CHAPITRE 7

Il est assis sur l'épaisse branche d'un arbre. Le jardin grouille d'écoliers en robe. Par groupe de cinq ou six, certains discutent et font des plaisanteries. D'autres, leurs livres sous le bras, se pressent vers leurs salles de classe. Au pied du platane dans lequel il s'est installé, Vincent Crabbe et Gregory Goyle s'échangent des friandises, tandis que Pansy Parkinson raconte des messes-basses à Niles Hanley.

Depuis son trône, Drago n'entend pas leurs conversations. Bien sûr, il peut en deviner la teneur, ses camarades ne sont pas vraiment du genre profond. Mais s'il s'est réfugié sur son perchoir, c'est précisément pour ne pas avoir à se mêler aux autres. Leurs discussions ne l'intéressent pas, leurs vies ne l'intéressent pas. Il préfère admirer la foule des élèves qui s'agitent sous lui et rêver à son futur.

L'été précédent, son père avait dit que le retour du Seigneur des Ténèbres était imminent. Comme il l'avait dit l'été précédent, et celui d'avant, et celui d'avant. Si son père se languissait tant du retour de Voldemort, c'est que sa résurrection leur promettait une vie grandiose. Il avait hâte de voir la vie qu'il allait mener, lorsqu'il serait devenu un Mangemort. Peut-être aurait-il enfin le pouvoir qu'il désirait tant, sans tous les efforts et les souffrances qui vont avec ? Il avait hâte de voir tous ces élèves se jeter à ses pieds, béats d'admiration.

Entre les groupes d'élèves, une silhouette solitaire se faufile. A la manière dont elle trace son chemin, elle ne désire pas se faire remarquer. Mais Drago reconnaît tout de suite la tignasse brune et ébouriffée. En voilà, un obstacle à sa vie rêvée : Saint Potter, un garçon si spécial que les règles sont modifiées rien que pour lui. D'abord le Quidditch en première année et maintenant, ça. Pour Drago, voir le nom de Potter sortir de la Coupe de Feu avait été l'affront de trop.

« Mon père et moi avons fait un pari, Potter. »

Harry se retourne et lève les yeux au ciel en le voyant. Le mépris qu'exprime son regard ne saurait être toléré. Qu'aurait dit son père s'il savait que Drago se laisse traiter ainsi ?

Le pouvoir est tout, Drago. Le pire qui puisse t'arriver, c'est que tes inférieurs se croient meilleurs que toi. Alors, ça veut dire qu'ils ne te respectent pas. Affirme ton pouvoir sur eux, fais-toi craindre d'eux, et jamais ils ne te manqueront de respect.

« Je lui ai affirmé que tu ne tiendrais pas plus de dix minutes pendant le Tournoi des Trois Sorciers. »

Il se laisse glisser au bas de l'arbre et d'un geste impérieux, signale aux autres Serpentards de se joindre à lui. Il aime faire savoir qu'il peut être obéis au doigt et à l'œil. Mais Potter ne semble pas impressionné.

« Il n'est pas d'accord, continue-t-il en tâchant de préserver son air narquois. Il dit que tu ne tiendras pas cinq minutes ! »

Son ricanement est repris par sa bande de fidèles. Comme d'habitude, Potter ne sait pas se contenter de rester à sa place. Il devrait apprendre à courber l'échine et à encaisser, comme Londubat. Au lieu de ça, il marche vers lui, menaçant. Son regard est déterminé. Sa mâchoire se crispe, tandis qu'il bouscule Drago.

« Je m'en carre de ce que pense ton père ! Il est vil et cruel. Et toi, tu es pathétique. »

Sa tirade achevée, Potter se retourne et commence à s'éloigner.

Drago ne peut pas laisser passer cet affront. Le nom des Malefoy ne saurait être salis par un sorcier dont la mère était une maudite Sang-de-Bourbe ! Pathétique. Pathétique ? Il sent une rage immense consommer son abdomen. Il dégaine sa baguette et la pointe vers le dos de Potter.

« Oh non, fiston, ça ne se passera pas comme ça ! » s'écrit la voix rocailleuse de Maugrey Fol Œil, tapis dans l'ombre, sa baguette brandie vers lui. Aussitôt, Drago se met à tourner sur lui-même, comme une toupie. Il sent son cœur se soulever. Ses membres semblent légers, comme s'il rétrécissait et sa peau se couvre d'une fine fourrure blanche. A peine a-t-il eu le temps de comprendre qu'il avait été métamorphosé en une quelconque bestiole poilue, qu'une force invisible le fait tressauter de haut en bas. La nausée l'envahit.

« Professeur Maugrey, que faites-vous ? s'écrit la voix indignée de la vieille McGonagall.

- J'enseigne, lui répond un Fol Œil extatique tandis que Potter éclate de rire.

- Ne me dites pas que c'est un élève ?

