CHAPITRE 12
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« Tu nous vois, Sirius et moi, en train d'avoir une conversation à l'écart ? »
Elle hoche de la tête, tout en se tournant vers les deux minuscules silhouettes qui se découpent sur l'horizon nocturne.
« Il est en train de me proposer de venir vivre avec lui. Quand tout sera terminé. Quand nous aurons livré Pettigrow aux Aurors et qu'il sera un homme libre.
- Harry, c'est merveilleux ! s'exclame Hermione tandis que, derrière eux, Buck se régale de quelques chauves-souris attrapées en plein vol.
- J'aurai enfin une famille. Une vraie famille. »
Elle prend sa main dans la sienne. Hermione ne sait pas ce que c'est, de ne pas avoir de famille, mais elle comprend. Elle sait ce que cela représente pour Harry. Si seulement il n'y avait pas eu cette maudite pleine lune. Si seulement le Professeur Lupin n'avait pas oublié de prendre sa potion. Si seulement Peter Pettigrow, cette vermine, n'avait pas trouvé le moyen de se changer en rat et de s'enfuir.
Le loup-garou, qui était jadis le meilleur professeur de défense contre les Forces du Mal qu'Harry ait jamais eu, se lance à leur poursuite. Dans l'épaisse Forêt Interdite, ils parviennent à lui échapper un temps, en se cachant derrière les troncs et les buissons touffus. Mais la bête parvient à les retrouver. Hermione hurle. Pas Harry. Il n'a qu'une seule pensée en tête : retrouver Sirius.
Il doit sauver son parrain. Parce qu'il est la seule famille qui lui reste. Parce qu'il est innocent. Et aussi, parce qu'il a besoin de lui, comme jamais il n'a eu besoin de personne.
Depuis qu'il les a rencontrés, il a toujours pensé que son amitié avec Ron et Hermione lui suffisait. Désormais qu'existe à nouveau la possibilité d'avoir une famille, de partager avec quelqu'un un lien si fort qu'il est indescriptible, il sait que cela ne lui suffit plus.
Il doit sauver Sirius, parce qu'il ignore s'il sera encore capable de vivre sans lui.
Alors, pendant que l'hippogriffe moleste ce pauvre Professeur Lupin, Harry court, de toutes ses forces, jusqu'à la berge, jusqu'à leurs deux corps étendus, que survole une nuée de Détraqueurs.
« Il va venir, dit-il à Hermione. Juste là, mon père va apparaître et nous sauver !
- Personne ne vient, Harry. Vous êtes en train de mourir. »
Non, ils ne mourront pas. Il ne l'autorisera pas. Il vient de le trouver, personne ne l'arrachera à son existence, pas si vite. Il est trop tôt pour que Sirius disparaisse de sa vie.
« SPERO PATRONUM ! » hurle-t-il.
Et c'est toute sa magie, toute sa force, toute sa volonté, qui hurlent pour que Sirius ne l'abandonne pas.
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« Harry ! Où est-ce que tu vas comme ça ! Attends-moi un peu ! »
Non, il n'attendra pas. Il doit aller vite, il doit penser vite, il doit agir vite. Il refuse de les laisser faire : ils ne lui prendront pas Drago. Il ne disparaîtra pas de sa vie. Il ne l'ajoutera pas à la longue liste de ceux qui l'ont quitté trop tôt. Il vient à peine de le trouver et il a encore besoin de lui.
« HARRY ! »
La voix de Ron retentit avec fracas. Harry se retourne pour découvrir son ami, rouge comme une pivoine, essoufflé et en nage. Tous les travailleurs du Ministère se sont figés autour d'eux et les observent à présent d'un air circonspect.
« S'il-te-plaît Harry, explique-moi au moins où on va, le supplie Ron en reprenant péniblement son souffle.
- On va voir Hermione.
- Au département de la Justice Magique ?
- Oui.
- Harry…je ne pense pas qu'il y ait vraiment de démarche légale possible pour…
- Je n'ai rien de légal en tête, déclare Harry en reprenant sa marche forcenée.
- J'avais vraiment peur que tu dises quelque chose dans le genre ! » murmure Ron, tout en faisant de son mieux pour le suivre.
Harry poursuit son chemin, fusant à travers le Ministère. Les couloirs défilent les uns après les autres, identiques, inintéressants. Un ascenseur, quelques étages, des marches… Il avance toujours, sans s'arrêter pour reprendre son souffle ou pour attendre Ron. Dans sa tête, les pensées filent plus vite que ses pas, plus vites que les battements effrénés de son cœur. S'il décide de foncer tête baissée, il doit avoir au moins l'esquisse d'un plan.
Il arrive enfin devant la porte familière du bureau d'Hermione, qu'il ouvre en trombe, sans prendre la peine de frapper. Hermione, le nez plongé dans un épais volume, sursaute en relevant la tête. Elle ouvre de grands yeux ronds en voyant Harry.
« Harry, mais qu'est-ce que… ?
- Désolé, Hermione, l'interrompt Ron qui déboule à son tour dans le bureau, haletant. Je…voulais…te…prévenir….
- Me prévenir de quoi ? s'exaspère Hermione, face à Ron qui peine à parler tant son souffle est court.
- Harry…est…revenu ! achève-t-il enfin.
- Je vois bien qu'Harry est revenu, espèce d'imbécile ! s'exaspère-t-elle, mais elle lui dégage malgré tout de la place sur une chaise pour qu'il puisse s'y effondrer. Harry, que se passe-t-il ? Nous étions morts d'inquiétude ! Ça fait des jours que nous sommes sans nouvelle !
- Hermione, peux-tu me dire si ma baguette est sous l'emprise d'un sortilège de traçage ? l'ignore Harry, tout en brandissant sa baguette sous le nez de son amie.
- Avec un sort de détection magique, j'imagine que c'est faisable, oui… commence-t-elle, en observant attentivement la baguette, avant de se ressaisir : Harry, je ne ferai rien tant que tu ne m'auras pas expliqué la situation !
- Ils ont arrêté Drago.
- Drago ? Drago Malefoy ? questionne-t-elle, incrédule.
- Oui.
- Et c'est…une bonne chose, n'est-ce pas ? demande-t-elle, tout en regardant Ron, qui fait des grands signes de la tête pour lui signifier que non.
- Il n'a rien fait de mal, Hermione ! Et c'est ma faute s'il se retrouve dans ce pétrin. C'est moi qui l'ai embarqué dans toute cette histoire… »
Harry se laisse mollement choir dans un fauteuil. Hermione vient s'accroupir devant lui et met ses mains sur ses avant-bras. Elle attend qu'il la regarde dans les yeux pour lui dire :
« Harry, raconte-moi tout. Je veux t'aider, mais là, je suis perdue. »
Alors Harry lui raconte comment il a retrouvé la piste de Drago, en fouillant dans les souvenirs. Il lui raconte comment Lucius a interrompu leurs retrouvailles, comment Drago l'a sauvé à l'aide d'une potion. Il lui raconte qu'il n'a pas voulu le croire et qu'il en a payé le prix. Il lui raconte la blessure, la douleur et comment Drago l'a sauvé, encore. Il raconte leur temps passé ensemble, leurs conversations et la manière dont Drago a changé. Il raconte son plan et comment il a lamentablement échoué, pour aboutir à l'emprisonnement de Drago.
A la fin de son récit, Hermione, très émue, retourne s'asseoir à son bureau et se frotte un instant les paupières.
