Dévastée. Tel serait le mot le plus exact pour décrire l'état actuel de Zelda qui se trouvait assise dans un fauteuil au coin de sa chambre. Elle tenait sa tête entre ses mains, la nuque courbée vers le sol en bois. La prêtresse royale avait été contrainte de prier toute la nuit suite aux ordres incontestables de son père. Seulement... En plus de ne parvenir à rien, elle n'avait cessé de pleurer en maudissant la vie d'être aussi injuste et impitoyable envers elle. Zelda ne comprenait pas pourquoi son chevalier servant avait été arrêté et violemment jeté dans les pires geôles du château. Elle ne comprenait plus son père... Link était leur dernier espoir pour vaincre Ganon avec les Créatures Divines ! Il ne pouvait pas être ainsi écarté ! Le cœur de la jeune fille se serra si fortement que les larmes lui remontèrent aux yeux. La porte de sa chambre s'ouvrit sur Impa qu'elle n'avait pas vue depuis son retour. À son entrée, Zelda se leva brusquement et accourut vers elle pour lui prendre les mains.

- Impa, c'est terrible ! s'écria-t-elle, désemparée. Il faut libérer Link, je le crois profondément innocent !

Le visage de la Sheikah s'assombrit.

- Princesse, je viens de parler avec votre père pour négocier sa libération. Le roi ne veut rien savoir car il estime que son crime est bien trop grave, annonça fermement la Sheikah dont Zelda lâcha les mains, choquée.

- Mais... Il n'a rien fait, Impa !

- Comment pouvez-vous en être certaine ? Vous ne ressentez ni n'entendez rien lors de vos états de transe.

Tremblante, l'Hylienne recula en hochant négativement la tête. Elle ne croyait pas une seconde que le Héros serait capable de l'attoucher.

- Impa, co... comment peux-tu dire ça ? demanda-t-elle dans un souffle, offusquée. La Lame Purificatrice a choisi Link car il a le cœur pur !

- Vous ne me ferez pas croire qu'il n'éprouve pas des désirs, Votre Altesse, répliqua la conseillère du roi en lui tournant le dos. Link est un homme, il connait et subit tous les phénomènes qui en résultent.

Zelda fut d'autant plus choquée par ses mots. Elle ne comprenait pas comment Impa elle-même pouvait penser une telle chose.

- Est-ce que tu le penses innocent, au moins ?

Tout à coup, la Sheikah regarda la porte derrière elle puis les fenêtres en face, son regard était particulièrement méfiant. Discrètement, elle hocha la tête puis pria d'un signe la princesse de la suivre jusqu'au bureau. Pendant qu'elle écrivait rapidement quelque chose sur une feuille, elle reprit la parole.

- Ce vaurien mérite la peine capitale ! Toucher la prêtresse royale, réincarnation de la déesse Hylia... Vous devez me comprendre, Votre Altesse. C'est un mécréant qui se servait de vous depuis le début.

Toujours avec discrétion, Impa tendit le morceau de papier à la princesse.

- Dorénavant, vous aurez une nouvelle escorte. Oswald s'en est occupé pour vous.

La Sheikah la salua puis se dirigea lentement vers la porte pendant que Zelda s'empressait de lire son mot :

On me surveille, je suis contrainte de penser comme Oswald sous peine d'être prise pour une traîtresse de mèche avec Link. Vous devez fuir, Princesse. Vous êtes sa prochaine cible... Attendez quelques instants après que je sois sortie puis courez en direction de l'escalier de secours. Vous devez fuir au village Cocorico. Là-bas, vous serez en sécurité. Je me charge d'éliminer Oswald.

Les yeux de Zelda s'écarquillèrent au moment où sa nourrice fermait la porte derrière elle. Alors... Oswald faisait partie des traîtres ! Lui qu'elle connaissait depuis sa plus tendre enfance et qui l'avait guidée jusqu'à présent ? Le sang de la princesse se glaça. Le message d'Impa était clair : il fallait fuir pour préserver sa vie. Mais... Elle ne pouvait laisser Link ici. Toujours en tenue de prêtresse, elle s'élança vers sa porte, patienta de longues secondes puis l'ouvrit soudainement, le cœur battant la chamade. Elle vit les deux silhouettes des gardes étendus au sol ainsi qu'Impa en position de combat. D'un geste de la tête, cette dernière ordonna à la princesse de s'enfuir sur-le-champ sans se retourner.

- Il faut libérer Link ! chuchota-t-elle fortement.

- Vous n'en avez pas le temps, Princesse ! Vous risquez de vous faire capturer par les ennemis de la couronne ! Maintenant, partez !

Les lèvres de l'Hylienne se pincèrent, ses yeux la piquèrent à cause de cet immense dilemme auquel elle était confrontée. Elle recula de quelques pas en fixant sa nourrice puis se retourna pour courir le plus vite qu'elle put. Zelda traversa le couloir et s'engouffra immédiatement dans les escaliers que seuls elle et son père pouvaient emprunter. Elle dévalait les marches sans même réfléchir, son souffle sifflait et résonnait entre les parois. Zelda entra dans le couloir en bas de l'escalier et poursuivit la fuite. Soudainement, le sol se mit à trembler si fort qu'elle manqua de perdre l'équilibre, elle dut se tenir un instant au mur en s'imaginant les pires réalités. Dès qu'elle put de nouveau marcher, elle se jeta vers la fenêtre la plus proche, l'ouvrit à la volée et regarda le terrible spectacle qui s'offrait à elle. Le ciel s'était recouvert d'un épais nuage noir aux reflets rougeâtres ; au sol, des monstres apparaissaient et bondissaient sur tout ce qui bougeait. C'est alors qu'un puissant tremblement fit gronder la terre et d'immenses colonnes jaillirent tout autour du château, soulevant des tonnes de terre avec elles. Par des trous démesurés sortaient des Gardiens, animés par une force maléfique, qui ne tardèrent pas à tirer sur les maisons et les habitants impuissants.

Le visage de la princesse pâlit brusquement et tous ses muscles se tendirent. Un frisson d'épouvante lui parcourut l'échine et provoqua chez elle de vifs tressaillements. Devant elle, le début de la destruction venait d'avoir lieu et sévissait sur la citadelle d'Hyrule.

- Votre Altesse ! s'écria un chevalier en accourant vers elle. Vous ne devez pas rester là ! Venez !

Mais elle ne bougea pas, tétanisée par ce qu'elle voyait. Impossible... Ganon était... Ganon était en train d'attaquer... Deux mains la prirent par les épaules et l'emmenèrent dans les couloirs. Cela permit de la faire sortir de sa torpeur, Zelda reprit soudainement ses esprits et cessa de courir, sous le regard perdu du chevalier.

- Ne vous en faîtes pas pour moi ! s'exclama-t-elle avec fermeté. Vous, allez protéger le château.

- Bien ! s'exclama l'homme qui ne perdit pas un instant.

Zelda fit demi-tour et se mit à courir vers les escaliers les plus proches. Elle ne devait pas paniquer... La princesse ne devait pas perdre ses moyens sous peine de perdre la vie. Une chose la préoccupait plus que tout à cet instant précis : retrouver et libérer Link afin de pouvoir agir et sauver le royaume avant qu'il ne soit trop tard. Une puissante secousse la fit basculer à terre et heurter lourdement le sol. Les cris d'épouvante et de détresse s'élevèrent alors de toute part quand les Hyliens comprirent ce qu'il se passait. Courageusement, Zelda ferma les poings en se redressant sur les coudes puis elle se releva pour reprendre sa course. Elle n'avait plus de temps à perdre ! Ganon n'était pas encore apparu, elle devait encore tirer Link de sa prison et se battre à ses côtés. De plus, ils pouvaient compter sur l'aide des Créatures Divines ! Les quatre pilotes avaient sans doute déjà pris conscience de la gravité de la situation.

