Un très long chapitre en perspective !

Je vous souhaite une bonne lecture et à bientôt !

Chapitre 15 : Echecs et confessions.

Ils se trouvaient au bord d'un échiquier géant, derrière des pièces noires qui étaient aussi grandes qu'eux et semblaient avoir été sculptées dans la pierre. En face d'eux, de l'autre côté de la salle, se tenaient des pièces blanches. Rose et les trois autres furent parcourus d'un frisson d'angoisse. Les pièces blanches, imposantes, n'avaient pas de visage.

- Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Murmura Harry.

- C'est évident non ? Dit Ron. Il va falloir jouer une partie d'échecs pour arriver de l'autre côté.

Derrière les pièces blanches ils purent alors apercevoir une porte.

- Comment on va s'y prendre ? Demanda une Hermione inquiète.

- Nous serons sans doute obligés de nous transformer en pièces d'échiquier. Répondit Rosalie.

Ron s'avança vers un cavalier noir et posa les mains sur le cheval. Aussitôt la pièce s'anima. L'équidé frappa de sol de ses sabots et le cavalier tourna vers Ron sa tête coiffée d'un casque.

- Il faut… euh… qu'on se joigne à vous pour passer de l'autre côté ?

Le cavalier noir approuva d'un signe de tête. Ron se tourna vers les trois autres.

- Il faut bien réfléchir, on va devoir prendre la place de quatre pièces noires. Dit-il.

Harry, Rose et Hermione restèrent silencieux, attendant que Ron ait pris une décision.

- Ne vous vexez pas. Dit-il enfin. Mais vous n'êtes pas très bons aux échecs tous les deux. Après Fletcher je ne sais pas.

- On ne se vexe pas. Dit Harry avant que Rose n'ait eu le temps de répliquer. Dis-nous simplement ce qu'on doit faire.

- Toi, Harry, tu prendras la place de ce fou, Hermione, tu te mets là sur la case de la tour. Fletcher, tu prends l'autre fou.

- Et toi ?

- Moi, je prends la place du cavalier.

Les pièces noires avaient entendu, car à cet instant, un cavalier, deux fous et une tour quittèrent l'échiquier, laissant quatre cases vides que Ron, Harry, Hermione et Rose occupèrent.

- Les blancs jouent toujours les premiers. Dit Ron en scrutant l'extrémité du plateau. Regardez.

Un pion blanc venait d'avancer de deux cases.

Ron commença alors à donner ses ordres aux pièces noires et elles se déplacèrent sans bruit là où il les envoyait. Rose observait, les échecs n'avaient aucun secret pour elle, cependant cette partie était à la façon des sorciers et elle commençait à sentir ses jambes faiblir. Evidemment elle avait oublié le gallion magique dans son dortoir et personne ne savait où ils étaient. Une désagréable sensation lui tordit les entrailles lorsque la panique la submergea peu à peu. Et s'ils perdaient, que se passerait-il ? Elle ne voulait pas mourir, pas maintenant. Elle regretta subitement d'avoir suivi le trio jusqu'ici, mais le mal était fait. Il ne restait plus qu'à espérer qu'ils gagnent.

La voix de Ron la sortit soudain de ses pensées et l'enfant revint au moment présent.

- Harry, déplace-toi de quatre cases vers la droite en diagonale.

Leur premier choc fut de voir le camp adverse prendre leur autre cavalier. La reine blanche l'assomma en le jetant à bas de sa monture et le traîna au bord de l'échiquier où il resta immobile, face contre terre.

- C'était nécessaire. Dit Ron qui paraissait secoué. Tu vas pouvoir prendre ce fou Hermione.

Chaque fois qu'elles perdaient un de leurs hommes, les pièces blanches se montraient sans pitié et bientôt, il y eut une rangée de pièces noires hors de combat, alignées le long du mur. Deux fois, Ron s'aperçut juste à temps que ses amis étaient en danger. Lui-même s'arrangeait pour prendre autant de pièces blanches qu'ils en avaient perdues de noires.

- On y est presque… Murmura-t-il. Voyons réfléchissons…

La reine blanche tourna vers lui sa tête sans visage.

- Oui, c'est le seul moyen, je dois me faire prendre. Dit Ron à voix basse.

- NON ! S'écrièrent les trois autres.

- C'est le jeu. Répliqua Ron. Il faut savoir faire des sacrifices ! Je vais jouer mon coup et elle me prendra, ce qui te permettra de faire échec et mat, Fletcher.

- Mais… Voulut protester Harry.

- Tu veux arrêter Rogue ou pas ?

Cette réflexion lui valut un regard noir de la part de Rose.

- Ron…

- Si tu ne te dépêches pas il va s'emparer de la pierre !

Rosalie se retint de lui lancer une réplique cinglante en se mordant la langue.

