Auteur : Titou Douh
Série : Fullmetal Alchemist (manga et anime Brotherhood.)
Titre : Let it out (tiré de l'OST de l'anime Brotherhood parce vraiment, après avoir cherché la traduction des paroles sur le net, je me suis dit que ça collait incroyablement bien à Roy et Riza…)
Rating : T.
Disclaimer : Fullmetal Alchemist ainsi que l'anime Brotherhood ne m'appartiennent en rien. Tout est la propriété de son mangaka, Hiromu Arakawa, et des studios d'animation Bones. Je ne gagne pas d'argent avec ce que j'écris.
Note : Désolée, vraiment, pour ce délai. La vie a fait que j'ai du mettre un temps l'écriture de côté, puis ma muse s'est fait la malle... J'ai rouvert le dossier Let It Out il y a quelques semaines, j'ai pu terminer ce chapitre, mais... Je ne sais pas quand la suite viendra, malheureusement.
Bonne lecture !
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xXx Let It Out xXx
xXx Partie 6 : Le baptême du Feu xXx
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La première fois qu'il se dit qu'il a fait une énorme erreur arrive quelques mois seulement après. Roy est seulement âgé de vingt-trois lorsqu'il est envoyé à Ishbal, où une terrible guerre fait rage, sur ordre express du Führer. Ses capacités très prisées permettent à ses troupes d'avancer rapidement et on lui confie très tôt sa propre équipe, dont bien évidemment Hughes fait partie.
Tout se passe toujours très vite : un claquement de doigts, une explosion, les troupes avancent, et l'opération de répète encore et encore. L'alchimiste en lui est révolté de voir ainsi ses capacités être lâchement mises en avant ; l'être humain en lui est malade de participer à un tel massacre. Lorsqu'il se rend compte pourquoi il se trouve réellement à Ishbal – l'extermination pure et simple d'un peuple qui n'a rien demandé à personne mais qui dérange – l'envie de fuir le prend à la gorge comme jamais. Ses mains sont suffisamment tâchées de sang pour toute une vie, l'odeur de la chair brûlée imprègne ses vêtements et il ne peut plus le supporter.
Il ne peut plus se supporter lui-même, d'ailleurs. Heureusement que Hughes est là pour l'empêcher de commettre l'irréparable : se suicider sur le champ de bataille ne réparerait pas toute la souffrance et le malheur qu'il a causés, ça ne ramènerait aucune de ses victimes à la vie. Alors, sans réfléchir, il continue de suivre les ordres qui lui ont été donnés, en espérant qu'un jour peut-être, l'occasion de se racheter lui sera donnée.
La pire épreuve qu'il a à subir à la guerre survient lorsqu'ils procèdent à l'extermination du district numéro vingt-six. Deux tireurs embusqués sur un toit empêchent la progression de son unité, aussi se rend-t-il sur place afin de s'en occuper. Lorsqu'il monte sur le toit pour repérer d'éventuels survivants, toutefois… Il se glace d'effroi.
A travers la poussière soulevée par l'explosion, il discerne une silhouette en mouvement et se prépare à attaquer une nouvelle fois lorsqu'il reconnaît son ancien camarade Ishbal, qui a déserté l'année passée. Ils se regardent dans le blanc des yeux et Heathcliff Arber prononce le nom de Roy avant de serrer les dents, en demandant pourquoi, et de le mettre en joue vivement. L'alchimiste n'a pas le temps de réagir et l'homme qu'il considérait comme un ami lui tire dessus avant de se faire abattre sèchement par Hughes. A son réveil, Roy découvre que la balle s'est logée dans sa montre en argent. Il apprend également le décès d'Heathcliff, et cette nouvelle le plonge dans un état cataleptique. Le jeune homme n'arrive plus à manger ni à dormir et reste pendant de longues heures prostré dans sa tente, jusqu'à ce que Hughes vienne le chercher au lever du soleil afin d'aller 'travailler'.
Une nuit, pourtant, le fardeau qu'il porte sur ses épaules semble être intolérable. Un drap recouvrant sa tête et ses épaules, Roy se demande pourquoi il est encore là, pourquoi l'armée d'Amestris en est arrivée à exterminer des femmes et des enfants innocents sans raison proprement valable. Ses supérieurs ne lui laissent aucun répit et, bientôt, Hughes apparaît pour le prévenir de l'imminence du début de l'extermination du district vingt-sept. Tout le monde compte sur lui et son ami évoque même la possibilité d'une promotion qui laisse l'alchimiste de glace.
