Merci infiniment à tous ceux qui m'ont laissé des coms. Merci aussi à tous les guests auxquels je ne peux hélas pas répondre individuellement comme je le fais avec les autres. Bonne lecture !
CHAPITRE 9
Après ces deux jours passés au haras à prendre du bon temps avec ses amis et sa grand-mère, Rey s'était lancée à corps perdu à la recherche d'un logement à New York. Dès le dimanche après-midi, elle avait fait jouer tous ses contacts sur les réseaux sociaux et épluché des milliers d'annonces sur les sites spécialisés. Or, pas plus tard que le lundi matin, Gwendoline Phasma l'avait appelée.
Son grand-oncle Arthur devait être placé en maison de retraite et la fille de celui-ci, Jane, souhaitait rapidement mettre l'appartement du vieil homme en location. La chirurgienne avait donc tout de suite pensé à Rey.
C'était un charmant deux pièces refait à neuf, en partie meublé et équipé, situé au cœur de Carroll Gardens à exactement 24 min en voiture du Brookdale Hospital. La cousine de Gwen annonçait un loyer plutôt correct vu le standing du quartier et Rey avait, bien sûr, sauté sur l'occasion. En guise de remerciements, elle avait même promis à Phasma de lui payer toutes les pizzas de son choix chez Lucali* pour les trois mois à venir.
Mme Jackson, sa propriétaire à Greenwich n'avait émis aucune objection à ce qu'elle cède son bail en cours à son collègue Charlie, sachant que lui, reprenait son poste à Whitegrove.
La jeune kiné avait donc débauché Rose et Poe pour l'aider à déménager dès le mercredi matin et après avoir chargé matelas, bouquins, vêtements, et la totalité de sa déco dans le pick-up de Maz, elle avait pu passer sa première nuit dans son nouveau petit nid douillet.
Tout était allé tellement vite. Elle n'en revenait pas. Ben lui avait écrit plusieurs autres textos et l'avait même appelée pour lui dire qu'il était ravi de la savoir tout près de Brooklyn Heights. Il lui avait aussi raconté sa conversation avec son oncle Luke et sa décision folle de retravailler avec lui sur un nouveau projet au théâtre. Il semblait tellement enthousiaste que Rey s'était de suite sentie heureuse et fière de lui. Il allait être très pris dans les prochaines semaines avec les répétitions et la mise en place de la pièce mais il avait réitéré son désir urgent de la revoir et lui avait demandé de réserver, si possible, son samedi soir pour lui. Bien sûr elle avait accepté, les mains soudainement moites et des étoiles plein les yeux.
Aujourd'hui jeudi, elle avait donc entamé sa garde au dispensaire, le cœur léger et plus motivée que jamais. Ben lui avait même envoyé un petit message d'encouragement qu'elle avait reçu alors qu'elle sortait de sa voiture.
Elle avait vu défiler les patients toute la journée, il était à présent 17H et elle était sur les rotules. Elle était en train de discuter à l'accueil avec Carmen, la secrétaire, quand la porte du dispensaire s'ouvrit et que Ben Solo pénétra dans la petite salle d'attente. Les quelques patients restants occupés à consulter leurs téléphones levèrent simultanément la tête vers lui et leurs yeux s'écarquillèrent de surprise. L'acteur se baladait à visage découvert, sans lunettes ni casquette et forcément, son apparition fit sensation surtout qu'il tenait à la main un étrange paquet tout en longueur, emballé dans du papier cadeau métallisé avec un gros nœud rouge posé sur le dessus.
Toute aussi étonnée qu'eux, Rey le regarda avancer vers le comptoir en adressant de petits hochements de tête amicaux aux gens qui l'avaient reconnu.
Est-ce qu'il se déplaçait toujours ainsi ? Sans garde du corps ou quelque chose du genre ? La jeune femme focalisa tout de suite son attention sur la démarche de l'acteur -déformation professionnelle- pour constater que tout allait bien. Sa posture était bonne et ses mouvements aussi fluides que lors de leur dernière séance à Whitegrove. Il était aussi toujours aussi grand et incroyablement sexy.
