Chapitre IV – Retour à Poudlard

Merci à Titou Douh pour sa review !


Des coups frappés à la porte tirèrent Luna d'un sommeil agité dans lequel elle avait trouvé refuge. Encore fatiguée après sa courte nuit, elle plongea sa tête dans l'oreiller et garda les yeux fermés encore quelques instants, se réfugiant dans quelques dernières minutes de repos.

Elle avait fait un rêve des plus étranges – et pas des plus agréables. Elle avait parfois du mal à se rappeler des images qui troublaient son sommeil, pourtant, ce cauchemar était inscrit dans les moindres détails au fond de son esprit. Cet enchantement destiné à lui apporter une courte conversation avec sa mère qui tournait mal, cette histoire de voyage dans le temps dont elle ne comprenait pas le sens…

De nouveaux coups, plus secs, résonnèrent, et Luna marmonna quelques mots et ouvrit les yeux. Elle fut éblouie par la lumière du jour qui éclairait la pièce ; elle n'avait pas pris la peine de fermer les volets, trop épuisée par sa journée éprouvante. Une fois sa rétine accommodée à l'ensoleillement, elle se leva et sentit ses jambes se dérober sous elle quand elle reconnut la chambre louée aux Trois Balais. Non, elle n'était pas en sécurité chez elle, mais bel et bien toujours prisonnière d'une époque qui n'était pas la sienne. Elle ne l'avait pas rêvé ; son cauchemar était réalité.

Elle se traîna jusqu'à la porte, vacillante, et ouvrit péniblement le battant.

— Bonjour, miss Likewell. Je me suis dit que vous auriez faim, si vous ne vous leviez pas, expliqua Madame Rosmerta qui la regardait d'un air inquiet, les poings sur les hanches. Et, hum, j'aurai besoin que vous débarrassiez la chambre avant midi. Vous comprenez, demain, c'est la rentrée, et j'ai toujours quelques parents qui veulent être près de… Enfin, vous voyez. Pas que je vous chasse – oh non, loin de moi cette idée, mais après tout, vous devez vous rendre au château aujourd'hui, et…

— Pas de soucis, la coupa Luna.

Rosmerta resta plantée devant elle, la bouche entre ouverte. Elle ne savait pas visiblement pas quoi dire. Elle s'était mise à parler à toute vitesse, et Luna se rendait bien compte qu'elle était terriblement gênée par la situation. La barmaid se reprit après quelques secondes d'un silence pesant.

— Très bien, dans ce cas… Je vous prépare quelque chose à manger ? Le temps que vous rangiez vos affaires ?

— Avec plaisir, concéda sa cliente. Rien de compliqué, ne vous embêtez pas.

— Parfait, parfait, parfait. À tout de suite, dans ce cas.

Elle s'éclipsa en bafouillant quelque chose que Luna ne saisit pas puis disparut dans l'escalier. Luna referma derrière elle et se laissa tomber au sol, adossée contre le battant. Elle massa ses temps pour empêcher la migraine de s'installer à nouveau.

Tout lui revenait cruellement en tête, et elle se sentit encore plus désabusée que la veille.

Ses sens encore engourdis, Luna prit une rapide douche et remit ses vêtements de la veille. Elle réalisa avec horreur qu'elle n'avait rien emmené avec elle, dans ce voyage inattendu. Elle n'avait que les vêtements sur son dos, quelques piécettes qui traînaient au fond de sa poche, et sa baguette. Elle ne pouvait décemment pas se rendre à Poudlard dépourvue de la moindre valise. Espérant que Rosmerta ne lui en tiendrait pas rigueur, et métamorphosa l'un des coussins en une malle minuscule, et changea la courtepointe de rechange qui prenait la poussière dans l'armoire ainsi que de vieilles taies d'oreiller en robes acceptables. La métamorphose n'avait jamais été son fort, mais le résultat était plutôt convaincant.

