Merci pour vos reviews. Je suis contente que ces vignettes vous plaisent autant. Moi, ça me fait plaisir à écrire. Voilà la suivante.
Rating : T
Nous ou rien
Manoir Malefoy, 31 juillet 1998
Tout était prévu. Chaque mot avait été pesé avec soin, dit, redit et répété encore et encore. Le discours était parfait.
Drago, debout devant la porte du petit salon cher à ses parents, déglutit nerveusement. Il s'était préparé. Avec Blaise, ils avaient envisagé toutes les possibilités, meilleures comme pires. Surtout les pires en réalité. Malgré cela, le jeune homme était nerveux au possible. Parce que ce qu'il allait annoncer à ses parents n'allait pas leur plaire. Pas le moins du monde.
Il se souvenait de la conversation qu'ils avaient eue de longues années auparavant. Aimer Blaise et l'épouser, ce n'était pas possible.
Le couple ne pouvait pas être amoureux. Il n'avait pas le droit. C'était proscrit, immoral, sale. Ses parents n'avaient dit cela comme ça mais c'était ce que Drago avait compris.
Prenant une profonde inspiration et tâtant sa poche pour vérifier que ses affaires étaient toutes là, le blond ouvrit la porte du petit salon, au bord de la nausée. L'idée-même d'avouer qu'il était gay, homosexuel, pédé, tapette et toute autre appellation dans ce genre le rendait malade de peur. Il aurait voulu faire demi-tour, sauf que le visage et la voix de son amant apparurent dans son esprit.
Blaise avait déjà prévenu sa mère pour son choix. Il n'avait pas attendu qu'elle explose, il était simplement parti. Depuis la veille, il résidait dans le petit appartement moldu qu'ils avaient trouvé avec leur maigre pécule. Drago lui avait rendu visite. Plus exactement, ils avaient passé la journée tous les deux, imaginant quel serait leur futur en vivant ensemble.
Même si l'avenir n'avait pas semblé rose, pour eux il était hors de question de se séparer. Ils étaient trop proches, avaient vécu trop de choses comme la guerre, le secret de leur relation pendant quatre ans... Ils ne voulaient pas mettre cela de côté. Ils en avaient parlé, l'avaient envisagé. Cependant c'était trop difficile à accepter pour l'un comme pour l'autre. De toute façon, avait dit Blaise, ils étaient homosexuels. Ils pouvaient se séparer, cela ne les rendrait pas hétérosexuels et c'était cela qui bloquait.
Ils savaient qu'en quittant le domicile familial et en apprenant à leur famille leur situation, ils se fermaient beaucoup de portes. Le monde sorcier ne voudrait plus d'eux, ils seraient reniés et donc contraints d'aller vivre dans le monde moldu. Ils avaient donc pris les devants.
– Drago, te voilà enfin, sourit Narcissa.
Le jeune homme la regarda, gravant ses traits magnifiques dans sa mémoire. Elle était belle sa mère. Même à plus de quarante ans, elle demeurait superbe.
Il tourna légèrement les yeux vers son père dont les dernières semaines n'avaient pas été faciles. Lucius était fatigué mais il n'arborait plus cette légère ombre de barbe ni cet air fou. La mort de son maître, le fait d'être encore en vie et libre lui avaient redonné une santé. Cependant tout n'était pas encore gagné.
– Tout va bien chéri ? Je te trouve un peu pâle.
– J'ai... commença Drago avant de se racler la gorge, la voix rauque.
Mais c'était sans compter sur sa mère qui souriait à belles dents et qui l'interrompit.
– Mon Dragon, installe-toi. Ton père et moi avons une grande nouvelle à t'annoncer.
Drago retint de se mordre la lèvre. La conversation n'allait pas comme il le désirait. Néanmoins, il obéit et prit place – pour la dernière fois – dans un des confortables sièges du petit salon.
– Te souviens-tu avant tout cela...
