Chapitre 8


Il faisait un temps magnifique en ce samedi après-midi.

Poe, Rose, Kaydel, Paige et Rey étaient arrivés au haras en fin de matinée et Maz, comme à son habitude, leur avait préparé un repas succulent qui avait régalé tout le monde. Dans la cuisine, Rey s'affairait désormais à préparer le café quand son téléphone lui signala qu'elle venait de recevoir un SMS. Elle appuya sur l'icône de messagerie et la photo d'une splendide plante verte s'afficha à l'écran. La légende en dessous disait :

« Elle est en pleine forme. A croire que je ne lui ai pas tellement manqué après tout. Par contre, toi, tu me manques déjà. Je t'embrasse. Ben. »

Le visage de la jeune femme s'illumina. Elle ne s'attendait pas à ce que Ben la recontacte si vite. Elle avait même craint qu'il ne le fasse pas du tout. Aussi, ces quelques mots tendres écrits, noir sur blanc, lui firent un bien fou.

-Il s'appelle comment ?

Rey sursauta. Maz venait de rentrer dans la cuisine. Sans regarder sa petite fille, mais avec un petit sourire en coin, elle se mit à disposer les tasses qui attendaient sur l'ilot central dans un plateau en bambou.

-Oh euh… c'est Ben, un patient, répondit Rey. Il a quitté la clinique hier et il m'envoie un message pour me dire qu'il est bien rentré et que tout va pour le mieux.

Elle avait adopté un ton parfaitement neutre, qui, l'espérait-elle, découragerait Maz de l'interroger davantage.

-Ce n'est donc pas à cause de ce Ben que ton téléphone est greffé à ta main depuis ce matin et que tu souris béatement en regardant dans le vide dès que nous avons tous le dos tourné ?

L'air de rien, Maz continua de remplir le plateau avec les petites cuillères, le sucre et les sablés qu'elle avait préparés pour tout le monde. Rey décida alors qu'elle n'avait plus envie de cacher quoi que ce soit, à personne.

-En fait si, répondit-elle. Avant qu'il ne parte hier, Ben et moi, nous…

Rose fit à son tour irruption dans la pièce, empêchant Rey de finir sa phrase.

-J'ai entendu prononcer le prénom de Ben. Qu'est-ce que Solo a encore fait ?

Son air blasé se mua aussitôt en sourire de contentement quand elle posa les yeux sur les biscuits de Maz. Elle en chipa un dans le plateau avant de reporter son attention sur Rey.

-Rien de mal, soupira la jeune kiné en mettant en route la cafetière. On s'est juste embrassé hier.

Rose, qui venait de mordre dans son sablé, se figea sur place. Maz, le plateau dans les mains, prête à l'emporter sous la varangue, stoppa net son geste.

C'est à ce moment-là que Poe débarqua lui aussi.

-Qui a embrassé qui ? J'ai râté un scoop intéressant ? lança-t-il, amusé.

Ni Rose, ni Maz, encore sous l'effet de la surprise, ne furent en mesure de lui répondre.

Et enfin Kaydel, précédée de son énorme ventre rond, rejoignit le petit groupe en s'exclamant avec enthousiasme :

-Hey ! Vous savez quoi ? Paige et John se sont éclipsés pour aller visiter les écuries ! C'est incroyable ! ça fait quoi… trois heures qu'on est ici, et ces deux-là ont déjà craqué l'un pour l'autre !

- Rey et Ben Solo aussi visiblement, balbutia Rose.

- C'est pas vrai !

-Ben Solo, l'acteur ? lâchèrent simultanément Poe et Kaydel, médusés.

Rey ne pouvait plus reculer. Quatre paires d'yeux étaient à présents braquées sur elle, et tout le monde attendait des explications.

Elle parla donc du rapprochement qui s'était opéré entre elle et Ben depuis plusieurs semaines, de leurs longues conversations au fil des séances à la clinique, de leur attirance mutuelle et du fait qu'elle avait découvert quelqu'un de totalement différent de ce qu'elle avait imaginé au début. Elle leur raconta la ballade sur la plage et le baiser qu'ils avaient failli échanger à ce moment-là puis celui qu'ils avaient effectivement échangé la veille, sur le parking, juste avant son départ de Whitegrove.

