retrouve à suivre un petit chemin de terre s'enfonçant dans une forêt dense. Autour de lui, la nuit reprend peu à peu ses droits et lorsqu'il distingue enfin la silhouette de la demeure tant recherchée, un sourire fatigué nait sur ses lèvres.

Finalement, l'adolescent gravit les marches du porche de Berthold Hawkeye. Son cœur accélère le mouvement dans sa poitrine et Roy sent confusément ses mains devenir moites mais son envie d'apprendre est telle qu'il se ressaisit en l'espace de quelques secondes, puis frappe à la porte de bois. Aucune réponse ne lui parvient. Le jeune garçon réitère son geste, encore et encore, sentant de plus en plus un certain désappointement l'envahir : les habitants lui ont pourtant assuré que Maître Hawkeye ne quittait jamais sa demeure et qu'il serait très certainement reçu s'il se rendait chez lui.

Ne sachant pas vraiment quoi faire et se voyant mal entrer par effraction dans la maison, Roy soupire, las. Après s'être gratté pensivement la tête, il se retourne et amorce un geste pour récupérer la poignée de sa valise mais s'arrête immédiatement lorsqu'il remarque que quelqu'un d'autre se trouve dans l'enceinte de la propriété.

Là, devant lui, se dresse un autre adolescent. A vu d'œil, Roy estime qu'il doit avoir deux ou trois ans de moins que lui. La silhouette fine, des cheveux blonds coupés courts, une frange tombant sur des yeux dorés interrogateurs, et une voix légèrement fluette font partie du tableau que le fils Mustang dresse rapidement de l'inconnu. Il n'arrive pas à déterminer s'il s'agit là d'un garçon ou d'une fille mais cette dernière équation est résolue lorsque qu'elle finit par se présenter.

Roy aura quinze ans dans deux mois et vient de rencontrer Riza Hawkeye pour la première fois.

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Berthold Hawkeye est un homme dur et très renfermé sur lui-même. Il passe le plus clair de son temps dans son bureau, à l'étage de la maison, et il n'accorde qu'une attention minime à son apprenti chaque jour. Les journées de Roy suivent le même rythme et s'alignent en général sur celui de Riza, afin de ne pas avoir à lui fournir un surplus de travail.

La jeune fille reste distante avec lui, faisant attention à ne pas avoir de contacts trop prolongés ou de discussions non nécessaires. Elle répond fréquemment à ses questions par monosyllabes et le laisse seul la plupart du temps afin de le laisser se concentrer sur l'Alchimie et son étude.

Maître Hawkeye lui inculque son savoir à petites doses et est réticent à répondre à ses interrogations, le laissant effectuer ses recherches seul. Ensuite, Roy vient lui en exposer le fruit, incertain, et le vieil homme se contente de hocher la tête. Se faisant, l'adolescent développe inconsciemment une méthode de réflexion et un esprit cartésien assez poussés. Ses travaux sur l'Alchimie progressent de plus en plus vite et, bientôt, il n'est plus obligé de s'y consacrer du matin au soir et peut s'octroyer des moments de répit, notamment lorsque son Maître doit s'absenter.

Il met ces moments à profit afin de tenter de se rapprocher de Riza – ou mademoiselle Hawkeye, comme il l'appelle – mais se fait gentiment renvoyer à ses études à chaque fois. La jeune fille ne semble pourtant pas farouche et son attitude rend Roy de plus en plus curieux. Un jour, il lui pose la question fatidique mais n'obtient qu'un haussement d'épaules pour réponse. L'apprenti est sur le point de retenter sa chance lorsqu'il est coupé par la voix dure de son Maître qui siffle qu'il n'a pas besoin de s'intéresser à sa fille pour devenir Alchimiste. A son timbre, Roy comprend tout de suite que Berthold Hawkeye lui défend de s'en approcher et un coup d'œil incisif de son père à Riza suffit pour la faire quitter la cuisine, tête baissée, où ils sont installés.

Dans les jours qui suivent, le Maître ne lui accorde aucune attention et mademoiselle Hawkeye, à laquelle il se refuse de penser comme étant simplement Riza, devient une ombre dans sa propre maison.