« Je comprends. Ou plutôt, je ne comprends pas, comment pourrais-je comprendre ?
- Comment ça, tu ne peux pas comprendre, Hermione ? Je t'ai tout raconté !
- Je ne peux pas comprendre, Harry, comment tu peux être amoureux de Drago Malefoy. »
Ron et Harry se raidissent d'un coup. Ils se regardent l'un l'autre, incrédules, puis Hermione, toujours très calme.
« Qu'est-ce que tu racontes ? demande Ron. Tu délires complètement, Hermione !
- Vraiment ? Harry, regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu n'éprouves aucun sentiment pour Malefoy. »
Harry la regarde. Il ouvre la bouche. Aucun mot ne sort. s
Il ne peut pas le dire. Il ne peut pas le dire, parce que ce serait un mensonge. Bien sûr, il sait depuis longtemps qu'il éprouve des sentiments pour Drago. Des sentiments complexes, contradictoires. Des sentiments qu'il a souvent refusé de voir, parce qu'il en avait honte. Mais jamais il n'a mis de mot dessus. Et certainement pas le mot amour.
« C'est…compliqué, répond-il enfin, quand la tension devient insoutenable.
- Compliqué ? Il n'y a rien de compliqué là-dedans, Harry ! Dis-lui que tu n'es pas amoureux de Malefoy et finissons-en ! s'exclame Ron, outré.
- Il ne peut pas, Ronald. Peu importe à quel point ça te déplait, peu importe à quel point ça me semble impossible : il éprouve des sentiments pour lui. C'est tout.
- Hermione, je…commence Harry.
- Non, non, non ! l'interrompt Ron en se levant. Je ne suis pas d'accord ! On parle de Malefoy là ! Le type qui t'a traité de Saing-de-Bourbe, Hermione ! Le type qui a passé sa scolarité à m'humilier parce que ma famille était sans le sou ! Le type qui t'a littéralement harcelé, Harry ! Un Mangemort, avec une marque des Ténèbres sur le bras, qui a tenté d'assassiner Dumbledore, qui s'est rangé du côté d'Ombrage et de Voldemort ! Vous vous rendez compte de qui vous parlez ? Vous vous rendez compte de ce que vous dites ?
- Tu as raison, Ron, admet Harry. Et tout ce que tu dis, je me le suis déjà dit moi-même. Ça a hanté mes pensées. J'ai refusé d'admettre qu'il avait changé, mais c'est le cas. La guerre l'a brisé et il est devenu…quelqu'un d'autre. Bien sûr, c'est toujours Drago : il a toujours cette arrogance, ce sarcasme, cet air hautain qui le rendent si désagréable, ajoute-t-il avec un sourire.
- Pourquoi est-ce qu'il sourit ? demande Ron à Hermione.
- Pourquoi est-ce que tu souris quand tu parles de mon incapacité à cuisiner, de mon obsession pour les livres barbants ou de mon côté je-sais-tout, Ron ?
- Parce que…j'aime tes défauts, Hermione, répond-il tendrement.
- Je pense que tu viens de répondre à ta propre question, dans ce cas. » conclut Hermione.
Ron, pantois, se laisse à nouveau tomber dans son siège. Il fixe le sol, d'un air ahuri, tout en marmonnant pour lui-même. Hermione décide de lui laisser encaisser le choc et se tourne vers Harry.
« Qu'est-ce que je peux faire pour aider ?
- Dis-moi si elle est toujours tracée. » répond fermement Harry, en lui tendant à nouveau sa baguette.
Hermione la prend et la pose sur son bureau. De la poche de sa robe de sorcière, elle sort sa propre baguette, élégamment sculptée. Avec un geste assuré, elle prononce le sortilège : « Revelo. »
La baguette d'Harry se met aussitôt à luire d'une lumière surnaturelle, d'un bleu argenté. Après quelques instants, la lueur disparaît et Hermione relève les yeux vers Harry.
« Je ne sais pas qui a lancé ce sortilège, mais il est puissant. Il me faudra de l'aide du Département des Mystères pour la désenchanter, je ne peux pas le faire seule.
- Donc, je suis toujours sous l'effet d'un sortilège de traçage ? demande Harry.
- Oui : si tu utilises la magie, celui qui a lancé ce sort saura immédiatement où tu te trouves. Mais nous allons résoudre ça !
- Non, répond Harry.
- Comment ça : « non » ? s'indigne Ron qui semble reprendre ses esprits.
- Non, on ne désenchante pas ma baguette.
- Et pourquoi pas ? demande Hermione, étonnée.
- Parce que j'ai un plan. Et je vais avoir besoin de votre aide. Je peux compter sur vous ? »
Hermione hoche aussitôt la tête. Harry se tourne alors vers Ron, qui pousse un profond soupire. Il se lève et s'approche de son ami, pose une main sur son épaule.
« Toujours. »
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Le froid. Le froid permanent, pénétrant. Il s'infiltre partout. A travers les barreaux de la fenêtre, sous la porte close, entre les fissures des murs. Les pierres suintent en permanence. Lorsqu'il les touche, ses mains sont couvertes d'une rosée sale et glacée. Blotti dans son lit de fortune, il ne sent que ça : le froid et l'humidité.
Lorsqu'un Détraqueur passe dans les environs, les parois humides de sa cellule se gèlent. L'eau se change en glace et Drago claque des dents, de manière frénétique. Parfois, des jours entiers passent sans que jamais l'eau ne reprenne sa forme liquide. Et il a froid. Si froid qu'il ne sent plus ses doigts ou ses orteils. Si froid qu'il ne parvient plus à penser à rien d'autre qu'au froid. A moins que…
La solitude. Elle lui pèse peut-être plus encore plus que l'air glacé. Dans sa cellule vide, il n'a personne à qui parler. Personne contre qui se blottir pour lutter contre le froid. Parfois, il pense à ses camarades de Poudlard : Crabbe, Goyle, Parkinson, Zabini… Il les revoit, assis autour de la cheminée, dans la salle commune des Serpentards. Il se souvient de leurs rires, tandis qu'ils jouaient au Tarot sorcier, jusque tard dans la nuit. Il se rappelle de Crabbe, incapable de mémoriser le compte d'atouts et de Pansy qui parlait sans cesse pour les distraire. Et de Blaise, qui gagnait toujours, avec son beau sourire triomphal.
Puis, un Détraqueur passe. Le souvenir s'évanouit. Seuls le froid et la solitude demeurent.
La tristesse. La tristesse envahissante, dévorante. Elle s'installe dans son cœur, indélogeable. Elle lui fait perdre le goût pour la nourriture, pour la lecture, pour la vie. Il se sent faible, maigre et petit. Alors, il conjure le souvenir de sa mère, belle et blonde sous le soleil d'été, dans sa robe noire. Elle est assise sous une ombrelle en dentelle et le regarde jouer en souriant. Il n'est qu'un enfant, un enfant qui ne voit pas la tendresse dans le sourire de sa mère. Un enfant qui la croit éternelle.
Puis, un Detraqueur passe. Sa mère vieillit, ses rides se creusent, ses cheveux blanchissent. Son sourire se fait inquiet. Elle est très pâle, dans sa robe élimée. L'ombrelle a disparu à la place, sa tête repose sur un couffin de satin. Elle est dans son cercueil, sa dernière demeure.
