Chapitre 13 : Un ami pas comme les autres.
Alors qu'il s'apprêtait à vider son deuxième verre, un léger coup frappé à sa porte contrecarra ses plans. Pestant jusqu'à l'entrée de ses quartiers, il ouvrit violemment le panneau en bois, une réplique acerbe sur le bout de la langue, et baissa les yeux vers la personne qui l'avait dérangé.
Après sa confrontation avec son directeur de maison et la dernière phrase qu'il lui avait chuchotée, Rose s'était sentie coupable et avait réfléchis. Et c'est ainsi qu'elle se retrouva devant les appartements du professeur Rogue.
Lorsque la porte s'ouvrit brusquement, Rosalie recula sous le coup de la surprise et fit face au visage colérique puis étonné du maître des potions.
- Mlle Fletcher ?
La petite fille avança vers lui et à son grand étonnement lui enlaça la taille et posa sa tête blonde sur son ventre.
- Merci… Dit-elle. Merci de m'avoir protégée…
Surpris était un bien faible mot pour définir l'état dans lequel se trouvait Rogue. Effaré était plus juste. Jamais un élève ne l'avait pris dans ses bras ni même remercié. Après un moment, il sortit de sa torpeur et entoura maladroitement l'enfant de ses grands bras.
Un immense sourire illumina alors le visage de Rose lorsqu'elle sentit son professeur lui rendre son étreinte. Elle était en parfaite sécurité à cet instant.
- Ne vous ai-je pas ordonné de cesser de me remercier, Mlle Fletcher. Sourit Rogue.
Un petit rire s'échappa de la bouche de la jeune fille qui pour autant ne relâcha pas sa prise sur la taille du professeur.
- Si pardon. Mais je voulais quand même vous remercier. Dit-elle en se détachant de lui.
- Oh Merlin… Soupira Severus d'un air faussement agacé.
- Mais je voulais aussi vous demander quelque chose… Déclara-t-elle timidement.
- Je vous écoute. Dit-il avec douceur.
- Je… je voulais vous demander…
S'arrêtant en plein milieu de sa phrase, elle hésita à dévoiler sa pensée, et se mit à tortiller ses mains. C'était devenu une vilaine habitude qu'elle avait développée lorsqu'elle était mal à l'aise ou stressée.
Le professeur Rogue la fit entrer et la guida jusqu'à son canapé où il l'obligea à s'y asseoir avant de s'accroupir devant elle. Posant une main sur les siennes, il l'empêcha de les martyriser.
- Que vouliez-vous me demander Mlle Fletcher ? Interrogea-t-il posément en croisant son regard.
- Est-ce que ça vous dérangerez de continuer à passer vos soirées avec moi… comme avant ?
Le coin des lèvres de Severus se relevèrent dans ce qui semblait être un sourire.
- Pas le moins du monde. Répondit-il sincèrement.
- C'est vrai ça ne vous dérange pas ?
- Bien sûr que non Mlle Fletcher. Affirma-t-il.
- M… Euh d'accord. Se reprit Rose en rougissant.
Après un bref et petit sourire, Rogue l'horloge : 23h30. Il était temps pour Rosalie d'aller se coucher.
- Bien, je vais vous ramener à votre dortoir, Mlle.
- Oh non s'il vous plaît ! Je peux rester un petit peu avec vous ? Supplia l'enfant. Demain c'est dimanche.
Rogue l'observa un long moment et Rose était certaine qu'il allait refuser.
- Bon très bien. Soupira-t-il.
Un sourire radieux étira les lèvres de la petite fille. Elle s'enfonça plus confortablement dans le canapé avant de regarder autour d'elle. Les appartements du professeur Rogue étaient sobres mais agréables.
Un feu de bois crépitait mollement dans la cheminée. Une table basse en chêne finement sculptait trônait devant l'âtre, entouré de deux fauteuils et un canapé en cuir foncé. L'horloge à balancier reposait dans un coin de la pièce, y apportant une étrange tranquillité et l'emplissant d'un doux tic-tac hypnotisant. Un meuble en acajou noir rempli d'alcool occupait une bonne partie de la largeur du mur du salon. Un magnifique clavecin présidait à quelques pas du canapé, rajoutant un air majestueux à l'ensemble de la décoration.
Les yeux pétillants de Rose se posèrent sur son professeur assis dans le fauteuil de droite, fixant les flammes d'un air absent. La curiosité de Rosalie était piquée au vif. Savait-il jouer de cet instrument ? Il était vrai qu'il avait des mains de pianistes. L'enfant détailla à nouveau le profil de son directeur de main et trouva que le décor correspondait parfaitement à cet homme : discret, élégant, sombre mais rassurant.
Les murs, le sol et le plafond étaient en pierre brute et contrastaient avec l'aspect chaleureux des meubles, tout comme la froideur extérieure du maître des potions et son côté paternel que la fillette pouvait apercevoir.
Bercée par le son de l'horloge, Rose ferma les yeux et s'endormit paisiblement. Elle se réveilla le lendemain matin dans une chambre et un lit qui lui étaient inconnus.
