Bon…
Vous devez sûrement me détester, me haïr, me maudire, me souhaiter mille malheurs et autres joyeusetés. MAIS, mais, mais, mais, mais… Je m'explique :
J'ai eu un été ultra chargé. Et quand je dis ça, ça reste un euphémisme, hein ! J'ai fait beaucoup de choses géniales, d'autres moins, et au milieu de tout ça, baaaah… J'ai pas trop eu le temps ni, je l'avoue, l'envie d'écrire. Pour faire simple, j'avais besoin de faire une pause avec Kara, surtout que ce chapitre a été particulièrement chiant à écrire. Un équilibre constant à trouver et je me suis tuée à le faire, ce chapitre ! Enfin bon. En gros, vous pouvez dire merci à la bande annonce finale de Rogue One qui m'a donné le coup de boost dont j'avais vraiment besoin pour passer l'obstacle que ce chapitre représentait. Bon, je vais pas vous mentir, il y a encore du chemin à faire, même si j'ai quand même fait quelques trucs durant cette looooongue période de repos. J'ai notamment repris et retravaillé le script de ce dernier tome en modifiant des trucs, en ajoutant, en enlevant… Bref ! J'ai trimé ;) Mais bon, c'est aussi parce que vous êtes cools avec moi que je fais ça, non ?
Et pour ceux qui s'inquiètent encore : NON, je n'abandonnerai jamais cette histoire ! Même si elle me tue, je mettrai le mot « FIN » dans le dernier chapitre comme pour les deux précédents tomes (je compte également faire des modifications au premier qui a pris un coup de vieux, je trouve…) et je compte bien aussi écrire l'histoire de Kachirii ;)
Après, comprenez-moi : je suis en train de vous pondre d'autres histoires Star Wars en même temps, donc dites-vous qu'en général, quand je bosse pas sur Kara, soit je traduis la fanfic de Frodogenic (premiers chapitres déjà dispos sur le site, mais va falloir attendre un peu pour la suite, j'ai aussi perdu un grand nombre de fichiers pendant les vacances, dont un chapitre et demi déjà traduits, ce qui dégoûte un peu beaucoup quand même !), soit je bosse sur ces fics là (dont j'ai aussi perdu des parties… Dur, dur, la vie d'auteure !).
Bon, je sais que vous avez attendu ce chapitre suffisamment longtemps, donc je vous le laisse en pâture et la suite ne tardera normalement pas (trop).
Bonne lecture !
Chapitre 10 : Le cimetière et le spectre
On aurait dit que l'hyperespace m'avait recraché comme un vieux chewing-gum quand les moteurs se sont finalement arrêtés à la destination choisie au pif. C'était à un point tel que j'ai failli me retrouver dans le tableau de bord. Mais au moins j'avais réussi à contrôler en partie la trajectoire de la bête, même si je me débrouillais toujours comme si j'apprenais encore à faire du vélo… Ou conduire une bagnole… Non, j'avais jamais appris à conduire ! Quant à piloter, comme vous pouvez le constater, même si d'ordinaire, j'aimais bien, on pouvait pas dire que ce serait ma vocation ultime, même si là, tout de suite, les circonstances ne jouaient certainement pas en ma faveur.
Quoique j'avais quand même franchement eu le cul bordé de nouilles…
Et qui y avait mis les nouilles ?
…
Ce n'est que quand les moteurs d'hyperpropulsion ont arrêté d'essayer d'imiter un camion sur le point de vomir ses entrailles métalliques et que j'ai arrêté le vaisseau que je me suis rendue compte d'à quel point c'était silencieux, tout à coup. La tête posée sur les manettes de contrôle, je ne bougeais plus, complètement pétrifiée, figée comme une statue. Il y avait rien. Juste mon cœur, qui pompait, pompait, pompait sans arrêt qui me rugissait aux oreilles, et ma respiration hachée qui sifflait entre mes dents.
C'était silencieux.
C'était silencieux parce que j'étais seule.
