CHAPITRE UN.
Thomas s'explosa subtilement – si du moins on puisse le faire de cette manière – la tête contre la table, et regretta presque immédiatement son geste, au vu de la douleur qui naissait et se répandait maintenant dans son corps. Il poussa un petit gémissement bien vite remplacé par un juron étouffé dans la manche de son sweat bordeaux. Momentanément, Thomas avait oublié où il se trouvait, sûrement qu'il avait dû perdre quelques neurones dans l'action désespérée.
Il fit de son mieux pour tenter de reprendre contenance, mais les dés semblaient déjà jetés pour lui.
— Ne gémit pas, Thomas, déclara l'homme assis en face de lui. Je fais cela uniquement pour toi et tes études. Et peut-être un peu pour ce blondinet aussi.
Le jeune homme brun coinça sa langue derrière ses dents, s'empêchant de répliquer froidement dans le but d'envoyer paître son professeur.
Tout d'abord, il fallait noter qu'il n'en avait fichtrement rien à faire de ses études, puisque les yeux fermés et beaucoup semblaient l'oublier, il pourrait passer à l'université. Il n'avait pas besoin de se faire bien voire en donnant des cours de soutien à une tierce personne. Ensuite, autant se dire les choses : Thomas était persuadé que Janson – oui, c'était le nom de l'horrible professeur qui lui faisait face – allait le coller avec un petit nouveau qui avait du mal à se faire une place dans ce lycée. Alors, comme lui était plutôt bien vu par les autres, de fil en anguille le petit nouveau se ferait rapidement une place, sans se faire manger par tous les sauvages. Sans oublier que de cette manière, Janson se débarrassait d'un problème qui devait lui peser sur les bras.
Thomas soupira, Janson ce sale rat était si prévisible.
— Et, fit lacement le brun en se passant une main dans sa tignasse de cheveux, qui est ce jeune homme ?
Le sourire amusé de Janson s'agrandit, et un rat qui souriait ne présageait jamais rien de bon. Tout cela sentait vraiment, mais alors vraiment mauvais pour Thomas.
— Avec Isaac Newton, évidemment.
L'information se fraya tout doucement un chemin dans le cerveau du brun.
— Quoi ? hurla-t-il scandalisé.
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Ledit Isaac Newton, au moment même où Thomas hurlait au scandale dans le bureau de Janson, marchait tranquillement dans le couloir du lycée Maze. Il empruntait la direction de la cantine, complètement serein et calme alors que criait dans ses oreilles Silly Boy du groupe The Blue Van. Dans sa main, au rythme de la musique, il s'amusait à froisser un petit bout de papier.
A première vue, Newton – Newt pour les intimes – semblait tout à fait sociable, abordable et sympathique. Il transpirait l'empathie à plein nez. Mais les apparences sont parfois bien trompeuses, parce que si l'on avait le courage de creuser ne serait-ce qu'un peu … On découvrait alors un personnage tout de suite moins charmant, beaucoup plus « con », comme aimait à le faire remarquer celui qui hurlait à la mort dans le bureau du rat.
Son comportement de « con », semblait venir de son passé un brin difficile … En effet, à cause d'une mauvaise chute lors d'une compétition à l'école primaire, il avait perdu toute possibilité de pouvoir remarcher un jour tranquillement, et même de pratiquer à nouveau son sport favori : l'escalade. En plus de cela, il avait longtemps été brimé par ses camarades à cause de cet accident, ne lui offrant aucun répit. Au collège, les choses semblaient s'être calmées jusqu'à son entrée de troisième où il avait commencé à en faire voire des vertes et des pas mûres, se justifiant par le fait qu'il en avait envie.
En sommes, on pouvait résumer cela par : un passé de merde et un avenir inexistant parce que Newt peinait à trouver sa voix, sa place ici. Pour autant, il était aussi incroyablement intelligent mais ne servait de ce don qu'uniquement dans le but d'emmerder son monde, ou plutôt notamment dans le but d'emmerder une tierce personne.
D'ailleurs, là dans le couloir, il rit quand la réplique cinglante de Thomas Edison – cette fameuse tierce personne – lui revient en mémoire : « Offre ton cerveau d'intelligent à quelqu'un qui le mérite. ». Newt se souvenait parfaitement lui avoir alors répondu un « Certainement pas à toi, alors. », bien taquin et fourbe. Il avait toujours aimé emmerder le brun, c'était un passe-temps et un plaisir dont il ne pouvait pas se défaire.
Et Thomas le lui rendait bien, parce que lui aussi s'amusait à lui rentrer verbalement dedans et parfois même physiquement. Depuis qu'ils s'étaient rencontrés ils n'avaient fait que de se faire des coups bas, allant toujours plus loin pour emmerder l'autre. Ben – un de leur ami commun – s'acharnait à répéter que leur amitié avait basculé vers le côté obscur de la force. Mais cela convenait très bien à Newt, comme à Thomas et ce malgré leur petite différence d'âge : un an d'écart. Ce petit détail n'empêchait pas Edison de répondre à chacune de ses provocations.
Et cela plaisait énormément à Newt, depuis le début.
Malheureusement, tout était en train de prendre une drôle et mauvaise tournure … Surtout depuis que leur dernière attaque – mutuelle, évidemment – s'était plutôt mal déroulée.
