Et voilà la suite tant attendue... ou pas :)
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Reviens
(suite de nous ou rien)
Londres, 2 décembre 1998
Lucius regarda l'immeuble miteux et se demanda s'il ne s'était pas trompé d'adresse. Son fils ne pouvait décemment pas vivre dans ce taudis. Même les Weasley vivaient mieux que cela.
C'était un immeuble sur trois niveaux dont la façade aurait mérité un bon ravalement. Certaines fenêtres étaient condamnées par des planches de bois.
Par acquis de conscience, le lord relut le petit bout de papier que Drago avait laissé en partant et dut se rendre à l'évidence. Il était bien au bon endroit. C'était la bonne rue et le bon numéro. Son fils unique et adoré vivait dans un immeuble entouré d'épaves à ce que l'homme pouvait en juger. Il y avait des femmes maigres assises sur les marches menant à la porte. Elles fumaient. Des hommes en guère meilleur état étaient plantés là, près de la porte.
Lucius serra le poing sur sa canne et entama son ascension de l'escalier. Il pouvait sentir les regards bovins des habitants sur sa nuque. Ce ne devait pas être tous les jours qu'ils voyaient une personne avec un peu de classe et de distinction.
Une fois dans le hall, l'aristocrate retint de se boucher le nez. L'atmosphère exhalait une atroce odeur de fluides corporels et d'autres choses qu'il se refusait à identifier.
Troisième étage avait écrit Drago.
Comment son petit garçon avait-il pu tomber aussi bas? Simplement parce que ses parents avaient été choqués de découvrir que leur fils était homosexuel et qu'il vivait une idylle depuis plus de trois ans avec son meilleur ami ? Pour les Malefoy, il n'avait jamais été question de mettre leur enfant à la porte. Oui, ils avaient été surpris au-delà des mots par cette nouvelle mais il n'avait jamais été question de renier leur bébé.
Lucius et Narcissa s'étaient dits qu'il reviendrait dans un mois. Au bout de quatre mois, ils avaient dû se rendre à l'évidence, leur enfant était bel et bien parti.
Arrivé au troisième étage à la seule force des genoux, Lucius prit quelques secondes pour se reposer et inspecter les environs. Cinq portes se trouvaient dans le couloir du troisième. Le papier indiquait appartement 32. Le dernier au fond.
Alors qu'il s'y dirigeait, il entendit nettement une porte se refermer tout doucement. Le temps qu'il se retourne, plus rien ne bougeait mais une chose était certaine, quelqu'un l'épiait.
Ses bottes en cuir de dragon foulant la moquette miteuse, Lucius s'approcha de l'appartement 32 en redoutant la suite. Dans quel état allait-il trouver son fils ? Et Blaise ? Étaient-ils seulement encore en vie après tous ces mois auprès de cette faune ?
Du pommeau de sa canne à tête de serpent, Lucius cogna contre la porte puis attendit, le cœur battant à toute allure et l'oreille attentive au moindre bruit.
Le panneau s'ouvrit soudain sur une tignasse brune. Soulagé de voir l'ami – petit ami – de Drago en relative bonne santé, Lucius s'inquiéta bien moins pour son garçon.
– Mr... Malefoy ? bégaya Blaise.
– Drago est-il là ?
– Oui. Mais...
– Puis-je entrer ?
Le grand noir s'effaça pour laisser la place à Lucius qui posa un pied à l'intérieur de l'appartement. Il faillit reculer en se rendant compte que ce n'était même pas assez grand pour être un appartement. Blaise et Drago n'avaient qu'une pièce. Pas de toilettes ni de salle de bains. Un petit coin cuisine juste assez grand pour poser une casserole sur une plaque et un bac qui servait d'évier.
Un trou à rats, voilà comment Lucius qualifierait cet endroit. Il n'y avait pas d'autre mot.
Drago était assis sur le lit trop étroit pour deux personnes et mangeait sur ses genoux. Il y avait bien une table collée contre un mur mais elle croulait sous le linge et d'autres choses.
– Père ? s'étonna Drago en reposant son assiette sur le sol à peu près propre.
– Bonjour Drago. Comment vas-tu?
Le fait de voir son fils aussi surpris de le voir peina Lucius. Ainsi donc il ne s'était pas attendu à le voir débarquer ici ?
– Je... vais... bien, je crois mais... que faites-vous ici ?
– Je viens voir mon fils. Ta mère s'inquiète et moi aussi. D'autant plus quand je vois où tu vis. C'est un quartier mal famé.
