CHAPITRE DEUX.
Minho était le meilleur-ami de Thomas, bien avant de devenir aussi celui de Newton. Au départ, ils n'étaient le blondinet et lui, que de très bons amis et cela leur convenait très bien.
Thomas et lui s'étaient rencontrés alors qu'ils partageaient, d'une manière plutôt violente, le même terrain de jeu et bac à sable. Tandis qu'avec Newt, celui-ci était entré dans leur vie pendant leurs années d'école primaire.
Le brun n'avait jamais été quelqu'un qui supportait la présence des autres, s'arrangeait toujours pour s'éclipser lorsque Newt arrivait pour jouer avec eux. Si bien, qu'ils n'avaient jamais vraiment fait connaissance. L'un comme l'autre ne se connaissait qu'au travers de ce que l'asiatique voulait bien leur raconter. Donc, l'opinion qu'ils avaient de leur vis-à-vis était déjà bien trancher : pour Newt, Thomas n'était qu'un mec un peu lugubre et en marge des autres enfants et pour Thomas, Newt n'était qu'un seul petit con bruyant.
Mais, quand Newt était arrivé au collège, Minho avait craqué et avait forcé les présentations. Le blondinet était donc en sixième et, Thomas et lui en cinquième. Et depuis, il ne se passait pas un jour sans qu'il ne le regrette amèrement. L'idée avait été un fiasco total, un immense carnage qu'il n'arrivait pas à contrôler quand bien même il y mettait toute la volonté du monde.
Alors la plupart du temps il essayait de relativiser : cela pourrait être pire, n'est-ce pas ? Il avait même fini par trouver que toutes ces petites attentions – bien que très agressives et parfois désagréables – qu'ils avaient l'un envers l'autre, étaient mignonnes. Peut-être était-ce leur mode de fonctionnement pour se montrer du respect ou de l'affection ? Après tout, toutes les relations ne pouvaient pas se construire de la même façon.
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Newt n'arrivait pas à y croire.
C'était totalement inconcevable, impensable pour lui d'être là devant la grande bâtisse de ce tocard d'Edison à attendre que ce dernier de lui ouvre. Bon sang, tout avait commencé avec ce Janson et ses sales manigances de prof. Ensuite son charmant petit mot « Dès à présent, tu auras des cours de soutien avec ton ami Thomas, puisque vous semblez apprécier mutuellement votre compagnie. Janson ».
— Pas besoin de signer, foutu rat.
Si ce matin il en avait rigolé de ce petit mot, c'était parce qu'à aucun moment il ne s'était attendu à ce que Thomas n'applique cette punition. Et puis bordel, petit a. Thomas n'était pas son ami ; petit b. Non il n'aimait pas spécialement être avec lui, il voulait juste l'emmerder ; et petit c. Il se promettait de faire dorénavant plus d'effort en classe pour éviter la reproduction d'une situation comme celle-ci à l'avenir.
Après avoir appuyé une quinzaine de fois sur le bouton de la sonnette, parce qu'il fallait bien qu'il trouver un moyen d'ennuyer le brun dans cette histoire, et à taper comme une brute ou un demeuré – au choix – contre la porte, Thomas daigna ouvrir cette foutu porte blanche. Newt laissa échapper un soupir de soulagement, et bouscula le brun sans même le saluer. Comme s'il était un habitué, le blondinet déposa son sac dans l'entrée et entreprit d'enlever ses chaussures.
— Surtout fait comme chez toi, remarqua sarcastiquement Thomas avec un sourire suffisant.
— Comme tu peux le constater, oui.
— Tu me tapes déjà sur le système, tocard.
— Tu veux que je te tape sur autre chose, peut-être ?
La deuxième chaussure de Newt s'échoua sur le sol en même temps qu'il relevait la tête pour regarder le brun avec un sourire en coin, provocateur. Thomas secoua sa tête de droite à gauche, visiblement désespéré et désabusé par le comportement du blondinet.
— Tu connais le chemin, je vais chercher de quoi boire et grignoter.
Mais comme d'habitude, le boiteux n'en fit qu'à sa tête et parti inspecter le rez-de-chaussée. Il s'amusa à passer par chaque pièce et à les commenter. Heureusement pour Thomas, sa mère n'était pas là.
— Ramène tes fesses maintenant, blondie. Et arrête de me les briser.
Le cerveau de Newt frôlait sûrement l'inexistence au même titre que son cerveau puisque ce dernier ne lui offrit qu'une grimace. Mais il finit tout de même par le suivre jusque dans sa chambre, parce qu'il ne voulait pas être venu ici dans le seul but de commenter les pièces de la maison du brun.
— C'est quoi alors, ta pire moyenne ? demanda Thomas, le regard toujours aussi atterré quand il vit Newt se jeter dans son lit, sans la moindre gêne.
— J'sais pas trop, j'me trouve plutôt bon partout, marmonna Newt. Mais peut-être en anglais et en espagnol.
Thomas avouait qu'il était sceptique et qu'Isaac voulait juste l'emmerder.
