Bon... Comment me faire pardonner pour mon silence interminable ?

Je suis terriblement désolée pour mon absence. J'avoue que cette année a été assez mouvementée et chargée. J'ai carrément fait un burnout ! Donc j'avoue que je n'ai du tout avancé dans mes histoires. Ajoutez à ça un syndrome de la page blanche et vous obtenez mon silence infini...

Bref ! Je vous dis pas quand est-ce que la suite arrivera. Je travaille toujours dessus, mais le ciel semble déjà plus dégagé, rassurez-vous ! :) En attendant, je vous laisse lire !

Bonne lecture !


Ce trajet-là a duré plus longtemps que le précédent, mais étrangement, comme l'autre, je l'ai pas tellement senti passer. Et en même temps, oui. Je saurais pas vous expliquer. Je me sentais clairement de plus en plus mal vis-à-vis de mes blessures et de mes courbatures – après tout, je m'appelle pas Wonder Woman, non plus ! J'avais surtout les yeux qui papillonnaient, et chaque mouvement était de plus en plus difficile. Vous savez, quand on commence à se détendre après un gros, très gros effort ?

Enfin, se détendre, c'est vite dit aussi… Mais je sentais quand même que j'avais atteint mes limites. Je m'étonnais moi-même d'avoir pu tenir aussi longtemps, d'ailleurs, mais bon, quand on a le cerveau grillé comme le mien, on a tendance à le laisser de côté…

Quand je suis sortie d'hyperespace, j'étais prête à lâcher prise, donc, et la vue de la planète verte, blanche et brune toute riquiqui (… Enfin, pour une planète !) m'a pas fait grand-chose. A force, j'en avais vu d'autres ! Même si la sensation qui s'en dégageait était très dérangeante, quand j'y repense, sur le coup, j'avais autre chose en tête.

Comme poser mon vaisseau sans l'exploser, le disloquer ou l'incendier.

J'espérais juste que Qui-Gon m'avait pas raconté de conneries…

J'ai enclenché la séquence d'atterrissage aux coordonnées que le spectre numéro 2 de cette histoire m'avait donné et je me suis forcée à me réveiller. C'était pas le moment de dormir, foutredieu ! J'avais besoin de mes réponses, et même Rieekan dansant le twerk en string léopard sur une boule de chantier me ferait pas changer d'avis !

Penser à cet enquiquineur de général a fait remonter des souvenirs trop douloureux et trop récents pour que je m'y attarde, et j'ai dû me concentrer sur le paysage qui apparaissait dehors pour pouvoir penser à autre chose.

Et didjuu ! Quel paysage ! Y'avait rien, en fait !

Bon, OK, j'exagère un peu : c'est juste que le brouillard était tellement épais qu'on aurait pu s'en servir pour se moucher dedans ! Je vous jure que ça aurait fait aucune différence ! Et le pire, c'était qu'il y avait des arbres absolument partout ! Surtout qu'avec cette purée de poix, je les voyais au dernier moment ! J'ai pu dire adieu à la peinture, mettre fin à ses souffrances, la placer dans son cercueil et l'incinérer… plusieurs fois !

Pas que ce soit ma plus grande préoccupation du moment, encore une fois. Je voulais juste arriver, au point où j'en étais, et tout le reste pouvait aller se faire foutre !

Le plus dur a été de se poser, et j'ai sûrement arraché la moitié des branches des arbres alentours en faisant tanguer la bête qui me servait de vaisseau, jusqu'à ce que j'arrive à le poser en faisant trembler le sol sur un diamètre de vingt mètres environ.

Désolée !

… J'espérais juste que c'était bien là que je devais me rendre parce que là, mes batteries étaient bientôt à plat.

