CHAPITRE 6
« Ah, Drago. Entre, mon garçon, entre. »
La voix de Voldemort est suave. Il sait quels dangers cachent cette apparente douceur. Il pousse la porte du salon d'hiver. La somptuosité du décor a quelque chose de morose depuis que les Mangemorts y ont établi leur quartier général. Il ne reconnaît plus cette maison sa maison.
Ses parents sont debout, au milieu du salon, la tête baissée, le visage soumis. Son père se cramponne à sa canne. Sa mère lui jette un regard tendre et inquiet avant de se remettre à fixer le sol. De derrière le dossier d'un fauteuil en velours noir dépasse une tête chauve. Des veines violacées s'entrelacent sur le crâne exposé. La couleur de cette peau reptilienne n'a rien d'humain.
Ce n'est pas le rêve que son père lui avait narré. La scène est loin d'être grandiose ou épique. Son père ne ressemble pas au héros tout puissant qu'il aurait dû être. Voldemort a davantage l'air d'un destructeur que du grand sauveur du monde sorcier. Toutes ses attentes s'étiolent. Elles tombent en lambeaux au milieu du salon. Et si toute son existence n'avait été que mensonge ? Et si la vie de Mangemort n'avait rien d'extatique ? Et si Voldemort n'était pas le symbole de son renouveau, mais de sa fin ?
Drago s'avance en tremblant vers ses parents, sans oser regarder Voldemort qui trône dans son fauteuil. Mais il sent sa présence, cette force terrible qui peut s'abattre sur eux à chaque instant. L'air est lourd. La tension est à peine supportable, comme si quelque chose tentait de l'enfoncer dans le sol à chacun de ses pas.
« Drago, le Seigneur des Ténèbres a une grande nouvelle à t'annoncer, murmure son père d'un air faussement fier.
- Silence, Lucius ! s'écrit Voldemort avant de reprendre son habituel ton calme. Ne lui gâche pas la surprise. Approche, Drago. N'aie pas peur. »
Drago est mort de peur, bien sûr. Le Seigneur des ténèbres le sait et il se délecte de sa terreur. Il plonge ses yeux de serpent dans ceux de l'adolescent. Un instant, Drago songe qu'il peut soutenir ce regard. Mais aussitôt, il ressent le besoin irrésistible de fixer la pointe de ses chaussures.
« Mon garçon, je vais t'offrir quelque chose de précieux. L'opportunité de racheter la valeur de ta famille à mes yeux. Car je suis un homme clément, je suis prêt à pardonner les erreurs de ton père. » Il sent Lucius frissonner derrière lui. La main de Voldemort glisse le long de l'accoudoir. « Vois-tu, Drago, tant que Dumbledore se terre dans sa maudite école, il représente une menace. Une menace qu'il me faut éradiquer au plus vite. Or, ma meilleure arme pour franchir les portes de Poudlard…c'est toi, cher enfant. »
Drago écarquille les yeux. Il se tourne vers sa mère, cherchant sur son visage quelque indice, mais elle garde la même expression craintive.
« Drago, tu es des nôtres à présent. J'espère que tu comprends l'honneur que je te fais. »
Il hoche la tête en guise de réponse. Voldemort sourit, d'un sourire carnassier.
« Bien, alors approche-toi et relève ta manche. »
La fine baguette se pose sur son avant-bras. Sa pointe semble vouloir transpercer sa chair. Le bois contre sa peau est comme une brûlure. Il hurle. Sa mère a un hoquet terrifié derrière lui. Il tombe à genoux. Lorsqu'il rouvre les yeux pour contempler son membre, il le découvre marqué d'un serpent enroulé autour d'un crâne.
oOo
Drago se redresse brusquement dans son lit, haletant. Il allume aussitôt la lampe de chevet et vérifie son environnement d'un regard fiévreux. Ce n'est pas le manoir Malefoy, mais la petite chambre, avec son armoire solitaire et ses peintures aux murs. D'une main, il essuie son front où perlent de grosses gouttes de sueur. Il est en nage. Tout son corps et son lit sont humides de sa transpiration. Il retrousse sa manche et respire de soulagement. A la place de la marque des ténèbres, il n'y a plus que cicatrices et boursoufflures. Une vision hideuse, certes, mais rassurante. La seule qui puisse lui confirmer qu'il a bien quitté son cauchemar.
Il aimerait ne plus se réveiller au milieu de la nuit et sentir la terreur. Il aimerait pouvoir faire comme si le passé n'existait pas, comme si sa nouvelle vie était celle qu'il avait toujours eu. Mais peu importe où l'on va et ce que l'on devient : si on est hanté, on le reste. Drago n'espère plus un jour être en paix avec lui-même. Il veut juste que les terreurs nocturnes cessent. Et puis, il en a assez de devoir laver ses draps tous les deux jours car ils empestent la sueur. Il se tourne et cherche sa montre à tâtons. Quatre heures seize. Il est trop tôt pour se lever, alors il choisit d'essayer de se rendormir.
Il se tourne et se retourne dans son lit, à la recherche de la position la plus confortable. Sur le dos, il a l'impression d'être un cadavre dans un sarcophage. Sur le ventre, le poids de son dos semble vouloir l'enfoncer dans le matelas jusqu'à suffocation. Sur le côté, il ne cesse de couper lui-même la circulation sanguine dans son bras, dont il finit par perdre la sensation. Finalement, il opte pour une position fœtale et se recroqueville sur lui-même.
Cela faisait plusieurs années qu'il n'avait pas entendu parler de Potter. Quel soulagement immense de ne plus être envahi par l'omniprésent garçon qui a survécu ! Toute sa vie, Potter a été une nuisance dont il se serait bien passé. Saint Potter, auréolé de gloire, qui ne pouvait jamais rien faire de mal, que tout le monde aimait, idolâtrait, à qui tout réussissait.
« Tu joues au Quidditch ?
- Non. »
C'était l'une des premières questions qu'il lui avait posées, avant même de savoir qu'il s'adressait à l'Elu en personne. Bien sûr, il avait fallu que Drago essaye d'assoir sa supériorité sur son nouveau camarade. « Le pouvoir est tout, Drago. Le pire qui puisse t'arriver, c'est que tes inférieurs se croient meilleurs que toi. Alors, ça veut dire qu'ils ne te respectent pas. Affirme ton pouvoir sur eux, fais-toi craindre d'eux, et jamais ils ne te manqueront de respect. » Il avait suivi les conseils de son père à la lettre, comme il le faisait toujours à l'époque. Et puis, il y avait eu le premier cours de Quidditch.
