Code d'honneur du chevalier :
14. La parole du chevalier est sacrée. Elle ne peut ni ne doit être mise en doute.
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Trois semaines passèrent depuis cette première expérience de méditation. Durant cette période, les journées qui se succédaient restaient presque toutes les mêmes : Link accompagnait la princesse dans ses recherches au sein du château ou dans les environs, ou bien il l'escortait lors des sessions de prière. Il lui arrivait de croiser Gautier et Conrad et de partager quelques instants avec eux, ou alors de voir Cassius qui n'hésitait jamais à faire part de son nouveau poème à la princesse.
Du côté de l'affaire Yiga, les assassins semblaient rester tapis dans l'ombre en attendant le bon moment, si bien que l'enquête peinait à avancer sur eux. Link était toujours vigilant. Quant à sa relation avec Zelda, leurs liens amicaux avaient eu l'occasion de se renforcer au fil des jours. Le fait de rester presque tout le temps ensemble y prêtait bien même si Link n'était pas devenu un grand bavard. D'ailleurs, il avait dû envoyer son uniforme de garde royal au bureau de la Garde car il était devenu trop petit. Fort heureusement, sa tunique de prodige lui allait encore étant donné qu'elle était déjà un peu grande quand la princesse la lui avait donnée.
Cette période de calme aurait sûrement pu durer plus longtemps si une nouvelle vague de monstres n'était pas arrivée par le nord. Pour cette raison, le roi convia tous ses généraux ainsi que Link et ses homologues de la garde royale. Le jeune homme eut l'occasion de mettre son nouvel uniforme à sa taille pour s'y rendre. Cette réunion ne concernait en aucun cas le prodige qu'il était, mais le capitaine. Link en avait conscience et il dût prendre congé auprès de la princesse pour le reste de la journée. Ce fut donc avec une certaine pression que le blond se rendit dans la salle du trône pour y rejoindre ses semblables et ses supérieurs. En tant que prodige, il avait l'ascendant sur tous. Mais en tant que chevalier, cela restait une autre affaire...
Link s'engouffra dans l'immense pièce où avait été installée une table ronde très conséquente. Les domestiques l'avaient sans doute montée durant la nuit pour cet événement si particulier. Aussitôt, l'ambiance lourde frappa Link, les voix des différents officiers ressemblaient à des bourdonnements désagréables et oppressaient le jeune homme. Lui, en guise de défense, il n'avait que son expression impassible. Il prit place sur une chaise au hasard et attendit patiemment le début de la réunion. Peu à peu, les autres hommes firent de même sans pour autant cesser de parler entre eux. La future bataille était au centre de leur discussion. Après de longues minutes d'attente, le roi parut enfin et vint s'asseoir sur une chaise imposante réservée pour sa personne. Aussitôt, tous se turent, prêts à l'écouter :
- Mes chers amis, je déclare ce conseil de guerre ouvert, commença-t-il d'une voix grave.
Certains officiers avaient apporté les feuilles où ils avaient étudié des stratégies, où ils y avaient inscrit le nombre d'effectifs voire l'équipement disponible. Link n'avait rien et, fort heureusement, il n'était pas le seul.
- Hier, nous avons appris l'arrivée de nouveaux ennemis sur nos terres. Plus nombreux, mieux équipés, poursuivit le roi en scrutant ses officiers. Comme les fois précédentes, ils ont décidé de monter un camp provisoire très bien protégé d'après nos éclaireurs. Il semblerait qu'ils veuillent par la suite se séparer et attaquer les villages environnants par petits groupes.
Une vague d'indignation parcourut la trentaine de nobles présents. Encore une fois, ils ne les laisseraient pas accomplir leurs desseins.
- Pour les arrêter, j'ai besoin de vos conseils. Nous ne pouvons pas mener une bataille pareille aux précédentes, ils se sont préparés à cette éventualité.
Un des officiers demanda la parole puis proposa son idée.
- Nous pourrions utiliser nos canons pour faire pression sur eux et les éparpiller. Il ne restera plus qu'à les éliminer.
- C'est impossible, il nous faudrait près d'un jour pour déplacer notre artillerie, le contra un homologue. La quasi-totalité de notre équipement se trouve dans la forteresse d'Akkala, cela prendrait bien trop de temps pour en descendre les canons puis trouver des chevaux pour les tirer.
Le roi frappa sur sa table pour se faire entendre, il regarda celui qui venait de parler.
