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CHAPITRE 6 :

Rey était en train de mettre à jour ses comptes-rendus de séance sur un des ordinateurs de la salle commune quand derrière elle, depuis le pas de la porte, son amie Rose l'interpella.

-Coucou ! ça va ? demanda la jeune femme qui tenait un gobelet fumant dans chaque main.

-Hey ! Qu'est-ce que tu fais là ?

Rose la rejoignit et les deux amies s'étreignirent chaleureusement.

-J'emprunte du matériel pour Brookdale. J'ai vu sur le planning que tu avais fini pour ce matin, du coup, je me suis dit que j'allais passer te voir et j'ai pensé qu'un petit café te ferait du bien.

-Tu es un amour ! s'extasia Rey en attrapant le gobelet que Rose lui tendait et en y trempant les lèvres sans tarder.

Après une heure passée devant son écran, elle avait vraiment besoin d'une bonne dose de caféine.

-Alors, quoi de neuf au dispensaire ? demanda Rey en se levant et en suivant Rose jusque dans le petit coin salon.

-Eh bien, Charlie finit dans une semaine. Qu'est-ce que tu dirais de le remplacer ? Ce serait chouette de bosser à nouveau ensemble.

C'était tellement tentant. Rose était un vrai rayon de soleil et toutes les deux formaient une équipe du tonnerre.

-Ecoute, pourquoi pas, répondit Rey en s'enfonçant dans les coussins moelleux du divan.

Elle savait qu'il y avait beaucoup à faire là-bas et elle était totalement prête à aider un public différent, à mille lieux de l'univers doré dans lequel évoluaient les riches pensionnaires de Whitegrove. C'est d'ailleurs en se rendant en consultation à Brookdale qu'Ethan, dont la famille avait très peu de ressources, avait pu bénéficier de soins orthopédiques et d'un appareillage adapté.

-Les patients que tu suis ici sont tous en fin de programme ? demanda Rose.

- Harriet Harris et Carol Douglas sont parties il y a deux jours et j'ai terminé avec Ethan. Du moins jusqu'au prochain ajustement de ses prothèses. Si Charlie revient, il pourra prendre le relais avec Lewis O'Hara.

-Et Solo ?

Ben avait fait en peu de temps des progrès incroyables. Il marchait certes d'un pas encore hésitant mais sans plus aucune aide. Rien ne l'empêchait donc de quitter aussi la clinique après le traitement au laser qu'il allait subir dans deux jours et de se payer des séances à domicile s'il le désirait. Elle ne le reverrait surement plus jamais, à part sur un écran de cinéma.

-Lui aussi son programme est quasiment terminé, annonça-t-elle.

Et c'était une bonne chose n'est-ce pas ? Un thérapeute n'était-il pas toujours heureux de voir son patient parfaitement rétabli après tous les efforts fournis ? C'est pour ça qu'elle faisait ce métier. Pour prendre soin des gens. Elle était donc ravie pour lui. Vraiment ravie…

- Ce serait top alors de t'avoir au dispensaire ! s'enthousiasma Rose. Par contre, venir bosser à Brookdale te forcera à faire pas mal de route tous les jours si tu restes loger ici à Greenwich.

- Je pourrais trouver un air B&B pas trop cher à Bedford ou Crown Heights, annonça Rey.

La jeune femme gagnait bien sa vie mais elle ne comptait quand même pas dépenser l'intégralité de son salaire pour payer le loyer d'un appartement dans les quartiers les plus prisés de New York.

-J'aurais vraiment aimé qu'on prenne une coloc toutes les deux, c'est bête, soupira Rose en faisant la moue. Mais je ne peux décemment pas laisser tomber Paige en ce moment.

-Comment va-t-elle ? demanda Rey avec sollicitude.

La sœur de Rose avait récemment appris que son boyfriend depuis un mois -et dans ses rêves futur père de ses enfants- avait en fait une double vie et passait ses soirées non pas à travailler tard au bureau mais à s'envoyer en l'air avec une de ses collègues.

