CHAPITRE TROIS.
Minho était en train de passer à un jogging et débardeur de rechange – il en gardait toujours dans son casier, juste au cas où … – à Thomas, quand son portable vibra brutalement depuis le fond de la poche arrière de son jean. Il retint difficilement un sourire, parce qu'il sait très bien que l'auteur du message n'est nul autre personne que Newt, et que si le brun le grille à lui répondre maintenant … Le monstre qui sommeillait de nouveau en lui, allait entrer en éruption.
C'est quand il fut certain que Thomas était parti faire un petit tour sous la douche qu'il s'autorisa à tirer son cellulaire de sa poche. Le destinataire étant bel et bien un blondinet d'un an leur cadet. Le sourire qu'il tentait de retenir s'étira doucement sur son visage.
De : Newtie.
« Comment va Tommy ? :D »
Minho tapa rapidement sa réponse, se dépêchant parce qu'il n'avait aucune envie de se faire griller à parler avec le blondinet … Éviter le scandale était devenu son objectif principal depuis qu'il avait fait l'erreur de les présenter officiellement.
A : Newtie.
« Ses envies de meurtres envers ta personne sont terrifiantes, et justifiées. Sois gentil, prépare-toi l'armure pour ce soir ou évite d'aller chez lui ! »
Inutile de ranger son téléphone maintenant, Thomas fredonnait sous la douche et Newt n'allait pas tarder à lui répondre, par une blague très certainement. Ce qui lui prouverait que blondie était en effet suicidaire. Pas qu'il en doutait, hein. Il connaissait Newt depuis le primaire de toute façon, et bien qu'à l'époque il était quelqu'un d'assez discret et d'effacer en présence des autres, se contentant d'hocher la tête quand on lui posait une question et de se recroqueviller sur lui quand les plus grands venait s'attaquer à lui … Tout avait changé – enfin en partie – quand son terrible accident d'escalade était survenu, le privant ainsi d'une partie de lui-même. Créant petit à petit le monstre idiot qu'il était actuellement.
Newt avait commencé à faire ses coups en douces, à tenir de plus en plus tête aux plus grands, comme s'il voulait se prouver quelque chose ou montrer aux autres qu'il n'avait désormais plus rien à perdre. Minho l'avait plusieurs fois sauvé d'une bagarre complètement stupide, et avait même eu le cœur brisé en constatant à quel point les parents de Newt était totalement perdu. Heureusement, à certain moment son côté pleurnichard refaisait surface, montrant que le blondinet était tout autant paumé que son entourage et qu'il se donnait juste un genre.
Et c'est au collège qu'il avait véritablement changé, juste après lui avoir fait rencontrer Thomas.
Déjà, il fallait dire qu'il avait su tirer avantage de sa transformation physique, poussant d'un seul coup, année après année. Il était passé du garçon chétif et faible, à un jeune homme grand, élancé et fin, aux cheveux châtains et aux yeux marrons noisettes à en faire tomber plus d'un ou d'une. Ajoutez au tableau, un adorable boitillement et vous obtiendrez le magnifique Newton.
Au-delà du physique, au contact de Thomas il avait appris à s'ouvrir aux autres, à laisser tomber les barrières et le comportement hautain. Il acceptait de se confier, de raconter ce qu'il lui était arrivé et ce qui lui entravait le cœur à certains moments. Il avait appris à prendre confiance en lui, à s'assumer entièrement : son accident, son boitillement et son avenir incertain. Maintenant, il n'était plus bruyant qu'uniquement en la présence de ceux qu'il considérait comme ses amis, mais avec tout le monde. Il se permettait de rire, de se donner en spectacle parce que Thomas avait su lui apprendre que le regard des autres ne comptaient pas. Newt était devenu une belle gueule incontrôlable, capricieux et joueur mais qui s'assumait.
Il n'en avait pas fallu plus pour rendre le sourire aux parents du blondinet et pour réconforter Minho.