Il avait tout de suite repéré Neville Londubat. Une cible évidente, fragile, malléable. Il fallait montrer aux autres qu'il le dominait, ainsi ils le craindraient, ainsi il obtiendrait pouvoir et respect. Alors quand ce gros lourdaud était tombé de son balai, abandonnant son Rapeltout dans le gazon, Drago avait sauté sur l'occasion. Elle était trop belle. Ils le regardaient tous, impuissants, tandis qu'il s'élevait dans les airs. Toutes ces heures d'entraînement au manoir payaient enfin. Cet instant méritait toutes les remontrances, toutes les humiliations. « Tu ne peux pas te contenter d'être juste bon. Tu dois être excellent. Tu dois être le meilleur. Sinon, tu es indigne du nom Malefoy. »
Sauf que Potter avait enfourché son balai, pour la première fois de sa vie. Il avait décollé et fusé vers lui comme une flèche, d'un vol fluide et contrôlé. Tous les regards s'étaient tournés vers lui et brillaient d'admiration. Et lui se sentait stupide. Ce n'était pas la première, ni la dernière fois que Potter le ridiculisait. La rage lui coupait le souffle. Il se souvient avoir pincé sa langue entre ses dents jusqu'à ce qu'elle saigne. Le parfait petit Potter le faisait passer pour un minable. Peu importaient tous ses efforts, tout son travail : lui, il n'avait pas de don. Il n'était l'Elu de rien du tout. Alors il avait jeté le Rapeltout au loin, de toutes ses forces. Ca n'avait servi qu'à rendre Potter plus héroïque encore…
Le flot de ses pensées l'entraîne vers un sommeil agité. Il termine sa nuit comme il l'a commencée : hanté par le passé.
oOo
Devenir Drago Malefoy prenait du temps. Son apparence bien maîtrisée ne devait rien laisser dépasser, elle devait inspirer l'admiration. Ses tenues étaient toujours choisies avec soin et le moindre faux pli les rendaient immettables. Il lui arrivait de travailler ses mimiques, afin d'opter pour l'expression faciale qui impressionnerait le plus ses pairs. Le plus insupportable, dans ce long rituel préparatoire, était la coiffure. Bien sûr, ses cheveux se devaient d'être impeccablement coiffés, mais il leur arrivait d'être récalcitrants. Enfant, si par malheur il se présentait devant son père avec des épis, il écopait d'un regard lourd de reproches. Une mèche de cheveux qui dépasse suffisait à lui faire sentir la déception qu'il incarnait aux yeux du patriarche Malefoy.
Devenir Henry Smith est nettement plus simple. Henry est soit seul dans sa maison, soit au travail avec des collègues peu regardant de son apparence. A vrai dire, si Henry arrivait trop bien coiffé et habillé, sans doute se moqueraient-ils gentiment. Certains jours, il se contente de passer de l'eau sur son visage et d'enfiler un survêtement. Il aimerait que son père soit là, il aimerait qu'il voie avec quelle aisance il désacralise le nom des Malefoy. Même si personne, dans cette vie, ne le connaît sous le nom de Drago Malefoy. A ce jour, il n'y a qu'une personne qui connaissent ses deux identités : Harry Potter.
D'un geste furibond, il jette son pinceau à terre. Pourquoi avait-il fallu qu'il resurgisse de sa vie, même si brièvement ? Et pourquoi fallait-il qu'une simple apparition de Potter suffisse mette tout sens dessus dessous ? Il ne veut plus penser à son père, à Voldemort ou à Potter. Il veut se concentrer sur sa peinture. D'habitude, derrière son chevalet, il parvient à se vider la tête, mais pas aujourd'hui. Il regarde sa montre. Il est encore trop tôt pour aller travailler. Le restaurant sera encore fermé quand il y arrivera et alors il faudra attendre dehors, dans le froid, avec seules ses pensées pour lui tenir compagnie.
Il ramasse le pinceau enduit de peinture et reprend son ouvrage. Il repense à Jailtraby, le conseiller pénitencier qui lui a fait découvrir l'art abstrait. Leurs rendez-vous étaient sa seule bouffée d'air frais dans l'atmosphère putride d'Azkaban. Son bureau était devenu un refuge et regarder les dessins accrochés au mur, c'était comme s'évader, revenir à un autre temps, un temps qui n'avait jamais existé. Tout semblait plus riant que les parois maussades de sa cellule, même les souvenirs de son enfance. Il ne se rendait pas compte, alors, d'à quel point il les embellissait. Drago n'avait pas eu une enfance malheureuse, certes. Mais de là à la qualifier d'enfance dorée, il y avait un fossé.
C'est abstrait. Vous pouvez y vois ce que vous voulez.
Le dessin de Jailtraby était composé de volutes bleues et violacées, constellées de tâches d'argent. Cà et là, des lignes verticales, d'apparence anarchique, venaient rompre la monotonie de la composition. Immédiatement, elles lui avaient rappelé les tours du château, se détachant sur un ciel étoilé. Il s'était souvenu de l'automne à Poudlard, lorsque les arbres se parent de rouge et qu'un tapis de feuilles vient couvrir les immenses pelouses. Il s'était souvenu de l'air frais dans les couloirs, de l'odeur d'encens dans la salle commune, des somptueux festins et de la présence glacée du Baron Sanglant à la table des Serpentards. Il s'était souvenu avoir volé autour du stade de Quidditch lorsqu'il était désert, juste pour sentir le vent rafraîchir un été brûlant.
Tous ces souvenirs, l'espace d'un instant, l'avaient rendu heureux. Mais ça n'avait été que pour le rendre plus mélancolique encore, lorsqu'il était retourné à sa dure réalité. Heureusement, Jailtraby avait été là pour l'écouter. Il avait l'impression que son conseiller n'avait aucun préjugé à son encontre. Lorsqu'il était avec lui, son passé était une page blanche et il aimait cette sensation. C'est sans doute ce qui lui avait inspiré l'idée de repartir de zéro, loin du monde des sorciers, loin de la région qui l'avait vu grandir. La dernière fois qu'il avait vu quelqu'un lancé un sort, c'était quand Blaise avait arraché de son bras la dernière trace de son passé.
Il applique les touches de couleurs avec une précision presque maniaque. Rien n'est spontané dans ses gestes qu'il préfère contrôlés. En résulte une œuvre plate, inintéressante, qui n'évoque rien en lui comme pouvaient le faire les dessins chez Jailtraby. Il ne parvient pas à faire revivre leurs couleurs éclatantes. Ses couleurs à lui sont ternes et mornes. Pourtant il s'acharne, dans l'espoir de capturer quelque chose dans ses toiles, même s'il ne sait pas précisément quoi.
Enfin, arrive l'heure qu'il attendait, l'heure de se plonger dans une routine abrutissante, l'heure des choses simples. Il range son matériel à l'exception de son pinceau maculé de peinture, qu'il range dans sa poche arrière, là où la veille il avait rangé la baguette de Potter. Mais celle-ci semblait peser une tonne, tandis que le pinceau est aussi léger qu'une plume. Avoir à nouveau une baguette entre ses mains avait été une expérience bouleversante. Alors que l'objet l'avait initialement effrayé, il s'était rendu compte d'à quel point le sentir au creux de sa paume lui était familier. Les lignes de sa propre baguette étaient plus sobres et élégantes que celle de Potter. Le bois d'aubépine avait une consistance différente, aussi. Malgré tout, c'était comme serrer la main d'une vieille amie qu'on pensait ne plus jamais revoir. C'était grisant et terrifiant à la fois.
Tandis qu'il lave son pinceau dans le lavabo de la salle de bain, il se rend compte qu'il ne s'est toujours pas résolu à s'occuper des vêtements de Potter, toujours en tas sur le sol. Il n'a aucune envie d'y toucher, mais il aime que son intérieur soit ordonné. Il aime sentir qu'il a le contrôle, au moins là-dessus. Cette pile de linge sale est comme une énième provocation de Potter. Comme s'il prenait un malin plaisir à semer le chaos dans sa vie bien rangée. Mais Drago ne le laissera pas tout détruire, pas encore. Il va se débarrasser du linge sale. Il va continuer à suivre son petit quotidien routinier, comme si ni son père, ni Potter et ses amis les Aurors ne risquaient d'y surgir à tout moment. Parce que s'il arrête de vivre cette vie réglée comme une horloge qu'il s'est construit, il sent que tout va se briser.
