Code d'honneur du chevalier :
11. Il combat l'injustice et l'inégalité.
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- Un sanctuaire caché, dites-vous ? s'exclama Impa, abasourdie.
Fort heureusement, elle se trouvait dans l'étude de Zelda, il n'y avait personne d'autre. La princesse était rentrée il y a une bonne heure de cela et avait demandé à sa nourrice de la rejoindre dès que possible.
- Il était bien gravé "Sanctuaire de la Renaissance", répéta l'Hylienne en tournant en rond dans la salle circulaire. Je n'ai pas rêvé ... Link peut témoigner. Mais tout ce que j'ai trouvé était étrange.
Elle s'arrêta et ancra son regard dans le sien.
- Nous devons en apprendre plus. Pru'ha peut-elle s'y rendre ?
- Oui, assurément. Une affaire aussi importante ne la laisserait jamais indifférente, lui assura Impa, les bras croisés. Et la tablette aurait réagi à ce lieu ?
Zelda regarda l'objet dont il était question.
- Oui. J'aimerais en savoir plus à ce sujet. Seulement je ne peux pas ... Père ne voudra pas que j'y reparte.
Un voile de peine passa sur son visage dont les traits se contractèrent.
- Il m'a encore réprimandée : "se rendre au plateau du Prélude n'était qu'une perte de temps !" a-t-il dit. Cela n'a pas arrangé mon cas...
- Allons, Princesse Zelda ... murmura sa nourrice en avançant d'un pas vers elle. Je vous en prie, ne perdez pas espoir. Vous donnez tant pour le peuple, vous vous dévouez corps et âme. Grâce à vous notamment, notre technologie a pu être améliorée.
Impa esquissa un sourire bienveillant pour la rassurer.
- Vos efforts seront récompensés. N'en doutez jamais.
Les lèvres de la blonde se pincèrent, ses doigts s'entremêlèrent à cause de la nervosité. Zelda le sentait bien ... Peu à peu, elle perdait l'estime d'elle-même. Et pour la Sheikah, quelqu'un devait à tout prix montrer à sa protégée qu'elle avait tort de penser cela.
- Impa, je ... je vais congédier Link pour la journée. J'ai peur que le voir ne me replonge dans le même état d'esprit qu'auparavant ...
Sa nourrice comprit où elle voulait en venir ainsi que la raison. Voir le prodige de l'épée et se comparer à lui participaient à la souffrance de la princesse.
- Bien, je lui ferai parvenir votre ordre. Je me charge de votre protection pour aujourd'hui. Voulez-vous qu'il mange avant nous ?
Zelda hocha simplement la tête puis se dirigea vers sa chambre. Comment trouver la sortie de ce tourbillon noir qui l'engloutissait chaque jour un peu plus dans la tourmente ?
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Bien entendu, Link resta véritablement sans voix en apprenant le choix de la princesse. Le congédier, par les temps qui courent ? Mais... c'était de la folie ! Même si Impa restait auprès d'elle. Le chevalier servant dut se plier à l'ordre et dédia son temps libre à son entraînement. Aujourd'hui, il s'exerçait au tir à l'arc. C'était une activité qui lui plaisait même si son ancien arc lui manquait. L'équipement dit "royal" ne lui convenait pas vraiment car il le jugeait trop voyant et prétentieux pour un arc de combat. Dans la salle d'armes, Link ne comptait même plus les flèches qu'il déchaînait sur sa cible. Mais au bout d'un moment, ses bras commencèrent à fatiguer et l'obligèrent à arrêter.
Par la suite, Link se rendit à la bibliothèque pour chercher un livre sur les diverses fleurs du royaume. Les princesses de la sérénité ... Voilà bien des plantes qui attisaient sa curiosité. Après une bonne dizaine de minutes de recherches, il trouva un ouvrage intéressant et partit s'asseoir à une table, sous la lueur d'une bougie. Effectivement, les informations sur cette fleur n'étaient pas bien nombreuses. La dauphine en savait plus que le livre. L'une des portes de la grande salle s'ouvrit justement sur cette dernière, Link leva les yeux pour l'apercevoir. Son étonnement fut visiblement réciproque puisque Zelda s'arrêta sur le palier, les yeux écarquillés, resta quelques instants figée puis fit prestement demi-tour, une main posée le long de sa tempe pour cacher son visage. Eh bien... Le jeune homme n'en fut que plus perdu. Il avait beau revoir tous les derniers moments passés ensemble, aucun ne laissait penser qu'il avait fait quelque chose de mal. À moins que ce ne soit dû à sa dernière session de prières infructueuses ? Link haussa légèrement les sourcils, d'un air affecté.
