Merci à tous ceux qui suivent cette histoire ! J'espère que vous allez tous bien ! Voilà la suite. Je tiens à prévenir quand même: dans ce chapitre, il est fait mention de tentative de suicide.

Bonne lecture !

Chapitre 4 :

Quatrième étage de l'aile Sud.

Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Rey sentit la bile remonter dans sa gorge. Soudain sa poitrine fut comme écrasée dans un étau et l'air peina à entrer dans ses poumons.

Sa vision se troubla et le sol se mit à tanguer. Elle distinguait a peine les numéros inscrits en lettres d'argent a côté des chambres de part et d'autre du couloir. Les battements de son cœur pulsaient fort contre ses tempes et tous les bruits alentours étaient étouffés. En fait, à bien y réfléchir, elle n'entendait plus aucun son.

Et ce corridor qui bougeait sans arrêt...

Elle appuya une main contre le mur. La gravité jouait contre elle. Ses jambes pesaient des tonnes et pourtant elle savait qu'elle devait arriver jusqu'à la chambre au bout de l'allée. La chambre 11.

Elle déglutit péniblement et sortit de la cabine. C'etait étrange. Plus elle marchait et plus le bout du couloir semblait s'éloigner et impossible à atteindre. Alors, un pas après l'autre, elle tenta de progresser lentement, en s'appuyant contre le mur, jusqu'à ce qu'enfin, par Dieu sait quel miracle, elle arrive jusqu'à la bonne porte.

L'étau se resserra encore. Ses doigts agrippèrent la poignée.

C'était verrouillé. Elle poussa de toutes ses forces mais ce fut peine perdue. Pourtant elle devait entrer. Elle le savait. Il fallait faire vite. Elle essaya encore. Son épaule butta plusieurs fois contre le bois et elle se mit à crier, à appeler à l'aide, le plus fort qu'elle put. Mais elle n'avait plus de voix et quand elle regarda en arrière, elle ne vit personne. Elle était seule. Seule et impuissante face à la porte fermée de la chambre 11.

Alors elle se mit à pleurer, à taper du poing contre le battant, et elle hurlait toujours, sans qu'aucun son ne sorte de sa gorge.

Pas de réponse. Elle arrivait trop tard.

Rey se réveilla en sursaut, complètement désorientée.

Il lui fallut un moment pour réaliser qu'elle était assise sur son lit, dans son petit appartement de Greenwich, tremblante et trempée de sueur au milieu de ses draps en bataille. Sa main se porta instinctivement à sa poitrine et elle se força à respirer calmement.

C'est fini. Allez...Reprends-toi...

Une minute supplémentaire passa avant qu'elle ne se décide à se lever, encore un peu fébrile, pour se diriger vers la salle de bain. Elle fit couler l'eau, but au robinet et s'aspergea la figure à plusieurs reprises. Puis elle resta un moment ainsi, penchée au-dessus du lavabo pour remettre ses pensées en ordre.

Elle croyait en avoir terminé avec les cauchemars. Cela faisait près de deux mois qu'ils n'étaient plus venus perturber son sommeil mais Rey se doutait bien que son retour à la clinique allait forcément faire remonter les mauvais souvenirs à la surface. Pourtant, il était temps de tourner la page. Sa vie ne pouvait pas rester figée sur cet incident indéfiniment.

Respire. Elle va bien. Lindsay va bien…

La jeune femme observa une dernière fois son reflet dans le miroir accroché au mur, s'essuya le visage avec une serviette et retourna dans la chambre. Le réveil sur la table de nuit affichait 6H30. Elle savait très bien qu'elle n'arriverait pas à se rendormir. Elle tira alors les rideaux. Les premiers rayons du soleil commençaient à embraser l'horizon. Une belle journée s'annonçait.

Alors elle fouilla dans son placard, enfila une tenue de sport et ses chaussures de running. Elle attacha ses cheveux en arrière, attrapa ses clés et claqua la porte de son appartement. Dehors le vent frais du matin la fit frissonner. Elle prit alors une grande inspiration, fit glisser son pouce sur l'écran de son téléphone et s'élança en courant dans la rue, le riff de guitare de « Thunderstruck » résonnant à fond dans ses écouteurs.