-Mal, grimaça la brunette. Et d'ailleurs, un grand merci pour ton invitation à passer le week-end au haras. Prendre un peu l'air à la campagne va nous faire un bien fou à toutes les deux. Et puis j'adore ta grand-mère ! Je la trouve géniale !

-Vous êtes aussi toutes les deux invitées à sa fête d'anniversaire le 5 avril. Je vous préviens, il y aura probablement la moitié des habitants de Delmar ! En tous cas, j'avoue que cela va me faire du bien de la voir aussi ce week-end…

Rey avait ponctué sa phrase d'un soupir un peu trop appuyé et son amie, toujours aussi perspicace, avait tout de suite compris que quelque chose ne tournait pas rond.

-ça va ? s'inquiéta Rose.

-Nickel ! rétorqua la kiné en placardant un grand sourire sur son visage et en essayant de prendre un ton convaincant.

Ce n'était qu'un demi-mensonge. Tout allait « presque » bien. A part les cauchemars certaines nuits et…Finn.

Rose but une gorgée de café tout en se mettant à fixer intensément son amie par-dessus le bord de son gobelet. Rey se sentit alors un peu honteuse. C'était idiot. Pourquoi avait-elle caché à Rose que son ex avait essayé plusieurs fois de la contacter depuis deux semaines ? Et la réponse était toute simple : parce que ne pas lui dire, c'était continuer à faire comme si ces coups de fil n'avaient jamais existé.

Pourquoi rappelait-il maintenant ? Où était-il ? Toujours à Londres ?

Le couple avait vécu une belle histoire pendant un an, partagé un appartement, des fous-rires, le sexe était agréable et Rey avait cru un temps que Finn était l'homme de sa vie. Brillant et passionné, il faisait partie des jeunes cadres les plus appréciés de First Order Worldwide, la célèbre agence de publicité internationale et tout allait pour le mieux entre eux. Jusqu'au mois de septembre dernier et ce fameux soir au cours duquel Lindsay avait fait sa tentative de suicide.

L'image de la jeune fille allongée inanimée sur le sol de sa chambre, une bouteille de vodka et un flacon de pilules tous les deux vides près d'elle, serait à jamais gravée dans sa mémoire.

Si elle avait écouté le message de Lindsay cet après-midi-là, rien de tout ça ne serait arrivé.

Finn n'avait pas compris pourquoi elle se sentait coupable. Il passait ses soirées au bureau, arrivait à la maison de plus en plus tard tandis qu'elle tentait de camoufler ses yeux rougis d'avoir pleuré toute la soirée. Le matin, il partait travailler en souriant et en l'embrassant comme si de rien n'était alors qu'elle avait des cernes jusqu'au milieu des joues. Elle lui avait trouvé des excuses malgré les protestations de Rose et de Poe. C'est elle qui devait se secouer et réagir, prendre sur elle et peut-être se faire aider par Amilyn.

Et puis un soir, alors qu'elle avait préparé un petit repas en amoureux, Finn, tout penaud devant son assiette, avait lâché sa bombe : il s'était vu proposer le poste de sous-directeur de la filière anglaise de F.O.W. Il avait avoué à Rey que l'annonce lui avait été faite un mois auparavant et que c'était pour cela qu'il travaillait d'arrachepied depuis quelques temps. C'était une opportunité fantastique qu'il ne pouvait pas refuser.

Rey, complètement abasourdie, l'avait regardé avec incompréhension et lui avait demandé pourquoi il ne lui avait rien dit. Et c'est là qu'elle avait compris. Il avait déjà pris sa décision.

