Ce jour-là, Link entreprit de rejoindre la princesse qui se trouvait à la bibliothèque avec sa nourrice. Sur son chemin, il croisa la route de Cassius dont le dos soutenait un sac gros et lourd en plus de son habituel accordéon. Quand ils furent au même niveau, le poète sheikah s'arrêta, replaça correctement une des bretelles sur son épaule et s'adressa au Héros.

- Je perçois de l'étonnement dans ton regard, prodige des Hyliens, bougonna-t-il en croisant les bras. Tu te demandes où je m'en vais, ainsi équipé ?

Le blond acquiesça et prit soin de lui accordait une expression impassible. Pourtant, il ne considérait pas Cassius comme un rival vis-à-vis de Zelda. Link n'avait pas le cœur à cela.

- Je pars en voyage à travers Hyrule ! se réjouit son interlocuteur sans cacher sa joie. La princesse en personne m'a donné une mission dont elle ne peut plus se charger : trouver et percer les énigmes des sanctuaires de notre beau royaume.

Link fut d'autant plus surpris de l'apprendre. Mais après tout, si cela pouvait rassurer et aider la princesse, il n'y voyait aucun mal, au contraire. Le chevalier lui souhaita tout de même un bon voyage puis il passa son chemin en esquissant un petit sourire. L'implication du poète était notable, Link ne pouvait le nier. D'un pas soutenu, il se rendit à la grande bibliothèque, dépassa les portes menant au premier étage puis se posta devant le balustre pour chercher sa damoiselle du regard. Zelda avait pris place dans un coin un peu à l'écart dans le but de bénéficier d'intimité et de discrétion. Sa nourrice se tenait devant elle. Le jeune capitaine descendit rapidement les escaliers pour la rejoindre et se plaça à côté de sa table, prêt à recevoir les ordres du jour. La blonde leva la tête vers lui et ses lèvres s'étirèrent quand elle le reconnut, témoignage de sa bonne humeur.

- Tu as pu terminer ce que tu voulais ? se renseigna-t-elle en refermant le livre dont elle déchiffrait les lignes quelques instants plus tôt.

Link remarqua que le titre s'apparentait à de très anciennes méthodes de prière.

- Oui, répondit-il en effectuant un pas sur le côté lorsque la princesse se releva, imitée par Impa.

- Je vais vous laisser, déclara cette dernière en s'inclinant humblement devant la future souveraine. Avec Oswald, nous devons nous concerter à propos de la prochaine livraison d'armes.

Les deux jeunes gens opinèrent puis la suivirent du regard jusqu'à ce qu'elle quitte l'immense salle. Zelda émit un soupir et proposa à son ami de sortir pour profiter des jardins de la bibliothèque avant de retourner prier. Dehors, les petites allées tracées parmi les parterres de fleurs se trouvaient entre deux niveaux de dénivelés, il n'y avait donc que la bibliothèque qui permettait de rejoindre ce havre de paix. Les deux élus prirent place sur un banc en veillant de garder une distance convenable entre eux.

- Dans quatre jours, j'aurai dix-sept ans, énonça-t-elle plus pour elle-même que pour Link. Je pourrai enfin me rendre sur la montagne de Lanelle sans offenser la déesse Nayru.

Zelda cessa de parler quelques secondes afin de laisser une brise effleurer son visage.

- Tu connaissais déjà cette coutume, je suppose.

Le blond posa ses yeux bleus sur son amie pour comprendre les sentiments qui l'habitaient à ce moment précis. Il répondit simplement :

- En effet, ma mère m'en avait parlé quand j'étais enfant.

Elle hocha doucement la tête.

- Link, tu es plus âgé que moi, n'est-ce pas ? Tu pourras m'accompagner à la source.

Étonnamment, cette remarque parvint à accélérer le cœur du jeune homme qui détourna aussitôt la tête.

- Je suis né en avril. D'après le médecin d'Elimith, je suis un prématuré... lui apprit-il en fixant l'eau du lac en-dessous. Je n'étais pas un très gros nouveau-né, mes parents ont eu peur que je ne survive pas.

- Mais tu es encore là, aujourd'hui. Peut-on considérer cela comme un miracle ?

Ce fut au tour de Zelda à le dévisager, un sourire en coin. Elle avait vraiment un compagnon hors du commun. Link se frotta le bras.

- Le miracle, c'est plutôt d'être devenu capitaine de la garde royale, prodige puis chevalier servant de la princesse en personne... rectifia-t-il à travers un rire nerveux. Je suis parti de très bas. Je n'étais qu'un simple villageois avant de tirer la Lame Purificatrice de son socle.

- Alors tu peux être fier de tout ce chemin parcouru, Link. Tu as tant donné pour en arriver là, c'est remarquable. Tu deviendras un exemple à suivre pour les générations futures !

- Je ne veux pas de ça, Votre Altesse.

La gloire et l'honneur restaient les dernières choses dont il avait besoin.

- Je désire mener une vie simple, compléta-t-il en esquissant un sourire à son tour. Dans un environnement tel que le château, je ne m'épanouirai jamais pleinement.

- Je te comprends, assura-t-elle en reportant son regard sur les monts, au loin. Après tout, nous avons grandi dans des atmosphères bien différentes, toi et moi.

La princesse se leva en tapotant sur sa robe pour faire disparaître les mauvais plis puis elle jeta un coup d'œil vers la forteresse.

- Il est temps pour moi d'aller prier. Père ne tolèrerait aucun retard de ma part.