- Suggérez-vous que nous perdrions du temps ?
- C'est exact, Votre Majesté. Si nous voulons agir vite, nous devons trouver une autre solution.
Un noble d'une trentaine d'années se permit de proposer son idée.
- Envoyons les Créatures Divines, elles seraient bien capables de tous les éliminer.
Aussitôt, la part de prodige en Link s'éveilla, mêlée à la l'indignation. Les envoyer pour cette raison ? Cet homme était fou.
- Les Créatures Divines n'ont pas été conçues dans ce but, répliqua le blond d'une voix ferme. Elles ne doivent pas être déployées pour ce type de combat.
Le roi considéra ses mots, d'autres personnes notèrent ce que venait de dire le jeune capitaine. Ces machines antiques possédaient une puissance destructrice qui devait être utilisée seulement contre Ganon et non contre ses monstres car les dommages collatéraux seraient bien trop importants. Quelqu'un demanda alors quelles étaient les races présentes dans les rangs ennemis. Oswald, qui assistait au conseil, lui répondit :
- Il y aurait des bokoblins, des moblins et des lézalfos pour le moment. Nous estimons leur nombre à quatre cents.
Link émit un faible soupir. Tant qu'il n'y avait pas de lynels... Les chevaliers inexpérimentés ou peu habitués aux combats rudes n'auraient pas fait long feu devant ces bêtes. De plus, mobiliser tous les chevaliers du royaume serait bien inutile au vu des effectifs ennemis.
- Nous n'avons qu'à les attaquer cette nuit pour les prendre par surprise, proposa l'un des généraux à la barbe poivre et sel. Voire incendier leur campement pour les effrayer.
- N'est-ce pas là une méthode barbare ? s'inquiéta un chevalier promu au rang d'officier. Cela va à l'encontre du Code de la Chevalerie...
Son interlocuteur ricana, imité par quelques autres.
- Au diable la chevalerie. En temps de guerre, nous n'avons pas de temps à perdre avec cela.
Certains l'approuvèrent dont discrètement le roi. Link fronça les sourcils : son âme de chevalier ne pouvait donner raison à un homme qui n'avait fait que des études d'officier. Quelle que soit la situation, le code doit être respecté. C'était Karl, son père, qui le lui avait appris. Un débat débuta entre les deux hommes, d'autres gradés les soutenaient et n'hésitaient pas à avancer leurs arguments. Seulement, ce devint un véritable brouhaha qui agaça le roi. Il frappa puissamment sur sa table et somma tout le monde de se taire. Ce n'était pas ainsi qu'ils allaient trouver une solution.
- Attaquer la nuit serait effectivement une bonne idée, trancha-t-il au grand désespoir des chevaliers. Mais nous ne brûlerons leur campement que si la situation devient dangereuse pour nos troupes. Combien d'hommes peut-on déployer ?
- Trois cents seront suffisants, Votre Majesté.
Choqué, Link tourna la tête sur sa gauche pour connaître le visage de celui qui venait de parler. C'était un officier d'environ cinq ans son aîné, à la belle chevelure rousse et à l'allure assurée. Le jeune capitaine n'approuvait pas que leur armée soit en sous nombre par rapport aux ennemis. Certes, c'était des monstres, mais il ne fallait pas les sous-estimer non plus... Le souverain d'Hyrule regarda son nouvel interlocuteur.
- Êtes-vous sûr ? Une différence de cent hommes, c'est considérable à cette échelle, souligna Rhoam Bosphoramus Hyrule.
- Je vous l'accorde, mais nous sommes bien mieux équipés et aguerris qu'eux. La guerre coûte chère, Monseigneur...
- Il a raison, renchérit le précédent général. N'oublions pas que ce n'est pas que par le nombre qu'une armée peut remporter la victoire.
Beaucoup l'approuvèrent et le roi accepta d'envoyer trois cents hommes environ. Il ne restait plus qu'à savoir comment disposer les troupes et quels rôles leur attribuer. Cette discussion leur demanda plus d'une heure de réflexion pour être la plus efficace et stratégique possible. À la fin, il fut conclu que les soldats et chevaliers partiraient à la nuit tombée afin d'éviter tout soupçon de la part des ennemis. Par devoir, Link se proposa pour faire partie des preux envoyés à la bataille et le roi lui accorda cette faveur car il savait qu'il était un atout de taille pour intimider et effrayer l'adversaire.