Roy a atteint la moitié de sa seizième année et comprend peu à peu l'Enfer dans lequel la jeune fille vit depuis maintenant trop longtemps.

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Malgré l'interdiction explicite de son Maître, Roy sent une curiosité naturelle se développer chez lui au fil des jours. Lorsque son père et lui sont employés à étudier l'Alchimie, dans la journée, à quoi mademoiselle Hawkeye peut-elle donc bien s'occuper ? En définitive, il ne sait rien d'elle. Il ne sait pas si elle est scolarisée, si elle apprend elle aussi à se servir de l'Art, si elle travaille en ville.

Par contre, il sait qu'elle peut tenir une maison et qu'elle cuisine relativement bien pour quelqu'un de son âge. La liste s'agrandit un jour d'Avril, peu avant son anniversaire. Son Maître étant absent pour la semaine, Roy décide de mettre de côté son enseignement pendant cette période et part à la recherche de mademoiselle Hawkeye. Il échoue à la trouver dans la demeure et part donc explorer l'immense terrain qui se dessine derrière.

La jeune fille pourrait être n'importe où mais l'oreille du jeune homme est soudainement attirée par un bruit sourd et il se met à en suivre l'origine. Il marche pendant dix autres minutes, pendant lesquelles le bruit se répète quatre fois, avant d'apercevoir la forme fine de la jeune fille. Il ignore pourquoi mais il est surpris de la trouver les mains agrippées à un fusil. En face d'elle, à une bonne distance et alignées sur une clôture qui a pour sur connu des jours meilleurs, se trouvent des boites de conserve et des bouteilles en verre. Tour à tour, mademoiselle Hawkeye les réduit en morceaux ou leur offre un fabuleux vol plané et plus elle réussit ses coups, plus Roy est impressionné.

Finalement, la fille de son Maître s'arrête, puis remet la sécurité sur le fusil avant de le poser doucement à terre. Elle laisse les cadavres de ses cibles là où ils reposent et se retourne, manifestement dans l'optique de rentrer à la maison. L'étonnement se peint sur son joli visage lorsque ses yeux dorés se posent sur Roy, et l'adolescent se sent alors très stupide de ne pas savoir quoi dire lorsqu'il réalise subitement qu'il vient de penser qu'elle est belle.

Une rougeur s'installe sur ses joues et il se détourne en baragouinant quelques mots du bout des lèvres. Ses sœurs lui ont souvent répété, depuis qu'il est entré dans l'adolescence, qu'il est mignon et il a toujours pris ça pour des taquineries familiales. Plus il a grandi et plus certaines habitantes de Central l'ont complimenté grâce à son physique avenant, le gratifiant çà et là de mots comme « charmant » ou « séduisant » mais jusque-là, il n'y a aucunement fait attention. Il ne s'est jamais intéressé aux filles, non plus, et mademoiselle Hawkeye est la première à avoir éveillé en lui ce petit quelque chose, à avoir titillé sa curiosité à ce point.

Le retour se passe dans un calme relativement gêné. L'apprenti fourre ses mains dans ses poches, ne sachant pas vraiment quoi en faire, et garde sa bouche hermétiquement fermée, ne faisant pas confiance à sa voix. La fille de son Maître le suit, tout aussi muette, et bientôt ils arrivent à bon port. Mademoiselle Hawkeye s'éclipse à l'étage et Roy l'entend s'afférer au niveau du grenier tandis qu'il prend la direction de la cuisine. Lorsqu'elle redescend, elle lui dit qu'il ne doit jamais parler de ce qu'il a vu dans le champ à son père, que c'est un secret qu'elle ne souhaite pas lui dévoiler. Elle lui dit également que c'est quelque chose d'important pour elle, que ça lui permet d'évacuer tout le stress qu'elle accumule. L'adolescent hoche sévèrement la tête, promet solennellement de ne rien révéler à son Maître, et ajoute qu'il aimerait beaucoup apprendre à la connaître.