-Hey ! s'exclama Rey, retrouvant enfin l'usage de la parole et le cœur prêt à s'extirper seul de sa cage thoracique.
-Bonsoir Melle Kanata, j'avais peur que vous ne soyez déjà partie.
Le vouvoiement avait été accompagné d'un petit sourire en coin et Rey s'empressa de jouer le jeu.
-Bonsoir Mr Solo. Alors non, comme vous le voyez je… suis encore là.
Carmen, la bouche ouverte et l'air complètement ahuri, contemplait la scène depuis son bureau. Ben Solo, la star de « Galactic Fights » en personne, venait de débarquer au dispensaire de Brookdale. C'était surréaliste.
La kiné remarqua que de plus en plus de téléphones dans la salle d'attente s'orientaient dans leur direction mais Ben ne semblait pas s'en préoccuper. Il continuait de la couver du regard en souriant. Elle eut soudain une folle envie de l'embrasser et elle crut lire dans ses prunelles sombres que lui aussi en avait très envie. Mais ce n'était pas une bonne idée. Pas devant tous ces gens munis de leurs portables.
-Je ne vais pas rester longtemps, annonça-t-il, comme s'il avait lu dans ses pensées. Je suis juste venu apporter un petit quelque chose pour Ethan.
Il tendit alors le paquet à Rey qui s'en saisit.
-Je sais qu'il habite le quartier, qu'il était déjà venu au dispensaire et donc je me suis dit que peut-être vous aviez gardé ici le numéro de ses parents.
-Nous l'avons, oui, confirma la jeune femme.
-Bien, alors tu penses qu'il te serait possible de les recontacter pour qu'ils puisse venir récupérer ça ici ? Ou alors je peux aussi le faire envoyer chez lui si vous acceptez de me donner son adresse ?
Rey soupesa la boite quelques secondes et, tout d'un coup, ses yeux s'illuminèrent. Elle venait de réaliser de quoi il s'agissait.
-Non…Ne me dis pas que c'est…
-Le sien est cassé, confirma Ben avec un petit sourire adorable.
En une fraction de seconde, Rey sentit le désir la submerger.
-Je m'en occupe. Pas de soucis. Ethan va être aux anges !
-Super. Merci, j'ai mis un petit mot à l'intérieur.
L'acteur jeta ensuite un coup d'œil circulaire dans le hall. Derrière lui, les murmures s'étaient amplifiés, les photographes amateurs ne se cachaient plus et Carmen affichait désormais une moue attendrie. Il était temps de partir.
-Je t'appelle ce soir d'accord ? murmura-t-il et Rey sentit ses joues chauffer tandis qu'elle acquiesçait d'un signe de tête.
Ben tourna ensuite les talons, traversa à nouveau le hall, mais plusieurs occupants de la salle d'attente le sollicitèrent pour prendre des selfies et signer des autographes. Il se prêta au jeu volontiers, échangea quelques mots avec eux puis les remercia gentiment avant de s'éclipser.
-Ce type est un rêve… balbutia Carmen qui venait tout juste de sortir de sa catatonie.
Les yeux encore rivés sur la porte d'entrée, Rey serra alors le paquet tout contre elle en affichant un grand sourire.
-Oui, il l'est.
OoooooO
Rey slaloma au milieu des cartons à cloche-pied, sa brosse à dent dans la bouche, en maudissant le fichu zip de sa bottine qui était encore coincé. Elle parvint enfin à enfiler sa chaussure en arrivant dans la salle de bain et vérifia pour la centième fois son maquillage et ses cheveux. Elle avait mis une touche d'ombre à paupières, une pointe de mascara sur ses cils et un voile de gloss sur les lèvres. N'étant pas vraiment une experte, elle avait fait simple et léger.
Côté tenue, elle avait opté pour un jean slim et une blouse fluide vert émeraude qui, à en croire son amie Rose et conseillère mode pour la soirée via FaceTime®, faisait divinement ressortir la couleur de son teint et de ses yeux.
