CHAPITRE QUATRE.
La séance de révision s'avéra être un fiasco total, et Thomas profita enfin du calme qui régnait dans sa chambre pour soupirer de soulagement. Teresa et Newton faisaient vraiment un mélange assez explosif, trop explosif. Deux énergumènes qui avaient la bougeotte et des idées toutes plus farfelues les unes que les autres. Comment était-ce possible d'avoir autant d'imagination, et autant d'énergie à revendre ?
Si au début Teresa s'était tenue et avait gentiment fait le service de biscuits et boissons, lorsque Newt avait commencé à la taquiner, rien qu'un peu, elle avait démarré au quart de tour. Le démon était de sortie. Elle s'était amusé à imiter Newt, puis lui … Elle alternait un peu les rôles, s'amusait à modifier sa voix et à sortir des conneries. Le blondinet avait le rire facile, alors autant dire qu'il s'était bidonné pendant plus d'une heure sur les idioties de sa cousine, l'encourageant involontairement à continuer son manège.
La petite brunette avait aussi tenté de faire les mêmes devoirs que Newt, de parler les langues étrangères. Et bon sang, elle ne s'en sortait pas mal du tout en anglais, grâce à Isaac. En plus, ce salopard lui avait proposé de passer plus souvent pour lui donner des cours. Sale manipulateur. Ce type avait une moyenne de huit au lycée mais il venait offrir des cours supplémentaires à sa cousine. Thomas cherchait encore ce qui le retenait de l'épingler au mur.
Bref.
Et était venu le moment où Teresa et Newt avaient complètement lâché les cours qu'il dispensait pour vaquer à des occupations plus sympathiques et intéressantes. Sous-entendu que les cours étaient à chier et que maintenant, ils allaient faire encore plus de connerie. Alors il avait laissé tomber les cours de soutien, les regards noirs et la discipline. Depuis un coin de sa chambre, il avait regardé Teresa rigoler avec un Newt qui se pliait à ses quatre volontés.
Mentalement, il captura l'instant. La brune était plus joyeuse qu'à l'habitude grâce au blondinet, qui avait toujours eu le don de faire fuir la tristesse qui habitait les gens. C'était naturel chez lui : quand il laissait le masque et le bouclier au placard, Newt ressemblait à n'importe quel adolescent, était avenant et sympathique. Bien loin du gros lourd qui l'emmerdait à longueur de journée.
Il avait une préférence pour le Newton qui se donnait en spectacle sous ses yeux.
— Tu rentres déjà ?
Bon, ils attaquaient la partie difficile de la soirée : faire en sorte que Teresa lâche le blondinet. Et comprenne qu'il allait sans aucun doute revenir plus tard.
— Oui, ma puce, soupira Newt accroupi devant elle.
Leurs regards s'accrochèrent quelques instants, cherchant quelque chose au fond des iris de l'un et de l'autre. Le blondinet détourna les yeux le premier pour se reconcentrer sur Teresa.
— Mais je reviendrai, c'est promis !
— Tu voudras des gâteaux ? demanda-t-elle timidement.
— Seulement si c'est toi qui me les apporte !
Il n'en fallut pas plus pour qu'elle lui saute dans les bras, toute contente. Elle l'autorisa même à rentrer, après lui avoir fait promettre une nouvelle fois de revenir, et de faire attention à lui. Teresa ne le lâcha qu'une fois qu'il eut la main sur la poignée, paré à partir.
— Je dois parler avec Newt, tu m'attends à l'intérieur, princesse ?
Teresa gonfla ses joues et croisa ses bras, mais elle n'eut d'autre choix que d'accepter.
— Tu ne me le voles pas, hein !
Newt rigola alors que Thomas devenait rouge de gêne. Pour empêcher à la petite, c'est Thomas qui actionna la poignée, poussant sans délicatesse Newt dehors. Un dernier signe de main du blond vers la petite brune, et Thomas claqua la porte.
Il aurait bien aimé planter Thomas là, juste pour l'emmerder mais il était encore vivant après ce qu'il lui avait fait cette après-midi grâce à son coup de chance du jour : Teresa. Il n'allait pas pousser sa chance plus loin, sûr qu'elle ne l'accompagnerait pas. Alors, il se contenta d'attendre, droit comme un « i » que la première droite ne se décroche ou que la bouche de Tommy ne décide à s'ouvrir.
— Merci … pour Tess, fit simplement Thomas une main sur la nuque, le regard fuyant. Tu n'étais pas obligé, j'le sais. Comme tu n'es pas obligé non plus de revenir … Mais bon, si jamais tu passes dans le coin, viens la voir.