-Je n'ai aucune idée de ce qui va se passer ensuite, de comment vont évoluer les choses. Mais il vient de m'envoyer un texto et je réagis comme une ado chargée d'hormones, avoua-t-elle en rougissant.

Les lèvres de Maz s'étirèrent jusqu'à ses oreilles. Poe devint soudain euphorique et Kaydel lui asséna un coup de coude dans l'estomac quand il demanda à Rey si Ben – puisque tous les deux étaient intimes à présent- ne pouvait pas lui arranger une rencontre avec Tallie Lintra.

-C'est pour avoir sa signature sur ma poupée POP ! s'était justifié Poe en se massant les côtes.

Seule Rose, l'air contrarié, était restée muette suite cet aveu. Rey aurait voulu savoir pourquoi mais l'interrogatoire en règle mené par Maz et les Dameron dura encore une bonne demi-heure.

Un peu plus tard dans l'après-midi, alors que Poe et Kaydel s'octroyaient une petite sieste à deux, que Maz était occupée au téléphone avec le traiteur chapeautant sa fête et que Paige n'était toujours pas revenue de sa ballade avec John, Rey, monta à l'étage et trouva Rose dans la chambre qu'elle allait partager avec sa sœur.

La brunette était en train de ranger dans la commode, les quelques vêtements qu'elle avait emportés pour le week-end.

Rey frappa sur le chambranle de la porte mais Rose ne daigna pas seulement tourner la tête vers elle.

-Tu es fâchée ? demanda la jeune femme.

Rose continua un moment à faire des aller-retours entre le lit sur lequel était posé son sac et la commode. Puis elle se décida enfin à répondre.

-Pas fâchée non. Juste déçue. Je pensais que l'accord entre nous était de tout se dire.

Rose était une fille merveilleuse, pétillante, au caractère bien affirmé, qui adorait rire mais qui aimait aussi beaucoup râler. Et là, Rey voyait bien qu'elle avait juste envie de bouder et de lui faire payer ses cachotteries.

-ça m'est tombé dessus sans prévenir, Rose. Même moi au début je me disais que c'était complètement insensé. Que ma rupture avec Finn était trop récente. Que je venais juste de revenir à la clinique et qu'il était absolument hors de question de flasher sur un de mes patients, qui plus est star de cinéma ! Je te jure que j'ai lutté mais c'est arrivé. Et je crois que Ben est sincère, lui aussi, quand il dit qu'il veut me revoir. Et du coup, je t'avoue que là, je suis en panique et que j'aurais bien besoin des sages conseils de ma meilleure amie… Vu que mon meilleur ami, lui, ne pense qu'à se servir de moi pour alimenter sa collection de poupées dédicacées « Galactic Fights ».

Rey avait conclu son speech par un petit rire nerveux. Elle était totalement déboussolée et elle espérait que Rose finirait par s'en rendre compte.

Cette dernière marqua une pause puis poussa son sac pour s'asseoir sur le lit. Elle fit ensuite signe à Rey de venir près s'installer près d'elle et les deux jeunes femmes restèrent un moment là, à regarder leurs chaussures, avant que Rose ne brise finalement le silence :

- Il embrasse bien ? demanda-t-elle en esquissant un sourire.

-Divinement bien, répondit Rey en se mordant la lèvre.

La brunette prit la main de son amie dans la sienne.

-Tu as conscience que tu vas devoir dealer avec sa célébrité ? A cause de son statut de star d'Hollywood, mais aussi à cause de sa mère qui est sénatrice, tous ses faits et gestes se retrouvent exposés au grand jour Et de ce fait, les tiens le seront aussi. Sans parler de son boulot. Il peut aller tourner n'importe où et passer beaucoup de temps loin de New York, partir aussi faire des promos aux quatre coins du monde… Tu as pensé à ça ?

Effectivement, Rey y avait pensé. Mais pas de façon vraiment concrète. Elle resserra ses doigts autour de ceux de Rose.

-Tu tiens vraiment à lui, n'est-ce pas ? demanda la jeune asiatique et Rey soupira.