La princesse descendit une fois encore les marches pour rejoindre le troisième sous-sol, là où se trouvait enfermé Link. Dans les couloirs, les domestiques affolés couraient dans tous les sens en hurlant, ils se bousculaient car leur instinct de survie prenait le dessus : chacun pour soi. Plus personne ne prêtait attention à la princesse... Mais celle-ci n'y pensa pas. Il y avait bien une chose à faire avant de retrouver le Héros : récupérer la Lame Purificatrice. Mais où aller pour la chercher ? En plein milieu d'un couloir et le cœur martelant sa poitrine, Zelda s'arrêta, se prit les mains et ferma les yeux comme lorsqu'elle entamait une méditation. Elle essayait d'entrer en résonance avec l'épée de légende. Mais à cause du bruit environnant, ce n'était guère une chose simple, surtout que ses dernières tentatives pour méditer s'étaient soldées par des échecs.

Sagesse, Force et Courage, se répétait-elle. Déesses, je vous en prie... Guidez-moi ! Mais rien ne se produisit. Quelqu'un la bouscula et la fit se cogner fortement contre un mur, lui arrachant un geignement. Bon sang... Où était cette arme ?! Les yeux de la princesse s'écarquillèrent quand les paroles d'Oswald lui revinrent à l'esprit : "Placez-la dans le bureau des conseillers". Sans perdre une seconde, elle se précipita dans l'aile Est en souhaitant de tout son cœur que l'arme s'y trouve. Sur son chemin, la princesse ordonna à tous les Hyliens qu'elle croisait de quitter sur-le-champ le château et de se réfugier à la campagne tant qu'ils le pouvaient. Des chevaliers arrivèrent en sens inverse et lui proposèrent leur escorte mais Zelda les renvoya sans ménagement avant de reprendre sa course. Une nouvelle secousse fit chuter tous les occupants du couloir et raviva d'autant plus la panique. La princesse dut se tenir au mur pour rester debout. Dehors, elle entendit des détonations suivies de violentes explosions qui manquaient à chaque instant de la paralyser.

C'était un véritable cauchemar...

Après de grands efforts, elle parvint enfin devant la pièce tant recherchée dont elle ouvrit immédiatement la porte. Une bougie allumée se tenait sur l'unique table présente et attira aussitôt l'attention de Zelda qui frissonna.

- Je vous attendais, Princesse, susurra une voix derrière elle.

La jeune fille se jeta sur le côté pour éviter la serpe tranche-gorge qui s'abattait dans son dos. Zelda heurta la table en geignant puis se retourna d'un coup pour faire face au Yiga qui ferma la porte avec brutalité.

- Maître Oswald avait raison en pensant que vous viendriez. Votre chemin s'arrête ici.

Les poils de l'Hylienne se hérissèrent en le voyant s'approcher dangereusement d'elle. Sur sa gauche se dressait le fourreau de la Lame Purificatrice, posé contre la bibliothèque des conseillers. D'un geste instinctif, Zelda empoigna la bougie puis la lança sur l'homme afin de détourner son attention. Il évita de justesse l'objet tandis que la princesse se jetait sur l'épée de légende. Elle l'attrapa d'un mouvement vif et précis puis la tira de son fourreau avant de la pointer vers le Yiga. Ses sourcils se froncèrent pour se montrer convaincante malgré la peur qui lui tordait le ventre. Son ennemi ricana.

- Oh, Votre Altesse. Vous ne parviendrez pas à me faire croire une telle chose, persifla-t-il avec mauvaise foi. Vous êtes incapable de faire du mal.

- Je ne compte pas me battre ! répliqua froidement Zelda tandis que son bras se mettait à trembler à cause du poids de la Lame Purificatrice. Mais si cette arme vous touche, nul doute qu'elle aspirera votre énergie vitale et vous tuera.

L'homme la dévisagea silencieusement, l'air de la pièce parut se densifier autour d'eux et rendait l'atmosphère comme irrespirable. Le Yiga fit tourner sa serpe entre ses mains puis disparut dans un nuage de fumée. Aussitôt, Zelda soupira de soulagement en posant son dos contre les étagères. Elle ne pensait pas que sa menace aurait de l'effet... Au-dessus de sa tête, un bruit de froissement se fit entendre et la paralysa de terreur. Une lourde masse tomba sur elle pour la plaquer avec violence contre le parquet. Zelda cria de douleur et de peur, le visage face à celui de son futur meurtrier. Son rythme cardiaque explosa dans sa poitrine, ses respirations devinrent de plus en plus courtes à cause de la panique. Elle avait lâché l'épée et se retrouvait bloquée par une main posée sur sa gorge.

- Je ne suis pas dupe, grogna le Yiga avec animosité. Vous êtes incapable de faire quoi que ce soit, Princesse Zelda. Encore moins de tuer !

Il resserra son emprise sur sa peau en y plantant ses ongles. Zelda grimaça de douleur et commença à suffoquer. Elle serra les dents pendant qu'elle se débattait de toutes ses forces, sans succès.

- Vous allez mourir dans l'ombre. Votre cher chevalier servant n'en saura rien !

Il se moqua ouvertement d'elle en riant aux éclats. Les larmes montèrent aux yeux de la blonde qui commençait peu à peu à perdre espoir. Elle le prit par les épaules et tenta de le repousser de toutes ses forces malgré son absence de musculature. Le Yiga brandit sa serpe au-dessus de sa tête afin de lui porter le coup de grâce. Les pupilles de la princesse se rétractèrent sous l'horreur tandis que son cœur ratait un battement. Elle voulut hurler le prénom de Link pour l'appeler à l'aide mais la lame fondait déjà vers sa gorge.

Les fenêtres explosèrent dans un vacarme assourdissant, de nombreux débris de verre volèrent dans toute la pièce et se plantèrent dans le dos et le masque de l'assassin. Ce dernier émit un cri strident de souffrance avant de s'écrouler sur le côté en lâchant sa serpe. Cette dernière vint entailler la joue de Zelda lors de sa chute et se logea dans le plancher abîmé de la petite salle. Traumatisée, l'Hylienne inspira bruyamment pendant que tout son corps tremblait. Son teint avait pâli à cause de sa précédente frayeur. Elle avait bien cru vivre son dernier instant... Lentement, Zelda se redressa sur ses coudes puis regarda la silhouette immobile et allongée à sa droite. Le Yiga ne bougeait plus. Encore sous le choc, elle ne comprit pas qu'il était mort. La princesse se releva en titubant puis se dirigea vers les fenêtres pour prendre connaissance de la situation. Devant elle, un groupe conséquent de Gardiens envahissait le château et tirait sur tout ce qui se mouvait. Un rayon mal dirigé avait détruit les vitres et sauvé la prêtresse royale par la même occasion. Mais ce spectacle cauchemardesque la saisit d'autant plus car... car ces machines, ces alliés se battaient contre les Hyliens et contre les chercheurs. Ganon les avait possédées, il les avait détournées. Effarée, Zelda recula en secouant la tête en dépit de la réalité qui s'offrait à elle. Comment leur avantage était-il devenu leur principal ennemi à cette heure ? Son pied percuta le fourreau de la Lame Purificatrice et parvint à la sortir de sa torpeur.

Son rôle n'était pas fini... Rien n'était encore joué.

oOo

- Faîtes-moi sortir d'ici ! cria Link, agrippé aux barreaux de sa geôle. Y a-t-il quelqu'un qui puisse m'entendre ?!