Depuis que toute cette histoire était partie dans un bordel monumental, j'avais jamais vraiment eu un moment où j'étais complètement seule. Vador m'avait fait transférer après m'avoir fait subir la présence de délicieux Stormtroopers que j'avais vaguement surnommé « Duschnok » et « Teubé » (ils se partageaient les deux noms, puisque j'arrivais jamais à savoir si c'étaient les mêmes pingouins et que j'étais trop fatiguée à ce moment-là pour en trouver pour les autres), dirigés par « Duconenchef », le lieutenant qui avait été chargé de mon transfert. Suite à ça, mon escapade en forêt digne d'un remake avec angoisse en nature style « Projet Blair Witch » m'avait pas vraiment permis de faire fonctionner mon cerveau autrement que pour le mettre en mode « survis et ferme-la ». Et enfin, l'aide de Séraphi, suivie de cette espèce de sortie en vaisseau pour laquelle j'aurais sûrement reçu les félicitations d'un jury composé de spécialistes des courses poursuites avec les flics sur Terre m'avaient empêché de penser à autre chose sur le coup.
Mais c'était plus le cas maintenant.
Y'avait plus que moi.
Ah, je vous jure que ça faisait bizarre… Et que c'était terrifiant, en fait. Pour être franche, je me suis pas tout de suite rendu compte que je tremblais comme une accro qui a pas eu sa dose depuis trop longtemps, mais c'était bien le cas. Et j'étais crevée aussi, à un point que j'arrivais même plus à serrer les doigts sur les manches de contrôle. J'avais la gerbe, je caillais, j'avais mal partout et en plus de ça…
J'ai relevé la tête… Tout ça pour écarquiller les yeux en me reculant comme si je voulais m'incruster au siège miteux et bien trop grand pour moi.
J'avais rentré les premières coordonnées que j'avais trouvé dans l'ordinateur du vaisseau, tout à l'heure (sincèrement, je sais même plus quand), parce qu'entre nous, réfléchir à sa prochaine destination quand on a un Destroyer et des TIE aux fesses, c'est pas la meilleure idée du siècle, ce qui fait que j'avais aucune idée de l'endroit où je me trouvais. Sur le coup, n'importe quel endroit à part Vjun ou encore Coruscant étaient mieux que Gala. Punaise, j'aurais même été contente de revoir Tatooine si ça me permettait de me sortir de cette merde noire dans laquelle j'avais été fourrée !
Mais je m'attendais quand même pas à un champ d'astéroïdes.
Un grand champ d'astéroïdes.
Immense.
En toute sincérité, mon mouvement de recul a surtout été instinctif, parce que je m'y attendais pas. Mais tant que la poubelle qui me servait de vaisseau restait statique, pas de raisons pour que les gros cailloux viennent m'embêter. Pas d'air, dans l'espace ! Alors à moins que ces patates en granit aient des réacteurs cachés dans les replis les plus sombres de leur anatomie pierreuse, pas besoin de s'inquiéter.
Ça ou tant qu'on n'était pas accompagné par un Solo quelconque…
Penser à ça m'a ramené à des pensées encore moins jojo qu'avant. Je me suis recroquevillée sur le siège sans vraiment m'en rendre compte, toute à mes souvenirs aussi invraisemblables qu'ils étaient marqués au fer rouge dans ma mémoire. Et quand je disais mes souvenirs, c'était bien tous les souvenirs…
Mon arrivée dans cet univers de barges…
Ma rencontre avec Teran…
La liste…
Tepa, le crâne défoncé par un tir laser impérial…
L'Etoile Noire et l'hologramme…
Luke, Leïa, Han et Chewie…
Les missions interminables…
La débandade de Hoth…
Les cauchemars…
Les migraines…
La tension entre Teran et moi…
Bespin…
…
Vador.
Je pouvais toujours entendre son respirateur, peu importait ce que je faisais pour l'oublier. J'ai fermé les yeux pour essayer de faire jerter cette image de ma tête, mais rien à faire. J'avais peut-être échappé au Château Bast et ce qu'il comptait m'y faire subir, mais c'était comme si tout ce que j'avais fait pour m'en tirer n'avait servi à rien ! Je pouvais presque le voir se pencher vers moi, tendre la main et…
J'ai d'un coup eu du mal à respirer, et j'ai dû me rappuyer contre le tableau de bord pour lutter contre la nausée que me provoquais la nouvelle migraine.
Par pitié, j'en pouvais pluuus !