- Techniquement, c'est un furet. »

Pathétique.

oOo

« Salut, Malefoy. »

A l'instant où il reconnaît Potter, Drago referme lui referme la porte à la figure. Il s'adosse à cette dernière, au cas où l'autre ne tente de forcer l'entrée. Qu'il aille au diable ! Ou s'il reste, qu'il croupisse sous la pluie, ça lui est égal. Il est hors de question qu'il mette à nouveau un seul pied dans sa maison. Foutu Harry Potter. Incapable de reste à sa place.

La porte vibre contre son dos tandis que Potter reprend son martellement incessant. Cette fois-ci, il a décidé d'y mettre de la voix.

« Laisse-moi entrer, Malefoy ! Il faut que je te parle. »

Toujours à lui donner des ordres, à vouloir lui dire quoi faire. Il déteste ça. Il sent monter en lui la colère. Au moins, l'espace d'un instant, elle chasse la peur.

« Fous-moi la paix, Potter ! Rien de ce que tu as à dire ne m'intéresse.

- Je crois bien que si ! crie l'autre à travers la porte.

- Tu n'as pas l'impression d'en avoir assez dit la dernière fois ? »

Tu étais un adolescent qui est devenu un Mangemort ! Qui s'est rangé du côté de Voldemort ! Qui a ensorcelé et empoisonné des gens ! Tu as même tenté de tuer Dumbledore…

« Donne-moi une bonne raison pour laquelle je devrais t'écouter ?

- Parce que tu avais raison. »

Drago se retourne vers la porte. Il fixe sa surface de bois un temps, abasourdi. Il n'a pas rêvé. Jamais il n'aurait pensé entendre ces trois mots dans la bouche de Potter. Tu avais raison.

Il secoue la tête, pour regrouper ses pensées. C'est peut-être un piège. Potter lui dit ce qu'il veut entendre pour qu'il ouvre la porte et alors, deux Aurors bâtis comme des gorilles lui tombent dessus. Ensuite, retour à la case Azkaban. Il ne peut pas courir ce risque. Il ne survivra pas à un deuxième séjour en prison.

« Malefoy ? »

La voix derrière la porte se fait implorante. Elle couvre à peine l'orage qui gronde de plus en plus fort. Il pose la main sur la poignée, la retire. Il ne parvient pas à peser le pour et le contre efficacement. Cela nécessiterait un raisonnement logique, or son raisonnement à lui est guidé par la peur. La peur des murs froids d'Azkaban. La peur de la solitude d'une cellule de prison. La peur de la mélancolie, de l'envie d'en finir.

« S'il-te-plaît, Malefoy. Je suis blessé. Je ne peux faire confiance à personne… »

Il sent le désespoir dans la voix de Potter et, pour une raison qu'il ignore, ce désespoir lui brise le cœur. Potter l'implore. Potter admet avoir besoin de lui. Potter est dehors et lui est dedans. Le pouvoir lui appartient. Il ouvre la porte.

Il n'avait jamais remarqué à quel point Potter était plus petit que lui. A se tenir ainsi, grelottant dans le froid, perdu dans des vêtements trop grands pour lui, il a l'air particulièrement misérable. Pour ne pas dire pathétique.

Drago constate alors le bras en écharpe, soutenu par un chandail – son chandail – noué précairement, et les traces de sang sur les manches. Le visage de Potter est sale, ses mains sont écorchées, ses chaussures sont en lambeaux. Sa mine émaciée le répulse. Il ressemble à un de ces prisonniers qui cessent de s'alimenter.

Drago s'écarte en ouvrant grand la porte. Potter entre, laissant derrière lui une traînée de boue, de brindilles et de feuilles mortes. La saleté l'irrite. Encore une irruption dans sa vie, encore une tâche sur sa toile.

« Enlève des chaussures, tu en fous partout. » lance-t-il à Potter d'un ton sec. Celui-ci s'exécute sans rien dire. C'est assez grisant de voir Potter soumis à ses mots.

Il l'emmène au salon et le fait assoir dans une chaise – il est hors de question que ses fesses boueuses se posent sur son canapé. Après un temps passé à se frotter l'arcade sourcilière et à écouter la respiration lente de Potter, il désigne son épaule d'un signe de tête.

« Qu'est-ce qui s'est passé ?

- Accident de transplange. »

Il frissonne. Drago, je sais que nous n'avons pas rendez-vous, mais je voulais vous annoncer la nouvelle moi-même. Je suis désolé, votre mère…

« Dès que j'ai transplané, il est apparu. J'ai essayé de m'enfuir, mais il m'a attrapé. J'ai eu de la chance, seule mon épaule a été désartibulée…

- Oui, dit simplement Drago. Tu as eu de la chance. »

Potter avale sa salive bruyamment. Il ne dit plus rien. Ce n'est pas son genre. Potter ne brille certes pas par la vivacité et le piquant de sa répartie, mais il répond toujours. Mais pas cette nuit. Cette nuit, il reste silencieux.