Il nota le rapprochement de Blaise vers le lit et donc vers Drago, comme s'il cherchait à le protéger de quelque chose. Ou de quelqu'un. Lui.
– C'était un appartement dans nos moyens et c'est en attendant.
– En attendant que vous mouriez sous la lame d'un fêlé ? Vous êtes chez les moldus...
– Pas si fort, le pria Drago en parlant relativement doucement. Les murs sont fins. Les voisins entendent tout. Oui nous sommes chez les moldus. Et alors? En quoi ma sécurit...
– Est-elle importante à mes yeux ? Tu n'as pas idée Drago.
Lucius avait l'impression que son cœur se brisait, s'émiettait. Il n'était plus rien aux yeux de son enfant et cela lui faisait mal.
– Rentre à la maison. Si tu veux tellement avoir ton indépendance, alors nous te donnerons de quoi te loger. Si tu veux...
– Je veux vivre avec Blaise, père. C'est tout ce que je désire. Et si personne n'accepte notre relation...
Drago serra la main que Blaise lui tendit par-dessus le lit. Il était vrai que Lucius n'aurait jamais envisagé ce genre de relation pour son fils. Dans son esprit, l'idée-même de deux personnes de même sexe amoureuses l'une de l'autre était intolérable. Son père lui avait ancré cette notion dans l'esprit à grand renfort de coups et de sorts tous plus douloureux les uns que les autres.
Cependant il ne s'appelait pas Abraxas et il aimait Drago. La guerre avait failli les séparer, il ne voulait pas revivre ça une seconde fois.
– J'admets que je n'ai pas été le père idéal, commença Lucius lentement sans lâcher des yeux les mains jointes. J'ai fait des choix me concernant et te concernant que je n'aurais jamais dû faire. Mais il y a une chose dont je suis certain et que personne ne pourra changer, c'est que tu es mon fils, Drago. Alors sans doute que je n'ai pas été assez présent et ai été plus exigent que d'aucuns, cependant je n'ai jamais cessé de t'aimer. Oui, j'avais d'autres projets te concernant. Une femme, des enfants. Non, Drago, laisse-moi finir, exigea Lucius en voyant Drago ouvrir la bouche pour répliquer. Tu ne peux pas en vouloir à ton père de désirer cela pour toi. Ta mère et moi avons toutefois compris que nous nous trompions. Nous voulions ton bonheur. Si tu l'as trouvé avec Blaise alors... C'est parfait. Je n'ai pas mon mot à dire. Vous voulez vivre ensemble ? Bien. Nous ne nous y opposerons pas. Par contre, que tu penses que nous t'avons renié parce que tu préfères les hommes aux femmes, c'est... je ne peux l'accepter. Tu ne nous as pas donné le temps de dire quoi que ce soit. Tu es parti si vite.
– Quatre mois, père, croassa Drago. Vous aviez mon adresse.
– Et je suis là pour essayer de te convaincre de revenir à la maison. De vous convaincre, tous les deux.
Il échouait, il le sentait. Lui qui était si à l'aise pour parler avec des gens, pour demander plus de subventions ou pour dédaigner, il n'arrivait pas à parler simplement avec son garçon. Un fossé les séparait, Lucius venait juste d'en prendre conscience.
Simplement à cause d'un long silence, il allait perdre Drago à jamais.
– Je suis désolé que tu aies cru que nous te laissions tomber. ça n'a jamais été notre but ni notre désir. La guerre m'a montré ce que j'aurais pu perdre. J'ai failli te perdre plus d'une fois et je ne veux pas que cela arrive vraiment.
Il vit Drago bondir du lit et se jeter dans ses bras. Sous la surprise, Lucius ne sut comment réagir. Il avait encore le sentiment que s'il refermait ses bras sur son fils, il le casserait. Encore l'impression d'avoir un petit bébé entre les bras.
Et puis, comme la seule fois où il l'avait serré contre son cœur, ses bras l'enlacèrent. Il put entendre des sanglots de son petit garçon, sentir les larmes mouiller la peau de son cou. Mais cela n'avait aucune importance. Puisque Drago était contre lui.
– Je t'aime papa.
– Moi aussi je t'aime Drago. Et je suis fier de toi, de ce que tu es devenu.
Pour la première fois depuis longtemps, des larmes coulaient le long des joues de Lucius Malefoy. Les mêmes inondaient celles de Drago.
Debout dans un coin, Blaise regardait la scène, ému aussi.
Vàlààààààà