Oh purée. Si Newt si attendait à ça …
— C'était plutôt un plaisir pour moi. Elle est adorable et très mâture pour son âge … Je crois avoir compris pourquoi, du coup. Naturellement, que je repasserai la voir, je l'aime bien. Elle mérite d'être heureuse.
Sa réponse tira un sourire à Thomas et son cœur manqua un battement. Depuis combien de temps, Thomas ne lui avait-il pas souri … ?
— Bonne soirée, Newt.
— Bonne soirée, Tommy.
Le blondinet tourna les talons, et partit plus vite qu'il ne l'aurait voulu mais Thomas … Bon sang, Thomas le déstabilisait, ça n'avait pas changé.
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De : L'asiatique avec des yeux.
« Tu viens chez moi ce soir ? »
Newt caché au fond de son lit, quelque part entre ses oreillers et ses plaids, fronça les sourcils face à son portable qu'il avait en main.
On était vendredi soir, ce qui voulait dire qu'ils étaient en week-end, loin des cours et loin des idiots qui peuplaient le lycée. Mais, c'était sans compter Minho. Minho qui organisait régulièrement des fêtes le vendredi soir pour « Évacuer la pression, le stress, la colère et l'amertume accumulée de toute la semaine ! », et là, Newt le citait directement. Et depuis quand Minho connaissait-il le mot « amertume » ?
La vraie question aussi résidait dans : Pourquoi Minho voulait-il qu'il se ramène chez lui ?
Ce n'était un secret pour personne que, malgré son caractère enjoué et blagueur, Newt détestait faire la fête jusqu'à pas d'heure. Il détestait être compressé par des lycées bourrés et plus bêtes les uns que les autres. Il détestait devoir se trémousser parmi d'autres corps, être toucher. Vraiment non, les fêtes ne le branchait pas du tout … Rien n'était mieux que de rester au chaud dans son lit avec un bon livre ou une série quand bien même c'était Minho qui organisait la fête.
A : L'asiatique avec des yeux.
« Pourquoi ? »
La réponse fusa si vite que Newt se demanda si l'asiatique organisait vraiment une soirée.
De : L'asiatique avec des yeux.
« Pour faire la fête, pardi ! »
Le blond roula des yeux devant la réponse de son ami. C'était dingue d'être aussi stupide, bien sûr qu'il devait venir pour faire la fête, punaise et c'était justement le problème.
A : L'asiatique avec des yeux.
« Je n'aime pas les fêtes, Minho. Ni faire la fête, idiot. »
Pas la peine qu'il verrouille et repose son téléphone maintenant, Minho n'allait pas encore le lâcher.
De : L'asiatique avec des yeux.
« Tu pourrais faire un effort, stpppppp ! »
A : L'asiatique avec des yeux.
« Nop. Bon courage pour gérer tes invités. »
De : L'asiatique avec des yeux.
« Qui va veiller sur Thomas, alors ? »
Newt s'étouffa avec le monster munch qu'il venait de piocher. Minho venait d'abattre sa carte maîtresse, son joker. Mais il n'allait pas se laisser avoir, qu'est-ce qu'il en avait à foutre de Thomas, après tout ? D'accord, il admettait qu'il adorait l'emmerder mais il n'était pas son babysitteur pour autant. Tommy était grand et libre, assez mature pour se gérer tout seul, bon sang. Il ne suivait pas le brun comme son ombre.
A : L'asiatique avec des yeux.
« Raison de plus pour ne pas venir. Surveille ton ami tout seul. »
Voilà. Newt sortait son argument maître à lui, celui même que Thomas lui avait cracher au visage quelques jours auparavant : ils n'étaient pas amis. Seulement des ennemis, des rivaux qui appréciaient de se tirer dans les pattes pour passer le temps, pour emmerder l'autre.
De : L'asiatique avec des yeux.
« Tu feras moins le malin quand cette blonde, Sonya j'crois ? elle lui roulera la pelle du siècle. »
Minho était forcément bourrer, le blondinet ne voyait pas d'autres explications. Parce que bon sang, il était le meilleur-ami de Thomas non ? Alors il connaissait son orientation sexuelle ? Il devait bien savoir qu'il n'était pas intéressé par les femmes. Et puis voyons, Thomas était bien trop raisonnable pour laisser la première inconnue lui refaire la bouche, pas vrai ?
A : L'asiatique avec des yeux.