Mais il n'y avait plus personne... Les gardiens avaient déjà fui et Link était le seul détenu dans cette partie de la prison. Il se mit à secouer les barreaux avec rage dans l'espoir de les déloger des blocs de pierre, mais rien n'y fit. Le jeune homme se recula, prit son élan puis fonça dans les barres de fer. Il s'écrasa contre celles-ci et gémit de douleur en tombant à genoux. Il n'y avait rien à faire... Link plaqua ses poings au sol en serrant les dents. Tout était la faute de ce traître d'Oswald ! Il avait tout prémédité afin de mieux pouvoir accueillir son maître ! Et dire que le jeune Héros n'y avait vu que du feu...

- Je ne suis qu'un imbécile ! s'écria-t-il en se frappant le front. Par mon incompétence, je ne peux pas accomplir mon devoir !

Il cessa soudainement de parler, les yeux grands ouverts, puis ses traits se contractèrent.

- Je ne peux même pas protéger la princesse...

Link se laissa basculer en avant et ses coudes heurtèrent les dalles humides de la geôle. Avec violence, il se mit à frapper le sol en hurlant toute sa colère et son désespoir. Tout était de sa faute... Il n'y avait plus rien à faire...

Un grognement résonna dans le couloir, suivi par d'étranges bruits de pas. Link s'immobilisa puis tourna lentement la tête, le visage sombre. Ses yeux paraissaient luire sous la lumière d'une lointaine torche. Un être difforme apparut, mesurant bien plus de trois mètres ; un moblin noir qui tenait une lance de fortune. La créature s'avançait lentement entre les cellules pour vérifier qu'il n'y avait personne. Quand il aperçut Link, il s'arrêta soudainement puis se mit à grogner de plus belle. Dans son regard, il n'y avait qu'une animosité barbare.

Tous deux se dévisagèrent mauvaisement jusqu'à ce que le moblin projette sa lance pour tuer l'Hylien. Cependant Link l'évita avec aise en sautant sur le côté. Il ne manquait plus que cela ! Le moblin mécontent rugit et sortit l'épée d'un chevalier qu'il avait tué quelques minutes plus tôt.

- Saleté... maugréa Link en lui jetant un regard assassin.

Au loin, de nouveaux pas accoururent, bien plus gracieux mais paraissant lourds.

- Link ! l'appela une voix qu'il ne connaissait que trop bien.

Le sang du jeune homme se glaça et son regard dévia derrière le moblin. Zelda apparut dans l'angle du couloir, habillée de sa robe de prêtresse et tenant dans ses mains la Lame Purificatrice qu'elle venait de dérober. Lorsqu'elle vit la créature maléfique, elle se figea et ses joues perdirent les quelques couleurs qu'elles avaient durement retrouvées. Le monstre se tourna alors vers elle et poussa un rugissement qui fit fortement trembler la princesse de peur. Il s'apprêtait à se jeter sur elle quand Link bondit vers lui, l'attrapa de toutes ses forces en passant ses bras à travers les barreaux et le plaqua contre eux.

- Tu ne l'approcheras pas ! hurla-t-il avec rage en le maintenant fermement.

Il grimaça à cause de l'effort et jeta difficilement un regard à son amie.

- Sauvez-vous ! la supplia-t-il alors que le moblin tirait en avant.

-Non ! Je vais te sortir de là !

La blonde dégaina soudainement l'épée de Légende et la brandit avec ténacité devant elle en signe d'avertissement. Cette arme était si lourde... Certainement car elle n'était pas sa véritable propriétaire. Le fait que Fay reconnaisse la réincarnation de la déesse était une chance. Soudainement, le moblin se plaqua contre les barreaux et Link poussa une plainte étouffée en tombant à la renverse. La créature maléfique rugit vers le plafond puis se jeta vers Zelda. La princesse ne put contenir un cri de terreur en roulant le long du mur pour l'éviter puis elle courut vers Link, le cœur battant à tout rompre.

- Par Farore, il me faut la clé ! se lamenta-t-elle en comprenant qu'elle ne pourrait jamais le sortir de là.

- Sau.. Sauvez-vous... la supplia de nouveau Link en se redressant difficilement.

- Non, j'ai bien trop besoin de t... !

Une immense ombre se dressa au-dessus d'elle et la fit frémir. Les pupilles de Link se rétractèrent en découvrant avec horreur le moblin élever son épée par-dessus sa tête. Dans un élan désespéré, le jeune homme s'empara de la lance puis se jeta vers les barreaux en poussant un cri au moment où le monstre abattait son arme. La pointe de la lance se logea profondément dans son thorax et le fit se reculer tant la force mise dans le coup était grande. Cela dévia la trajectoire de l'épée qui manqua de peu la tête de la princesse et lui trancha un bout de sa robe.

Essoufflé, Link regarda le sang couler le long de la lance puis s'égoutter avant d'atteindre sa main. Le manche de son arme était passé juste à côté de la nuque de la jeune fille. S'il avait raté son attaque, certainement... ne serait-elle plus de ce monde. Le moblin bascula sur le côté et emporta avec lui la lance, contraignant Link à la lâcher. Zelda, en état de choc, se mit à grelotter sans quitter du regard le cadavre à ses pieds. Elle venait de frôler la mort... une fois de plus. Ses mains laissèrent tomber la Lame Purificatrice.

- Votre Altesse, allez vous mettre en sécurité, la pria une énième fois Link en calant sa tête entre deux barreaux.

La princesse parvint à peine à sortir de son étourdissement, elle se tourna vers lui en laissant s'écouler ses larmes de soulagement. Doucement, elle attrapa la tête de Link et vint déposer son front contre le sien.

- Que les saintes déesses soient louées, j'ai eu si peur qu'il t'arrive quelque chose... souffla-t-elle en dépit des quelques trémolos dans la voix.

Le blond déglutit avec difficulté.

- Princesse, je n'ai jamais porté la main sur vous. Tout ce qu'a dit...

- Je n'ai jamais douté de tes paroles, Link, le coupa-t-elle aussitôt pour le rassurer. Seulement... si j'avais plus de pouvoir face à mon père, tout cela ne serait pas arrivé...

Link passa une main entre la grille et vint délicatement replacer une mèche de cheveux derrière son oreille.

- L'heure n'est plus aux lamentations, déclara-t-il d'une voix grave. Nous devons arrêter Ganon avant qu'il ne soit trop tard.

Le jeune homme s'accroupit afin de ramasser son épée.

- Vous devriez vous reculer, Votre Altesse.

Zelda hocha la tête et fit deux pas en arrière en le regardant faire. Le jeune homme prit l'épée de légende à deux mains et se concentra grandement. Une vive lueur bleue sortit de la lame et dégagea une puissante aura. D'un geste vif et précis, Link la planta dans la fente juste à côté de la serrure, accompagné d'un bruit assourdissant. La porte s'ouvrit l'instant suivant et il fut libre. Aussitôt, Zelda se jeta dans ses bras pour l'étreindre avec émotion pour se consoler de ce qu'elle venait de vivre. Ils étaient enfin réunis pour mieux lutter contre le retour de la Calamité. Le Héros l'entoura de ses bras et la serra plus fortement en fermant les yeux. Au diable les convenances, ce n'était pas le moment. Cette proximité les rassurait et permettait d'abaisser une part de la tension ambiante.

- Il faut quitter la prison, prononça Link qui finit par la lâcher à contrecœur.

Il remarqua l'entaille sur la joue de sa damoiselle.

- Vous avez été blessée !

- Un Yiga m'a agressée quand j'ai voulu récupérer ton épée... Ce n'est qu'une blessure légère, ne perdons pas de temps sur ça.

Link hocha la tête puis ils coururent pour sortir de ce lieu sinistre et accomplir leur devoir. La jeune fille avait préféré ne rien dire pour ne pas perdre de temps à tout raconter.