Pourvu que son rendez-vous avec Ben n'ait pas lieu dans un de ces restaurants chics et guindés où les robes de cocktails et les smokings étaient de mise. Quand elle avait demandé où il comptait l'emmener, l'acteur avait répondu que c'était un endroit simple, sympa, et incontestablement un de ses préférés sur Brooklyn Heights.
Rey arrangea son col et écarta un peu plus son décolleté en soupirant. Elle aurait dû insister, vérifier sur Google Map quel était le standing de tous les restos du coin. Mais elle n'avait pas eu une minute à elle après avoir reçu dans l'après-midi le texto de Ben lui proposant de passer la prendre chez elle. Ne sachant pas trop quand elle pourrait finir sa garde au dispensaire et de combien de temps elle allait disposer pour se préparer, Rey avait préféré qu'ils se retrouvent sur place. Le point de rendez-vous était donc à l'angle d'Henry Street et de State Street, c'est-à-dire à environ quinze minutes à pied de son nouvel appartement.
Son cœur battait la chamade. Elle était à la fois excitée comme une puce et incroyablement nerveuse. Elle repensa alors à ce qui s'était passé dans la salle d'attente du dispensaire la veille et à ce que Rose lui avait dit au haras. S'afficher en public avec Ben Solo aurait des conséquences. Elle risquait de se retrouver sous le feu des projecteurs et sa petite vie bien calme risquait d'être chamboulée, du moins pour un temps.
Elle chassa vite cette pensée de son esprit et inspira un bon coup. Elle avait tellement hâte de revoir Ben. Pourtant, elle ne put s'empêcher de penser qu'en dépit du bazar qui régnait encore dans son salon, c'est elle qui aurait finalement dû l'inviter à dîner ici. Ne pas se jeter sur lui avant le dessert aurait été une torture mais au moins, il se se seraient retrouvés seuls tous les deux, en toute intimité.
Merde. Elle avait à présent des images absolument indécentes en tête.
Sur le bord du lavabo son portable bipa.
« Salut. Ça te dirait de boire un café demain après-midi avec moi ? Je pars dans trois jours et le petit coffee shop dans lequel on avait l'habitude d'aller à West Village me manque. En toute amitié bien sûr. »
L'euphorie retomba subitement. C'était un message de Finn. Il avait signé d'un emoji-sourire et Rey resta un moment à fixer son téléphone en fronçant les sourcils. Elle ne savait pas trop quoi penser de cette invitation et de toute façon, elle n'avait pas le temps pour ça.
Elle revint alors dans le salon, avisa la pendule accrochée au mur et laissa échapper un juron. Il était déjà 19H50 et elle devait retrouver Ben à 20H. Elle attrapa son sac, fourra son téléphone à l'intérieur, puis elle enfila son trench-coat, prit ses clés et sortit en trombe de son appartement.
Ayant fait le trajet à pied et au pas de course, Rey déboula au niveau du carrefour, un peu essoufflée. Elle avait dix minutes de retard et quand elle aperçut Ben, il était en train de discuter sur le trottoir avec une femme ravissante, aux longs cheveux bouclés châtains clairs et au regard de chat.
-Ok Ben, je crois que celle que tu attends est enfin là, déclara l'inconnue quand Rey arriva près d'eux.
-Bonsoir, les salua la jeune kiné. Désolée pour le retard.
Ben la gratifia d'un grand sourire.
-Pas de soucis. Je te présente Zorii Bliss, qui sera ma partenaire dans « Don't show that ». Zorii, voici Rey Kanata.
Les deux femmes se serrèrent la main et échangèrent les politesses d'usage.
-Zorii et moi sortons de répétition et elle a proposé de me déposer en voiture, expliqua Ben.