J'ai donc coupé les moteurs et je me suis levée… Non, rectification : j'ai soulevé à grand peine mes malheureuses fesses qui avaient l'air coulées dans du béton armé pour m'acheminer avec autant de grâce qu'un éléphant unijambiste dansant la carmagnole vers la sortie. Le bouton que j'avais martyrisé quelques heures plus tôt quand Séraphi m'a envoyé valdinguer dans le vaisseau a eu quelques ratés, mais a fini par fonctionner, et une espèce de brouillard dégueulasse est entré quand la rampe s'est abaissée.

Mouais… J'avais atterri où, moi ? L'ordinateur de bord avait même pas été foutu de me donner des infos sur la planète en question parce qu'il la connaissait pas, et je pouvais visiblement courir (même si c'était certainement pas à l'ordre du jour) pour que Qui-Gon me donne des précisions sur pourquoi je devais me rendre ICI pour avoir les réponses à mes questions…

Il faisait un froid de canard, en tout cas, agrémenté d'une humidité tellement lourde que j'avais l'impression d'avaler de la mousse. Même avec la combinaison un peu trop grande pour moi que m'avait refilé Séraphi, j'arrivais à sentir le froid passer à travers le tissu pour se coller à la peau de mon dos et de mes jambes tremblantes. Mais plus que le froid, c'était la solitude qui émanait du lieu qui m'a fait frissonner. Mis à part le passage irrégulier de bestioles issues d'un croisement entre un ptérodactyle malade et un poulet sous amphétamines, et du coassement décidément volontaire de ce qui se rapprochait le plus d'un crapaud qui aurait pris des stéroïdes, baah, il y avait décidément pas foule. J'ai immédiatement commencé à me demander ce que j'étais venue foutre là. Qui-Gon m'avait dit que c'était là que je trouverai mes réponses, mais en attendant, je voyais pas grand-chose susceptible de pouvoir ne serait-ce que m'indiquer le chemin sans qu'il soit nécessaire d'apprendre comment coasser ou… bramer ? Beugler ?

Glousser ?

Bref.

Au désespoir, j'ai commencé à tourner sur moi-même pour essayer d'apercevoir quelque chose qui pourrait m'aider à comprendre ce que j'étais censée foutre ici, mais rien. Nada ! Que dalle !

Tant de frustration que de désespoir, j'ai voulu shooter dans une pierre à moitié embourbée dans la vase, et je n'ai réussi qu'à me casser la figure dans une mare de boue nauséabonde lorsque mon pied a ripé dessus à cause de la mousse humide qui le recouvrait. Sonnée, j'ai mis presque une minute à reprendre mes esprits tandis que j'étais toujours en train de frissonner, trempée de la tête aux pieds une fois de plus et couverte d'une couche de mélasse verdâtre non identifiée.

- Mais c'est quoi cette planète, Vindjûûûdju de... !

Comme la suite de cette phrase n'a consisté qu'en une série de jurons trop violents pour être cités ici, je vous laisse donc imaginer ce qui a pu franchir mes lèvres à ce moment-là tandis que je me demandais vraiment ce que Qui-Gon voulait que je vienne ficher ici. De la vase jusqu'aux mollets, j'ai crapahuté avec difficulté quelques mètres plus loin jusqu'à atteindre un terrain plus sec. Et quand je me suis redressée, mes genoux ont tremblé plus sûrement que des castagnettes entre les mains d'un mexicain ultra nerveux.

OK, pas bon.

- Franchement, qu'est-ce que vous attendez de moi ! , ai-je fini par crier de frustration, J'en ai plus que marre de toutes ces conneries !

- Assez d'être ici, tu en as, dis-tu ? Pourtant, la raison de ta présence, inconnue, elle est encore, mmh ?

OK, c'était quoi, ça ?

Je me suis retournée, plutôt lentement, ce qui était étonnant vu mon état de nervosité soudain, pour me retrouver nez à nez avec, posé sur une énorme racine biscornue et tenant une canne noueuse entre des mains griffues à trois doigts…

Un lutin.

Tout petit.

Tout vert.

Avec des oreilles à la Dobby.

Et des touffes de poils dedans.

