La joie fut si vive, si intense pour Zelda quand elle revit Impa, dorénavant une vieille Sheikah centenaire qui avait encore toute sa tête, que la jeune fille ne put retenir ses larmes d'émotion. Évidemment, Impa donna une fête le soir même en l'honneur du retour de la princesse mais aussi de leur victoire après ces cent ans de domination par le Mal. Lors du repas, Impa put raconter à sa jeune protégée quelles épreuves elle avait surmonté mais aussi les quelques heureux événements dont la naissance de sa fille puis de sa petite-fille : Pahya. Cette dernière mangeait à côté du Héros et prêtait attention à ses moindres faits et gestes. Le voir si ouvert et heureux en présence de la princesse provoquait un pincement au cœur à la jeune Sheikah dont les doutes la tiraillaient.

- Malgré les souvenirs qui me revenaient peu à peu, il y avait toujours une ombre qui les laissait incomplets, expliquait Link en tenant un bol de riz entre les mains. Puisque je n'avais encore aucun souvenir de la princesse, je n'arrivais pas à me rappeler distinctement de tout... Mais grâce à Asarim, j'ai enfin pu combler le vide qui me rongeait.

- Asarim ? répéta Zelda, le regard interrogateur.

Link hocha la tête.

- C'est un Piaf qui était l'apprenti de Cassius. Il a hérité de grand nombre de ses chants ainsi que de toutes ses études à propos des sanctuaires. Croyez-moi, Asarim m'a été d'une aide précieuse ! Il m'a même remis notre photo prise le jour de la cérémonie d'intronisation.

- Je me souviens, sourit la princesse. J'aimerais beaucoup la revoir.

Son chevalier servant lui apprit que la photographie se trouvait actuellement chez lui, dans sa maison familiale qu'il avait rachetée au prix de nombreux efforts. Link eut l'occasion de raconter toutes ses péripéties après celles d'Impa, tout le village semblait boire ses paroles avec une admiration inconditionnelle. Lors du dessert, quelques musiciens entamèrent des chants traditionnels assez entraînants mais le jeune homme préféra déguster son gâteau et goûter aux plaisirs de la paix. Dorénavant, il pourrait dormir sur ses deux oreilles sans craindre pour sa vie ou celles des autres.

- Impa, seras-tu en mesure de m'aider pour la reconstruction du royaume ? lui demanda la princesse inquiète. J'aurais besoin d'une conseillère mais au vu de ton grand âge...

La Sheikah se donna une petite tape sur la cuisse en esquissant un sourire malicieux.

- Ne m'enterrez pas avant l'heure, Princesse ! Vous pouvez compter sur moi quelques années encore. J'enseignerai mon rôle à Pahya afin qu'elle prenne la relève.

- Moi ? s'étonna la concernée. Mais... Mais je n'y connais rien !

- Voilà pourquoi j'ai employé le mot "enseigner", ma petite.

Sa grand-mère lui adressa un clin d'œil complice qui mit la jeune femme dans l'embarras. Devenir la conseillère de la future reine, c'était un privilège et un honneur immenses ! Mais aussi un très lourd devoir. Pahya vit le prodige se lever à côté d'elle puis tendre une main à la princesse.

- Accepteriez-vous de danser avec moi ? se risqua-t-il à lui demander tandis que son cœur s'emballait légèrement.

- Link, tu sais bien que je n'aime pas vraiment ça...

Il esquissa un étrange sourire presque espiègle.

- Vous aviez spécifié que c'était le cas quand il s'agissait de cavaliers nobles, prétentieux et fiers de s'afficher avec vous. Est-ce mon cas ?

Zelda fronça les sourcils en le dévisageant sérieusement puis elle croisa les bras.

- Tu joues avec mes mots.

- Durant mon amnésie, j'ai appris à danser à Elimith car je sentais que j'en aurais besoin un jour. Après tous mes efforts, vous refuseriez ?

- Oui.

Link soupira, dépité. Il devait s'y attendre... Son air déconfit parvint à amuser la princesse malgré sa volonté de rester de marbre. Elle se montra moins intransigeante et décroisa les bras.

- Peut-être devrais-je revoir ma réponse si tu parviens à me convaincre de danser ? énonça-t-elle en l'observant avec malice. Mais je doute que cela fonctionne.

L'Hylien se mit aussitôt à réfléchir à ses futurs arguments, motivé pour atteindre ses buts. Tous deux ne prêtaient même plus attention à Impa et Pahya qui suivaient leur conversation de près.

- Je suis un homme courtois et respectable. Je danse divinement bien et après des mois de combats, je suis parvenu à défaire le Mal. Est-ce suffisant ?

- Je vous trouve bien prétentieux, monsieur le Héros, répliqua Zelda qui inclina légèrement la tête sur le côté.

- Face à la plus incroyable des femmes, il faut bien se mettre en valeur.

- Me flatter ne vous aidera pas.

Les épaules de Link s'affaissèrent quand il comprit que c'était peine perdue pour lui.

- J'abandonne, vous restez toujours aussi inaccessible...