« Thomas ne se laisserait jamais faire. Retourne boire et fiche-moi la paix, tocard. »
Newt avouait être relativement énervé. Il bouillonnait de colère. Quelle soirée de merde.
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Minho accoudé derrière le bar que possédait ses parents dans leur grande maison, se félicita. En voilà une bonne chose de faite : attiser la colère de Newt et lui faire ramener son petit cul par ici. Et quoi de mieux que d'utiliser son arme la plus puissante – à savoir, Tom ?
Il n'était pas bête et n'était pas cuit non plus, il savait pertinemment que Thomas ne se laisserait jamais faire par cette fille, quand bien même elle semblait être tout à fait son style à deux – trois détails près. Dommage, il lui manquait tout le côté homme pour séduire totalement le brun. Encore plus dommage que ça ne soit pas Newt non plus, Minho mettrait sa main au feu que ça passerait bien mieux que crème.
Vraiment, avoir foutu le bordel de la tête de Newt était une idée de génie. Il ne doutait pas du tout de l'arrivée du blondinet dans moins de deux heures, peut-être même moins. En attendant, il déambulerait dans la maison, s'assurerait de la sécurité de chacun. Et, c'est ce qu'il fit jusqu'à tomber sur Thomas, qu'il aperçut sur un tabouret, près du bar où il était auparavant.
— On déprime, Tom ? lança Minho en venant reprendre son rôle de barman.
— Un peu … Je m'en veux d'avoir laissé Tess toute seule.
Tess. Teresa. Minho la connaissait bien, parce qu'il venait souvent lui rendre visite juste pour voir son joli sourire, entendre son rire. Peut-être un peu pour montrer au brun aussi, qu'elle allait bien … Que mine de rien, elle était loin d'être bête et qu'inconsciemment elle avait déjà compris la fatalité des choses. Mais bon, Thomas était un coriace et un surprotecteur, Teresa était comme une sœur pour lui alors, il était logique qu'il tente de la protéger en toute situation.
— Elle est avec tes parents, non ?
— Oui mais bon … Ce n'est pas pareil qu'avec moi, tu vois ?
Minho voyait parfaitement que Thomas n'arrivait pas à la quitter plutôt. Il fit glisser devant lui un vers de vodka coupé avec du multifruit.
— En plus, le brun prit une gorgée, elle n'arrête pas de réclamer Newt.
— Oh ?
— Ouais, ils se sont vus mercredi soir … Depuis, elle me le réclame. Ils s'attendent super bien.
Voilà une information qui pourrait servir à Minho. Un nouveau joker dans sa manche, une nouvelle carte à abattre encore contre le blondinet.
— Bon. Ce soir je m'amuse, et demain je m'occupe de Tess, craqua Thomas en s'enfilant son verre.
Bien, très bien. Thomas ne semblait pas vouloir se soucier des effets secondaires de la vodka dans son organisme et c'était un très bon point pour Minho. Un point qu'il allait se faire un plaisir de se servir à son avantage, contre Newt puis qui se retournerait contre Thomas. Minho pourrait dire que c'était pour eux qu'il le faisait, mais cela ne serait que mentir. Il voulait juste se venger. Se venger d'être laissé de côté, de pas être au courant du secret que semblaient partager les deux garçons. Et dans sa vengeance, peut-être qu'il obtiendrait des réponses ?
Newt se pointa au moment même où Thomas claqua son quatrième verre sur le bar. Minho le vit de loin, et un sourire éclaira son visage : le meilleur moment de la soirée pointait le bout de son nez.
Le blondinet se frayait déjà un chemin jusqu'à eux mais il s'arrêta à quelques mètres. Ses yeux balayèrent le bar, et surtout l'entourage de Thomas : aucune fille, aucune Sonya à l'horizon. Minho l'avait encore roulé dans la farine et même s'il le savait, s'il s'en doutait profondément … Il n'avait pas pu empêcher cette envie, cette crainte qui montait en lui. Alors ouais, il avait débarqué comme un pauvre con qui se doutait bien qu'il allait se faire avoir.
Autant ne pas être venu ici pour rien. Il s'accorda le droit d'emmerder un petit peu le brun, rien que pour estomper le sentiment désagréable qui lui tordait les entrailles. Il fallait qu'il se libère un peu et puis bon … ça faisait un moment qu'il ne l'avait pas emmerdé.