Un sourire triste ourle alors les lèvres de Riza et elle fixe le vide. Son père est totalement contre l'idée et c'est pourquoi elle l'évite au maximum mais après tout, dit-elle, ce que le vieil homme ne sait pas ne peut pas lui faire de mal. En conséquence, l'atmosphère s'allège significativement jusqu'au retour de Berthold Hawkeye et les deux jeunes gens discutent librement.

Roy vient de fêter seul son seizième anniversaire et sa vie au domicile de son Maître vient de devenir beaucoup plus facile à supporter, étrangement.

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La maîtrise de l'Alchimie de Roy devient de moins en moins mauvaise. Il peut désormais transmuter tout ce qu'il veut ou presque et son Maître l'envoie donc réaliser quelques corvées au dehors ou à Reole.

L'apprenti a commencé par faire de menues réparations chez quelques-uns des commerçants puis a réalisé deux ou trois édifices pour le compte de particuliers. A présent, il se retrouve le plus souvent dans la propriété des Hawkeye, remontant çà et là une ou deux planches de la clôture ou refixant quelques ardoises sur le toit de la maison ou de l'auvent où est stocké le bois de cheminée.

Les absences de son Maître se font de plus en plus fréquentes au fur et à mesure que l'année s'écoule et son amitié avec mademoiselle Hawkeye fleurit elle aussi. Il apprend au détour d'une conversation, alors qu'ils rentrent dîner après une séance de tir particulièrement réussie, qu'elle a vu le jour à même le sol de son salon un matin d'Octobre et Roy enregistre l'information avec l'idée de lui offrir quelque chose.

Il pose des questions de temps à autres et sourit lorsque la jeune fille évoque sa petite enfance. La discussion se termine un peu abruptement lorsque l'apprenti ose évoquer sa mère, dont il n'a jamais entendu parler. Riza accélère le pas en lui apprenant qu'elle est décédée lorsqu'elle avait cinq ans et Roy se mord l'intérieur de la joue, se sentant coupable d'avoir posé la question. Suite à ça, ils marchent tous les deux en silence et mangent en faisant face à la cheminée, le regard dans le vide.

Cet état ne dure pas, cependant. Le lendemain matin, lorsque l'adolescent descend prendre son petit déjeuner, il retrouve la mademoiselle Hawkeye souriante qu'il a appris à découvrir. En son for intérieur, il ne sait pas vraiment si c'est une bonne chose : après tout, il a également perdu ses parents et sait parfaitement ce qu'elle ressent. Une compréhension mutuelle semble s'installer lorsqu'il lui confie partager sa peine et un faible sourire ourle les lèvres de la jeune fille, dont le regard semble las, fatigué.

Cet après-midi-là, ils retournent tous les deux au champ de tir et, pour la première fois, l'apprenti alchimiste utilise un fusil. Mademoiselle Hawkeye se place derrière lui pour lui montrer la position adéquate puis lui donne deux ou trois conseils et l'adolescent finit pas tirer, incertain, sûr de rater sa cible. Pourtant, la bouteille en verre visée vole en éclats et il est fier de lui. A ses côtés, Riza sourit, applaudit, éclate de rire, dévoilant une adorable fossette, et il sent quelque chose remuer dans sa poitrine.

Roy aura dix-sept ans dans neuf mois et, pour la première fois de sa vie, il ressent une attirance pour une fille qui n'est pas encore une femme mais n'est plus une enfant depuis longtemps.

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L'été touche à sa fin et la troisième année d'apprentissage du jeune Mustang commence. Ses connaissances sur l'Alchimie sont nettement plus affinées que quand il a débarqué à Reole et il écrit à Mam et ses sœurs pour leur faire part de ses nombreux progrès et les renseigner sur sa vie chez les Hawkeye.

Riza l'accompagne jusqu'au bureau de poste le plus proche, qu'il fait semblant de ne pas savoir où trouver, et les deux adolescents discutent joyeusement ensemble loin de l'autorité paternelle. L'attirance de Roy s'est développée au cours des derniers mois et le garçon a même amené le sujet dans ses discussions épistolaires avec Maya et Lizzy. Le mot 'amour' est apparu à un endroit et l'apprenti a immédiatement nié la chose mais ses sœurs n'ont pas semblé le croire – Roy lui-même a eu du mal à admettre qu'il s'agissait là d'une possibilité tout à fait valable.