Et…

Et j'avoue que j'ai pas vu grand-chose d'autre, parce que mon cerveau a tout simplement fait « nope » et s'est mis en grève. Peut-être que l'épuisement a aussi joué, mais je soupçonne quand même le court-circuit qui a suivi cette rencontre avec ce gobelin intergalactique d'être la raison de ladite grève.

Conclusion ?

J'ai perdu connaissance.

OOO

Je ne sais pas combien de temps je suis restée dans les vapes. Je crois que mon corps a décidé que c'était le moment idéal pour se mettre en pause, parce que quand j'ai commencé à recouvrer mes esprits, j'ai eu l'impression d'avoir servi d'autoroute à une troupe de bikers en furie montés sur des Harley Davidson modèle poids lourd. Mes bras et mes jambes étaient en plomb, et l'idée de lever la tête me paraissait complètement débile tant elle semblait lourde. Franchement, j'avais même du mal à ouvrir les yeux, alors bon…

J'ai quand même remarqué un truc : il faisait bon. Je savais absolument pas où j'étais, mais j'aurais pu rester plantée là, sur le dos à pioncer comme une larve pour les deux prochains millénaires. Je pouvais entendre le ronflement et les crépitements d'un feu et une odeur piquante, mêlée à celle plus faible de l'humus et des marais, se faisait sentir.

Et après toutes les conneries qui m'étaient arrivées, tudieu, ce que ça faisait du bien, quand même !

Ce sont les gargouillements de mon estomac qui ont fini par me dire des choses pas très agréables. Le peu que j'avais pu manger grâce à Séraphi n'était qu'un lointain souvenir et j'avais la bouche et la gorge tellement sèches que j'avais l'impression d'avaler du papier de verre. Avec une grimace, j'ai fini par ouvrir mes yeux aux paupières collées. Je voyais encore flou, mais je pouvais déjà distinguer ce qui ressemblait à un toit en terre…

Comme si j'étais dans un souterrain.

J'ai été enlevée par un lapin géant… ?

Tourner la tête sur le côté a été une véritable torture. J'avais des courbatures si douloureuses que j'avais l'impression d'être cassée de partout, mais vu ce que je venais de vivre, ces derniers jours, c'était peut-être le cas et je m'en étais même pas rendue compte… OK, je dis des conneries, mais franchement, j'avais le sentiment d'être coulée dans du béton !

Regarder ce qui se passait sur le côté m'a pas beaucoup aidé à savoir où j'étais. Un sol en terre, des piliers de la même matière… Mais aussi une table en bois brut, une chaise minuscule et un fauteuil de la même taille, des étagères sommaires remplies de bocaux et de boites, un coffre et une couchette taille bébé dans un coin. L'odeur piquante venait d'une petite marmite accrochée au-dessus du feu crépitant, dont le foyer était creusé dans le mur ovale. On pouvait entendre le crépitement de la pluie contre le plafond bas et depuis une petite fenêtre toute ronde qui n'avait pas de vitre.

Étonnamment, depuis mon arrivée dans cette galaxie, c'était vraiment le premier lieu où je retrouvais de véritables points communs avec la Terre.

Penser à un truc pareil m'a fait cligner des yeux plus vite, soudainement étrangement embués, et j'ai dû redresser la tête pour me reprendre.

C'est alors que j'ai remarqué quelque chose.

Si Séraphi avait pu, grâce à ses pinces coupantes de l'enfer de la mort, me retirer ces fichues menottes qui avaient eu pour mission de m'écorcher aussi rapidement qu'un lapin avec un couteau émoussé, les blessures qui en avaient résulté m'avaient fait un mal de chien jusqu'alors. Je les sentais tout le temps, avant, comme si quelqu'un avait frotté de la laine de verre sur les plaies et les bleus que j'avais là. Mais quand j'ai réussi à lever mes bras pour amener mes mains devant mon visage, je me suis rendue compte que mes poignets avaient été bandés avec du tissu propre qui sentait fort, mais pas mauvais. Puis j'ai passé des doigts sur les coups que j'avais reçu au visage, et j'ai senti un truc épais et frais posé dessus, qui ressemblait à de l'argile.