OoooooO

Amylin posa un grand mug de café fumant devant Ben.

-Du sucre ?

-Non ça ira, merci.

La psychologue s'installa confortablement dans le fauteuil d'en face en croisant les jambes. Elle portait aujourd'hui un tailleur pantalon beige, et avait coiffé ses cheveux en chignon flou à l'arrière de sa nuque. Cette femme avait toujours été d'une grande élégance. Leia et elle se connaissait depuis de nombreuses années et Ben ne se rappelait que trop bien les week-ends passés chez « tante Amylin » tandis que sa mère enchaînait les meetings politiques et que son père crapahutait dans la toundra ou dans la jungle amazonienne.

-Alors, comment ça s'est passé avec Rey ? demanda-t-elle avant de tremper les lèvres dans son cappucino.

-Elle est venue te voir ? répondit Ben du tac-au-tac.

-Non, pourquoi serait-elle venue me voir ?

-Parce que j'ai peut-être laissé entendre que j'allais partir.

-Et c'est le cas ? Tu as envie de nous quitter ? fit Amylin en se calant un peu plus contre son dossier.

-Tu sais très bien que j'aime « taquiner » les gens.

-Je sais oui... Et je n'ai pas envie de te forcer à t'excuser auprès de mon personnel toutes les semaines.

Ben attrapa sa tasse et but une gorgée. La psychologue le fixait toujours sans ciller de ses prunelles bleu glacier.

-Il faut que tu sois patient. Je sais que c'est dur. Je sais que tu te sens impuissant, frustré, en colère, que tu as peur pour ton avenir dans le cinéma et que tu détestes te sentir dépendant.

Bien sûr qu'il avait peur. Peur de ne plus pouvoir faire ce qu'il aimait le plus au monde, c'est-à-dire jouer la comédie. C'était sa raison de vivre.

Après son accident, tous ses amis et collègues lui avait témoigné de la sollicitude, lui avait envoyé des messages de soutien. Le réalisateur de l'épisode IX, G.G Adams, les producteurs, les membres du casting au complet lui avaient rendu hommage pendant la promo du film qu'il n'avait pu assurer. Les fans avaient levé des fonds, reversés ensuite en intégralité aux associations qui lui tenaient à cœur. Il avait remercié tout le monde, masqué sa détresse et tenté de faire bonne figure -compliqué certes avec la cicatrice qui lui barrait à présent la moitié du visage. Le monde du cinéma était peut-être magique, mais Ben le savait aussi impitoyable.

Il avait encore du mal à croire qu'il était devenu, en quelques années, la coqueluche des réalisateurs. Il avait enchaîné alternativement les films d'auteurs et les blockbusters et dans chacun d'eux, il avait toujours donné le meilleur de lui-même. Les critiques étaient dithyrambiques même si, lui, semblait toujours surpris qu'on puisse aimer ses performances. Il n'était jamais satisfait de ses prestations. Il était persuadé qu'il pouvait toujours faire mieux, qu'il devait toujours faire mieux. Peut-être que s'il avait fait mieux, autrefois, sa mère et son père seraient restés à la maison. Peut-être que s'il avait été un meilleur fils, il n'aurait pas eu à passer tous ces week-ends loin d'eux.

-Tu sais aussi que tu dois faire sortir tout ça, en parler, ajouta Amylin, comme toujours avec bienveillance.

-Nous en parlons déjà deux fois par semaine. La prochaine séance est prévue lundi, non ?

Il savait très bien que le ton badin qu'il employait volontairement ne fonctionnait pas avec Amylin. Elle le connaissait par cœur.

-C'est vrai, mais je peux t'écouter aussi en tant qu'amie. On n'a pas besoin de prendre rendez-vous pour ça.

-Je ne vais pas quitter la clinique, Amylin. J'étais juste fatigué hier et j'ai moyennement apprécié que ta petite protégée me fasse la morale. Je n'ai pas besoin de ça en ce moment.