« Je sais que ta vie est ici Rey. Tu as Maz, tu as tes amis, ton travail. »

« Et tu n'as même pas envisagé un seul moment me poser la question de savoir si j'accepterai de te suivre ? Tu as préféré me mettre devant le fait accompli ? »

Les yeux de la jeune femme s'étaient chargés de larmes. Elle avait eu envie de le gifler. C'était trop. Trop d'un coup, même si Finn avait raison. Sa vie était ici. Contrairement à lui, elle n'envisageait pas une seule seconde quitter les Etats-Unis. Et leur relation s'était achevée là, au terme de cette triste soirée d'octobre. Finn s'était envolé pour Londres une semaine après. Elle, avait quitté la clinique et était retournée chez sa grand-mère.

-Tu as ce petit froncement là…juste entre tes sourcils, lui montra Rose du bout de l'index.

-Quel froncement ?

-Ce petit pli là, à chaque fois que quelque chose te turlupine et que tu tergiverses pour savoir si tu vas m'en parler ou pas.

Rey voulut protester mais c'était ridicule. Il était inutile de nier plus longtemps. Aussi, finit-elle par lever les yeux au ciel en gonflant les joues.

- Finn essaye de me joindre, depuis deux semaines. Je n'ai pas encore osé répondre.

-Quoi ? Rose manqua s'étrangler avec son café.

- Je suis désolée de ne pas t'en avoir parlé plus tôt. C'est nul, pardon.

-Mais…mais… Tu crois qu'il appelle d'Angleterre ? Qu'est-ce qu'il te veut après quatre mois de silence radio ? bafouilla la brunette encore un peu stupéfaite par la nouvelle.

Les mêmes questions que Rey se posait, évidemment.

-Tu crois qu'il va encore essayer ? Tu vas bloquer son numéro ? Qu'est-ce que tu vas faire ?

Les paroles de Rose fusaient et Rey se décida enfin à affronter son regard.

-Je n'en sais rien. J'ai tourné la page, Rose, tu le sais. Et j'espère que lui aussi. Et plus ça va, plus je me dis que c'est stupide de continuer à l'éviter comme ça. Je devrais répondre et voir ce qu'il me veut.

Rose fit la grimace.

-S'excuser j'espère ? Tu permets quand même que je continue à lui en vouloir à mort d'avoir choisi sa carrière plutôt que toi ?

-Rose…

-Cette histoire avec Lindsay t'a sacrément secouée Rey. Tu avais besoin de lui. Il aurait pu essayer de convaincre son patron, décaler son départ au moins, je ne sais pas…

-Mais il serait parti quand même. Et moi je ne voulais pas aller vivre là-bas. Nous étions de toute façon dans une impasse.

-Mouais…maugréa Rose en quittant son fauteuil pour venir s'asseoir à côté d'elle sur le canapé.

Elle passa son bras autour de ses épaules et ce geste tendre arracha un sourire à la jeune kiné. Rose était un peu comme la sœur qu'elle n'avait jamais eu. Et Rey bénissait tous les jours le ciel d'avoir des amis comme elle, Kaydel et Poe.

-Tu es quelqu'un de merveilleux Rey. Tu mérites vraiment de trouver celui qui fera chavirer ton cœur et qui sera prêt à tout pour toi.

Rey cala sa tête contre celle de la brunette et retrouva le sourire.

-Toi aussi, Rose.

-Oh moi je l'ai déjà trouvé ! C'est juste qu'Armitage Hux ne sait pas encore que j'existe !

Les deux jeunes femmes partirent d'un rire franc puis Rose se leva soudain et l'embrassa sur la joue.

-Bon, c'est pas tout ça, mais on m'attend à Brookdale.

-Et moi je vais aller faire un tour en ville.

-Tu réfléchis pour le dispensaire ?

-J'y réfléchis, répondit Rey.