Roy lui demande pourquoi il tue des gens de son propre pays et Hughes lui sert la raison que la hiérarchie a utilisée pour justifier leur décision – à savoir que les Ishbals ont troublé la paix en Amestris – mais son ami n'y croit pas. Il ne sait pas comment mais son ancien rival en arrive à mentionner Central et la femme qui l'attend là-bas, Gracia. Le cœur léger, il babille à propos de combien elle l'aide à tenir le coup et d'à quel point il l'aime et lui annonce qu'il a l'intention de l'épouser une fois la guerre terminée, et de faire de lui son témoin. Désabusé, Roy demande s'il embrasse cette femme et la touche avec ses mains couvertes de sang avant de se faire violemment attraper par le col de son uniforme.
Hughes crie qu'il s'agit de quelque chose qu'il a appris sur le champ de bataille : vivre avec la femme qu'on aime est un bonheur qui peut exister n'importe où, mais c'est le plus grand de tous. Il rajoute qu'il ferait n'importe quoi pour y goûter, qu'il survivra et assumera tout ce qu'il a fait à Ishbal et qu'il sourira lorsqu'il se retrouvera en face de Gracia. Il essaye de se persuader lui-même lorsqu'il déclare qu'il parviendra à la rendre heureuse, et Roy détourne le regard, mentalement épuisé.
L'image de Mademoiselle Hawkeye passe brièvement devant ses yeux et il pense qu'il ne voudrait jamais lui infliger pareil fardeau, qu'elle ne connaisse jamais l'horreur de la guerre. Hughes le ramène à la réalité en disant qu'ils doivent se dépêcher et l'alchimiste lui demande d'attendre trente secondes de plus, pendant lesquelles Roy tente de se recomposer. Il en arrive même à formuler une prière silencieuse à un dieu en lequel il ne croit même pas, puis Hughes annonce que le temps imparti est terminé et lui ordonne de se lever.
Le regard noir, l'esprit en ébullition, le militaire prend une profonde inspiration et enfile ses gants ignifugés. Ils quittent la tente ensemble, sans un regard en arrière : il est l'heure de la guerre, et ça n'attend pas. Ça n'attend jamais.
Il tue encore de nombreuses personnes innocentes dont un enfant particulièrement jeune mais il sait qu'il n'a pas le droit de flancher. La guerre peut être particulièrement atroce, il en a plus que conscience, et il s'efforce de ne pas fermer les yeux à chaque nouvelle fois qu'il claque des doigts. Il veut se souvenir de chacun des visages qu'il brûle, se souvenir de chacune des vies qu'il prend au nom d'une armée dans laquelle il s'est engagé pour améliorer la vie de ses concitoyens et qui l'a si profondément déçu.
Pourtant, il s'efforce de toujours avancer, perdant un peu plus de son humanité à chaque victime qu'il fait, jusqu'au moment où il ne se sent plus capable d'effectuer un geste aussi simple que celui de claquer des doigts. Il se trouve face à un Ishbal qui, d'après ses estimations, est plus jeune que lui. Le pauvre garçon tient une arme dans ses mains, ses yeux sont exorbités et n'expriment que de la peur… Et Roy se sent parfaitement inapte à l'éliminer alors que c'est une évidence que l'adolescent – qui pourrait tout aussi bien être son petit frère – n'a aucune mauvaise intention à son encontre. Seulement, il a le bras tendu dans sa direction, et il ne lui reste plus qu'à réaliser un seul geste de rien du tout pour lui prendre la vie. Sa conviction fond comme neige au soleil et bientôt ses forces quittent son bras qui commence à retomber, et la peur qui anime les pupilles du garçon se transforme soudain en folie pure, étincelle meurtrière mettant le feu aux poudres. Le militaire sait qu'il risque de prendre une balle d'un moment à l'autre, mais l'envie de se battre l'a totalement quitté et, défait, il ne cherche même pas à riposter quand l'Ishbal se met à hurler. Un véritable cri d'agonie teinté d'effroi vrille les tympans de Roy et il voit l'arme dans les mains de l'enfant se lever vivement pour le mettre en joue avant de fermer les yeux.
Un coup de feu retentit, assourdissant, et l'alchimiste se fige, s'attendant à ressentir une douleur atroce au niveau de son torse. Lorsqu'elle tarde à se manifester, il rouvre les yeux pour plonger dans le regard de son vis-à-vis, vide, terne, et le voit lentement tomber au sol, inanimé. Comprenant ce qu'il vient de se passer, Roy tombe à genoux à ses côtés, les yeux exorbités, le souffle court. Vivant.