Il s'éloigna pour s'asseoir sur les marches de l'auberge, à une vingtaine de mètres de là. Impa adressa alors un regard interrogateur à la princesse qui semblait pourtant le voir attristé.

- Pourquoi ce refus, Votre Altesse ? Pour vos retrouvailles...

- Je le sais bien, Impa, soupira Zelda en posant son visage sur sa main. Mais ne précipitons pas les choses. La libération du royaume, le sceau, les retrouvailles, tout s'est passé si rapidement... Nous avons toute la vie devant nous pour nous adonner à ce que nous voulons. Mais pas ce soir... J'ai besoin de recul.

La vieille Sheikah fronça les sourcils.

- Il suffisait de lui dire. Regardez-le... Sans mauvais jeu de mot, on dirait qu'il attendait cette danse depuis un siècle.

Elle chercha le regard de Zelda qui désirait désespérément à fuir celui de sa nourrice. Finalement, l'Hylienne se leva silencieusement puis se dirigea vers Link en se tenant les mains. De sa place, Pahya le vit échanger quelques mots avec le jeune homme dont le regard s'illumina d'une nouvelle flamme. Cependant, ce que venait de lui dire Zelda n'était pas son accord pour danser. Le cœur un peu lourd, Pahya émit un discret soupir.

- Impa, il n'y a pas de nobles, c'est bien ça ?

- En effet, ils ont presque tous péri lors de l'attaque du Fléau. Les quelques rescapés n'ont pas l'air d'avoir eu de descendants.

Inquiète, la jeune femme se tourna vers sa grand-mère.

- Mais alors la princesse Zelda devra épouser un noble étranger...

- Si c'est ce qu'elle souhaite, elle en aurait le droit, bien sûr. Je doute pourtant que ce soit sa préoccupation actuelle.

Zelda revenait justement vers les deux femmes ; elle ne reprit pas place à leurs côtés mais leur souhaita seulement de passer une bonne nuit car elle était éreintée. La princesse rejoignit la demeure d'Impa où une chambre lui avait été réservée. Quant à Link, il entra dans l'auberge pour se coucher à son tour. Une trentaine de minutes plus tard, les villageois sheikahs rangèrent les objets de festivité et purent regagner tranquillement leur maison en discutant de vive voix. La nuit était douce, aucun nuage ne recouvrait le ciel étoilé ni même la lune. Sur les toits, une ombre se faufila furtivement, elle épiait les alentours avec attention et n'hésitait pas à rester immobile de longues secondes s'il le fallait. Elle finit par sauter puis se réceptionna silencieusement au sol avant de courir vers la maison de la cheffe sheikah. Une nouvelle fois, la silhouette escalada la façade et se glissa à travers la fenêtre volontairement laissée ouverte. La faible lueur d'une bougie posée sur la table de nuit éclairait le visage fatigué de Zelda.

- Tu es enfin là. J'ai bien failli m'endormir... prononça-t-elle en se retenant de baîller.

- Veuillez m'excuser. Je serais bien venu plus tôt mais j'aurais été aperçu et découvert.

Elle hocha lentement la tête.

- Merci d'être venu, Link.

Dans la pénombre, il esquissa un sourire puis s'approcha du lit jusqu'à s'asseoir au sol, adossé au matelas. L'Hylienne souffla sur la flamme et l'obscurité envahit immédiatement la pièce, ne laissant qu'un rayon de lune entrer par la fenêtre. Un peu plus tôt, Zelda avait demandé à son chevalier servant s'il voulait bien lui tenir exceptionnellement compagnie pour cette nuit car tous les événements et les précédents traumatismes l'effrayaient. Sa présence, au moins pour une nuit, lui permettrait de surmonter ses peurs et de prendre réellement conscience qu'il n'y avait plus de danger.

- Puis-je te prendre la main ? demanda-t-elle dans un chuchotement en dépit de son hésitation.

- Oui, bien sûr.

À tâtons, ils cherchèrent leur main respective. Leurs doigts s'effleurèrent et Link attrapa la main de sa damoiselle qu'il serra délicatement pour la rassurer. Se voir, se parler, se toucher, tout cela n'avait plus de prix pour eux. Juste se tenir représentait bien plus que les centaines de mots qu'ils pourraient s'échanger pour témoigner de leur soulagement et de leur joie.

- Tu t'es senti seul, n'est-ce pas ? Tous ces mois à voyager à travers le royaume pour accomplir ton devoir malgré ton amnésie... Je regrette sincèrement de ne pas avoir été là pour t'épauler, murmura-t-elle la tête tournée vers le plafond.

- Vous faisiez déjà bien plus pour le royaume. Dès l'instant où j'ai appris que vous conteniez Ganon, j'ai mis de suite mes problèmes personnels de côté. Même si je n'avais aucun souvenir de vous, je savais que je devais vous sauver. J'en avais la profonde conviction. Je n'ai fait qu'achever votre travail.

Parmi le noir, la blonde soupira pendant qu'elle pressa un peu plus la main de son compagnon.