-Et ?

Elle attendait. Elle savait qu'il y avait autre chose.

-Et juste avant la séance, je me suis pris la tête avec mon agent au téléphone.

Les yeux fermés, Ben se pinçait à présent la racine du nez du bout des doigts.

-Allan Snoke ?

Le grand brun soupira alors et hocha la tête.

-J'ai essayé de le joindre toute la semaine et hier, j'ai enfin réussi à lui parler. On s'est expliqué et il a encore menti et tenté de m'embrouiller. J'ai appris qu'il s'était arrangé pour caser d'autres acteurs sur les rôles qu'on m'avait proposés, sans chercher à défendre mes intérêts ou à négocier avec les producteurs. Il n'a même pas nié. Il me reproche d'avoir pris la décision de faire mes cascades moi-même en décembre. Il m'a quasiment balancé à la figure que c'était de ma faute si j'étais dans cet état. Je risque de ne plus être « bankable » à présent donc je ne l'intéresse plus. Il ne me l'a pas dit de vive voix, mais je sais que c'est ce qu'il pense. Donc, le ton est monté et je l'ai viré.

Un léger sourire se dessina sur les lèvres de la psychologue.

-Ta mère va sabrer le champagne. Ça fait quarante ans qu'elle déteste ce type. Elle lui a toujours reproché la descente aux enfers de ton grand-père.

Ben finit par lâcher un petit rire nerveux.

-Tu veux plutôt dire qu'elle va organiser un défilé sur la 5ème avenue, avec fanfare, lâché de ballons, chars et feux d'artifice. En tous cas, je commence à penser que mon père n'avait pas tort à son sujet quand il me disait que Snoke ne s'intéressait qu'au fait que je sois le petit-fils d'Anakin Skywalker.

Amylin voyait bien que Ben était préoccupé. Les discussions tournant autour de sa si célèbre famille étaient toujours douloureuses pour lui.

-Tu vas lui annoncer quand ? A ta mère je veux dire.

-Demain, je suppose. Elle m'a invité à déjeuner avec elle.

-Je suis heureuse de voir qu'elle essaie toujours d'arranger les choses avec toi. Leia t'aime énormément et elle a eu très peur pour toi.

Ben leva les yeux vers la quinquagénaire aux cheveux mauves.

-Je sais, Amylin... C'est juste dommage qu'il ait fallu attendre la mort de Han pour qu'on parvienne à se parler sans que ça finisse en dispute.

-Vous avez tous les deux de sacrés caractères.

-Quand elle saura pour Snoke, j'espère juste qu'elle ne va pas remettre le cas de Luke sur le tapis.

-Ton oncle est toujours en Inde ?

-Oui, retraite spirituelle dans un espèce de « centre ». Il doit y passer encore un mois je crois.

-Leia m'a dit qu'il l'appelle toutes les semaines pour voir comment tu vas, l'informa la psychologue.

Ben partit d'un nouveau rire.

-Il appelle ? Depuis son trou perdu au fin fond du Rajasthan ?

-Luke a toujours été un homme plein de ressources.

Les yeux d'Amylin s'étaient mis à briller en prononçant ces mots. Ben s'etait toujours demandé si elle n'avait pas en fait un peu le béguin pour son oncle excentrique.

-J'espère qu'un jour tu feras aussi la paix avec lui, ajouta-t-elle.

Cette fois, Ben ne répondit pas et déposa son mug vide sur la table basse. Amylin n'insista pas.

-Donc, pour en revenir à Rey Kanata, est-ce qu'il te serait possible de ne pas trop la « taquiner » à l'avenir ? Elle vient juste de revenir travailler pour moi, elle est extrêmement compétente et j'ai énormément d'affection pour elle.

-Donc elle a déjà travaillé ici. Et pourquoi est-elle partie ? demanda Ben.

Une ombre passa sur le visage d'Amylin et son sourire s'évapora. Ben la vit réfléchir un instant pour savoir si oui ou non elle allait lui répondre.