Il attrape le linge, indistinctement, entre ses bras, tout en grimaçant de dégoût. Une odeur de chien mouillé et d'ordures se dégage des vêtements. Il se dépêche de les introduire dans le tambour de sa machine à laver, sans plus de ménagement. Il devrait les jeter dans un tonneau et y mettre le feu. Pourquoi s'embête-t-il à les laver ? S'il revoit Potter, ce sera pour se faire arrêter. Un long frisson parcourt sa colonne à l'idée de retourner à Azkaban. Il s'asperge le visage d'eau froide pour chasser cette considération.
Vous ne pouvez pas vivre dans la peur, Drago. La peur va finir par vous dévorer. Bâtissez une barrière pour la tenir éloignée.
Il avait suivi les conseils de Jailtraby à la lettre. Mais la peur trouvait toujours des brèches dans lesquelles s'introduire. Elle s'emparait de lui, chaque nuit et parfois même pendant l'éveil. L'ignorer ne la faisait pas disparaître. Certains jours, Drago se disait qu'elle était belle et bien en train de le dévorer vivant.
oOo
Lorsque la clé tourne et que le moteur se met en marche, il aime rester une minute à ne rien faire, pour écouter le ronronnement de l'engin. C'est une douce musique à ses oreilles. Après avoir convertis ce qu'il restait de la fortune familiale en argent moldu, la Vauxhall avait été le premier investissement conséquent qu'il avait fait. Il n'avait aucun objectif précis, aucune raison d'aller nulle part. Il ne savait qu'une chose : il voulait reprendre sa vie en main. Il en avait assez de sentir que d'autres la contrôlaient à sa place. Puisqu'il avait renoncé à la magie, il lui fallait un moyen de transport et quelle meilleure façon de se sentir en contrôle que derrière le volant de sa propre voiture ?
Il avait passé son permis de conduire moldu avec une facilité déconcertante. Gérer les pédales, passer les vitesses, manier le volant, lui venaient naturellement. Il s'était alors rendu chez un concessionnaire et trouvé une voiture d'occasion. Elle était longue et élégante, d'un gris profond. A l'intérieur de l'habitacle, il s'était tout de suite senti à l'aise et lorsqu'il avait eu le volant entre ses mains, il avait su qu'il pourrait la conduire pendant des heures sans se lasser. C'était une expérience étrangement similaire à l'achat de sa baguette chez Ollivander. Il n'y avait pas eu à réfléchir : c'était une évidence, c'était celle-ci.
Il avait sillonné l'Ecosse pendant plusieurs semaines au volant de sa Vauxhall. Au début, trop terrifié par le reste du monde, désireux d'éviter tout contact humain, il dormait même dedans. Il craignait que derrière chaque personne qu'il croisait ne se dissimule un Auror prêt à le ramener dans sa cellule. Il redoutait que son père n'ai retrouvé sa trace et ne surgisse soudain, l'emportant de gré ou de force, quitte à risquer un incident de transplanage. Puis, avec le temps, il avait commencé à avoir moins peur. Pas des sorciers et des sorcières, mais des moldus.
Les moldus sont nos inférieurs, Drago. C'est pour cela que se mêler à eux est une infamie. Nous devons préserver la pureté de notre sang, la noblesse de notre rang.
On lui avait appris à les mépriser, aussi n'avait-il jamais chercher leur présence. Il ne connaissait rien à leur mode de vie. Il ne connaissait aucun moldu. Il n'était même pas sûr d'avoir ne serait-ce qu'échanger un mot avec l'un d'eux. Et un jour, ils étaient devenus les seuls êtres dont la présence lui était supportable. Parce qu'ils ne lui inspiraient aucune paranoïa, parce qu'ils ne lui rappelaient pas sa vie d'avant, parce qu'ils représentaient la possibilité d'une autre vie possible. Alors il avait arrêté de dormir dans la Vauxhall. A la place, il faisait des haltes dans des hôtels et des bed and breakfasts, où il était toujours accueilli chaleureusement. Cela avait duré jusqu'à ce qu'un jour, par hasard, il arrive à Tarbrax.
C'est là que se trouvait la Gillyweed Factory, que Blaise et lui avaient rêvé de visiter. Une part de lui avait toujours envie de s'y rendre. Autant arrêter de lancer des sorts n'avait finalement crée aucun vide dans sa vie, autant la fabrication de potions lui manquait. Mais la perspective de se retrouver dans un lieu envahi de sorcières et de sorciers le terrifiait. La peur l'empêcherait d'accomplir ce rêve d'enfant : il ne visiterait jamais la Gillyweed Factory. Il avait malgré tout conduit à travers les bois, se souvenant que la fabrique de potions se trouvait au milieu de la forêt. Il espérait l'apercevoir de loin, sans s'en approcher davantage. A la place, c'est elle qu'il avait vue.
Une petite maison, qui avait dû connaître des jours meilleurs, perdue entre les arbres, avec une grosse pancarte A vendre placardée sur sa façade. « L'ancien propriétaire est décédé et aucun de ses petits enfants ne veut de la maison. C'est trop isolé pour eux. C'est trop isolé pour beaucoup de monde à vrai dire, mais je pense que pour un amoureux d'air frais, de solitude et de nature, c'est une maison idéale ! » avait dit l'agent immobilier. Il avait visité l'intérieur modeste, un peu délabré, et en quelques minutes, il s'était décidé. Il était parvenu à négocier le prix de vente afin qu'il corresponde à ce qu'il lui restait d'argent moldu. Et la maison dans la forêt était devenue sa maison.
Ça avait été le début de sa nouvelle vie. Une vie de mensonges, où il n'était plus Drago Malefoy, et où il pensait qu'il n'aurait plus peur. Il avait attendu, patiemment, que les cauchemars disparaissent. Il avait espéré ne plus jamais entendre la voix fantomatique de son père siffler à ses oreilles. Il avait voulu ne plus sentir sa peau frissonner en imaginant la présence de Voldemort. Mais quatre ans plus tard, où en était-il ? Au même endroit. A construire une barrière contre sa peur. Une barrière de sable, qui s'effrite chaque nuit et que, chaque matin, il reconstruit.
« Salut Henry ! Ça va mieux, lad ? »
Un colosse roux s'avance vers lui tandis qu'il sort de la Vauxhall. Il lui sourit de toutes ses dents. Il ouvre les bras en grand, menaçant de l'enlacer. Drago fait un pas en arrière et lui fait signe de s'arrêter.
« Ah oui, j'oubliais : pas de câlin pour Henry !
- Salut, Ewen. Ça a été hier ?
- On s'en est sorti, ne t'inquiète pas. Et toi alors ? C'est la première fois que tu te fais porter pâle ! On a toutes sortes de théories avec les gars. Moi j'ai parié sur une gastro fulgurante.
- Très élégant, merci beaucoup. Et pas la peine de faire des paris dans mon dos : je ne sais pas ce que j'avais, seulement que je ne me sentais vraiment pas bien. Tu crois que Robert m'en veux ?