La peur. C'est tout ce qui lui reste, enfin.
La peur du prochain passage d'un Détraqueur derrière sa porte.
La peur de rester enfermé ici pour toujours.
La peur d'en sortir.
Il ne survivra pas à Azkban. Mais le monde en dehors d'Azkaban ne veut pas de lui.
Quel avenir pour Drago Malefoy ?
Il ne trouvera plus jamais, ni soutien, ni réconfort ni amitié, ni amour ni tendresse, ni bonheur.
A tout jamais, il est voué à partager sa vie avec sa seule et éternelle compagne : la peur.
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Lorsque l'Auror referme la lourde porte sur lui, il faut un effort immense à Drago pour ne pas s'effondrer au sol. Il se retient au mur, s'y cramponne d'une main tremblante. Avec un regard circulaire, il contemple sa cellule. Les murs sont blancs et non en pierres suintantes. Sur le lit, la couverture est épaisse et non rongée par les mites. L'air est chaud et sec, et non glacé comme au cœur de l'hiver. Au dehors, c'est un sorcier qui patrouille, et non un Détraqueur.
Il va s'allonger sur le lit, en position fœtale. Au moins, ce n'est pas Azkaban. Ici, il peut garder ses souvenirs, personne ne pourra les lui voler. Alors, il ferme les yeux. Il imagine la forêt en Ecosse. Il voit les arbres se découper sur un horizon gris et doux. Leurs branchent dansent au gré du vent. Ils vacillent tranquillement, faisant choir sur lui leurs feuilles dorés.
Il inspire profondément, et il lui semble pouvoir sentir l'odeur des pins et des chênes sous la pluie. Dans ses oreilles, résonne le chant des oiseaux, à l'aube, tandis que les bois s'éveillent. Sur sa peau, il ressent la brise légère et les gouttes de pluie. Et puis, à l'intérieur de sa paume, il y a cette sensation…
Ce n'est pas l'écorce d'un arbre, ni la mousse sur les pierres. C'est autre chose, quelque chose de chaud, de vivant. Quelque chose qui caresse lentement sa paume et se noue entre ses doigts. C'est de la peau, de la peau humaine, tiède, qui respire et s'agite. C'est une main, qui se love dans la sienne.
Immédiatement, il sait à qui elle appartient. Ça aurait pu être n'importe quelle main qu'il a un jour serrée : celle de l'agent immobilier à qui il a acheté la maison dans la forêt celle de Goyle, la première fois qu'il l'a rencontré celle de Blaise, tandis qu'il le retenait, au bord du précipice, dans la salle sur Demande celle de sa mère, tandis qu'il la rejoignait, sous les regards des élèves épuisés et des Mangemorts triomphants, dans la cour du Château.
Mais cette main n'est aucune de ces mains. Cette main, il le sait, c'est celle de Potter. C'est cette main, qu'il a tenue de nombreuses fois ces derniers jours, sans même s'en rendre compte. Cette main qui était d'abord une ennemie, une menace puis, dont la présence est devenue naturelle, familière. Finalement, sans s'en rendre compte, il s'y est habitué, au point de ne plus vouloir la lâcher. Dans cette main, il s'est senti en sécurité, il s'est senti chez lui.
Il rouvre les yeux, brusquement. C'est sa faute s'il est là. Sans Potter, il serait toujours là-bas, dans la forêt, seul et tranquille. Comment peut-il souhaiter sa présence ? Comment peut-il désirer son contact ? Il lui avait promis que tout irait bien, il l'avait convaincu de le suivre. Il l'a trahi, a trahi sa confiance, alors pourquoi ne peut-il penser qu'à lui ? Pourquoi ne peut-il vouloir autre chose que lui ?
C'est alors que, de derrière la porte de sa cellule, il croit entendre une voix. A peine plus qu'un murmure, elle semble dire : « Alohomora ! »
Drago ne bouge pas : sans doute s'agit-il d'un rêve, d'une hallucination auditive.
Pourtant, le verrou glisse bien avec un grincement métallique. La porte s'ouvre lentement, dans un craquement.
Il bondit sur ses pieds : cette fois, il est sûr que c'est bien réel. Quelqu'un est en train de pénétrer dans sa prison. Peut-être ces trois Aurors, si désireux d'en découdre plus tôt ? Peut-être même est-ce son père, venu exercé sa vengeance ? Pire encore, peut-être est-ce un Détraqueur, frustré de ne pas avoir pu terminer son travail, en lui offrant son mortel baiser…
Il n'y a personne derrière la lourde porte, qui se referme toute seule. Pourtant, Drago est sûr de ne pas être seul. Il peut sentir une présence, avec lui dans la pièce. S'il tend l'oreille, il peut entendre une faible respiration. Il se recule d'un pas et lance d'une voix tremblante : « Qui est là ? »
Aucune réponse. Il perçoit le bruit d'un pas, puis d'un autre. Quelqu'un s'approche. La respiration est toute proche, à présent. Il peut sentir un souffle chaud sur son visage. Puis, une voix s'élève : « Chut », dit-elle doucement.
Il n'y a rien de menaçant dans ce son, ni dans cette respiration qui le frôle, ni dans cette présence invisible. Il ne peut pas le voir, mais il sait que c'est lui.
« Potter ?
- Chut ! répète la voix, presque amusée.
- Tu es fou ou quoi ? Qu'est-ce que tu fabriques ici ? Est-ce que tu viens d'utiliser un sort ? Et pourquoi es-tu… »
Il s'interrompt brusquement. Une main vient d'apparaître dans le vide, suivi d'un morceau d'avant-bras. Le doigt d'Harry se pose contre ses lèvres, le forçant au silence. Le corps de Drago se raidit.
Il se souvient des rumeurs selon lesquelles Harry possédait une cape d'Invisibilité. Il se rappelle même l'avoir vu s'en servir, lorsqu'il l'avait espionné dans le train, en sixième année. Il avait alors retiré à Harry sa cape, découvrant son corps paralysé par le sort de pétrification.
Alors, il tend la main. Il sent entre ses doigts un tissu, dont la sensation fait davantage penser à un liquide. Il glisse sur sa paume. Il la resserre autour de la cape, prêt à la tirer, pour révéler la figure qui se tient en-dessous.
Mais son geste se fige. Le doigt a glissé de ses lèvres. La main l'a stoppé dans son geste et, à la place, c'est elle qui a attrapé le tissu et l'a rabattu sur Drago. Soudain, la cape d'Invisibilité, lisse et légère, flotte sur lui. Elle l'enveloppe, elle l'absorbe. Au travers, il voit toujours l'environnement de sa cellule. Mais c'est comme s'il le voyait à travers un prisme, un filtre argenté. Tout semble distant, lointain. Tout, sauf Harry, à quelques centimètres, lui aussi debout sous la cape, les joues rouges et les cheveux en bataille.
« Bienvenue dans mon monde, chuchote-t-il en désignant la cape qui les recouvre.
- Tu es complètement fou d'être ici ! murmure Drago, en essayant de cacher le soulagement qu'il éprouve, en fait, à le voir. Tu t'imagines si les Aurors t'avaient vu ?
- Drago, je dois t'annoncer quelque chose de très important, dit Harry d'un ton sévère. Je suis un Auror.
- Ce n'est pas le moment de plaisanter !
- Pourtant, tu as souri…
- Je suis sérieux, Harry. Qu'est-ce que tu fabriques ici ?