Le Héros avait beau être élu par les déesses, il restait incapable d'accomplir certaines choses. Pour lui, la peine de la princesse demeurait inatteignable. De son côté, la jeune fille passa devant Impa qui la suivait de loin. Cette dernière fut étonnée de la voir revenir sur ses pas.
- Princesse, où allez-vous ? lui demanda-t-elle en accourant derrière elle. Ne deviez-vous pas vous rendre à la bibliothèque ?
- J'ai changé d'avis. Je devrais plutôt aller prier à la cathédrale de la citadelle.
Ce brusque changement de décision dérouta la conseillère du roi car ce n'était point dans les habitudes de sa chère amie de procéder ainsi. Elle accompagna donc Zelda en dehors du château et demanda à une poignée de chevaliers d'être parmi l'escorte. Bien entendu, la prêtresse royale ne passait jamais inaperçue en ville... Elle devint bien rapidement le centre de l'attention. Il y a quelques années de cela, Zelda était heureuse de faire sourire son peuple et leur donner de l'espoir. Mais dorénavant, cet espoir qu'ils attendaient ne faisait qu'accroître le sentiment d'impuissance de la princesse. Les habitants la soutenaient sans même vraiment savoir qu'elle peinait à utiliser ses pouvoirs. Dans la citadelle, des rumeurs commençaient à circuler à son propos depuis plusieurs mois déjà.
Ce jour-là, Zelda ne sourit pas lors de sa sortie, un autre détail qui n'échappa pas à Impa. Si cela continuait ainsi, elle craignait que sa protégée ne puisse définitivement pas utiliser le sceau divin. Seulement à ce jour, il n'existait pas d'autres solutions en dehors des prières.
Le lendemain, Zelda allongea encore un peu le congé de son chevalier servant, au moins pour le reste de la matinée. Encore une fois, le prodige alla s'entraîner. Sur le chemin, il croisa Cassius qui l'ignora royalement. Il n'avait toujours pas digéré l'affront de l'autre jour. Link n'y porta aucune espèce d'attention ; pour lui, ceux qui ne comprenaient pas le rôle des chevaliers ne méritaient pas qu'on leur montre de l'intérêt. Quelques heures plus tard, alors que son ventre manifestait déjà l'envie de se satisfaire avec une belle cuisse de volaille, le jeune homme traversa le grand hall pour rejoindre la partie dédiée aux gardes royaux. Quelle fut sa joie, son soulagement, en rencontrant ses deux amis ! Tous trois se saluèrent chaleureusement. Gautier et son compagnon portaient un équipement léger car ils n'avaient pas de mission particulière ce jour-là. Le grand blond paraissait tout de même un peu irrité.
- Gautier, quelque chose ne va pas ? demanda Link, inquiet de le voir dans cet état.
Il savait que son ami s'énervait bien trop facilement parfois, ce qui était l'un de ses défauts. Le concerné posa ses mains sur ses hanches, les épaules en arrière.
- Conrad, seigneur de la crétinerie, a encore fait preuve d'une intelligence remarquable.
- J'ai abîmé la garde de son épée durant notre entraînement.
- Ma main a failli y passer aussi, ajouta le blond dans un soupir. Il me l'aurait tranchée par la même occasion, cet idiot. Heureusement qu'il paie les frais sinon je l'aurais envoyé faire un tour au fond des latrines du château.
Le brun déglutit. Amusé, Link les regarda cependant d'un air impassible. Tous les deux étaient vraiment inséparables, quoi qu'il arrive. Conrad rétorqua qu'il n'avait pas fait attention à ce moment-là, ses pensées avaient soi-disant dévié sur un domestique qui aurait trébuché dans les environs. Les trois amis partirent alors en direction du forgeron situé au côté sud du château. Brièvement, Link leur apprit qu'il était parti sur le plateau du Prélude la veille. Il y avait rencontré un moine aigri de mauvaise humeur. Son récit eut au moins le mérite de redonner le sourire à Gautier. Plusieurs minutes plus tard, ils arrivèrent enfin chez l'artisan où deux jeunes nobles patientaient devant eux.