« Tu as vraiment un bol incroyable, Potter. Ça devrait être interdit. » poursuit Drago alors que le silence devenait inconfortable. Il se lève et va récupérer le sachet en plastique contenant le bubobulb qu'il a ramassé la veille dans la forêt. Il le braque sous le nez de Potter, qui le regarde sans comprendre.

« Récolté hier. Un bubobulb tout frais.

- Heu…félicitations ?

- Abrutis. Mêlé à certains ingrédients, le pus de bubobulb a des vertus cicatrisantes. » Potter a un air étonné, comme s'il ne s'attendait pas à ce que Drago sache ce genre de choses. Il savoure chacune de ces petites victoires. « Vire-moi tout ça pendant que je prépare la potion. Je n'en aurai pas pour longtemps. »

C'est la deuxième fois qu'il concocte une potion qui servira à soigner Potter. La première fois, il s'était senti responsable et avait agi sous le coup de la culpabilité. Après tout, c'était son père qui l'avait pétrifié, non ? Malgré tout, il avait passé la durée de préparation de son elixir à se demander ce qu'il fabriquait et pourquoi il était en train d'aider Harry Potter.

Cette fois-ci, c'est encore pire. Potter est blessé parce qu'il a agi comme un imbécile. Rien n'oblige Drago à lui venir en aide. Absolument rien. A part, peut-être, l'envie d'exhiber ses talents. Potter l'a toujours traité comme un minable et maintenant, il est à sa merci, il dépend de lui. Il aime l'idée de pouvoir lui prouver qu'il l'a sous-estimé durant toutes ces années. En fait, il a rarement autant ressenti le besoin de faire ses preuves. A part auprès de son père, bien entendu.

La potion cicatrisante est d'une facilité enfantine à préparer, pour autant que l'on ait un bubobulb sous la main. Drago prend son temps, à la fois pour savourer la texture des ingrédients entre ses doigts et pour mesurer avec précision la quantité de pus qu'il extrait des pustules de la plante qui, en trop grande quantité peut avoir des effets secondaires…pustuleux. Maintenant qu'il y pense, il pourrait mal doser accidentellement. Ce serait une belle leçon pour Potter.

Il l'entend geindre depuis le salon et accélère la préparation. Il ne supporte plus les gémissements de douleur, depuis qu'il a passé des mois à les entendre émaner du cachot sous le manoir. Son père l'avait traité de chiffe molle un jour, parce qu'il avait détourner le regard tandis que Bellatrix infligeait le sortilège de Doloris à un Sang-de-Bourbe. Il pince sa langue entre ses dents, très fort, jusqu'à ce qu'elle saigne un peu. Rappelle-toi : tout ça, c'est terminé.

Il regagne le salon pour trouver Potter, torse nu, recroquevillé sur sa chaise. Il n'a jamais vu des cernes aussi profonds, ni un visage aussi épuisé. Il rapproche une chaise et l'installe à côté de celle de Potter, qui a couvert son épaule de sa main.

« Très bien, dit Drago en s'asseyant. Voyons voir les dégâts. »

D'un geste doux, il dégage la main qui cache la blessure. L'épaule est déformée par un gigantesque hématome bleuâtre. Une longue plaie enflée la parcourt, depuis l'extrémité de la clavicule jusqu'au milieu du bras. Le sang coagulé a séché tout autour. Le tout commence à dégager une odeur inquiétante.

« Au moins, l'épaule est toujours en place, soupire Drago.

- Ça n'a pas été une mince affaire de l'y remettre, crois-moi… »

Drago regarde le visage de Potter, son expression tranquille. Quelque chose dans la manière dont il évoque son épaule démise semble indiquer qu'il a l'habitude de la douleur. Drago, lui, n'a que peu été exposé à la douleur physique. Il est plus familier avec un autre type de souffrance. Il ne peut s'empêcher de respecter le détachement avec lequel Potter accueille la peine.

A l'aide d'une pipette, il laisse les gouttes de la potion s'infiltrer dans la plaie. Un filet de fumée s'élève de la chair meurtrie. La rencontre entre la mixture et la peau génère un son ignoble, qui ressemble à s'y méprendre au bruit que fait un œuf au plat dans la poêle. Potter se cramponne aux accoudoirs de sa chaise. Drago ne détourne pas les yeux. Si lui-même a rarement été exposé à ce genre d'affliction, il l'a vu infligée à d'autres un nombre incalculable. Il a bien fallu qu'il apprenne à encaisser, à regarder la douleur droit dans les yeux, pour ne pas devenir fou.

« Il y aura une cicatrice, affirme Drago tandis que la plaie termine de se refermer.

- Ça m'est égal. » répond Potter en contemplant son bras.

Drago l'observe tandis qu'il se rhabille. Il avait déjà remarqué, la dernière fois, la maigreur extrême de son corps. Alors qu'il se torsionne pour enfiler ses vêtements, elle le met mal à l'aise. Les os saillants, le ventre creux sous les côtes, la finesse anormale de la taille lui rappellent les prisonniers du cachot.