-Chaque fois que je pense à lui, j'ai envie de sourire. J'ai des papillons dans l'estomac. Quand je suis avec lui, j'ai l'impression qu'une sorte de force nous pousse l'un vers l'autre. J'ai du mal à me l'expliquer. Je suis bien. J'ai envie de sourire comme une idiote.

-Oh moi, je l'explique très bien…Tu es en train de tomber amoureuse ma vieille…Tu es fichue.

Rey se mit à renifler.

-Je suis terrifiée, Rose. Après Finn, je…

-Oublie Finn. Et oublie ce que je viens de te dire. Il faut que tu profites à fond. Après tout, malgré le fait qu'il se soit comporté comme un crétin parfois, je ne vais pas nier le fait que Solo est absolument torride et qu'il a des fesses magnifiques.

Rey ne put se retenir de pouffer et posa affectueusement la tête sur l'épaule de son amie. Rose cala sa joue sur le haut de son crâne et ajouta :

-J'espère que ça va marcher entre vous. Vraiment. Parce que gare à son sublime postérieur s'il s'avise de te faire du mal, lui aussi. Si il déconne, Kylo Ren fera connaissance avec l'impitoyable côté Obscur de Rose Tico.

OoooooO

Depuis la terrasse de son appartement, Ben avait une vue imprenable sur le pont de Brooklyn, l'île de Manhattan et les gratte-ciels du quartier des affaires. On était samedi, il était 15H, le soleil brillait et les promeneurs étaient nombreux le long des quais et dans les parcs bordant le fleuve. Les eaux grises de l'Hudson semblaient s'être parées d'argent étincelant et une petite brise légère était en train de faire sécher la sueur qui avait trempé son T-shirt et qui recouvrait sa peau.

La jeune femme lui avait conseillé de continuer une semaine ou deux sa rééducation et il avait donc profité du beau temps et d'un moment de tranquillité pour faire dehors la série d'exercices qu'il avait l'habitude de pratiquer avec elle, tous les jours à Whitegrove.

La veille, à peine de retour chez lui, le téléphone avait sonné sans discontinuer. Tout d'abord un appel de sa mère, qui se réjouissait de sa sortie de la clinique et qui lui demandait quand elle pouvait passer le voir, puis un coup de fil de son avocat, pour l'informer que le fournisseur incriminé dans son accident avait accepté l'accord proposé. Son assurance était ravie et Maître Hawkins voulait savoir si Ben souhaitait toujours que les dommages et intérêts soient reversés aux diverses associations qu'il soutenait. L'acteur avait confirmé et Hawkins promit de s'en occuper.

A son tour, Ben avait ensuite appelé Josh Lewis, son fidèle assistant. Ce dernier, qui bossait pour lui depuis déjà plusieurs années, lui apprit que des représentants de Creative Artist et de United Talent Agency avaient laissé plusieurs messages sur son répondeur, de même que Monica Mothma, une amie de Luke et agent artistique renommée de New York. Tous proposaient de reprendre la carrière de Ben en main, vu qu'Allan Snoke et le First Order avaient été « assez fous pour tourner le dos à un artiste de sa trempe ». Cela avait fait sourire le grand brun. Il n'était pas vraiment sensible à la flatterie mais découvrir que Snoke avait tort et qu'il y avait encore des gens pour croire en lui était jubilatoire.

Monica Mothma était excellente dans son domaine et il envisageait vraiment de répondre favorablement à sa proposition de travailler avec elle. Josh avait donc organisé une rencontre tôt dans la matinée et il avait pris le petit-déjeuner avec elle dans le coffee shop qui se trouvait juste au coin de sa rue. A sa grande satisfaction, leur entrevue s'était finalement conclue par une toute nouvelle collaboration.

Ben avait ensuite passé le reste de la matinée à répondre à plusieurs mails et messages d'amis qui prenaient de ses nouvelles et commandé sur le net de quoi remplir convenablement son frigo. Il avait aussi pris le temps d'inspecter chacune de ses plantes vertes pour constater que son concierge, Mr Artoo, avait assuré durant son absence.

Il était vraiment heureux de retrouver son cocon, son quartier, ses habitudes. Maintenant, le cours normal de sa vie pouvait reprendre.