— L'anglais, ta pire moyenne, alors que tu es quasiment bilingue ? Tu te moques de moi, blondie ?
Oui, un autre don chez Newt : la facilité qu'il avait avec la langue de Shakespeare. Depuis son plus jeune âge ses parents lui parlaient l'anglais, alors il n'avait jamais eu de grandes difficultés, impressionnant ses différents professeurs durant sa scolarité.
— Oui, j'ai un peu perdu la main, avoua le blondinet la tête plonger dans un oreiller.
— Alors on commence par l'anglais.
— On commence par ce que tu veux.
— Fais un effort, tocard ! s'énerva le brun.
Newt lui répondit en rigolant, mais finit tout de même par se relever et prend appuie sur le mur. Il se cala confortablement, et ne s'encombra pas de n'importe quel cahier. Les yeux fixés sur Thomas, il attendait tout sourire.
Thomas se retenait de dégommer cet imbécile.
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Plus de deux heures de cours plus tard, Newt, tout sourire, quittait enfin sa demeure. De longues minutes, trop longues minutes, d'intensives engueulades, de bagarres et d'injures. Thomas s'autorisa enfin à se laisser tomber contre son matelas, encore chaud de la présence de Newton. Un soupire traversa ses lèvres, parce qu'il en avait ras-le-bol de toujours penser à lui, de toujours l'avoir dans sa tête. Un peu de répit ne serait pas de refus.
Mais la chance était visiblement aussi bornée que Newt quand il s'y mettait.
Newt qui parlait encore très bien anglais, qui connaissait parfaitement la conjugaison de ses verbes irréguliers – alors même qu'il affirmait s'être taper un cinq sur vingt à son dernier contrôle. Il maîtrisait encore parfaitement l'art de la conversation, et des termes tous plus idiots et inutiles en cours d'anglais scolaire. Thomas n'expliquait pas pourquoi Newt faisait cela, se comportait comme ça alors même qu'il savait que c'était la langue étrangère préférée du blondinet. Combien de fois était-il remonté à ses oreilles que Newton avait repris un professeur ?
Avant de passer à l'espagnol – parce que sinon le brun allait tuer ce sale emmerdeur de menteur – il proposa une petite pause. Et là encore, c'était parti droit vers la catastrophe quand Newt avait osé critiquer le jus de pomme qu'il avait apporté dans la chambre.
— Évite de prendre de la sous-marque la prochaine fois, s'te plaît.
Thomas en avait été sous le choc et avait bien mis une minute avant de s'en remettre.
— Mais je t'emmerde Newton, tu n'es pas dans un putain de restaurant cinq étoiles ici !
Il n'avait aucun mot pour décrire l'état dans lequel il avait été après, un mélange de surprise et de colère peut-être ? Parce que ce tocard de Newt lui répondait avec une facilité déconcertante en espagnol. En espagnol putain, alors qu'il avait un vieux sept de moyenne générale dans cette matière. Monsieur se permettait de lui taper une dissertation orale sur sa maison et ses courses. Rajoutant même qu'il se donnait – apparemment – beaucoup de mal pour travailler, qu'il avait aussi fait l'effort de venir ici – tu parles – et qu'il ne lui demandait pas grand-chose. Et aussi qu'il pouvait aller se faire foutre avec ses foutus cinq étoles de merde.
Newt et Janson s'étaient bien foutu de sa gueule. En difficulté, quelle connerie. Il était plus à l'aise qu'un poisson dans l'eau en langue.
Pourtant, à plusieurs reprises et ça lui coûtait de l'avouer … il s'était surpris à apprécier la compagnie de Newt qui, par moment, n'était pas si désagréable que cela. Même s'il restait aussi le « Newt du lycée », avec son air arrogant, son sourire en coin et ses répliques sarcastiques, le brun devait avouer qu'il le trouvait sympathique une fois toutes les barrières tombées. Pourtant, il ne fallait pas qu'il oublie toutes les fois où le blond lui avait fait des remarques cinglantes, l'avait insulté, rabaissé, et emmerdé sans raison, que ce soit ici ou au lycée.
Bon finalement, vu de cette façon, Newt n'avait rien de sympathique.
— Longue journée …
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Il pila en plein milieu du couloir, et Newt lui rentra dans le dos sans aucune douceur.
— Newton, arrête de me suivre maintenant, ordonna Thomas, ses poings se contractant encore plus le long de son corps.
— Nah, répondit le blondinet en massant son nez douloureux.
Thomas se dit que si personne ne le retenait – et vite – et que s'il avait le malheur de trouver un coin tranquille, il tuerait ce satané blond discrètement. De cette façon, il serait enfin débarrassé de lui et de toutes ses conneries. Et oui, ce qu'il se passait en ce moment même était une nouvelle connerie du rejeton de Satan : Newt le suivait comme son ombre depuis qu'il avait déposé un pied au lycée ce matin, à huit heures. Au départ, il était si fatigué qu'il ne l'avait même pas remarqué … C'est Minho qui lui avait fait la réflexion vers dix heures et là, il avait vraiment compris.