Dans les sous-sols du manoir Malefoy, Voldemort souhaitait qu'on enferme certains dissidents. Ils étaient torturés un temps par Bellatrix, qui finissait par les oublier là. Personne ne pensait à les nourrir. Au fond de leur oubliette, ils finissaient par dépérir. Drago détestait devoir descendre au cachot. Il détestait les voir. Il détournait les yeux, mais certains l'appelaient à l'aide. Un jour, l'un d'eux avait passé sa main cadavérique entre les barreaux de sa cellule et l'avait attrapé par la manche. Il avait crié. L'air implorant de l'homme l'avait ému aux larmes, mais il n'avait rien fait. Ni son père, ni sa tante, n'aurait toléré qu'il nourrisse le prisonnier. Il s'était enfui.

Un corps comme celui de Potter, c'est un corps qui oublie de vivre, un corps qui crie au secours. Drago le sait, son propre corps avait réagi pareil, à Azkaban. Mais comment Harry Potter, avec sa petite vie parfaite, ses amis, ses admirateurs, son auréole de gloire, pouvait-il en être arrivé là ? Drago ne parvient pas à connecter ces informations entre elles, elles sont trop contradictoires. Il lui faudrait admettre que, entre ce qu'il connaît de l'autre et ce qu'est réellement son existence, il y a peut-être un gouffre béant. Et ça, il en est incapable.

« Tu devrais manger quelque chose, finit-il par dire.

- Il n'est pas seul.

- Quoi ?

- Ton père, il n'est pas seul. Quand j'ai transplané, Lucius m'a retrouvé. Il était accompagné de quelqu'un d'autre.

- Un Mangemort ?

- J'en doute, la plupart des Mangemorts sont toujours à Azkaban ou bien ils sont étroitement surveillés par le Ministère.

- Alors, qui ? demande Drago tout en essayant de ne pas laisser son trouble transparaître.

- Je n'en ai aucune idée. » soupire Potter.

Il se penche en avant et plante son regard dans celui de Drago. Sa franchise est déstabilisante. Potter a toujours été du genre à dire ce qu'il pense, sans détour, ce dont Drago est incapable. Comme ce doit être agréable de ne pas se refreiner, tant on est convaincu d'être du bon côté, en toute circonstance.

« Je pensais que Lucius n'avait pas pu me marquer, parce que je l'aurais forcément remarqué. Mais maintenant que j'ai la certitude qu'il a des complices, ça change la donne. Quelqu'un d'autre a dû le faire à sa place.

- Laisse-moi deviner : tu n'as aucune idée de qui a pu te lancer le sortilège de traçage ?

- Absolument aucune.

- Ce qui signifie qui si tu tentes de reprendre contact avec tes petits copains les Aurors…

- L'un d'eux peut être le complice de ton père, oui. » conclut Potter.

Aux yeux de beaucoup, cela passerait pour de la paranoïa. Mais pas aux yeux de Drago. C'est le bénéfice d'être un trouillard : au nom de sa sécurité, on a tendance à se méfier de tout et de tout le monde. Le jour où il avait cessé d'avoir foi en ses parents était le jour où il avait perdu sa capacité à accorder sa confiance.

« J'ai une certitude, en revanche, reprend Harry. C'est que ce n'est pas toi qui as lancé le sortilège de traçage. Parce que j'étais déjà marqué lorsque je t'ai retrouvé.

- L'ironie du sort, ne peut s'empêcher de ricaner Drago.

- Ça ne me réjouit pas spécialement, mais tu es en effet le seul en qui je puisse avoir confiance pour le moment.

- Quelle bonne blague ! Et qu'est-ce que tu comptes faire de cette conviction inébranlable en mon innocence ?

- J'ai… » Harry s'interrompt, hésitant. Il n'arrive plus à regarder Drago dans les yeux. Un instant, il lui semble même qu'il rougit un peu. « J'ai besoin de ton aide, Malefoy.

- Je me suis occupé de ta blessure, ça ne te suffit pas ? A la rigueur, tu peux crécher ici cette nuit, mais ça s'arrête là.

- Tu ne me dois rien, je suis d'accord. Mais il faut que j'alerte Ron de ce qui se passe.

- Weasley ? Sérieusement, Potter ? Tu viens cogner à ma porte pour que je t'aide à aller chercher Weasley ? »

Avec le temps, il avait développé un certain respect pour Potter. Il ne le lui avouera jamais, mais à une époque, il était sa seule issue. Lorsque tout son monde s'était écroulé, il s'était mis à croire, lui aussi, que seul Potter pourrait débarrasser le monde de Voldemort. Une fois le Seigneur des Ténèbres éliminé, tout redeviendrait comme avant. Sauf que, après la victoire de Potter, les malheurs avaient continué de pleuvoir. Potter lui-même avait témoigné contre lui.