Tous deux revinrent dans l'enceinte du château en direction des appartements de Zelda ; elle devait se changer pour méditer dans de bonnes conditions. Link la suivit dans les couloirs, comme à son habitude. Lorsqu'ils approchèrent des quartiers des gardes royaux, un valet interpella le capitaine et accourut vers lui pour lui remettre un petit colis empaqueté dans un tissu coloré. Link le pria de le déposer dans sa chambre car il ne pouvait pas s'en occuper pour le moment.

- Qu'est-ce donc ? lui demanda Zelda en reprenant leur marche.

- Ma mère m'a sans doute envoyé quelque chose.

La princesse prit cette réponse telle quelle mais ne souhaita pas en connaître davantage. Oh, en vérité, Link savait très bien ce qu'il se trouvait dans ce paquet. Et il ne provenait certainement pas d'Elimith. Dans les couloirs, le chevalier marchait tête baissée pour cacher sa confusion. Il ressentait même un léger stress lui tirailler le ventre. Ils finirent par rejoindre le temple royal une fois que la princesse fut apprêtée. Comme à l'accoutumée, elle entama sa médiation dans un lourd silence au centre de cet espace frais et humide.

oOo

Trois jours s'écoulèrent durant lesquelles les chercheurs sheikahs parvinrent à contrôler presque parfaitement les Gardiens. Cette annonce eut le mérite de donner du baume au cœur à Zelda. Elle avait notamment reçu une lettre de la part de Mipha qui la remerciait mille fois d'avoir optimisé Vah'Ruta. Mais, étrangement, son courrier paraissait plus froid que les autres fois. La princesse hylienne interprétant cela comme un certain stress de sa part au vu du retour prochain de la Calamité. Mais d'autres nouvelles, bien plus sombres et inquiétantes, parvinrent jusqu'au roi : une autre armée commençait à se former encore une fois au nord d'Hyrule, place que semblaient privilégier les créatures maléfiques depuis quelques années. Rhoam Bosphoramus ordonna à ses généraux de préparer une potentielle future attaque en prenant soin de ménager les hommes et le matériel ; ils pourraient tester la puissante de frappe des Gardiens. Link en fut informé mais son sort n'était pas encore décidé car ses supérieurs hésitaient à l'envoyer à la bataille. Ils craignaient que le Héros se blesse et ne puisse plus se battre par la suite.

Ce jour-là, Faras devait justement livrer ses nouvelles armes au château afin d'équiper efficacement les gardes royaux contre le Fléau. Grâce à l'échantillon de corruption que lui avait envoyé la princesse, il avait pu tester leur efficacité à lutter contre Ganon. Plus aucun doute possible n'était tolérable : ses armes leur donneraient un avantage supplémentaire. Zelda décida d'aller l'accueillir comme il se doit aux portes de la ville, notamment car le chercheur sheikah participait beaucoup aux avancées technologiques. Avec Link, la princesse traversait une énième fois le grand hall avant de s'engouffrer dans le couloir menant à la sortie du château.

- Eh, Link ! l'interpella Conrad, jusqu'alors accoudé à un mur à côté de Gautier.

Le capitaine de la garde tourna la tête pour les voir. Il s'excusa auprès de la princesse puis trottina vers son ami afin d'écouter ce qu'il avait à lui dire. Cela faisait plusieurs jours qu'ils ne s'étaient pas croisés depuis que Link s'était énervé. Conrad croisa les bras et afficha un sourire espiègle. Apparemment, il avait déjà tout raconté à Gautier sans omettre de détails.

- Où est-ce que vous allez ? demanda ce dernier en désignant implicitement la fille du roi.

- Nous nous rendons en ville pour accueillir un chercheur sheikah. Un stock d'armes anti-Fléau va être livré aujourd'hui.

Le brun haussa un sourcil. Les simples chevaliers n'en avaient pas été tenus au courant.

- Vraiment ? Enfin bon, tu nous en diras plus la prochaine fois.

Conrad soupira en laissant ses bras tomber le long de son corps.

- Je suis déçu, dit-il en mimant une moue. Je pensais que tu allais déclarer ta...

Link et Gautier plaquèrent soudainement leur main sur la bouche du chevalier pour le couper avant qu'il ne soit trop tard. Le cœur du Héros s'emporta tout à coup car la princesse n'était qu'à quelques mètres et suivait sans doute leur conversation depuis le début. Le prodige fusilla son ami du regard pour le dissuader d'en dire plus. Zelda, en effet, fut déstabilisée par le mouvement brusque de son chevalier servant ainsi que de Gautier. Déclarer sa... sa... Non, elle ne devait rien s'imaginer de trop extravagant. Il était question de Link, tout de même.

- Je crois que nous sommes attendus quelque part, Conrad, articula Gautier en se reculant avec le prodige pour le laisser respirer correctement. N'est-ce pas ?

Le chevalier brun dut se retenir de ricaner. Voir son plus jeune ami dans un tel état de confusion l'amusait beaucoup, il devait le reconnaître. Pour autant, Conrad n'était pas assez fou pour trahir les sentiments de Link. C'est pour cela qu'il salua le duo puis quitta les lieux en souriant de toutes ses dents. Gautier s'excusa auprès de la princesse puis accourut derrière Conrad avant de lui donner une tape sur l'épaule.

- Abruti, entendirent les deux élus.