La musique couvrait largement ses pas, alors en de grandes enjambées il s'approcha du comptoir du bar et de Thomas plus précisément. Thomas qui, même sur un tabouret semblait avoir du mal à tenir bien droit. Thomas qui rigolait trop fort aux blagues de Minho qui devait détourner son attention ou lui raconter vraiment quelque chose. Il devait saisir sa chance.
Droit derrière lui, Newt approcha sa main du flanc droit de Thomas. Dans un mouvement sec, il lui pinça la peau à travers le tee-shirt. A l'instant même où le brun recrachait sa boisson en lâchant un cri très peu viril, et que Minho éclatait de rire, le sentiment de soulagement le submergea comme une vague. Maintenant qu'il savait Thomas seul, avec juste Minho comme compagnie et qu'il se trouvait à ses côtés pour lui en faire voir de toutes les couleurs, il se sentait bizarrement mieux. Sûrement parce que la tête du brun en valait le détour.
Après une petite farce, il entendait évidemment.
— Newty, on ne t'attendait pas, se moqua ouvertement l'asiatique.
— Ouais, je venais juste vérifier un truc. Quelqu'un m'a vendu de mauvaises informations, rétorqua le blondinet sarcastique. Et comme tout va bien, j'me casse.
Minho aurait bien poussé sa chance jusqu'à le retenir mais Newt avait déjà fait l'effort de se pointer, avait même sous-entendu qu'il s'était en réalité décidé parce qu'il s'inquiétait pour Thomas … il ne pouvait pas en demander trop. Et puis, il avait récolté beaucoup d'informations en une soirée, demain il lui faudrait faire le plan et tenter d'assembler ce puzzle. Il pouvait donc bien laisser Newton repartir d'où il venait.
Mais c'était sans compter sur Thomas, Tom, Tommy.
Alors que Newt lançait un regard mauvais vers Minho, aucun des deux ne capta que le brun commençait à s'agiter dans son coin. Il se jeta sur le poignet du blondinet lorsqu'il leur tourna le dos pour se diriger vers la sortie. Dans un état second, Edison tira de force le blondinet à sa suite vers les escaliers.
L'heure de la vengeance avait visiblement sonné, et Newt ne s'était pas préparé à ce qu'elle se passe si tôt, à ce que Thomas l'attaque dans un laps de temps si court. Minho trempait à coup sûr dans ce manège, cela expliquait pourquoi il l'avait fait venir, pourquoi il avait tant insisté. Newt ne manquera pas de se venger de lui, de manière lente et douloureuse pour l'avoir trahi. D'habitude il ne prenait pas de parti, pourquoi aujourd'hui faisait-il exception à la règle ?
Et bordel, Thomas était raide comment pouvait-il avoir encore autant de force, encore assez de lucidité pour le traîner au travers de la maison en évitant les corps ? Allait-il lui arracher la langue ? Lui refaire le portrait dans un coin de la baraque ? Le noyer dans la baignoire de Minho peut-être ? Lui crever les yeux ou lui faire la boule à zéro ? Ou bien alors le ligoter dans la cave ? Merde, il ne savait jamais ce qu'il se passait dans la tête du brun.
Thomas le plaqua sans aucune grâce contre une porte, et il décida qu'il était temps de quitter ses pensées et de reprendre le contrôle sur son corps.
— Tommy ? glapit le blondinet.
Et peut-être qu'il allait vraiment perdre sa langue ou un œil. Le regard que Thomas lui lançait en dessous de ses cheveux, ne présageait rien de bon. Encore moins quand tout doucement, la tête du brun se rapprochait de la sienne.
— J'suis désolé pour ce soir ? tenta Newt, complètement paniqué.
Paniquer parce que Thomas lui faisait trop d'effet, parce qu'ils ne devaient pas franchir cette ligne-là. Thomas devait reculer, comme genre maintenant ? et très vite. Les choses allaient dégénérer, Newt le sentait et ils allaient aller beaucoup trop loin pour que ça ne s'arrangent par la suite. Si seulement les excuses avaient pu lui remettre les pieds sur Terre.
— Newt …
La voix de Tommy ne laissait aucun doute quant à ses intentions. Le blondinet était fichu. Et pas moyen de faire marche arrière parce que les lèvres du brun étaient déjà sur les siennes et elles ne voulaient plus se lâcher. Le baiser avait un drôle de goût. Un goût d'excuse très prononcé, de manque aussi et un peu d'alcool. Un goût, des sensations qui avaient manqué à Newt et qui venaient le frapper pour le mettre dans un parfait hors-combat.
Newt aurait bien tenté de le repousser si seulement il en avait envie.
