Code d'honneur du chevalier :

8. Il a le respect de toutes les faiblesses et s'en constitue défenseur.

oOo

- Par les déesses, mais c'est qu'il me ferait presque pleurer avec cet air affligé ! s'exclama Karl avant de rire à gorge déployée.

Avec sa femme, ils regardaient tous deux la photo que la princesse avait éditée à son retour au château et qu'elle avait donnée au chevalier lors de son départ. Dessus, on voyait Link mouillé jusqu'aux os et regardant l'objectif avec désemparement. Adélaïde riait de bon cœur avec lui en n'omettant aucun détail par rapport à ce souvenir. Link, qui était dehors en train de brosser Ciaran, finit par les rejoindre car il voulait savoir ce qui les rendait si hilares. Mais à peine eut-il mis les pieds dans la demeure que son père cacha la photo derrière son dos. Le jeune homme lui lança un regard méfiant et interrogateur.

- Tu as fini de t'occuper de ton cheval ? lui demanda sa mère pour détourner son attention.

- Oui, répondit Link en s'approchant de son père.

D'un geste vif, il passa sa main derrière le dos de Karl pour attraper l'objet de ses interrogations mais le chevalier leva le bras bien haut pour le rendre inatteignable.

- Allons ? Quelles sont ces manières, mon fils ? s'étonna-t-il, un sourire en coin.

Le jeune capitaine tiqua à cause de la moquerie de son père. Il ne se laissa cependant pas abattre et sauta pour attraper la photo. Link avait très bien compris ce dont il s'agissait.

- Donne-moi ça ! ordonna-t-il à son père d'une voix nonchalante qui trahissait son embarras.

Karl ricana en faisant quelques pas en arrière.

- Pour que tu détruises ce chef-d'œuvre ? Certainement pas.

- C'était un accident, se défendit Link en faisant une grimace. Si Florine n'était pas arrivée aussi soudainement, je ne serais pas tombé à l'eau et la princesse ne se serait pas moquée de moi.

Il regarda sur le côté quand sa honte refit surface en repensant à ce moment d'humiliation. Le blond aurait préféré que Zelda n'assiste pas à une scène aussi ridicule... Il était le prodige hylien, bon sang... Pas un pitre. Karl observa son fils en silence. Son sourire s'effaça pour être remplacé par un air peiné. Lentement, il posa la photo sur la table à manger et il prit place sur un tabouret en soupirant.

- Tu sais, Link, je suis heureux de ne pas te trouver comme...

L'homme s'arrêta, les lèvres frémissantes.

- Enfin, tu sais bien. On m'a dit tellement de choses à ton sujet, au château. Nous sommes restés si longtemps sans nouvelles... Ta mère a insisté pour qu'on puisse te faire parvenir cette miniature.

La gorge du prodige se noua. Il se souvenait parfaitement de ce jour-là. La princesse l'avait sèchement rejeté et les problèmes pesaient lourdement sur ses épaules. Ce jour-là, trop d'évènements accablants l'avaient fait craquer.

- Je suis désolé, souffla Link en baissant la tête avec remords.

Jamais il n'avait eu l'intention de les blesser. Sa mère se remettait à peine de nombreuses années de maladie tandis que son père s'inquiétait beaucoup à son sujet. Deux bras vinrent lui entourer la poitrine et Adélaïde le serra tendrement contre elle.

- Link, nous savons à quel point ce doit être difficile pour toi, le rassura-t-elle en voulant lui apporter du réconfort. Nous sommes tes parents, nous t'aimerons toujours même si ton devoir fait de toi une nouvelle personne.

Les lèvres du jeune homme se pincèrent tant il était ému et soulagé par ses paroles. Seulement, il ne pleura pas. Link ne voulait pas verser de larmes car il voulait être fort pour eux.

- Quand Ganon sera vaincu et que le royaume sera hors de danger, je reviendrai à Elimith, promit-il en posant sa main sur l'avant-bras de sa mère. Je protègerai le village avec papa.

Cela la fit sourire.

- Mais s'il n'y a plus de monstres, de quoi veux-tu le protéger ? le questionna-t-elle, à juste titre.

Karl eut un rire moqueur puis il s'accouda sur la table.

- Il dit ça, mais en vérité il va juste revenir pour épouser cette vive Florine, déclara-t-il pour embêter son fils.

Le capitaine de la garde leva les yeux au ciel.

- Tu es trop vieux jeu, Karl, reprit la blonde en tirant son fils vers elle. Laisse Link vivre comme il l'entend, veux-tu ?

- Moi, tout ce que je demande, c'est que notre lignée soit préservée. Rien de plus.

Il attrapa son verre en terre cuite et but une grosse gorgée d'eau. Dans ses bras, Adélaïde sentit son fils se crisper suite à ses paroles. Intriguée, elle pencha la tête sur le côté pour le dévisager et aperçut ses joues rougies par la gêne. Cela la dérouta car ce n'était point dans les habitudes de Link que de rougir.

- Karl, tu me fatigues, soupira-t-elle avant de s'écarter et d'aller prendre la photo.