Mais bon, il s'était toujours demandé comment ? Comment Edison avait-il pu autant changer le blondinet ? Par quelle sorcellerie, quel tour lui avait-il fallu pour briser sa carapace et lui offrir cette chance de se tenir bien droit en toutes circonstances ? Aucun des deux n'avaient voulu lui répondre alors même qu'il posait encore, et encore la question.
Une nouvelle fois son portable vibra, le tirant de ses pensées.
De : Newtie.
« Hors de question d'essayer de le fuir en loupant les cours de soutien. Il serait bien capable de débarquer chez moi et de m'y donner cours … Ou de me tuer ? Alors, tu peux me dire où je pourrais trouver une armure ? »
Cette fois-ci, il lui fallut un certain self contrôle pour s'empêcher de rire.
A : Newtie.
« Dans des excuses ! »
Sans plus de cérémonies Minho rangea son portable dans sa poche arrière, au même moment où Thomas revenait, sec et propre, fraîchement habillé d'un jogging noir avec le débardeur qui allait compléter la tenue et une veste de sport, qu'il portait manche remontées jusqu'à ses coudes. Si Minho avait tendance à laisser une tenue de rechange complète, Thomas lui laissait toujours une veste dans son casier pour les journées pluvieuses … Ou bien pour les conneries de Newt, maintenant.
— Alors ? demanda l'asiatique, après un rapide regard en direction de Thomas.
— Alors, quoi ?
Minho soupira, frustré d'être toujours laissé sur le banc de touche.
— Raconte-moi comment et pourquoi il en est arrivé à te verser un ballon d'eau froide sur la tronche.
— Et bien …, amorça Thomas en se passant une main dans ses cheveux encore humides, j'ai manqué de vigilance et de sympathie, je suppose ?
Etait-il possible de se transformer en soupire humain ? Parce que Minho allait finir par le devenir à force d'expier d'agacement l'air en trop dans ses poumons. Mais Thomas ne s'en formalisa pas, habitué à cette manière de réagir qu'avait son ami. Manière qu'il avait adopté quand Newt et lui avaient commencé leur petite guerre.
— Et ça m'a valu de finir tremper comme une carpe hors de l'eau.
Minho croisa ses bras, jugeant le brun du regard. Il cherchait avant tout à comprendre pourquoi il avait réagi de cette façon avec le blond. Peut-être bien qu'il n'était pas les meilleurs-amis du monde – et ça Minho voulait bien en témoigner – mais de là à réagir de cette manière … D'ailleurs, d'aussi loin que l'asiatique pouvait se souvenir, ça avait toujours été Thomas qui avait imposé les barrières entre eux, et personne n'avait jamais compris pourquoi.
Personne, c'était mentir en réalité.
Le meilleur-ami des deux calamités le connaissait bien. Après tout, il connaissait Thomas depuis tout petit, et pouvait clairement affirmer que ce dernier n'avait jamais été très attiré par les filles … Au grand soulagement de Minho, qui était bien heureux de ne jamais voir ses coups de cœur se faire voler par son beau-gosse de meilleur pote. Et même si Thomas n'avait jamais rien dit, n'avait jamais officiellement fait son coming-out, Minho était assez intelligent et logique pour comprendre que le brun préférait les garçons.
Les garçons aux cheveux châtains, aux yeux marrons noisettes et aux corps élancés. Et qui parlaient super bien anglais. Mais ça, c'était seulement un doux rêve que Minho avait, que de voir terminer ensemble ses deux meilleurs-amis à la relation tumultueuse … Si seulement l'asiatique savait que c'était en réalité déjà arrivé. Que son rêve, le temps de deux ans, avait été réel. S'il savait … il comprendrait alors pourquoi Thomas dressait toujours autant de barrières, et pourquoi Newt était si déchaîné en sa présence.
Ah … si Minho savait, il en plisserait les yeux – plus qu'usuellement – et il hurlerait au scandale – parce qu'il aurait le droit cette fois – d'avoir deux meilleurs-amis indignes, stupides et cachotiers.