- Prête ? Demanda Ron, le teint pâle, mais l'air décidé. J'y vais… et ne traînez pas ici quand vous aurez gagné…

Il s'avança, les jambes flageolantes. La reine abattit alors son bras de pierre sur sa tête. Ron s'effondra et la pièce le traîna jusqu'au bord de l'échiquier. En le voyant dans cet état, Hermione avait laissé échapper un cri mais n'avait pas bougé de sa case. Tremblante, Rose se déplaça de trois cases la gauche. Instantanément, le roi blanc retira sa couronne et la jeta aux pieds de la jeune fille. Ils avaient gagné. Les pièces blanches s'écartèrent devant Harry en s'inclinant, dégageant l'accès à la porte du fond.

- Allez-y, je reste avec lui. Décida Rosalie.

Après avoir jeté un dernier regard à leur ami, Harry et Hermione franchirent la porte et s'engouffrèrent dans un autre passage.

Rose étendit Ronald sur le dos et lui débarbouilla doucement le visage. Il avait une vilaine bosse à la tête mais il s'en remettrait.

A sa grande surprise, Hermione revint quelques minutes plus tard en essuyant ses joues trempées de larmes. Harry avait voulu continuer seul.

Une atmosphère pesante s'installa. Chaque bruit était amplifié. Au moindre son, les deux amies se tournaient vers la porte où le Survivant avait disparu. L'attente était interminable et sembla durer des heures. Ron avait fini par se réveiller, et avec l'aide des filles il put se redresser.

Soudain les professeurs McGonagall, Rogue et Dumbledore entrèrent précipitamment dans la salle. Hermione ouvrit de grands yeux en voyant Rogue avançait vers eux, cela signifiait que Rose avait eu raison depuis le début. Elle lança un regard désolé vers la jeune fille avant de sauter sur ses pieds pour aller expliquer la situation aux professeurs. Elle supplia les adultes d'aller aider Harry à vaincre la personne qui cherchait à s'emparer de la pierre. Ils échangèrent rapidement quelques mots et le directeur se hâta vers la porte du fond.

McGonagall s'occupa de ses deux Gryffondor et leur demanda de la suivre jusqu'à l'infirmerie.

Quand Rose croisa le regard de son directeur de maison, elle eut l'impression qu'un bloc de pierre venait de lui tomber dans l'estomac. Ses yeux noirs étaient glacés, durs et emplis de colère. Mais le pire fut sa voix. D'ordinaire chaude et chaleureuse lorsqu'il s'adressait à elle, elle avait à présent retrouvé ses tons menaçants et doucereux, et elle déclencha un horrible frisson le long de l'échine de Rose.

- Suivez-moi Mlle Fletcher.

Rosalie baissa la tête, consciente qu'elle avait cherché les ennuis et que maintenant il lui faudrait faire face aux conséquences et à la déception de son professeur vis-à-vis de son comportement. Elle venait de détruire qui s'était petit à petit instaurée entre eux.

Alors qu'ils traversaient les couloirs déserts et silencieux du château, la Serpentard vit défiler de terribles images. Elle se vit renvoyer de l'école pour toujours, se retrouvant dans le bureau de Mr Marshall prête à recevoir sa punition si bien méritée. Lorsque la porte de la classe du maître des potions s'ouvrit, Rose sortit de ses pensées et resta plantée au milieu de la pièce, fixant le bout de ses chaussures et triturant nerveusement ses mains.

La porte claqua violemment faisant sursauter l'enfant qui s'attendait à ce que Rogue ne se mette à hurler d'un instant à l'autre. Mais les cris ne vinrent pas. A la place une voix basse et froide s'éleva dans la pièce dans un murmure menaçant.

- Puis-je savoir ce qu'il vous est passé par la tête ? Vous rendez-vous compte de ce que vous avez fait Mlle Fletcher ?

- Je…

- Silence. Claqua Rogue. Et moi qui vous pensais différente de ces crétins sans cervelle. Je me suis de toute évidence trompé.

La réplique acerbe et la grimace de dégoût du professeur plongèrent Rosalie dans un état d'hystérie totale. Des larmes dévalaient sur ses joues creusant des sillions sur sa peau salie, et la petite fille se jeta aux pieds de Rogue.

- J…J…je…ss…suis…d…ddd…ddésolée… Hoqueta-t-elle.

- Je me moque que vous soyez désolée ! Hurla-t-il. Comment avez-vous pu faire une chose aussi stupide ?! Vous avez enfreint un nombre incalculable de règles ! Vous avez pris des risques inconsidérés ! Vous avez mis votre vie en danger !

- Je…je… Sanglota la fillette.

- TAISEZ-VOUS !

La colère du maître des cachots était telle que plusieurs bocaux explosèrent dans la pièce. Rose se ratatina sur elle-même, protégeant sa tête de ses bras. Durant un instant, seules la respiration saccadée de la Serpentard et celle bruyante et rapide de Rogue animaient la salle.

- Je ne veux pas vous entendre. Gronda-t-il. Imaginez ma surprise, lorsqu'on est venu me trouver pour m'informer que quatre élèves avaient passé la trappe, et que l'un d'entre eux était une Serpentard que je croyais en sécurité dans son dortoir !

Rose se recroquevilla encore plus et ses sanglots redoublèrent d'intensité. Tout son monde s'écroulait.

- Vous devriez être renvoyée ! Rugit Rogue.