- Je suis perdue... avoua-t-elle finalement. Je ne sais pas quoi faire maintenant que Ganon est vaincu. Je n'ai encore jamais véritablement appris à gouverner un royaume. Mon père... n'a pas eu le temps de m'enseigner.

Son cœur se pinça tristement.

- Quant à ma mère, puisqu'elle a été empoisonnée sous les ordres d'Oswald...

Sa voix se perdit dans un murmure, les lèvres de Link se décollèrent car il était surpris qu'elle connaisse la vérité. Ah, c'est vrai... Ce traître d'Oswald lui avait sèchement et cruellement annoncé cette vérité le jour où Ganon attaquait la citadelle.

- Alors vous... vous le savez... prononça le jeune homme en posant l'arrière de sa tête sur le matelas. Pardonnez-moi, Princesse. Je n'ai pas voulu vous le dire pour vous préserver de cette terrible vérité.

Il ne put voir l'air peiné de Zelda.

- Tout à l'heure, quand j'en ai parlé à Impa et que tu n'étais pas là, elle m'a tout raconté. Je ne peux pas t'en vouloir, Link. Tes intentions restent nobles. Impa m'a aussi dit que tu comptais me l'apprendre après avoir vaincu le Fléau. Je pense... que c'était en effet la meilleure des manières.

Sa tête toujours posée sur le lit, Link tentait de discerner le plafond. Durant un long instant, il parut hésitant, ses yeux étaient plissés et son bras libre tremblait avec une certaine discrétion. Finalement, le chevalier apporta la main de la princesse à sa bouche pour y déposer un baiser lourd de sentiments. Quand elle sentit ses lèvres presser sa peau, Zelda frémit et profita de cet instant court mais intense.

- Maintenant que la cour n'existe plus, je me sens bien plus libre avec vous, énonça-t-il sans dissimuler un certain soulagement. Je pense que vous l'avez déjà remarqué mais... je suis bien plus ouvert au monde. Maintenant, je ne sais même plus si je peux vous appeler par votre prénom ou si je dois persister à vous appeler par votre titre.

Zelda esquissa un sourire tandis qu'elle sombrait déjà dans le sommeil.

- Quand nous sommes en compagnie d'autres personnes, appelle-moi par mon titre. Mais si nous sommes seuls...

Sa voix commençait déjà à se perdre dans un souffle.

- Tu peux m'appeler par mon prénom.

Il ne lui fallut guère plus de temps pour s'endormir, bercée par le sentiment de sécurité et de plénitude que lui procurait Link. Ce dernier ne put s'empêcher de sourire à son tour après avoir constaté le sommeil de sa damoiselle. Pourtant, il persista à lui tenir la main au moins jusqu'au matin suivant s'il le pouvait, puis il reviendrait à l'auberge afin qu'Impa ne les trouve pas ensemble.

Ils restèrent encore deux jours à Cocorico pour jouir d'un repos bien mérité et commencer à méditer sur leurs futurs projets concernant l'avenir du royaume. Bien entendu, Zelda aurait préféré demeurer encore un peu avec Impa mais elle voulait accompagner Link à Elimith puisqu'il désirait s'y rendre. Ce village se trouvait à moins de deux heures de Cocorico, le trajet se fit à pied pour mieux profiter des paysages et de cette nouvelle liberté dont bénéficiait Hyrule. Par moments, Zelda repensait à son père ainsi qu'aux autres prodiges défunts ; et même si sa peine avait eu le temps de s'atténuer un peu en un siècle, la jeune fille n'en restait pas moins triste.

Une quarantaine de minutes après leur départ, elle marchait à côté de Link sur un petit sentier bordé par l'herbe et les fleurs. À leur droite se trouvait une légère pente. Les chants des criquets accompagnés des froissements de l'air sur la flore lui rappelaient de précieux moments passés. Avec curiosité, l'Hylienne observait toujours les alentours dans l'espoir de voir quelques animaux sauvages ou végétaux rares. Zelda remarqua alors quelque chose dans l'herbe et accourut avant de s'accroupir, dos à son compagnon surpris par sa soudaine action.

- Viens voir, Link ! l'appela-t-elle à travers une voix qui trahissait un sourire.

Le jeune homme s'approcha et montra un certain intérêt.

- Serait-ce encore une grenouille ? lui demanda-t-il en redoutant les pensées de la princesse.

Elle rit et lui fit face, les mains jointes pour cacher ce qu'elle tenait. Zelda s'avança vers lui tandis que Link s'agenouillait à son tour, prêt à voir un amphibien semblable à celui d'un siècle auparavant. L'Hylienne ouvrit alors ses mains et présenta ses deux paumes vides en souriant malicieusement. Link en resta sans voix et observait ses doigts sans comprendre. Pourquoi n'y avait-il rien du tout ?! Il se mit à chercher frénétiquement devant leurs genoux une éventuelle grenouille qui se serait échappée mais la princesse lui empoigna les épaules en riant chaleureusement.

- Je t'ai eu ! se réjouit-elle en le poussant sur le côté pour le faire basculer dans la pente.