Tous les officiers se levèrent, saluèrent en même temps leur roi puis quittèrent la salle du trône en discutant de vive voix pour certains. Mais Link restait silencieux et affichait une expression grave. Leur plan d'attaque ne lui convenait pas. Prendre l'adversaire en traître, ce n'était pas et ce ne sera jamais dans ses habitudes. D'un pas soutenu, il s'engouffra dans le premier couloir hors de la salle du trône et se plongea dans ses pensées. Il avait l'impression que cela faisait des années qu'il n'était pas parti au front. Gautier et Conrad allaient sans doute être aussi appelés à combattre.
- Tout s'est bien passé ?
Link sursauta et découvrit la princesse sur sa droite, assise sur l'un des sofas du couloir. La frustration de Link s'évapora et il répondit par un hochement de tête. Pour le moment, il n'avait le droit de ne rien dire à propos du conseil de guerre, Zelda le savait bien. D'ailleurs, le chevalier fut étonné de la trouver ici et de constater qu'elle l'attendait.
- Il faut absolument que tu viennes avec moi, Pru'ha a enfin terminé son étude sur le Sanctuaire de la Renaissance ! se réjouit l'Hylienne en se levant aussitôt.
Sous le coup de sa bonne humeur, elle prit le béret de son ami et le plaça sur sa propre tête. Pris de court, Link entrouvrit la bouche et tenta de le reprendre mais elle fit un pas en arrière, bien décidée à garder l'accessoire quelques temps encore. Vaincu, le chevalier servant soupira et la suivit jusqu'à l'atelier de Pru'ha dans l'aile sud du château. Il espérait que personne ne voit la princesse dans un tel accoutrement car il en serait bien confus... Lui qui voulait se changer le plus rapidement possible, Link allait devoir attendre encore un tout petit peu avant de revêtir sa tunique de prodige.
- Je suis impatiente d'en apprendre plus au sujet de ce sanctuaire, énonça Zelda qui replaçait correctement sa coiffe tombant un peu trop sur le côté. Je ne pense pas qu'il soit d'une grande aide pour notre combat contre Ganon, mais qui sait ?
Cela faisait plaisir de voir la princesse aussi heureuse à ce propos. Son grand intérêt pour l'ancienne technologie sheikah la poussait à tout donner d'elle-même et à s'investir encore plus pour son peuple. Après quelques minutes de marche, ils parvinrent enfin à l'atelier de Pru'ha qui les accueillit avec joie. Il y avait des matériaux partout dans la pièce, le sol était recouvert en grande partie de feuilles esseulées ou même de vis. Dans tout ce désordre, la Sheikah les pria de s'asseoir sur les deux seuls tabourets mis à disposition. Quand la chercheuse eut le dos tourné, Link s'empressa de retirer le béret de la tête de Zelda et le replaça sur la sienne. La blonde le regarda avec une certaine déception mais ne put rien dire car Pru'ha commençait son explication.
- Je sais que j'ai pris plus de temps que prévu pour vous convoquer, mais ces trois dernières semaines m'ont permis de pouvoir pleinement réfléchir et de me plonger dans le sujet, commença la jeune femme en mettant ses lunettes rondes. Si vous le voulez bien, je vais débuter.
Elle se racla la gorge, une main devant la bouche, puis se pencha sur ses parchemins afin d'y lire ses notes.
- Le Sanctuaire de la Renaissance ne date pas d'il y a dix mille ans, comme on pourrait le supposer, mais d'une époque encore plus antérieure. Je ne peux pas donner une date précise car je n'ai aucune information sur le sujet.
- Comment peux-tu affirmer qu'il soit plus ancien, dans ce cas ? la questionna Zelda, sceptique.
Pru'ha esquissa un sourire satisfaisait car elle aimait qu'on lui demande des explications.
- La courbe des caractères hyliens gravés sur les parois. Je peux vous assurer que depuis dix mille ans jusqu'à aujourd'hui, nous n'écrivons plus comme ça. J'ai déjà eu l'occasion d'étudier de très vieux textes sur des stèles. Mes connaissances ne me trompent pas.
Zelda en fut enchantée. Un jour, elle aussi étudierait les anciennes écritures : elle les trouvait riches et instructives. Seulement, c'était si rare d'en trouver que ce rêve pourrait ne jamais voir le jour.