- Avec Anaë, nous allons nous marier en mai car c'est signe de bon présage chez les Gerudos, leur annonça Gautier sans cacher un sourire presque niais sur son visage. Je lui ai présenté mes parents, ils s'entendent à merveille.
Conrad croisa les bras en lançant un regard moqueur à son ami, les sourcils haussés.
- Tu nous crois ignares ? On sait bien que chez les Gerudos, le mois de mai représente surtout le mois de la fertilité.
Son camarade s'immobilisa, les yeux écarquillés, puis rougit brusquement en fixant le sol. Il n'était pas le seul embarrassé ; Link montra des signes manifestes de malaise.
- Mais je te taquine, voyons ! rit Conrad en frottant vigoureusement les cheveux du grand blond. T'es vraiment coincé, Gautier...
- Surveille tes propos ou tu risques de ne pas voir le soleil se lever demain, le prévint son ami avec une fausse froideur.
Un semblant de dispute éclata entre eux et Link leva les yeux au ciel en soupirant. Ils n'étaient pas près de changer... Un groupe de nobles rejoignit les deux devant eux sans même prendre la peine de patienter derrière les trois chevaliers. Des gardes royaux de la haute noblesse qui ne se mélangeaient pas avec les autres, par orgueil.
- Vous avez entendu les rumeurs ? demanda l'un d'eux aux cheveux châtains. Ce midi, le roi a encore convoqué sa fille. Ce n'était pas beau à entendre ...
Link tendit une oreille pendant que le camarade du châtain ricana.
- Tu ne nous apprends rien, lui dit-il sur un ton railleur. On sait tous que c'est une incapable qui n'est bonne qu'à perpétuer la famille royale. Elle n'arrête pas de se défendre en prétextant prier mais elle ne fait rien pour éveiller son soi-disant pouvoir. Juste parce qu'elle porte le titre de Princesse, elle pense réussir à nous berner en débitant de lamentables excuses et des promesses aussi inexistantes que son estime portée à son peuple.
Un de ses amis jeta un regard par-dessus son épaule et pâlit en reconnaissant Link dont le visage était le visage sombre. Le garde royal s'approcha de celui qui avait parlé et chuchota quelque chose à son oreille. Le noble moqueur se tourna de moitié pour dévisager Link avant de grimacer avec mépris.
- Je me demande bien ce que le chien de garde de la princesse vient faire ici, dit-il à voix haute pour provoquer, ce qui n'échappa pas à Gautier et Conrad. Cette forge est réservée aux nobles, pas aux bouseux de l'arrière-pays.
- Eh, toi ! l'interpella Gautier qui lui adressa un regard dur. Pour qui tu te prends, au juste ? Tu es en train de parler du prodige hylien !
Le brun retint son ami par les bras pour l'empêcher d'entrer dans le jeu de l'autre noble. Ce dernier toisa froidement le chevalier servant, la tension monta d'un cran dans la forge où l'air chaud devenait de plus en plus oppressant. Le forgeron cessa sa tâche pour observer la scène, dépité.
- Tu parles d'un prodige, continua le provocateur en s'approchant de Link. Ce n'est qu'un benêt muet incapable de décrocher le moindre mot. Il ne sait qu'effectuer les ordres de sa maîtresse, comme un bon chien docile ! Comment pourrait-il sauver Hyrule alors que la princesse ne sait pas utiliser son pouvoir, ni même les Créatures Divines ? En vérité, elle finira par s'enfuir sur leur dos et laisser son royaume être détruit par le Fléau.
Link garda son calme malgré la vive colère qui lui tordait le ventre. De telles paroles ne pouvaient pas rester impunies. Cet ignare ne voyait que ce qui l'arrangeait et il ne faisait que penser comme la majorité, elle aussi très peu renseignée sur tout le travail de la prêtresse royale. Il ne savait pas à quel point Zelda souffrait de sa condition.
- Veuillez retirer immédiatement vos propos, le pria Link avec fermeté.
Le fait qu'il parle sidéra le reste du groupe mais son interlocuteur ne laissa rien paraître.
- Tiens, tu parles finalement, fit remarquer le fier garde royal en croisant les bras. Fais preuve d'obéissance envers la cour et quitte cette forge, gamin.
- Ne m'obligez pas à réitérer ma demande.
Le ton adopté par Link sonna si froid pour Gautier et Conrad qu'ils en furent déroutés. Les paroles de cet homme avaient vraiment affecté leur ami, et à juste titre. Mais il n'était pas en position pour faire face à la Haute. Son titre de prodige ne lui accordait que peu de droits... L'homme plissa les yeux, fort mécontent qu'un fils de roturier puisse lui résister.