OooooooO

En ce début d'après-midi, Rey avait profité de sa pause déjeuner pour se rendre au centre-ville de Greenwich. Maz fêtait bientôt ses soixante-dix ans, et la jeune kiné allait lui offrir un circuit tout compris pour visiter le Grand Ouest américain. Sa grand-mère en rêvait depuis toujours et Rey, qui économisait depuis un petit moment déjà pour lui offrir ce cadeau, avait tout prévu. Trois amies de Delmar partiraient avec elle pour un road trip de deux semaines en direction de la Californie, Las Vegas, Yosémite, La vallée de la mort et bien sûr, l'incontournable Grand Canyon. Rey était impatiente de voir sa tête quand elle allait découvrir la surprise et la jeune femme cherchait quelque chose qu'elle pourrait déballer le jour J, afin d'y glisser le programme de son voyage à l'intérieur.

Elle se gara donc sur le parking du Barnes & Noble et pénétra dans le magasin. Quand elle eut trouvé son bonheur au rayon « guide de voyage », elle se dirigea d'un pas joyeux vers les caisses. C'est alors qu'elle s'arrêta net devant un présentoir sur lequel étaient exposés divers magazines people. Le titre en majuscule sur la couverture criarde et racoleuse de l'un d'entre eux avait attiré son attention.

BEN SOLO AU FOND DU TROU ?

La star de la saga « Galactif Fights » fait le vide autour de lui.

Rey se saisit d'un des exemplaires et sa bonne humeur s'évapora d'un coup.

Sous le titre, une photo de mauvaise qualité montrait Ben en train de marcher avec son déambulateur dans le parc de la clinique. Rey était à côté de lui mais son visage à elle avait été flouté. La photo semblait avoir été prise depuis le ciel mais on reconnaissait tout de même très bien l'acteur. C'était incroyable.

Merde… Mais comment avaient-ils fait pour obtenir ces images ? A l'intérieur, d'autres clichés s'étalaient sur la double page centrale, aux côtés d'une interview de Bazine Nétal et celle d'un certain Allan Snoke.

-Mademoiselle, si vous voulez lire, il va falloir acheter ce magazine, gronda le vigile qui s'était approché d'elle.

-Oui euh, désolée, s'excusa Rey qui alla payer ses achats au comptoir.

Une fois assise dans sa voiture, elle rouvrit le tabloid et se mit à lire.

Ben Solo aurait subitement rompu avec sa petite-amie Bazine Netal et viré son agent, Allan Snoke sans aucune raison valable il y a une semaine de ça. Dans l'interview, le top model chouinait en racontant qu'elle n'avait pas cessé de prendre soin de lui et que lui, l'avait jetée comme une vieille chaussette. Rey parcourut en diagonale le reste de l'article.

« Je suis sous le choc. Je ne comprends pas. Ben et moi, avions une relation si profonde, si magique. J'ai été à ses côté durant la terrible épreuve qu'il a traversée et du jour au lendemain, il a décidé que tout était fini, que je n'étais plus rien pour lui. »

Même typographiés ces mots sonnaient faux. Plus loin, les propos de l'agent de Ben corroborait les dires de son ex-petite amie.

« Ben Solo est instable. Il l'a toujours été. Pour cela il tient de son grand-père avec qui, vous le savez, j'ai travaillé de nombreuses années.

Même avant son accident, les choses étaient compliquées avec Ben. Avant moi, il avait d'ailleurs déjà remercié son oncle, Luke Skywalker, qu'il accusait à tort de mal gérer sa carrière. Il entretient aussi des relations houleuses avec sa mère, Leia Organa-Solo, qui a fait passer son ambition politique avant son fils toute sa vie. Mais il faut croire que le drame qu'il vient de traverser l'a marqué bien plus qu'il n'a voulu l'admettre. Il a besoin d'aide. Encore faut-il qu'il accepte cette aide de la part de ceux qui se sont toujours souciés de son bien-être comme sa petite amie, Bazine et moi-même. Au lieu de ça, il nous a rejetés sans aucune forme de considération.»