- Dans l'unique pièce du sanctuaire se trouve un socle où nous pouvons mettre la tablette que vous portez à votre ceinture, Princesse, poursuivit Pru'ha de nouveau très concentrée. Ainsi, elle permet de transmettre des informations à la base centrale qui se trouve juste au-dessus de la cuve.
Elle changea de parchemin et le montra aux jeunes élus. Ils purent en effet revoir le mécanisme imposant.
- Je me suis longtemps demandée ce que cela signifiait, avoua la Sheikah en se grattant le menton une fois la feuille reposée. Au vu de la taille de cette "tête de champignon", il y avait forcément une explication. En l'inspectant de plus près, j'ai découvert des gouttes qui s'en écoulaient de temps en temps. Elles émettaient une faible lueur bleutée.
- Étrange, commenta Zelda en fronçant les sourcils.
Elle ne se souvenait pas d'en avoir vu, et Link non plus visiblement. La chercheuse passa sur son carnet de notes.
- J'ai alors fait une expérience.
Les deux jeunes gens furent d'autant plus attentifs.
- Pourquoi ce lieu s'appellerait-il "Sanctuaire de la Renaissance" ? Un nom peu commun, il faut se l'avouer. Je me suis coupée la peau de la main avec mon couteau, une fine égratignure, rassurez-vous. Puis je l'ai placée sous le chapeau de champignon et j'ai attendu la prochaine goutte. Voyez par vous-même.
La jeune femme leur tendit sa main en souriant d'un air triomphant. La peau était intacte : aucune cicatrice n'y figurait. Zelda et son chevalier servant comprirent et furent sidérés. Par quelle magie ?!
- Incroyable... souffla la princesse, les yeux pétillants d'admiration. Alors cela voudrait dire...
- Oui, la coupa Pru'ha en revenant se caler dans son siège. L'eau qui s'en échappait peut guérir. La tablette doit certainement permettre d'ajuster le volume en fonction de la blessure.
Cette découverte majeure pouvait changer le cours des choses ! Mais comment ce lieu a-t-il fini par disparaître et être oublié ? Un tel trésor, pourtant...
- Je pense qu'il pourrait ramener quelqu'un à la vie, annonça lourdement Pru'ha dont le sérieux fit frémir la princesse.
Ramener quelqu'un... à la vie ? C'est impossible, cela allait contre les lois de la Nature. L'air autour d'eux se densifia car l'enjeu était de taille. Cela signifiait que si le Sanctuaire de la Renaissance était exploité par une personne mal intentionnée, les retombées pourraient être désastreuses.
- Mais ce ne serait pas sans conséquence, ajouta la Sheikah en se levant pour ranger ses parchemins sur une étagère. Certes, je n'ai reçu qu'une goutte. Mais durant une courte seconde, je me suis sentie perdue.
Elle s'arrêta dans son mouvement, l'expression grave. Elle sentait que les deux Hyliens attendaient des éclaircissements de sa part.
- Comme si j'avais oublié où j'étais et ce qu'il m'était arrivé.
- Tu es sûre ? s'inquiéta Zelda en se prenant les mains. Cela me paraît difficile à croire...
Pru'ha secoua la tête puis plongea son regard dans le sien. On pouvait y déceler la plus grande des sincérités.
- J'ai perdu la mémoire le temps d'une inspiration. Ce n'est pas anodin, nous devons prendre cette affaire avec beaucoup de précaution.
Elle revint s'asseoir à son bureau.
- À petite dose, les effets secondaires sont bien ridicules. Mais imaginez à la dose maximale.
Les lèvres de la princesse se décollèrent quand elle comprit. Link fut plus rapide qu'elle pour apporter la réponse :
- Ressusciter un être vivant...
La jeune femme opina pour l'approuver. Utiliser le Sanctuaire de la Renaissance au summum de ses capacités. Réinsuffler la vie à quelqu'un.
- D'où le terme de Renaissance, sous tous ses sens. L'individu risque de perdre sa mémoire pour une très longue durée, c'est certain, dit Pru'ha qui appréhendait grandement ce cas-là. Certes, il sera guéri s'il est mort d'une blessure. Mais à quel prix ? De plus, je ne sais combien de temps peut prendre une guérison complète. Peut-être une semaine ? Sans parler des problèmes éthiques que cela poserait.