Gautier n'était vraiment pas content... Il avait trouvé l'intervention de son compagnons d'armes terriblement déplacée et honteuse. Dévoiler son ami de la sorte, quel irrespect ! Link passa son bras sur sa nuque en signe manifeste de nervosité puis proposa à sa damoiselle de reprendre la route en direction de la citadelle. Celle-ci approuva et s'empressa de sortir du château. Tous les moments en dehors de ses murs représentaient pour elle une courte évasion et une liberté désirée, Zelda inspirait enfin un air plus pur et profitait du soleil chaleureux. Les rues n'étaient pas si fréquentées cet après-midi-là, sûrement car les Hyliens priaient à la cathédrale suite à l'annonce de l'armée ennemie. Le duo coupa par la place centrale puis retrouvèrent le Sheikah à la porte Est de la citadelle, accompagné d'un lourd charriot. Quand il les vit, Faras posa les mains sur les hanches en leur offrant un sourire satisfait.

- Bonjour Princesse Zelda, chevalier Link ! les salua-t-il avec une gaité rassurante. Merci d'être venus m'accueillir.

- Bonjour, Faras. Je vous remercie pour votre déplacement.

Il s'inclina humblement, touché.

- Je suis honoré de pouvoir contribuer à la protection du royaume grâce à mon travail. Avec l'aide de forgerons gorons, j'ai pu fabriquer une centaine d'épées anti-Fléau, presque le double d'arcs ainsi qu'une cinquantaine d'espadons et lances. D'autres armes sont en cours de fabrication mais cela demandera encore quelques temps, j'en suis désolé...

Pendant qu'il parlait, Link regardait le contenu de la charrette et admirait la multitude d'armes entreposées et scintillant sous les rayons du soleil. Seules leurs couleurs les différenciaient de l'équipement royal.

- Ce que vous avez fait est remarquable, Faras, le complimenta la princesse avec sincérité. Ce stock nous sera nécessaire et utile, je n'en doute pas une seconde. Venez, je vais vous guider jusqu'à notre réserve. Vous serez pris en charge par des chevaliers et des gardes royaux pour vous aider à tout transférer.

- Ah, Princesse, vous m'enlevez une sacrée écharde du pied ! Pourrai-je aussi voir Pru'ha ? Je comptais rester un jour ou deux au château pour lui rendre visite, ainsi qu'à Dame Impa.

Zelda le lui accorda car il le méritait amplement. De plus, elle ne doutait pas un instant que Pru'ha serait ravie de le voir. Le Sheikah empoigna la bride de son puissant buffle puis ils repartirent vers la forteresse en discutant de vive voix à propos des Gardiens. Il tardait à Faras de voir l'évolution faramineuse de ces machines hors du commun en plus de leurs capacités. Tous trois se rendirent dans la cour de l'aile ouest du château où avaient lieu tous les essais. Pru'ha s'y trouvait justement, un carnet de notes à la main ; elle notait tous les défauts afin d'y pallier plus tard. Faras bondit sur elle afin de l'étreindre avec fougue mais elle se décala sur le côté pour le laisser s'écraser au sol sans aucune classe. Imperturbable, la jeune femme replaça ses lunettes sur son nez et reprit sa notation.

- Pru'ha... se lamenta le chercheur en se relevant.

Il grimaçait de douleur tandis que Zelda assistait à leurs retrouvailles avec quelque peu de réserve.

- Je peux savoir ce que tu fais ici ? lui demanda Pru'ha avec une pointe d'agacement. Je t'ai dit que je ne voulais plus te voir.

- Mais c'était il y a un an !

Elle haussa les épaules et marcha vers l'un des Gardiens sans lui prêter plus d'attention. Faras maugréa après lui avoir emboité le pas.

- Tu pourrais au moins prendre de mes nouvelles, se plaignit-il en croisant les bras. J'ai fabriqué un tout nouveau type d'armes pour lutter contre le Fléau !

- Impressionnant.

- N'est-ce pas ! Je suis aussi en train de mettre au point une nouvelle technologie, mais je rame dans mes recherches.

- Ah bon.

Pru'ha fit un signe au Gardien, celui-ci pointa alors son rayon rouge sur le Sheikah en chargeant son attaque. Les poils de Faras se hérissèrent quand il comprit ce qui allait se passer.

- Mais qu'est-ce que tu fais ?! s'écria-t-il en se jetant au sol avant le moment fatidique.

Aucun laser ne sortit du Gardien, seul un lourd silence persista après le bond du chercheur. Même Link et la princesse avaient pensé qu'une attaque aurait lieu. Pru'ha éclata de rire face à l'expression terrifiée de son homologue au visage blême. Au sol, il serra les poings en fronçant les sourcils puis se releva dignement en époussetant son pantalon.

- Toujours aussi vicieuse, à ce que je vois. Au lieu de te moquer, montre-moi plutôt comment s'utilisent les Gardiens !

- Je viens de le faire, répliqua-t-elle en souriant malicieusement. Tu veux recommencer ? Cette fois, je peux réellement activer l'attaque si tu aimes les sensations fortes.

Faras frissonna puis balaya l'air de la main pour refuser.

- Sans façon, merci.

Il tourna la tête pour s'adresser au chevalier.

- Noble Link, voulez-vous faire une démonstration avec l'une de mes épées anti-Fléau ?

Le visage du blond se durcit aussitôt. Visiblement, cette proposition lui déplaisait, Zelda le remarqua aisément.

- Je n'aime pas m'offrir en spectacle.

- Mais... Au moins quelques mouvements... le supplia le Sheikah d'une petite voix.