Elle la plaça dans un cadre puis finit par la poser sur le guéridon, près du lit de Link. Bientôt, leur fils aurait dix-sept ans et ils ne pourraient pas le souhaiter tous ensemble. Seulement, Adélaïde désirait tout de même lui offrir quelque chose... Peut-être qu'une petite statuette en bois pourrait lui faire plaisir et décorer sa chambre, au château ? Cette idée lui plaisait bien.

- Je vais rejoindre Jeannot au champ, annonça Link en se dirigeant vers la porte.

- Tu vas l'aider à assouplir le sol ? lui demanda son père, content de voir qu'il prenait part à la vie du village.

Le jeune homme se contenta seulement d'opiner puis il disparut dehors après avoir soigneusement fermé la porte. Karl s'étira les bras en émettant un grognement faible.

- Un vrai bonhomme, notre fiston, sourit-il avec un air niais. Les déesses nous ont donné le plus beau des enfants.

- Je t'ai donné le plus beau des enfants, le rectifia sa femme en revenant. Ce ne sont pas elles qui se sont embêtées à le porter des mois dans leur ventre, ni même qui ont dû élever un petit sauvage. Par Hylia, à force de courir à droite et à gauche, il nous en a fait voir de toutes les couleurs...

Cela fit rire le chevalier.

- Je pense que nous ne sommes pas au bout de nos peines, ajouta-t-il en se levant.

Adélaïde ne put s'empêcher de soupirer suite à sa remarque. Oh ça... Elle savait bien qu'elle aurait des cheveux blancs avant l'heure. Entre le père et le fils, l'Hylienne ne pouvait dire qui des deux étaient le plus fatiguant. Mais après tout, c'était la vie qu'elle avait choisie de mener, et la châtaine en avait fait sa fierté.

oOo

Zelda surprit sa nourrice quand elle rentra plus tôt que prévu au château. Elle lui parla aussitôt des requêtes des villageois, de la nécessité de leur apporter des graines et de former quelques soldats chez eux. Impa promit de prendre en charge leur affaire dans les plus brefs délais. Le soir même, la princesse fut contrainte de se rendre à la réception organisée par son père et éprouva une profonde solitude à cause de son manque d'intérêt ainsi que d'amusement. Fort heureusement, Cassius avait été convié car il était le compositeur des morceaux joués lors de la soirée. Il proposa humblement à la jeune fille d'être son cavalier pour une danse, ce qu'elle accepta bien qu'elle n'aimait pas cette activité. En temps normal, elle aurait refusé car le poète n'était point noble. Cependant, les titres de noblesse ne s'appliquaient pas aux membres sheikahs, lui permettant de danser avec elle sans déshonorer Zelda. Bien entendu, cela déplut aux nobles qui n'appréciaient pas le clan Sheikah. Mais peu importait à la princesse. Cela lui permit de s'évader et de se divertir pour quelques minutes.

Les jours suivants, Zelda les consacra essentiellement à la prière dans les sous-sols du château. Impa redevint son escorte le temps que Link revienne de sa permission. Il était hors de question que la princesse reste sans surveillance. Après l'une de ses sessions de prière, elle s'empressa de rappeler à sa jeune amie ce qu'elle devait faire dans les prochains jours. Elles marchaient toutes deux dans un couloir froid et humide quand elle prit la parole :

- Vous allez devoir revenir à la source du Courage, Princesse. Comme vous le savez, il y a des dates précises à respecter pour entrer pleinement en symbiose avec le pouvoir de Farore.

- C'est la source la plus éloignée du château, soupira la blonde en se tenant les bras, grelottante. Je vais devoir m'absenter quelques jours dans ce cas.

La nourrice retira le haut de son habit traditionnel et le passa autour des épaules de Zelda qui la remercia d'un sourire.

- Dois-je composer votre escorte ? Nous avons de très bons éléments disponibles.

La prêtresse royale balaya doucement l'air d'une main.

- Ce ne sera pas nécessaire. Je vais attendre le retour de Link.

Impa haussa les sourcils, quelque peu surprise et déroutée.

- Êtes-vous sûre ? Pour un voyage aussi long... Les forêts tropicales ne sont pas les plus accueillantes depuis quelques temps, l'avertit-t-elle avec méfiance. Des monstres y ont élu domicile. Un seul homme sera vraiment suffisant ?

L'Hylienne hocha la tête alors qu'elles empruntaient un escalier. Link était l'élu de la Lame Purificatrice. Il avait déjà su faire ses preuves, que ce soit dans le désert face aux Yigas ou même face aux monstres sur la Montagne de la Mort.

- J'ai pleinement confiance en lui, finit-elle par avouer en souriant. Mais si cela peut te rassurer, j'engagerai d'autres chevaliers pour l'épauler.

- Je vous laisse le choix, Princesse, prononça Impa d'une voix neutre. Si vous me dîtes que Link suffira à lui seul pour vous escorter, alors je vous crois.

Toutes deux s'échangèrent un regard qu'elles surent aussitôt décoder. Elles se connaissaient depuis assez longtemps pour deviner ce que l'autre pensait. Zelda changea de sujet.

- As-tu envoyé les sacs de graines à Elimith ?

- Oui, hier matin. De plus, l'instructeur devrait partir d'ici quelques jours.

Cette nouvelle réjouit la jeune fille, heureuse de venir en aide à son peuple.