Si ça supprimait pas le mal de tête, ça aidait quand même beaucoup à atténuer la douleur générale.

Ce qui voulait dire que quelqu'un avait pris le temps de s'occuper de moi.

De me soigner.

Mais qui ? Une chose était sûre, c'était pas Chewie, encore moins Big Foot.

J'ai grimacé en tentant la tâche quasi-impossible de me redresser en position assise, mais même si j'aurais aimé rester allongée pendant les 15000 prochaines années, ça me turlupinait quand même franchement de savoir qui…

J'ai alors écarquillé les yeux comme pour imiter des soucoupes volantes en me souvenant brusquement.

Oh mon dieu !

Le Dobby tout vert !

Ça pouvait être que lui ! Il n'y avait que lui pour rentrer dans ce lit, ce fauteuil ou ce siège digne d'un schtroumpf sous testostérones. Même la hauteur de plafond correspondait ! La preuve, je pouvais presque le toucher rien qu'en tendant le bras en position assise !

Bon… Réfléchissons. On avait soigné mes bobos, même si j'avais la tête qui paraissait prête à se dévisser et l'impression d'avoir été consciencieusement (ce mot seul me donnait mal à la tête, là, tout de suite) repassée. Donc le lutin du Père Noël zarbi avait pas l'intention de me faire du mal, non ? Il m'aurait laissé crever sur place dans le cas contraire, je pense… M'enfin bon, avec tout ce qui s'était passé, on pouvait s'attendre à tout !

… Mais il était où, au fait ?

- … Eh… Ehoo ? , ai-je fini par croasser d'une voix digne de la sorcière de Blanche-Neige.

Pas de réponse. Juste le ronronnement du feu et les cris assourdis des bestioles qui hantaient les marécages au dehors.

… Génial.

J'ai hésité à me lever, mais rien que l'idée me faisait penser à un manège du parc Astérix, alors j'ai même pas essayé. A la place, je me suis rallongée et j'ai tiré comme j'ai pu sur mon menton la couverture étonnamment grande qu'on avait posée sur moi pendant mon sommeil. J'aurais sûrement dû être en mode parano, sur le qui-vive et prête à bondir comme le ninja raté et dénué d'intelligence et d'entraînement que j'étais, mais les seules interrogations qui me venaient à l'esprit, là, tout de suite, c'était comment ce… ce gremlins vert que j'avais croisé en arrivant ici avait réussi à me faire rentrer dans sa maison – minuscule – après m'avoir ramassée quand je me suis plantée la gueule dans une flaque de boue comme la parfaite débile que j'étais ? J'étais peut-être déjà à moitié dans les vapes à ce moment-là, mais je me rappelais quand même bien qu'il était foutrement petit ! Du genre à tenir dans un fichu sac-à-dos ! Ou un sac à main !

… OK, j'exagère peut-être pour le sac à main.

Bref, plus de questions que de peur, là, tout de suite, surtout que le crépitement de ce feu était quand même franchement agréable. Peut-être qu'il valait mieux que je réfléchisse en fermant les yeux, non ? C'était pas trop nul, comme idée, pour une fois…

OOO

C'est le bruit d'un ustensile tapant le fond d'une marmite en fer qui m'a réveillée le deuxième coup. Sortir du sommeil a été un peu plus brutal, cette fois-ci j'ai sursauté, ce qui m'a fait mal parce que mon corps était encore en mode « compote », et j'ai dû me passer une main sur le visage pour essuyer le filet de bave qui m'avait lâchement échappé pendant mon sommeil.

C'est du propre, tiens.

J'avais encore les yeux bouffis, surtout que je me rappelais bien avoir fait des rêves plus ou moins violents. Tous avaient comporté Vador, ou le groupe, ou Teran…

Ou ma mère.