- Je…devais te voir. Te parler.
- Au risque de te faire pincer par Robards ? Au risque de te faire repérer par mon père ? » Il s'interrompt un instant avant de demander, moins rhétoriquement cette fois : « A moins que tu ne sois plus tracé ?
- Si, je le suis toujours.
- Alors tu devrais être en train de t'occuper du sortilège de traçage ! s'agace Drago.
- Non. » répond Harry, en faisant un pas vers lui. Ils sont pratiquement l'un contre l'autre à présent, dans l'intimité tiède de la cape. « Le sortilège ne bouge pas, car j'en ai besoin.
- Tu en as besoin pour quoi, exactement ? Te faire attaquer par mon père, encore ? Ne le sous-estime pas, Harry : ça ne t'a pas très bien réussi, la dernière fois.
- Je ne le sous-estime pas. Mais il est hors de question que je reste là, les bras croisés. Pas quand tu es accusé à tort et que… Drago, je suis désolé, chuchote-t-il en baissant la tête, l'air coupable.
- Désolé de quoi ? s'exaspère Drago. Harry, arrête de tourner autour du pot ! »
Harry relève alors la tête et plante ses yeux dans les siens ces yeux verts et brillants. Envoûtants. Pendant une seconde, il ne dit rien. Une seconde agonisante, qui semble durer une éternité. Une éternité cruelle, car fausse. Drago sait qu'elle prendra fin, qu'il devra s'éloigner, sortir du vert des pupilles. Et il n'en a aucune envie.
« Tout est ma faute, Drago. Si tu es là, c'est à cause de moi. J'ai bien conscience d'avoir débarqué dans ta vie et de l'avoir complètement chamboulée. Je suis désolé de t'avoir embarqué dans mes histoires. De t'avoir utilisé pour appréhender ton père. D'avoir mis sur pieds un plan qui n'a pas fonctionné et qui a mené à…ça, termine Harry en indiquant la cellule autour d'eux.
- Epargne-moi les tirades larmoyantes, s'il-te-plaît. Je n'ai vraiment pas besoin de ça. Je n'ai pas besoin qu'on s'apitoie sur mon sort. Surtout pas toi.
- Tu ne comprends pas : je ne m'apitoie pas. J'en ai assez de m'apitoyer, sur mon sort, sur celui des autres. Sur le passé. Ça ne mène à rien. Ce que je veux, c'est rattraper mes erreurs et te sortir d'ici, explique Harry, en prenant les mains de Drago dans les siennes.
- Donc ton nouveau plan, c'est de me faire évader de la prison du Ministère, c'est ça ? ironise Drago, tout en essayant de ne pas rougir.
- J'avoue y avoir pensé. Je veux dire : quoi de plus facile ? Je peux entrer et sortir du Ministère comme je veux et puis, j'ai ma cape d'Invisibilité. Il aurait suffi de la jeter sur nous et de nous faufiler au-dehors, sous le nez de tous.
- J'espère qu'il y a un « mais », Harry. Parce que c'est un très mauvais plan.
- Mais…il est hors de question que tu finisses comme Sirius, poursuit Harry, d'un ton grave.
- Sirius ? Sirius Black, ton parrain ? demande Drago, qui ne comprend ce que Black a à voir avec toute cette histoire.
- Je l'ai aidé à s'enfuir, jadis. Lui aussi, il était innocent. Et il est mort, sans jamais avoir retrouvé sa liberté. »
Une ombre passe dans les yeux d'Harry. Une tristesse infinie s'empare de son visage. Le coin de ses yeux devient humide, comme s'il allait pleurer. Mais il ne pleure pas. Drago voit bien que c'est au prix d'un effort immense. Il le sait bien lui-même, qui s'efforce si souvent de ne pas laisser le chagrin l'envahir. Il aimerait dire à Harry qu'il a le droit de pleurer, qu'il a le droit d'être triste. Il aimerait qu'Harry se laisse aller à ses émotions, même les plus sombres. Il aimerait qu'il les lui confie, qu'ils les partagent ensemble.
« Je ne referai pas la même erreur, Drago. Tu vas sortir de là par la grande porte, en homme innocent et libre.
- Je ne sais pas ce que tu as en tête, Harry, mais ça n'en vaut pas la peine. Le ministre revient bientôt, il suffit d'attendre un peu.
- Je ne suis pas sûr que Shacklebolt te fasse sortir d'ici, Drago. Il a eu une politique très sévère envers les mages noirs et…
- …et je suis toujours un Mangemort aux yeux de tout le monde ici, termine Drago. Admettons : je ne vois pas ce que tu peux faire pour changer les choses.
- Je le peux ! Fais-moi confiance, dit-il avec comme un excès de confiance dans la voix.
- Comme je l'ai fait jusqu'à présent ? »
Drago est doué pour appuyer là où ça fait mal. Il a toujours eu ce don pour trouver les faiblesses d'autrui et les attaquer. Son père lui a appris à parler pour blesser. Pour mettre son adversaire au sol. Oui, Drago est doué pour appuyer là où ça fait mal. Il a encore réussi : il le voit dans la mine déconfite de Potter.
Sauf que, cette fois, il n'avait pas vraiment envie de blesser. S'il parle ainsi, c'est par réflexe pour se protéger. Chat échauder craint l'eau froide, n'est-ce pas ? Sauf qu'il n'avait pas envie de blesser, pas Harry.
« Pardon, murmure-t-il en resserrant ses doigts autour de ceux d'Harry en guise d'excuse.
- Non, tu as raison. Tu m'as fait confiance jusqu'à présent et…voilà où ça t'a mené. Mais je peux arranger les choses !
- Pour être parfaitement honnête avec toi…tu as l'air vraiment désespéré. Et ça ne me rassure pas.
- Je sais. Mais je vais y arriver. Je vais te sortir d'ici et après…
- Après, quoi ? » demande Drago, dans un murmure. Il se rend compte qu'Harry est si proche de lui, à présent, qu'il peut sentir chaque expiration sur sa peau. Son souffle est chaud c'est agréable. S'il se penchait ne serait-ce qu'un peu vers l'avant, leurs nez se toucheraient.
Un cliquetis retenti dans le couloir, derrière la lourde porte de la cellule. D'un geste vif, Harry soulève la cape et en libère Drago, qui se retrouve debout au milieu de sa cellule, les joues rosies et le souffle court. Lorsque le garde ouvre la porte, il le voit apparemment seul et empourpré.
« Malefoy ?
- Ou…oui ? bégaye-t-il, tout en tâchant de calmer son cœur qui semble battre très vite, trop vite.
- Tout va bien ? l'interroge le garde, circonspect.
- Oui, répond-il, un peu fébrile.
- Je vous ai apporté ça, explique le garde en indiquant la serviette, la brosse à dents et le tube de dentifrice qu'il tient entre les mains. Vous êtes sûr que tout va bien ?
- Absolument, merci. » répond Drago en prenant le nécessaire de toilette. Il se rend bien compte que ses mains tremblent et que le garde s'en aperçoit. Il ne croit pas un mot de ce que dit Drago et la situation doit avoir l'air très étrange, de son point de vue.
Si seulement il se rendait compte que, juste sous son nez, Harry se faufile, invisible, en-dehors de la cellule.
Si seulement il savait que, quelques instants plutôt, ils se tenaient les mains dans cette même cellule, seuls, dans un monde rien qu'à eux, où personne ne pouvait les savoir.