Se redressant vivement encore groggy par le sommeil, elle examina son environnement à la recherche d'un danger potentiel. C'était une chambre simple, ne contenant que le strict nécessaire dont un lit aux draps bleus, une armoire, et deux tables de chevet. Il y avait aussi une fenêtre et deux portes, ce qui lui procurait deux sorties de secours.
Soudain la porte de gauche s'ouvrit sans bruit et le professeur Rogue, habillé comme à son habitude, s'adossa dans l'encadrement. Rosalie se remit à respirer et soupira de soulagement, elle était en sécurité.
- Bien dormi, Mlle Fletcher ?
- Euh… Oui… Désolée… Bafouilla-t-elle tandis que son visage s'empourprait et que Rogue semblait de plus en plus amusé.
- J'espère que cela ne deviendra pas une habitude. Dit-il narquoisement.
- Promis Monsieur… Répondit Rose du bout des lèvres.
- Si vous souhaitez prendre une douche, la salle de bain se trouve derrière la porte en face de vous. Il y a des serviettes propres sur le rebord de la baignoire. L'informa-t-il.
- Merci.
- Par Morgan ! Cette enfant ne cessera dont-elle jamais de me remercier ? Rétorqua-t-il en levant les yeux au ciel, arrachant un sourire à Rose.
Il s'éclipsa, laissant la jeune fille seule dans la chambre. Elle alla prendre une rapide douche sans prêter attention au mobilier, et une fois habillée, rejoignit le maître des potions dans le salon, en se disant que ce dimanche matin commençait plutôt bien.
Elle trouva son cher directeur de maison assis dans son fauteuil, une tasse de café fumant à la main. Quand elle entra dans la pièce, les yeux de Rogue se levèrent vers elle.
- Avez-vous Mlle Fletcher ?
Rosalie hocha vigoureusement la tête.
- Il y a des pancakes avec du sirop d'érable ou de la brioche avec de la confiture de fraise sur la table de la cuisine si vous le souhaitez.
Comment savait-il ce qu'elle prenait le matin ? Elle avait dû le fixer d'un drôle d'air car il haussa un sourcil et déclara :
- N'est-ce pas ce que vous prenez le matin ?
- Si c'est exactement ce que je prends professeur.
Elle fila dans la cuisine étrangement heureuse qu'il ait fait attention à de simples choses comme celles-ci. Elle dévora avec appétit son petit déjeuner, puis elle retourna dans le salon. Ne sachant pas vraiment quoi faire, elle resta debout au milieu de la pièce en se tortillant les mains, manifestement mal à l'aise.
Rogue leva à nouveau ses prunelles noires vers elle et l'observa un court instant.
- Désirez-vous retourner à votre dortoir Mlle Fletcher ?
Peut-être que sa présence la gênait, après tout il n'était pas la personne avec qui on avait envie de passer du temps.
- Euh non, en fait je me demandais si… Commença-t-elle à peine plus haute qu'un murmure.
- Oui ? L'encouragea-t-il.
- Estcequejepeuxfairemesdevoiricisilvousplait ? Débita-t-elle rapidement.
Rogue cligna plusieurs fois des yeux, il n'avait absolument rien compris de ce qu'elle venait de dire. La petite fille continuait de fixer le sol et de maltraiter ses mains. Soupirant, Rogue se leva de son fauteuil et s'accroupit devant elle avant de l'obliger à croiser son regard ainsi qu'à laisser ses mains tranquilles.
- Pourriez-vous répéter Mlle Fletcher ? Je n'ai pas compris ce que vous venez de dire.
Rogue se surprenait lui-même, lui qui n'était doté d'aucune patience, il faisait preuve d'un calme olympien face à son élève. Il arborait une voix douce et posée qu'il ignorait posséder jusqu'à présent. Mais le plus surprenant était le fait qu'il acceptait le contact humain avec cette enfant. Lui qui habituellement fuyait les autres et évitait à tout prix toutes sortes d'accolades, voilà qu'aujourd'hui il essayait de tirer les vers du nez d'une petite fille de onze ans, visiblement traumatisée. Et cerise sur le gâteau, il voulait l'aider. Et chantilly sur la cerise, sur le gâteau, il appréciait sa compagnie. Non franchement Rogue ne se reconnaissait plus.
- Je voulais savoir si je pouvais faire mes devoirs ici ? S'il vous plaît professeur ?
- Vous pouvez.
- C'est vrai ?! Demanda-t-elle pleine d'espoir.
- Avez-vous tous vos livres ou souhaitez-vous que j'aille les chercher dans votre dortoir ?
- Euh… je… je crois que j'ai tout professeur. Bégaya-t-elle.
- Bien, vous pouvez vous installer à la table de la cuisine si…
- Je préfère travailler sur le sol, monsieur.
- Euh, bon d'accord. Balbutia-t-il surpris.
Rosalie s'installa toute contente sur le sol du salon, adossée au canapé et commença ses devoirs pendant que Rogue corrigeait des copies. C'est ainsi qu'ils passèrent une bonne partie de l'après-midi. Le soir, ils allèrent dans le parc à l'abri des regards sous leur arbre et Rose lut à voix haute tandis qu'Alstir contemplait le lac.