Enfin presque, car Rey Kanata n'avait pas quitté son esprit une seule seconde depuis son départ de Greenwich.

Il s'était dit qu'il allait laisser passer le week-end avant de l'appeler mais il en avait été incapable.

Deux heures plus tôt, il lui avait envoyé un message et à présent, il réfléchissait à la façon dont il allait pouvoir l'inviter à sortir. Il savait qu'elle devait trouver un logement en ville et s'il s'était écouté, il lui aurait carrément proposé de l'héberger ici.

Il était dingue. Dingue d'elle.

Il s'essuya alors le visage avec une serviette et traversa son salon pour se rendre dans la salle de bain. Il avait vraiment besoin d'une douche. En passant devant le grand miroir accroché sur le mur du couloir, il se rendit compte qu'il souriait. Snoke était sorti de sa vie, sa relation avec sa mère était repartie sur de bonnes bases et son envie de reprendre le travail n'avait jamais été aussi grande.

L'eau chaude qui coulait le long de son corps lui fit du bien. Il ne ressentait presque plus aucune douleur et ne prenait plus non plus d'antalgiques depuis deux semaines. Encore une bonne chose.

Tout en se lavant, il se remémora les derniers mois passés à la clinique, la douceur des mains de Rey, le son mélodieux de sa voix et son sourire éblouissant. Un film entier dédié à la jeune femme se mit à défiler devant ses paupières closes : ses yeux noisette étoilés de vert, l'ourlé de sa bouche, le galbe de ses jambes, la délicatesse de sa nuque… et une douce chaleur s'éveilla dans son bas-ventre. Quand la main de Ben descendit le long de ses abdominaux jusqu'à son intimité, il sentit qu'il était déjà à moitié dur. La vapeur blanche avait envahi la cabine de douche et son corps à lui, bouillait de l'intérieur. Cette fille l'avait ensorcelé et il ne parvenait plus à la chasser de ses pensées. Ses doigts attrapèrent la base de son pénis et son poing commença à monter et descendre lentement, son autre main plaquée contre le mur. Il repensa alors à la connexion incroyable qu'ils avaient partagée sur la plage, aux lèvres de la jeune femme goûtant les siennes sur le parking, à son corps serré contre lui, à ses petits seins adorables qu'il avait envie de dévorer, et il sentit son pénis devenir aussi dur que de l'acier contre sa paume. Il accéléra son va et vient. L'excitation montait. Le plaisir aussi. Tout d'un coup ce n'était plus sa main mais celle de Rey qui enserrait son membre et le caressait. Il se mit à gémir et accéléra le mouvement. Le feu dans son ventre grandissait et cette fois, Rey le prenait en bouche. Ses halètements s'amplifièrent, la tension n'allait pas tarder à s'évacuer et son cœur battait vite. Son poing s'activa encore et soudain, son sexe pulsa dans sa main. Ben laissa échapper un râle presque animal alors qu'il éjaculait contre le carrelage de la douche. Le cerveau submergé d'endorphines et le corps encore électrisé, il posa son front contre la céramique et tenta de calmer sa respiration.

Dieu soit loué, ses lésions vertébrales n'avaient eu aucun impact sur ce qui se trouvait au niveau de son entrejambe. Il avait déjà pu le constater quand il était à Whitegrove et que cette nuit-là, Rey Kanata avait hanté ses rêves pour la première fois.

La sensation de plénitude était délicieuse. Ses muscles se relâchèrent sous l'eau tombant en pluie depuis le plafond et les dernières traces de sa jouissance glissèrent le long de la paroi pour disparaître dans l'évacuation à ses pieds.

Il fallait qu'il revoie Rey. Vite. Qu'il lui parle. Qu'il l'embrasse. Qu'il la touche.

Ben sortit de la douche, se sécha et enfila un T-shirt et un pantalon de sport fluide. Sur le meuble de sa chambre, son téléphone se mit à vibrer. Il venait de recevoir un texto. Son cœur fit une embardée quand il vit le nom de Rey affiché à l'écran :

« Tu me manques aussi. »

Elle avait signé d'un cœur, et il se mit à sourire à nouveau, en soupirant d'aise.