Elle se promit intérieurement de retourner ses biens à l'aubergiste lorsque toute cette affaire serrait réglée. Une fois redescendue au rez-de-chaussée, elle avala ses œufs brouillés en vitesse, répondant d'une voix atone à Rosmerta, qui faisait la conversation pour deux. Elle remercia la maîtresse des lieux pour son accueil chaleureux, et quitta le pub d'un pas hésitant.

Le vague à l'âme, elle marcha le plus lentement possible en direction du château. Elle n'aurait pas imaginé retourner à Poudlard de sitôt, et jamais elle ne se serait figuré de circonstances si abracadabrantesques. Même pour son imagination débordante, c'en était trop.

Son esprit vide se passa de toutes conjectures ou interrogations. Elle était encore trop sous le choc pour raisonner. Quand elle reprit vaguement conscience d'où elle se trouvait, elle faisait face aux grilles imposantes du château. Une nausée lui retourna l'estomac, et elle regretta immédiatement d'avoir englouti si vite son déjeuner, malgré son absence de dîner de la veille.

Perplexe, elle gratta l'arrière de son crâne en réfléchissant à la manière dont elle était supposée signaler sa présence. Elle remonta le long de la palissade, et aperçut un heurtoir sculpté de l'emblème de l'école. Hésitante, elle frappa un coup sec, et le bruit métallique effraya une nuée d'oiseaux qui décollèrent en un battement d'aile. L'objet était probablement enchanté, songea-t-elle sans se poser davantage de questions.

Elle s'assit sur sa malle, et n'eut pas à patienter longtemps avant qu'une silhouette familière se détache au loin. Remontant le parc, elle se trouva rapidement face à elle, et Luna eut tout le loisir de détailler les traits tendus du visage du professeur McGonagall. Ses cheveux bruns étaient tirés en un chignon strict, et elle portait une robe légère, imprimée de tartan. La jeune femme sourit à la pensée que même avec trente ans de moins, elle était déjà unique et reconnaissable.

Elle se leva d'un bond. Sans qu'elle ne s'explique pourquoi, le visage contrit de son ancienne professeure la rassurait.

— Bonjour ! Je suis Luna Likewell, peut-être vous a-t-on mentionné mon nom, je remplace le professeur Brûlopot le temps qu'il… retrouve sa santé.

— Miss Likewell, oui, Albus m'a parlé de vous. Nous vous attentions, justement. Je vous souhaite la bienvenue.

Malgré la chaleur de ses propos, elle la toisait d'un air méfiant. Luna se souvint soudain de la mention des Mangemorts dans le journal. Les fidèles de Voldemort commençaient à se multiplier, et elle eut la sensation qu'une pierre lui tombait sur l'estomac. Une fois la guerre terminée, elle avait espéré ne plus jamais entendre ce nom. Ce cauchemar lui paraissait pire chaque fois qu'elle prenait conscience de nouveaux détails.

Malgré tout, le professeur McGonagall parut lui accorder sa confiance. Elle attrapa sa baguette, probablement pour lever temporairement quelques-uns des sortilèges de protection qui faisaient de Poudlard l'endroit le plus sûr au monde. Elle fit signe à Luna d'entrer. La jeune femme s'exécuta, et la professeure rétablit ses enchantements.

— Albus m'a informé que vous n'avez pas fait vos études parmi nous, observa-t-elle en s'élançant d'un pas décidé vers le château.

— C'est exact, mentit Luna en lui emboîtant le pas.

— Je vais donc rapidement vous faire faire le tour du château. Poudlard peut parfois surprendre, et les escaliers aiment nous jouer de mauvais tours, mais je suis certaine que vous vous y ferez rapidement.

— Je n'en doute pas.

La visite des lieux se termina dans la salle des professeurs. Luna avait adopté de son mieux l'attitude de quelqu'un qui découvre l'endroit le plus merveilleux du monde, et elle n'avait pu s'empêcher d'être attendrie par ce retour entre les murs de l'école où elle avait construit sa vie. Elle se sentait presque à son aise, mais lorsqu'elles franchirent le seuil de la salle où se trouvaient tous ses collègues, une bouffée d'angoisse écrasa de nouveau ses poumons.