En effet, ils ne pouvaient pas exclure la possibilité où de nombreuses personnes viendraient rapporter leurs morts pour retrouver les êtres qui leur étaient chers. Mais pourquoi ramener telle personne à la vie, et pas à une autre ? Cela engendrerait la discorde.
- Nous devons garder ce lieu secret, décréta la princesse avec fermeté. J'accorde ma confiance au clan Sheikah, ce lieu vous appartient donc il est légitime que vous connaissiez son existence. Mais les autres Hyruliens...
- Mieux vaut qu'ils ne sachent rien. Je demanderai audience avec le roi, votre père, pour lui annoncer cette découverte majeure. Je ne peux pas lui cacher un tel lieu...
Zelda acquiesça pour l'approuver. Elle était certaine que son père n'en parlerait à personne. Peut-être qu'un jour, ce sanctuaire aurait son importance ? Et pour quelle raison ? Il fut donc décidé qu'il soit utilisé en dernier recours si la situation devenait critique. Pru'ha approuva cette sage décision. Elle se demandait tout de même pour quelle raison il avait été construit, et surtout pour qui ? Combien de personnes furent sauvées grâce à ses soins ? Combien de vies épargnées ? La princesse la salua chaleureusement puis quitta la pièce, songeuse. Elle aurait vraiment aimé y retourner pour voir d'elle-même les effets curatifs du sanctuaire, mais cela lui était impossible pour le moment.
- Votre Altesse, nous devrions prévenir Dame Impa, lui conseilla Link quand ils furent dans le couloir.
- Ne t'inquiète pas, elle est déjà au courant.
La blonde jeta un regard par-dessus son épaule et l'observa un instant.
- Que penses-tu de cette entrevue ? Personnellement, sans que je ne comprenne pourquoi, cela m'effraie...
Les sourcils du jeune homme se haussèrent pour manifester son étonnement et son incompréhension.
- Cela vous effraie ? répéta Link comme s'il n'était pas sûr d'avoir bien entendu.
Zelda hocha la tête et reporta son attention sur le fond du couloir, devant eux.
- Oui, car si nous venions à utiliser ce sanctuaire... cela signifierait que nous connaîtrions une perte importante. Je ne voudrais pas que ce soit mon père... J'en mourrais de chagrin.
Un frisson passa dans le dos de Link quand il repensa à la mort injuste et terrifiante de la reine. Il pouvait comprendre à quel point la perte du roi pourrait être une tragédie pour la damoiselle.
- Votre père est entouré de chevaliers et soldats compétents, lui assura Link avec sincérité. Je doute qu'il puisse lui arriver quoi que ce soit.
- Moi aussi, j'en doute. Seulement... je me dis que nous ne sommes à l'abri d'aucune éventualité.
Et Link l'entendait très bien, surtout avec tous les traîtres qui infiltraient le château. Il ne sut pas quoi répondre à la princesse donc il resta silencieux. C'était peut-être prétentieux de sa part, mais au moins le prodige était certain que, grâce à son escorte, la princesse n'aurait jamais besoin d'être emmenée au Sanctuaire de la Renaissance. Car la protéger était une nécessité pour le royaume, et aussi son devoir.
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- Allez, en route ! tonna un officier sur son cheval. Nous n'avons pas de temps à perdre !
La nuit était tombée depuis plusieurs heures, les chevaliers et soldats avaient préparé leur monture pour la traversée nocturne vers le nord. Link portait son armure et avait sanglé la Lame Purificatrice dans son dos, comme à son habitude. Il ressentait un léger stress car il n'avait jamais combattu de nuit. De plus, l'air s'était bien refroidi malgré les températures du début de mai. Les soirs restaient frais et le prodige avait dû mettre sa cape pour se protéger du vent mordant. Il se tenait au milieu des autres cavaliers, presque en première ligne. Puisque l'ordre venait d'être donné, il poussa une petite exclamation et Ciaran se mit en route avec ses semblables. Cette brave bête allait encore devoir affronter les champs de bataille et les cris de souffrance. Link se préparait déjà psychologiquement à voir des hommes mourir autour de lui. Ce ne serait pas la première fois, hélas... Mais c'était la dure réalité. Heureusement pour lui, Gautier et Conrad n'avaient pas été choisis parmi les trois cents preux pour aller combattre. Au moins, Link était certain de les revoir en vie une fois rentré au château.