- Le grand Bob ? T'en fais pas pour ça, il joue les durs, mais c'est une crème. Et puis il sait que tu es un cuistot en or, il a besoin de toi pour que le Corner tourne !
- Tout est là-dedans, dit Drago en agitant ses doigts devant lui.
- Les doigts magiques ! » répond le dénommé Ewen avec son épais accent écossais.
Drago se force à rire avec lui. En vérité, il imite leur comportement, dans l'espoir qu'aucun de ses collègues ne voit ce qui se cache derrière le masque. Ils l'ont parfois trouvé faux, mais ils ont mis ça sur le compte de sa nationalité. « C'est l'accent anglais, ça te donne l'air pompeux ! » Drago les apprécie, mais ce ne sont pas ses amis. Comment pourraient-ils l'être, alors qu'ils ignorent qui il est réellement ? S'ils savaient les horreurs qu'il pense parfois, continueraient-ils de plaisanter avec lui ? S'ils se doutaient du mépris qu'il ressent parfois à leur encontre, eux qui sont si simples, si ignorants, auraient-ils encore envie de lui adresser la parole ? Parfois, il a envie de leur dire que ses doigts magiques ont ensorcelé, qu'ils ont empoisonné, qu'ils ont failli tuer, juste pour voir leur réaction. Juste pour tester les limites de leur bonhomie.
Tu sais, Drago, si tu arrêtais de traiter tes amis soit comme tes larbins, soit comme de potentiels ennemis, peut-être que tu te sentirais un peu moins seul.
Blaise était le seul à ne pas avoir peur de lui dire ce qu'il pensait. Il avait toujours été franc avec lui, d'une franchise parfois douloureuse. Personne autour de lui n'était à la fois aussi honnête et aussi bienveillant à son encontre. Mais à l'époque, il ne percevait pas les choses ainsi. A l'époque, Blaise était un rival, issu d'une famille de sang-purs, admiré par les autres Serpentards, doué dans de nombreux domaines. Tout comme Potter, Blaise lui volait l'attention dont il avait besoin. Aussi avait-il mis un temps infini à accepter son amitié. Et tout comme il le fait aujourd'hui, il avait testé les limites de cette amitié. Pour être sûr. Par Salazar, il est ignoble quand il s'y met…
Dans la cuisine, les attend Edme, le frère d'Ewen. Son visage, parsemé de tâches de rousseur, est rougeot et souriant. Il accueille Drago avec un entrain qui n'a rien à envier à celui de son aîné.
« Henry ! Lad, ne nous laisse plus jamais seuls avec Bastien, j'ai bien cru que j'allais y rester !
- A ce point ?
- Le petit Frenchie est trop maladroit pour travailler dans un environnement contenant des couteaux et de l'eau bouillante !
- Quand on parle du loup…où est-il ? demande Ewen.
- En retard, comme d'habitude. » lance une voix de basse depuis le fond de la cuisine.
Drago regarde les deux frère écossais, confus. Il est rare que Robert soit en cuisine, encore moins pendant les heures de préparation. Le propriétaire du Corner gère la salle et il délègue la gestion des fourneaux à Ewen et Edme, qui les organisent d'une main de maître. C'est grâce à eux que le restaurant connaît un tel succès, il le sait. Robert est le genre d'employeur à reconnaître le talent et à lui laisser la place nécessaire pour s'exprimer. Ce n'est pas par hasard s'il a accepté d'engager un jeune cuisinier inexpérimenté, sans diplôme ni recommandation. Il a très vite fait confiance à Drago, parce qu'il a tout de suite reconnu en lui un employé travailleur et doué. Même les frangins qualifient son talent de miraculeux.
« Bon retour parmi nous, Henry, dit Robert lorsque Drago l'a rejoint.
- Bonjour, Robert. Je suis désolé, pour hier…
- Ecoute, Henry. Ça arrive à tout le monde. Tu as le droit d'être malade, mais tu as aussi le droit de me prévenir un peu en amont. Après, on ne va pas se fâcher pour une petite bêtise de rien du tout, hein ? J'ai toujours pensé que t'étais un type fiable, Henry. Et tant que ça ne se reproduit pas, je continuerai de le penser. Tu vois ce que je veux dire ? »
Message reçu. Drago n'a plus le doit à l'erreur. Sous ses airs aimables, Robert reste un patron. S'il veut que son petit restaurant survive, il doit pouvoir compter sur les autres. Le problème, c'est que si Henry est bel et bien un type fiable, ce n'est pas le cas de Drago. Mais ça, Robert n'a aucun moyen de le savoir. D'une certaine façon, son secret donne à Drago un ascendant sur son chef. Par réflexe, il jauge toujours l'équilibre des pouvoirs qui existe entre lui et les autres. Or, Robert a plus de pouvoir qu'Henry mais parce que Drago existe, caché derrière le masque, il garde le dessus.
Il déteste avoir besoin à ce point de dominer les autres.
Le pouvoir est tout, Drago. Le pire qu'il puisse t'arriver, c'est que tes inférieurs se croient meilleurs que toi. Alors, ça veut dire qu'ils ne te respectent pas.
« Je vous dérange ? » lance une voix avec l'accent le plus extraordinairement français qu'il ait jamais entendu.
Bastien surgit de derrière une étagère. Il a des cheveux châtains perpétuellement en désordre et un visage poupin qui ferait presque oublier qu'il a en fait une quarantaine d'années. Le caractère extroverti de Bastien dérange beaucoup Drago. Ewen et Edme sont avenants, certes, mais dans le respect d'autrui. Ils ont par exemple très vite compris qu'Henry ne supportait pas qu'on le touche, aussi se restreignent-ils, lorsque leur vient l'envie d'une franche accolade à l'écossaise. Pas Bastien. Souvent, il attrape Drago par le bras ou le colle volontairement, tout en sachant le malaise que cela provoque chez lui. Par Salazar, il rit de ce malaise ! Il prétend que cela fait du bien à Henry d'être ainsi provoqué hors de ses retranchements. Et pour ça, Drago le déteste et le respecte à la fois.
« Bastien, c'est la troisième fois cette semaine !
- Désolé, Bob : c'est mon oreille sélective, répond le concerné.
- Ta quoi ?
- Mon oreille sélective. Elle entend ce qu'elle choisit d'entendre. Apparemment, la douce musique de mon réveil n'en fait pas partie, ajoute-t-il avec un clin d'œil en direction d'un Drago impassible.
- Ouste ! Assez plaisanté, au boulot tous les deux ! » s'écrit Robert en agitant un torchon vers eux, feignant de vouloir les fouetter.
Ils rejoignent les frères écossais qui s'affairent déjà derrière les fourneaux. Ewen s'est lancé dans la découpe d'imposants morceaux de bœuf, tandis que son frère ouvre des coquilles Saint-Jacques entassées dans un bac rempli de glace. Deux postes de préparation restent libres : les légumes et les desserts. Drago s'avance d'un pas conquérant vers le premier, en espérant que Bastien ne le réclamera pas. Il n'en fait rien.
« Alors mon petit Henry, qu'est-ce qui t'est arrivé ? lance-t-il tout en commençant à casser des œufs et à peser de la farine.
- Laisse tomber Bastien : il sait qu'on a fait des paris, il ne dira rien ! répond Ewen.
- Pourquoi tu lui as dit ? On était sûr que le Frenchie ne pouvait pas gagner, lui rétorque son frère.