Cela. La guerre. Le retour du Seigneur des Ténèbres.
–... nous parlions de ton avenir. Tu disais que tu ne savais pas vraiment ce que tu allais faire.
– Oui ? Cela remonte à au moins deux ans.
Sa mère fronça les sourcils et son père fit cette moue qui n'augurait rien de bon pour son postérieur. Mais Drago avait passé l'âge des fessées et des coups de canne. D'autant que Lucius avait cessé le punir peu après sa rentrée en Première Année.
– Cela veut dire que tu as trouvé ta voie ?
– Pas encore.
– Comptes-tu refaire une année ? Pour avoir un diplôme.
Drago y avait pensé. Il n'avait pas pu obtenir ses ASPICs à cause de la guerre, de la présence de Voldemort chez eux et de la peur de perdre ses parents s'il les laisse pour ses études.
– Non. Je ne pense pas.
Un diplôme sorcier ne lui permettrait pas d'obtenir un travail dans le monde moldu. À moins d'une équivalence.
– Donc que vas-tu faire ?
Drago se retint de dire qu'il allait se fondre dans la masse d'un monde que ses parents, tout du moins son père, méprisaient et que c'était là qu'il allait vivre. Pour l'instant, c'était un peu trop tôt.
– Prendre une année sabbatique et aviser l'année prochaine. Je crois que... j'ai besoin de repos.
Un demi mensonge ou une semi vérité. C'était mieux cela dit que tout avouer d'emblée.
– Et concernant ta vie sentimentale ? J'ai cru comprendre que tu n'étais engagé dans aucune relation.
Pour un peu, Drago aurait éclaté de rire. Il pouvait compter sur sa mère pour mettre avec grâce les pieds dans le plat et le pousser à aborder – involontairement – la conversation qu'il redoutait mais pour laquelle il était là.
– Je...
– Que penses-tu de la jeune Astoria ? l'interrompit Narcissa. Elle n'est pas encore majeure mais elle ferait une belle épouse et te compléterait à merveille.
Drago eut un instant d'arrêt. Son cerveau essayait de mettre un visage sur ce prénom.
Astoria Greengrass, Serpentard de deux ans sa cadette, était la petite sœur de Daphné. Il ne lui avait jamais parlé ni même approché. Elle était jolie, cependant Drago était insensible à ce genre de beauté, préférant de loin les courbes plus franches et le grain de peau foncé de son amant depuis trois ans, petit ami depuis quatre ans et amoureux depuis... quatorze ans.
– Que dirais-tu de la rencontrer ? Je me doute qu'avec votre différence d'âge bien que non significative, vous n'avez pas eu le temps de...
Sentant que sa mère avait pris la décision à sa place et refusant de se retrouver dans une relation dont il ne voulait pas, Drago se leva.
– Maman, arrête, je t'en prie, supplia-t-il presque.
– Mon chéri ?
Les mots de son discours si bien préparé lui revinrent en force. Lui qui avait redouté cette conversation, c'était le moment de l'avoir. S'il ne disait rien ou ne faisait rien, Blaise lui échapperait et il se retrouverait marié avec une femme qu'il n'aimerait pas, des enfants qui ne seraient pas de son petit ami. Il aurait une vie peut-être plus malheureuse que celle qu'il allait vivre avec son compagnon.
– Je... je n'ai pas besoin de rencontrer Astoria. Je ne la connais pas et n'ai aucune envie de la connaître. C'est sans le moindre doute une fille très gentille, parfaite. Mais ce n'est pas elle avec laquelle j'imagine un futur.
– Tu as donc quelqu'un, sourit Narcissa. Tu entends cela Lucius ? Il a quelqu'un ? Quand comptais-tu nous en parler ?
Ainsi donc sa mère avait proposé cela afin de délier la langue de son enfant. Une stratégie hautement manipulatrice et Drago était tombé dans le piège à pieds joints.
Mal à l'aise et angoissé, le jeune homme reprit place dans le fauteuil.