Link poussa une exclamation de surprise et l'attrapa instinctivement par le bras pour l'entraîner avec lui afin de partager le même sort. Tous deux roulèrent dans l'herbe verdoyante qui menait à une clairière en se retenant d'émettre la moindre plainte. Lorsque le sol revint plat, ils s'arrêtèrent et Zelda finit au-dessus du jeune homme en maudissant le hasard. Comme si cela ne suffisait pas, les fronts collés l'un à l'autre, Link la tenait toujours par le bras. La princesse soupira puis vint caler sa tête au creux de son cou pour profiter de ce doux instant d'insouciance. Link préféra passer ses mains dans son dos pour la serrer contre lui. Ils faisaient partie des derniers représentants du siècle passé. Peu de personnes avaient connaissance de leur différence de classe sociale. Rien ne les empêchait de franchir le pas et de vivre enfin ensemble. Mais ils ne s'en sentaient pas encore capables. La guerre, le Fléau, la destruction du royaume... Tout cela restait encore trop récent pour eux. Il fallait d'abord apprendre à aller de l'avant.

Link observa calmement le ciel au-dessus de lui, les nuages se déplaçaient avec lenteur au gré du vent de l'Est. Il ne savait pas ce que lui réservait l'avenir, ni même comment évoluerait sa relation avec Zelda. Link se demandait maintenant comment se reconstruirait le royaume. Combien de temps faudrait-il pour rebâtir la citadelle d'Hyrule et restaurer le château ? Quelqu'un écrirait-il tous les événements précédant et suivant le retour du Fléau, Ganon ? Tant de questions qui ne demandaient qu'à être résolues.

- Zelda, je vous aime, énonça-t-il pour la deuxième fois de son existence comme si c'était devenu une nécessité.

Il perçut ses lèvres s'étirer contre sa peau et l'Hylienne releva légèrement le menton pour ancrer ses yeux dans les siens. Ses iris verts le transcendèrent d'autant plus, eux qui reflétaient une vivacité et une intelligence remarquables.

- Après tout ce temps, aurais-tu oublié la réciprocité de mes sentiments ? le questionna-t-elle avec allégresse.

Link secoua légèrement la tête.

- J'attendais... un baiser de votre part, avoua-t-il en fuyant son regard.

Le cœur de la princesse bondit dans sa poitrine et un vif sentiment de joie se propagea dans tout son être. Après avoir réuni son courage, elle déposa un tendre baiser sur son front puis se releva quand ses joues s'embrasèrent. Le souffle du Héros se coupa involontairement et son ventre se tordit de façon fort agréable. Il se redressa et porta une main sur son front pour l'effleurer, le visage faiblement rougi.

- Un peu de patience, sourit Zelda qui ne revenait pas elle-même de ce qu'elle venait de faire.

Link se remit à son tour debout, il épousseta son pantalon ainsi que sa tunique puis détourna la tête, quelque peu déçu. Toutefois, si la princesse se montrait réticente à lui accorder un baiser pour le moment, il ne la forcerait pas. Ensemble, ils se remirent en route dans un calme apaisant apporté par la nature environnante. Dans le but de réconforter son compagnon, Zelda lui prit la main en esquissant un sourire serein. Elle sentit les doigts de Link se crisper quelques secondes puis il raffermit un peu son emprise car il était content de pouvoir tenir ainsi la princesse. Dorénavant, ils étaient libres de se dévoiler un peu plus au monde. Personne ne viendrait leur jeter les codes de la noblesse au visage. Zelda pourrait même décider de les réécrire si elle le désirait. Néanmoins, elle restait vigilante : changer les normes d'une société demeurait extrêmement complexe et délicat.

- Link, tu penses que nous pourrions vivre ensemble ? demanda soudainement Zelda tandis qu'un vent passait sur la plaine et créait des mouvements de vague sur l'herbe.

Il tourna prestement la tête vers elle, les sourcils haussés.

- Vous voulez dire... habiter sous le même toit et partager le même quotidien ?

- Bien sûr, répondit-elle en retenant un rire de gêne. Peut-être que je devrais renoncer à mon titre de princesse... Ce royaume s'est très bien débrouillé sans moi durant un siècle.

- Mais il a besoin de quelqu'un pour le guider maintenant que Ganon a été vaincu ! Vous ne devriez pas abandonner votre titre... Qui va unir tous les peuples si vous n'êtes pas là ?

La jeune fille inspira profondément avec discrétion. Jusqu'à présent, elle n'avait jamais été pleinement épanouie en restant au château. Peut-être qu'en fin de compte, être princesse ne lui convenait pas...

- Link, ce matin j'ai longuement réfléchi. Si je forme un conseil réunissant un membre de chaque peuple, un peu à l'image des cinq prodiges, je pourrais créer un gouvernement à la tête de notre royaume. C'est ce qu'il y aurait de mieux à faire... Je suis convaincue que cette décision est bonne.

Sa main libre vint se poser contre sa poitrine pendant qu'un sentiment de plénitude s'emparait d'elle. Oui, elle en était sûre. Ce serait un système plus égalitaire qui conviendrait à tous et permettrait d'aller de l'avant.

