Chapitre 2 : Le Docteur.
- Docteur ! S'écria Clara tandis que le docteur retombait pour la deuxième fois de la soirée sur son séant.
- Je ne sais pas ce qui est pire, que vous soyez John Frobisher ou que vous soyez le Docteur. Gronda Jack en le toisant de toute sa hauteur, le visage déformé par la colère.
- Je crois que je l'avais mérité celle-là… Grogna le Docteur.
- Vous nous avez laissé tomber !
- Pourrions-nous discuter de cela dans un endroit un peu plus tranquille et privé ? Demanda amèrement le Seigneur du temps en se relevant.
Attrapant le bras du capitaine il l'entraîna à l'extérieur du bar tout en vérifiant que Clara suivait et les emmena au Tardis.
- A l'intérieur tout de suite. Claqua le maître du vaisseau.
Jack soutint le regard du Docteur, le défiant silencieusement de le forcer à entrer. Il n'allait pas lui rendre la tâche facile et tant pis s'il ressemblait à un enfant en plein caprice, il n'avait qu'une envie, c'était de se battre.
- Soit tu rentres de ton plein gré dans le Tardis Jack, soit je t'y force, à toi de choisir. Tempêta-t-il.
Clara regardait alternativement les deux hommes qui semblaient prêts à se sauter à la gorge d'un moment à l'autre.
- Docteur, je ne comprends pas ce qu'il se passe. Souffla-t-elle.
- Tout va bien Clara je connais cet homme et une fois calmé, il saura être des plus charmant. Répondit le docteur.
La jeune femme lui lança un regard circonspect avant d'entrer dans le Tardis.
- Jack… Soupira-t-il. Entre que l'on puisse régler nos problèmes.
Le capitaine finit par capituler et monta à son tour à bord du vaisseau. Un humement joyeux l'accueillit, et immédiatement le doux ronronnement du Tardis emplit l'esprit de Jack qui s'apaisa à son contact psychique. Elle lui avait manqué et apparemment lui aussi avait manqué à la jolie dame. La décoration avait changé, elle était plus sophistiquée et plus sombre qu'avant mais la cabine de police était toujours aussi magnifique.
- Regarde-toi… Chuchota-t-il en caressant un mur. Tu es splendide…
Le maître des lieux observait son ami, sa belle était heureuse de retrouver son compagnon perdu et le faisait bien savoir à grand renfort de humements et de ronronnements. Qu'était-il arrivé au jeune homme pour qu'il engrange une telle colère envers lui et ce John Frobisher ?
- Jack ? Peut-on discuter à présent ?
Le visage du garçon se referma immédiatement, se tournant vers le docteur, celui-ci le foudroya du regard.
- Pourquoi toute cette colère capitaine ? Interrogea le docteur sans préambule.
- Nous avions besoin de vous Docteur. Claqua Harkness. J'avais besoin de vous ! Mais vous n'êtes jamais venu… Vous nous avez laissé tomber ! J'ai prié chaque jour pour vous veniez nous aider… Je vous ai attendu Docteur. Nous vous avons tous attendu mais vous n'êtes pas venu…
Le capitaine se détourna de lui, passa une main sur ses yeux. Les images de Ianto et Steven lui revinrent brutalement à l'esprit, leurs yeux le suppliant de faire quelque chose pour les sauver.
- Je suis désolé Jack. Murmura le voleur.
L'ancien agent du temps fit volte-face et s'approcha d'un pas menaçant vers le docteur dont le visage se durcit instantanément.
- Vous êtes désolé ?! Cria Jack. Où étiez-vous lorsque j'étais victime d'une bombe venant de mon propre corps ? Où étiez-vous lorsque je me suis réveillé après avoir explosé hurlant parce que mes chairs et ma peau repoussaient ?
Un hoquet horrifié se fit entendre de l'autre côté de la console, indiquant que Clara écoutait la conversation mais Jack ne le remarqua pas, trop perdu dans sa colère, il continuait d'hurler toute cette haine qu'il avait accumulé au cours des derniers mois, ou était-ce des années ?
- Où étiez-vous lorsque j'étais attaché nu comme un vers dans une prison militaire et que pour me contenir ils m'ont coulé dans du béton ? Où étiez-vous quand les 456 sont arrivés ? Quand ils ont réclamé 10% des enfants ? Où étiez-vous quand… quand Ianto est mort… ? Quand j'ai dû utiliser mon petit-fils et le sacrifier pour sauver les autres enfants… ? La voix de Jack perdit en intensité et se brisa. Où étiez-vous Docteur… ?
La compagne du Seigneur du temps s'était approchée des deux hommes, des larmes roulant sur ses joues tandis qu'elle contemplait le nouveau venu avec compassion et horreur. Comment le gouvernement avait-il pu laisser faire de pareils actes ? Comment un monde pouvait sacrifier autant d'enfants ? Puis quelque chose la fit tiquer dans le discours véhément du beau capitaine.
- Je… Je ne savais pas Jack… Sincèrement… Souffla le docteur.
- Vous êtes un alien ? Demanda Clara coupant les excuses du Docteur.
- Pas vraiment non, je suis un humain venant d'une autre planète, pourquoi ? Répondit distraitement Jack.
- Vous avez dit que vos chairs avaient repoussées ? Vous vous régénérez ?
- On peut dire ça.
- Comment faîtes-vous ? Questionna avec étonnement l'humaine.
- Je suis une erreur. Trancha Jack.
Les mots si durement déclarés par Jack renvoyèrent le docteur à une époque où il se souciait peu de l'avenir de son compagnon. Il l'avait traité de noms abominables.
- Et tout ce temps vous saviez.
- C'est pour cela que je vous ai abandonné. Regardez-vous Jack vous êtes une erreur. Vous êtes un point fixe dans le temps et l'espace. Vous êtes un fait Jack. Cela n'était jamais censé arriver. Même le Tardis a réagi et a essayé de vous éjecter.
Et plus il s'en souvenait, plus il était en colère contre lui-même. Il avait abandonné son fidèle compagnon sur le satellite 5, laissé à son propre sort, perdu, désorienté et il n'avait rien fait pour revenir le chercher. Et il y avait ces militaires qui avaient fait du mal à son capitaine. Oh ils paieraient, tous autant qu'ils étaient. Mais d'abord il fallait qu'il s'occupe de Jack et ce ne serait pas une tâche aisée. Mais il était docteur, il y arriverait et Clara l'aiderait. Et jamais plus il n'abandonnerait ce jeune homme.
- Tu n'es pas une erreur Jack. Dit-il soudainement. Tu es un être formidable, doté d'un cœur immense et d'une bravoure sans faille. Regarde-toi Jack, tu es un homme bien.
Le docteur haïssait le doute qu'il voyait dans le regard du capitaine, c'était lui le fautif, il avait recueilli le garçon, offert un foyer et une famille avec Rose et pour finir il l'avait laissé tomber, comme l'agence du temps l'avait fait avant lui, au moins il avait eu la décence de ne pas lui supprimer ses souvenirs.
- Je suis désolé pour ce que ma dixième version t'a dit. Je ne peux éradiquer ses mots mais je peux te permettre de les laisser de côté et de ne plus y penser.
- Qu'avez-vous fait Docteur ? Demanda Clara en posant sur lui des yeux larmoyants.
- J'ai trahi mon compagnon et pourtant il m'a tout donné… Souffla-t-il. Je vous avais demandé Clara, si j'étais un homme bon, je pense que dans de telles circonstances, nous pouvons affirmer que je ne le suis pas…