- Je ne vois pas pourquoi vous dites ça.
- Haha ! s'esclaffe Edme. Parce que tu penses sérieusement que la raison de son absence c'était : « a trop bu et a rencontré une charmante demoiselle au pub », Bastien ?
- C'est vrai que c'est tout à fait le style d'Henry ! ironise son frère. Le prend pas mal, lad, mais je n'ai jamais rencontré quelqu'un d'aussi sérieux de toute mon existence ! Tu as la vie d'un moine bouddhiste.
- Eh bien moi je suis convaincu qu'Henry a une part d'ombre dont nous ne savons rien et qu'il nous berne avec son apparente austérité ! insiste Bastien. Pas vrai, Henry ? Dis-leur que j'ai raison.
- Bien sûr. En fait, toutes les nuits après le travail je fais le tour des pubs et des clubs. Mais pas pour rencontrer des filles. Non, mon activité principale, c'est dealer de coke. » Drago énonce tout cela d'un ton circonspect qui rend ses collègues cois pendant une seconde. Puis ils explosent tous d'un rire sonore.
Pendant qu'ils lui racontent les événements de la veille, Drago les écoute d'une oreille distraite, préférant se concentrer sur les légumes face à lui. Contrairement à la peinture, qui réclame de lui un effort important – et qui génère une importante frustration – peler, couper, émincer, sont des activités très relaxantes. La cuisine ressemble à s'y méprendre à la préparation de potions. Il est dans son élément aux milieux des diverses ingrédients. Il aime sentir leurs textures sous doigts. Il aime respirer leurs odeurs. Il aime étudier leurs formes et les altérer avec la lame de son couteau. Ici, il n'y a plus de Voldemort, plus d'Harry Potter, plus de Drago Malefoy. Sa tête est vide. Son corps fait le travail. Il se sent léger.
Bien sûr, lorsque le service commence, cette légèreté devient un lointain souvenir. La tension monte vite en cuisine tandis qu'arrivent les commandes. Robert et les serveurs les apportent à toute allure, Edme les énonce de sa voix vibrante, Ewen les répartit entre eux tel un chef d'orchestre. Il faut alors agir vite, avec précision. C'est un métier qui manque souvent de la grâce qui comptait tant aux yeux de son père. Drago sue derrière les fourneaux, il se tâche les mains avec les aliments, il macule son tablier de sauce. Mais peu importe. Ce qu'il crée en vaut la peine. L'harmonie des odeurs, des couleurs, des saveurs : Lucius en aurait été incapable.
« Henry ! Va faire flamber les rumsteaks ! »
Il attrape la bouteille de cognac et jette les morceaux de viande dans la poêle chaude. Le beurre crépite tandis que le bœuf passe du vermillon au brun. D'un geste habile, il verse une grande lampée d'alcool et ajuste la position de la poêle afin qu'elle rencontre la flamme du fourneau. Aussitôt, le cognac s'embrase. Une flamme gigantesque s'élève devant lui, manquant de justesse le bout de son nez. Il recule, hagard. Le feu grandit. Il ne le maîtrise pas. Il a perdu tout contrôle.
« Goyle a foutu le feu ! »
Ronald Weasley s'enfuit, s'époumonant afin de prévenir ses amis.
Drago regarde Gregory Goyle agiter vainement sa baguette incendiaire. Mais rien n'y fait, l'immense serpent de flammes avance, consumant tout sur son passage. Blaise tente de l'éloigner grâce à un sort, mais rien ne semble pouvoir arrêter son avancée.
« Drago, il faut qu'on se mette à l'abri ! hurle-t-il par-dessus le bruit du brasier infernal.
- Là-haut ! » commande Drago en indiquant une pile de mobilier. Il n'est pas certain qu'ils y seront en sécurité, mais cela leur fera gagner du temps, au moins.
Les chaises, les armoires et les livres sont empilés précairement. Il commence son ascension, les sentant trembler sous ses pieds, se dérober sous ses mains. Il fait de son mieux pour ne pas regarder en bas. Malgré tout, il ne peut s'empêcher de jeter un coup d'œil. Au loin, il lui semble apercevoir l'armoire à disparaître, dévorée par les flammes.
Un bruit, quelques mètres plus bas, le fait sursauter. Un cri. Il se retourne pour voir Gregory, cramponné à une chaise qu'il entraîne dans sa chute. Il tombe dans les flammes, sans que Drago n'ait le temps de réagir. Il se fige. Il sait qu'il va mourir.
Pas ici, songe-t-il. Pas dans la Salle sur Demande. Il la déteste. Il déteste ce qu'il y a fait. Il déteste ce qu'elle a fait de lui.
« Drago ! Dépêche-toi ! » l'exhorte Blaise au-dessus de lui.
Il continue de grimper, tâchant de ne pas succomber à la panique. Mais parvenu au sommet, elle l'envahit. Autour de lui, ce ne sont que montagnes de mobiliers en feu. La chaleur est insoutenable. Les fumées le suffoquent. Il cherche des yeux une pile de chaises sur laquelle sauter ou bien une issue de secours, peu en importe laquelle. Mais il ne rencontre que le regard résigné de Blaise.
« Je suis désolé » dit Drago. C'est de sa faute si Goyle est mort. C'est de sa faute si Blaise va mourir. C'est lui qui les a entraînés ici. Maudit Potter, s'il ne lui avait pas volé sa baguette, rien de ceci ne serait arrivé ! Pourquoi avait-il fallu qu'il interfère encore avec son existence ?
Soudain, quelque chose caresse son visage. On dirait du foin ou une herbe séchée. Un souffle chaud passe sur lui. Le bruit du vent.
Potter, sur un balai, vient de voler au-dessus de lui. Weasley et Granger le suivent de près. Drago les regarde s'éloigner, puis faire demi-tour et revenir vers lui. Il n'en croit pas ses yeux. Blaise pose la main sur la sienne : « On va s'en tirer ! »
Ils s'approchent. L'esprit d'attrapeur de Drago s'affole. Il calcule l'instant où ils seront au-dessus de lui. Potter est sur la gauche des trois, ce sera lui le plus proche. Ça lui est égal, de devoir confier sa vie à Potter. Il veut juste survivre. Il doit survivre pour pouvoir prendre sa mère dans ses bras.
Potter n'est plus qu'à quelques centimètres. Il tend un bras vers lui. Drago lève le sien vers le plafond. Un instant plus tard, les doigts de Potter se vissent autour de son avant-bras. Drago se cramponne au sien, de toutes ses forces. Leurs bras restent ainsi noués l'un dans l'autre, au milieu des flammes.
Un choc dans son épaule le fait trébucher et tomber. Edme l'a dégagé comme un vulgaire insecte et tente à présent de maîtriser la poêle infernale. Ce n'est qu'un modeste brasier, qui ne dévore qu'un vulgaire morceau de steak. Une main se pose sur son avant-bras gauche. Il trésaille.
« Ça va ? lui demande Bastien, à genoux à côté de lui.
- Ça va.
- T'inquiète pas, Henry. Ça m'arrive tout le temps. C'est juste un rumsteak.
- CA VA JE T'AI DIT, FOUS-MOI LA PAIX ! » hurle-t-il en repoussant la main dont le contact est devenu insupportable.