Ça dégoulinait d'hypocrisie. Poe et Rose avaient été catégoriques ni le top-model ni son agent n'étaient venus une seule fois lui rendre visite à Whitegrove. Les gens devaient commencer à jaser sur les réseaux sociaux, Netal voulait garder intacte sa côte de popularité et faire passer Ben pour le méchant. Quant aux propos de Snoke, ça puait la vengeance à plein nez.

Tout cela était abject. Quoiqu'il se soit passé avec cette Bazine et ce type, Snoke, elle était persuadée que Ben ne méritait pas ça.

Et le problème était là.

Elle sentait bien que les liens qui avaient commencé à se tisser entre eux, dépassaient chaque jour un peu plus la simple relation patient-thérapeute. Ils se tutoyaient à présent et au fil de leurs conversations et des séances, elle avait découvert un homme sensible, drôle et très exigeant envers lui-même. Il avait une vulnérabilité touchante dans le regard et à côté de ça, il dégageait une force et une aura qui étaient loin de la laisser indifférente.

Ce n'était pas une bonne chose. Ce n'était pas professionnel.

Elle s'impliquait trop émotionnellement. Encore. Et la dernière fois ça c'était mal terminé.

Rey jeta le tabloid sur le siège passager et démarra sa voiture.

Elle venait tout juste d'entrer dans le hall de la clinique, quand, au fond de la pièce, les portes de l'ascenseur s'ouvrirent justement sur Ben, Leia Organa-Solo et Amilyn Holdo.

-Tu dois faire quelque chose Ben ! s'écriait la sénatrice. Contacte ton avocat ! Traîne ce sale type en justice pour diffamation et cette fille aussi tant que tu y es ! Idem pour ce magazine infâme et son ramassis de mensonges. Que fabrique donc ton attachée de presse ?

-Laisse tomber maman, l'entendit Rey maugréer avant de sortir de la cabine.

Il portait son manteau noir et avait visiblement prévu d'aller faire un tour.

Figée au milieu du hall, Rey fut saisie par l'expression résignée qu'il affichait. Ils étaient en train de parler de l'article. C'était évident.

-Bonjour Rey, fit-il en arrivant devant elle. Je suis désolé, j'ai besoin d'aller m'aérer un peu la tête. Est-ce qu'on peut décaler la séance à un peu plus tard ?

-Oui…euh… oui, bien sûr, tu es mon unique patient cet après-midi, répondit la jeune femme avec douceur, mais il n'attendit pas qu'elle finisse sa phrase, se dirigeant précipitamment vers la sortie.

Sa mère, qui l'avait suivi, voulut le retenir mais Amilyn posa une main amicale sur son épaule.

-Laisse-le Leia, murmura-t-elle. Il a besoin d'être seul.

Les trois femmes se retrouvèrent donc face à face devant l'accueil et la psychologue lâcha un long soupir avant de s'adresser à elle :

-Rey, je te présente Leia Organa-Solo, la mère de Ben.

La sénatrice lui offrit un sourire poli et une poignée de main amicale.

-Enchanté de vous rencontrer enfin, mademoiselle. Amilyn m'a beaucoup parlé de vous. Je vous suis tellement reconnaissante de prendre soin de mon fils comme vous le faites.

-Je vous en prie. C'est mon travail.

-Je suis vraiment désolée, je ne voulais pas faire une scène au milieu du hall, c'est juste que mon fils…

La voix de Leia se brisa sur ce dernier mot et Amilyn voulut expliquer ce qui s'était passé.

-Des photos de lui ont été prises ici, sûrement à l'aide d'un drone, et ils ont interviewé-

-Je suis déjà au courant, la coupa Rey, j'ai vu le magazine à la librairie.

La sénatrice baissa alors la tête et Amilyn passa son bras sous celui de son amie.

-Allez viens Leia, je te raccompagne jusqu'à ta voiture. Ne t'en fais pas. Ben ira bien.