Si seulement il savait qu'Harry lui avait fait une promesse, celle de le sauver.
Si seulement il savait à quel point Drago avait envie de le croire et de lui faire confiance, encore une fois. Une dernière fois.
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Il se précipite dans les bras de son parrain. Il avait tant espéré ces retrouvailles, qu'il se sent débordé par ses émotions. Sirius l'enlace en retour. Comme à son habitude, il sent bon la pluie, le cuir et le tabac froid.
« Harry, je suis si heureux de te revoir.
- Moi aussi, Sirius, dit Harry, qui n'arrive pas à s'arrêter de sourire.
- Assied-toi et raconte-moi tout ! »
Tandis qu'ils prennent place dans un canapé, devant un feu de cheminée crépitant, Harry lui fait le récit de ses dernières aventures : l'ennui de l'été, l'attaque des Détraqueurs, la furie des Dursley, l'arrivée de l'Ordre du Phoenix et leur trajet en balais volants, jusqu'à la maison du square Grimmaud.
« Des Détraqueurs, vraiment ? demande Sirius en lissant sa moustache.
- Oui, moi qui espérais ne jamais en revoir !
- Personnellement, j'aurais été ravi d'être attaqué par des Détraqueurs. Une lutte mortelle pour le salut de mon âme aurait été bienvenue, histoire de rompre la monotonie du quotidien. Tu trouves que tu t'es ennuyé mais, au moins, tu pouvais sortir, te dégourdir les jambes, participer à une ou deux bagarres… Moi, je suis resté enfermé ici pendant tout un mois.
- Comment ça se fait ? demande Harry, les sourcils froncés.
- Parce que le ministère de la Magie me recherche toujours et qu'à présent, Voldemort sait que je suis un Animagus, Queudver le lui aura dit. Donc, mon beau déguisement ne me sert plus à rien. Je ne peux pas faire grand-chose pour l'Ordre du Phénix… C'est du moins ce que pense Dumbledore. »
Dans ses yeux, passe une lueur sombre. Harry prend seulement conscience que son parrain n'est toujours pas un homme libre. Comme ils ont pu se parler parler, comme Sirius a retrouvé une place dans sa vie, c'est comme si son parrain avait une existence normale, aux yeux d'Harry.
Mais la vérité est toute autre. La vérité, c'est que Sirius ne sera jamais un homme libre, pas tant que Voldemort sera toujours en vie, pas tant que Peter Pettigrow sera protégé par son maître.
Intérieurement, Harry se fait une promesse. Une promesse qu'il ne peut exprimer à voix haute, car il sait que son parrain l'en dissuaderait aussitôt. On lui dirait que ce n'est pas à lui de régler ces problèmes, qu'il a ses propres tracas, ses propres démons. Mais Harry est déterminé.
Il se promet qu'il fera tout ce qui est son pouvoir pour que Sirius retrouve sa liberté.
OoO
Debout, devant la cheminée endormie, Harry contemple un feu invisible. Il y a bien longtemps qu'aucune flamme n'a crépité dans cet âtre, où s'étalent quelques brindilles et feuilles de journaux. Pourtant, il fixe le foyer de la cheminée comme s'il s'y trouvait des bûches, consumées par les flammes.
Son cœur bat à toute allure. Il y a l'appréhension des moments à venir et puis il y a…autre chose. Il ne cesse de penser à Drago, à son visage tout prêt du sien, sous la cape. Il peut encore sentir son souffle sur sa joue, la chaleur de ses mains entre les siennes, les imperceptibles tremblements de son corps contre le sien.
« Je ne peux pas comprendre, Harry, comment tu peux être amoureux de Drago Malefoy. »
Et si Hermione avait raison ? Peut-être que toutes ses émotions, ses sentiments confus qu'il essayait de repousser, en pensant à la mission, en se rappelant l'adolescent que Drago avait été, et si tout cela, n'avait servi qu'à cacher cette réalité ? Était-il vraiment amoureux de lui ?
Pour le savoir, il lui faudrait réfléchir à l'amour, à ce en quoi il consiste, ce qu'il implique. Or, Harry n'a pas le temps pour ça, à présent. Pourtant, pour une fois, il aimerait faire face à ses sentiments. Mais le temps n'est pas à l'introspection : il a une promesse à tenir.
Il tire sa baguette de sa poche et la dirige vers l'âtre. Il prononce lentement la formule : Incendio. Quelques gerbes étincelantes s'échappent de sa baguette et se précipitent vers le papier journal, qui s'immole aussitôt. Un petit feu commence à naître.
Harry se détourne de la cheminée et regarde autour de lui : tout est prêt, il n'y a plus qu'à attendre. Mais l'attente ne sera pas longue.
Il reconnaît le claquement sourd et le coup de vent soudain. Devant lui, trois formes se matérialisent, dans un tourbillon de fumées sombres. Il reste calme, debout, devant la cheminée et les flammes qui viennent lui réchauffer le dos.
« Bonsoir, Lucius, dit-il posément.
- Ah, Monsieur Potter ! Je commençais à me demander si vous referiez usage de magie ! Tous ces jours sans le moindre petit sort, je commençais à m'inquiéter. »
Lucius fait quelques pas dans le salon et laisse traîner ses doigts gantés de noir le long de meubles poussiéreux. Face à la maison en décrépitude, il prend une mine écœurée. Derrière lui, deux individus vêtus de grandes capes noires, masqués, semblent attendre ses instructions.
« J'ai été très déçu que votre premier sort, vous ayez choisi de le lancer au Ministère de la Magie.
- Je n'allais pas vous faciliter la tâche en choisissant un endroit où vous pourriez transplaner aisément.
- Non, en effet. Mais trêve de bavardage, Potter : où est mon fils ? demande Lucius avec un ton devenu plus agressif.
- Pourquoi me poser cette question ? C'est bien moi que vous tracez, n'est-ce pas ?
- Ne jouez pas l'imbécile, Potter ! Vous savez très bien que c'est pour retrouver Drago que ce sort de traçage vous a été lancé.
- Et comment vous y êtes-vous pris, au juste ?
- Moi ? Lucius éclate de rire. Vous croyez que c'est moi qui vous ai lancé ce sort ?
- Hahaha ! ricane l'un des encapuchonnés derrière Lucius. Tu avais raison Lucius : quelle naïveté ! Je n'arrive toujours pas à croire que ce soit lui, le fameux Elu. »
Cette voix…Harry la reconnaît. Il l'a déjà entendue, mais il ne parvient pas à se souvenir ni d'où, ni de quand.
« Qui êtes-vous ? lance-t-il en direction du grand personnage dans l'ombre.
- Non ! s'écrit Lucius. Ne te montre pas, pas encore. Pas tant que Potter ne nous aura pas dit où est mon fils !
- Pourquoi ? Quel sort cruel lui réservez-vous au juste ? lance Harry, qui commence à perdre son calme.
- Un sort cruel ? C'est tout le contraire, Potter ! Tout ce que je veux, c'est récupérer mon fils et lui rendre la vie qu'il mérite.
- Le récupérer ? Vous parlez de lui comme d'un objet, une propriété : il ne vous est pas venu à l'esprit que, s'il vous fuyait ainsi, c'est qu'il n'avait pas envie d'être à vos côtés ?