En revanche, il n'avait jamais eu aucun respect pour Ronald Weasley. Insupportable rouquin, qui suivait Potter comme un toutou bien dressé. Comment pouvait-on être issu d'une famille de Sang-Purs et être aussi minable ? Même si aujourd'hui il sait que ses préjugés à son encontre étaient le fruit de l'idéologie paternelle, il ne peut s'empêcher de continuer à le mépriser. Peut-être parce que Weasley lui-même n'exprimait que dédain à son encontre ?

« J'ai une confiance absolue en Ron et il pourra nous aider, étant donné son poste actuel.

- Son quoi ?

- Sa position au Ministère. Il est adjoint au chef des Aurors.

- Ok, maintenant c'est sûr : je rêve. »

Il sent Potter bouillonner de rage. Il se prépare à une explosion de fureur, semblable à celle dont il a déjà été témoin quelques jours. Mais Potter se ressaisit. Il ferme un instant les yeux et rajuste les lunettes sont son nez. Dommage. Sans qu'il sache pourquoi, Drago aime le provoquer. Il aime le voir sortir de ses gongs et perdre le contrôle, tandis qu'il porte coup sur coup, avec maîtrise.

« Rêve ou pas, tu as aussi besoin de l'aide de Ron, Malefoy.

- Je ne crois pas, non, répond-il en canalisant tout ce qu'il possède de mépris.

- Parce que tu penses sincèrement que c'est moi que ton père traque ? »

Drago se lève soudain et se dirige droit vers la cuisine, en ignorant la question de Potter. Il a deviné depuis longtemps après qui son père en a. Ce n'est pas la première fois qu'il tente de récupérer son fils. Dès que Drago s'est désolidarisé de lui, il a cherché à le reprendre. Sa dernière tentative a coûté la vie à sa mère. Lucius ne peut pas laisser son héritier s'évaporer dans la nature. Drago est le futur du clan Malefoy et Lucius fera tout ce qui est en son pouvoir pour s'assurer que ce futur est glorieux.

Il déplace de la vaisselle aléatoirement. Il prend une casserole, la pose sur un plan de travail, range une assiette dans un placard, une fourchette dans un tiroir, remet la casserole à son emplacement initial. Il ouvre son frigo et contemple ses possibilités pour nourrir Potter. Lorsqu'il referme la porte, ce dernier se tient derrière, tenant son bras meurtri. Il grimace.

« Malefoy, dit-il d'un ton sérieux. Je ne peux pas utiliser la magie. Si je le fais, il va me trouver immédiatement, et je ne suis pas en état de me défendre contre lui, surtout s'il a des alliés. Je ne peux pas transplaner directement au Ministère à Londres, pas à une telle distance. Et à moins que tu n'aies de la poudre de cheminette planquée quelque part, je ne peux pas risquer d'utiliser ce moyen de transport, parce que ça me mettrait en contact avec des sorciers qui sont peut-être de son côté. »

Il s'approche de Drago, un peu trop pour que ce dernier soit parfaitement à l'aise. Le regard de Potter est très intense. Il l'a souvent vu avec un tel regard. Il lui est pénible de le soutenir, mais il ne sera pas le premier à baisser les yeux. Son éducation n'a jamais été très tolérante envers les signes de faiblesse.

« Une seule solution s'offre à moi, poursuit Potter. Les moyens de transport moldu.

- Aucun problème, je te dépose à la gare la plus proche et on n'en parle plus.

- Quand est-ce que tu vas arrêter de fuir, Malefoy ? Tu n'en as pas assez de te terrer dans un coin au lieu d'agir ? Tu sais qu'il manigance quelque chose, mais tu vas le laisser faire ? Alors que tu pourrais m'aider à l'attraper ?

- Fuir ou servir d'appât, c'est ça, mes options ?

- Oui. Alors pour une fois dans ta vie, fais le bon choix.

- C'est drôle, comme tu continues de penser que j'ai eu le choix. »

L'expression de Potter devient confuse. Bien sûr, son petit cerveau formaté en noir et blanc ne peut pas comprendre. Le bien d'un côté, le mal de l'autre. Pas de zone grise. Comment Potter pourrait-il imaginer ce que ça fait, d'avoir été élevé comme il l'a été ? De devoir repartir de zéro, de devoir reconstruire tout son système de valeur ? Heureux, les simples d'esprit, disait souvent sa mère.

Il tend à l'autre un bol recouvert d'un film plastique. Potter le prend et lève vers Drago un regard interrogateur.

« Un reste de pâtes. Je suis sérieux, Potter : il faut que tu manges. On dirait une saloperie de Sombral. »

Sans attendre de réponse, Drago sort de la pièce et monte les escaliers. C'est le milieu de la nuit et il a sommeil. Il n'arrive plus à réfléchir correctement. Il sait qu'il faudra prendre une décision, tôt ou tard.

« Malefoy ! » Harry déboule en bas de l'escalier, le bol de pâtes toujours dans ses mains. « Il faut que tu me dises ce que tu comptes faire. Il faut que tu choisisses.