— Allons terminer cette journée, mec.
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Newt déglutit lentement.
Voilà plusieurs minutes qu'il était arrivé devant la maison de Thomas, et autant hier cela ne l'avait pas dérangé de toquer comme un forcené, un bourrin, une brute pour bien l'emmerder … Autant aujourd'hui, il flippait seulement à l'idée de toucher la porte blanche avec ses phalanges et de se faire recevoir comme il le méritait.
Autant être totalement honnête : oui, Newt tremblait un petit peu devant cette porte, et il y avait carrément de quoi. Parce que bon sang, qu'est-ce qu'il lui avait pris de vouloir humilier Thomas publiquement ? Pire que de simplement vouloir, il était passé délibérément à l'action. D'habitude il se contentait de faire chier Thomas discrètement, ou dans des endroits très peu bondé de monde – et d'accord le réfectoire, ça ne comptait pas. Encore heureux que Tommy ne soit pas le genre de type à se soucier de sa réputation, ou bien quelqu'un aurait retrouvé le cadavre de Newt enterré à l'autre bout de la ville … Non, peut-être dans le propre jardin du brun, juste pour sa satisfaction personnelle.
Finalement, il se décida enfin à affronter le démon qui devait l'attendre patiemment quelque part dans la maison. Résolu, il approcha son poing de la porte mais sans qu'il ne comprenne, la porte s'ouvrit à la volée et en moins de deux, il se fit tirer à l'intérieur de la bâtisse. C'est dans un cri empreint de peur – adieu la virilité – qu'il se retrouva les fesses à même le sol, la bouche grande ouverte et les yeux prêts à transpercer magiquement n'importe quelle personne.
Personne qu'il ne voyait d'ailleurs pas. Et … Oh bon sang, et si c'était un fantôme ?
— T'es qui, toi ? demanda une petite voix fluette.
Le cerveau de Newt disjoncta. Une petite fille, une enfant, chez Tommy ?
En quelques secondes, la lumière réapparaît dans son cerveau. Dans un état d'alerte total, il baissa les yeux et trouva l'auteur de la voix assise entre ses cuisses. En tailleur, la tête levée dans un signe de défi et un grand sourire aux lèvres … Elle ressemblait énormément au brun, jusque dans ses fossettes qui lui étaient quasiment identiques. La même forme d'yeux, ainsi que la même couleur, marron foncé. Sa tignasse était un peu plus brune que celle de Tommy.
Heureusement que son cerveau avait la capacité d'analyser les choses plutôt rapidement sinon … Sinon il aurait hurlé comme un dément à la tromperie, à un enfant cacher. Ouais, heureusement qu'il savait que Thomas était gay.
En revanche, il n'avait jamais entendu Tommy ou même Minho parler d'une quelconque petite sœur ? Ou peut-être une cousine alors ? Elle était aussi belle que Thomas, alors il était sûr qu'elle faisait partie de n'importe quelle façon de sa famille. Et puis, elle avait l'air aussi joyeuse que le brun avant … avant que toute cette merde ne leur tombe dessus.
Une tape sur son mollet le rappela à la réalité.
— Je suis Newt, un copain de classe de Tommy, lui dit-il en souriant.
Un petit mensonge ne ferait de mal à personne après tout.
— Newt ? répéta-t-elle en posant un doigt sur son menton, semblant en pleine réflexion. Oh ! Mais je me souviens de toi !
— Vraiment ?
Là, il avait du mal à y croire … Parce que lui ne l'avait jamais vu cette petite. Peut-être qu'elle le confondait avec quelqu'un d'autre ?
— Mais oui ! Tom me parle souvent de toi, et même que …, elle se pencha en avant en regarda sur le côté, la dernière fois dans son sommeil, il murmurait ton prénom !