Une heure plus tard, Ben était assis confortablement dans son canapé, son ordinateur portable posé sur ses genoux. Il venait juste de trouver les horaires d'ouverture du dispensaire sur le site internet du Brookdale Hospital, quand quelqu'un sonna à la porte.

En bas de son immeuble, Mr Artoo filtrait les entrées. Ce devait donc être Leia, qui avait promis de faire un saut chez lui juste avant de se rendre à sa réunion au Sénat.

Ben se leva pour aller ouvrir et sa surprise fut grande de découvrir que ce n'était pas sa mère qui se tenait derrière la porte.

-Luke ? lâcha-t-il dans un souffle.

-Bonjour Ben, répondit Skywalker.

Les deux hommes restèrent un long moment face à face, à se dévisager en silence. Cela faisait maintenant six ans qu'ils avaient rompu tout contact.

Luke n'avait pas changé. Il avait toujours ce regard vif et intense qui imposait immédiatement le respect, le même que celui de Leia. Ses cheveux étaient juste plus longs, son visage plus hâlé et il arborait désormais une magnifique barbe poivre et sel. Il était habillé simplement, avec une chemise en lin clair, un pantalon en toile, des boots éliminés et il portait au poignet une ribambelle de bracelets en perles et graines multicolores certainement rapportés de son séjour en Inde. Il tenait aussi à la main une chemise cartonnée remplie de feuillets.

-Ton concierge m'a laissé monter mais je tombe mal peut-être.

Encore sous le coup de la surprise, Ben hésita quelques secondes avant d'ouvrir la porte en grand.

-Non, j'étais juste en train de surfer un peu sur le Net. Je t'en prie.

Il accompagna son invitation d'un geste de la main et Luke pénétra alors dans l'appartement. Ben lui désigna le salon et lui proposa un café.

-Volontiers oui, répondit Skywalker en s'asseyant finalement dans le sofa.

Quand le grand brun revint de la cuisine avec deux tasses fumantes, il en tendit une à son oncle.

-Merci, fit ce dernier en hochant la tête. Pour être honnête, je n'étais pas certain que tu veuilles m'ouvrir.

-Je n'ai même pas regardé par l'œilleton. Je croyais que c'était Leia, retorqua Ben en s'asseyant à son tour dans un des fauteuils.

Six ans plus tôt, Luke et lui s'étaient séparés dans les cris et la rancœur. Son oncle avait alors migré sur la Côte Ouest, partageant ensuite son temps entre l'écriture de scénarios et ses voyages à travers le monde. Le revoir ici à New York était donc inattendu.

-Je suis heureux de constater que tout se passe beaucoup mieux avec ta mère, reprit Skywalker.

-C'est très récent, répondit l'acteur.

-Tes rapports avec tes parents ont toujours été compliqués. Être le fils de Leia et Han, n'a pas été chose facile, je te l'accorde.

-Quels rapports ? Ils n'étaient jamais là.

-Ben…

-Tu sais très bien que c'est vrai, trancha l'acteur tandis que Luke baissait la tête pour détailler les motifs du tapis.

-Ils ont essayé de combiner carrières et vie de famille. Avec plus ou moins de succès.

-Ils ont toujours voulu décider pour moi quelle serait ma vie et je leur ai répété cent fois que je n'étais pas Anakin.

Luke pinça les lèvres. Il ne semblait pas tout à fait d'accord.

-Tu es exigeant. Tu as une sensibilité rare que tu tentes de cacher sous tes airs bourrus. Tu es anxieux, intelligent et passionné. Tu ressembles à ton grand-père plus que tu ne le crois. Et surtout, tu as ce talent exceptionnel pour la comédie, tout comme lui. C'est pour cela que quand ta mère a tout tenté pour te dissuader de suivre ses traces, moi, je savais déjà que c'était peine perdue. Je l'ai su dès que je t'ai vu jouer Oliver Twist dans cette scénette à l'école primaire. Tu étais destiné à devenir un grand acteur, Ben. Et nous avons eu peur.

-Peur ? Mais peur de quoi ?

Luke continua d'une voix grave et posée.