- Quant à la question du commerce, j'en discute encore avec Oswald, poursuivit la Sheikah d'un air grincheux. Ce vieillard est dur à convaincre quand il s'agit de financer un projet... À croire qu'il s'agit de son propre argent.

Zelda se retint de rire car elle trouvait cela indécent de se moquer du défaut d'une personne malgré le fait qu'elle approuvait sa nourrice.

- J'espère que le problème pourra être résolu d'ici peu.

Elles débouchèrent dans un nouveau couloir bien plus large et menant au grand Hall. Quelques domestiques s'attelaient à leur tâche et saluaient la princesse sur leur passage. Le château était toujours en effervescence... Le total opposé du calme d'Elimith, ou même de Cocorico.

- Je vais devoir vous quitter, annonça Impa en apercevant quatre membres du clan Sheikah dans un coin. Je dois avoir une discussion avec les miens.

- Je comprends. Pour ma part, je vais aller dîner avec père...

Si toutefois il daigne venir se joindre à elle, pensa tristement la princesse. Elle n'avait que rarement l'occasion de le voir partager sa table. Son père était trop souvent absent bien qu'il soit aussi dans le château. Les fois où elle pouvait lui parler restaient rares. Sans évoquer la distance qui les séparait malgré leur lien du sang... Zelda salua sa nourrice puis partit en direction de la salle à manger, le cœur lourd. En fin de compte, la présence de son chevalier servant parvenait à alléger la solitude qu'elle éprouvait même s'il ne parlait que très peu. Encore une fois, Zelda regrettait amèrement la manière dont elle s'était comportée envers lui. Cela pouvait être difficilement oubliable...

La princesse n'avait que des choses à se reprocher, comme si elle ne parvenait pas à mettre en avant tout ce qu'elle avait accompli jusqu'à présent. Et cela, deux personnes s'en étaient aperçus : Urbosa et Impa. Seulement, comment aider la princesse à sortir de ces remords qui la rongeaient ? Tant que Zelda n'arrivait pas éveiller son pouvoir, elle ne pourrait atteindre la paix intérieure, la paix avec elle-même.

oOo

Deux jours plus tard, Link revint enfin au château, assez reposé et le cœur allégé suite aux retrouvailles avec ses proches. Il se présenta aussitôt à la princesse pour lui signifier sa présence. Il avait d'abord pensé que Zelda l'accueillerait avec froideur après leur dernière discussion à propos de son mutisme. Le prodige reconnaissait avoir été assez sec dans sa réponse. Pourtant, la princesse le salua normalement, comme si elle avait fait totale abstraction de ce qu'il s'était passé. Ce n'était pas le cas, bien sûr. Elle voulait seulement ne pas en reparler pour ne pas l'affliger. Maintenant qu'elle comprenait un peu mieux son chevalier servant, la princesse pouvait essayer de le tirer de sa situation oppressante. Mais cela demandait que Link y mette aussi du sien puisqu'il était le premier concerné.

- Tu as l'air reposé, constata Zelda en tournant une fois autour de lui. Cette permission a été bénéfique.

Link l'approuvait mais il préféra rester silencieux en attendant qu'elle poursuive. Il sentait bien qu'elle devait lui annoncer quelque chose.

- Demain, je dois me rendre à la source du Courage dans la forêt de Firone. Puis-je compter sur ta protection ?

Cette question, bien que banale et anodine étant donné qu'il était son chevalier servant, fit naître au sein de Link une joie discrète car la princesse lui accordait intégralement sa confiance. Il acquiesça, posa une main au-dessus de son cœur puis courba la tête.

- Je suis à votre disposition, prononça-t-il humblement.

Même si elle s'attendait à cette réponse, Zelda esquissa un sourire et le remercia. Elle l'invita à la suivre dans les couloirs pour se rendre dans l'un des nombreux jardins du château.

- Le trajet durera un jour entier. Nous allons devoir faire un petit détour au relais des Alpages pour passer la nuit, puis nous pourrons rejoindre la source le jour suivant, l'informa-t-elle en marchant quelques pas devant. Impa m'a avertie qu'il y aurait des créatures dangereuses dans la forêt de Firone. Nous devrons faire très attention.

La princesse jeta un coup d'œil par-dessus son épaule pour le regarder un bref instant, puis elle reporta son attention devant elle.

- Il te faudra préparer un sac de voyage. Je pense que tu sauras quoi y mettre.

En effet, Link savait déjà qu'il y placerait quelques provisions, des gourdes d'eau et des vêtements de rechange en cas de problème. Quant à la princesse, elle se chargeait de prendre une trousse de secours en plus de sa tenue de prêtresse.

- La princesse perd encore du temps inutilement. Elle devrait plutôt aller prier, chuchota une voix derrière Link.

Ce dernier tourna la tête avant de découvrir deux jeunes filles nobles qu'ils venaient de dépasser. Face à la réflexion irrespectueuse de l'une d'entre elles, il fronça les sourcils et afficha un air fermé qui les fit frémir.
Link observa alors la princesse pour guetter sa réaction mais elle ne semblait pas y avoir prêté attention. Peut-être n'avait-elle tout simplement pas entendu ? Ou alors, trop habituée à ce genre de remarque, elle n'y accordait plus le moindre intérêt. Le prodige n'osa en parler à Zelda, il se contenta de rester silencieux en regardant sur le côté. Mais si jamais il entendait des propos diffamatoires à l'encontre de la princesse, il ne resterait pas passif. Un chevalier servant se devait de défendre la cause de sa damoiselle.