- Sinon quoi ? lui demanda-t-il avec hargne. Entendre parler de la princesse te met hors de toi ? Personne ne se sent en sécurité ici ! Regarde autour de toi et dis-moi ce qu'elle fait pour nous. Rien ! Elle ne sait que prier et mentir pour cacher son incapacité.
Les yeux du prodige s'agrandirent et ses doigts manquèrent de se crisper. C'en était trop. L'honneur de la princesse devait être lavé, qu'importe la méthode. Link n'aimait pas se battre contre ses semblables. Mais la cause était bien trop importante pour qu'il laisse les paroles de ce garde impunies.
- Dans ce cas, je vous défie dans un combat singulier, déclara le blond à travers ses yeux d'un bleu glacial. Je crains que vous ayez oublié que je suis votre supérieur, mais cette faute de votre part reste insignifiante face aux propos discriminants que vous avez eus à l'égard de la princesse Zelda. Et si vous persistez à refuser, je n'hésiterai pas un instant à vous souffleter devant tous ces témoins.
Le garde déglutit difficilement en serrant les dents. Pour ... Pour qui se prenait ce gamin qui osait le défier ainsi ? Être souffleté ? Quelle honte, quel déshonneur ! Prodige ou élu de l'épée, cela ne changeait rien ! Seule son arme pouvait faire sa force, pensait le noble. La Lame Purificatrice, l'épée invincible ...
- J'accepte à la condition que tu te battes avec une arme différente de la Lame Purificatrice.
Link fronça les sourcils en se demandant s'il n'avait pas là affaire à un traître agissant contre la famille royale. Mais il accepta tout de même sa proposition. Si cela pouvait lui faire regretter ses mots, alors il le combattrait. Le blond se tourna vers l'un de ses amis.
- Conrad, je te fais confiance. Quelle arme devrais-je prendre ?
Le brun réfléchit un instant puis esquissa un sourire narquois. Oh, il voyait où l'élu voulait en venir.
- Pourquoi pas une épée de bois ? Un équipement à la hauteur de ton adversaire.
Alors que l'homme serra les poings, prêt à riposter, Link échangea un regard lourd de complicité avec son ami bien malgré son expression toujours de marbre. Il ne s'était encore jamais joué de quelqu'un. Alors pour l'unique fois de sa vie, il ferait en sorte de ne pas montrer son plein potentiel dans un duel. Telle serait la punition de cet ingrat.
- Faisons cela. Vous devriez avoir l'avantage, s'adressa-t-il à cet impertinent de noble.
- Vil petit...
Il fut coupé par le forgeron qui s'interposa alors entre eux et les écarta à l'aide de ses bras, le front en sueur.
- Je ne veux pas de problème dans ma forge ! s'exclama-t-il avec fermeté. Allez faire ça dehors, mais pas ici.
Le groupe quitta la structure et se dirigea vers l'une des arènes d'entraînement. Une servante, qui avait assisté à toute la scène, se précipita vers les cuisines royales pour aller chercher la princesse.
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Attablée, Zelda finissait de siroter son thé quand une domestique entra et se présenta humblement à elle, essoufflée. Elle savait que la princesse, d'une grande gentillesse, accepterait de la recevoir pour une telle situation.
- Votre Altesse, c'est ... c'est à propos de votre chevalier servant ! lui annonça-t-elle sans cacher son inquiétude.
Surprise par la raison de sa venue, la princesse s'essuya délicatement la bouche et l'invita à poursuivre.
- Il ... Il s'apprête à combattre en votre nom. Il a défié un garde royal dans un combat à l'épée.
Le visage de la jeune fille resta neutre mais changea peu à peu quand ses yeux s'agrandirent en décryptant ce qu'elle venait d'apprendre.
- Comment ? souffla-t-elle, déroutée. En es-tu sûre ?
- Oui, Princesse.
La domestique s'inclina tandis que Zelda quitta son siège, imitée par Impa qui se tenait quelques pas derrière elle. La servante lui indiqua le lieu où se déroulait le combat et la princesse marcha rapidement, courant presque par moments, vers l'arène d'entraînement. Elle emprunta plusieurs couloirs jusqu'à arriver sur un petit pont reliant le château à la tour où était stocké l'équipement des apprentis chevaliers. Des exclamations lui parvinrent, des cris ou même des rires. Zelda se jeta presque sur le parapet et se pencha pour découvrir les deux combattants en pleine confrontation. Le garde royal s'acharnait sur Link en grognant mais le jeune homme se contentait d'esquiver en tenant son arme. Quand Zelda reconnut l'épée de bois dans sa main, elle ne put s 'empêcher de sourire tant cela lui parut absurde de sa part. L'élu de la Lame purificatrice, combattre avec un tel équipement ? Mais quelle idée...