- Dès que j'en ai l'occasion, je vous soignerai, lui promit-il en ouvrant la porte des gardes. Pour le moment, nous devons sortir du château.

- Link, Ganon a pris le contrôle des Gardiens, ils tirent contre mon peuple !

Dans leur course, le Héros la regarda, ses yeux écarquillés manifestaient une vive incompréhension mêlée à de l'accablement. Comment était-ce possible ? Il vit la panique à travers les yeux de son amie dont le souffle devenait de plus en plus court à force de solliciter son corps. Link serra un poing en reportant son attention sur leur chemin où ils finirent par emprunter un large escalier pour remonter vers le rez-de-chaussée. Les claquements de leurs pas résonnaient entre les murs qui tremblaient par moments à cause des explosions dehors.

Link et Zelda débouchèrent enfin dans le grand Hall où des centaines de domestiques couraient en hurlant. C'était l'affolement le plus total. La princesse se fit soudainement bousculer et elle manqua chuter. Quand elle leva les yeux, elle ne vit plus Link devant elle et son cœur accéléra davantage. C'est alors qu'elle reprit pleinement conscience de l'état d'esprit des hommes et des femmes autour d'elle. Pour eux, la princesse n'existait plus. Chacun vivait pour soi. C'était l'esprit de survie...

- Link ! l'appela Zelda en se faisant emporter par un mouvement de foule.

Zelda jeta un regard noir à la femme qui tentait de la pousser sur le côté. Les cris lui faisaient terriblement mal aux oreilles. Elle essayait de calmer ceux qui l'entouraient en leur donnant des indications pour quitter le château, mais personne ne l'écoutait... Un homme la percuta avec tant de bestialité que cela arracha une plainte déplaisante à l'Hylienne. En tombant, Zelda reçut un coup de pied par inadvertance. Plus personne ne faisait attention à elle.

- Link ! appela-t-elle une fois de plus en sentant la panique la gagner à son tour.

Difficilement, elle se releva en grimaçant et on continua à la bousculer pendant qu'elle tenait son épaule endolorie. C'est alors qu'une porte vola en éclats au fond de la salle et les cris s'intensifièrent quand un Gardien fit son apparition. Le sang de la princesse se glaça aussitôt et elle en resta tétanisée, la chair de poule lui parcourait la peau. La machine tira sur la foule en détruisant les piliers qui soutenaient le plafond notamment. Le désespoir fut tel que les domestiques se marchaient littéralement dessus pour parvenir à sortir de cette salle qui allait devenir leur tombeau. Deux mains agrippèrent alors les épaules de la princesse qui se sentit soudainement soulagée. Elle tourna la tête pour regarder Link, mais elle vit à la place un homme qui travaillait habituellement dans les écuries.

- C'est elle qu'ils veulent ! clama-t-il en poussant la jeune fille vers le Gardien. Il faut la livrer avant qu'ils ne détruisent tout !

Un frisson de terreur longea l'échine de Zelda qui commença à se débattre.

- Lâchez-moi ! cria-t-elle en se démenant. Je suis là pour vous aider !

Mais il fit la sourde oreille. L'Hylien exerça une poigne encore plus puissante et il la poussa avec plus de force malgré ses vaines tentatives pour se libérer.

- Link ! hurla Zelda en s'affolant. Link ! Non, laissez-moi !

Elle se débattit avec d'autant plus de rage mais l'homme la secoua vivement pour qu'elle se calme. La princesse vit tout à coup le Gardien se déplacer rapidement vers eux et son souffle se bloqua. Non, elle ne devait pas mourir maintenant ! Pas avant d'avoir sauvé son peuple de Ganon ! Une main se posa sur l'épaule du cuisinier puis le tira brusquement en arrière.

- Lâchez-la ! s'écria Link avant qu'il ne soit trop tard.

- Jamais, pauvre fou ! répliqua l'homme dont le regard reflétait une féroce animosité.

Le chevalier serra lui dents puis asséna un violent coup dans le visage de l'Hylien, ce qui le fit lâcher prise. Link prit le poignet de son amie puis la tira vers l'unique porte encore accessible, le cœur battant à tout rompre. Le Gardien tira un laser qui vint exploser une énième colonne et plusieurs blocs de pierre tombèrent du plafond, ce qui fit d'autant plus hurler les domestiques.

- Link... murmura Zelda, traumatisée par ce qui venait de se produire mais soulagée qu'il soit venu à son secours.

- Il ne faut pas rester là !

Les deux élus durent jouer des coudes pour quitter cet enfer. Mais lorsqu'ils passèrent la porte, une partie du plafond s'écroula totalement et bloqua tous les accès. L'éboulement produisit un bruit assourdissant et souleva un épais nuage de poussière. Derrière les murs, on pouvait entendre les hurlements de détresse et de désespoir. Pour eux, il était trop tard... Le visage de la princesse se décomposa face à cette tragique destruction dont elle se sentait responsable : seul son sceau pouvait arrêter Ganon et ses créatures maléfiques. Zelda s'engagea sur le chemin de sortie, toujours tenue par le Héros jusqu'à ce qu'ils quittent l'enceinte de la forteresse. Dehors, une ambiance de mort se mêlait à celle de la désolation parmi les cris des chevaliers et des Hyliens, parmi les explosions, parmi les écroulements des diverses infrastructures. C'est à peine si Zelda entendit quand son chevalier servant s'adressa à elle :

- Votre Altesse, quels sont vos ordres ? s'exclama-t-il pour couvrir les autres puissants éclats de voix.

À une vingtaine de mètres derrière Link, la princesse vit un chevalier se faire tuer par le coup cruel d'un lézalfos, ce qui la fit sursauter et plaquer une main sur sa bouche en signe de choc. Ses jambes faillirent la lâcher tant ce qu'elle voyait était effroyable à ses yeux.

- Attention ! s'écria Link en se jetant vers elle.

D'un geste vif, il la poussa sur le côté et pourfendit le bokoblin qui s'apprêtait à lui prendre la vie. Le chevalier retira brusquement son épée de son abdomen puis dévisagea la princesse aussi blanche qu'un linge. Elle ne devait pas rester là ! Link allait lui prendre le bras quand d'intenses secousses firent encore trembler toute la citadelle et ses alentours, obligeant Zelda à se tenir au prodige hylien pour ne pas tomber. En même temps, ils aperçurent de fines particules rouges et noires sortir du sol puis s'élever lentement vers le ciel. Un épais nuage de la même couleur apparut derrière le château, tournoya autour et une tête informe se créa à son extrémité : une infâme tête de porc apparut sous leurs yeux avant de rugir puissamment. Les deux élus furent contraints de se boucher les oreilles afin de les préserver de ce cri monstrueux.

- C'est... C'est Ganon... prononça Zelda d'une petite voix, déboussolée.

Ses mains se mirent à trembler de façon incontrôlable. Non, elle n'était pas prête... Son regard se porta sur les points élevés où devaient se trouver les Créatures Divines, au loin. Seulement, il n'y avait rien... Aucun rayon ne visait la Calamité.

- Qu'est-ce que ... ! émit Link avant qu'un lézalfos ne se jette sur eux pour les tuer.

L'Hylien repoussa son attaque en la parant du mieux qu'il put malgré son absence de bouclier. D'autres créatures maléfiques s'élançaient déjà vers eux pour prêter main-forte à leur semblable. Dans un élan de détresse, Zelda leva sa main en direction du Fléau et fronça les sourcils, son cœur battait à tout rompre au sein de sa poitrine.

- Déesse Hylia, j'invoque vos dons en tant que descendante ! implora-t-elle sur un ton ferme en dépit de sa peur.