- Non, demandez à quelqu'un d'autre.

Link ne reviendrait pas sur sa décision, sa réponse était ferme et sans équivoque malgré le désappointement du Sheikah. Sans plus tarder, Zelda interpella quelques chevaliers qui passaient par là et les pria de décharger la charrette sous les indications de Faras. Par la suite, la princesse fut contrainte de poursuivre ses activités journalières habituelles, elle salua les deux chercheurs puis s'en alla d'un pas soutenu. En conséquence d'une question de son homologue, Pru'ha l'informa à propos du manque d'amélioration du côté de la prêtresse royale. Le roi lui avait interdit de voyager et d'approfondir ses recherches, ce que sa fille vécut très mal par la suite. Surtout car Zelda était d'une aide très précieuse... Enfin de toute façon, les ordres du souverain restaient indiscutables alors il fallait s'y plier sagement.

oOo

La fin de la journée arrivait à grands pas, le ciel se teintait déjà d'une couleur orangée et chaleureuse si appréciée par les Hyruliens. L'été se ressentait bien que ce soit encore le printemps. Le lendemain, Zelda aurait dix-sept ans ; elle serait considérée comme une adulte aux yeux de Nayru. Cette étape était primordiale dans la vie des Hyliens, elle marquait un tout nouveau tournant, une renaissance en quelque sorte. Et ce renouveau, la princesse priait de tout son cœur pour qu'il lui soit favorable. Pendant que la princesse se changeait après sa session de prière, Link courut pour rejoindre sa chambre et il récupéra ce qui avait occupé toutes ses pensées durant les dernières heures. Il revint bien vite trouver la princesse qui lui proposa d'étudier quelques minutes un brin d'informations sur les Gardiens. Le tout dans le dos de son père, évidemment, car il se mettrait dans une colère noire en apprenant que sa fille continuait à s'intéresser à la technologie sheikah.

Dans la salle d'étude, les deux amis analysèrent les dernières données récoltées auprès des chercheurs du château puisque les Gardiens se mouvaient de mieux en mieux et comprenaient les ordres qui leur étaient adressés. Avec le soutien de l'équipement anti-Fléau, leurs chances de victoire s'accroissaient.

- J'aurais beaucoup aimé essayer l'arc conçu par Faras, finalement, avoua Link en étudiant attentivement le schéma de l'arme qu'il avait juste sous les yeux.

Le Sheikah avait retrouvé la princesse dans la journée pour lui transmettre quelques copies de ses plans. La remarque du Héros fit sourire la damoiselle.

- Tu es passionné d'arcs ? lui demanda-t-elle en prenant appui sur ses paumes de main contre le bureau.

Zelda inclina la tête sur le côté pour le regarder, ce qui sut emballer le cœur du jeune homme. Mais comme à son habitude, il ne voulut rien laisser paraître par la préserver de ce qu'il ressentait envers elle.

- Quand j'étais petit, j'aimais beaucoup chasser avec mon père les jours où il était à la maison. J'ai rapidement pris goût à l'archerie.

Tous ces souvenirs firent remonter une certaine nostalgie en lui. Aucun jour ne s'écoulait sans qu'il ne pense à Karl. Link souffrait encore de sa perte même si la plaie se refermait très lentement après son deuil. Zelda eut de la peine en percevant le fin voile de tristesse passer sur le visage de son ami. Elle avait connu cela, elle aussi. La perte de la reine... Nombreuses furent ses nuits où elle pleurait, enfant, en invoquant sa défunte mère. Un jour, Link lui dirait que la reine avait été empoisonnée. Seulement à l'heure actuelle, c'était bien trop tôt pour lui dévoiler une telle information.

- Peut-être que tu recevras un arc anti-Fléau ? supposa Zelda en se redressant. Je suis persuadée que Faras serait ravi de le voir entre tes mains.

Le sourire de la princesse s'agrandit et elle entremêla ses doigts devant son ventre.

- Un archer hors pair tel que toi ne peut que le mériter, n'est-ce pas ?

Link la dévisagea un instant en se réjouissant de cette expression sereine chez elle. Il espérait voir cela le plus souvent possible. Quand il la voyait sourire, Link ne percevait plus une relation chevalier-damoiselle entre eux, mais bien des liens qui allaient au-delà des classes sociales. Le jeune homme se souvint alors que son amie fêterait ses dix-sept ans le jour suivant. Cependant, tous les deux ne perdraient pas de temps et partiraient le matin même pour la source de la Sagesse, escortés par les quatre autres prodiges qui devaient arriver ce soir-là. Machinalement, sa main se porta au-dessus de la poche de son pantalon tandis que son cœur accélérait dans sa poitrine. Il voulait vraiment offrir un cadeau à son amie puisqu'elle franchissait une grande étape : celle où elle devenait une adulte. Bien sûr, la princesse en possédait déjà la maturité depuis plusieurs années. Mais... C'était différent. Sans oublier l'autre raison qui participait à son état de stress.

- Votre Altesse, j'aimerais vous offrir un présent pour vos dix-sept ans, annonça Link avec assurance. J'ai conscience d'être en avance mais ce moment semble le plus approprié.

Les yeux de Zelda s'écarquillèrent car elle ne s'attendait pas à une telle chose de sa part. Indéniablement, elle ressentit une vive allégresse, son ventre se tordit de manière agréable.

- Link, quoi que ce soit, je l'accepterai avec joie, lui affirma-t-elle avec franchise.