Son cri alerte Robert, qui débarque dans la cuisine, l'air furieux. Pourtant, c'est très calmement qu'il dit : « Henry, va prendre l'air. » Drago sait qu'il ne faut pas se fier à son ton posé. Il est en colère et il a de quoi. Les incidents sont tolérés dans la cuisine. Les incivilités, beaucoup moins. Il va se faire passer un savon comme s'il était un gamin. Après tout, il a réagi comme un gamin. Comment expliquer à son chef la raison pour laquelle il ne supporte pas qu'on touche son avant-bras ?
Il quitte les cuisines par la porte du fond. Une lourde porte en métal, qui se referme derrière lui en vrombissant. Il fouille ses poches à la recherche de son paquet de cigarettes. Il n'en fume jamais plus d'une par jour, pour se calmer les nerfs. Cela semble être le moment idéal. Avant qu'il ait le temps d'allumer celle qu'il déniche enfin, la porte s'ouvre et Robert émerge. Ses joues sont cramoisies. Ce n'est pas bon signe.
« Bon sang, Henry ! Je peux savoir ce qui t'arrive ? D'abord ton absence d'hier et maintenant ça ? Tu te rends compte que les clients t'ont entendu ? Et puis qu'est-ce qui te prend de parler à Bastien comme ça ? Les gars m'ont dit qu'il n'avait rien fait de mal, il s'assurait juste que tu allais bien. Tu as failli foutre le feu, nom de nom ! »
Drago écoute sa tirade et il se sent comme un enfant qu'on réprimande. Il a de nouveau onze ans et son père est grand au-dessus de lui. Je t'ai demandé de te rapprocher d'Harry Potter, Drago. Je t'ai demandé d'en faire un ami. Te rends-tu compte de ce qu'il a accompli ? Possiblement, nous avons affaire à un mage noir encore plus puissant que le Seigneur des Ténèbres ! Et toi, que fais-tu ? Tu l'antagonises. Je suis si…déçu, Drago.
« Je suis désolé, Robert, marmonne-t-il enfin.
- C'est bien joli de s'excuser, mais en quoi ça me garantit que tu ne vas pas recommencer ? Il faut que tu m'expliques ce qui cloche, Henry. Parce que je ne peux pas travailler en ayant l'impression d'avoir une bombe à retardement dans mes cuisines ! »
Il ne peut pas lui expliquer, bien sûr. Maudit Potter, il aura tout ruiné dans sa vie, même ça. Il ne peut pas perdre ce travail, il ne pourrait rien faire d'autre. Il pourrait apprendre, mais où trouverait-il un plaisir similaire, un environnement où il peut se vider la tête, où il peut se préoccuper sur des choses simples ? Il est prêt à supplier Robert, s'il le faut. Il s'apprête à le faire, lorsque Bastien émerge à son tour des cuisines.
« C'est quoi ton problème, Henry ? beugle-t-il en fonçant sur Drago.
- Calme-toi, Bastien, l'incombe Robert. On discute et on va régler ça tranquillement.
- Tranquillement ? Tu n'étais pas là, Bob, tu ne l'as pas vu foutre le feu et fixer les flammes comme un possédé ! Tu n'as pas senti la violence dans sa voix quand il m'a hurlé dessus alors que je n'avais littéralement rien fait de mal, moi !
- La ferme, Bastien ! » Les mots fusent sans qu'il puisse les en empêcher. Ne fais pas ça, contrôle-toi ! se répète-t-il. Mais il n'y parvient pas. Les événements des jours précédents ont fait de lui une épave émotionnelle. Tout est sens dessus-dessous. La fatigue le rend encore plus irascible, il ne parvient plus à penser clairement.
« Pardon ? répond le Français en s'approchant de lui, menaçant.
- Tu m'as très bien entendu ! Et tu sais pourquoi j'ai réagi comme je l'ai fait. Combien de fois t'ai-je demandé de ne pas me toucher ?
- Oh, pardon de me soucier de toi, princesse ! »
Le rictus méprisant que forment les lèvres de Bastien le rend fou. Il fonce sur lui, enragé, le poing levé. Son uppercut atteint Bastien au nez, qui se met à saigner abondement. Bastien ne se défend même pas. Il reste planté là, choqué. Drago regarde le sang qui coule sur son tablier. Il dessine des formes sur le blanc du tissu, comme la peinture sur une toile. Des formes belles, à leur façon.
« Henry, donne-moi ton tablier et rentre chez toi. » La voix de Robert est glaçante. Drago se tourne vers lui, implorant.
« Robert, j'ai déconné, pardon !
- Je ne sais pas ce qu'il se passe dans ta vie et ça ne me regarde pas. Mais tu es une cocotte-minute sur le point d'imploser – merde, si j'en crois le nez de Bastien, tu as déjà explosé !
- Et pas qu'un peu, ajoute le français, dont le nez continue de saigner.
- Alors tu vas rentrer chez toi, Henry. Tu vas régler tes problèmes personnels. Et la semaine prochaine, tu vas revenir. On décidera à ce moment-là si tu restes avec nous ou pas. »
Drago acquiesce d'un hochement de tête. Il pourrait protester, mais il ne peut fournir aucune explication qui aurait du sens à leurs yeux de moldu. Après tout, rien ne justifie son éclat de violence. Il s'en tire bien, compte-tenu du grabuge qu'il vient de causer. Sans compter le nez sans doute cassé de Bastien.
« Je comprends. Pour ce que ça vaut, je suis désolé. » Il défait son tablier et le tend à Robert. Ce dernier l'attrape froidement. « Je ne vous décevrai plus, c'est promis. »
Je suis si…déçu, Drago.
« Lad, la déception n'a rien à voir là-dedans. » Drago ne répond pas. Parce qu'il ne comprend pas. Il ne connaît que trois types d'interaction : plaire à l'autre, l'intimider ou le décevoir.
oOo
Le paysage nocturne défile à toute allure derrière son pare-brise. Il conduit trop vite, il le sait. Mais la façon dont il maîtrise chacun de ses gestes lorsque la Vauxhall vire et dérape, lui donne l'impression qu'il reprend le contrôle. Après avoir perdu son sang-froid, il a besoin de se sentir en confiance. Ce n'est pas de l'arrogance, il se sait bon conducteur, tout comme il se sait bon cuisinier. Il n'a jamais peur de pénétrer dans l'habitacle de sa voiture ou de se lancer dans la préparation d'un plat. Il sait que le résultat sera à la hauteur de ses attentes. Ce sont bien les seuls aspects de sa vie dont il peut dire ça.
Lorsqu'il arrive à la maison dans la forêt, il gare la Vauxhall et sort la cigarette qu'il n'a toujours pas fumée. Il l'allume puis sort de la voiture pour en profiter dehors, dans l'air humide et venteux. Il inspire lentement la fumée, qui provoque une sensation chaude le long de sa gorge. Elle a un goût musqué. Les arbres autour de lui craquent et s'agitent. Enfant, il aurait été terrorisé par leur seule présence. Maintenant, c'est ce qui se dissimule dans les bois qui l'inquiète. L'épouvantard rode peut-être encore, sans parler des Aurors qui le traquent sûrement à l'heure qu'il est. Il rejoint le porche de sa maison, espérant s'y sentir davantage en sécurité.