Le lendemain de très bonne heure, après avoir réuni son équipement et ses affaires, Link rejoignit la princesse devant les immenses portes menant à la citadelle. Il avait préalablement nourri et sellé Ciaran. Ce voyage n'allait pas être évident pour les deux montures. Le jeune homme plaça un pied dans l'étrier puis se hissa sur le dos de son cheval afin d'arriver au niveau de la princesse, prête à partir. Cette dernière le salua et leur voyage put enfin commencer. En ce début de mois d'avril, l'arrivée des beaux jours commençait à se faire sentir malgré les vêtements chauds qu'ils portaient. Pour la première fois, Link allait découvrir l'une des trois sources des déesses. La source du Courage... Voilà un lieu qui savait susciter de la curiosité chez lui. Sur le chemin, la princesse prit la liberté de lui raconter l'origine du monde, l'arrivée des trois déesses, le combat d'Hylia contre le Mal, épaulée d'un esprit héroïque. Et enfin, le cycle des réincarnations.

Zelda était consciente que son chevalier servant savait pour ses pouvoirs non éveillés. Il ne lui avait pourtant fait aucun commentaire à ce sujet, et elle l'en remerciait. Les élus traversèrent une partie de la plaine d'Hyrule au galop pour ne pas arriver trop tard au relais. Mais ils durent ménager leurs chevaux et revinrent donc au pas. Cela leur permettait au moins de pouvoir profiter du paysage, de la faune et de la flore. Ils progressaient sur le chemin, côte à côte.

- Dis-moi, Link, commença Zelda après une heure où ils étaient plongés dans le silence. Qui a été ton maître pendant ta formation de chevalier ?

Le jeune homme tourna la tête vers elle pour chercher dans son regard la raison de sa question. Mais les yeux verts de la princesse restaient insondables.

- Mon père. Puis le chevalier Arthur, répondit-il simplement en reportant son attention sur la route.

Le chevalier Arthur ? Zelda n'en avait jamais entendu parler. À vrai dire, elle ne connaissait que très peu de noms parmi les chevaliers. Elle trouvait cela fort regrettable... Ses pensées dévièrent sur la Lame Purificatrice sanglée dans le dos du prodige. Une de ses questions en suspens jaillit dans son esprit, nécessitant une réponse que Zelda attendait depuis quelques temps déjà.

- Il y a plusieurs semaines, je t'avais demandé si tu entendais une voix provenant de l'épée, reprit la blonde en raffermissant sa poigne sur la bride de son cheval. Seulement, tu n'avais pas eu le temps de me répondre.

Elle lui adressa un regard interrogateur. Elle voulait savoir si son incapacité s'étendait bien au-delà du sommeil de ses pouvoirs. Link mit plusieurs secondes avant de répondre :

- Je l'entends.

Zelda détourna la tête, visiblement affectée.

- Je vois, souffla-t-elle.

Quelle question stupide et évidente, pensait-elle. Contrairement à sa grand-mère, elle n'entendait pas la voix des esprits... Avec toutes les rumeurs qui circulaient à la cour, qui ne connaissait pas la triste réalité concernant la princesse ? Zelda soupira et ses épaules s'affaissèrent.

- Je pense que tu es au courant à propos du pouvoir du sceau, ajouta-t-elle en fronçant les sourcils.

L'Hylienne se risqua à lui jeter un bref coup d'œil pour voir sa réaction : Link la dévisageait sans émotion particulière, comme à son habitude. Elle ne sut dire si cela la soulageait, ou si au contraire cela la plaçait dans son sentiment de solitude. Zelda préféra fixer la crinière de son cheval, bougeant au rythme des pas.

- Il n'est toujours pas éveillé, hélas... avoua-t-elle enfin bien qu'il le sache déjà. Je ne sais pas encore en quoi il consiste, mais j'espère pouvoir le maîtriser dans les plus brefs délais.

La détermination se lut dans son regard à cet instant précis. Hors de question de se laisser abattre. Ses efforts finiraient bien par être récompensés. Mais Zelda souffrait des commérages de la cour, des conversations méprisantes à son égard. Elle redoutait d'être rejetée par son peuple. Mais cela, elle ne voulait pas en parler à Link. Sa monture se mit à hennir et ses oreilles se tendirent vers l'arrière pour témoigner de son énervement. Zelda lui caressa l'échine pour le calmer du mieux possible mais cela ne semblait pas très bien fonctionner.

- Je ne comprends pas... dit-elle avec déroutement. Mon cheval n'est jamais à l'aise et manifeste toujours des signes d'agacement. Je crois qu'il supporte mal le harnais, voire le harnachement... J'ai beau le forcer à le porter tout le temps, il n'y a rien à faire. Mais tout de même, cela fait bientôt deux ans ! C'est à n'y rien comprendre.

- Vous devriez peut-être passer plus de temps avec lui, suggéra Link en observant la monture de la princesse.