- Si je renonce à mon titre, j'aurais enfin une vie normale, ajouta-t-elle avec émotion. Je serai libre de toutes les contraintes qui m'étaient jusqu'alors imposées. Notre relation sera acceptée par tous, tu pourras me faire découvrir ta manière de voir la vie et le monde ! Et si nos sentiments persistent et se renforcent encore plus, peut-être... peut-être pourrions-nous aspirer à ce futur commun que nous souhaitons tous les deux ?

Link cessa subitement de marcher, sans voix. Il n'arrivait pas à croire ce que sa compagne venait de dire. Était-ce un rêve ? Ou bien une hallucination ? L'Hylienne lui adressa un regard interrogateur mêlé à une pointe d'inquiétude.

- Link ? Ah, c'est certainement un peu soudain venant de ma part, voire un peu tôt...

Elle se prit la tête d'une main, visiblement très embarrassée.

- Suis-je stupide ? Je ne devrais pas de dire de telles choses maintenant... Nous avons encore tant à faire avant d'en arriver là.

Zelda n'eut pas le temps de réagir quand le chevalier la prit soudainement dans ses bras pour la serrer avec force. Pour lui, c'était inespéré. Le mariage restait encore une notion abstraite et trop lointaine mais rester auprès de sa damoiselle... Voilà bien quelque chose qui ravivait une gaieté profonde et vive en son sein. Il cala sa tête contre celle de Zelda tandis qu'une vague de chaleur s'emparait d'eux. La princesse esquissa un sourire serein et posa ses mains sur le dos de Link pour l'étreindre à son tour.

- Je ne pensais pas que cela te rendrait si heureux...

- Zelda, tout ce que vous m'accordez est bien trop pour un simple roturier tel que moi... Je ne saurais vous exprimer ma gratitude qu'en la manifestant par la joie. Jamais je n'aurais pensé que vous puissiez m'accepter...

Les sourcils de la blonde se froncèrent.

- C'est malheureux à avouer mais sans... sans Ganon, cela n'aurait jamais été possible.

- J'en suis conscient.

Zelda leva les yeux pour contempler le ciel. Elle savait que repenser au passé ne l'aiderait pas à le surmonter ni même à aborder l'avenir. Mais ce n'était pas pour autant qu'il fallait l'oublier. Tous deux s'écartèrent sans se lâcher des yeux. Leur regard intense les embrasait corps et âme. Les mots furent inutiles pour qu'ils décident de reprendre la route au même instant. En effet, Link se montrait bien plus ouvert et naturel avec la princesse qui commençait enfin à voir sa véritable personnalité. Cela ne lui déplaisait pas, au contraire ! Elle avait enfin le sentiment de le connaître et de mieux le comprendre. Et dire qu'il a fallu qu'une catastrophe arrive pour que Zelda puisse découvrir véritablement son compagnon.

Leur trajet se termina dans la bonne humeur et la joie de retrouver Elimith. Aux portes du village, son chef Baldinn vint accueillir Link à bras ouverts pour le féliciter et le remercier mille fois d'avoir tiré le royaume des griffes du Fléau. Le Héros présenta ensuite Zelda pour lui apprendre qu'elle était la princesse en personne, protectrice d'Hyrule durant les cent dernières années. Baldinn tomba à genoux devant elle et fondit en larmes tant son soulagement fut vif. Les autres villageois accoururent pour les accueillir et les remercier. Tous deux étaient acclamés comme des héros et nombreux furent les Hyliens à vouloir leur offrir des présents en gage de reconnaissance. Mais Zelda et son chevalier servant refusèrent poliment car cela ne les intéressait pas : le simple fait de savoir le royaume hors de danger leur suffisait. Après une longue heure de discussion avec les villageois, ils furent pris à part par Baldinn qui les mena jusqu'à chez lui. Une fois dans sa main, il remit à Link une vieille enveloppe poussiéreuse et abimée que le temps rongeait depuis des décennies.

- Voici une lettre que mon père a lui-même hérité de son père, l'informa le chef en souriant discrètement. Elle est adressée à Link, fils de Karl et d'Adélaïde. J'hésitais à te la remettre car je n'étais pas entièrement sûr qu'elle te soit destinée... Mais maintenant, j'en suis persuadé. Elle te revient de droit, Link.

Intrigué, le chevalier prit l'enveloppe à la forte odeur de vieux papier puis il regarda brièvement Zelda qui semblait l'inviter à l'ouvrir. Le jeune homme remercia Baldinn avant de quitter sa demeure pour se rendre à sa propre maison. La princesse le suivit silencieusement. Elle se demandait ce qui était dit dans cette lettre. Et surtout, qui en était l'auteur ? Une fois le petit pont dépassé, Link alla s'asseoir sous l'immense chêne qui avait eu le temps de pousser depuis que son père l'avait planté. Avec précaution, il ouvrit l'enveloppe et en tira la lettre.