Leia acquiesça et remercia la jeune kiné à nouveau. Puis les deux femmes prirent le couloir en direction du parking privé.

Rey demeura seule au milieu du hall avec son sac sur l'épaule et ses clés de voiture dans la main. Elle ferma les yeux et inspira profondément.

Pas du tout professionnel… se fustigea-t-elle avant d'hésiter encore quelques secondes et de foncer à son tour hors du bâtiment pour tenter de rattraper Ben Solo.

OooooO

Il avait parcouru à peine la moitié de l'allée menant au parc quand il entendit Rey l'interpeller.

-Hey, Ben !

Il s'arrêta alors laissant à la jeune femme le temps de le rejoindre.

- J'ai une proposition à te faire, s'exclama-t-elle en se plantant devant lui. Que dirais-tu si on remplaçait notre séance d'aujourd'hui par une ballade sur la plage ? Marcher sur le sable changerait un peu et respirer le bon air marin te ferait du bien. Je connais un petit coin tranquille sur la côte où il n'y a que très rarement du monde, ajouta-t-elle. Alors, ça te dit ?

En cet instant, debout devant lui, elle était à nouveau en train de lui offrir ce sourire magnifique qui illuminait tout. Une brise légère faisait voler ses mèches aux reflets auburn et face au soleil, le vert de ses yeux paraissait occuper toute la surface de ses iris. Elle était magnifique et elle attendait sa réponse.

-OK, allons-y, fit-il en lui rendant son sourire.

OooooO

Cela faisait plus de trois semaines qu'ils travaillaient ensemble et Ben était à présent convaincu d'une chose : Rey Kanata était une fille merveilleuse.

Il allait bientôt quitter la clinique et la perspective de ne plus la revoir tous les jours le contrariait bien plus que les propos calomnieux et putrides de Snoke et Bazine dans la presse à scandale.

La voix claire de la jeune femme annonçant qu'ils étaient enfin arrivés le tira de ses méditations. Elle se gara sur un petit parking et tous deux sortirent de la voiture pour s'engager sur le chemin bordé de roseaux des sables conduisant à la plage. Rey avait raison. Il n'y avait presque personne.

-On part de ce côté ? demanda-t-elle avec enthousiasme et Ben la suivit volontiers en emplissant ses poumons du parfum vivifiant et iodé de l'Atlantique.

Le vent ici était plus fort et plus frais et il remonta le col de son manteau tandis que Rey resserrait son écharpe autour de son cou. Puis ils plongèrent tous les deux leurs mains dans leurs poches et marchèrent lentement, au rythme de Ben.

-ça t'arrive souvent d'emmener tes patients se balader au bord de l'eau ?

-Pas souvent non, mais je crois que tu avais besoin de sortir un peu du cadre de la clinique.

Ben se mit à admirer la ligne d'horizon et il sentit le coude de Rey frôler le sien.

-Je suis au courant pour l'article dans ce tabloïd. Je suis tombée dessus par hasard tout à l'heure quand j'étais en ville, avoua-t-elle.

Le grand brun soupira.

-Ce n'est pas le premier et ce ne sera pas le dernier.

-J'imagine que ça doit être pesant à force, de voir sa vie exposée comme ça. Je comprends mieux ta réaction le premier jour de notre rencontre.

-Je suis habitué à être observé à la loupe depuis que je suis né. Au début à cause de la célébrité de mon grand-père, puis celle de mes parents et aujourd'hui de par mon métier. Je fais pourtant tout pour rester discret. Ce genre de choses ne devrait plus me toucher.

-Ben, les gens savent très bien que tout ce qu'on lit dans ce genre de presse est toujours malveillant et très loin de la vérité.

Discuter avec elle était devenu depuis quelques temps tellement naturel et réconfortant. Il lui raconta alors les détails de sa relation sans avenir avec Bazine, sa rupture tout juste après son entrée à la clinique, deux mois plus tôt.