Il était midi, et ce foutu blondinet lui faisait une énième blague à le suivre partout, même aux toilettes comme là, maintenant.
— D'accord, qu'est-ce que tu veux ? demanda en fronçant les sourcils. Tu vas trop loin.
— J'ai contrôle d'anglais juste après, amorça le blond.
— Et alors quoi ?
Thomas sentait que son stock de patience allait bientôt être en rupture de stock.
— Et alors j'essayais de garder ma leçon en tête.
— Quel est le rapport avec moi ?
La réponse que le blondinet allait fournir expliquerait ou non l'explosion du brun.
— Comme j'ai révisé avec toi hier soir, j'me sens plus confiant en ta présence pour retenir.
Très bien. Décidément, Newt prenait un véritable plaisir à se foutre de sa gueule. Combien de temps encore allait-il jouer à l'idiot en lui faisait croire qu'il se savait pas parler anglais, qu'il ne savait pas mémoriser l'anglais ? Et quand bien même il ne pouvait pas retenir entièrement sa présentation, c'était Newton. Ce tocard était putain de bilingue.
Alors, Thomas explosa.
— Isaac, je ne suis pas ton ami, et il insista fortement sur ce terme. J'accepte de te donner des cours pour sauver mon avenir mais ça s'arrête là ! Alors lâche-moi et va emmerder quelqu'un d'autre !
Cette fois, c'est Newt qui fronça au maximum ses sourcils et ses poings, cachés dans les poches de son jean se serrèrent simultanément, jusqu'à s'en blanchir les jointures. Est-ce que c'était la peine d'être si désagréable ? Est-ce que partager un peu de son temps avec lui, lui écorchait vraiment autant la tronche ? Visiblement oui, parce qu'il venait même d'avouer faire ça uniquement pour sauver sa scolarité. Encore une fois, Edison faisait vraiment tout, mais alors tout, pour se faire bien voir.
— Encore quelque chose qui n'a pas changé chez toi, maugréa Newt, mauvais.
Et lui non plus n'avait pas changé. Si Thomas le prenait comme cela, le blondinet allait se faire une joie de le remettre à sa place.
Thomas lui ayant retiré toute attention en allant s'enfermer dans une des cabines, il en profita pour passer à l'action. Attrapant le ballon de baudruche qui se trouvait dans son sac depuis une dizaine de jours, il partit rapidement le remplir d'eau froide au lavabo. Il ne se laissa pas le temps de réfléchir, il était seulement régi et animé par la colère, Newt se hissa sur la cuvette de la cabine à côté de celle du brun. Avec un regard vide de compassion, Newt lâcha le ballon de baudruche d'eau froide sur Thomas.
Une fois chose faite, il sauta de la cuvette, récupéra son sac qui traînait quelque part sur le sol et s'enfuit du mieux qu'il le put – mais difficile à faire avec une jambe boiteuse.
— A ce soir, gros naze.
Thomas poussant un hurlement évocateur de sa colère, au moment où Newt passait la porte. En quelques secondes il était déjà rhabillé et se précipitait hors des toilettes pour les hommes, mouillé de la tête aux pieds, sous le regard ahuris ou rieur de certains. Pas besoin d'être un génie pour savoir et comprendre que le blond de seconde était encore derrière tout cela. Personne n'était capable de provoquer la colère d'Edison aussi bien qu'Isaac.
— Newt, j'te jure que t'es un homme mort ! le provoqua-t-il.
Ils se connaissaient.
Thomas savait pertinemment que le blondinet était encore là, planqué dans un coin à se délecter de la situation, de l'embarras et la colère dans laquelle il l'avait plongé. Il devait sûrement être derrière le dos d'un élève qui passait par-là, ou dans le recoin d'un casier ou même à l'angle d'un couloir. N'importe où, tant qu'il était un minimum caché de sa colère et hors de portée de ses poings.
Mais se cacher derrière un mec un tantinet plus petit que soi, plus bronzé et brun était sans aucun doute une mauvaise idée. Thomas marchait droit vers Minho qui abritait en réalité Newt derrière son dos. En quelques secondes, le blondinet avait immortalisé le moment avec son portable et avait fui alors que le brun s'apprêtait à l'attraper par le col.
— J'ai cours dans moins de deux minutes, salut ! décampa blondie.
— Thomas, qu'est-ce t'as fait ? questionna l'asiatique qui leur servit d'ami, amusé.
Par précaution, Minho décida tout de même de se mettre en travers du chemin de Thomas, juste au cas où.
— Demande donc à cet enfoiré de blondinet, cracha Thomas. Et donne-moi ce portable, Newton ! hurla désespérément le brun.
— Bien, bien, demi-tour et direction les vestiaires, arrête de te donner en spectacle, tocard.
Minho eut juste le temps de plaquer sa main sur la bouche de Thomas que celui recommençait à hurler dans tous les sens.