Cela donna d'autant plus de courage au jeune homme qui glissa sa main dans sa poche pour en sortir un petit accessoire luisant sous la lumière des lampes autour d'eux. Zelda découvrit une épingle à cheveux en forme de princesse de la sérénité. Cette attention lui réchauffa tant le cœur qu'elle fut particulièrement touchée. Depuis combien d'années n'avait-elle pas reçu un tel cadeau ? Bien que ce ne soit pas un bijou aussi cher que ceux portés par les femmes nobles, Zelda le trouva tout à fait charmant.

- Link, elle est ravissante ! se réjouit-elle en croisant son regard, ce qui fit bondir son cœur dans sa poitrine.

Sa voix se mit involontairement à trembler.

- Je n'ai jamais entendu parler de bijoutier fabriquant une telle épingle à cheveux...

- J'ai demandé à Urbosa si l'une de ses joaillières pouvait la concevoir. J'ai moi-même fait les dessins, lui expliqua-t-il en esquissant un sourire.

Lui aussi était enchanté que cela lui plaise. Le jeune homme avait eu peur que l'accessoire ne soit pas à la hauteur puisque ce n'était pas des pierres aussi chères que du diamant ou du rubis.

- Je vais la mettre tout de suite, déclara à mi-voix l'Hylienne en tendant sa main vers la sienne.

Ses doigts effleurèrent par inadvertance la paume du jeune homme et un discret contact électrique se créa, manquant de les faire tressaillir. Embarrassée, Zelda retira sa main et la porta au niveau de sa chevelure pour y accrocher le bijou. Cependant elle ne parvenait pas à comprendre comment le mécanisme fonctionnait et, après plusieurs tentatives désespérées, Link proposa son aide.

- Voulez-vous que je l'accroche ?

- Oui... Sans miroir, j'ai bien du mal à le faire.

Link s'approcha d'elle en gardant tout de même une distance convenable entre eux. Il reprit l'épingle et se demanda qu'elle pourrait être sa place dans les cheveux de son amie.

- Puis-je l'accrocher à votre tresse ? lui demanda-t-il en la regardant d'un air interrogateur.

La princesse, incapable de répondre, acquiesça simplement en baissant légèrement la tête. Cette proximité la gênait bien trop. Zelda aurait préféré qu'il se positionne derrière elle pour accrocher le bijou. Link désenclencha le mécanisme de l'épingle puis la glissa avec soin par-dessus la tresse de la prêtresse royale avant de la refermer. Le bleu de la fleur s'accordait très bien avec la couleur de sa chevelure blonde. Il retira doucement sa main mais celle-ci frôla l'oreille de Zelda qui frémit à ce toucher. Par Nayru, ce garçon parvenait trop facilement à la troubler depuis quelques temps...

- Elle vous va très bien, lui assura Link qui était heureux que le résultat soit à la hauteur de ses attentes. Sachez que ce n'est pas grave si vous ne pouvez pas la mettre à l'avenir. Je vous ai vue la porter ce soir, cela m'est amplement suffisant.

Zelda papillonna des yeux pour chasser son trouble et baissa la tête. Décidément, elle vivait sans aucun doute le meilleur anniversaire depuis sa naissance... Pour la jeune fille, les paroles de Link brisèrent une solide barrière qu'elle s'était fixée jusqu'à présent. Zelda émit un faible soupir puis laissa sa tête se pencher en avant. Son front vint se coller à celui du blond dont le corps se figea instantanément.

- Link... souffla-t-elle avec émotion.

Le cœur du jeune homme bondit dans sa poitrine puis repartit à toute allure, sa tête semblait compressée par l'embarras.

- Merci pour tout ce que tu fais pour moi.

Les deux jeunes gens s'échangèrent un regard, la vérité les rattrapait brusquement. Dans leurs yeux brillait une lueur bien différente et qui trahissait aisément leur état d'âme. Ce n'était plus une flamme qui reflétait la complicité de l'amitié. Non, elle allait bien au-delà. Au-delà de leurs espoirs. Au-delà de ce qu'ils auraient pu imaginer. Cette flamme les transcendait et surpassait les mots pour exprimer ce qu'ils ressentaient l'un vis-à-vis de l'autre.

Dans un élan d'audace, ou peut-être d'inconscience, Zelda approcha encore plus son visage et leur cœur s'emporta davantage. Leurs yeux se fermèrent involontairement juste avant que leurs lèvres ne se scellent pour la toute première fois. Le toucher fut d'une grande délicatesse, à l'image des sentiments qu'ils éprouvaient l'un pour l'autre. Une multitude de frissons s'empara d'eux et fit manquer un battement à leur cœur. Un vif sentiment de bonheur naquit en leur sein et les fit soupirer d'aise alors qu'ils s'abandonnaient l'un à l'autre. Zelda attrapa une des mains du héros et la serra tendrement. Quant à Link, il posa la sienne sur son bras sans oser s'aventurer plus haut et inclina la tête sur le côté. C'était un bien timoré baiser, leurs lèvres se mouvaient à peine mais parvenaient à embraser leur corps dans ce moment de découverte de l'autre. À cet instant précis, l'Hylien se sentit comme le plus simple des hommes, à la fois vulnérable à tout mais comblé par ce bonheur dans lequel il se laissait emporter.

Pourtant, ce fut Link qui se déroba en premier au baiser. Zelda et lui avaient grandement rougi, ce qui n'était pas dans leurs habitudes. Il retira sa main posée sur son bras et la passa sur sa nuque en regardant l'une des fenêtres.