Le sourire et le rire de Riza ont commencé à envahir ses rêves jusqu'alors uniquement occupés par l'Alchimie ou sa famille et le jeune homme s'est surpris une ou deux fois à vouloir l'embrasser, médusé.

Malgré cela, il n'a rien tenté afin de se rapprocher de mademoiselle Hawkeye. Son Maître lui a formellement interdit – pour ne pas dire qu'il l'a exigé quand les termes du contrat ont été posés – de toucher à sa fille lorsqu'il a emménagé chez eux, et Roy est certain que le fait de la courtiser était compris dans le lot. Au lieu de ça, il continue à agir comme si de rien n'était et essaye le plus possible de ne pas songer à elle lorsque ses pensées dérivent de l'Alchimie. C'est le plus souvent du temps impossible, car la jeune femme se fraye un chemin jusqu'à lui sans en être lucide, et l'apprenti glisse un peu plus à chaque fois dans sa direction.

Riza Hawkeye n'a pas conscience d'être belle ou charmante. Son père a arrêté de s'intéresser à elle suite au décès de sa femme et il est désormais très rare qu'il la regarde dans les yeux. La jeune femme lui a un jour confié que la raison en est simple : plus elle grandit et plus elle ressemble à sa défunte mère, ce qui rend sa disparition de plus en plus difficile pour son époux veuf.

Pourtant, elle est quelqu'un qui gagne à être connu. Intelligente, douce, débrouillarde, serviable, Riza Hawkeye est l'enfant et l'amie rêvée, aux yeux de Roy, qui ne comprend pas comment son propre géniteur peut ainsi l'abandonner à la solitude. Alors, à son rythme, il essaye de combler le vide.

De plus en plus souvent, et même si son Maître est présent entre les murs de la maison, l'apprenti brave l'Interdit et rejoint mademoiselle Hawkeye pour lui tenir compagnie. La plupart du temps, ils se contentent de lire devant la cheminée : lui avec l'un des nombreux traités d'Alchimie de la bibliothèque de son père et elle avec l'un des trop rares romans qu'elle possède. Roy aime énormément ces moments-là passés au calme, le silence étant uniquement troublé par le bruit du bois crépitant dans l'âtre et des pages tournées. Certains soirs, exceptionnellement, la jeune fille finit par s'endormir sur son épaule et le garçon en profite pour admirer son visage relaxé, le monde ambiant oublié.

Il peut rester plusieurs heures d'affilée à observer chacun des détails de sa frimousse sans s'en lasser. Un jour, il déniche un tout petit grain de beauté dissimulé derrière son oreille droite. Une autre fois, il remarque les traces d'une cicatrice sur son crâne, mais chaque découverte est faite avec le sourire.

La première fois qu'une de ses découvertes le choque a lieu peu avant l'anniversaire de la jeune fille. Elle et Roy sont confortablement installés sur le tapis du salon, à plat ventre. Mademoiselle Hawkeye pique sensiblement du nez après sa longue journée et l'apprenti alchimiste trouve ça incroyablement mignon.

Il la laisse s'endormir paisiblement à même le sol et continue sa lecture tout en lui jetant un coup d'œil à intervalles réguliers. La jeune fille bouge dans son sommeil, le col de sa chemise descend légèrement sur ses épaules et Roy se fige. Là, dans le haut de son dos, il peut apercevoir des points de couleur formant un dessin particulier semblant incrustés sous la peau. Empli d'effroi, le jeune homme se rapproche sans bruit et soulève légèrement le pan de tissu pour tenter d'en discerner plus mais mademoiselle Hawkeye remue et change de position, rendant sa courte expédition désormais impossible.