-Oui et d'ailleurs je vais vous laisser sur le champ parce que moi aussi je ne suis pas en avance, rétorqua-t-elle. J'ai rendez-vous avec ma moitié à SoHo et ensuite nous allons arpenter les dancefloors jusqu'au petit jour ! Je sens que je vais le payer demain mais tant pis !
Zorii était en effet parée pour la fête. Sous son long manteau noir, elle portait une robe magnifique à sequins, des escarpins hors de prix et…Oh mon dieu…était-ce un véritable bracelet en diamants qu'elle avait au poignet ?
-A lundi Ben, fit-elle en embrassant l'acteur sur la joue. Rey, je suis ravie de t'avoir rencontrée. Amusez-vous bien tous les deux ! ajouta-t-elle avant de s'engouffrer dans le coupé sport garé juste devant eux.
-Le restaurant est quelques mètres plus loin, on y va ? demanda ensuite Ben en posant sa main tout contre le dos de Rey.
-Je te suis, répondit la jeune femme en savourant le doux frisson qui descendit jusqu'au creux de ses reins.
-Féroce et sauvage, c'est ce qu'il a dit, s'esclaffa Ben.
-Ton oncle a vraiment dit ça ? Eh bien…Je suis plutôt d'accord avec lui, rétorqua Rey sur un ton mutin.
Elle porta ensuite sa fourchette à sa bouche pour continuer de savourer son plat.
Tout était parfait. Ben était parfait.
Il avait réservé dans un petit restaurant cosy, à juste deux pâtés de maison de leur lieu de rendez-vous. Le cadre était charmant et convivial. Il n'y avait pas beaucoup de tables et comme l'acteur était un habitué, Jamie, le patron, les avait installés dans un petit coin tranquille, à l'abri des regards indiscrets.
Rey s'était tout de suite sentie bien dans cet endroit et elle riait désormais à gorge déployée. La nourriture était divine, le vin était délicieux et Ben était encore plus beau que la veille. Tout comme elle, il était habillé de façon décontractée, ses yeux brillaient et ses mèches encore humides tombaient un peu sur ses yeux. Rey le dévorait du regard sans pouvoir se retenir. Les papillons voletaient à nouveau dans son ventre . La voix profonde de Ben qui lui racontait sa journée d'hier était envoûtante et le voir s'humecter les lèvres au fur et à mesure qu'il parlait la rendait fébrile.
-Encore un peu de vin ? demanda-t-il.
-S'il te plait oui, fit Rey.
Elle n'avait bu pour l'instant qu'un demi-verre mais elle avait déjà l'impression d'être ivre. Ivre de lui.
-Très bien, à toi maintenant de me raconter tout ce qui s'est passé depuis qu'on s'est quittés ! décréta l'acteur.
Rey s'apprêtait à se lancer dans le récit de sa semaine mais son téléphone fit encore des siennes.
-Oh, je suis vraiment désolée, j'ai oublié de l'éteindre.
Gênée, elle farfouilla dans son sac et déverrouilla l'écran pour constater qu'elle venait de recevoir un nouveau texto de Finn.
« Si tu es libre ce soir (ou demain soir), on peut, à la place du café, aller boire un verre quelque part ? J'aimerais vraiment te revoir avant de partir ».
C'est pas vrai…Non mais il allait lui ficher la paix, oui ?
Agacée, Rey se pinça les lèvres, activa le mode vibreur et s'excusa encore une fois avant de reprendre sa conversation avec Ben.
Elle raconta son déménagement, sa nouvelle routine au dispensaire mais aussi lui parla de la fête qu'elle avait prévue pour l'anniversaire de sa grand-mère. Puis ils évoquèrent à nouveau le retour de Ben à New York et Rey déclara surtout être très impatiente de le découvrir sur scène à Broadway.
-Tu as le trac ? demanda-t-elle.
-Je suis mort de trouille. Mais j'adore ça. Cette sensation. Et surtout j'adore cette pièce. Je l'ai déjà jouée une fois à Julliard.
Ben avait l'air heureux. Ça faisait plaisir à voir.
-Tu sais que moi aussi j'ai joué dans une pièce au lycée ? avoua alors la jeune femme.