- Princesse, nous... nous ne devrions pas faire une telle chose, articula-t-il difficilement. Nous n'en avons pas le droit...

Tous deux se tenaient toujours la main et Zelda ne pouvait s'empêcher de sourire discrètement. Son cœur martelait sa poitrine, tout comme chez le jeune homme.

- Je le sais bien... murmura-t-elle à son tour.

Cet interdit dressé devant eux n'avait fait qu'accentuer ce désir soudain. Il n'était qu'un simple chevalier, sans titre de noblesse. Et elle, la future souveraine d'un grand royaume.

- Par déférence envers votre personne, nous ne devrions pas aller plus loin.

Zelda le comprenait parfaitement, elle acquiesça en resserrant ses doigts autour des siens. Les sentiments qu'elle éprouvait pour lui étaient indéniables. Mais cet amour devait rester purement platonique. Dans quelques années, elle se marierait et perpétuerait la lignée royale. Link construirait aussi sa vie de son côté. De plus, elle était la réincarnation d'une déesse... Zelda représentait une figure sacrée aux yeux de tous.

- Sais-tu au moins ce que cela signifie ? demanda-t-elle d'une petite voix. Offrir une princesse de la sérénité puis...

Zelda s'arrêta car elle n'osait en dire plus. Le jeune homme comprenait aisément ce qu'elle voulait dire. Il raffermit son emprise sur leurs doigts entremêlés et ancra son regard dans le sien avec détermination.

- Voici la marque de ma fidélité, Princesse Zelda. Vous pourrez toujours compter sur mes services.

La damoiselle se plut à contempler le bleu de ses yeux pour y voir tout le côté humain du jeune homme. Elle baissa alors la tête quand cela la fit frémir.

- Pourquoi moi et pas une autre ? demanda Zelda à voix basse, le cœur léger. Tu sais bien que je suis l'Hylienne la plus inaccessible...

- Je pourrais vous retourner la question, répondit-il en osant esquisser un sourire gêné.

Délicatement, Zelda toucha sa broche comme pour s'assurer que ce qu'elle vivait était bien réel. Non, elle ne rêvait pas. La princesse n'aurait jamais pensé une seule seconde qu'un tel moment puisse avoir lieu. Elle aussi se posait des questions depuis quelques temps et pensait voir la réciprocité de ses sentiments. Mais à chaque fois, elle finissait par abandonner car il lui paraissait impossible que Link puisse être attiré par sa personne. Le chevalier sut décrypter le fond de ses pensées, il fut poussé à faire un aveu :

- Votre titre m'importe peu, Votre Altesse. Que vous ayez été une simple villageoise ou une noble, je me serais tout de même épris de vous. Mais... Cela ne nous mènera nulle part... prononça Link qui perdit son sourire au profit d'un air peiné. Je ne veux pas vous faire du mal.

Zelda avait déjà compris que leur relation n'aboutirait jamais, tout cela à cause de leur société actuelle. Les nobles et le peuple ne tolèreraient jamais d'avoir un roturier sur le trône. À cette simple évocation dans son esprit, ses joues s'empourprèrent et la princesse lâcha la main de Link pour venir poser la sienne contre sa poitrine, confuse. De plus, ce qu'il venait de dire ne la laissait pas indifférente, loin de là.

- Qu'allons-nous faire ? Maintenant, je crains de ne plus savoir me comporter naturellement envers toi...

- Vous y arriverez, j'en suis certain, affirma-t-il en la détaillant avec attention. Malheureusement vous n'avez pas le choix... Dans le pire des cas, vous n'aurez qu'à m'ignorer si vous le jugez nécessaire.

La blonde en fut offusquée au vu de son haussement de sourcils soudain. Elle le sermonna avec une certaine réserve, ce qui finit par la faire sourire. À travers le regard du jeune homme, Zelda pouvait lire une malice enfouie qui signifiait : "je ne me priverai pas de vous mettre dans l'embarras, Votre Altesse". Bien entendu, si le chevalier devait faire une telle chose, ce ne serait qu'une seule fois. De son index, il se frotta la joue en fixant le bureau sur le côté.

- Vous savez, je vous aurais bien étreint si vous n'étiez pas la fille du roi. Mais je tiens à ma tête... bredouilla le Héros sans oser la regarder dans les yeux.

- Tourne-toi, lui ordonna la princesse avec fermeté.

Cette injonction coupa le souffle à Link dont les yeux s'agrandirent légèrement. Eh bien... Lui qui ne voulait pas la blesser, le voilà dans une piètre situation. Il s'exécuta sans broncher et posa son regard sur la vitre en face de lui, celle qui laissait voir le ciel orange du crépuscule. Du coin de l'œil, il vit deux bras passer sur ses côtés puis s'enrouler avec timidité autour de son abdomen. Ils se refermèrent sur lui, le chevalier se figea instantanément en cessant de respirer quand Zelda posa son front contre sa nuque. Grâce à l'épée de légende, un obstacle se dressait entre eux et leur permettait de conserver une certaine distance qui était la bienvenue. Le souffle chaud de la princesse contre sa peau fit frémir le jeune homme.

- Je suis inquiète, Link... murmura-t-elle d'une voix tremblante. J'ai peur de ce qu'il m'attend demain. Impa a beau essayé de m'affirmer le contraire, je crains que la source de la Sagesse représente mon dernier espoir.