Il m'a fallu plusieurs minutes pour faire passer la sensation et me forcer à un minimum de contrôle, mais je me suis dit au bout d'un moment qu'il allait bien falloir que je bouge d'ici. L'Empire était peut-être composé en grande partie de crétins, mais de crétins qui savaient se servir d'ordinateurs. Il leur faudrait pas longtemps pour calculer les différentes trajectoires possibles de ma navette et pour agir en conséquence. Il fallait que je trouve un endroit différent. Que je bouge, encore et encore, jusqu'à ce que je sois sûre qu'ils pourraient plus me coller aux basques.
J'ai rallumé l'ordinateur de bord…
Et le nom du système m'a sauté aux yeux.
…
Comment j'avais pu ne pas m'en rendre compte avant ?
…
J'ai eu un coup au cœur quand j'ai relevé les yeux…
… pour les poser sur ce qui restait de la planète Alderaan.
Ce champ de ruines, tous ces morceaux de roches…
C'était tout ce qui restait de la planète de Leïa.
Je me trouvais sur le plus grand cimetière de cette galaxie, et je m'en étais même pas rendue compte.
Et maintenant que je savais ça, je pouvais voir des choses qui détonnaient avec le reste. Pas des objets, non. L'Etoile Noire avait littéralement pulvérisé la planète. Mais c'était des balises, minuscules à côté des débris, qui clignotaient à intervalles réguliers, décorées de symboles et de mots en Aurebesh, la langue galactique, mais aussi en Alderaanien. Teran avait une fois trouvé un recueil de poèmes écrit dans cette langue bouclée et élégante dans un marché clandestin, durant une de nos premières missions. Elle était facile à reconnaître. Et pas besoin de s'appeler Einstein pour comprendre ce que les mots sur les balises voulaient dire, surtout ici.
C'était des hommages.
Des regrets, de la douleur et du chagrin, gravés ou peints sur le métal et laissés là à voguer sur les lieux d'un drame.
Provoqués un mégalomane assoiffé de pouvoir.
…
Combien de personnes étaient sur la planète lorsque l'Etoile Noire est arrivée ? Combien de gens dans la galaxie ont perdu un proche, ou leur famille entière ?
Et maintenant, ils ne pouvaient même plus les enterrer. Tout ce qui leur restait, c'était de pauvres balises pour exprimer ce qu'ils ressentaient face à ça…
…
J'ai craqué.
J'avais été arrachée à ce que j'avais cru être mon monde, j'avais vu la mort et l'injustice en face, échappé à l'Etoile Noire, à Hoth, à Vador, qui n'avait apparemment pas hésité à tuer ma mère de sang-froid. J'avais été séparée de ceux que je considérais comme proches. J'avais été battue plus fort que je n'avais rendu les coups, j'avais été blessée, mourante, sauvée au prix du sacrifice d'autrui. Et par-dessus tout, je me sentais terriblement déchirée, comme si deux parties de moi s'affrontaient sans que j'ai aucune certitude de qui l'emporterait.
Voir ce qui restait de cette planète par la faute de la volonté de quelques-uns d'asservir le reste de leur univers a cassé quelque chose en moi.
J'ai mis un peu de temps avant de me rendre compte que je pleurais. Mais quand j'ai senti les larmes s'écraser sur mes genoux, j'ai tout simplement lâché prise.
J'ai éclaté en sanglots.
OOO
Combien de temps est-ce que je suis restée comme ça ? J'en ai pas la moindre idée. Dans ma tête, c'était un chaos monumental, associé à mon foutu mal de tête qui n'en finissait pas d'augmenter. On pourrait penser qu'à force de le sentir, je finirais par m'y habituer et l'ignorer. Mais je saurais pas expliquer pourquoi j'avais l'impression que la douleur « changeait » à chaque fois, ce qui la rendait constamment différente, et donc toujours présente.
Mais entre nous, j'étais certainement pas en état d'expliquer quoi que ce soit.
J'oscillais juste entre la douleur, la haine, et peut-être aussi la peur. Sur le coup, je ressentais seulement ces émotions-là, et j'arrivais pas à les distinguer les unes des autres. Comme si les frontières entre elles s'étaient brouillées, j'avais aussi l'impression que les frontières entre elles et moi avaient disparues. Résultat, je pouvais rien faire de plus que de me répéter mon nom, comme pour essayer de garder un semblant de lucidité, tout en me balançant d'avant en arrière sur mon siège trop grand, recroquevillée comme si ça pouvait me protéger de tout ce que ce monde de malades allait m'envoyer ensuite à la figure.