Il avait déjà remarqué son comportement inhabituel lors de leurs quelques voyages à cheval. Zelda lui lança un regard interrogateur.

- Quand il s'agit de chevaux, il faut aussi beaucoup de douceur afin de nouer des liens, ajouta-t-il en se souvenant des conseils de son père.

Le jeune homme crut voir de l'espoir à travers les yeux de sa compagne de route.

- Tu penses ? Il est vrai que je suis avec lui seulement lors de mes déplacements...

Zelda finit par esquisser un sourire.

- Je vais mettre tes conseils à exécution. Nous verrons bien avec le temps.

Son chevalier servant approuva, Il regarda la princesse murmurer quelques mots doux à l'adresse de son cheval, ce qui fonctionna... plus ou moins bien. En tout cas, l'équidé se tint relativement calme jusqu'à ce qu'ils arrivent au relais des Alpages en début de soirée. Au sud d'Hyrule, les températures étaient bien moins fraîches qu'à la citadelle : on ressentait mieux le printemps et ses températures douces. Zelda n'avait rajouté que sa demi-cape pour se protéger, imitée par son compagnon. Ici, le propriétaire du relais avait déjà eu l'occasion de la voir lors de ses précédents voyages. Il vint chaleureusement l'accueillir et proposa immédiatement de prendre en charge les chevaux pendant qu'elle réglait auprès de sa femme. Link se manifesta clairement pour payer sa nuit. Il était hors de question que la fille du roi le prenne à son compte.

- Nous allons vous installer un lit à l'écart, Votre Altesse, lui annonça la femme en courbant la nuque face à elle. Voulez-vous que nous fassions de même pour votre escorte ?

Zelda se tourna vers le prodige pour connaître son avis. Celui-ci fit simplement non de la tête. Il veillerait toute la nuit pour la préserver de toute attaque. Peut-être cela paraissait-il aberrant ou excessif aux yeux de la princesse, mais Link avait juré d'accomplir son devoir jusqu'au bout. On fit donc installer des paravents autour du lit de la prêtresse royale pour préserver son intimité. Lorsqu'il fut l'heure de se coucher, Zelda passa la tête sur le côté pour saluer et remercier Link, mais ce dernier avait déjà pris place à l'entrée du relais. Il se tenait debout, la Lame Purificatrice posée sur le sol et positionnée à la verticale devant lui en guise de dissuasion. La jeune fille s'en voulait un peu de le priver de son sommeil. Cependant, elle respecta son choix et ne tarda pas à se glisser sous les draps, entourée d'un sentiment de paix.

oOo

Cela faisait bientôt une heure qu'ils étaient entrés dans la forêt tropicale de Firone, berceau d'une flore et faune jusque-là inconnues de Link. Pourtant, il aimait bien l'ambiance qui en émanait et la zenitude dégagée par le bruit de la nature. L'humidité qui flottait était sans doute l'un des seuls inconvénients de cet endroit, sans compter les possibles créatures malfaisantes qui se terraient quelque part. Pour atteindre la source, les deux compagnons empruntèrent un chemin souvent fréquenté puis durent le quitter pour suivre le cours d'une rivière agitée. Zelda ne comptait plus le nombre de fois où elle avait foulé ces terres depuis son enfance. Elle ne connaissait que trop bien ces lieux... Après une bonne heure de marche, ils parvinrent enfin aux ruines soneaux qui précédaient la source. Quelle aura singulière... pensa Link en les contemplant avec intérêt.

Jamais encore il n'avait visité un tel lieu de prière. Le chevalier percevait la force presque divine qui habitait cet endroit. Zelda descendit de son cheval et pria le prodige de faire de même avant de la suivre. Tous deux s'avancèrent sur un chemin tracé par des dalles rongées par l'érosion et le temps. C'est alors que Link vit la grande statue de la déesse Farore. Il se sentait inexorablement attiré sans en connaître la raison.

- Attends-moi ici, lui demanda Zelda qui s'empressa de disparaître derrière un mur délabré, à une quinzaine de mètres.

Link se doutait bien de ce qu'elle allait faire et décida de lui tourner le dos pour que la prêtresse royale soit plus à l'aise. Cette attention de sa part parvint à la rassurer et à atténuer son stress. Elle se serait bien changée au relais, mais le voyage ne lui permettait pas de rester en robe. Quand elle fut prête, Zelda quitta son abri, s'approcha de la statue puis s'enfonça dans l'eau en se retenant de grimacer. Même après toutes ces années, elle n'était pas habituée à la basse température des sources. A croire que les déesses désiraient une méditation dans une eau glacée. Pareille à la session de prière au château, Link resta de dos et s'assit en tailleur, prêt à patienter le temps qu'il faudra. Bien plus tard et une fois encore, il sentit son épée émettre une vibration qu'il reconnut aussitôt. La prêtresse royale venait d'entrer en transe.

- Est-ce que tu as un nom ? pensa Link en s'adressant directement l'esprit de l'épée.

Celle-ci ne tarda pas à répondre ; la Lame Purificatrice vibra une nouvelle fois.

- Si cela vous convient, appelez-moi Fay. Je suis l'esprit de l'épée créée par la déesse Hylia elle-même, répondit la voix féminine.