Les coins de la bouche de Ben se relevèrent et il cala son dos contre le dossier de sa chaise avant de prendre un air intéressé.
-Tiens donc ! Rey Kanata aurait-elle en fait d'autres talents cachés ?
La jeune femme pouffa avant de lever les yeux au ciel.
-En fait, je l'ai fait pour un garçon sur lequel j'avais flashé en seconde. Il s'appelait William, jouait au Lacrosse, était premier de la classe et faisait partie du club théâtre. Du coup, quand, cette année-là, le club a décidé de monter « Roméo et Juliette », j'ai auditionné pour le rôle de Juliette dans l'espoir de pouvoir passer plus de temps avec lui et qu'il me remarque enfin.
-Tu as joué Juliette ? s'enthousiasma Ben.
-Non. C'est Heather Tobbins qui a eu le rôle. Moi j'ai récupéré le rôle de la nourrice, gloussa Rey de plus belle, aussitôt imitée par Ben.
-Pardon. Je suis désolé, s'excusa-t-il ensuite. Qu'est-ce qui s'est passé ensuite avec William ?
-Eh bien, malgré tout, après la représentation, j'ai pris mon courage à deux mains et je lui ai demandé s'il voulait être mon cavalier au mariage de son cousin le week-end suivant. Sa tante connaissait mes grand-parents et nous avait invités. Je savais qu'il n'avait toujours pas de petite amie donc je me suis lancée.
Ben l'écoutait en souriant. Il se rapprocha alors et posa les coudes sur la table, les poings joints sous son menton. Rey soutint son regard. Si elle n'avait pas été assise, ses genoux se seraient probablement mis à trembler. L'effet que lui faisait cet homme était incroyable.
-Il n'a pas été assez idiot pour refuser j'espère ? demanda-t-il.
Le timbre de sa voix était grave et velouté et Rey sentit son cœur s'emballer encore une fois.
-A ma grande surprise, il a accepté. Alors j'ai acheté une belle robe, des escarpins qui me faisait un mal de chien aux pieds et j'ai passé deux heures chez le coiffeur. Moi, le garçon manqué aux genoux écorchés, j'ai même mis du vernis à ongles ! J'ai retrouvé William là-bas, absolument craquant dans son costume trois pièces. On a passé le repas à rire et à bavarder, les mariés ont ouvert le bal et on s'est trémoussés comme des petits fous pendant deux bonnes heures avec les autres jeunes de la soirée. Puis le DJ a commencé à passer des slows et William s'est excusé pour aller aux toilettes. J'étais gonflée à bloc, les jambes flageolantes, bien déterminée à l'inviter à danser si lui ne le faisait pas quand il reviendrait. J'espérais aussi recevoir mon premier vrai baiser ce soir-là. Je voulais que tout se passe comme je l'avais rêvé tant de fois.
Ben demeurait silencieux et buvait ses paroles. Rey s'amusait avec le manche de son couteau à mesure que les souvenirs remontaient à la surface.
-Donc, je suis allée voir le DJ et je lui demandé s'il pouvait passer ma chanson préférée du moment.
-C'était quoi ? demanda l'acteur.
-Une chanson de Lifehouse, « You and me », répondit Rey en souriant comme si elle revivait la scène dans sa tête. On avait convenu d'un signal. Dès que William réapparaissait, le DJ devait passer ma chanson. Et c'est ce qu'il a fait. Tous les couples se sont mis à danser. Moi j'étais plantée au milieu de la piste et j'attendais. Puis en parcourant la salle des yeux j'ai cru repérer William dans un coin d'ombre, près de la scène. Je me suis rapproché pour voir ce qu'il fabriquait et je l'ai surpris en train de se bécoter avec Heather Tobbins, la "Juliette de la pièce". Alors je suis rentrée au haras, à pied et en pleurs en balançant mes talons hauts dans un fossé.
-C'est bien ce que je disais : un idiot, lâcha Ben en agitant la tête de dépit.