Ça avait été bizarre pour les rêves qui la concernaient : Je me rappelle pas de grand-chose, juste des flashs, des images brutales et agressives, mais je sais qu'elle était dedans. Elle était toujours celle que je voyais clairement, au centre de tout. Ce qui était vraiment étrange, c'était que je n'arrivais pas à savoir si c'était quelque chose appartenant au passé ou pas. Pour beaucoup des rêves que j'avais fait dernièrement, j'espérais que c'était pas le cas, mais la vision étrange que j'avais eu sur Gala où j'avais vu Kachirii avec un ventre rond me laissait un peu dans le noir. J'avais toujours pas réussi à déterminer si ça avait été un rêve créé de toutes pièces par mon esprit en manque de réponses ou quelque chose qui s'était vraiment passé. Parce que si c'était la deuxième option…

J'ai préféré ne pas y penser, ça allait me rendre malade.

J'ai fait claquer ma langue sur mon palais pour me débarrasser en vain de cette espèce d'horrible goût de papier mâché que j'avais dans la bouche, puis un autre tintement métallique m'a fait tourner la tête vers le feu.

Le petit frère du Géant vert était là.

Il me tournait à moitié le dos, occupé à touiller le contenu de sa marmite fumante. Sa canne biscornue, aussi minuscule que lui, était appuyée contre le rebord de la table. De là où j'étais, j'entendais une respiration un peu sifflante, accompagnée de marmonnements à peine audibles, comme si c'était un vieux sénile qui se parlait à lui-même. L'idée m'a fait froncer les sourcils. J'espérais vivement que c'était pas le cas.

En fait, j'espérais juste une chose : avoir un bol de soupe, moi aussi.

- Faim, tu dois avoir, j'imagine, mmh ? De te lever, te sens-tu capable ?

J'ai cligné des yeux, muette.

J'avais bien entendu ?

Le lutin a pas dû comprendre ma confusion, parce qu'il a eu un petit rire rauque en continuant à touiller le contenu de sa marmite fumante.

- Encore abrutie de sommeil, tu sembles… La jeunesse !

Mais c'était quoi, cette façon de parler ? Il avait oublié d'aller à l'école ou il le faisait exprès ? La principale, c'était AVANT la subordonnée ! Ou le verbe et le sujet qui… Merde ! Ils avaient des cours de langue, dans cette galaxie, au moins ? Parce que de toute évidence, le bac, c'était pas à l'ordre du jour pour ce gobelin du Père Noël !

- Euuuh… Je…, ai-je fini par bafouiller.

- Ta langue, tu n'as pas besoin d'avaler si tu as si faim, a de nouveau pouffé le Dobby galactique en remplissant un bol de ragoût.

Il me l'a apporté en reprenant sa canne tandis que je me redressais en grimaçant et me l'a tendu. Il devait avoir la taille d'une moitié de noix de coco et j'ai presque tout avalé d'une traite, manquant de m'étouffer au passage à cause de la chaleur et du côté piquant du plat. Je me suis mise à tousser comme une dingue, ce qui n'était pas super agréable, mais le désagrément était minime si ça me permettait de manger quelque chose. Je n'avais pas la moindre idée de ce que j'avais avalé, mais vu l'environnement marécageux qui était celui de la planète, quelque chose me disait que c'était peut-être mieux de ne pas savoir. En tout cas, ce n'était pas mauvais et surtout, qu'est-ce que ça faisait du bien !

- Un peu de retenue, sinon malade, tu seras, m'a prévenu le lutin en reprenant le bol pour le remplir à nouveau et me le ramener, Des épreuves difficiles, tu as vécu. De temps, ton corps et ton esprit ont besoin pour guérir.