Pour un peu, l'alchimiste en herbe en aurait grogné mais ça aurait été risquer de la réveiller et elle a vraiment besoin de dormir, aussi fait-il un effort monstre pour se retenir. Ne voyant pour le moment aucune autre option à disposition, Roy se lève afin d'aller dégoter une couverture dans un des placards de sa chambre puis redescend afin de l'étendre sur mademoiselle Hawkeye et vient s'allonger à nouveau à ses côtés. Le regard perdu dans le vide, le peu de peau qu'il a aperçu dansant devant ses yeux, l'adolescent tombe dans un sommeil agité.

Roy sait que Riza aura très bientôt quinze ans et ne peut imaginer à quel point sa vie n'a jamais été celle d'une enfant.

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Bien évidemment, il ne parle pas à mademoiselle Hawkeye de ce qu'il a découvert. D'une part parce que cela aurait été avoué son forfait, et d'autre part parce qu'il a remarqué la forme arrondie du dessin et qu'il craint qu'il ait une quelconque liaison avec l'Alchimie.

L'adolescent n'est pas assez fou pour risquer de se faire déloger manu militari par son Maître, aussi garde-t-il sa bouche scellée quand, à l'intérieur, il a désespérément envie de hurler. Inconsciemment, il se montre encore plus doux envers la jeune fille et serre les dents lorsque son père s'enferme avec elle dans son bureau, deux heures par semaine, pour faire il ne sait quoi. Il est persuadé que le tatouage y est lié mais n'a aucune preuve. Il ne sait pas ce que le dessin représente ni même pourquoi Riza l'a dans son dos, imprimé à vie.

Il a envie de se rebeller, de crier à Berthold Hawkeye à quel point il est un être abject de traiter son propre enfant de cette manière-là, de faire comme si elle était transparente, inexistante pour mieux la briser dans ces moments-là. Il a envie de le frapper, encore et encore, fort, de lui faire payer ses années d'ignorance. Il a envie de sortir mademoiselle Hawkeye de cet Enfer sur Terre. Parce que ça n'a rien de normal. Parce que ça n'a rien de sain. Parce qu'il en est tombé amoureux, réalise-t-il soudainement, les yeux écarquillés, un soir où le tonnerre se met subitement à gronder au dehors.

Ce jour-là, Roy s'enferme dans sa chambre et y trace un cercle de transmutation. Ensuite, il y dépose des livres, les lettres de sa famille, n'importe quoi qui soit constitué ou tiré du bois. Puis il active le cercle et regarde le fruit de son travail apparaître.

Le premier essai est plutôt bon mais l'adolescent grimace. Il est simplement bon. Il veut un résultat parfait et recommencera jusqu'à ce qu'il soit satisfait. Il retire la petite figurine du cercle et répète le procédé encore, encore, encore. Sa dernière tentative se produit aux alentours de trois heures du matin. L'alchimiste est éreinté, son dos le fait horriblement souffrir mais un fin sourire prend place sur son visage : le résultat est parfait et il pourra fièrement l'offrir à son destinataire.

L'anniversaire de Riza a lieu quatre jours plus tard et voit son père absent. Levé aux aurores, Roy a ravivé le feu dans la cheminée, nettoyé la maison, préparé le petit déjeuner. Lorsque mademoiselle Hawkeye se lève, elle semble surprise de le voir s'être activé de la sorte. L'adolescent lui sourit simplement et l'invite à passer à table. Ils mangent tous les deux en silence puis le jeune homme s'éclipse et revient avec une petite boite dans les mains, qu'il vient déposer devant elle.

La jeune fille le regarde, désappointée, incertaine. Elle ne sait pas vraiment comment réagir et Roy la pousse à ouvrir le cadeau qu'il souhaite lui offrir – car c'est ce que c'est : le premier présent qu'il lui destine et qui, il l'espère, ne sera pas le dernier. Il voit mademoiselle Hawkeye déglutir puis ses mains se refermer sur la petite boite. Doucement, elle défait le nœud de ruban retenant le couvercle puis soulève et ce dernier et jette un œil incertain à l'intérieur de l'emballage.