J'en avais assez.
Que tout s'arrête, que je revienne en arrière. Qu'ils aillent tous se faire foutre ! J'avais trop donné ! Si les rebelles voulaient se foutre sur la gueule avec l'Empire, qu'ils le fassent ! Mais je voulais plus rien avoir à faire avec eux, les impériaux, les Hutts, ou qui que ce soit d'autre dans cette galaxie.
Je voulais juste repartir.
Si le prix à payer contre toute cette douleur, c'était la solitude, alors je payerais sans regarder en arrière.
Les visages de Teran, de Luke, de Leïa, Han, Chewie, R2, Séraphi, de Tepa et même de ma mère m'ont traversé l'esprit, mais je les ai tous repoussés sans distinction. Je ne voulais plus rien ! Rien que la paix, par pitié ! Que toutes les émotions partent ! Rien de ce que j'avais pu faire valait tant de douleur, cette douleur qui déchirait et qui poignardait encore et encore sans relâche. Quant à la haine, j'avais l'impression qu'elle allait m'étouffer comme une gangue de plomb fondu et brûlant. C'était terrifiant… à un point que ç'en devenait presque exaltant et apaisant.
Mais la pire, c'était bien la troisième sensation, qui me frappait le plus. J'avais l'impression d'avoir de la glace à la place du sang dans les veines, comme des mains gelées qui se seraient agrippées à ma colonne vertébrale pour chercher à l'arracher et me laisser à la merci de tout ce qui menaçait de me submerger sans la moindre pitié et sans que je puisse me défendre. J'arrivais même plus à respirer tellement c'était violent, et mauvais…
Mais comme pour la haine, j'avais en même temps comme une sensation électrique jusqu'au centre de ma poitrine. On aurait presque dit que j'allais faire un arrêt cardiaque à n'importe quel moment, comme si j'étais au bord d'un gouffre, d'un abîme sans fond, dont les ténèbres allaient me gober si jamais je cédais et que je basculais…
Mais Ô que ces ténèbres étaient tentantes ! Alors plus rien, non ? Après ça, plus de douleur, plus de colère, plus de cette impression que quelque chose grouillait sous ma peau, poussant, tirant et suppliant pour sortir et se libérer…
Plus de peur.
- Kara.
Je l'ai pas entendue tout de suite, cette voix. Il m'a fallu un peu de temps pour détourner les yeux du gouffre et me retourner.
J'avouerai que j'ai pas immédiatement été surprise d'entendre quelqu'un me parler alors que la seule personne qui aurait pu m'accompagner était restée en arrière pour me permettre de filer. Et puis, j'avais les yeux tellement bouffis et brulants de larmes que j'avais du mal à voir correctement.
- Kara, regarde-moi.
Je me suis frottée les yeux et le visage en fronçant les sourcils entre deux hoquets…Comment voulait-il que je le regarde avec ces matelas gonflables en guise de paupières ? Et puis, qu'est-ce que ça m'apporterait de le…
C'est seulement quand j'ai remarqué la lueur bleue qui avait envahi le cockpit que j'ai réagi plus vivement. Je me suis à moitié cassée la figure en bondissant du siège, le corps tellement endolori et tremblant que je savais pas comment je faisais encore pour bouger. Le maigre repas que m'avait donné Séraphi avait un peu aidé, mais c'était loin d'être suffisant, surtout pour quelqu'un dans mon état.
La raison de ma réaction un peu vive était facile à comprendre : j'avais cru un moment que le spectre de cet hypocrite de Kenobi venait d'apparaitre derrière moi pour revenir me donner ses conseils à la mort-moi-le-nœud, ou une autre super idée pour me retrouver dans une situation pire encore, si c'était possible, que celle dans laquelle je me trouvais à cet instant.
J'avais eu à moitié raison.
C'était bien un spectre.
Mais c'était pas celui auquel je m'attendais.
Je me suis demandé l'espace d'un instant combien de ces foutus fantômes ou ectoplasmes pouvaient bien exister dans cet univers, avant de me dire que ça avait en fait aucune importance et de me forcer à me concentrer sur celui que j'avais sous les yeux.