Je n'ai même pas cherché à le remercier de m'avoir resservi. J'avais qu'une idée en tête, là, tout de suite, c'était me remplir l'estomac jusqu'à m'éclater la panse et oublier à tout jamais ce que voulait dire le mot « faim ». Le deuxième bol a fini comme le premier, ainsi que le troisième, mais lorsque je lui ai retendu le plat pour en avoir une nouvelle portion, l'être vert a secoué la tête :

- Je te l'ai dit, malade, tu seras.

À la place, il m'a tendu un gobelet en terre cuite avec sa main griffue, que j'ai vidé cul sec, la soif étant revenue sur le devant de la scène. L'eau avait un goût un peu acide, mais à cet instant, j'étais juste soulagée à l'idée de mettre fin au feu qui me dévorait la gorge. J'ai pu en boire trois autres avant de déclarer forfait, épuisée, et de poser le gobelet pour souffler un peu. J'avais le ventre plein d'eau et de nourriture pour la première fois depuis longtemps, un sentiment qui aurait pu me faire ronronner si j'avais été un chat. On pouvait pas dire que les Impériaux étaient connus pour leur sens de l'hospitalité ou leur finesse culinaire en ce qui concernait les repas des prisonniers, et perso, j'avais été encore plus mal lotie que les rares compagnons de fortune que j'avais pu avoir. Donc, oui, des moments comme ça, on en profitait.

Pendant tout ce temps-là, le bonhomme vert s'est assis avec sa canne et s'est contenté de me regarder en silence, ses longues oreilles tressaillant doucement de temps à autre. Ses yeux entourés d'innombrables rides ne me quittaient pas, le feu de la cheminée se reflétant dans ses iris aussi verts que sa peau.

Parce que le silence qui régnait entre nous commençait sérieusement à me rendre mal à l'aise, j'ai fini par parler la première :

- Merci... Pour m'avoir aidé.

- Peu de visites, je reçois ici, a été la réponse, Te laisser dans cet état dehors, cela n'aurait pas convenu.

J'ai seulement pu ricaner, quelque chose que j'ai regretté tout de suite quand la douleur de mon crâne s'est réveillée. Avec un grognement, j'ai posé ma paume sur mon front avant de relever la tête.

- Oui, eh bien... C'est gentil à vous, mais...

- Mais confiance, tu ne me fais pas, a coupé le lutin, Et comprendre cela, je le peux.

J'ai haussé un sourcil dubitatif face à sa réponse, ce qui a déclenché chez lui un gloussement éraillé, mais pas insupportable.

- Vous comprenez que je ne vous fasse pas confiance malgré tout ce que vous avez fait pour me soigner ?

- Longtemps, j'ai vécu, jeune fille. Le goût amer de la trahison, je connais.

J'ai cligné des yeux. Là, tout de suite, il faisait penser à un petit papy qui s'assied tous les jours sur le banc devant sa maison pour regarder la vie suivre son cours. Pas vraiment le genre de personne qu'on croiserait sur ce type de planète, donc. Pas plus qu'il avait l'air de quelqu'un qu'on pourrait trahir, ou de quelqu'un de dangereux. M'enfin bon, depuis mon arrivée, il avait fallu que je revoie mes principes à la baisse en ce qui concernait les apparences et les premières impressions. Après tout, il avait bien réussi à me tirer dans sa cabane, et je doutais que ce soit grâce à sa canne ou ses muscles de Schwarzenegger...

J'ai voulu ouvrir la bouche pour poser d'autres questions au bonhomme, mais il a secoué la tête.

- Des réponses, le temps n'est pas encore venu. Bientôt, cependant, tu les auras.

J'ai froncé les sourcils d'un coup.

- Non.

Le lutin a cligné des yeux et ses oreilles se sont légèrement redressées face à ma réponse pour le moins brutale. Bizarrement, son geste, sans doute instinctif chez lui, m'a irrité. J'ai serré les poings malgré la douleur qui irradiait de mes doigts courbaturés comme le reste de mon corps.

- Non, hmm ? , a-t-il fini par demander.