Hélas, le sceau ne se manifesta pas, strictement rien ne se produisit et cela plongea Zelda dans un profond accablement. Ils allaient mourir... Son peuple allait mourir par sa faute ! Un groupe de chevaliers encerclèrent tout à coup les deux élus afin de les protéger de la nouvelle vague de monstres qui fondaient sur eux. Le roi en personne se présenta et ôta la vie d'un bokoblin qui avait eu le malheur de se jeter sur lui. Pétrifiée, la princesse ne put qu'observer son père se tourner vers elle et le Héros puis s'avancer, le visage fermé.

- Ma chère et tendre fille... commença-t-il avec affliction, son épée royale dans la main. Zelda, j'espère que vous saurez un jour me pardonner. Oswald m'a aveuglé toutes ces années...

Les yeux de la blonde s'agrandirent lentement en entendant cela, cependant le souverain se tourna vers le prodige pendant que ses chevaliers se battaient corps et âme autour.

- Link, voici les derniers ordres de ton roi, déclara Rhoam Bosphoramus Hyrule d'une voix rauque.

Le regard qu'il adressa au Héros fut si intense que ce dernier en eut des frissons et comprit aussitôt la gravité de ce qu'il allait se produire.

- Protège ma fille.

Le souffle de la princesse se bloqua. Elle ne comprenait pas. Du moins, elle ne voulait pas accepter cette réalité... Protège ma fille et non le royaume. Tel était le message du roi que le Héros interpréta. Il hocha la tête d'un air résolu.

- Jusqu'à mon dernier souffle, répondit Link avec détermination.

La bouche de Zelda, dépitée, s'entrouvrit mais Link l'entraîna avec lui vers le chemin reliant la citadelle au château.

- Père ! hurla la prêtresse royale en tendant désespérément sa main vers lui.

La dernière image qu'elle garda de lui fut son visage profondément triste. Zelda éclata en sanglots en suivant machinalement Link qui ordonnait aux gardes d'ouvrir les portes vers la citadelle. Pour la jeune fille, ce n'était plus que de vagues bourdonnements qui l'atteignaient à peine. Parfois, de vifs éclats de lumière orangée venaient briller sur ses yeux et témoignaient d'une déflagration qui avait lieu quelque part autour d'eux. Jusqu'au bout... Jusqu'au bout, elle n'avait rien pu faire. La descendante d'Hylia, déesse protectrice des Hyliens, était dans l'incapacité des plus totales de les sauver. Et la voilà contrainte de fuir... Zelda ne sentait même plus les larmes qui coulaient sur ses joues, comme si elle s'était coupée du monde pour s'en protéger derrière une carapace. Sans doute son compagnon devait-il lui parler, elle ne le savait pas...

Soudainement, elle sortit de sa torpeur quand Link s'effondra devant elle dans un râle rauque. Il tomba à genoux en agrippant ferment le tissu de sa tunique par-dessus son torse. Le jeune homme haletait, la face tournée vers le sol à moitié détruit par un précédent tir de Gardien.

- Link ! s'affola la princesse qui s'abaissa précipitamment.

Une forme noire quitta lentement le corps du Héros, plana sur quelques mètres puis commença à se matérialiser en prenant forme humaine, accompagnée par les cris des citadins dont les maisons prenaient feu ou s'écroulaient. Deux yeux rouges et perçants les fixèrent, le sang de la prêtresse royale se glaça quand elle reconnut Link face à elle. C'était bien le prodige mais sa peau, devenue noire, contrastait avec ses cheveux argentés. Il possédait les mêmes habits que le Héros, le même équipement, seule cette couleur aussi obscure que les Ténèbres les différenciait. Les forces du véritable prodige s'étaient brusquement amenuisées pour donner naissance à cette partie sombre de lui-même.

- Splendide... formula distinctement une voix nasillarde sur leur gauche. Cette créature est un chef-d'œuvre !

Perdue, Zelda regarda le conseiller du roi s'approcher pour rejoindre l'être sombre et dénué de tout sentiment.

- Oswald, prononça la princesse qui passa devant Link toujours au sol. Tu étais du côté de Ganon depuis le début !

Le mage conserva son expression neutre, les mains dans le dos.

- En effet. Puisque nous manquons de temps, sachez seulement que tous vos malheurs sont les fruits de mes actions.

Le regard d'Oswald s'assombrit.

- Votre mère bien-aimée, Princesse, a été empoisonnée suite à mes ordres.

Le monde s'écroula de nouveau pour la princesse, le poids de sa peine lui retomba si brutalement sur la poitrine que son souffle se coupa et lui donna un vif étourdissement.

- Comment ? émit-elle dans un souffle, heurtée par cet aveu.

Oswald ne lui laissa pas le temps d'assimiler correctement ses paroles : d'un geste de la main, il intima à sa création de s'abattre sur Zelda. Elle se reçut un violent coup de poing dans le ventre, ce qui la fit se plier de douleur sans parvenir à geindre. Link releva la tête et fut horrifié de voir la princesse se faire capturer par son double maléfique.

- Va et achève-la quand bon te semble, ordonna Oswald à l'adresse de son sous-fifre.

La part sombre de Link hocha la tête, se tourna vers le Héros puis lui offrit un sourire narquois en plaçant correctement Zelda sur son épaule avant de partir calmement au milieu de l'enfer environnant.

- Princesse ! s'écria le jeune homme avant basculer vers le sol, le souffle court.

Sa fatigue soudaine et son impuissance le clouaient sur place, incapable de poursuivre son ombre pour l'arrêter. Oswald s'approcha de lui.

- Eh bien, tu es arrivé au bout de ton chemin, mon garçon, déclara le vieil homme d'une voix posée. Je dois reconnaître que tu as vaillamment mené à bien ton rôle de prodige et de chevalier servant. Mais maintenant, c'est fini. Ce royaume va disparaître. Toi avec.

Il matérialisa une dague dans sa main et la pointa vers le Héros. Ce dernier serra les dents et tenta de se relever, le cœur battant la chamade à cause de la panique. Oswald brandit son arme et fondit sur le blond en poussant une exclamation étouffée. La lame rencontra une surface vitreuse et éclata en mille morceaux dans un bruit strident.

- Impa ! grogna le vieillard en se tournant vers la Sheikah dont les paumes de main étaient tendues face à lui.

Oswald fit apparaître une autre dague puis l'abattit à nouveau vers le Héros. Suite à un bruit de froissement, Impa tomba entre eux et bloqua son attaque à l'aide de son bouclier magique. Elle jeta un regard assassin à ce traître qui ne méritait que la peine capitale.

- Tu ne lui feras rien, Oswald ! vociféra-t-elle en retirant sa protection. Tu vas payer pour tous tes crimes !

L'assassin recula de quelques pas pendant qu'un long bâton de bois ébène apparaissait dans sa main droite.

- Link, va retrouver la princesse ! Je vais m'occuper de cet enfoiré.

- Je ne peux pas me lever...

- Il n'ira nulle part ! tonna le sorcier en élevant son bâton.

Avant qu'il ne puisse invoquer sa magie, Impa balaya l'air de la main et s'écria :

- Cinétis !

Une dizaine de chaînes dorées à moitié transparentes scellèrent subitement le mage qui s'immobilisa dans son mouvement, la bouche ouverte lors de sa dernière action. Impa fit volte-face pour s'accroupir devant le Héros et plaqua une main contre son ventre, lui coupant net le souffle. Une barrière invisible parut se briser en lui, libérant une partie de ses forces par la même occasion. La Sheikah savait que Cinétis ne tiendrait pas longtemps car elle n'avait pas directement touché son ennemi : elle s'empressa de tracer un cercle virtuel à côté d'elle puis elle poussa Link dedans afin de le téléporter plus loin sur le chemin emprunté par son ombre. Les chaînes magiques qui retenaient Oswald se rompirent l'instant d'après et lui permit de déchaîner toute sa colère.