- Leia et moi n'étions que des enfants quand ton grand-père a été repéré par le big boss de la prestigieuse agence Empire Artists Management, Sheev Palpatine. Il jouait dans une petite pièce écrite par un de ses amis et Palpatine l'a confié aux bons soins de son bras droit de l'époque, Snoke. Allan lui a décroché son premier grand rôle et le succès a été immédiat. Fulgurant même. Les tournages prestigieux se sont enchaînés et les soirées arrosées aussi. Ton grand-père a perdu pied. Après l'alcool, il s'est mis à la cocaïne Et nous avons assistés, impuissants à sa déchéance.

-Mais pourquoi penser qu'il m'arriverait la même chose ? protesta Ben. C'était complètement absurde.

Luke releva la tête et le fixa avec ses yeux azur toujours aussi perçants.

-Tu étais jeune et ambitieux. Impulsif et rebelle. Plein de colère.

Ben laissa échapper un ricanement désabusé.

-Je sais, je sais…soupira Luke. Tu avais des raisons de l'être. Mais tu connais maintenant le monde du cinéma aussi bien que moi. C'est la jungle parfois. Et il suffit d'une ou deux mauvaises rencontres pour que tout bascule. Leia et moi adorions notre père et nous ne nous sommes jamais vraiment remis de sa mort. Il était hors de question qu'il t'arrive la même chose qu'à lui. Alors oui, notre peur était irrationnelle, mais bien réelle.

Ben avait déjà entendu ces paroles dans la bouche de ses parents quand il leur avait annoncé qu'il comptait remplacer Luke par Snoke.

-Leia m'a donc demandé de devenir ton agent, de « veiller » sur toi. Par chance, tu as accepté. J'étais ravi que tu ne veuilles pas utiliser le nom de Skywalker pour te faire une place dans le milieu. Je t'ai regardé galérer un peu dans les castings et je me disais que peut-être tu te lasserais, que tu réaliserais que le métier d'avocat t'apporterait plus de stabilité. Mais c'était peine perdue. Tu voulais tout et tout de suite. Tu es un acteur exceptionnel, Ben. Et tout le monde s'en est vite aperçu. Alors j'ai fait quelque chose d'absolument stupide : j'ai voulu prendre le contrôle de ta carrière. Snoke venait de créer sa propre agence et je le voyais qui commençait à te tourner autour. Et moi je continuais à t'orienter vers des rôles secondaires, je voulais que tu découvres progressivement le métier, j'ai volontairement omis de te transmettre certains scénarios parce que je savais pertinemment qu'ils te feraient décoller pour de bon. Je voulais t'imposer mes choix et te brider. Et l'ironie du sort a fait que tu t'es tourné vers Allan et que j'ai perdu mon unique neveu pendant toutes ces années.

La gorge de Ben se noua et Luke reprit.

-Tu as le droit de jeter la pierre à tes parents. Mais je suis aussi responsable. Je n'aurais pas dû me laisser influencer par Leia. Et c'est pour cela que je suis là aujourd'hui, pour te présenter mes excuses. Je ne t'ai pas soutenu comme je l'aurais dû, tu avais raison. Je te demande pardon.

A ces mots, Ben releva un sourcil. Il ne s'attendait vraiment pas à ça et demeura un peu à court de mots. La sincérité qu'il ressentait dans les paroles de son oncle était touchante et salvatrice. Après tout ce temps passé à en vouloir à la Terre entière, et surtout après ce qui s'était passé avec Snoke, la rancœur et la colère avaient disparu. Il n'en voulait plus à personne désormais.

-Pourquoi avoir attendu pour me dire tout cela ? exprima-t-il à haute voix.

Cette fois, Luke soutint son regard.

-Parce que je n'étais pas fier de moi. Ou au contraire trop fier.

-J'aurais préféré que vous me fassiez confiance, maman et toi.

-Nous aurions dû.

Les yeux de Ben s'humidifièrent un peu et il eut soudain l'étrange sensation d'être enfin débarrassé de ce poids invisible qui lestait sa poitrine depuis trop longtemps.

-Allan est un sale con, déclara le grand brun. Sur ce point vous aviez raison.