Newt ne répondit rien, laissant l'information se frayer un chemin jusqu'à son cerveau. Il sentit ses joues rougirent rapidement et son cœur s'emballer rien qu'un … Il se surprit même à penser qu'il aimerait bien que Thomas ne se dépêche de descendre. Non pas qu'il n'aimait pas la petite fille, mais plutôt parce qu'elle était un peu trop honnête. Et, aussi car Newt ne voulait pas avoir de faux espoirs, pas avec tout le mal qu'il s'était donné.
— Tu ne m'as pas dit comment tu t'appelais ? questionna le blond avec un petit sourire.
Il voulait juste une diversion. Ne plus entendre son cœur battre dans sa poitrine.
— Ah, pardon ! Je suis Teresa, la petite cousine de Thomas ! Je suis ici parce que mes parents sont partis pour très longtemps d'après Tom ! Mais ça me va, parce que j'aime bien la maman et le papa de Tom ! Et puis Tom aussi je l'aime bien, ils sont tous gentils avec moi et Tom joue beaucoup moi !
Le lycéen hocha la tête avec ferveur, cherchant à camoufler la tristesse qui commençait à l'étreindre. Elle était toute mignonne avec sa tendance à s'emballer quand elle parlait. Toute mignonne avec sa joie de vivre, avec son sourire et sa bonne humeur … Voilà qu'il se mettait presque à redouter le jour où elle comprendrait la vraie signification de « partis pour très longtemps ». Il voulait devenir ami avec elle, rien pour l'épauler quand elle comprendrait.
— La prochaine fois, je reviendrai juste pour toi et on jouera ensemble, d'accord ?
— Oh oui, je veux, je veux !
La vie était vraiment injuste.
— Et tu ne dis rien à Tom, hein ? Sur ce que je t'ai dit quand t'es arrivé !
— Bien sûr, ce sera notre secret ! sourit le blondinet.
— Qu'est-ce qui est un secret ? résonna la voix grave de Thomas, derrière Teresa.
Les deux cachotiers se lancèrent un regard, puis hochèrent la tête.
— Rien qui ne te regarde, Tommy, répondit simplement le blond, toujours ce même sourire aux lèvres.
Thomas appuyé contre le mur, croisa les bras et les regarda tour à tour. Sous ses airs grincheux, il était en réalité très heureux de la proposition de Newt à Teresa, et il lui était reconnaissant de n'avoir rien dit au sujet de l'explication douteuse qu'il avait fourni à la petite fille. Oui, il avait écouté un bon morceau de la conversation mais il ne voulait pas déranger la petite brune qui semblait apprécier la présence du blondinet. Alors oui, même s'il ne pouvait pas le voir en peinture : pour Teresa il le laisserait revenir, il supporterait son insupportable présence. Il le supportera mais à petite dose … pourvu que la jeune fille ne le quémande pas de trop.
— D'accord les cachotiers. Tu libères Newt, il faut qu'on aille bosser, miss.
— Pourquoi vous allez travailler ?
— Parce que Newt est nul à l'école, se moqua le brun.
Teresa rigola.
— Comme moi ! Si j'apporte à manger, je peux rester avec vous après ? demanda-t-elle toute timide.
Clairement, Thomas savait qu'il était fichu, que sa petite cousine appréciait un peu trop Newt et qu'elle allait faire plus que le réclamer. Mais voilà, il adorait Teresa et ne voulait pas la rendre plus triste qu'elle ne semblait déjà l'être … Il ne voulait pas non plus lui enlever la possible amitié du blond à cause d'une broutille d'adolescents.
— Bien sûr que tu pourras, répondit Newt faisant sursauter Thomas. J'adorerais manger de tes biscuits et travailler avec toi, d'accord ?
Un grand sourire s'étira sur les lèvres de la petite brune. A la vitesse de l'éclair, elle était déjà relevée et fonçait dans la cuisine.
— J'arrive !
Newt en profita pour se relever et attraper son sac.
— Salut, Tommy.
— La ferme.
— Toujours aussi aimable, plaisanta le plus jeune.
— Allons travailler.
— Oui, mon commandant !
— Newt ! gronda le brun.
Le blondinet lui passa devant en rigolant.