- Si tu réagis à chaque fois que la princesse entre en transe, cela veut dire que vous êtes liées ?

Un long silence s'ensuivit pendant lequel Link se demanda s'il venait de dire une bêtise, ou si Fay préférait ne rien dire. Elle finit pourtant par lui apporter une réponse.

- La princesse Zelda étant l'une des descendantes de la déesse Hylia, je peux réagir à son aura quand celle-ci se manifeste.

C'est vrai... En y repensant, Link se sentit bien insignifiant de côtoyer la descendante même de la déesse. Jusqu'à présent, il n'avait pas songé à l'honneur et aux responsabilités supplémentaires que cela impliquait. Quel courage de la part de la princesse... Voilà bien quelque chose de tout à fait admirable. Mais sa condition de descendante divine ne faisait que renforcer la distance entre elle et le jeune homme. Link ne put retenir un soupir et leva la tête vers le ciel pour se changer les idées. Une fois Ganon vaincu, il ne regretterait pas du tout de quitter l'environnement du château. Il préférait amplement mener une vie simple, entouré par ses proches.

oOo

- Je n'ai pas constaté de changement, déclara Zelda après s'être rhabillée. Ce sera sans doute pour une prochaine fois...

Son sentiment habituel de honte vint la ronger et la força à dépasser Link pour ne pas qu'il voit ses yeux bien trop humides. Zelda prit son cheval par la bride et le tira en direction du chemin retour, le cœur lourd. Encore une fois, elle allait devoir annoncer à son père qu'elle n'était pas prête. Link se lança sur ses pas et fit de même avec Ciaran. Il avait parfaitement compris l'état émotionnel de la princesse. Seulement... Que lui dire ? Tous deux marchèrent le long de la rivière, l'un derrière l'autre. Le silence qui régnait semblait bien plus pesant.

Link observa le dos de l'Hylienne. Il regrettait de ne rien pouvoir faire. Loin devant elle, un étrange mouvement attira son attention même s'il ne discernait rien. Mais son expérience sur le champ de bataille et son instinct ne lui mentaient jamais.

- Votre Altesse, attendez, la pria-t-il avec fermeté après avoir lâché les rênes de son cheval.

Surprise, elle le regarda passer devant elle et dégainer son épée. Aussitôt, un sentiment d'insécurité s'empara de Zelda face à cette situation qui semblait plus dangereuse qu'en apparence. Seulement, Link lui-même ne voyait pas son ennemi. Ce n'était guère rassurant... Lentement, il se baissa pour ramasser une pierre puis il la lança en direction d'un rocher, plus loin. A peine la pierre l'eut-elle heurté qu'une masse bondit vers le prodige en poussant un couinement désagréable. Effarée, Zelda poussa un cri en reculant d'un coup tandis que son cheval se cabrait en hennissant avec puissance, lui aussi effrayé. A l'aide de son bouclier, Link para l'attaque du lézalfos et profita de son déséquilibre pour le pourfendre d'un geste vif et précis. Comment une telle créature pouvait-elle faire le poids face à lui ?

Le jeune homme resta en position de défense sans cesser d'examiner les alentours, à la recherche du moindre monstre. Fort heureusement, le lézalfos semblait être seul. Quand il fut assuré que le danger était passé, Link replaça son épée et son bouclier dans son dos puis il revint vers la princesse.

- Vous allez bien ? s'assura-t-il en remarquant sa pâleur.

- Je... Oui, bredouilla Zelda, encore sous l'emprise d'émotions vives. Merci.

Link la dévisagea un instant sans qu'elle ne puisse lire ses pensées puis il entreprit de rejoindre Ciaran, resté en retrait. Il passa donc derrière la monture de la princesse. Le cheval princier poussa soudainement un hennissement de terreur et donna un violent coup de sabots en arrière, arrachant une exclamation de stupeur à Zelda. Le chevalier reçut le choc de plein fouet dans la poitrine, ce qui lui coupa net la respiration et le propulsa brutalement dans la rivière mouvementée.

- Link ! s'écria l'Hylienne, horrifiée.

Sa monture se mit à sauter sur place en hennissant, encore sous la peur due à la précédente attaque.

- Du calme ! ordonna Zelda en tirant sur la bride. Du calme !

Son cheval se cabra et la fit lourdement tomber au sol, dans une plainte étouffée. La princesse se redressa sur ses coudes, la vue troublée durant quelques instants, jusqu'à ce qu'elle voie son chevalier servant se faire emporter par les eaux agitées. Encore à moitié sonné par le coup de sabots, Link peinait à se sortir de ce pétrin, ce qui alerta d'autant plus la princesse quand elle vit la cascade, au loin. Avec son équipement lourd, il allait vite se fatiguer...

- Link ! l'appela-t-elle en se relevant d'un coup.

La jeune fille s'élança à sa poursuite en courant aussi vite qu'elle le pouvait. Les pierres et les plantes représentaient de véritables obstacles sur son chemin et la forçaient à sauter par-dessus sans lâcher le prodige du regard. Le cœur de Zelda s'accéléra à cause de l'urgence de la situation et des efforts qu'elle fournissait. Mais elle voyait bien que Link ne s'en sortirait pas tout seul... Il ne parvenait même pas à revenir vers la rive, le courant était bien trop puissant ; par moments, sa tête s'enfonçait sous l'eau puis ressortait plus loin. Zelda s'arrêta soudainement devant une liane, s'en empara d'une fine et souple puis tira de toutes ses forces en gémissant. Intérieurement, elle priait les déesses de lui prêter un peu de leur force pour venir en aide à son compagnon. Au-dessus d'elle, une branche craqua et la princesse poussa une exclamation en redoublant d'efforts.