- Non, ai-je répété, J'ai traversé cette foutue galaxie comme Ray Charles l'aurait fait dans le noir, tout ça parce qu'on m'a dit que je trouverais des réponses à mes questions sur ce caillou qui n'a de planète que le nom. Et ce n'est certainement pas pour m'entendre dire qu'il va falloir que j'attende encore davantage pour avoir lesdites réponses ! Si vous pouvez me donner ce que je cherche, faites-le maintenant !

Le Dobby mutant n'avait pas bougé, les mains toujours posées sur sa canne à me fixer de son regard insondable. Un regard que j'arrivais pas le moins du monde à soutenir. Quelqu'un d'un chouia plus poli que moi se serait peut-être tenu à carreau vu ce qu'il avait fait pour me soigner, mais j'avais jamais vraiment été douée pour la politesse…

- Mais si vous avez rien à m'apprendre, on en reste là, ai-je continué en entreprenant de rassembler l'énergie nécessaire pour me lever, J'ai perdu assez de temps comme ça.

Mon interlocuteur est resté silencieux, mais lorsque j'ai réussi à extirper mes jambes en caoutchouc de sous les couvertures en soufflant comme un bœuf, il s'est de nouveau mis à glousser de cette drôle de façon. Je lui ai jeté un regard mauvais, mais qui n'a pas paru l'émouvoir plus que ça, ce qui m'a énervé encore plus. En pestant, j'ai essayé de calculer l'étape à suivre, qui consistait à lever mes fesses en bouillie du sol sans pour autant me recasser la figure derrière. Je l'aurais avoué pour rien au monde, mais j'avais encore la tête qui tournait comme une toupie rien qu'à faire un effort pareil. Rien qu'à songer au trajet pour retourner au vaisseau, j'avais envie de vomir ce que je venais d'engloutir.

M'enfin bon… C'était peut-être mieux que de rester près de cette espèce d'énergumène qui ricanait toujours dans son coin comme un Merlin l'enchanteur atrophié et dérangé du bulbe.

- Ta mère, j'entends dans ta voix. Elle aussi, trop impatiente, elle se montrait souvent.

Je me suis figée.

Crispée.

Pétrifiée.

Puis ma tête a fait un quart de tour si violent que j'ai cru sentir une vertèbre craquer désagréablement, accentuant mon mal de crâne.

- Que… Qu'est-ce… , ai-je bafouillé d'une voix blanche.

Nouveau sourire de Joconde de la part du Schtroumf vert. J'ai ignoré la petite voix dans ma tête qui me suggérait de l'étrangler pour me pencher brusquement vers lui, les mains à plat pour m'empêcher de me casser la figure et supporter mon poids.

- Comment… Vous…Vous…

C'était bien la première fois que j'en perdais mes mots ! Même avec ce foutu menteur de Kenobi, j'avais été plus éloquente que ça !

- Vous connaissiez… Ma mère ? , ai-je réussi par lâcher.

Le lutin hocha la tête pour acquiescer.

J'en était soufflée. Comment ? Comment une créature qui ressemblait à ce point à un Gremlin mutant croisé avec l'enfant de E.T l'extraterrestre avait pu connaître ma mère ? C'était complètement insensé ! Pourtant, même si une voix terriblement réaliste dans ma tête dérangée me soufflait qu'il pouvait peut-être être en train de me mentir, une autre me hurlait bizarrement que non, il disait bien la vérité. Que cet être si étrange n'était pas du genre à mentir.

- Comment ? , ai-je fini par demander.

- Sa formation, j'ai terminé, a été la réponse.

J'ai haussé les sourcils avant de les froncer à nouveau. Sa formation ? Quelle formation ?

Le lutin a lâché un nouveau soupir avant de plonger de nouveau ses yeux verts dans les miens.

- Yoda est mon nom.


Alors, qu'en pensez-vous ? Je tâche de faire plus vite pour le prochain chapitre ! Et merci aux lecteurs fidèles qui m'ont encouragé à continuer et à persévérer !

A plus tard !

Lereniel