« Mon cher et tendre fils,

Voici trente-huit années que tu reposes au Sanctuaire de la Renaissance, enfermé dans ta prison d'eau. Je suis devenue une vieille dame, maintenant. Les belles années de ma vie sont loin derrière moi, l'Autre Monde ne cesse de m'appeler au fil des jours. Depuis le retour du Fléau Ganon, les terres d'Hyrule sont infestées de monstres, des voyageurs sont chaque jour attaqués voire tués. J'ai entendu dire qu'une dizaine de villages avaient été dévastés et rayés de la carte. Les populations ont fui vers Elimith ou Ecaraille. Le royaume se meurt peu à peu. Mais j'ai espoir que tu te réveilles un jour pour sauver ce qu'il en reste.

Une certaine Pru'ha m'a dit qu'à ton réveil, tu pourrais tout avoir oublié. Mon pauvre fils... Tu as dû être si seul... Comme je m'en veux de ne pas avoir été là pour t'accueillir de nouveau parmi nous. Je t'ai laissé ton carquois que tu aimais tant. Je sais que cela te fera plaisir. Quant à la maison, je vais demander au chef actuel du village s'il veut bien la conserver jusqu'à ton retour. Je ne peux pas accepter l'idée que mon fils n'ait pas de toit pour dormir ! Enfin, je ne sais plus quoi te dire, à part te transmettre tous mes regrets.

Parlons plutôt de ton futur, veux-tu ? Cela me réchauffera le cœur, j'en suis certaine. J'espère que notre royaume pourra renaître de ses cendres et se reconstruire. Si la princesse est toujours parmi nous, aide-la dans sa nouvelle tâche et épaule-la comme tu as toujours su le faire. Trouve-toi une femme aussi. Je sais bien que tu appréciais les brunes quand tu étais petit. Je veux une belle-fille douce mais avec un brin de jugeote, mon fils ! Et des petits-enfants, aussi. Ah, je sais bien que tu n'as jamais eu la tête à ça, mais tu sais ô combien j'en aurais été heureuse. Veille à toujours manger à ta faim et à dormir convenablement. Economise quelques rubis pour tes vieux jours et profite de ta jeunesse pour parcourir nos magnifiques terres, si ce n'est pas déjà fait. J'espère que tu viendras nous voir, avec ton père. Si jamais je ne suis plus de ce monde à l'heure où tu lis cette lettre, je devrais me trouver aux côtés de Karl. Au moins, nous serons réunis pour toi. Ne sois pas triste. La vie a tant à t'offrir qu'il serait dommage de passer à côté à cause du passé, tu ne penses pas ? Si la maison est restée inchangée à ton retour, va dans l'abri derrière. Tu trouveras une peinture où nous sommes tous les trois ensembles. Oh, et aussi la photo où tu étais tombé dans la mare devant la princesse ! J'ose espérer que le temps ne les aura pas endommagées...

Ton père et moi avons été très fiers de toi. Nous t'aimons de tout notre cœur, Link. »

- Link ? l'appela timidement Zelda dont l'inquiétude transparaissait à travers la voix.

Il releva la tête, les lèvres frémissantes, tandis que de discrètes larmes roulaient lentement sur ses joues. Cette vision fit bien mal à la jeune fille qui se sentait impuissante. Elle posa une main sur la joue du Héros afin de l'essuyer avec douceur pour le réconforter. Link baissa la tête et attrapa la main de sa compagne pour la serrer.

- C'est... C'est une lettre de ma mère, lui apprit-il. Excusez-moi, je me suis laissé aller... Dès que j'ai appris mes cent ans d'absence, j'ai su que je n'avais plus de famille. Mais en lisant cette lettre, le chagrin que je pensais avoir enfoui au fond de moi m'a de nouveau submergé.

- Est-ce que tu as besoin d'être seul ? Je peux te laisser, si tu veux.

Le jeune homme hocha négativement la tête.

- Ce ne sera pas nécessaire, je vous remercie.

Link plia soigneusement la lettre, la contempla quelques secondes puis la rangea dans l'une de ses poches avant de se diriger vers l'abri à l'arrière de la maison. Depuis son rachat, il n'y était jamais allé. C'était donc le moment de découvrir s'il ne manquait rien. Déterminé à trouver les objets de son attention, Link marcha à grand pas derrière la bâtisse, ouvrit la porte de l'abri et y entra sans prendre en compte le martèlement de son cœur dans sa poitrine. Il trouva quelques étagères effondrées, de vieilles caisses rongées par le temps et même son premier bouclier en bois façonné par son grand-père. Le chevalier eut une bouffée de nostalgie qui lui tordit les tripes. Il reviendrait plus tard pour fouiller un peu mieux. Pendant que Zelda l'observait, Link soulevait tout ce qui lui venait sous la main, il déplaçait de vieux paquets ou même des petites planches qui lui obstruaient la vue. Finalement, l'Hylien trouva le cadre qui contenait la peinture de sa famille et dont une fissure se dessinait sur le verre fin. Ému, il l'approcha de son visage afin de mieux la discerner. Revoir ses parents ainsi que lui étant en bas âge, cela lui arracha un sourire.