La liane céda tout à coup et Zelda manqua de tomber à la renverse. Sans perdre de temps, elle s'élança vers Link qui n'appelait toujours pas à l'aide. Il voulait s'en sortir seul pour ne pas mettre en danger la princesse.

- Link, attrape ça ! s'écria la blonde en faisant tournoyer l'extrémité de la liane.

D'un geste vif, elle la lança en direction du jeune homme afin qu'elle tombe en aval par rapport à lui. Aussitôt, Link s'en empara et la princesse cessa d'un coup de courir. Mais la force des eaux était telle que Zelda fut violemment tirée en avant et glissa sur le sol terreux et humide de la forêt de Firone. Déroutée, elle poussa un cri en se penchant en arrière pour garder l'équilibre jusqu'à ce que ses pieds rencontrent une roche sur laquelle elle prit appui. Ce fut au tour de Link de s'arrêter brusquement au milieu de l'eau, tiré par la puissante force du courant. Il serra les dents et fournissait un grand effort pour garder la tête hors de la rivière. A chaque instant, des vagues venaient lui fouetter le visage et l'empêchaient de respirer convenablement.

Link jeta un coup d'œil à la princesse et la vit en très mauvaise posture. Elle résistait difficilement à la traction de l'eau et au poids du prodige. Elle aussi allait se faire emporter... Sans hésiter, Link lâcha la liane et fut de nouveau en proie au courant.

- Non ! s'horrifia Zelda en tombant en arrière.

Épuisée, elle ne put que voir son chevalier servant disparaître au bord de l'assourdissante cascade, dans un cri étouffé par le bruit environnant.

- Link !

Zelda émit un gémissement en se relevant, le cœur battant à tout rompre. Elle puisa dans ses dernières forces, courut au bord de la chute d'eau et regarda aussitôt le lac qui se trouvait une trentaine de mètres plus bas. Mais elle ne voyait rien. Aucune trace de son compagnon de route, aucune tache bleue s'apparentant à sa tunique. Horrifiée, La blonde eut un mouvement de recul, les lèvres frémissantes. Tout se chamboulait dans sa tête. Son état était si instable qu'elle ne pensait plus normalement. Et pourtant, de manière machinale, elle se mit à dévaler la pente et à escalader les parois pour atteindre la rive, plus bas.

Link, emporté par un courant sous-marin, se râpa de nombreuses fois contre les roches aquatiques ou même le sol sablonneux au fond du lac. Pour revenir à la surface, il tenta de prendre appui sur la première surface dure qu'il trouva puis il poussa de toutes ses forces en grimaçant. L'eau se calma autour de lui, ce qui lui permit de sortir soudainement la tête de l'eau pour reprendre une grande goulée d'air. Malgré son souffle court et saccadé, il nagea vers la terre, se battant contre le poids même de son équipement. Cela lui parut une éternité alors qu'il ne s'agissait que de quelques minutes exténuantes. Quand le prodige eut enfin pied, il se traina difficilement au sol et se laissa tomber sur la terre sablonneuse de la rive.

Haletant, Link ferma les yeux et resta allongé sur le dos en ahanant. Par les déesses... Plus jamais il ne passerait derrière un cheval aussi instable. Il avait terriblement mal au niveau de la poitrine et une douleur vive se propageait dans l'une de ses jambes. Le prodige entendit des pas patauger dans l'eau, ce qui le fit soudainement se redresser, sur le qui-vive. Ce n'était qu'une hallucination auditive... La nature semblait tourner autour de lui, cela lui provoqua des vertiges et un début de nausée. La douleur que ressentit Link dans sa jambe fut si forte qu'il poussa un cri en basculant sa tête en arrière. Une force s'exerçait sur lui pour le maintenir et le plaquer au sol.

- Link, calme-toi ! lui parvint la voix de la princesse. Je dois nettoyer ta plaie !

Le chevalier ouvrit les yeux et se redressa avec brusquerie, ce qui fit sursauter Zelda. Immédiatement, des maux de tête le firent grimacer et l'obligèrent à se rallonger en poussant une faible plainte. Tout était si vague...

- Les déesses soient louées, ces blessures n'ont pas l'air mortelles, souffla l'Hylienne qui finissait de désinfecter la peau du tibia.

Sa voix créait des échos peu agréables dans la tête de Link. Sans parler de la douleur dans sa poitrine où il avait l'impression de sentir encore les sabots du cheval. Zelda, qui avait dû retirer la botte et relever le pantalon de son compagnon, entoura la plaie dans un bandage en veillant à ne pas trop serrer. Elle se félicitait d'avoir pris avec elle la trousse de premiers secours... Le tout restait qu'il ne fallait pas que cela s'infecte. Elle passa ensuite à la tête du prodige qui s'était ouvert au niveau de l'os zygomatique. Quand il sentit ses doigts l'effleurer, Link eut ce même mouvement de recul que sur la Montagne de la Mort, ce qui dérouta la princesse.