Un cri d'agonie s'échappa de la bouche de la fillette. Non ! Elle ne voulait pas être renvoyée ! Elle avait enfin trouvé un endroit qu'elle considérait comme son foyer. Elle ne voulait pas retourner dans cet orphelinat de malheur pour le restant de son enfance. Elle ne voulait pas quitter ses amis, ce château, la magie. Mais surtout elle ne voulait pas être abandonnée par le professeur Rogue. Et pourtant elle savait que tout était terminé.

Son souffle se bloqua alors dans sa poitrine et sa bouche s'ouvrit frénétiquement cherchant désespérément à aspirer de l'air. Sa vue se brouilla, de petits points noirs dansèrent devant ses yeux, ses oreilles bourdonnèrent et bientôt elle ne put plus rien distinguer, ni son, ni image.

Quelque chose de froid fut alors pressé contre ses lèvres et un liquide tiède et doux coula dans sa gorge. Sa respiration revint alors peu à peu à la normale, con cœur reprit un rythme régulier et sa vision s'éclaircit. Elle prit alors conscience qu'elle était assise sur un sol de pierre et que quelqu'un la tenait dans ses bras et la berçait doucement.

- Respirez calmement Mlle Fletcher… Disait une voix. Inspirez profondément et expirez lentement.

Elle fit ce qu'on lui demandait et petit à petit elle se sentit de mieux en mieux.

- Je suis désolé, je ne voulais pas vous mettre dans un état pareil…

Rose hocha la tête, sans savoir trop pourquoi mais c'était la chose à faire, la personne s'excusait, elle acceptait ses excuses. Cependant son esprit était encore confus et elle n'arrivait pas à mettre un nom sur cette voix.

- Vous ne serez pas renvoyée Mlle Fletcher.

Renvoyé ? La dispute ! Le professeur Rogue ! Brusquement, la petite fille se tourna dans les bras de son directeur de maison.

- C'est vrai ? Demanda-t-elle d'une toute petite voix, les yeux brillants de larmes et d'un mince espoir. Je ne serai pas renvoyée ?

- Non, vous ne le serez pas, Mlle Fletcher. Je suis navré de vous avoir hurlé dessus de cette manière… mais vous devez comprendre qu'en apprenant que vous n'étiez pas dans votre dortoir et que vous aviez passé la trappe… J'ai eu tellement peur… je pensais ne plus jamais vous revoir… Chuchota-t-il.

- P…pourquoi ?

Rogue se contenta de la dévisager, semblant chercher ses mots.

- Vous comptez beaucoup pour moi, Mlle Fletcher. Dit-il en évitant soigneusement de dévoiler le fond de sa pensée.

- Vraiment ?

- Oui vraiment.

- Pourquoi ? Souffla-t-elle.

Rogue détourna les yeux, les lèvres pincées, visiblement en conflit avec lui-même. Rosalie continuait de le fixer, attendant une réponse qui peut-être ne viendrait jamais. Puis son professeur plongea son regard sombre dans le sien et après avoir pris une profonde inspiration, il lui répondit.

- Parce que depuis quelques temps je me suis attaché à vous Mlle Fletcher. J'en suis venu à vous aimer, comme un père aimerait sa fille. Et je ne supporterai pas de vous perdre. Avoua-t-il.

La fillette renifla et scruta son maître des potions, une lueur d'incompréhension et d'espoir luisait dans ses yeux écarquillés. Sa bouche s'actionnait mais aucun son ne réussit à en sortir. Puis de nouvelles larmes roulèrent sur ses joues, mais cette fois elles étaient de soulagement. Quelqu'un dans ce monde l'aimait. Personne ne l'avait jamais aimée jusqu'à maintenant.

- Vous…Vous… Bégaya-t-elle. Vous… Vous tenez à moi ?

Rogue hocha la tête.

- Vous m'aimez ?

- Oui.

- Comme… comme votre propre fille ?

- Oui.

Un moment de silence passa, ponctué par la respiration irrégulière de Rosalie.

- Moi aussi je vous aime professeur ! Sanglota-t-elle. J'aurai tellement aimé que vous soyez mon papa… ! Tellement aimé… Je suis désolée de vous avoir faire peur… Je ne voulais pas… Je croyais que j'allais mourir là-bas… j'ai cru que je ne vous reverrai jamais… si vous saviez comme je suis désolée…

La petite fille ne put qu'enfouir son visage dans le cou de son professeur. Les seuls sons qui s'échappaient de ce petit corps ne furent à présent que des sanglots. Rogue continuait de bercer doucement cet être fragile et innocent qui n'avait déjà que trop souffert de la vie.

Ce fut seulement qu'une heure plus tard, épuisée par ses aventures et d'un trop plein d'émotions que Rosalie s'endormit dans les bras du maître des cachots. Rogue se releva en serrant Rose contre son torse et se dirigea vers à grands pas dans ses appartements. Il déposa l'enfant dans son lit et s'assit dans un fauteuil après l'avoir bordée et transfiguré ses vêtements en pyjamas pour veiller jusqu'à son réveil.

Il ne savait pas ce qui allait se produire dans le futur mais une chose était sûre, il protègerait son élève quoiqu'il lui en coûte.