Parmi les visages amicaux qui l'entouraient, elle en reconnaissait bien trop.

— Je ne pense pas que vous ayez eu l'occasion de croiser aucun de nos collègues ?

— Non, en effet.

— Laissez-moi donc faire les présentations, proposa McGonagall avec une bienveillance qui déconcerta la jeune fille.

Le professeur Flitwick – appelez-moi Filius – la salua avec sa bonhommie habituelle. Son rajeunissement le faisait paraître un peu moins petit. Pomona Chourave portait son chapeau de travers. Horace Slughorn lui demanda si elle était apparentée à Jorah Likewell, un antique membre de la Très Extraordinaire Société des Potionnistes, ce que Luna nia en bloc, de crainte de mettre sa couverture en péril. Il parut déçu et retourna vanter les progrès de ses élèves favoris au professeur Binns, dont les yeux paraissaient éteints. Luna fut surprise de le voir vivant ; pourtant, il avait déjà une pâleur de mort.

Elle fut rassurée de rencontrer le reste de ses collègues, dont les noms et visages lui étaient totalement inconnus. Submergée par ses émotions, elle n'en retint aucun, hormis celui de Delphia Ogden. La petite sorcière rondouillarde, aux cheveux sombres coupés courts, n'avaient cessé de la dévisager d'un regard qu'elle ne parvenait pas à interpréter. Quand elle lui annonça qu'elle enseignait la divination, la jeune fille fut encore davantage terrifiée par la manière dont elle l'observait.

— Ne vous en faites pas si vous n'avez pas retenu tous les noms, cela viendra. Nous n'avons pas croisé notre concierge ; son nom est Argus Rusard, vous le reconnaîtrez facilement, il rode dans les couloirs avec sa chatte et s'insurge en permanence contre les élèves. Je vous conseille d'aller vous présenter à notre garde-chasse, Rubeus Hagrid, dont la cabane se trouve à la lisière de la forêt.

Luna fronça les sourcils. Si la perspective de retrouver son ami avait un certain charme, elle n'était pas convaincue que cela soit une bonne idée. Bien sûr, il ne pourrait la reconnaître. Mais elle connaissait sa maladresse personnelle, et était effrayée à l'idée de commettre la moindre bourde, ou de prononcer un mot de plus.

— En tant que professeure de Soins aux Créatures Magiques, vous aurez sûrement matière à discuter avec lui, ajouta McGonagall devant l'attitude figée de Luna.

— Bien sûr. Quelle merveilleuse idée !

Son entrain sonnait faux.

— Vous pouvez vous installer dans votre bureau, puis vaquer à vos libres occupations. Si vous avez la moindre question, vous pouvez nous retrouver ici.

— J'ai encore quelques détails à ajuster pour mes cours, et…

— Bien sûr, bien sûr. Le dîner sera servi à sept heures tapantes dans la Grande Salle, ne manquez pas d'être ponctuelle.

— Ne vous inquiétez pas professeur, je serai à l'heure.

Elle salua ses collègues d'un signe de tête, et se dirigea vers la porte.

— Oh, une dernière chose, la retint McGonagall. Le professeur Dumbledore aimerait discuter de quelques dernières commodités. Avez-vous besoin que je vous conduise à son bureau ?

— Ne vous donnez pas cette peine, je saurais retrouver le chemin, la rassura la jeune femme entre ses dents serrées.

Luna prit tout son temps pour retourner sur ses pas jusqu'au bureau du directeur. Les tableaux dévisageaient la nouvelle venue qu'elle était, certains chuchotaient sur son passage, d'autres lui souhaitaient la bienvenue. Elle remercia Merlin de n'avoir pas croisé Peeves sur le chemin. Elle sentait que ses nerfs n'auraient pas tenu le coup.