-Elle a le toupet d'affirmer que vous avez rompu il y a une semaine, s'offusqua Rey.

-Elle ment. Et c'est d'un commun accord que nous avons décidé de nous séparer.

Il expliqua ensuite ses déboires avec Snoke.

-Ma mère a toujours été très réticente à me voir embrasser la carrière d'acteur, à cause de mon grand-père. Elle ne parle jamais de lui. Et mon oncle Luke, non plus. Je les ai mis devant le fait accompli en quittant la fac de droit et en intégrant Julliard. Mais je rêve de jouer la comédie depuis que je suis gosse. Je ne me voyais pas faire autre chose. Alors après avoir obtenu mon diplôme, mon oncle a proposé de devenir mon agent. Dans sa jeunesse, lui-même avait connu sa petite heure de gloire au théâtre, à Broadway, avant de se lancer par la suite dans la production. J'étais plutôt content, j'avais confiance en lui et ma mère était rassurée. Au début, on s'entendait très bien tous les deux. J'ai pris mes marques, fait mes premiers pas dans des séries télé, puis au cinéma et j'ai réussi à avoir des petits rôles sous la direction de réalisateurs fabuleux. Et puis j'ai visé la tête d'affiche et c'est là que j'ai réalisé que Luke faisait tout pour me freiner. Il a commencé à me dire que je n'étais pas prêt pour certains personnages, il m'a fait décliner des propositions qui pourtant m'emballaient. Et c'est à ce moment-là que Snoke a pris contact avec moi et que tout est parti en vrille avec Luke. On s'est disputé. Ma mère s'en est mêlée. Tous les deux accusaient Allan d'être en partie responsable de la déchéance et de la mort de mon grand-père. Ils disaient qu'il l'avait entraîné dans la drogue et l'alcool, qu'il était calculateur et qu'il ne pensait qu'à l'argent. Mes parents m'ont mis en garde. Mais je m'en fichais. Il avait des relations et j'en voulais à mon oncle. Alors j'ai coupé les ponts avec Luke et sous la houlette de Snoke, ma carrière a décollé. C'est vrai que lui je dois au moins ça.

-Ta carrière a décollé parce que tu as du talent, Ben.

Le grand brun tourna alors la tête vers elle et un petit sourire malicieux se dessina sur ses lèvres. Alors Rey haussa les épaules avant de rouler de yeux.

-Oui, bon Ok, j'ai dû regarder quelques-uns de tes films… Tu es vraiment un acteur formidable et quelqu'un de bien. Il n'y a qu'à voir la façon dont tu t'es comporté avec Ethan. Tu a été adorable. Et je suis vraiment désolée que ces gens bavent sur toi de cette façon.

Elle lui avait fait tous ces compliments sans le regarder mais lui avait les yeux rivés sur elle. Elle était lumineuse et cela faisait une éternité qu'il ne s'était pas senti aussi bien avec quelqu'un.

Le bout de son nez et ses pommettes avaient rosi sous la fraîcheur des embruns et elle se mordilla soudain la lèvre inférieure. Il fut alors pris d'une envie irrésistible de l'embrasser.

Mais au pas suivant, son pied butta contre une pierre et il manqua de trébucher. Par réflexe, Rey, attrapa son bras, et il parvint à retrouver son équilibre alors que la jeune femme glissait une main dans la sienne et que l'autre se posait sur sa poitrine pour le stabiliser.

-Ben, ça va ? On est allé peut-être un peu trop loin. Ton dos te fait mal ? On va rentrer d'accord ?

Sa candeur s'était muée en inquiétude. Elle avait les lèvres entrouvertes et le souffle court.

Ben sentit son pouls s'accélérer et il se noya dans son regard. C'était la première fois que ce genre de chose lui arrivait. Il était attiré par elle comme un aimant. Quelque chose était en train de se passer.

Comment, pourquoi…Impossible de répondre.