- Toi ! rugit-t-il en raffermissant sa prise sur son lourd bâton. Tu vas payer pour avoir contrecarré tous mes plans !

- Tu penses parvenir à me faire culpabiliser d'avoir accompli mon noble devoir ?

Le regard de la Sheikah devint encore plus meurtrier et menaçant, elle fléchit les genoux afin de se mettre en position de combat puis dégaina son petit sabre de la défiance.

- J'ai juré de te tuer, Oswald. Tu ne t'en sortiras pas indemne ! s'écria-t-elle en s'élançant vers lui, folle de rage.

Le mage frappa puissamment le sol de son bâton ; les dalles se soulevèrent avec brutalité jusqu'aux pieds d'Impa qui dut bondir sur le côté pour éviter l'imposant bloc de pierre qui sortait du sol. Alors il était bien un Yiga ! Sa compréhension se lut à travers son regard si bien qu'Oswald effectua quelques mouvements avec sa main libre afin de se transformer. Il avait dû rajeunir d'une vingtaine d'années, assez pour déstabiliser la Sheikah.

- Surprenant, n'est-ce pas ? la nargua-t-il en sautant vers elle.

Il vint écraser son bâton à quelques centimètres du pied d'Impa, creusant profondément le sol grâce à son sortilège qui créa une intense bourrasque. Son ennemie fut projetée loin de lui et s'écrasa lourdement sur le chemin en poussant un geignement douloureux. Quand elle vit un jet de flammes fondre sur elle, Impa roula sur le côté pour l'esquiver, le cœur battant à tout rompre. D'un geste vif, elle porta sa main dans le bas de son dos et tira quatre longues et fines aiguilles qu'elle plaça entre ses doigts. Elle les lança aussitôt vers son opposant dans le but de le toucher à des endroits clés. Oswald fit tournoyer son bâton devant lui et un courant d'air ascendant se créa, éjectant les projectiles en hauteur. Il leva immédiatement son arme vers le ciel, cette dernière émit une aveuglante lumière qui obligea Impa à se cacher quelques instants les yeux. De brusques tremblements attirèrent son attention et la forcèrent à regarder sur le côté : deux Gardiens accouraient dans leur direction, ou plutôt dans sa direction. Le point rouge sur sa poitrine ne la trompait pas. Dans un saut instinctif, la Sheikah se jeta au sol pour éviter les deux puissants rayons qui fondaient sur elle.

Ils percutèrent la poste de la citadelle dont le mur vola en gros éclats qui s'écrasèrent vers Impa, soulevant un épais nuage de poussière. Cela vint s'ajouter à l'atmosphère apocalyptique ambiante et terrifiante. Satisfait, Oswald renvoya les deux machines et fit claquer son bâton sur une dalle en pierre, une main posée sur sa hanche. Il venait d'éliminer l'un de ses obstacles de toujours. Une petite boule noire roula jusqu'à ses pieds, elle attira l'attention et les interrogations du Yiga. Ses poils se hérissèrent quand elle se mit à crépiter soudainement. Oswald sauta sur le côté en jurant dans sa barbe au moment où l'objet explosait avec force dans une détonation assourdissante. Au-dessus de sa tête, une silhouette apparut et s'abattit sur lui en rugissant avec férocité. Le Yiga se pencha en arrière pour éviter la lame du petit sabre qui vint dangereusement lui frôler le nez. Impa s'était téléportée au dernier moment dans l'espoir de prendre par surprise son ennemi, ce qui sembla très bien marcher.

D'un mouvement précis, Impa enchaîna en lançant vers lui une nouvelle aiguille qui se logea juste au-dessus de la clavicule du traître pris au dépourvu. Il poussa une plainte rauque tandis qu'il titubait pour lui échapper. Oswald retira la fine arme puis la jeta au sol sans omettre d'accorder un regard destructeur à son ennemie.

- Tu l'auras voulu... grogna-t-il pendant qu'il faisait disparaître son bâton. Moi qui déteste me battre lâchement, je vais devoir m'y contraindre !

Méfiante, Impa fronça les sourcils en restant sur ses gardes. Elle voyait très bien le sang couler de la blessure du Yiga par à-coups. Mais elle craignait pour la suite. Sa cage thoracique fut soudainement bloquée par une force qu'elle ne pouvait voir, respirer était devenu une chose impossible dorénavant. Impa plaqua une main sur sa gorge, les yeux écarquillés tant cela fut rude pour elle. Il lui était aussi impossible de pouvoir prononcer quoi que ce soit.

- C'en est fini pour toi ! aboya hargneusement Oswald qui balaya l'air de vers l'avant.

En suivant cette direction, le sol se souleva jusqu'à Impa, un puissant bloc de pierre la heurta de plein fouet et la propulsa à quelques mètres de là. Elle retomba avec lourdeur en grimaçant. Dans son ventre, une vive chaleur douloureuse se propagea et accentua sa suffocation. Impa plaqua une main sur la terre boueuse tandis que tout son corps se mit à trembler. Elle avait lâché son arme dans sa chute, cette dernière fut ramassée par Oswald qui s'approcha d'elle, le visage sombre. Il fit tourner le petit sabre en appuyant son regard sur la Sheikah qui s'asphyxiait sous ses yeux. Le coup de grâce abrègerait ses souffrances une bonne fois pour toutes.

- Je n'ai aucun honneur à te tuer ainsi, Impa, prononça-t-il d'une voix froide. Crois-moi, je ne fais pas ça pas plaisir. Mais pour atteindre mon but, je serai prêt à tout. Ganon doit... Que...?

Il fut pris d'un soudain étourdissement qui le força à se tenir la tête, les dents serrées. L'air autour de lui parut se refroidir en un claquement de doigt, Oswald frissonna de la tête aux pieds. Involontairement, il tomba à genoux et vit du sang tomber devant lui. Cette vision provoqua chez lui des secousses plus vives encore quand il comprit d'où il provenait. Une de ses mains se porta au-dessus de sa clavicule blessée et s'en écarta ensuite ensanglantée. Son sortilège se rompit instantanément et libéra Impa de son emprise, lui permettant de respirer bruyamment pour retrouver son souffle. À bout de force, Oswald bascula sur le côté pendant que sa vue devenait floue.

- Aur... Aurais-tu oublié... qu'une artère se trouvait... derrière ta clavicule, Oswald ? lui demanda la Sheikah malgré son souffle saccadé. Mort par hémorragie... Tu méritais de mourir dans de... pires conditions !

Les lèvres violettes, Oswald tourna la tête par un mouvement haché. Dans un souffle, il maudit cette femme qui avait toujours été sur son chemin et que jamais il n'avait réussi à éliminer. Avec impassibilité, Impa assista à ses derniers instants en tenant son ventre meurtri. Maintenant, elle devait rejoindre Cocorico, lieu où la princesse la rejoindrait au plus tôt grâce à l'escorte de Link. Était-il parvenu à la tirer des griffes de son ombre ? Derrière elle, une maison explosa, le souffle brûlant de la déflagration frappa le dos de la Sheikah et souleva ses cheveux, comme pour lui rappeler qu'elle-même n'était pas tirée d'affaire. Elle devait quitter cet enfer...

De son côté, Link peinait à courir pour rattraper son nouvel ennemi. Il se sentait exténué et ahanait sous l'effort qu'il fournissait pour tirer Zelda des griffes de son ombre située à une trentaine de mètres devant lui. Dans les rues, des Hyliens affolés couraient dans tous les sens, ils ne savaient pas où se cacher pour rester en vie ni où fuir pour échapper aux Gardiens et aux monstres. Par moments, des toitures s'effondraient à côté du Héros et manquaient de lui faire perdre l'équilibre. Son ombre finit par remarquer que le prodige le suivait, cela parut d'autant plus l'amuser au vu de la situation. Dark Link, puisque cela semblait être son nom, se précipita vers un éboulement, le gravit pendant que Zelda criait de peur puis il arriva sur le toit d'une maison voisine.