- Pas maintenant, Potter.

- Il t'a vu au restaurant. Il cherche forcément les environs. Si tu restes trop longtemps ici, tu sais qu'il finira par te trouver.

- Pas maintenant, Potter ! Maintenant, je vais dormir. Ma décision attendra bien le matin. »

Il reprend l'ascension des marches d'un pas traînant. Il est las, très las. Il pourrait s'écrouler et s'endormir ici, dans l'escalier.

« Malefoy ? » Il se retourne. Potter n'a pas bougé. Quelques secondes se passent, sans qu'aucun ne parle.

« Merci pour les pâtes. »

oOo

Il est réveillé par le chant d'un oiseau qui semble avoir décidé que le meilleur endroit pour exercer ses cordes vocales, c'est le rebord de sa fenêtre. Il enfonce sa tête dans son oreiller jusqu'à ce que le son ne soit plus qu'une mélodie étouffée. Mais les piaillements se font plus forts, comme si l'oiseau insistait pour être entendu. Drago se lève et cogne contre la vitre. L'oiseau se retourne mais ne s'envole pas.

« Ça va, on a compris : tu n'es que chanson et joie de vivre. Maintenant, dégage. » ordonne-t-il au volatile en frappant le carreau jusqu'à ce que ce dernier s'exécute. Il regagne la chaleur de sa couette, maudissant l'animal qui a gâché son sommeil. Il prend alors seulement conscience que, pour la première fois depuis des mois, voire des années, il n'a pas été réveillé par un cauchemar.

Un coup d'œil à sa montre lui confirme que la matinée est déjà bien avancée. Il est affamé, mais descendre dans la cuisine, ce serait risquer de croiser Potter, et il n'a toujours pas pris sa décision. Il contemple la chambre autour de lui. Ce serait de la folie de quitter tout ça. Quelles chances son père a-t-il vraiment de le retrouver ? Potter essaye peut-être de le manipuler, en brandissant le spectre de Lucius pour l'effrayer. Même si, il doit bien l'avouer, ce n'est pas le style de Potter de manipuler les autres. Du moins, pas qu'il le sache. Il est trop simpliste et tête brûlée pour ça. L'art de la manipulation requiert de la subtilité. Or, s'il est bien adjectif qui ne saurait décrire Potter, c'est bien subtil.

L'appel du petit-déjeuner finit par avoir raison de sa réticence. Il enfile un vieux sweat-shirt informe, avant de se raviser et d'opter pour un pull plus élégant. Il descend les escaliers et, alors qu'il pourrait se rendre directement dans la cuisine où l'attendent toasts et confiture, il ne peut s'empêcher de faire un détour par le salon.

Le bol de pâtes trône sur la table basse, vide. Aux pieds du canapé, en boule, Drago reconnaît les vêtements qu'il avait prêtés à Potter. Ce dernier a préféré remettre ses propres affaires, que Drago avait laissées sécher là. Il contient un grognement mécontent. Il n'apprécie guère l'irrespect avec lequel l'autre traite ses possessions. Mais sa colère retombe, lorsqu'il découvre Potter, en chien de fusil dans le canapé, qui dort profondément.

Il n'a pas réussi à remettre correctement son col roulé, laissant son épaule blessée nue et exposée au froid. La cicatrice semble saine à présent, mais l'hématome n'a pas dégrossi. Potter a retiré ses lunettes, déposées sur l'accoudoir, et il a la bouche légèrement ouverte. Dans le silence du matin, Drago peut entendre sa respiration régulière. Il y a quelque chose de très vulnérable dans ce tableau.

Il sort d'un tiroir une couverture en laine et la jette sur Potter, qui ne réagit pas. Il récupère le bol et le linge sale, les emportant avec lui dans la cuisine. Il lave le bol, fait bouillir de l'eau pour le thé, met deux tranches de pain à toaster. Mécaniquement, il dresse la table pour un, s'installe et mange son petit-déjeuner, songeur. Il pense à la dernière fois qu'il a vu Potter si vulnérable. C'était au manoir Malefoy. Bellatrix le tenait à genoux. Malgré son visage tuméfié, il l'avait tout de suite reconnu. Même en cet instant, il y avait un air de défit dans les yeux de Potter.

« Je ne suis pas sûr.

- Regarde de plus près, Drago. Si nous sommes ceux qui livrons Harry Potter au Seigneur des Ténèbres, tout sera pardonné. Tout redeviendra comme avant. »

« Menteur.

- A qui tu parles ? »

Il sursaute et découvre Potter, sur le seuil de la porte, pieds nues et ébouriffé. Drago ne trouve ni mensonge, ni remarque assez cinglante à lui répondre.

« A personne, dit-il enfin.

- Ça sent bon. » Il se demande si Potter essaye de changer de sujet parce qu'il a senti son malaise.