- J'ai bien changé, se réjouit-il en dissimulant un trouble plus profond.

- C'est vrai, tu étais attendrissant, rit-elle pendant qu'elle se penchait par-dessus son épaule.

Link la contempla tandis que son cœur se serrait agréablement. Il aimait vraiment la voir ainsi.

- Comment me préférez-vous, Zelda ?

Celle-ci cessa de rire, les yeux agrandis à cause de son incompréhension soudaine. Quelle était donc cette question ? Elle décroisa les bras en affichant un air dépité.

- Mais Link, ton apparence m'importe peu...

- Je ne vous crois pas, le physique compte dans l'attirance.

Zelda parut fort embarrassée.

- Alors c'est... c'est inconscient. Quand on éprouve des sentiments, on trouve toujours l'autre personne très belle. Il ne faut pas me poser une telle question maintenant.

Link la dévisagea à travers son regard pétillant.

- Si je vous avais demandé si je vous plaisais du temps où nous nous connaissions à peine, vous n'aurez pas répondu, lui fit-il remarquer.

- Bien sûr, jamais je n'aurais apporté un tel jugement à cette période. Peu importe, cesse de te jouer de moi ! Cherchons plutôt la photographie, veux-tu ?

Sans même attendre sa réponse, elle s'engagea à son tour dans l'abri pour fouiller avec ferveur. Une petite boîte attira son attention, coincée entre deux étagères dont l'une était à moitié décrochée. Doucement, elle tira l'objet puis l'ouvrit avant de découvrir la photographie.

- La voilà ! Par Nayru, j'avais oublié que... que c'était aussi amusant !

Involontairement, Zelda éclata de rire alors que Link regardait par d'ailleurs. Quand il revit son expression déconfite, ses cheveux ainsi que ses vêtements mouillés, le feu lui monta aux joues et il souhaita immédiatement reprendre l'image.

- Donnez-la-moi ! pria-t-il la princesse qui sortit en courant de l'abri. Ce n'est pas drôle !

- Il faut que je la montre à Impa, je suis persuadée qu'elle sera ravie de la voir !

Zelda la dématérialisa dans la tablette sheikah, maintenant en sa possession depuis leur départ du village Cocorico. Le blond émit un soupir d'exaspération en se tenant la tête. Bon sang, cela le suivrait donc toute son existence ? Après ce petit moment d'insouciance, le duo se rendit sur les plages d'Elimith afin de se rendre au cimetière du village. Sur le chemin, la princesse put constater les changements qui y avaient eu au fil des décennies, les nouvelles habitations comme les nouvelles infrastructures. Elimith s'était inexorablement agrandi et tout cela n'était qu'un début. Les deux élus descendirent en direction de l'océan sur lequel planait le soleil à son zénith. Pour la première fois, Zelda put admirer cette vaste étendue d'eau de près. Le bruit des vagues qui déferlaient sur la rive était si reposant... Elle regrettait de ne pas être venue ici pour profiter de cet environnement singulier.

Link guida sa compagne vers les pierres tombales tournées vers l'océan. Durant de longues minutes, il défila entre elles dans l'espoir de trouver celles de ses parents. À son grand soulagement, elles étaient côte à côte. Peiné, il s'accroupit devant et prit appui sur l'une de ses cuisses en lisant les épitaphes.

- Vous voyez ? Je vous avais promis que je reviendrai une fois Ganon vaincu, dit-il sur un ton calme. Je vous adresserai une prière ce soir. Parler à des tombes, c'est vraiment étrange...

Le jeune homme aurait voulu sourire mais il n'y arrivait tout simplement pas.

- Oh, et j'ai enfin compris pourquoi tu as planté ce chêne, papa. À croire qu'en grandissant, tu espérais que je devienne aussi robuste que lui. Quant à toi, maman, tu es parvenue à me faire pleurer avec ta lettre. Je suis sûre que tu te serais moqué de moi...

Il se releva sans quitter des yeux les pierres tombales. À sa droite, Zelda lui prit la main et les doigts s'entremêlèrent. Tous deux se comprenaient mieux que personne. Ils étaient deux partenaires inséparables. Tout les liait. Rien ne les écarterait. Ils avaient décidé de sceller leur destin.

oOo

- Alors tu... tu t'en vas ? demanda Zelda d'une petite voix en voyant Link près de son cheval.

Son air peiné fit serrer le cœur du Héros qui regrettait de ne pas être accompagné par sa douce amie. Il avait tiré sa capuche de voyageur sur sa tête pour protéger ses oreilles du vent des plaines. Il était affligé par cette séparation. Link empoigna les rênes de sa monture et la tira jusqu'à la princesse. Cela faisait sept jours qu'ils résidaient à Elimith pour se reposer de leur long et éreintant combat. Le duo se trouvait d'ailleurs après le pont qui menait à la maison de Link.

- Je ne vais m'absenter que trois semaines, lui redit-t-il dans le but de la rassurer. Je dois éliminer les derniers camps de monstres qui persistent à travers le royaume. Si vous restez ici, vous serez en sécurité et bien logée.