-Il s'est produit...un incident ici à la clinique l'année dernière, commença-t-elle.

La psychologue fit une courte pause avant de poser à son tour sa tasse vide devant elle.

- Une de nos patientes qui séjournait ici en rééducation , la fille d'un magnat des affaires new-yorkais, a fait une tentative de suicide dans sa chambre. L'histoire a fait la Une de la presse à scandale pendant plusieurs semaines à cause d'un proche de la famille qui a tout raconté aux journalistes. Je suppose que, connaissant ton aversion pour les tabloïds, tu n'as pas entendu parler de tout ça?

Ben secoua la tête en guise de réponse mais la psychologue voyait bien qu'il attendait la suite.

-Nous avons tous été sous le choc, soupira tristement Amilyn, mais surtout Rey. Lindsay était sa patiente et c'est elle qui l'a trouvée à temps, inanimée dans sa chambre, et qui lui a sauvé la vie en appelant les secours.

Ben dévisageait à présent la quinquagénaire avec circonspection.

-Je ne comprends pas, elle a été inquiétée pour ça ?

-Non, non, bien sûr que non. Mais, elle n'a pas pu s'empêcher de culpabiliser parce que Lindsay et elle étaient devenues très amies. Rey disait qu'elle aurait dû comprendre, qu'elle aurait dû voir que la gamine n'allait pas bien. Du coup, elle a eu besoin de faire un break, de s'éloigner de la clinique quelques temps. Elle nous a beaucoup manqué. Mais il y a deux semaines de cela, j'ai enfin réussi à la convaincre de revenir et je t'assure que cette fille est une perle. Alors est-ce que tu crois que tu pourrais faire la paix avec elle ?

Le regard de Ben semblait à présent perdu ailleurs. Amylin le vit faire ce petit mouvement de mâchoire qu'elle lui connaissait bien quand il était contrarié ou alors en pleine réflexion. Puis il se focalisa à nouveau sur elle et répondit:

-Je crois pouvoir faire ça, oui.

OooooO

Rey sortit de sa voiture et se dirigea en trottinant vers le bâtiment principal. Elle avait pris sa décision. Elle allait essayer d'arranger les choses avec Ben Solo, en espérant que ce dernier ne soit pas déjà parti. Ils avaient normalement une séance ensemble à 10H et Rey avait espéré le rencontrer un peu plus tôt pour discuter et tenter une réconciliation.

Tout en marchant, la jeune femme réajusta la sangle de son sac sur son épaule et bifurqua sur la droite pour s'engager sur l'allée pavée. Son ventre se mit alors à gargouiller. Son footing matinal avait été plus long que prévu. Elle était rentrée, s'était douchée, préparée pour aller travailler et n'avait pas eu le temps de prendre son petit-déjeuner avant de partir pour la clinique. Elle s'était dit qu'elle passerait prendre un thé et un muffin plus tard à la cafétéria.

Quand elle arriva enfin devant l'entrée, elle vit un imposant minibus noir stationné devant la porte. Un homme attendait près du véhicule et quand Rey passa près de lui, il demanda :

-Bonjour Mademoiselle, excusez-moi, vous travaillez ici?

-Oui, repondit-elle.

-Ok alors est-ce que vous savez si je peux laisser la voiture garée là ou est-ce que je dois attendre dans le parking ? Je suis venu chercher Mr Solo.

Le visage de Rey se décomposa.

-Vous attendez Ben Solo ?

-Euh, oui, je viens de vous le dire.

- Il quitte la clinique ?

Non, non, non, c'est pas vrai...Il allait vraiment le faire alors...

-Eh bien je sais juste que je dois le conduire à New York ce matin. J'étais censé n'arriver qu'à 10H mais comme j'avais une course plus tôt à Greenwich, je suis un peu en avance.

La jeune kiné consulta sa montre. Il était 9H15. Elle ne répondit pas au chauffeur qui l'interpellait à nouveau alors qu'elle s'élançait dans le hall, passait en trombe devant l'accueil et s'engouffrait de justesse dans l'ascenseur en train de se refermer.