- Drago est mon fils, il est l'héritier du clan Malefoy ! Sa place est à mes côtés. Alors maintenant, Potter, je le demande une dernière fois, dit Lucius, menaçant, en sortant sa baguette. Où est-il ?
- Vous croyez vraiment que j'aurais pris le risque de le faire venir ici ? lance Harry avec un sourire narquois. Il est au Ministère, Lucius ! Où vous ne pourrez jamais aller le chercher. »
Le visage de Lucius se déforme en une grimace atroce. Il tend sa baguette vers Harry et, à travers sa mâchoire serrée, il commence à articuler : Avada…
Mais Harry est plus rapide. Il plonge sur le côté en criant : « Maintenant ! »
Une porte d'armoire s'ouvre et surgit Hermione, baguette en main, prête à en découdre. Elle lance aussitôt un sort de pétrification, qui rate de peu son adversaire. Une gerbe explosive va s'écraser contre le mur, laissant une empreinte brune dans la pierre.
Le drap blanc qui recouvrait un canapé et ses coussins se soulève, révélant Ron, qui ne perd pas une minute et désarme un des sorciers masqués. Ce dernier, en voulant faire un pas en arrière, trébuche sur des livres jonchant le sol, et tombe, fesses les premières.
Lucius, surpris par l'arrivée fracassante des amis d'Harry, s'est interrompu dans son sort. Harry, grimaçant de douleur tandis qu'il se relève en se tenant l'épaule, en profite pour attaquer son adversaire : « Stupéfix ! »
Lucius pare les coups, les uns après les autres, à chaque fois avec un peu moins d'aisance. Harry le bombarde, en s'avançant vers lui, telle une force inarrêtable. Lucius tente de reprendre le dessus, à l'aide d'une longue langue de feu qu'i s'échappe de sa baguette. Mais à nouveau, il est distrait.
« Lucius ! » s'écrit l'adversaire d'Hermione, au moment où une corde magique termine de s'enrouler autour de lui, contrôlée par la jeune femme.
Profitant de sa distraction, Harry décide de rendre à Lucius Malefoy la monnaie de sa pièce.
« Petrificus totalus ! »
Le sort l'atteint en plein visage. Son expression faciale se fige, son corps se raidit et il tombe, comme un piquet. Harry entend son nez craquer alors que son visage s'écrase au sol. Il s'approche du corps inerte et dépose son pied sur le flanc de Lucius. Rageusement, il le pousse pour faire rouler le corps de Lucius sur le dos, découvrant son nez fracturé et ensanglanté.
« C'est terminé, Lucius. On vous emmène au Ministère. Lorsque le Veritaserum vous sera administré, tous les Aurors sauront ce que vous avez manigancé.
- Harry ! » l'interpelle Ron.
Il se retourne, pour découvrir son meilleur ami, désarmé. Derrière lui, le sorcier masqué le maintient fermement, sa baguette collée contre sa jugulaire. Hermione a déjà braqué sa baguette sur leur ennemi, mais impossible de garantir que son sort ne touchera pas Ron.
« Lâchez-le ! ordonne Harry.
- Avec plaisir, répond la voix familière. Mais d'abord, vous allez tous les deux poser vos baguettes au sol. Sinon… » Il enfonce un peu plus sa baguette dans la gorge de Ron, pâle et tremblant.
« Désolé, Harry…
- Ne t'en fais pas Ron, on en a vu d'autres. »
Lentement, Harry et Hermione déposent leurs baguettes par terre, sans perdre un instant leur sang-froid. Harry se tient prêt à réagir il sait qu'Hermione fait de même. L'homme masqué va sans doute vouloir libérer ses acolytes, au moins Lucius.
Contre toute attente, il n'en fait rien. Au lieu de cela, il pousse Ron vers l'avant, le projetant dans un fauteuil proche. Il dresse sa baguette au-dessus de sa tête, la fait tourbillonner un temps, et transplane, tout simplement. Harry n'aurait jamais pensé rencontrer un jour un adversaire plus lâche que Lucius Malefoy…
Il est tenté un instant de se ruer sur lui, pour interrompre son sort. Mais Hermione, déjà au chevet de Ron, ne surveille plus leurs prisonniers. Peu importe l'homme masqué. Il a celui qu'il voulait : il a Lucius Malefoy.
« Ron, est-ce que ça va ? demande-t-il en mettant sa main sur l'épaule de son ami.
- Oui…Je suis désolé, je ne comprends pas comment il a fait…
- Ne t'inquiète pas : on a réussi à capturer Lucius, c'est tout ce qui compte. Tu es en état de nous accompagner au Ministère ?
- Ne le prend pas mal, mais je pense que je suis en meilleur état que toi ! » dit Ron en désignant l'épaule d'Harry d'un signe de tête.
Sa blessure a dû se rouvrir lors de sa chute, car sa chemise est constellée de taches de sang. Il soupire d'exaspération : cette maudite cicatrice ne se refermera donc jamais ?
« Harry ! Nous devrions t'emmener voir les médicomages ! s'écrit Hermione, inquiète.
- Pas besoin, c'est moins grave que ça en a l'air. L'essentiel, pour le moment, c'est que cette ordure paye pour ses crimes. Il est hors de question que Drago croupisse une minute de plus dans sa cellule par sa faute ! »
Quelques instants plus tard, ils font une entrée fracassante dans le département des Aurors. Les privilèges dont bénéficie Ron, en tant que second de Robards, leur ont permis d'utiliser la cheminée d'urgence, qui sert principalement à amener les criminels et les mages noirs au Ministère, sans encombre.
Tandis qu'ils époussettent les cendres qui couvrent leurs capes, Robards, alerté par l'alarme de la cheminée d'urgence, se précipite vers eux.
« Weasley ? Potter ? Que signifie ce raffut ? »
Harry, qui tient Lucius par le col de sa robe, le pousse vers le chef des Aurors. Il tombe à genoux devant lui, sans relever la tête, sa chevelure blonde couvrant son visage.
« J'espère que vous avez du Veritaserum à portée de main, parce que j'ai retrouvé Lucius Malefoy. » annonce Harry.
oOo
« On devrait bientôt arriver à King's Cross ! » s'exclame Goyle.
Leur première année à Poudlard s'achève et ils sont dans le train qui les ramène chez eux. Dans le compartiment, où se sont retrouvés les élèves de Serpentard, règne une grande excitation. Si beaucoup d'entre eux ont honte de l'admettre, ils se réjouissent de retrouver leurs familles. Seul Drago regarde par la fenêtre, avec un air morose.
« Qu'est-ce qui t'arrive, Drago ? le questionne Crabbe.
- Rien. » soupire-t-il.
Il se rend compte que tous ses camarades le regardent, l'air étonné. Il se redresse et projette sa tête vers l'arrière.
« J'espère juste ne pas passer mon été au manoir. C'est amusant la première semaine, de faire tourner les elfes de maison en bourrique, mais au bout d'un moment, je m'ennuie ! Pourtant, il y a onze chambres à coucher et trois salons. »
Il se régale : tous les élèves du compartiment le regardent maintenant avec des yeux pétillants d'envie et d'admiration.
« Je demanderai à mon père à aller dans notre château en France, ce sera bien plus drôle ! Au moins, là-bas, il y a un terrain d'entraînement pour le Quidditch.
- Quelle chance tu as Drago !
- Ton père sera d'accord ?
- Tu vas pouvoir t'entraîner au Quidditch et mettre une râclée à Potter l'an prochain !