Le jeune homme esquissa un sourire protecteur mais Zelda baissa la tête car cela la chagrinait bien plus. Après cent ans éloignés l'un de l'autre, elle ne voulait plus de séparation. La blessure demeurait toujours vive. Link le savait bien... Mais le royaume avait encore besoin de lui pour quelques temps. La paix allait se rétablir intégralement sur tout le territoire.

Pourtant, la voir aussi triste qu'il parte touchait particulièrement le chevalier et le poussa à renverser sa capuche avant de se pencher vers elle. Pour la deuxième fois de leur existence, ils s'échangèrent un baiser lourd en sentiments. L'alégresse s'empara d'eux, des papillons s'envolèrent dans leur ventre. Les lèvres tièdes de l'autre les confortaient dans un bien-être et un soulagement qu'eux seuls pouvaient éprouver et comprendre. Les mains de Link se placèrent sous les oreilles de la jeune fille pour mettre plus de fougue et d'ardeur dans ce baiser. Il voulait ainsi concrétiser ses sentiments à l'égard de Zelda. Les joues de l'Hylienne s'étaient embrasées tout comme les siennes, mais elle était heureuse. Jamais elle n'aurait pensé mériter une telle relation. Jamais elle n'aurait pensé la vivre, tout simplement. Link la serra plus fort contre lui. Il se sentait pleinement vivre, étrangement comme ce jour où il était sorti du Sanctuaire de la Renaissance et qu'il avait découvert les terres d'Hyrule.

Et maintenant que la cour n'existait plus, la princesse pouvait se permettre d'épouser l'homme qu'elle voulait. La tradition de prendre pour époux un noble pouvait ne plus s'appliquer. À moins qu'elle anoblisse Link. Après tout, il le méritait. Il était le Héros, sauveur du royaume d'Hyrule et gardien de la paix. Qui d'autre que lui pouvait mériter un titre de noblesse ? Mais si son dessein de placer un représentant de chaque peuple au gouvernement aboutissait, alors il n'y aurait plus de problème. Zelda posa ses mains sur les bras du jeune homme et soupira d'aise quand ils se séparèrent. Link afficha un sourire sincère mais gêné, ce qui ne fit qu'augmenter le rythme cardiaque de l'Hylienne. Elle en était sûre : les sentiments qu'elle lui portait était si forts qu'une simple séparation de deux semaines ne parviendrait pas à les délier.

- Je vais aller voir Impa pour lui parler de mon projet, déclara-t-elle en posant son front contre celui du jeune homme. Par la même occasion, j'irai inspecter Vah'Ruta car elle aurait quelques soucis d'après le courrier que j'ai reçu hier. J'en profiterai pour rencontrer le roi Dorefah. Il souhaite parler de Mipha.

- Vous êtes sûre de vouloir voyager seule ?

Zelda esquissa un sourire qu'il ne sut correctement interpréter.

- Je pourrais te retourner la question.

- Je sais me défendre, je ne crains pas pour ma vie. Mais vous... Vous savoir loin de moi et seule, cela m'angoisse.

- Dans ce cas, n'y pense pas...

Insatisfait, Link ne se retint pas de soupirer pour témoigner sa réticence à la laisser partir. Cependant, si un guerrier ou une guerrière de confiance accompagnait la princesse, ce serait autre chose, bien évidemment. Le chevalier s'écarta, il ancra son regard intense dans celui de sa damoiselle qui regrettait vraiment son départ.

- Zelda, je dois partir.

Elle hocha la tête avec quiétude.

- Au revoir... Et ne t'avise pas de revenir avec un bras ou une jambe en moins ! Je ne te ramènerai pas au Sanctuaire de le Renaissance.

Zelda croisa les bras en regardant sur le côté pour montrer sa fausse colère. À travers son sourire, le Héros prononça un vague "à vos ordres, Votre Altesse" avant de placer son pied à l'étrier et de se hisser sur son cheval. Il poussa une petite exclamation et l'équidé se mit à marcher en direction de la sortie d'Elimith. Impuissante, Zelda l'observa s'éloigner tandis que sa gorge s'asséchait désagréablement. Elle avait beau se répéter incessamment que c'était là leur dernière séparation, cette pensée ne parvenait pas à la consoler. La princesse fit machinalement un pas en avant, le cœur battant à tout rompre, puis elle accourut vers le cavalier pour le rattraper.

- Link, attends ! s'écria Zelda avec espoir.

Pris de court, il tira sur les rênes de son cheval pour l'arrêter puis il regarda sa douce amie le rejoindre. Quand elle fut de nouveau à ses côtés, la jeune fille se prit les mains puis les colla contre son ventre en signe manifeste de stress.

- Si... Si Impa accepte que je renonce à mon titre... Que ferions-nous ensemble ?

Link haussa les sourcils car il s'attendait peu à cette question ; il pensait que Zelda voudrait finalement l'accompagner. De façon involontaire, un sourire se dessina sur ses lèvres pendant qu'un vent passait et soulevait leurs cheveux.

Zelda, je te ferai découvrir le monde...