Lorsque le reste de son unité arrive sur les lieux pour savoir s'il va bien, l'alchimiste se contente de secouer mollement la tête et de fixer Hughes, hagard. Ce dernier sourit fièrement, et remercie l'Œil du Faucon d'être parmi eux en s'adressant directement au ciel. Roy ne répond rien et se laisse mollement emmener par ses soldats, espérant fortement qu'il ne s'agit pas de ce à quoi il pense, suppliant mentalement pour que ça ne soit pas le cas.
Malheureusement, ses prières ne sont ni entendues ni exaucées et il se retrouve le soir même face à face avec Mademoiselle Hawkeye. Le sourire qu'elle lui adresse est désolé, terne ses pupilles ambrées ont perdu leur éclat chaud caractéristique que le jeune homme a appris à aimer, et les traits de son visage son tirés. Elle est clairement épuisée – certainement a-t-elle du mal à dormir, comme lui – et sa voix est basse et éraillée lorsqu'elle le salue.
Dans un premier temps, Roy ne dit rien et se contente de la fixer, essayant de comprendre ce qu'elle fait à Ishbal, pourquoi elle porte un uniforme de l'armée d'Amestris. Il n'a pas besoin de lui poser la question et la réponse vient d'elle-même – après tout, ils se connaissent depuis longtemps et savent interpréter le comportement l'un de l'autre : elle ne savait pas quoi faire d'autre. Un métier exercé entre quatre murs ne lui aurait de toute façon pas convenu, elle qui était habituée à l'air frais de la campagne, et elle voulait absolument être à ses côtés, à l'aider dans sa tâche.
Lorsque Mademoiselle Hawkeye avoue ceci, Roy ferme les yeux, abasourdi : c'est donc de sa faute si la jeune femme s'est engagée, si elle a connu l'horreur de la guerre. La discussion continue quand Riza évoque ses années à l'académie militaire – elle y est entrée l'année suivant celle où il a terminé sa formation – et elle lui apprend qu'elle a été envoyée au front sans même avoir été diplômée tellement son instructeur référent a été impressionné par ses capacités de sniper.
L'alchimiste serre les dents, songeant qu'il s'agit là d'une folie totale, qu'elle n'a pas sa place ici, qu'elle ne devrait pas avoir ses mains couvertes de sang alors qu'elle est si jeune. Son esprit ne cesse d'hurler que cela n'est pas juste, que personne ne devrait être confronté à la mort de cette façon, que Mademoiselle Hawkeye n'aurait jamais dû connaître l'enfer de la guerre. Et pourtant, elle se trouve bien en face de lui, et il peut discerner le même fardeau qui hante ses épaules sur les siennes, tellement frêles… Certainement trop.
La soirée passe tranquillement. Roy déteste que leurs retrouvailles se fassent dans un lieu de désolation comme le champ de bataille où ils se trouvent actuellement mais il ne peut pas dire qu'il n'est pas content de revoir Mademoiselle Hawkeye. A présent, il comprend pourquoi il n'a pas eu beaucoup de nouvelles d'elle au cours des deux dernières années et, même s'il ne le devrait pas, il est vraiment heureux de l'avoir à nouveau à ses côtés.
Tout dans sa tête devient contradictoire dès lors que Riza entre en jeu : un instant il pense qu'elle serait mieux dans un endroit sûr, le moment suivant il grince des dents lorsqu'il se rend compte que sa présence à ses côtés est une bénédiction. Il voudrait tellement être capable de la protéger du danger mais se retrouve en situation critique et c'est finalement à elle de venir à son secours. Il voudrait être fort, pouvoir la soutenir, mais craque lamentablement devant elle et les rôles s'inversent à nouveau… Roy sait qu'il ne sera plus capable de tenir très longtemps à ce rythme. Ses journées sont devenues de plus en plus longues à mesure que les districts ont été « nettoyés » et il en est arrivé au point où il ne peut plus du tout dormir. Les cris de tous les gens qu'il a tués viennent le hanter dès qu'il parvient à trouver le sommeil et leurs visages apeurés l'empêchent de garder les yeux fermés pendant de trop longues périodes. La fatigue envahit de plus en plus son corps, traîtresse insidueuse, et rend ses mouvements flous, nuls de toute précision. L'alchimiste manque deux ou trois fois de se faire tuer stupidement et se fait souvent rappeler à l'ordre par Hughes, bien qu'il soit un de ses subordonnés.
L'extermination se prolonge pendant deux semaines supplémentaires. Un petit groupe d'Ishbal parvient à s'échapper, mené par un des prêtres de leur église, et les supérieurs de Roy décident qu'ils peuvent – finalement – mettre un terme à l'opération.