Dans la cabine, elle offrit volontiers un sourire à Larma d'Acy qui la fixait d'un air amusé.

-Bonjour Larma.

-Salut Rey. Quel étage ?

-Troisième s'il te plait.

Quand les portes de l'ascenseur s'ouvrirent sur le palier, Rey bondit à l'extérieur et emprunta d'un pas déterminé la passerelle reliant le bâtiment principal à l'aile Sud.

Il était indiqué dans le dossier de Ben Solo qu'il occupait la chambre numéro 9. Rey déboucha sur le couloir du troisième étage. Avec ses rangées de portes grises et ses murs écrus. Les images de son cauchemar lui revinrent alors en tête. La jeune femme eut un petit moment d'hésitation. Ses pas ralentirent mais elle continua quand même.

Quand elle se tint enfin devant la suite de Ben Solo, son ventre émit un nouveau bruit incongru et elle sentit soudain sa tête tourner un peu.

Elle aurait vraiment dû grignoter quelque chose avant de partir.

Elle leva alors le bras et frappa. Elle avait bien réfléchi à ce qu'elle allait lui dire sur le chemin de la clinique mais elle devait avouer que le manque de sucre et le fait de se retrouver ici mettait soudain à mal sa belle détermination.

Elle entendit un bruit de roulement sur le sol et quelques secondes après, la porte s'ouvrit.

Ben Solo était debout devant elle, appuyé sur un petit déambulateur, en jeans et Henley blanc avec ses manches retroussées sur ses avant-bras. Il avait toujours les lèvres aussi roses, les épaules aussi larges, alors elle s'évertua à le fixer droit dans les yeux sans sourciller. Il eut l'air surpris de la trouver là et la jeune femme ne lui laissa pas le temps de poser la moindre question.

-Bonjour Ben. Alors voilà: je suis venue vous voir pour vous dire qu'il n'est pas nécessaire que vous quittiez la clinique, on peut vous attribuer un autre thérapeute si jamais vous ne voulez plus travailler avec moi et je-

-Alors bonjour à vous aussi, la coupa le grand brun, et non, je ne quitte pas la clinique, du moins pas définitivement, continua-t-il sur un ton étrangement posé et presque amusé.

Rey se mit à le dévisager avec incompréhension et Ben réalisa qu'on ne lui avait pas transmis l'information.

-Je dois juste m'absenter pour le week-end. Mon avocat a organisé une entrevue à New York, cet après-midi, avec les fournisseurs du matériel défectueux responsable de mon accident. Je ne peux pas manquer cette médiation. Je vais aussi en profiter pour retrouver un peu mon appartement et je dois également déjeuner avec ma mère demain midi. Mais je serai de retour lundi matin.

-Oh...fut tout ce qu'arriva à répondre Rey en calant soudain sa main sur le chambranle de la porte pour se retenir de basculer en avant.

Ses jambes semblaient tout d'un coup ne plus vouloir la porter.

-Hey, ça va ? Vous êtes vraiment très pâle.

Elle leva péniblement les yeux vers l'acteur et ce dernier, l'observait à présent avec un air inquiet.

Il ouvrit alors la porte en grand, mit de côté son déambulateur et attrapa la main de la jeune femme.

-Oui je...balbutia Rey, de plus en plus faible, j'ai sauté le petit déjeuner et je n'ai pas trop mangé hier soir. Ce n'est rien, ça va passer.

-Entrez vous asseoir un moment.

-Non c'est bon, vraiment, je ne vais pas vous déranger plus longtemps, surtout si vous devez partir.

Ben serra alors ses doigts.

-Ecoutez, je ne suis pas vraiment en état de vous rattraper si vous tournez définitivement de l'œil au beau milieu du couloir donc je vous propose d'entrer, d'aller vous asseoir à la table là-bas, et de manger une de ces délicieuses brioches qu'on m'a apportées ce matin pendant que je vous sers un peu de jus d'orange, OK ?