C'était un homme, grand, et moins vieux qu'Obi-Wan, de toute évidence. Son visage grave était lui aussi mangé par une barbe, mais la lueur bleue qu'il émettait ne m'empêchait certainement pas de voir qu'elle était brune, et pas blanche. Ses cheveux étaient longs, retenus en une demi-queue… Et j'ai pincé les lèvres en voyant qu'il portait la même robe de chambre que l'autre olibrius, indiquant sans conteste que j'avais encore à faire avec les glorieux restes spirituels d'un Jedi.
Mais même si je suis restée sur la défensive, à moitié appuyée sur le tableau de bord, il y a une chose qui m'a empêché de lui dire d'aller se faire foutre sans autre sommation.
C'était ses yeux.
Ils étaient parfaitement ordinaires, de prime abord. De petites rides de sourire en plissaient les coins. Mais il suffisait de les fixer un peu plus longtemps et d'analyser son regard quand il se posait sur quelque chose ou quelqu'un pour comprendre que même s'il paraissait plus jeune que le seul représentant de la gente Jedi ectoplasmique que j'avais pu voir jusqu'à aujourd'hui, il était en fait bien plus vieux. C'était tout un monde, dans ces yeux-là. C'était des yeux qui avaient vu bien des choses, observés bien des évènements, suivis bien des personnes…
…
Il savait.
- Qui êtes-vous ?, ai-je fini par lâcher d'une voix de corbeau enroué.
Un silence de quelques secondes, mais qui m'a paru durer une éternité, a suivi ma question. L'inconnu n'a pas ouvert la bouche immédiatement. A la place, il s'est approché sans faire le moindre bruit pour s'arrêter devant moi. Là, il a tendu la main et l'a posée sur mon épaule meurtrie en un geste étonnamment doux, qui m'a surprise. Je sentais absolument rien, mais en même temps, j'avais l'impression que ce contact impossible me plongeait dans un bain tiède.
C'était presque indescriptible.
- Je m'appelle Qui-Gon. Mais cela ne t'apporte pas grand-chose de connaître mon nom, n'est-ce-pas ?
- Si…
Et non à la fois. Si on jouait sur les mots, techniquement, connaître son nom n'allait pas me dire qui il était. Mais en même temps, mettre un mot sur une personne ou une image était toujours plus rassurant, non ?
Il a suffi que je me rappelle de la façon dont j'ai appris la véritable identité de ma mère pour savoir que non, c'était pas toujours plus rassurant.
Parfois, c'était même déchirant.
J'ai fermé les yeux pour ravaler de nouvelles larmes en songeant à ça, mais la présence de Qui-Gon s'est d'un coup fait plus forte. C'était comme une couverture agréable dans laquelle on s'enveloppe si on veut se couper du froid… Ou de quelque chose de moins agréable encore.
- Kara… Tu as parcouru tant de chemin pour en arriver là…, a soufflé le spectre, Mais ce n'est pas le moment de lâcher prise.
- Qu'est-ce que vous en savez ? Vous êtes devin, peut-être ?
Qui-Gon n'a rien dit sur le moment, se contentant de me regarder avec une telle patience dans le regard que j'ai commencé à me dire que oui, peut-être qu'il en savait quelque chose. Et je me suis sentie assez bête, bizarrement, et gênée aussi.
Lui s'est contenté d'un demi-sourire paternel.
- Devin, non… Mais je sais que tu ne dois pas abandonner. Pas maintenant.
- Et pourquoi pas ? , ai-je répliqué en plantant mes yeux dans les siens, Toute cette souffrance, ces morts, ces horreurs ! A quoi ça sert de lutter si à chaque fois qu'on fait un pas en avant, l'adversaire nous envoie valdinguer dix pas en arrière ?
Je connaissais pas ce type. Je l'avais jamais vu de ma vie si pourrie. Pourtant, j'étais là à lui balancer ce que j'avais sur le cœur tellement j'avais l'impression que j'allais m'étouffer avec si je lui expliquais pas POURQUOI j'étais prête à tout lâcher.
- Je suis arrivée dans un monde dont je connais rien à rien, et je me suis retrouvée embarquée dans un combat qui n'est pas le mien à cause de ma connerie sans limites ! Vous comprenez pas ? Je suis la plus grande abrutie du millénaire, parce que j'ai même pas voulu voir que cette lutte était perdue d'avance ! Cet Empire, c'est le mal absolu, et il suffit de voir ce qu'il a fait à cette planète pour s'en rendre compte !