Newt, dans sa grande gentillesse et bonté d'âme, avait juste voulu faire un croche-pied à Thomas alors qu'il passait près de lui à la cantine. Qu'elle idée, de lui offrir si grande tentation. Edison, qui avait l'œil, s'était contenté de l'esquiver. Et, tout aurait pu s'arrêter là si seulement le brun n'avait pas continué mais ce dernier n'était jamais en reste. D'un geste expert – Newt avait senti dans son mouvement l'habitude – il lui avait attrapé sa masse de cheveux blonds et lui avait plongé d'un coup sec la tête dans sa purée de carotte.
De bonne foi et uniquement pour cette fois, Isaac voulait bien admettre qu'il avait moyennement apprécié la mauvaise farce. Alors non, il ne s'était pas barré en courant dans le but de tout aller balancer à Janson … Il avait juste répliqué en lui jetant sa bouteille d'eau – ouverte par le plus grand des hasards – au visage. Et si Newt n'avait pas aimé la purée de carotte, Thomas n'avait que très peu supporté l'eau au contact de son visage et de ses vêtements. Une bataille générale avait éclaté dans la cafétéria.
Inutile de préciser que les noms de Thomas Edison et Isaac Newton étaient vite, très vite remontés aux oreilles de Janson le rat.
— Bon, on l'avait peut-être un tantinet chercher, celle-là, marmonna Newt avec un sourire en coin, alors qu'il passait les portes de cette fameuse cafétéria.
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Thomas pénétra ce qui avait été une fois leur champ de bataille, les poings serrés à en faire ressortir ses veines et les sourcils froncés au possible. Une petite voix dans sa tête lui murmurait qu'il aurait mieux fait d'y réfléchir à deux fois et d'attendre avant de faire une scène. Oui, c'est ce qu'il devrait faire : se poser dans un coin, décompresser et digérer la nouvelle … Malheureusement, Thomas était né impulsif et impatient et encore plus depuis qu'il avait rencontré Newt.
Ce qui expliquait pourquoi il était en train d'agir, tout de suite. Bad … bad idée.
Dès qu'il avait fait son apparition dans le réfectoire et avec le visage qui ne reflétait que colère et tension, un silence pesant avait pris place aux différentes tables. Alors, quand les centaines de paires d'yeux présentent avaient constater qu'en plus d'être énerver à en exploser, le brun se dirigeait vers la table de Newt, tous avaient retenu leurs respirations. Des théories plus fumeuses les unes que les autres avaient commencé à germer dans la tête de tous les étudiants. Mais la plus probable et célèbre, était celle qui mettait en avant le fait que Newt avait obligatoirement fait une énième connerie, farce – appeler cela comme vous le voudrait – et que Thomas venait comme d'habitude se venger en live, parce que ce type était incapable d'arrêter de donner de l'attention au blond.
— Newton, appela durement le brun en prenant place en face du blondinet sur la chaise libre.
— Tommy, je croyais qu'on avait dépassé ce stade toi et moi, plaisanta le blond, un sourire taquin aux lèvres.
Le réfectoire constata que ma main du plus jeune qui tenait sa fourchette se tenait en suspens, quelque part entre l'assiette de Newt et sa bouche. A tout moment, Thomas décidait de lui attraper pour lui foutre dans la gueule.
Le brun ne se laissa pas démonter par la remarque du blondinet et ce dernier constata même que son degré d'énervement venait d'augmenter d'un cran, parce qu'il se forçait à prendre sur lui pour rester calme. Délaissant momentanément son repas, il reposa sa fourchette – arrachant un soupir de soulagement malgré lui aux autres – et regarda le brun, droit dans les yeux.
— Tu partages le repas avec moi aujourd'hui ?
— La ferme et rendez-vous chez moi après les cours, blondie.
Quelques fourchettes, couteaux et cuillères tombèrent de certaines mains sous le choc.
— Attends, s'étrangla le « blondie » en question, on va vraiment le faire ?
— Ouais.
D'autres couverts quittèrent par inadvertance les mains de leurs propriétaires. Est-ce qu'ils parlaient vraiment de … ?
— Tu sais, finit par soupirer Newt en se passant une main dans les cheveux, on peut mentir. Je dirais que tu me donnes vraiment les cours, et je bosse de mon côté pour que le mensonge soit crédible ?
Newt n'avait jamais entendu autant de soupir de soulagement qu'aujourd'hui.
De son côté, Thomas avait bien entendu déjà pensé à cette option. Seulement, Janson avait été très clair dans son bureau : s'il ne le faisait pas, il s'assurerait personnellement que Thomas ne redouble et finisse de prime dans la même classe que Newt. Le redoublement lui était totalement inconcevable et se retrouver dans la même classe que blondie impensable. Janson lui avait donc gentiment dit « Tu sais ce qu'il te reste à faire mon garçon. ». Le brun avouait s'être demander ce qui était pire entre réviser avec Newton ou l'immolation ? Finalement, il avait préféré savourer la chance qu'il avait de respirer encore un peu.
En revanche, dès que l'occasion se présenterait Thomas sauterait sur Janson pour l'étouffer avec son horrible cravate jaune canari.
— Fais juste ce que j'te dis et tout ira bien pour toi et pour moi, déclara Thomas en se levant. Rendez-vous chez moi après les cours, se répéta-t-il.
— Et t'habites où ? demanda Newt en reprenant sa fourchette.
— Très drôle, Newty. Ne fait pas semblant de ne pas savoir, tu veux ?
Thomas sortit de la cantine un sourire mutin aux lèvres, pendant que le blondinet tentait de calmer les rougeurs qui prenaient un peu trop de place sur ses joues.
— L'enfoiré, bafouilla Isaac.