-Aujourd'hui il est marié, père de quatre enfant et vit en Pennsylvanie, ajouta Rey sur un ton à la fois amusé et mélancolique. Et toi, raconte, je parie que c'est toi qui devais briser le cœur des filles quand tu étais ado.
-Kelly Baker…annonça Ben, avec un petit sourire en coin. En maternelle, je lui avais fabriqué un bonhomme en pâte à modeler. J'avais même ajouté un chapeau et un nœud papillon. J'étais fou amoureux d'elle. Quand je le lui ai offert, elle l'a balancé par terre et l'a écrasé à coups de pied. J'ai pleuré pendant une semaine entière, j'ai rechigné à retourner à l'école pendant des mois et pour être honnête, je crois que ne m'en suis jamais vraiment remis.
Il se mirent alors à rire tous les deux de leurs mésaventures et l'atmosphère tout autour d'eux sembla soudain se réchauffer. La main de l'acteur avança lentement sur la nappe pour venir effleurer celle de Rey et son corps tout entier se mit à frémir. Quand le regard de Ben accrocha le sien pour ne plus le lâcher, elle s'efforça de ne pas perdre pieds.
-Il n'y a pas d'âge pour tomber amoureux, murmura-t-elle alors même que leurs doigts s'entrelaçaient.
-Non, il n'y a pas d'âge, répéta Ben, alors qu'en doux bruit de fond, résonnaient un vieil air de country, le tintement des couverts contre les assiettes et les conversations des clients.
Quand Ben et Rey se levèrent pour partir, Jamie vint les avertir qu'un type muni d'un appareil photo avec un objectif plus gros que lui, attendait depuis bon bout de temps de l'autre côté de la rue, planqué derrière un gros SUV. Rey sentit alors Ben se tendre à côté d'elle.
-Vous avez une porte à l'arrière ? demanda-t-elle.
Jamie leur répondit par un sourire et désigna les cuisines d'un geste du menton. Trente secondes plus tard, les deux jeunes gens s'échappaient par la petite impasse donnant sur Hicks Street en vérifiant que personne ne les suivait.
-Je suis désolé, déclara Ben quand il furent enfin hors de vue du restaurant.
Il semblait vraiment ennuyé et Rey le rassura.
-Tu n'as pas à t'excuser. Tu n'y es pour rien.
Le fond de l'air était plutôt doux malgré l'heure tardive et ils se mirent à marcher le long des escaliers en fer forgé et des maisons de briques rouges du quartier. Ils croisèrent quelques passants qui, comme eux, se baladaient ou promenaient leurs chiens, mais au milieu de la pénombre de la rue, juste ponctuée par le halo des lampadaires, personne ne se retourna sur eux.
Rey n'avait pas envie que la soirée finisse, se laissant porter par les pas de Ben. Pourtant, au bout d'un moment, elle sembla enfin prendre conscience que les lumières du port se rapprochaient et que la Promenade se trouvait juste au bout de l'allée.
-Attends, fit-elle en s'arrêtant soudain. Est-ce qu'on est…
-Dans ma rue, oui, répondit Ben en souriant. Donc là, je peux te proposer de manière tout à fait clichée de venir prendre un dernier verre dans mon appartement, juste là, ou… je peux te proposer de t'appeler un taxi.
Rey fit alors un pas vers lui et leva la tête pour mieux le regarder dans les yeux. Il était grand, il sentait divinement bon et elle n'en pouvait plus de devoir contenir son trouble.
-On va chez toi, souffla-t-elle en se rapprochant encore jusqu'à se coller presque contre lui.
Les prunelles de Ben s'embrasèrent et sa main vint caresser la joue de Rey. Au contact de sa peau, la jeune femme soupira en fermant les yeux.
-Tu es sûre?
-J'en suis sûre.
D'accord, susurra-t-il en se penchant imperceptiblement vers elle. Le problème c'est que je ne sais pas si je vais pouvoir me retenir de t'embrasser ici et maintenant au milieu du trottoir. J'en crève d'envie depuis que tu as déboulé sur Henry Street.