- Rejoins-moi si tu le peux, Héros ! s'exclama-t-il avec la même tonalité de voix que Link. Si tu ne veux pas qu'elle meure, tu ferais mieux de me rattraper !

Le blond serra les poings, revigoré par un afflux soudain de rage, et il s'élança à son tour vers le gros tas de débris pour poursuivre cet être maléfique qui n'était autre qu'une partie de lui-même. Link glissa sur l'une des pierres, il se rattrapa difficilement à une charpente qui dépassait puis il se hissa en étouffant un grognement. Il ne voulait certainement pas laisser Zelda entre les mains de ce type ! Arrivé sur le toit noir, il reprit sa course sans lâcher Dark du regard, ce dernier sautait de maison en maison grâce à la force maléfique dont il était animé. Link accéléra en dépit de ses jambes endolories et de son souffle discontinu. Il était chevalier, son entraînement et son endurance portaient leurs fruits dans une telle situation. Le jeune homme sauta par-dessus une ruelle, se réceptionna, fléchit les jambes puis se propulsa vers son ennemi avec la ferme attention de l'éliminer s'il tentait d'attenter à la vie de Zelda.

Dark atterrit sur le toit plat d'une auberge et se retourna pour évaluer sa distance avec son double. Il le rattrapait, ce satané Héros ! L'ombre plissa les yeux et reprit sa route sans y prêter plus attention. L'état dans lequel était Link ne lui permettrait pas de tenir bien longtemps, de toute façon. Quelques mètres devant eux, un rayon blanc fendit l'air horizontalement et explosa une tourelle sur leur droite.

- Lâchez-moi ! s'écria Zelda en se débattant de plus belle.

Maintenant pleinement sortie de sa précédente léthargie, elle asséna un coup de talon agressif dans le front de son assaillant, ce qui le fit chanceler quelques instants et le sonna. Avec agacement, il agrippa fermement les cuisses de la princesse puis la jeta à terre avec barbarie, lui arrachant une triste plainte de douleur.

- Finalement, je vais t'achever sous ses yeux !

Dark dégaina son épée de légende noire, attrapa les cheveux de l'Hylienne pour tirer sa tête en arrière et exposer sa gorge puis il plaça la lame contre sa peau. En voyant cela, le sang de Link se glaça et il ralentit son allure jusqu'à s'arrêter à cinq mètres de son double maléfique. Ses sourcils se froncèrent tant l'heure était grave et la tension à son comble entre eux.

- Oh, contemplez ce regard terrifiant... prononça Dark à mi-voix, faussement impressionné. C'en est presque amusant venant de ta part !

Le chevalier porta sa main au-dessus de son épaule pour attraper la fusée de son épée mais cela n'échappa pas à son ennemi qui aboya :

- Ne t'avise pas de la dégainer ou je la tue sur-le-champ !

Les traits du visage de Link se crispèrent, il fut contraint de laisser tomber son bras le long de son corps. Eplorée, Zelda lui lança un regard plein de détresse en tenant l'avant-bras de Dark, qui se trouvait derrière sa tête, pour ne pas souffrir plus que ça. La voir ainsi fendait le cœur du Héros.

- Le pauvre chevalier qui souffre en voyant sa damoiselle aux portes de la mort... Comme c'est touchant, ricana Dark en appuyant un peu plus contre la gorge de la jeune fille qui geignit. Tu sais qu'au moindre de tes mouvements, je la tue. Alors tu es obligé d'observer, pas vrai ?

Ses iris rouges lui retiraient toute humanité. Comment cet individu pouvait être une partie de Link ? Jamais il n'aurait fait de mal à Zelda ! Son ombre esquissa un sourire moqueur.

- Regarde, je peux faire tout ce que tu t'interdis ! La blesser, l'injurier, humer son délicat parfum, la toucher... énuméra l'être à la peau sombre. Ah ! Ça me donne une idée.

Tout en gardant son arme contre la peau de sa captive, Dark s'abaissa afin de s'accroupir puis il approcha son visage du sien.

- Contemple la réaction de ton amant quand il verra que je te lèche, susurra-t-il avec malveillance.

Il s'apprêtait à le faire quand Link se jeta sur lui pour le plaquer avec rage au sol, libérant par la même occasion Zelda de son emprise.

- Non ! cria le chevalier avec fermeté.

Les deux combattants roulèrent sur le toit puis basculèrent ensemble dans le vide sous les yeux effarés de Zelda qui se précipita vers le bord.

- Link ! l'appela-t-elle en le voyant heurter la bâche en tissu d'un marchand.

Ils s'écrasèrent pesamment au sol au milieu des décombres. L'épée de Dark tomba quelques pas à côté d'eux dans un fracas désagréable et grinçant.

- Je ne te laisserai pas lui faire du mal ! s'écria Link avec férocité.

Il attrapa son ombre par le col pour l'immobiliser contre les dalles glacées de la citadelle. Dark lui donna un puissant coup de genou pour l'éjecter et s'en libérer. Link dérapa sur les pavés jonchés d'éclats de pierre et grimaça en les sentant s'enfoncer dans sa peau. D'un coup, il bondit sur son ennemi, entoura son abdomen de ses bras puis lui plaqua le dos au sol avec animosité, une fois encore. Hors de lui après ce qu'il venait de se passer et à cause des événements, le Héros lui asséna un coup de poing peu chevaleresque dans le visage.

- Tu crois que Karl serait fier de te voir combattre ainsi ? lui lança Dark avec un sourire narquois.

- Ne parle pas de mon père !

Son ombre lui donna un coup de tête qui fit tomber Link à la renverse. Dark se releva d'un bond et le frappa barbarement avec son pied dans le ventre ; le blond se tordit de douleur, le souffle coupé. Son ennemi reprit en main son épée démoniaque, se posta devant le Héros puis la brandit vers lui.

- Je connais la moindre de tes peurs. Contrairement à toi, tuer un homme ne m'effraie pas !

- Non ! s'époumona Zelda juste avant de le percuter brutalement avec son épaule.

Elle avait trouvé un moyen de descendre pour venir en aide à Link. Son cœur martelait tant sa poitrine qu'elle crut qu'il finirait par en sortir à tout instant. Dark reprit son équilibre puis jeta un regard noir à la princesse, fou de rage.

- Je vais vous tuer en même temps... Ça m'épargnera plus d'efforts !

Une flèche traversa subitement le bras qui tenait son épée, ce qui le fit pousser un grognement de colère. D'un coup, l'ombre du Héros tourna la tête sur sa droite et aperçut un chevalier qui le prenait pour cible, de profil vis-à-vis de lui.

- Toi ! rugit-il en offrant un regard meurtrier à Gauthier.

Ce dernier décocha une nouvelle flèche qui vint se loger dans la cuisse de Dark. Il posa genou à terre en jurant contre le grand blond qui baissa son arc pendant qu'il accourait vers son ami et la princesse. Un vif éclat vint tous les aveugler, l'ombre n'eut pas le temps de réagir quand la Lame Purificatrice lui transperça le ventre. L'épée commença à aspirer tout le Mal en lui afin de s'en nourrir et rendre cette partie sombre à son maître. Les iris rouges de Dark s'ancrèrent dans ceux d'un bleu glacial du Héros, le visage sombre.

- Que... Comment... ? prononça Dark qui se sentait peu à peu disparaître.