Link roula sur le côté pour éviter un coup violent, se releva aussitôt puis contre-attaqua en frappant son adversaire au flanc, lui arrachant une plainte étouffée. Gautier ricana car cela lui rappela un souvenir en particulier, mais le garde royal ne se laissa pas humilier davantage. Il trancha plusieurs fois l'air en se ruant sur le blond qui parait du mieux possible avec son arme en bois. Il aurait aimé avoir son bouclier mais son adversaire avait imposé un combat sans. Visiblement, il ne voulait pas que le prodige s'en sorte indemne. Alors qu'il lui assénait un coup droit, Link fit volte-face et frappa au même endroit, envoyant valser le garde royal sous la huée des autres chevaliers et gardes royaux.
L'Hylien leva alors les yeux et aperçut la princesse qui assistait au combat. Link s'approcha un peu d'elle en maintenant le contact visuel puis il leva son épée vers le ciel en ayant un air déterminé. Dans sa poitrine, le cœur de Zelda s'emballa tant elle fut touchée par la portée de son geste. Certes, son chevalier servant se battait pour elle, ce qui au fond n'était pas étonnant au vu de son rôle. Mais il la représentait et défendait certainement ses valeurs. Elle ne connaissait pas les motifs de cette confrontation mais les accusations devaient être lourdes pour que cela finisse en combat singulier. Quand la princesse vit le garde royal s'avancer silencieusement vers Link, elle blêmit et plaqua une main au-dessus de son cœur.
- Attention ! s'écria-t-elle lorsque la peur fit surface.
Link se retourna tout à coup et bondit en arrière pour éviter le coup presque mortel de son adversaire. Pour le jeune homme, le temps paraissait ralentir tant sa concentration était à son summum. Le prodige effectua son attaque circulaire et renvoya puissamment l'homme au sol en lui coupant le souffle. Le garde royal grimaça de douleur et voulut se lever quand un poids s'exerça sur son poignet droit ainsi que sur sa poitrine.
- Vous avez perdu, cette mascarade est terminée, prononça sèchement Link. Maintenant, excusez-vous.
L'homme le foudroya du regard en le maudissant. Quelle inconscience de la part du garde royal d'avoir provoqué le meilleur épéiste du royaume, pensaient ses semblables. Jamais Link, ou un autre chevalier servant, n'aurait accepté que l'on critique leur damoiselle sans même avancer de preuves ou d'arguments. Le jeune homme avait confiance en Urbosa et croyait tout ce qu'elle lui avait dit lors de cette soirée sur Vah'Naboris. Lui-même avait eu la rare occasion de constater toute la volonté, tous les efforts que faisait la princesse pour assumer son rôle. Puisque le garde royal décidait de se plonger dans le silence, Gautier intervint pour qu'il s'excuse.
- Je doute que le roi apprécierait si on lui apprenait que sa fille aurait reçu ... des remarques désobligeantes, lui adressa-t-il pendant qu'il s'accroupissait.
Le noble déglutit puis souffla fortement.
- Qu'il en soit ainsi, cracha-t-il avec mauvaise foi en essayant de se relever. Mais vous ne pourrez jamais me retirer ma liberté de penser.
Link enleva son pied et le laissa se diriger vers le pont où se tenait Zelda. L'homme lui adressa ses plus plates excuses et s'en alla en silence tout en jurant dans sa barbe contre le prodige. Ce dernier le suivit des yeux, les sourcils froncés, puis rentra au château avec ses deux amis qui ne manquèrent pas de le féliciter. Mais peut-être avait-il été trop direct ... Link n'avait jamais rien entendu d'aussi irrespectueux, il n'avait pas envie de parler. Son adversaire n'avait pas respecté le code d'honneur des chevaliers. Et c'était intolérable.
- Link ! l'appela la princesse qui descendait les escaliers, quelques mètres devant eux.