Le jour du départ, l'alchimiste ordonne à ses hommes de terminer les paquetages, ayant dans l'idée de retrouver mademoiselle Hawkeye. Il la repère non loin des tentes, agenouillée dans un coin légèrement épargné par les destructions de bâtiments. Curieux, le jeune homme s'avance et la surprend en train de terminer une tombe de fortune. Doucement, il s'approche d'elle, lui demande s'il s'agit d'un de ses camarades tombés en combat. Elle répond, le regard vide, que c'était un enfant Ishbal, qu'elle ne pouvait décemment pas le laisser dans la rue, comme ça. Roy sent son cœur faire une embardée dans sa poitrinede nombreux Ishbals n'auront même pas de sépulture, et penser à ceci le révolte encore plus que tout le reste. Riza détourne le regard, lui tourne le dos, et l'alchimiste déteste cela. Sur le point de lui demander de ne pas le fuir, il se fige aux mots qu'elle prononce, à la demande qu'elle lui fait : brûler son dos, la libérer du fardeau des recherches de son père. Le jeune homme sent la bile remonter et refuse immédiatement : la blesser est la dernière chose qu'il souhaite au monde, et il a promis à son père de prendre soin d'elle, quel qu'en soit le prix à payer. Alors, la jeune femme se tourne vers lui et plante son regard ambré dans le sien. Roy peut y discerner des larmes naissantes et sent les barrières en lui tomber une à une et, lorsqu'elle lui redemande à nouveau son aide, le suppliant presque, il est obligé de serrer les dents et les poings. Sa détermination le quitte complètement face à la douleur et au désarroi de Riza et, vaincu, il accepte d'accéder à sa requête, une fois qu'ils seront rentrés à Central. La jeune femme soupire, soulagée, et le remercie doucement.
Roy, lui, ne peut s'empêcher de se dire que ce qu'il vient de promettre le mènera à sa perte, qu'il vient de détruire une nouvelle partie de lui-même. Il songe à Mam, à ses sœurs, et le désespoir l'envahit : que vont-elles penser de lui ? Penseront-elles qu'il est un monstre, qu'il est devenu quelqu'un d'abject ? Penseront-elles que la personne qu'il est devenu n'est plus que l'ombre de celui qu'il était avant ? Le trouveront-elles changé au point d'avoir peur de lui, de le rejeter ? Ces questions tournent encore et encore dans son esprit tandis qu'il suit Riza à travers les débris de bâtiment. Les unités ont pratiquement terminé de plier bagage, l'heure du départ approche, et avec elle celle de prendre ses responsabilités arrive à grands pas.
Le trajet de retour s'effectue dans un silence de plomb. Même Maes, d'habitude si prompt à babiller à propos de Gracia, fixe le paysage au dehors sans le moindre mot. Roy trouve ça pesant mais ne fait pas le moindre effort afin de briser l'atmosphère froide. A ses côtés, mademoiselle Hawkeye est immobile et s'il ne la connaissait pas aussi bien, il pourrait jurer qu'elle dort. Seulement, il sait quel enfer elle a vécu ces dernières semaines, et il est persuadé qu'elle se retrouve dans la même situation que lui : lorsqu'elle arrive à garder les yeux suffisamment longtemps fermés, ses pensées se teintent de sang et de cris et, la plupart du temps, elle se réveille en sursaut à cause de violents cauchemars.
L'envie de s'accrocher à elle par n'importe quel moyen le prend à mi-chemin mais il n'y cède pas. La jeune femme est désormais sous ses ordres et, même s'il n'y a que Maes pour les voir bouger, il ne veut pas la mettre dans l'embarras. A la place, il se décale légèrement dans sa direction, de façon à ce que leurs épaules se touchent presque et, comme il l'avait prédit, il sent Riza se tendre sensiblement.
Fatigué, Roy décide de fermer les yeux. Il sait qu'il ne pourra de toute façon pas dormir, pas maintenant, pas alors qu'il vient tout juste de participer à un massacre ordonné et couvert par son propre gouvernement et qu'il en est sorti vivant. Il sait que les nuits qui suivront seront certainement difficiles, probablement éreintantes. Et lorsque la promesse qu'il a faite à Riza se rappelle à ses bons souvenirs, il a l'impression de porter tout le poids du monde sur ses épaules. Mais il est un homme adulte, un Alchimiste d'Etat.
Roy Mustang a pratiquement vingt-quatre ans et, pour la première fois de sa vie, il comprend ce contre quoi Berthold Hawkeye l'a toujours mis en garde, amer et repentant.