Dans un nuage noir, il disparut à l'intérieur la lame bleutée de l'épée de légende et Link perçut un afflux de force qui n'était autre que la sienne. Dans un soupir de soulagement, il rengaina son arme puis se tourna rapidement vers Zelda, les sens en alerte.

- Vous êtes blessée ? s'enquit-il immédiatement.

La princesse se retint de pleurer une nouvelle fois, elle ne fit qu'acquiescer.

- Link ! les interpella Gautier qui courait vers eux, précédemment touché au niveau de l'épaule.

Le Héros tourna la tête, son ami venait en renfort pour leur permettre de fuir.

- Je suis désolé, j'aurais voulu vous trouver plus tôt !

- Merci d'être venu, Gautier, le remercia Link d'une voix grave.

Son compagnon hocha la tête et leur intima de le suivre rapidement.

- Il vous faut passer par la porte Sud ! Nous y évacuons les civils ! les informa-t-il avec empressement. Les Gardiens ont pris d'assaut les autres sorties !

- Où est Conrad ? s'inquiéta le blond avant de baisser la tête pour éviter un débris en plein vol.

Deux grosses explosions eurent lieu dans une rue adjacente et firent trembler le sol. En haut de certaines tours, des Gardiens tiraient sur tout ce qui bougeait.

- Nous avons été séparés ! Ne t'en fais pas pour lui, sa mission est indispensable. Par ici !

Tous trois s'engouffrèrent dans une ruelle où planait une terrible odeur de sang mélangée à celle de la terre retournée. Et déjà, Zelda sentait ses forces s'amoindrir de plus en plus vite... Les cris qui résonnaient partout autour d'elle lui étaient insupportables, surtout ceux des enfants ou de ceux qui perdaient un être cher. La pluie commença à tomber sur la citadelle, le ciel noir qui couvrait le ciel renforçait cette image d'enfer. Link et Gautier ne tardèrent pas à remarquer le souffle sifflant de la princesse et le ralentissement de son allure. Ils s'arrêtèrent soudainement pour s'adapter à la situation.

- Je prends Son Altesse sur mon dos, déclara Gautier en s'avançant vers elle, déterminé. Toi, tu t'occupes des ennemis.

Le Héros approuva et aida Zelda pour qu'elle soit portée par son ami. Tous deux reprirent leur course folle à travers les rues. La princesse ne pouvait qu'assister à l'œuvre de Ganon. Une ville à feu et à sang, un peu plus détruite à chaque seconde...Les crissements mécaniques des Gardiens, la peur des Hyliens... Les éclats de voix de son chevalier servant qui donnait des injonctions aux habitants pour leur dire de fuir avec eux. Mais qui l'écoutait ? Personne ne semblait l'entendre... Zelda se trouvait dans un état second où, par moments, le temps semblait ralentir et tout devenait vague. Elle dévisageait Link, en proie à sa torpeur. Tout ça, elle le savait. C'était de sa faute... Du début jusqu'à la fin, elle n'avait pas été capable d'invoquer le sceau.

- Conrad, où t'étais passé bordel ?! s'emporta soudainement Gautier quand ils arrivèrent au centre d'une placette à une quinzaine de mètres de la porte Sud. Tu ne devais pas mettre autant de temps !

Ici aussi, tout était détruit. Il ne restait que des décombres et des corps sans vie. Conrad courut vers eux, la bride d'un cheval en main . Il fut soulagé de voir Link et la princesse sains et saufs.

- Vite, montez tous les deux et partez ! Vous devez rester en vie ! s'écria-t-il en surveillant les alentours.

Le souffle d'une explosion vint soulever leurs cheveux et leur brûler le visage. Link passa ses mains sur la taille de la princesse puis la déposa sur le devant de la selle, le cœur battant la chamade. Il mit son pied dans l'étrier puis se hissa derrière elle après avoir pris les rênes.

- Conrad, mer... commença-t-il, la voix tremblante.

- Ne me remercie pas ! Dépêche-toi de partir, vite !

Une puissante secousse fit perdre l'équilibre aux deux chevaliers et provoqua le hennissement apeuré du cheval. Trois Gardiens apparurent, les poils de Link se hérissèrent quand ils chargèrent leurs rayons mortels.

- Gautier, Conrad ! s'affola-t-il en portant une main à son bouclier. Fuyez !

Brusquement, le brun gifla violemment la croupe du cheval qui se cabra en hennissant.

- Dégage de là ou je te jure que tu vas le regretter ! hurla Gautier en préparant son écu.

La monture partit prestement au galop. Un Gardien se lança aussitôt à leur poursuite, délaissant les deux chevaliers. Cependant, Gautier s'interposa en poussant un hurlement de rage. Mais face à un tel monstre de technologie, que pouvait-il bien faire ? Le sang de Link se glaça et sa bouche s'ouvrit pour hurler. Le Gardien leva une de ses pattes et l'abattit sur le chevalier afin de le transpercer de ses griffes acérées. Conrad se jeta sur son ami et l'expulsa sur le côté, ce qui le fit chuter dans un fossé caché aux yeux des ennemis. Le souffle du Héros se figea quand il vit les serres de la machine traverser l'abdomen de Conrad puis le jeter à des mètres de là.

- NON ! s'époumona Link, horrifié.

Sa tête se mit à tourner à cause des vertiges dont il était la proie. Le cheval passa la porte Sud et s'enfuit sur la plaine d'Hyrule, affolé. Mais les deux cavaliers étaient loin d'être en sécurité. L'un des précédents Gardiens leur tira dessus et toucha de plein fouet l'équidé. Les élus furent projetés en avant et heurtèrent lourdement la boue en poussant une triste plainte. Avec difficulté, Zelda se redressa sur ses avant-bras en serrant les dents à cause de la douleur. Elle venait encore de sortir de son état second de panique. À côté d'eux gisait le cadavre de leur cheval.

- Link ! s'exclama-t-elle en se jetant vers lui.

Il était allongé sur le dos et se tenait le flanc en grimaçant. La peau de son visage était terriblement pâle, ses lèvres tremblaient à cause du traumatisme qu'il venait de vivre.

- Con... Conrad... articula-t-il, la gorge nouée.

Link avait envie de pleurer mais il en était incapable... Tout à coup, Zelda se coucha sur lui et plaqua une main sur sa bouche, son rythme cardiaque s'envolant d'autant plus dans sa poitrine. Au milieu des hautes herbes, ils devenaient invisibles aux yeux du Gardien qui accourait dans leur direction. Au bout milieu de cette pénombre profonde, il ne pouvait les discerner. Il resta un long instant là en quête de ses proies puis revint vers le château pour poursuivre le massacre. La princesse se releva, toujours alarmée, et prit la main de Link pour la soulever et regarder son ventre. Fort heureusement, cela n'avait pas l'air une blessure mortelle. Puisqu'elle non plus ne parvenait à parler, elle aida Link à se relever afin de s'éloigner le plus possible de la citadelle. Une éblouissante lumière orangée envahit le ciel et attira l'attention de la princesse désespérée. À travers le reflet de ses yeux, on pouvait voir les immenses flammes qui dansaient macabrement et s'élevaient, emportant avec elles tout ce qui se trouvait sur leur passage. L'effroyable brasier provenait de la cathédrale, il ravageait tout dans ses environs... Cette vision arracha les dernières forces qui restaient à Zelda. Les... Les Créatures Divines n'étaient pas non plus intervenues. Cela signifiait que Ganon avait pris leur contrôle... comme pour les Gardiens ?

L'Hylienne fut prise d'un haut-le-cœur. Les autres prodiges... Cela voulait dire... qu'ils avaient été tués ? Elle pressa une main contre son ventre quand l'effroi recommença à prendre le dessus sur elle et lui glaça le sang. C'était la fin. La Calamité était parvenue à son but, son déchaînement détruisait absolument toute forme de vie.