Un conseil, accrochez-vous pour les prénoms, savoir qui est qui par rapport à qui.
Prévoyez les mouchoirs
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Adieux
Plymouth, 10 juillet 2094
– PAPA ! hurla la petite Garance en courant à travers la maison.
– Bonté divine, Narcissa, dis à ta fille de parler moins fort, grommela Solange en tenant la main de son beau-père endormi dans son fauteuil roulant.
– C'est une enfant, bonne-maman.
– Peut-être mais elle fait trop de bruit pour père.
– Papa, pépia la petite fille de sept ans en déboulant dans le salon avec fracas. Papa, papa, papa, papa, répéta-t-elle en chantonnant ces deux syllabes comme s'il s'agissait de la meilleure chanson au monde.
– Garance, par Merlin, calme-toi, temporisa sa mère. Ton papi dort.
La fillette s'approcha doucement du vieux monsieur assoupi et s'assit près de lui dans un silence religieux. Autour, les adultes s'étaient remis à parler tout doucement.
C'était toujours ainsi. On parlait tout bas quand Papi dormait. Et il dormait souvent. Il fallait dire pour sa défense qu'il était assez âgé – du point de vue d'une petite fille. Selon les dires, il avait cent quatorze ans (1). Garance savait que pour lui parler il fallait articuler. Il était tout ratatiné et ridé. Du haut de ses sept ans, ce vieil homme l'effrayait. Il tremblait tout le temps, avait du mal à s'exprimer correctement et ne voyait plus clairement. On prenait soin de lui comme s'il était fragile et Garance devait faire attention à ne pas faire de bruit. Cependant, malgré sa frayeur, elle aimait son aïeul.
– Scorpius, appela justement le vieillard en papillonnant des yeux.
– Père, Scorpius est mort voilà vingt ans, annonça Solange, de la tristesse dans la voix.
Garance se leva de son siège et s'approcha de sa maman tandis que son papi appelait toujours son fils défunt. Elle cherchait du réconfort entre ses bras.
– Papa, ta mère devrait aller se reposer, conseilla Narcissa à son père tout en prenant sa fille sur ses genoux.
Regulus hocha la tête et aida sa mère à se lever de son siège. Ils quittèrent la pièce. Malheureusement, leur départ sembla plonger le vieil homme dans un état de panique que seule la présence de Garance qui se planta devant lui sembla apaiser.
– Qui es-tu ? demanda-t-il de sa voix tremblante.
C'était une des raisons qui faisaient que l'enfant était effrayée. Elle ne comprenait pas trop pourquoi son papi ne paraissait pas du tout se souvenir d'elle d'un instant à l'autre. À chaque fois qu'il lui posait cette question, elle avait envie de pleurer. Mais sa maman lui répétait toujours que c'était cette maladie qui lui faisait perdre la mémoire et qu'au fond de lui, il aimait son arrière-arrière petite fille.
– Garance, papi.
– Garance ? Je ne connais pas de Garance.
– Si papi, c'est la fille de Narcissa et Maximus, répondit doucement Julia, la femme de Regulus, la mère de Narcissa.
– Ils ont eu une enfant ? s'exclama le malade, surpris, presque choqué. Mais, elle est si jeune. Elle n'a pas plus de douze ans. Comment avez-vous pu la laisser enfanter ?
Alzheimer, c'était le nom de cette maladie maudite. Il la traînait depuis que Garance le connaissait. Apparemment, cela faisait une bonne dizaine d'années et le vieux monsieur ne se souvenait de presque personne.
– Elle a trente-cinq ans, papi, sourit Julia, indulgente.
– Et où est elle ?
– C'est cette dame qui tient Garance sur ses genoux.
Les yeux gris de l'ancêtre se posèrent sur elle. Narcissa ne dit rien, se contentant de sourire, serrant sa princesse dans ses bras. C'était le seul moyen qu'elle avait trouvé pour ne pas fondre en larmes.
– Je veux rentrer chez moi, exigea soudain le vieillard.
– Vous êtes chez vous.
– Non, ce n'est pas chez moi. Ce n'est pas mon salon ! Où je suis ? Quelqu'un m'a enlevé ? Scorpius !
Un à un, les adultes présents sortirent. Narcissa souleva sa fille pour l'emmener. Lorsque leur papi était ainsi, ses descendants ne pourraient pas le raisonner. Il n'y avait qu'une seule personne qui y parviendrait et elle devait déjà être au courant.
Ce ne fut qu'une fois seul que le vieux monsieur se calma mais il semblait tassé dans son fauteuil et paraissait minuscule avec ce plaid écossais autour de ses épaules et cet autre plaid sur ses genoux.
– Tu es chez toi, tu sais, souffla quelqu'un en entrant, précédé du tic-tic d'une canne en bois, son étouffé sur le tapis du salon.
Une main à la peau sombre et ridée se posa sur la joue parcheminée et pâle du malade qui se détendit. Un sourire se dessina sur ses lèvres alors qu'il reconnaissait cette voix et ce toucher.
– Bonjour mon amour.
– Bonjour mon amour.
Un simple effleurement leur suffit. Le nouvel arrivant prit place dans le fauteuil confortable que sa belle-fille avait laissé en partant.
– Blaise ?
– Oui Drago ?
– Je sais que je suis malade. Je ne reconnais plus personne sauf toi. Je suis un vieux monsieur qui a déjà bien vécu. Rien ne me retient sur cette planète, hormis toi. Je crois qu'il est temps que je ferme les yeux et m'endorme pour de bon, tu ne penses pas ?
Blaise ne dit rien mais il savait que le moment était venu. Ils avaient effectivement bien vécu et avaient surtout vécu heureux. Mais Drago voulait partir. Il était assez lucide pour formuler ce désir. Blaise ne pouvait pas le lui refuser. Il savait que lorsque son mari mourrait, il ne tarderait pas à le suivre, incapable de survivre longtemps sans cet homme avec lequel il avait passé tant d'années.
– Je t'aime Drago.
– Je t'aime Blaise.
0o0
Drago Lucius Malefoy-Zabini s'éteignit le 11 juillet 2094. Sa famille l'enterra dans le caveau des Malefoy.
Blaise Commode Malefoy-Zabini ferma les yeux à jamais le 30 décembre 2094. Il rejoignit le corps de son époux dans la crypte, à l'emplacement qui lui avait été réservé, pour qu'ils soient unis encore pour l'éternité.
FIN
1) ça fait jeune dans le monde sorcier, je sais mais qu'importe
Petit arbre généalogique, histoire que vous puissiez comprendre les liens
Drago et Blaise (114) → Scorpius
Scorpius et Solange (87) → Regulus
Regulus et Julia (62) → Narcissa
Narcissa et Maximus (35) → Garance
Garance (7)
Bon bah, croyez-moi ou pas, j'ai la gorge affreusement nouée en écrivant cette vignette, j'ai les joues inondées de larmes et j'ai très envie d'aller pleurer sous ma couette.
Sinon, une autre idée de vignette ? Genre, Scorpius, ça vous dit ? Mais pas dans les prochains jours. Trop de choses à faire, de fics à finir.
Vous l'aurez compris, les vignettes prennent une pause à durée indéterminée. Cependant, il se peut que d'autres viennent sans préavis, de temps en temps suivant mon inspiration, donc n'hésitez pas à mettre cette fic en follow histoire de ne pas rater les prochaines vignettes.
Sinon, sachez que je vous adore. Je ne pensais pas en postant la première, avoir autant de reviews pour un couple que les gens n'imaginent pas au premier abord. Ni autant de vues, de favorites et de follow. Merci beaucoup et à la prochaine !
Nano'