-Alors fais-le, rétorqua-t-elle.
Les doigts immenses de Ben glissèrent sur sa nuque et pressèrent doucement pour l'attirer à lui. C'est à ce moment-là, que son fichu téléphone vibra à nouveau dans son sac.
Merde…Pas maintenant.
Ben stoppa son geste et Rey avait juste envie de hurler de dépit.
Est-ce que c'était encore Finn qui l'appelait ? En tous cas, ce satané portable ne s'arrêtait pas et Ben posa finalement son front contre le sien en riant.
-Je l'éteins, maugréa Rey en attrapant son téléphone avec la ferme intention de ne plus être dérangée par quoi que ce soit.
L'appareil s'était enfin tu et elle était prête à activer le mode « mute », quand le nombre impressionnant d'appels manqués comptabilisés à l'écran la fit tiquer. Bercée par l'ambiance feutrée du restaurant et les paroles de Ben, elle n'avait absolument rien entendu. Poe avait laissé trois messages à 21H. Rose en avait laissé huit et c'est elle qui avait essayé de la contacter à l'instant.
Une alarme s'alluma immédiatement dans le cerveau de la jeune femme qui s'excusa une nouvelle fois en se dégageant des bras de Ben. Elle appuya sur le bouton de rappel et Rose décrocha dès la première sonnerie.
-Rose ? C'est moi.
-Rey ! Enfin ! J'ai essayé de te joindre toute la soirée !
Rien qu'au son de sa voix, Rey comprit que quelque chose n'allait pas.
-Qu'est-ce qui se passe ? s'affola-t-elle soudain.
-Je suis avec Poe à l'hôpital. C'est Kaydel, hoqueta Rose. Elle a fait une hémorragie. Elle est au bloc en ce moment.
Rey sentit toute chaleur quitter son corps. Elle fit encore un pas en arrière, puis deux et Ben la regarda faire avec une inquiétude grandissante. Rose continuait de parler au téléphone mais les mots avaient désormais du mal à se frayer un chemin jusqu'à son cortex auditif. Elle comprit toutefois que Kaydel et Poe étaient en fait en visite chez une cousine à Midland Beach pour le week-end que donc ses amis se trouvaient en ce moment même à l'hôpital de Staten Island.
Rey promis d'être là dans moins d'une heure.
Sa soirée avec Ben était terminée.
OoooooooO
Quand Rey fit irruption dans la salle d'attente des urgences obstétriques, Rose était en train de faire les cent pas, seule, près de la machine à café. Elle avait les yeux et le nez rouges et Rey se jeta aussitôt dans ses bras.
-Pardonne-moi Rose, supplia-t-elle, je n'ai pas entendu mon téléphone. Comment va Kaydel ? Où est Poe ? Et les jumeaux est-ce que…
La porte battante au fond de la salle s'ouvrit et Poe apparut sur le seuil, en larmes et les doigts posés devant sa bouche. Le temps sembla s'arrêter soudain et les deux amies cessèrent aussi de respirer.
-Elle va bien, lâcha-t-il enfin entre rire nerveux et sanglot, en les regardant tour à tour.
Sous le coup de l'émotion, Rey crut que ses jambes allaient flancher. Elle loua alors en silence tous les dieux de l'univers et fondit sur son ami pour le prendre dans ses bras.
-Elle va bien et les bébés aussi, répéta-t-il plusieurs fois, le visage à présent enfoui dans le cou de la jeune femme. J'ai eu tellement peur de les perdre, bon sang, tellement peur…
-Je sais, je sais… chuchota Rey tout contre son oreille. C'est fini. Rose et moi on est là. On reste avec toi.
La brunette s'empressa alors de les rejoindre et les trois amis restèrent ainsi un long moment à pleurer de soulagement et à s'étreindre au milieu de la salle d'attente.
OoooO
*Lucali : pizzeria réputée dans le quartier de Caroll Gardens à New York.