J'ai pointé la vue qu'on avait du cockpit du doigt, et Qui-Gon l'a suivi du regard. Ses yeux se posaient tantôt sur un astéroïde, tantôt sur un autre, parfois sur une balise. Et son visage s'est plissé sous le coup de ce que j'ai cru voir comme du chagrin, l'espace d'un instant. Mais je pouvais pas en être sûre.
- Le sort d'Alderaan est aussi injuste qu'il était inutile. Ne comprends-tu pas que cette rébellion est la seule chose qui empêche l'Empire de continuer ces ignominies ?
- A quel prix ? , ai-je gémi, Un gamin vient carrément de mettre sa vie en jeu pour que JE puisse m'enfuir ! Je mérite pas ce genre de sacrifice ! Personne devrait avoir à mourir pour quelqu'un d'autre, encore moins de cette façon !
- La façon dont quelqu'un use de sa vie ne regarde que cette personne, mon enfant, a été la réponse, Tu n'as pas forcé ce garçon à agir comme il l'a fait. Il s'est comporté selon ce que lui dictait sa volonté, pas la tienne.
- Mais il est quand même mort !
- Qu'en sais-tu ?
J'ai ouvert la bouche… Avant de la refermer. J'avais la tête qui commençait à tourner avec toutes ces histoires.
- … Je…
J'ai vu Qui-Gon m'adresser un nouveau sourire plein de douceur, mais j'osais pas m'autoriser à croire que Séraphi avait pu possiblement survivre après avoir mis le feu au hangar pour que je file sous le nez d'un bataillon de Stormtroopers.
- Il y a encore de nombreuses choses que tu ignores, Kara, a soufflé le spectre à mi-voix, Et ce que tu ignores, tu le crains. C'est tout à fait normal, surtout quand on fait face à ce que tu as vécu. Mais cette crainte peut être dangereuse, mon enfant, encore plus pour toi.
Je savais plus quoi dire. Je me suis contentée de le regarder, la gorge si serrée que j'aurais pas été foutue d'avaler la moindre goutte d'eau. Mais en même temps, j'étais encore au bord des larmes. Quelle idiote… J'avais l'impression dernièrement que c'était tout ce que j'étais foutue de faire.
Chialer et laisser tomber les autres.
Qui-Gon s'était penché vers moi durant la conversation. Il s'est alors redressé pour poser sa main sur le tableau de bord abimé sans me quitter du regard.
- Ne laisse plus cette crainte te guider.
- … Et je fais comment ?, ai-je fini par couiner d'une voix tremblante.
Un nouveau sourire. C'était quand même dingue de sentir comment ce simple mouvement des lèvres chez lui suffisait à réchauffer à chaque fois un peu plus l'atmosphère.
- Les réponses aux questions que tu te poses, ce n'est pas à moi de te les donner. Mais je sais qui peut te les fournir… Si tu acceptes de me faire confiance et de te rendre aux coordonnées que je te donnerai.
Puis il a pris mon visage entre ses mains transparentes. A nouveau, j'ai eu cette sensation de vide et de chaleur en même temps. Je vous jure que c'est l'un des trucs les plus étranges que vous pourriez ressentir.
- Que ce soit cette volonté d'avoir tes réponses qui te guide. Cela reste ton choix. Mais choisis bien.
Il a plongé ses yeux sans âge dans les miens, et pour la première fois depuis longtemps, je me suis brièvement sentie infiniment mieux. J'étais plus… moi-même que je ne l'avais été depuis une éternité.
Ça a duré un instant, à peine. Mais bizarrement, ça a suffi.
J'ai pas réussi à parler, aussi j'ai dû me contenter de hocher la tête. Qui-Gon m'a fait un dernier sourire, m'a transmis les coordonnées d'un lieu que je connaissais absolument pas, en les répétant quand je le lui demandais. Et quand j'ai actionné le levier pour mettre les moteurs d'hyperpropulsion en route tout en séchant laborieusement les dernières traces de larmes sur mon visage, il a disparu tout simplement…
Comme un rêve au matin…
Mmmmoualààà ! Verdict ?
A bientôt et désolée encore ! :P
Lereniel