Le chevalier leva les yeux et observa Zelda le rejoindre, affectée par ce qu'il venait de se produire. Conrad se pétrifia quand il reconnut la princesse et il fit aussitôt le salut militaire, imité par Gautier. Encore une fois, les deux amis trouvèrent que sa beauté n'était pas qu'une simple rumeur. La princesse était resplendissante. Conrad jalousa tant le chevalier servant qu'il devait se mordre l'intérieur de la joue pour se calmer.
- Bonjour messieurs, les salua poliment Zelda en optant pour une expression neutre.
Par Hylia ! Conrad crut un instant qu'il allait perdre tous ses moyens et fondre lamentablement devant elle.
- Bonjour Votre Altesse, répond-il en même temps que Gautier.
La blonde reporta son attention sur Link au visage impassible. Il avait récupéré l'épée de légende et abandonné son arme de bois. Le jeune homme gagnait peu à peu une place importante pour elle. Il était vraiment un compagnon hors normes...
- Je ne sais comment vous remercier, commença Zelda en joignant ses mains. On m'a dit que vous vous battiez pour moi.
Link opina et attendit qu'elle poursuive, comme à son habitude. Mais en présence des deux autres chevaliers, Zelda ne pouvait pas parler librement avec lui, ni même le tutoyer. Le fait d'avoir ainsi été défendue lui permit d'oublier son entrevue avec son père et lui remonta le moral, si bien que revoir son chevalier servant maintenant ne la gênait plus. Elle s'excusa auprès d'eux et pria le prodige de la suivre pour commencer les activités de l'après-midi qui se résumaient à retrouver des chercheurs sheikahs pour étudier les Gardiens. Lorsque les deux élus furent assez éloignés, Conrad soupira et passa une main dans ses cheveux.
- Sacré Link, il en a de la chance ... Comment fait-il pour rester insensible au charme de la princesse Zelda ?
Gautier roula des yeux puis esquissa un sourire.
- Tu sais bien que ce n'est pas le genre de garçon à s'attarder sur cela, lui répliqua-t-il en prenant la route pour la salle d'armes. Link agit par désintérêt pour sa propre personne. Et puisque tu as l'air si jaloux, tu n'as qu'à présenter ta candidature pour être prétendant. Avec un miracle, tu deviendras peut-être roi.
Conrad le fixa en plissant les yeux puis il finit par grommeler dans sa barbe.
- Parfois, je me demande vraiment si tu te moques ouvertement de moi ou si tu veux juste m'aider.
Un petit sourire narquois apparut ses les lèvres du blond, cependant il ne le contredit pas, ce qui agaça d'autant plus son ami. Dorénavant assez éloignée et se déplaçant dans un couloir calme, la princesse ralentit l'allure, la tête légèrement baissée. Un court instant, ses lèvres se pincèrent puis elle s'arrêta, observée par son chevalier servant quelques mètres derrière. Zelda lui fit face, les mains jointes, dévia le regard mais le reporta bien vite sur le jeune homme.
- Merci d'avoir pris l'épée en mon nom, répéta-t-elle avec reconnaissance. C'est bien la première fois qu'une personne me défend ainsi.
Il posa une main sur sa poitrine et s'inclina pour témoigner toute sa déférence envers sa damoiselle.
- Je l'ai fait par devoir et conviction, Votre Altesse.
- Je le sais bien, dit-elle à mi-voix en esquissant un sourire réservé.
Link leva les yeux vers elle et constata que la dauphine paraissait bien plus sereine que la veille. Elle demanda les motifs du combat, qui étaient malheureusement bien trop injurieux et péjoratifs pour être dévoilés. Le chevalier voulait la protéger des mots en plus de tout le reste car il savait très bien à quel point ils pouvaient être dévastateurs.
- Tout de même, te battre avec une épée de bois ... soupira-t-elle, faussement épuisée.
- Cela vous a-t-il déplu ? C'est mon ami Conrad qui me l'a conseillée car il jugeait cette arme à la hauteur de mon adversaire.
Fort heureusement pour elle, Zelda savait se retenir de rire quand la situation le demandait.
- Oh, Link ! prononça-t-elle d'un air presque choqué.
Elle croisa les bras comme pour le sermonner.
- Tu n'as pas honte de toi ? As-tu pensé à ce qu'il a pu ressentir ?
C'est alors que Link donna la réponse qui marqua le début d'une forte amitié. Une phrase que la princesse n'oublierait certainement pas de sitôt :
- Et lui ? A-t-il songé une seule seconde à ce que vous pouviez ressentir ?