Roy l'entend retenir son souffle et la regarde extirper la petite figurine de son contenant. Les yeux de Riza se posent sur l'objet en bois et ses doigts la font doucement tourner pour en observer tous les détails et lorsqu'un sourire prend place sur son visage, l'alchimiste se sent bêtement heureux et terriblement fier. Il lui explique ensuite comment il en est arrivé à ce résultat, comment il a fait pour avoir une telle minutie. Puis la jeune fille, somme toute curieuse, lui demande pourquoi il a choisi de transmuter un aigle.

Dans sa tête, l'adolescent repense à leurs séances de tir et à sa façon de toucher sa cible à chaque fois. Il se rappelle la fois où il a pensé, stupidement, que la première fois qu'il s'est surpris à la qualifier de 'jolie', c'était à cause de ses yeux ambrés. Il se remémore aussi à quel point son regard peut être incisif, tranchant… Et finit par lui répondre que c'est la première chose qui lui est passé par la tête lorsqu'il a pensé à lui offrir quelque chose pour ses quinze ans.

Mademoiselle Hawkeye hoche la tête, semblant assimiler ses paroles, puis se lève et contourne la table. Le jeune Mustang la suit du regard et écarquille les yeux lorsqu'elle vient déposer un baiser léger sur sa joue avant de lui murmurer des remerciements à l'oreille et de sortir de la cuisine, son précieux petit aigle niché au creux de ses doigts.

Resté seul, le jeune homme sent son cœur s'emballer et porte sa main sa joue, une rougeur enflammant son visage. Il réalise alors ce qu'il vient de se passer et, si c'est possible, s'éprend encore plus de mademoiselle Hawkeye avant de sentir son cœur chuter dans sa poitrine.

Riza a aujourd'hui quinze ans et Roy réalise avec effroi que, malgré ses sentiments s'affirmant, son apprentissage prendra définitivement fin quand arrivera le mois de Mai suivant.

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Berthold Hawkeye passe de plus en plus de temps en déplacement. En conséquence, Roy et Riza se rendent de plus en plus souvent au champ de tir.

La plupart du temps, l'alchimiste s'assoit au pied d'un arbre et regarde la fille de son Maître tirer. Il lui arrive de s'exercer à son tour mais préfère néanmoins rester assis, à l'observer. Une fois la série de tirs terminée, il se lève, utilise l'Alchimie pour reformer les bouteilles de verre brisées, reforme la ligne de cibles puis retourne s'asseoir, sous l'œil paisible de mademoiselle Hawkeye.

Un jour, cependant, ils sont surpris par son père. Roy tient le fusil dans ses mains et la jeune fille se remet sur ses pieds nerveusement à la vue du vieil homme, qui semble hors de lui comme jamais il ne l'a été. Il comble hâtivement la distance qui le sépare des deux adolescents et gifle violemment son apprenti qui lâche prise sur son arme, les yeux écarquillés. Berthold Hawkeye intime sèchement à sa fille de rentrer chez eux tandis qu'il garde le jeune homme avec lui. Réticente, l'adolescente obéit visiblement à contre cœur et, une fois disparue, son père attrape Roy par le col de sa chemise et l'emprisonne contre un tronc d'arbre avant de lui hurler dans les oreilles.

Pêle-mêle, le jeune homme entend les insultes et les menaces mais aussi une ou deux remarques acerbes sur les armes à feu et les militaires, qu'il sait que son Maître abhorre. Néanmoins, tout ceci n'est rien comparé à la dernière phrase que ce dernier prononce et qui glace le sang de Roy. Les yeux écarquillés, l'adolescent cesse toute forme de résistance et le vieil homme le relâche, non sans un dernier regard dégoûté, avant de l'abandonner dans le champ. L'apprenti alchimiste n'esquisse pas le moindre geste, respire à peine. La nuit tomber petit à petit autour de lui mais il ne la voit même pas, uniquement obnubilé par les derniers mots de Berthold Hawkeye.

Roy aura dix-huit ans dans quatre mois et l'homme qui a été son professeur vient tout juste de le renvoyer chez lui, sans lui laisser la moindre chance de s'expliquer un seul instant.

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Vendredi 24 Avril - 00 h 00.