— Mot de passe ?

— Patacitrouille.

La gargouille la laissa passer mais la gratifia d'un regard suspicieux. Luna se demanda si le reste du monde pouvait réellement ressentir qu'elle n'avait pas sa place parmi eux, ou si elle se faisait simplement des idées parce qu'elle était terrifiée à l'idée d'être découverte.

Elle grimpa lentement les marches. À sa surprise, elle trouva la porte du bureau ouverte. Elle se souvint avec nostalgie de la première fois qu'elle y avait pénétré, lors de sa sixième année, pour y dérober l'épée de Godric Gryffondor. La relique siégeait déjà à sa place, sur son socle.

Confortablement assis dans son fauteuil, ses coudes posés sur son bureau, Dumbledore l'attendait.

— Miss Likewell, bienvenue parmi nous ! Entrez, entrez, ne soyez pas timide.

Luna obtempéra, jetant autour d'elle des regards intrigués. Nombre de choses possédaient la place qu'elle leur avait connue, du temps où Rogue avait substitué à son prédécesseur. Son cœur se serra à la pensée de la disparition de l'homme qui lui faisait face. Elle mesura combien elle était privilégiée de se trouver en sa présence.

— Vos nouveaux collègues ne vous ont pas trop effrayée ? demanda-t-il en lui lançant un regard espiègle à travers ses verres en demi-lune.

— Pas le moins du monde. Je pense me plaire parmi vous, assura-t-elle.

— Me voilà rassuré.

Il lui expliqua quelques règles sur le fonctionnement de la vie à l'intérieur du château. Luna écouta le tout attentivement, bien qu'elle y soit déjà familière. Après un long laïus de bienvenue, et une parenthèse sur le tyrannique Rusard, il lui remit son emploi du temps et la liste de ses élèves. Alors qu'elle s'apprêtait à disparaître dans l'escalier, il l'apostropha de la même manière que l'avait fait Minerva McGonagall, à peine vingt minutes plus tôt.

— Oh, et, vous devriez aller faire la connaissance de Hagrid. Je suis persuadé que vous vous entendrez à merveille.

— Je n'y manquerai pas, promit-elle.

Couchée dans le lit qui serait le sien pour une durée indéterminée, Luna épluchait la liste de ses futurs élèves. Dès le lendemain, ils envahiraient les couloirs encore tranquilles et silencieux du château, et une nouvelle année commenceraient pour eux tous. Une nouvelle vie pour elle.

Les noms qu'elle avait lus l'avaient mise terriblement mal à l'aise. Elle n'avait été surprise de découvrir ceux de son père et de sa mère, respectivement dans les classes de cinquième et septième année, mais elle avait réalisé qu'ils avaient été contemporains d'autres personnes dont les noms lui étaient familiers.

Remus Lupin, Sirius Black, Peter Pettigrew, James Potter, Lily Evans et Severus Rogue entraient en troisième année. Sybille Trelawney était d'un an leur aînée. Cette courte liste avait déjà été suffisante pour lui glacer le sang, lui rappelant combien elle n'était pas à sa place en cette année 1973, huit ans avant sa propre naissance. Poursuivant sa lecture, elle avait découvert le nom de plusieurs futurs Mangemorts.

Elle reposa la liasse de parchemins, un goût amer en bouche. Ils étaient encore jeunes, encore plus ou moins innocents. Elle ne pouvait pas les condamner pour des crimes qu'ils n'avaient pas encore commis ; et devrait se comporter comme face à de parfaits étrangers. Cette pensée la désespéra.

Trop troublée pour réussir à trouver le sommeil, elle se dit que le lendemain, elle demanderait à Slughorn une potion de sommeil. Elle ne pensait pas pouvoir s'endormir autrement, trop préoccupée à se demander si un jour elle retrouverait un jour les siens, et l'année 2003 qu'elle avait quittée la veille.


Le prochain chapitre verra (enfin !) la première apparition de Pandora... Alors, pressé.e.s ?