- Il y a combien de chambres dans ton château, Drago ?
- Tu m'inviteras, l'été prochain ?
- Un terrain de Quidditch, vous vous rendez compte ? »
Drago sourit d'un petit air satisfait. Maintenant, il est sûr que ses camarades passeront l'été à imaginer le sien et à se dire que ses vacances sont meilleures que les leurs.
Lorsque le train arrive enfin à quai, Drago descend lentement. Il veut laisser l'opportunité à un maximum d'élèves de venir lui dire au revoir, pour affirmer sa popularité. Il espère que sa mère le regarde, tandis que défile devant lui une floppée de Serpentards qui lui souhaitent un bel été.
Lorsqu'il sort enfin, traînant derrière lui sa valise trop lourde pour lui, il hoquette de surprise. Sur le quai, à côté de sa mère, se tient son père. Grand et sévère, avec sa chevelure dorée parfaitement coiffée, il observe la foule des élèves qui se déverse dans la gare. Lorsque les Weasley passent à côté de lui, Lucius adresse un sourire mauvais à Arthur et Molly. Puis, ses yeux d'agrandissent, lorsqu'il reconnaît le garçon brun qui avance aux côtés de Ron.
Drago presse le pas. Lucius est en train de murmurer quelque chose à l'oreille de Narcissa lorsqu'il arrive à leur hauteur.
« Père ! lance Drago avec un sourire à la fois content et angoissé. J'ignorais que vous viendriez me chercher à la gare.
- Drago…ce garçon, dit Lucius en pointant Potter de son doigt ganté. Est-ce lui ?
- Oui, père… Au fait, je voulais demander, si cet été…
- Il est petit et chétif, même pour son âge, poursuit Lucius, sans l'écouter. J'imaginais que le célèbre Harry Potter aurait une carrure plus…impressionnante.
- Père ! s'impatiente Drago. Je veux aller au château en France cet été ! »
Lucius et Narcissa se tournent alors vers lui. Il peut voir sur le visage de sa mère qu'il a dépassé les bornes. Les sourcils de son père se froncent. Il se penche vers son fils et dit d'une voix très basse et menaçante :
« Et crois-tu que tu mérites d'y aller, Drago ? Alors qu'il paraît qu'une Sang-de-Bourbe obtient de meilleures notes que les tiennes ? Alors qu'Harry Potter a pu intégrer l'équipe de Quidditch quand tu en as été incapable ? »
Drago ravale sa salive. Intérieurement, il bouillonne. Rien de tout ce que son père lui reproche n'est sa faute, après tout ! Qu'y peut-il si Granger est un petit génie ambulant ? Qu'y peut-il si Dumbledore offre à Saint Potter des privilèges auxquels personne d'autre n'a droit ?
Mais il sait bien qu'aucun de ses arguments ne prendra avec Lucius. Il aurait dû être le meilleur, et il a échoué.
« Tu me fais honte, Drago, lance son père avec dédain. Tu fais honte au clan Malefoy.
- Lucius ! » s'écrit Narcissa, indignée.
Il le pense, songe Drago. Il ne dit pas ça pour me blesser ou pour me motiver. Il le dit parce qu'il le pense.
Alors pendant tout l'été, comme tant d'années avant et tant d'années après, il lutte pour s'élever au niveau des standards impossibles de son père.
Pour ne plus jamais le décevoir.
OoO
Lorsque Drago se réveille, ce matin-là, il espère entendre le chant des oiseaux par-delà de la fenêtre. Il espère humer le parfum des pins, porté par la brise printanière. Il espère sentir sous son corps le moelleux de son matelas et sur sa peau, sa couette duveteuse.
Au lieu de cela, c'est l'air sec de la prison et la dureté de sa couchette. Et puis le silence, pesant, absolu. Il s'assoit, se lève et regarde autour de lui. Il se rallonge aussitôt : à quoi bon se lever ? A quoi lui serviraient ses efforts, dans un endroit pareil ? Cet endroit, c'est un écho d'Azkaban, une prémonition du sort qui l'attend. Il détruit en lui toute volonté de vivre.
Aussi, lorsque la porte de sa cellule crisse en s'ouvrant, il ne réagit même pas. Il continue de fixer le mur, comme s'il y était écrit quelque chose de passionnant. Mais le mur est blanc et fade. Des bruits de pas, un raclement de gorge. Et s'il s'agissait d'Harry ? S'il était revenu, vaillant chevalier sous sa cape d'Invisibilité ? Dans sa poitrine, il lui semble que son cœur rate un battement.
Il se redresse, pour découvrir devant lui une Auror à la mine sévère. C'est la jeune femme blonde, qui était venue lui porter secours, lorsqu'un trio de ses confrères avait décidé d'en découdre avec Drago. Son uniforme est boutonné jusqu'en haut, lui donnant des airs de collet-monté.
« Drago Malefoy, par ordre du chef des Aurors, Gawain Robards, veuillez me suivre. S'il-vous-plaît, ajoute-t-elle d'un ton toujours aussi sentencieux.
- Que se passe-t-il ? demande Drago, inquiet. Est-ce qu'on me transfert à Azkaban ?
- Je ne suis pas en mesure d'en discuter avec vous. Le chef des Aurors vous en dira plus bientôt.
- Vous ne pouvez pas me transférer. Il faut attendre le retour du ministre ! » gémit Drago, d'un ton plus terrifié qu'il ne l'aurait voulu.
Il se recroqueville sur sa couchette. Les yeux de l'Auror s'agrandissent. Elle ne comprend pas, elle ne peut pas comprendre. Elle a sans doute envoyé bien des sorciers à Azkaban, mais que connait-elle réellement de ce lieu ? Personne ne connait vraiment Azkaban, à moins d'y avoir été emprisonné. Drago n'y survivra pas, il le sait. S'ils essayent de l'y renvoyer, il préfère encore trouver une corde et se pendre immédiatement.
« Monsieur Malefoy, dit l'Auror d'un ton plus humain. Je n'ai entendu parler d'aucun transfert à Azkaban aujourd'hui, si cela peut vous rassurer… »
Le corps de Drago se détend. Il soupire, reprend progressivement ses esprits. Il a honte, de s'être ainsi ridiculiser devant elle, maintenant qu'il sait qu'il n'est pas question de le renvoyer là-bas. Il se lève et lisse un instant la tunique vétuste dont on l'a vêtu.
« Je vois, dit-il. Merci, Auror… ?
- Weeble. Alicia Weeble. Si vous voulez bien me suivre ?
- Je suppose qu'il n'y a aucun moyen que je puisse obtenir d'autres vêtements, Auror Weeble ?
- Je suis désolée, mais non. Il faudra vous contenter de ce qui vous a été fourni.
- Formidable… » articule-t-il entre ses dents. La perspective d'être promené dans tout le ministère en tenue de détentionnaire ne le réjouit guère. Il aura beau se faire aussi petit que possible, il n'est plus question de passer inaperçu, à présent.
Alicia Weeble l'escorte à travers les longs couloirs. Au début, ils sont peu peuplés. Il ignore l'heure qu'il est et il se met à espérer qu'il est juste trop tôt pour que le ministère soit envahi de monde. Cependant, il se rend vite compte qu'ils avançaient simplement dans une partie peu occupée du ministère. Car, au détour d'un couloir, il retrouve la foule habituelle de sorciers, sorcières et autres employés du ministère.