« Ce sont juste des toasts. Calme ta joie, Potter. »

L'autre s'avance d'un pas endormi et s'assoit sur une des chaises de la cuisine. Drago tourne la tête pour faire mine de regarder par la fenêtre. Cette présence à ses côtés le dérange. Il n'a pas l'habitude d'avoir de la compagnie durant le petit-déjeuner. La nonchalance de Potter l'agace et, en même temps, sa somnolence apparente a quelque chose de comique. Il a envie de sourire, mais se retient.

« Je peux ? demande Potter en désignant le toast restant dans l'assiette de Drago.

- Non. Si tu as faim, fais-toi griller ton propre pain. »

Potter regarde autour de lui, confus. Il n'a bien sûr aucune idée d'où se trouve le pain, mais il semble avoir repéré le toaster. Drago soupire, exaspéré à l'idée de devoir encore nourrir son ancien rival. Tout le monde disait toujours que Potter avait eu la vie dure, mais en cet instant on aurait dit un enfant gâté incapable de s'occuper de lui-même. En voyant son bras en écharpe, il se sent un peu honteux de son jugement hâtif. L'esprit de Potter est sans doute embué par le sommeil, la douleur physique et même les effets secondaires du bubobulb.

Drago se lève, sans oublier de témoigner sonorement son exaspération – juste pour le principe – et va faire griller deux tranches de pain, qu'il tend à Potter déposées dans une assiette. L'autre s'empresse de les tartiner de beurre. Drago se demande comment il peut être si maigre avec cet appétit de troll des montagnes. Potter est vite interrompu dans son entreprise : étaler du beurre sur une tranche de pain avec une seule main est plus complexe qu'il n'y paraît.

« Ne me dis pas qu'il va falloir, en plus, que je te beurre la tartine ?

- Non, non, répond Potter. Je vais y arriver, avec un peu de temps et de patience… »

Le pain se déchire sous le couteau. La tartine glisse dangereusement d'un bord à l'autre de l'assiette. Drago contemple avec horreur ce massacre culinaire. Il essaye de ne pas intervenir. La voix de son père résonne dans sa tête : Non, Drago, pas ainsi. Ça suffit, donne-moi ça, je le ferai pour toi, puisque tu en es visiblement incapable. Si tu veux faire quelque chose, fais-le bien. La médiocrité n'est pas une option, Drago.

Finalement, il n'en peut plus et tente de retirer le couteau à beurre de la main de Potter.

« Laisse-moi faire, tu es en train de massacrer ce pauvre toast innocent !

- Non ! rugit Harry qui s'accroche au couteau comme un noyer à une bouée de sauvetage.

- Ne sois pas stupide, Potter. Donne-moi ça.

- NON ! »

Finalement, Drago parvient à arracher le couteau de la main tremblante de l'autre. Potter fulmine. Alors que Drago essaye de s'emparer d'une des tartines pour la beurrer, Potter l'attrape brusquement et mord dedans à pleines dents, beurre ou pas beurre. A-t-on jamais vu personnage si borné ?

Drago laisse Potter mâchouiller son pain grillé – et certainement très sec. Cette victoire doit avoir piètre goût, mais Potter se rue sur la seconde tartine comme si sa vie en dépendait.

« Comment va ton épaule ? finit par demander Drago.

- Ça va. Comment va ta prise de décision ? »

L'interlude tartine a été distrayante, maintenant Potter veut sa réponse. Mais Drago est toujours incertain. Il a grandi avec une seule route toute tracée devant lui. L'indécision est plus rassurante pour lui que la possibilité du choix. Quant à parler de l'obligation du choix…

Il aimerait pouvoir se rouler en boule sous sa couette et attendre jusqu'à ce que tout ça disparaisse : les Aurors, Potter, son père, son passé. Il aimerait rester terré dans sa cachette jusqu'à ce que, un matin, il se lève pour retrouver son petit train-train quotidien, où il est libre et où, en même temps, aucune décision drastique n'est exigée de lui.

« Est-ce que ça change quelque chose si je te promets que je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu ne retournes pas à Azkaban ? »

La voix et le regard de Potter sont francs. Trop francs. C'est comme s'il savait ce que la prison avait fait de lui. C'est comme s'il le perçait à jour. C'est presque insoutenable et pourtant, il ne parvient pas à détourner les yeux. Il se perd dans l'intensité de ce vert. Pendant un instant, il se dit que si quelqu'un pouvait le comprendre, pouvait se mettre à sa place, ce ne serait pas si mal – même si ce quelqu'un était Harry Potter. Et puis il se souvient que Potter est incapable de se mettre à sa place.

« Alors pour une fois dans ta vie, fais le bon choix.

- C'est drôle, comme tu continues de penser que j'ai eu le choix. »

« Et pourquoi est-ce que tu ferais ça, Potter ?