Luke se garda de répondre. Il gratifia simplement son neveu d'un sourire triste et Ben lui en fut reconnaissant. La mort de Han avait bouleversé beaucoup de choses dans sa vie et son accident lui avait ouvert les yeux sur d'autres. Il avait mûri. Il avait compris que ses parents, malgré tous leurs défauts, n'étaient pas les pires parents du monde tout comme son oncle n'avait pas sciemment fait en sorte de devenir son ennemi. Ils tenaient tous à lui et le temps de l'apaisement était venu.

-Quoi qu'il en soit, je suis content que tu ailles mieux, reprit Skywalker.

-Tu connais Amilyn. Elle a fait en sorte que je sois chouchouté comme un prince.

-ça ne m'étonne pas d'elle. Amilyn est un amour.

-Tu lui as beaucoup manqué d'ailleurs, ajouta Ben avec une pointe de malice.

-Elle m'a manqué, elle aussi, répondit Luke.

Les deux hommes prirent ensemble une gorgée de café tout en échangeant un regard de connivence, chose qu'il n'avait pas fait depuis une éternité. L'atmosphère se détendit enfin pour de bon et Ben questionna Luke sur son séjour en Inde. Puis il montra enfin du doigt la chemise cartonnée sur les genoux de son oncle.

-Qu'est-ce que c'est ?

-Oh ça…

Luke posa alors les documents sur la table basse.

- Figure-toi que je me lance dans la production. Mon ami Mace Windu monte la pièce de Milford Tilson, « Don't show that ».

Une lueur s'alluma brusquement dans les yeux de Ben. Cette pièce était une de ses œuvres préférées et Luke le savait. D'ailleurs, le visage de ce dernier se para d'un petit sourire en coin quand il poussa du bout des doigts la chemise en direction de son neveu.

-Je voudrais savoir si tu serais intéressé par le rôle de Bale, annonça-t-il.

La bouche de Ben s'ouvrit et se referma plusieurs fois sans qu'un seul mot n'en sorte au début.

-Alors non seulement tu te pointes chez moi au bout de six ans pour faire ton mea culpa, mais en plus, tu me proposes du boulot ? parvint-il finalement à articuler.

-C'est ça, répondit simplement Luke avant de finir son café.

Ben n'en croyait pas ses oreilles. Il était à la fois intrigué et excité.

Une pièce de théâtre.

Pourquoi pas, après tout.

Surtout celle-là.

Se remettre en selle avec ce projet n'était pas forcément une mauvaise idée.

-Tu as quand même remarqué que j'avais une sacrée balafre sur le visage pour l'instant ?

-Ça te donne un petit côté féroce et sauvage, c'est parfait pour le rôle.

Ben continuer à dévisager son oncle. Et Luke, lui, sirotait toujours son café.

-Qui doit jouer le rôle de Lana ? demanda l'acteur.

-Zori Bliss.

- Zori a signé pour la pièce ?

-Yep.

-Quand doit avoir lieu la première ?

-Nous avons un planning serré. Première représentation à l'Hudson Theater dans deux mois.

Ben passa une main dans ses cheveux. Son cerveau tournait à plein régime et son petit tic de la mâchoire se réveilla. Son pouce se mit à tapoter contre son mug et Luke sut alors qu'il avait gagné.

-Mace te veut absolument. Et je ne peux pas être plus d'accord avec lui. Tu seras un fantastique « Bale », déclara-t-il.

-Je dois en discuter avec Monica Mothma, mon nouvel agent.

-Elle a déjà reçu notre proposition, répliqua Skywalker.

-Mais comment ? Je n'ai signé avec elle que ce matin !

-Je suis peut-être parti six mois en retraite spirituelle au Rajasthan mais j'ai encore des relations dans le métier. Alors ? Qu'en dis-tu ?

Ben ne s'était pas senti aussi emballé depuis très longtemps et il n'arrivait plus à cacher sa satisfaction. Il se redressa alors dans son siège et tendit la main vers son oncle.

-Je suis partant.

Ce dernier se pencha vers lui à son tour et la serra avec un grand sourire aux lèvres.

OoooooooO

La suite la semaine prochaine