Avant de dépasser les lourdes portes qui menaient à la citadelle, le jeune homme se retourna pour épier les diverses lumières provenant de la forteresse. Après quelques secondes d'observation, il détourna le regard et entra dans un état d'esprit à l'écart de tout. Dorénavant, il n'y avait que la bataille qui importait et rien d'autre.
Cette nuit-là, dans la partie nord d'Hyrule, les crissements des épées, les hurlements de rage et de douleur emplirent les plaines et tinrent en éveil la faune environnante qui s'y était familiarisée au fil des années. Le combat avait débuté une heure avant le lever du jour car le voyage des chevaliers fut long. Au retour, leur nombre avait grandement diminué. Près d'une centaine d'hommes manquait à l'appel et tous les survivants avaient au moins été blessés une fois. La bataille fut éprouvante pour eux, les monstres s'étaient montrés bien plus coriaces que les fois précédentes.
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Zelda se coiffait quand elle entendit les cors résonner au loin. Elle fut tant intriguée qu'elle se leva et découvrit de son balcon les troupes qui revenaient de leur combat nocturne. La princesse en fut sidérée car personne ne lui avait dit qu'une bataille devait avoir lieu cette semaine-là. Quand étaient partis les chevaliers ? La nuit semblait être la seule réponse sensée. L'Hylienne s'empressa de terminer sa toilette matinale et se précipita hors de ses appartements où devait normalement l'attendre Link s'ils n'avaient pas pris leur petit-déjeuner ensemble. Mais cette fois-ci, il n'y était pas. À cause du Sanctuaire de la Renaissance, Zelda s'imagina les pires possibilités et courut à travers le château malgré les regards critiques de ceux qu'elle croisait. Elle se dirigeait vers les écuries des officiers de la Garde.
De loin, elle l'aperçut et ralentit sa marche tandis que ses doigts se crispaient, très mécontente de ne pas avoir été avertie. D'un pas presque rigide, elle s'avança vers lui sans même se préoccuper des écuyers qui retiraient les harnachements des premiers chevaux arrivés. Link la remarqua et se pétrifia face à son expression.
- Puis-je savoir pourquoi tu ne m'as rien dit ? lui demanda-t-elle avec une pointe de reproche. J'entame tout juste ma journée et je vois des chevaliers revenir, certains dans un état critique !
Le blond frotta nerveusement son canon d'avant-bras, mal à l'aise. Il aurait bien voulu, mais il n'en avait pas eu le droit jusqu'au bout. Zelda remarqua le gros hématome présent sur son cou, ce qui la rendit pantoise.
- Que t'est-il arrivé ? souffla-t-elle en fixant la marque violette et conséquente.
Aussitôt, Link porta la main dessus pour la dissimuler.
- J'ai reçu un coup de massue en affrontant un moblin... Dans un moment d'inattention, ajouta-t-il.
- Un coup de... massue ?
Les bras de Zelda lui en seraient tombés ! Qui pourrait survivre à une telle attaque ? Fort heureusement, l'armure possédait une très bonne résistance. Face à son incompréhension et à son choc, le jeune homme compléta son explication :
- Mon heaume et mon gorgerin ont pu atténuer le choc.
- Remercie les déesses de ne pas avoir eu l'échine brisée ! s'emporta Zelda. Tu sais mieux que quiconque à quel point nous avons besoin de toi, alors pourquoi avoir risqué ta vie pour cette bataille ?
Link posa sa main au-dessus de son cœur et créa un bruit métallique.
- Car c'est mon devoir, Votre Altesse. J'ai voulu devenir chevalier pour cette raison précise.
Cet argument suffit à Zelda pour qu'elle regrette immédiatement sa question. Elle se sentit même idiote sur le moment. Venir voir son ami et lui reprocher des choses inutiles à peine sorti d'un combat éreintant... Quelle imprudence de sa part. La princesse se fit plus petite.
- Excuse-moi, Link. Tu dois être exténué et je viens t'insupporter avec des caprices indignes d'une princesse...
Elle ne lui laissa pas le temps de répondre et partit rejoindre ses appartements pour se préparer aux activités de la journée. Link n'attendait pas des excuses de sa part car il n'avait nullement été blessé. Au contraire, son inquiétude l'avait touché. Décidément, il y avait encore un petit souci de communication entre eux... Le chevalier eut un sourire qui témoignait d'un malaise presque enfantin. Voilà encore une chose qu'il allait devoir travailler pour les semaines futures.