Rey hocha la tête et jeta un dernier regard à Solo qui s'était dirigé lentement vers la cuisine pour récupérer un verre et une carafe dans le frigo. Ce dernier lui intima de se servir dans le petit panier posé sur la table et quand elle mordit dans la brioche elle eut l'impression de revivre. Sans plus aucune retenue, elle engloutit la viennoiserie et en attrapa une autre. La bouche encore pleine, elle remercia Ben quand il posa la boisson devant elle, avant de prendre place sur la chaise d'à côté. Il la regarda vider son verre et soupirer de plaisir, et le coin de ses lèvres se releva légèrement. Rey le remarqua.

-Vous devriez le faire plus souvent, dit-elle en reposant son verre sur la table.

-Faire quoi ? Nourrir les gens ? s'amusa-t-il.

-Non, sourire.

Ben sembla un peu pris au dépourvu. Elle avait sorti ça de façon totalement spontanée. Rey et lui se dévisagèrent un moment sans parler et la jeune femme eut une nouvelle fois l'impression que les prunelles sombres et intenses de l'acteur cherchaient à percer son âme. Rey baissa les yeux la première. Elle ne devait plus être livide car elle sentait à présent ses joues chauffer un peu.

Bénis soient les glucides, tenta-t-elle de se convaincre.

Bon. Il fallait maintenant qu'elle trouve quelque chose d'autre à dire, ou alors qu'elle se lève et qu'elle parte. Mais elle voulait avant tout être sûre que tout était réglé avec Ben Solo.

-Donc, nous allons continuer à travailler ensemble ? demanda-t-elle comme si de rien n'était.

-Je pense que je vais en effet profiter encore quelques temps de votre savoir-faire.

Le ton de sa voix était moqueur. Mais Rey ne s'en offusqua pas cette fois. Elle sentait que c'était juste sa façon de saisir le rameau d'olivier qu'elle lui tendait.

-Merci pour les viennoiseries.

Solo lui répondit par un petit signe de tête. La hache de guerre semblait enfin enterrée.

Il était presque 10H et la petite collation qu'elle venait de prendre l'avait revigorée. Elle osa proposer son aide pour l'aider à enfiler son manteau et Ben accepta. Elle l'accompagna également jusque dans le hall, en portant son petit sac de voyage tandis que lui, vantait les mérites de ce nouveau déambulateur qu'on lui avait fourni.

-J'ai l'air d'un petit vieux avec ça mais c'est quand même cent fois mieux que le fauteuil, plaisanta-t-il.

-Bientôt vous n'en aurez même plus besoin, releva la jeune femme.

Une fois assis dans la voiture, il se coiffa d'une casquette de baseball, mit des lunettes de soleil et lui adressa même un petit salut de la main à travers la vitre teintée. Bizarrement, le cœur de la jeune femme se mit à battre un peu plus vite. C'était ridicule.

Elle regarda ensuite le minibus s'éloigner au bout de l'allée bordée de cyprès avant de sentir le bras de Poe Dameron se poser sur ses épaules.

-Bon, alors dis-moi toi...C'est vrai ça que tu n'as jamais vu un seul « Galactic Fights » ?

-Nope, soupira la jeune femme en tournant la tête vers lui.

-Ma pauvre Rey, nous devons donc absolument corriger cet état de fait scandaleux ! La météo prévoit de la pluie toute la journée de demain, qui se trouve être aussi ta journée de repos, alors voilà ce que je te propose : demain matin, tu viens à la maison et on se mate les vieux épisodes.

-Poe...

-Bon d'accord allez juste la postlogie. Allez, dis oui...Alleeeeeezzzz. Je vous ferai, à Kaydel aux jumeaux et à toi mon super gâteau à la vanille.

Poe la regardait avec ses yeux de chien battu, qui devaient faire craquer tout le monde quand il était gamin et sa femme aujourd'hui.

-OK, tu as gagné... capitula la jeune kiné.

-Yes ! s'exclama l'orthopédiste. Tu vas voir, tu vas adorer !

-Je n'en doute pas, finit par sourire Rey alors que son ami l'entraînait à nouveau vers le hall.

OooooooO