Il rentre et aussitôt, il se met à tourner en rond. Il devrait être au restaurant à cette heure et ne sait pas quoi faire de sa peau. Rien de tout ceci n'était prévu. Rien de tout ceci ne fait partie de son organisation. Maintenant, il faut occuper ce temps hors du temps. Il n'ose pas sortir, par peur de ce qui rôde dehors. Pourtant, une marche en forêt pourrait le calmer. Ou bien il pourrait aller peindre. Une fois encore, sa peur l'empêche d'exister comme il le souhaiterait. Il attrape un livre dans la bibliothèque, au hasard. Il les a déjà tous lus. C'est L'Homme sans qualités de Robert Musil que ses doigts ont choisi. Il s'assoit dans le canapé et commence sa lecture. Les mots défilent sous ses yeux mais peinent à avoir du sens. Il relit plusieurs fois certaines lignes. Parfois, alors qu'il arrive à la fin d'une phrase, il en a oublié le début et doit recommencer. Il s'ennuie dans ce livre qu'il aime pourtant. Ses paupières deviennent lourdes, il sombre dans le sommeil sans s'en rendre compte.
Il se sent minuscule face au meuble imposant. La porte noire, les montants et serrures en argent, les craquelures du bois : il connaît ses moindres détails. Il déteste chacune de ces imperfections, qui lui rappellent son impuissance. L'Armoire à Disparaître, immobile devant lui, s'obstine à ne pas vouloir fonctionner. Tous ses efforts pour la réparer sont vains. L'échec le paralyse.
Il finit par placer la pomme à l'intérieur du meuble magique. Il referme la porte qui grince un peu. Il tremble. Il récite les mots, en chuchotant, plusieurs fois. Son cœur semble battre très lentement. Malgré les nombreux objets qui envahissent la Salle sur Demande, il a l'impression d'un grand vide autour de lui. Il dit les mots, encore et encore, essayant d'accroître sa conviction. Il peut réussir. Il faut qu'il réussisse.
L'armoire émet un son aigu. Il se précipite pour l'ouvrir. Il tombe à genoux devant la pomme réduite en bouillie. Pendant un temps, il sanglote, seul dans cette désolation. Il pense à ses parents, restés là-bas, dans leur manoir occupé. Il songe à Voldemort, assis dans leur fauteuil comme dans un trône. Il revoit sa tante, errant dans les couloirs en riant comme une possédée.
Tant repose sur ses épaules à présent. Mais plus les jours passent, plus il prend conscience qu'elles ne sont pas assez solides. Il y a trop de poids, il est écrasé. Mais quel choix a-t-il ? Même un Retourneur de temps n'y changerait rien : il sait qu'il finirait ici, face à une armoire magique cassée, craignant pour sa vie et celle de ses parents. Le dénouement serait le même, quoiqu'il arrive. Quelles options a-t-il jamais eu ?
De la poche de son pantalon, il sort un morceau de parchemin. L'élégante écriture de sa mère en couvre chaque parcelle. Il relit les mots, pour se donner du courage. Pour se souvenir des enjeux et ne pas céder au désespoir. La lettre de sa mère conclut :
« J'ai confiance en toi, Drago. Rien ne t'est impossible. Je serai toujours là pour toi, pour te soutenir. »
Il pleure franchement, à présent. Elle a tort de lui faire confiance, car il échoue. Si elle est là pour lui, peut-il en dire de même ? Va-t-il laisser une maudite penderie magique décider du destin de sa mère ? Une mission lui a été confiée, enfin il est quelqu'un de spécial. Un sorcier à part, supérieur. Il se relève et reprend sa tâche.
oOo
Le soleil est déjà haut dans le ciel lorsqu'il se réveille, pourtant il ne quitte pas son lit. A quoi bon se lever ? Rien ne l'attend. Il pourrait passer sa journée à fixer le plafond et personne n'en saurait rien. Il n'y a personne pour le juger, personne à qui manquer. Il n'a plus à avoir peur de décevoir ou à craindre l'échec. Il n'y plus que lui, ce lit, cette maison au milieu de la forêt. Et les cauchemars.
Ce n'est que vers le milieu de l'après-midi qu'il émerge finalement, écœuré par la puanteur de ses draps et par sa peau poisseuse. Il a faim, aussi. Il prend une douche trop chaude dans laquelle il s'attarde des dizaines de minutes, à ne rien faire sinon regarder l'eau qui ruisselle sur ses cicatrices. Plus jamais il n'aimera son propre corps comme il a pu l'aimer. Il est trop défiguré, à présent. Les stigmates du passé le rendent hideux, repoussant.
Afin de mettre ses draps à laver, il doit d'abord vider la machine, où croupissent les vêtements encore humides de Potter. Mécaniquement, il étend le linge sur un fil tendu entre deux arbres. Il se sent très vide, comme un pantin agité par une main invisible. Il se demande si c'est ce qu'on ressent sous l'influence du sortilège de l'Imperium. C'est ce que son père lui avait recommandé de plaider. Ça avait marché pour lui, la première fois du moins.
Il a toujours faim, mais ne se sent pas l'envie de cuisiner, pas dans ces conditions. Cela n'aurait plus la même saveur. Alors il jette une poignée de pâtes dans l'eau bouillante. Il n'arrivera pas à faire plus élaboré aujourd'hui. Il mange debout, en regardant par la fenêtre. C'est une belle journée d'automne, comme il en a peu vu depuis qu'il vit ici. Mais des nuages s'amoncellent déjà à l'horizon. Ce soir, il pleuvra.
Face à l'infinie possibilité de ses choix – puisqu'il n'a plus aucune obligation – Drago est paralysé. Jamais, de toute sa vie, il n'a été aussi libre de choisir quoi faire, comment se comporter, que penser. Et bien sûr, il ne sait pas quoi faire de ce surplus de liberté, lui à qui on a toujours dicté qui il devait être. Alors, il décide de voir dans le ciel qui s'obscurcit au loin, un signe ou plutôt un ordre. Il ne fera pas beau éternellement. La pluie et l'orage finissent toujours par revenir. Il enfile un vieux manteau aux airs de robe de chambre et une paire de chaussures usées jusqu'à la corde, et il part arpenter la forêt.
On lui a appris à connaître les plantes et leurs vertus. Et celle-ci ? demandait le Professeur Rogue de sa voix de baryton. De la livèche, utile pour les philtres d'embrouille. Mais il n'en était pas certain. S'il levait la main et demandait la parole, il devait être absolument sûr de ne pas se tromper. Un Malefoy n'a pas le droit à l'erreur. Le temps qu'il se décide, Granger avait déjà le doigt levé, et crachait la bonne réponse. Etes-vous fière d'être une insupportable Mademoiselle Je-Sais-Tout ? Il riait. D'un rire jaune. Lui aussi, savait, mais il avait trop peur pour prendre la parole. Toujours elle, la peur.
Tandis qu'il marche dans la forêt, il n'admire pas la spectaculaire beauté des arbres. Il ne prend pas garde au vol des oiseaux ou au ballet des branches. De ses yeux, il ratisse le sol à la recherche de plantes familières. Elles sont toujours là, immuablement. Elles ne pourraient jamais l'abandonner, elles.
Je serai toujours là pour toi, pour te soutenir.