- Allons, ce n'est pas le moment de jouer au dur, le sermonna-t-elle avec un regard sévère.

Link voulut se défendre en disant que ce n'était pas la raison mais elle ne lui laissa pas le temps de répondre quoi que ce soit : Zelda passa un linge humide sur la plaie pour enlever le sang et la nettoyer. Elle se remettait peu à peu des émotions qu'elle venait d'éprouver. La jeune fille avait besoin de tout sauf de cela ! Link se laissait docilement faire en prenant soin de ne pas croiser son regard. Cette situation le perturbait car elle était la fille du roi. Il se sentait mal de l'obliger à toucher un simple roturier comme lui.

- Mettre un bandage serait un peu excessif au vu de la blessure, déclara-t-elle en se calant légèrement. Je vais te donner une compresse et tu appuieras dessus pendant quelques temps.

Le jeune capitaine de la garde opina pour lui signifier qu'il avait bien compris et il attrapa le pansement que lui tendait Zelda. Il s'empressa de le poser contre sa peau. Lorsque la princesse se releva, Link fit de même mais il manqua de tomber à cause de sa jambe. Sa compagne lui prit le bras sans même qu'il puisse réagir et le passa sur ses épaules pour l'aider le temps que la douleur s'atténue. Le blond voulut aussitôt s'écarter, troublé.

- Vous n'y pensez pas ! s'exclama-t-il en trouvant cela presque inconvenable.

Zelda se crispa quand elle comprit enfin pourquoi il réagissait ainsi, et cela l'agaça en plus de l'affecter. Elle inspira profondément puis lui adressa un regard ennuyé.

- Link, cesse tes bêtises sur-le-champ, le prévint-elle avec autorité. Mon titre de princesse ne fait pas de moi quelqu'un d'intouchable. Je suis un être humain comme un autre alors pour l'amour d'Hylia, oublie que je suis la fille du roi le temps qu'on sorte de ce pétrin. Est-ce clair ?

Elle crut voir un semblant de moue sur son visage durant un court instant. Faisait-il l'enfant ?! Zelda l'aida à se relever et son compagnon comprit qu'il allait devoir se déplacer principalement sur une jambe pour épargner de son poids celle blessée.

- Nous devons essayer de rejoindre les chevaux, se lamenta-t-elle en évaluant la hauteur qui les séparait de leurs montures.

- Attendez... souffla Link en portant une main à sa bouche.

Ainsi, il siffla un court air qui laissa la princesse dubitative. Il ne tarda pas à s'expliquer.

- J'ai appris à mon cheval à me rejoindre.

- Je ne pense pas que les chevaux soient assez intelligents pour cela. Regarde autour de toi. Penses-tu vraiment qu'il va réussir à trouver un chemin pour nous rejoindre ?

Link le lui confirma, le visage inhabituellement blême. Au-dessus d'eux, la tête de Ciaran apparut à côté de la cascade et ce dernier les observa jusqu'à les reconnaître. Il disparut presque aussitôt. Le prodige, qui appuyait sur sa plaie au visage, scrutait les environs pour se faire une idée de l'environnement qui les entourait. Il ne lui parut pas hostile.

- Nous devrions nous mettre dans un coin plus sécure, suggéra la princesse en guidant Link vers une petite cavité creusée dans la roche près de la cascade. Si ton cheval parvient à nous rejoindre, nous le verrons bien arriver.

Ils mirent ainsi à l'abri en attendant. Link eut quelque peu de difficultés à s'asseoir à cause de sa jambe mais la princesse l'aida tant bien que mal puis prit place à ses côtés, le regard rivé sur le lac à une quinzaine de mètres d'eux. Le jeune homme poussa un faible soupir presque inaudible. Quelle situation honteuse... S'il n'avait pas manqué de vigilance, Zelda n'aurait pas eu à autant s'inquiéter pour lui et il ne serait pas blessé.

- Quand nous serons au château, nous irons voir directement Impa pour lui parler de ma session de prière, l'informa Zelda en entourant de ses bras ses jambes repliées. Je ne pense pas qu'elle soit ravie de te voir revenir dans cet état... Elle risque de me faire changer de monture.

Ses yeux se plissèrent car cela la peinait. Zelda s'était tout de même attachée à son cheval malgré sa réticence récurrente. Pour passer le temps, elle raconta à son chevalier servant les quelques péripéties vécues avec son destrier. Ses souvenirs restaient globalement heureux, certains parvenaient même à lui arracher un sourire. Elle cessa de parler quand des hennissements se firent entendre à l'extérieur de la caverne. En effet, Ciaran arrivait au galop, suivi de près par le cheval blanc. Zelda aida le prodige à se relever puis elle le conduisit jusqu'à Ciaran pour le hisser dessus. Link insista pour le faire seul et elle finit par s'y plier. La princesse se dirigea vers son cheval, le sermonna à travers quelques phrases et avertissements puis regagna son dos avant de lui ordonner de se mettre en marche.

Ce jour marqua très certainement un commencement sans qu'ils en aient réellement conscience pour le moment. Le début d'une confiance mutuelle.