- Parce que tu es innocent. Je suis peut-être un piètre Auror, mais je ne suis pas de ceux qui envoient des innocents à Azkaban. »

Il sent ses joues devenir chaudes. Il boit une gorgée de thé pour hydrater sa gorge sèche. Sans qu'il sache pourquoi, l'idée que Potter croit en son innocence l'intimide. Il devrait se sentir victorieux, mais il se sent tout petit. A part sa mère, rares sont ceux qui lui ont accordé leur confiance. Potter, en particulier, n'a aucune raison de le faire. Pas après les années que Drago a passé à le harceler, à l'humilier, à essayer de le rabaisser et à faire du mal à ses amis.

Drago se lève et regroupe la vaisselle sale en une pile qu'il transporte jusqu'à l'évier. Il entreprend de la laver. Potter reste assis, silencieux. Une fois la vaisselle lavée, Drago se poste devant la fenêtre et prend le temps d'admirer la forêt au-dehors. Elle n'est jamais aussi belle que les lendemains d'orage, lorsqu'elle est encore humide et calme, et que le soleil l'éclaire à travers les nuages. Il espère qu'il pourra la revoir ainsi, un jour.

« Laisse-moi le temps de préparer mes affaires. »

oOo

La totalité de ses bagages tient dans un sac de taille respectable. Avoir été Henry lui a appris à vivre frugalement. Drago Malefoy aurait été incapable de se déplacer avec moins de deux ou trois malles. Mais il se dit que, quitte à être possiblement poursuivi par son père, autant voyager léger. Il ne peut s'empêcher de faire un détour par le garage pour y prendre deux objets à la fois inutiles et essentiels. Evidemment, ils ne rentrent pas dans son sac et il est obligé de les porter à la main.

Lorsqu'il revient à la Vauxhall, dont le coffre est ouvert, Potter l'attend à côté. Il a une mine plus alerte que tout à l'heure, malgré ses cheveux toujours aussi indisciplinés. Il semble reprendre des couleurs. Il regarde avec circonspection les affaires que Drago met dans le coffre de la voiture.

« Mille herbes et champignons magiques, vraiment ? dit-il en saisissant le livre qui ne rentre pas dans le sac de voyage.

- Et s'il te faut une énième potion, Potter ? Puisque, apparemment, tu ne peux pas faire cent mètres sans te blesser ou te faire ensorceler.

- C'est un manuel scolaire !

- Ne t'inquiète pas, je l'ai annoté. Il y a tout ce qu'il me faut à l'intérieur. »

Incrédule, Potter ouvre le livre et le feuillete. Drago a passé sa scolarité à ajouter des informations, à préciser des données approximatives, à compléter des chapitres, avec son perfectionnisme usuel. Potter relève les yeux vers lui. Ses lunettes, qui ont glissé sur son nez, sont un peu basses. Ça lui donne des airs de professeur qui découvre soudain que le cancre de la classe est en fait un génie.

« Très bien, dit-il en s'adressant au livre. Ma vie est entre tes mains, Mille herbes et champignons magiques. »

Il repose le livre dans le coffre. Il semble remarquer le deuxième objet que Drago a rapporté du garage et que ne pouvait contenir le sac. C'est un carnet de dessin, que Drago utilise pour ses croquis et ses esquisses. Potter ne fait aucune remarque à son sujet.

Une fois le coffre refermé, Potter va s'installer du côté passager, tandis que Drago prend place derrière le volant. Il hésite à aider l'autre, tandis qu'il lutte pour fermer la portière et mettre sa ceinture, avec son épaule immobilisée. Mais, se rappelant de l'épisode du couteau à beurre, il préfère ne pas intervenir. Malgré les grimaces qui trahissent sa douleur, Potter persévère et se trouve enfin prêt. Drago commence alors les vérifications et les réglages habituels.

« Je n'arrive toujours pas à croire que tu aies ton permis moldu, s'exclame Harry tandis que Drago ajuste le rétroviseur.

- Je suis plein de surprises, Potter.

- Ça… » Drago ne parvient pas à déterminer s'il est ironique ou sincère.

Il démarre enfin la voiture. D'habitude, il est très à l'aise au volant, mais il se sent nerveux d'avoir un passager. Ce passager en particulier. Un bref coup d'œil à Harry lui révèle que ce dernier non plus, n'est pas totalement rassuré.

« La trouille, Potter ?

- Ça te ferait trop plaisir. »

De la pointe de son pied, il frôle délicatement l'accélérateur. Le moteur ronronne comme un chat bien nourri. La Vauxhall se met à avancer doucement, sans la moindre secousse. Il ne peut pas s'empêcher de regarder dans le rétroviseur, dans lequel il peut voir la maison devenir de plus en plus petite.

Un regard, et elle n'est plus qu'une maquette d'architecte.

Un regard, et elle n'est plus qu'une maison de poupée.

Un regard, elle n'est pas plus grande qu'une boîte d'allumette.

Un regard, elle a la taille d'un vif d'or.

Un autre regard, elle n'est qu'un point à l'horizon.

Un dernier regard, et elle a disparu.