« Menteuse. »
Soudain, entre deux vesses blanchâtres, il aperçoit ce qu'il croit d'abord être une limace. Avec le bout de sa chaussure, il écarte les champignons qui obstruent sa vision. Il se penche et sourit en remarquant les pustules qui couvrent la plante épaisse et noire, d'apparence gluante. C'est la première fois qu'il découvre un bubobulb dans sa forêt. Il enfile un gant en cuir et sort de sa poche un sachet en plastique. La plante se tortille lorsqu'il l'attrape, mais redevient immobile dès qu'elle touche le fond du sac. Un instant, il l'observe à travers le plastique avec un regard à mi-chemin entre l'enfant curieux et le scientifique concentré.
La lumière baisse et bientôt, il doit renoncer à sa chasse. Il n'aura que le bubobulb à ajouter à sa collection. Malgré tout, la sensation d'avoir accompli quelque chose le revigore un peu. S'il marche avec entrain cependant, c'est surtout parce que le tonnerre gronde déjà à l'orée du bois. Bientôt, la boue, les limaces et les escargots auront repris leurs droits.
La pluie tombe à grosses gouttes lorsqu'il décroche le linge qu'il avait mis à sécher. Fort heureusement, il est à peine humide. Il l'étend sur le canapé et les chaises du salon. Il a très envie de retourner se coucher, mais il sait qu'il doit résister à la tentation.
« Je me sens…catatonique. J'ai souvent du mal à quitter ma couchette. Même lorsque c'est le tour de garde et qu'ils viennent nous compter.
- Drago, je sais que ce que je vais vous expliquer est plus facile à dire qu'à faire. Mais il faut que vous luttiez contre cette sensation. Il faut trouver une raison de vous lever, d'aller de l'avant.
- Honnêtement, conseiller Jailtraby, si vous me trouvez une raison d'avancer, je vous promets que je me mettrai à aller de l'avant. »
Il sort tous les livres de sa bibliothèque, un par un. Il nettoie chaque recoin des étagères, puis range les ouvrages, en les triant par ordre alphabétique. Il récure l'évier, le lavabo, la douche. Il passe le balai, puis la serpillère. Il va même chasser la poussière à l'intérieur des placards. Tout, plutôt que sombrer à nouveau. S'il a l'impression de maîtriser ce qui l'entoure, elle ne pourra pas reprendre le contrôle. Elle ne pourra pas le clouer au lit, le paralyser et se nourrir de ses chairs. Il la piègera derrière un mur de sable. Et lorsqu'il s'écroulera, il en construira un autre, puis un autre. Même si c'est tout ce qu'il fait, jusqu'à la fin de ses jours, il se battra contre la peur.
Ce faisant, il a bien conscience d'ouvrir en grand les portes à la tristesse et au désespoir. Contre eux, il n'a aucun remède. Il a cru qu'en les arrachant à sa peau, il pourrait les faire disparaître, mais ils sont résilients. Et ils demeurent.
« Dès que je t'ai rencontré, j'ai su que je ne pouvais pas te faire confiance. Toi et ton idéologie infâme, vous m'avez tout de suite dégoûté. Tu as fait tous les mauvais choix, Malefoy. Et tu les as faits en pleine connaissance de cause. »
Au moins, Potter et lui ont quelque chose en commun : un dégoût mutuel pour la personne qu'était Drago Malefoy.
oOo
« Je vais te faciliter la tâche. »
Le vieillard sort sa baguette. Immédiatement, son corps se tend et réagit.
« Expelliarmus ! »
La baguette virevolte un instant dans les airs avant de choir au sol. Les yeux intelligents de Dumbledore se posent sur lui, avec douceur.
« Bravo, Drago. C'est très bien. »
C'est la première fois qu'il lui parle avec tant de douceur. Il aura fallu qu'il en arrive là pour que Dumbledore le félicite enfin.
Il sent les larmes lui brûler les yeux. Quelque chose se resserre dans sa gorge. Il ne parvient plus à contrôler les tremblements de sa main.
« Tu n'es pas un tueur, Drago.
- Que savez-vous de moi ? J'ai fait des choses qui vous choqueraient ! »
Dumbledore ne le connait pas. Il ne s'est jamais intéressé à lui. Il n'a jamais pris la peine d'essayer de le connaître.
Son père a échoué. Une fois. Une unique fois. Il a brisé cette maudite prophétie et est tombé en disgrâce. Le Seigneur des Ténèbres de leur donnera plus de seconde chance. La prochaine fois qu'il punira le clan Malefoy, il faudra que le châtiment soit exemplaire.
Il déteste la croyance aveugle qu'il a pu avoir en son père. Depuis son retour, Voldemort n'a été que torture et mort. Il a humilié sa famille et maintenant, il se joue de lui. La tâche qu'il lui a confiée est impossible. Jamais il ne pourra tuer Dumbledore.
« Il faut que je vous tue. Sinon, il va me tuer. »
Le sourire doux du vieillard s'éteint. Sa barbe jadis brillante comme l'argent, est terne. Ses traits sont tirés. Il a l'air si fragile, tout à coup.
Dumbledore était trop puissant pour que Drago puisse le tuer. Maintenant qu'il est à sa merci, il se rend compte que c'était une fausse excuse. La raison pour laquelle Drago ne peut pas le tuer, c'est parce que Drago n'est pas un tueur.
Des pas résonnent derrière lui.
« Boum, boum, boum ! »
Un éclair jaillit au loin dans le ciel.
Les yeux de Dumbledore se ferment.
« Boum, boum, boum ! »
Rogue saisit sa main.
Les nuages gris se métamorphosent en un crâne d'où émerge un serpent.
« Boum, boum, BOUM ! »
Il se redresse dans son lit, la bouche béante. Aucun son ne s'en échappe, pourtant il a envie de crier. Depuis la fenêtre de sa chambre, il aperçoit les éclairs qui strient le ciel noir. Il baigne dans sa propre sueur. Sa respiration saccadée refuse de s'apaiser.
« Boum, boum, boum ! »
Il sursaute. Mais il a quitté le cauchemar. Il reconnaît la chambre, l'armoire, le lit. Son réveil indique quatre heures trente-sept.
« Boum, boum, boum ! »
Ce n'est pas le tonnerre, ni une hallucination auditive. Il en est certain à présent, quelqu'un toque à sa porte, avec une vigueur exponentielle.
« Boum, boum, boum ! »
Il descend les escaliers. Le sol semble glacé sous ses pieds nus. Plus il s'approche, plus ses pas deviennent courts. Il passe par la cuisine et attrape un couteau, dont la lame métallique luit dans l'obscurité.
« Boum, boum, boum ! »
Plus il s'approche de la porte d'entrée, plus le son est fort. Insoutenable. Il lui semble un instant que les battements de son cœur s'accordent avec le cognement. Ils suivent son rythme.
« Boum, boum, boum ! »
Sa main est sur la poignée à présent. Son imagination s'affole. Peut-être est-ce l'épouvantard ? Un moldu égaré dans l'orage ? Ou bien les Aurors, qui l'ont enfin retrouvé ? Pire encore, peut-être s'agit-il de son père, venu l'enlever à sa vie ?
« Boum, boum, boum ! »
Sa main tremble tellement qu'il a du mal à tourner la clé dans la serrure. Lorsqu'il y parvient, tout autour de lui devient parfaitement silencieux. L'atmosphère est comme suspendue.
Il abaisse la poignée. La porte s'ouvre.
Une silhouette squelettique se découpe sur un rideau de pluie.
« Salut, Malefoy. »