– Qui est-ce ? Une fille de bonne famille. Pitié, ne me dis pas qu'il s'agit de miss Parkinson.
– Non père, ce n'est pas elle. Et... ce n'est pas une fille.
Deux pairs d'yeux le fixèrent, interloquées. Lucius et Narcissa ne savaient plus quoi dire. Drago estima bien de profiter de leur silence pour réciter son discours.
– Cela fait quatre ans maintenant que je suis en couple avec quelqu'un. Quatre ans de relation secrète parce que nous savions parfaitement que cela choquerait. Si je ne vous en ai pas parlé avant, c'est parce que j'étais persuadé que vous ne le tolériez pas. Sauf que maintenant que je suis majeur, je suis capable de prendre soin de moi, d'être indépendant. Lui et moi avons décidé de vivre ensemble. Dans le monde moldu. J'ai assez d'argent pour me débrouiller. Nous avons trouvé un appartement et...
Les mots lui manquaient, sa gorge était nouée. Il n'arrivait plus à dire quoi que ce soit sous le regard choqué de ses parents.
– Qui ! exigea froidement Lucius.
– Blaise.
– Zabini ? Le fils de Claudia ?
Comme s'il pouvait en exister plusieurs. Drago évita cependant de répondre cela.
– Oui mère. Blaise Zabini.
– Depuis quatre ans, répéta Lucius.
– Trois en réalité. Nous ne... je ne compte pas cette année.
Ils n'avaient pas pu être ensemble. L'un ici, l'autre à Poudlard pour sa Septième Année. Ils s'étaient retrouvés juste après la bataille finale, surpris d'être en vie et soulagés de voir l'autre en bonne santé. Drago n'avait pas pu se retenir de courir vers Blaise, le serrer dans ses bras et l'embrasser à perdre haleine.
Malgré cette année de séparation non désirée et de silence des deux côtés, ils avaient été d'accord pour continuer. Drago en avait été heureux. Il avait supporté comme il avait pu l'absence de son partenaire, envisager la rupture était au-dessus de ses forces.
Ces derniers mois, ils avaient continué à se voir en cachette. Cependant, cela ne leur convenait plus. Ils avaient besoin d'être ensemble ou de pouvoir se rencontrer dans un lieu public sorcier et non simplement moldu. Maintenant qu'ils étaient majeurs tous les deux dans les deux mondes, ils pouvaient subvenir à leurs propres besoins.
– Quatre ans ! s'insurgea Lucius. Pourquoi nous le dire maintenant si tu n'as pas jugé bon d'en parler avant ?
– Parce que je m'en vais. Dans le monde moldu. Je préfère partir avant que vous ne me l'ordonniez. Voilà ma nouvelle adresse, dit-il en déposant sur le petit guéridon un bout de parchemin sur lequel était notée une adresse dans le cœur de Londres.
Il se leva sans attendre l'ordre paternel. Il était évident que Lucius mourait d'envie de le mettre dehors avec ses pieds ou sa canne.
Le pire était donc arrivé. Ses parents n'acceptaient pas. Son père se retenait mais Drago sentait qu'il était au bord de l'explosion. Sa mère, elle, serrait les poings de façon convulsive et son visage n'exprimait rien d'autre que du dégoût.
Drago battit en retraite en courant. Il gagna la zone de transplanage sans ralentir un seul instant, transplana dans une ruelle sombre non loin de leur nouvel appartement, puis le gagna. Il voulait retrouver Blaise et fondre en larmes dans ses bras.
C'était fini, il n'était plus un Malefoy. Il n'était plus rien.
À suivre
Oui, il y a une suite qui sera postée non pas dans 15 jours mais dans 3 semaines. Etant donné que la semaine prochaine je ne suis pas là, je ne posterai pas la suite de ma drarry. Je la posterai la semaine suivante, ce qui décale d'une semaine les posts de mes 2 fics.
Vàlà