Malgré les martèlements de son cœur que la princesse devait certainement sentir sous ses vêtements, Link posa une main sur les siennes en méditant sur ses dernières paroles. Il ne savait quoi lui répondre... À ce moment précis, seule la franchise pouvait guider sa damoiselle.

- Je ne trouverai jamais les mots pour vous rassurer, Princesse. Mais je vous en prie, promettez-moi de ne pas baisser les bras quoi qu'il advienne.

Link inclina la tête en regardant vers l'arrière. Zelda opina en promettant d'y veiller. L'ambiance calme et reposante qui régnait dans l'étude les confortait dans un doux climat protecteur, à l'abri du monde extérieur.

- Demain, j'essaierai de répondre à votre question, annonça finalement le chevalier.

Il tâcherait de lui expliquer ce qui lui plaisait chez son amie, ou plutôt son amante dorénavant. Cette simple évocation parvint à déstabiliser la princesse qui le lâcha puis s'attrapa un bras, le regard rivé sur la porte.

- Avec tout ça, je ne risque pas de dormir cette nuit... se lamenta Zelda sur un faux ton désemparé. Enfin. Nous devons rejoindre Impa, les autres prodiges sont certainement arrivés.

Link lui refit face et la dévisagea avec un petit sourire, ce qui n'échappa pas à la damoiselle car elle trouvait son regard trop explicite à son goût. Elle eut un pincement agréable au cœur mais s'empressa de se diriger vers la porte en adoptant un air sérieux.

- Cesse de me regarder ainsi ou tout le monde te percera à jour, l'avertit-elle non sans un amusement pourtant dissimulé. Comme tu l'as bien souligné tout à l'heure, je n'ai pas non plus envie que tu perdes ta tête.

- À vos ordres, répliqua le chevalier qui avait immédiatement repris un son habituelle expression impassible.

L'Hylienne ouvrit la porte en levant les yeux au ciel, elle esquissa un sourire puis s'engagea sur le court chemin menant à ses appartements. Elle était enveloppée d'un sentiment de légèreté et de sécurité qu'elle n'avait pas connu depuis des années. Zelda était persuadée qu'elle vivait actuellement la soirée la plus belle et impensable de sa vie. Seulement, ce petit bonheur ne pouvait pas durer, elle le regrettait...

oOo

Zelda et son chevalier servant se rendirent à la salle d'hôte où se trouvaient très certainement les autres prodiges. En effet, puisqu'ils venaient étoffer son escorte pour le lendemain, une couche au château leur avait été préparée. Pour la première fois, Link marchait à côté de la princesse avec fierté et assurance, contrairement à l'accoutumée où il restait en retrait. Peut-être se sentait-il plus légitime de se tenir à cette place ? En tout cas, la damoiselle ne fut nullement gênée, au contraire : elle eut un gain d'aisance qui lui donnait une toute nouvelle prestance. Une fois arrivée, la blonde passa la porte de la salle d'hôte et salua chaleureusement les quatre invités, touchés et ravis de la voir de si bonne humeur. En entrant dans la pièce, le regard de Link tomba dans celui de Mipha, un profond malaise s'empara d'eux et les obligea à se détourner pour ne pas le montrer.

- Vous êtes radieuse, Madame, lui fit remarquer Urbosa en lui accordant un grand sourire à la fois mêlé au soulagement et à la joie de la retrouver. Auriez-vous appris une quelconque bonne nouvelle ?

Le cœur de la jeune fille bondit dans sa poitrine, ses lèvres se décollèrent sous le saisissement mais elles finirent par s'étirer doucement. Zelda inclina la tête sur le côté tandis que ses joues se teintèrent faiblement de rose.

- On peut dire cela, oui...

La Gerudo se gratta le menton avec une certaine malice dans le regard ; elle avait de suite reconnu la broche dans ses cheveux. De son côté, Revali ne se priva pas d'aborder le Héros afin de lui faire part des capacités inouïes de sa Créature Divine.

- Qu'avez-vous prévu ce soir, Votre Altesse ? la questionna Daruk de sa grosse voix.

- Un simple dîner, répondit-elle en tournant la tête vers lui. Impa veut que je me couche tôt. La journée de demain s'annonce éreintante...

Le guerrier piaf s'étira bruyamment puis croisa les bras.

- Moi, je meurs de faim, grommela-t-il avec mécontentement. J'espère me délecter pour assouvir ma faim.

- Je ne suis pas sûr que la cuisine hylienne satisfasse un palais tel que le tien, répliqua Link sur le même ton.

Tous deux se foudroyèrent du regard pendant que Zelda levait discrètement les yeux au ciel en souriant. Ils étaient incorrigibles, ces deux-là... La princesse finit par remarquer le silence de Mipha, fort inhabituel et inquiétant. Pendant que les autres prodiges se dirigeaient vers la salle à manger royale, Zelda vint vers elle en affichant un air soucieux.

- Tout va bien, Mipha ? Tu me paraîs réservée.

- Je... Je suis un peu fatiguée à cause du voyage, veuillez m'excuser.

Zelda la crut sur parole et lui proposa de rejoindre le reste du groupe pour ne pas les perdre de vue. Quelques minutes plus tard, ils étaient attablés et parlaient presque tous de vive voix. Link avait pris place dans la diagonale de la princesse qui avait Urbosa face à elle et Daruk à ses côtés, c'est-à-dire devant le Héros. Mipha se tenait à côté du Goron et voyait ainsi entièrement son ami d'enfance...