Il baisse la tête et regarde les talons de l'Auror Weeble, qui marche d'un pas régulier devant lui. De sa baguette, s'échappe un petit filament, qui vient s'entortiller autour des poignets de Drago. Au cas où sa tenue de bagnard ne rende pas assez clair son statut.
Sur leur passage, on se retourne et se marmonne des confidences. Il entend son nom. Il entend le nom d'Azkaban. Il entend aussi le nom d'Harry, comme une lueur dans son obscurité. Quelqu'un l'interpelle, le traite de Mangemort, de traitre, de mage noir il l'ignore.
Il ne pense plus à la maison dans la forêt. Il s'imagine un nouveau refuge, à présent. Sous une cape, fluide comme un liquide, brillante comme de l'argent, légère comme une plume. Il y fait tiède. Les sons sont étouffés. Tout ce qu'il entend, c'est le bruit d'une respiration. Tout ce qu'il ressent, c'est la chaleur d'un corps. Plus rien ne l'atteint, désormais.
Après avoir emprunté l'un des nombreux ascenseurs bondés du ministère, Alicia Weeble lui fait traverser un dernier couloir, puis s'arrête devant une porte. Il la reconnaît : c'est celle du bureau de Robards. Il inspire longuement. Elle frappe à la porte, qui s'ouvre aussitôt. Alicia entre. Le lien magique, autour des poignets de Drago, se tend. Il n'a pas d'autre choix que de la suivre.
« Je vous emmène Monsieur Malefoy, comme demandé, annonce l'Auror Weeble.
- Monsieur Malefoy ? s'étonne Robards, avant de se retourner. Ah oui, bien sûr. Le fils. »
Drago relève la tête. Face à Robards, se tiennent Harry, Ron et Hermione. Cette vision lui donne l'impression d'avoir à nouveau seize ans. Il se revoit, dans le bureau du professeur McGonagall. Les trois amis sont là, eux aussi, attendant le verdict de leur enseignante. Comme souvent, ils ont enfreint le règlement et seront punis. C'est Drago qui les aura dénoncés, mais il finira aussi puni. Les choses ont-elles réellement changé depuis ?
Drago n'ose regarder personne. Il continue de fixer les talons d'Alicia Weeble. Lorsque Robards la congédie, il est face à un dilemme oculaire sans précédent : doit-il relever la tête et se confronter à un regard ? Si oui, lequel ? Celui de Robards, professionnel et froid ? Celui de Ron, empreint de dégoût ? Celui d'Hermione, si intelligent qu'il semble lire en lui comme dans un livre ? Ou bien celui d'Harry, vert et beau, pur et envoûtant, dans lequel il risquerait de se perdre, qu'il redoute et désire en même temps ?
Finalement, il garde les yeux rivés au sol. Il observe les détails du tapis persan. S'il se concentre sur ses motifs, le reste de la situation est moins effrayant. Une arabesque, une fleur. Un triangle, une rose. Une arabesque, une fleur. Un triangle, une rose. Et ainsi de suite, encore et encore.
« Monsieur Malefoy, j'ai le plaisir de vous annoncer que… » commence Robards.
Un triangle, une rose. Une arabesque, une fleur. A l'infini, le motif se répète.
« …malgré mes ordres, auxquels ils ont sciemment désobéi… »
Une arabesque, une fleur. Un triangle, une rose. Une arabesque, une fleur.
« …les Aurors Weasley et Potter, aidé de la sous-secrétaire de la Justice Magique, Hermione Granger… »
Un triangle, une rose. Une arabesque, une fleur. Un triangle, une rose. Il est pris de vertiges.
« …ont appréhendé cette nuit votre père, Lucius Malefoy. »
Une arabesque. Il redresse la tête. Il entend les mots de Robards, mais il ne parvient pas à les comprendre. Il le regarde articuler la suite, abasourdi. Plus d'arabesque, plus de fleur : plus rien n'a de sens.
« Après avoir soumis votre père au Veritaserum, j'ai le plaisir de vous annoncer votre relaxe effective et immédiate. »
Sa bouche s'ouvre. Il a l'impression qu'il devrait parler, mais il ne sait pas quoi dire. Il regarde autour de lui, à la recherche d'un signe, d'un indice. Il ne trouve rien. Rien, si ce n'est le visage rayonnant d'Harry, qui lui sourit.
« Au nom du ministère de la Magie, je vous présente mes excuses pour votre incarcération. J'espère que vous comprendrez que la prudence était de mise. Je vous annonce également que votre trace a été levée et que vous n'êtes officiellement plus sous l'observation du ministère. »
Il continue de fixer Harry, dont le sourire s'agrandit à chaque nouvelle annonce de Robards. Drago, lui, n'arrive pas à sourire. Il a l'impression qu'il devrait ressentir du soulagement, mais il n'en est rien. Une force immense continue de presser sur ses épaules, pour l'enfoncer dans le sol.
« Monsieur Malefoy ? l'interpelle Robards. Comprenez-vous ce que je viens de dire ? »
Il se tourne vers le chef des Aurors. Il a l'air plus petit que la dernière fois qu'il l'a vu. Plus voûté, aussi. Ses traits sont tirés et sa mine est fatiguée. Drago hoche la tête c'est sûrement ce qu'on attend de lui.
« Bien, alors si vous n'avez pas de questions, il ne nous reste plus qu'à…
- J'aimerais le voir, dit soudain Drago.
- Je vous demande pardon ? demande Robards, interloqué.
- Mon père, j'aimerais le voir. Si c'est possible. »
L'air semble se figer dans la pièce. Plus personne n'ose parler, ni même respirer. Robards le regarde, comme on regarderait un muet qui se mettrait brusquement à parler. Au bout d'un moment, qui semble durer une éternité, Harry se lève et s'approche de lui.
« Drago, tu es sûr ? demande-t-il d'une voix douce.
- Oui, répond-il et son ton ne lui a jamais paru aussi assuré. Il y a des choses que j'ai besoin de comprendre.
- Je ne suis pas sûr que tu aimeras les réponses, Drago. Ce qu'il nous a révélé, sous l'emprise du Veritaserum, risque de plus de te blesser que de…
- J'ai besoin d'entendre la vérité. J'ai besoin de l'entendre de sa bouche. N'y ai-je pas le droit ? demande-t-il à l'intention de Robards.
- Si, bien sûr…répond ce dernier, un peu penaud. Nous organiserons une rencontre avant le transfert de votre père à Azkaban, qu'en dites-vous ? »
Lorsqu'il entend le mot Azkaban, tout son corps se tend. Seul Harry semble s'en apercevoir, cependant.
C'est donc ainsi que se termine l'histoire de Lucius Malefoy ? Entre quatre murs suintants ? Dans le froid et la solitude ? Terrorisé, jour et nuit, par le moindre souffle ? Angoissé, à l'idée qu'il s'agisse d'un Détraqueur ?
Tu me fais honte, Drago. Tu fais honte au clan Malefoy.
Peut-être est-ce ce qu'il mérite ? Peut-être est-ce la main du destin, qui s'abat enfin ? Peut-être n'est-ce que justice ? Peut-être faut-il qu'il oublie le nom de son père, qu'il renie tout ce qu'il a été ? Peut-être est-ce le seul moyen pour lui d'enfin vivre sa vie et non celle que son père voulait pour lui ?
« Je suis d'accord. Organisez la rencontre. »