Pendant un quart de seconde, il eut l'impression de pouvoir lire en elle comme dans un livre ouvert. Impossible que Rey ne sente pas aussi cette force étrange qui les connectait. Il la vit déglutir. Lui, avait totalement arrêté de respirer. D'un geste lent, il essuya du pouce une goutte d'océan échouée sur la joue de la jeune femme et son index frôla la ligne de sa mâchoire.

Elle se rapprocha imperceptiblement de lui. Il s'inclina légèrement vers elle. Ses yeux brillaient. Sa bouche était tout près.

Puis tout d'un coup, elle recula. Ses doigts s'échappèrent doucement des siens et elle baissa la tête.

Non…Reste avec moi.

-Il commence à se faire tard, bafouilla-t-elle avant de se racler sa gorge.

Il était à peine 16H.

-Et il ne faudrait pas que tu forces trop. On va remonter par le sentier là et retourner à la voiture par le petit chemin de terre. Demain, on fera un séance un peu plus « light ».

Elle avait retrouvé sa casquette de kiné.

Le cœur de Ben était prêt à exploser dans sa poitrine.

-Parfait, après toi, se força-t-il à sourire.

OoooooO

Sur le chemin du retour, Rey n'arrêtait pas de babiller sans discontinuer, certainement pour ne pas laisser s'installer de silence un peu trop gênant.

Etait-il allé trop loin ? L'avait-il mise mal à l'aise ? Elle était sa thérapeute et il était tout à fait conscient qu'il y avait des limites à ne pas franchir. Mais il n'avait pas juste fantasmé ce qui s'était passé tout à l'heure sur la plage. Il était persuadé que Rey ressentait des choses elle aussi.

La radio était allumée et en bruit de fond, Stevie Wonder entonnait son célèbre « Isn't she lovely ».

Une fois arrivés à la clinique, ils remontèrent l'allée menant à l'entrée et Rey continua son monologue :

-Après ton départ de Whitegrove, si tu sens que tu as encore quelques soucis de mobilité, tu peux faire appel à un physiothérapeute à domicile qui peut venir chez toi te faire faire des exercices et des massages pendant encore quelques semaines.

Ils marchèrent encore quelques mètres et Ben s'arrêta soudain avant de se tourner vers elle.

-Merci.

-Oh mais je t'en prie.

-Pour tout ce que tu as fait pour moi depuis près d'un mois. Tes futurs patients vont être très chanceux de t'avoir.

La jeune femme parut touchée.

Ils étaient à nouveau face à face et il sentait que Rey avait envie de lui dire autre chose.

-Je pense aller travailler quelques temps au Brookdale Hospital à New York. Amilyn a ouvert un dispensaire là-bas et ils ont besoin de thérapeutes pour les consultations gratuites.

Le Brookdale Hospital. C'était à Brooklyn. Rey allait passer ses journées à environ une quarantaine de minutes de chez lui.

-Je vais essayer de louer quelque chose de pas trop cher et de pas trop loin de l'hôpital. Et je suis ravie parce que je vais y retrouver mon amie Rose.

Elle avait effectivement l'air content. Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes. Elle allait continuer à aider de nouveaux patients et lui allait, l'espérait-il, retrouver sa vie d'avant à deux mille à l'heure, les plateaux de tournage, parfois à l'étranger, les flashes des photographes, chercher un nouvel agent…

-Et Ben, je voulais te dire aussi que… Elle se mordit la lèvre. Encore.

-Rey ?

Ils tournèrent la tête vers l'entrée tous les deux en même temps. Un jeune homme d'une trentaine d'année à la peau noire et la bouche parée d'un sourire timide se tenait debout sur le perron.

Ben jeta un regard furtif à la jeune kiné. Elle ne bougeait plus et fixait l'inconnu avec stupéfaction.

-Finn… lâcha-t-elle dans un souffle, alors qu'une rafale de vent faisait voler les pans de son écharpe.

OoooooO