- À quelle heure partons-nous demain ? se renseigna Daruk alors qu'on lui servait une petite caillasse mijotée sur un lit de cendres.

- Vers sept heures environ afin que nous puissions arriver avant midi au pied de la montagne de Lanelle, lui précisa Zelda qui attendait que tous ses invités soient servis. Une fois là-bas, vous devrez nous y attendre...

- "Nous" ?

La princesse déglutit lorsque ses yeux se posèrent sur Link qui l'observait attentivement en retour. Au moment où leurs regards se croisèrent, ils détournèrent aussitôt la tête sans savoir qu'une personne en particulier les avait déjà percés à jour.

- Seul le Héros est autorisé à m'accompagner, spécifia Zelda avant d'entamer son repas.

Mipha retint un hoquet d'effarement, accompagné par le scandale de Revali. La suzeraine gerudo le pria fermement de se taire et de se plier au choix de la prêtresse royale sous peine d'être renvoyé chez lui sur-le-champ. L'archer maugréa puis mâcha avec rage la salade qu'il venait de mettre à la bouche. Par moments durant le repas, les deux élus des déesses s'échangeaient de brefs regards voire s'accordaient de discrets sourires complices. Finalement, il était bien plus dur que prévu de rester naturels et de cacher ce qui s'était passé précédemment. L'interdit qui leur était imposé restait malheureusement bien trop tentant pour eux. À la fin du dîner, il fut l'heure pour Zelda de partir se coucher ; les cinq prodiges la raccompagnèrent jusqu'à ses appartements, lui souhaitèrent de passer une bonne nuit puis ils se dirigèrent silencieusement vers leur chambre respective. Seulement Urbosa posa une main sur l'épaule de Link et se pencha vers lui pour murmurer à son oreille :

- Est-ce que je peux te parler ?

Le jeune homme acquiesça puis ils quittèrent le reste du petit groupe sous le regard interrogateur de la princesse zora. Le prodige gerudo prit Link à part pour le mener dans un couloir peu fréquenté en temps normal. La rousse s'adossa contre un mur et posa un pied contre la paroi froide, les bras croisés.

- Tu devrais être plus vigilant et discret, Link, l'avertit-elle à travers un regard bienveillant. Les autres sont peut-être dupes, mais je ne le suis pas.

Le chevalier haussa les sourcils, ce qui arracha un sourire attendri Urbosa.

- Allons, les Gerudos connaissent parfaitement les vaïs et les voïs. Avec la princesse, vous ne parviendrez pas à me faire croire qu'il ne s'est rien passé entre vous.

Link passa une main sur sa tête pour témoigner de sa confusion, le regard rivé sur ses pieds. Ses joues s'embrasaient et l'empêchaient d'affronter correctement les prunelles de son interlocutrice.

- C'est donc à elle que tu as offert cette jolie broche. Tu connais bien la princesse, la fleur que tu as choisie est sa préférée. Je suis surprise qu'elle l'ait mise pour le repas.

La rousse perdit son sourire et s'écarta du mur.

- Link, tu te rends compte de la gravité de la situation ? chuchota-t-elle de peur qu'on les entende. Elle est la fille du roi, la vaï la plus désirée par les jeunes nobles du royaume et au-delà ! Elle est clairement le meilleur parti de la décennie...

Urbosa secoua la tête en se mettant de profil face à lui. Link avait la gorge nouée.

- C'est très mauvais. Si la cour apprenait ça... Tu risques de le payer de ta vie ! Par les saintes déesses, Link, ce n'est pas le moment de jouer avec le feu, Ganon est à nos portes.

- Tout cela, je le sais bien, rétorqua sèchement le Héros en serrant les poings. Je suis parfaitement conscient qu'il m'est interdit d'avoir une quelconque relation avec elle.

Il soupira avec peine.

- Nous nous sommes convenus que nous n'irions pas plus loin.

Urbosa approcha d'un pas, l'air particulièrement soucieux.

- Link, c'est très dangereux pour toi. Tes sentiments ne doivent pas empiéter sur ta mission.

- Je connais les impératifs du chevalier servant. Et je ne m'y soustrairai pas... Violer le Code d'Honneur serait une ignominie.

Le blond ancra son regard dans le sien et lui montra toute sa détermination.

- J'accomplirai mon devoir jusqu'au bout, j'en ai fait le serment.

Soulagée, Urbosa hocha la tête et lui accorda un sourire tandis qu'elle lui ébouriffait chaleureusement les cheveux.

- Je te remercie. Grâce à toi, j'ai l'impression que la princesse se porte bien mieux malgré l'absence du sceau sacré. Et pourtant, tu es bien loin des descriptions du prince charmant qu'elle attendait quand elle était petite.

Urbosa rit à gorge déployée malgré la situation, déstabilisant Link qui voulait en savoir un peu plus. Elle posa ses mains sur ses hanches et haussa un sourcil en signe d'amusement.

- Je te raconterai peut-être un jour. Mais pas ce soir, le prévint-elle en levant un doigt. Bonne nuit, Link.

Le blond eut un sourire gêné.

- Bonne nuit, Urbosa, lui souhaita-t-il en retour avant de se diriger vers sa chambre.

Ce soir-là, bien qu'il battait vite, son cœur se montrait bien plus léger qu'à l'ordinaire. Link se sentait presque bête car tout lui semblait plus simple.

Mais par définition, le bonheur est un vif état de joie qui ne dure pas.