Chapitre 7 : Tnp X Panique X 31 jours

- Je ne peux pas partir ! On ne peut pas les laisser ! s'exclama Anne tandis qu'elle se débattait.

Presque tout le monde quittait la zone. Ils comptaient laisser ces gens mourir. Ca la rendait malade. Enragée même. De terribles souvenirs semblaient ressurgir de sa mémoire à cet instant. Des souvenirs qu'elle peinait à contenir et qui se mêlaient à la réalité de ce triste carnage. Kasper Peruka serra les dents. Il n'aurait pas dû l'amener, il avait pensé bien faire en donnant un coup de pouce à sa carrière mais…. Qui aurait pu prévoir que les choses deviendraent si chaotiques ?

Deux semaines plus tôt :

Tout semblait bien se passer. Les humanitaires avaient décidés de retirer leurs combinaisons afin de ne plus effrayer les civiles. L'ambiance dans le camp s'améliorait. Anne commençait à devenir populaire et courait d'un endroit à l'autre pour veiller sur tous ces gens. On lui avait confié la gestion de toute la zone minime. Elle avait la confiance et le respect des personnes. Lorsqu'elle le pouvait, elle jouait avec les enfants et essayait de leur donner un peu d'espoir, que les choses allaient vite s'arranger.

Mais elle ignorait que le camp tout entier était devenu une poudrière.

Dans les laboratoires du camp, on s'affolait. Le chef de la zone hasard suait à grosse goutte sous sa lourde combinaison alors que le visage de la spécialiste botanique virait au bleu. Elle s'effondra au sol, prise de cours par le choc de leurs découvertes. Shun, le chef de ce complexe gardait son calme mais cherchait déjà ses mots. Comment éviter la panique ?

- Alors ?

Une guêpe venait d'arriver. Un des mouchards de son boss, Stein Lockhart.

- La spécialiste s'est trompée. Fit stoïquement Shun. Ce n'était des graines, mais du pollen. Et il se propage vite. Il se nourrit des tissus organiques et pompe le sang pour s'étendre comme une sorte de parasite, du mycellium. Il lui faut deux semaines pour s'installer complètement et apparaitre sur la peau sous forme de champignon.

- Et après ?

- Il explose. Et il se propage. C'est un agent pathogène de type SS hautement mortel. Nous l'avons appelé Tnp, la plante explosive. Nous ne connaissons aucune plante possédant les mêmes propriétés dans ce monde. Ce pollen pourrait-il vraiment venir de…

- Il faut enfermer ces gens et tout bruler. C'est le seul moyen de sauver l'autre partie du pays. Par contre, les gars du V5 risquent de se pointer et de poser des questions. Ecoutes… on va tuer et incinérer ces gens avant qu'ils n'explosent. Cela réduira les risques de contagion. Sais-tu si le pollen a une durée de vie précise ?

- Kasper Peruka a mené l'enquête auprès des services météorologiques et le cyclone Caligula se serait formé plus haut au nord-est. Il couvait depuis plus de quatre mois avant de venir s'écraser sur les côtes. On peut donc considérer que la durée de vie du pollen est d'au moins 4 mois, voire plus.

- Et merde…. Il va falloir prévenir tous les hunters de la marche à suivre. Pour le moment, gardes tout ça sous silence.

Dans son bureau Lockhart s'inquiétait. Tout commençait à sortir de sous son contrôle. Cela pouvait être un nouveau sujet d'étude, mais que faire si des hunters commençaient à mourir ? On allait le taxer de Frankenstein des pathologies infectieuses. Et son rang au sein de l'organisation des hunters pourrait en pâtir. Il finit par appeler Vito. Ce dernier arriva au bout de quelques minutes, essoufflé. La tente du boss et la section des malades était aux antipodes l'une de l'autre.

- Que puis-je faire pour vous, master ?

- Tu vas ordonner à tous tes hommes de conserver à tout prix leurs combinaisons, même s'ils dorment. On passe la sécurité du site de rouge à noire, tu m'entends ?

- Noire ? Fit le médecin choqué. Ca n'était jamais arrivé avant. La situation doit être critique.

Le code noire impliquait des mesures extrêmes tel que porter des combinaisons résistant à l'acide qu'il fallait nettoyer d'acide, puis de chaux et de différents alcools et rayonnements nucléaires avant de terminer par de la javelle pure jusqu'à pouvoir entrer dans le bâtiment dortoir et ce à chaque rentrée et peu importe le temps que ça prenait.

A noter que lorsqu'Ebola frappa le royaume de Kakin cinquante ans plus tôt, on avait mis en place un code orange. On devine donc toute la dangerosité de ce nouvel agent pathogène qui ne laisse aucun pourcentage de survie derrière lui.

- Comment vont les patients de ton secteur ?

- Ils commencent déjà à montrer des symptômes. Fièvre, nausées, tremblements, propos incohérents ou aphasie. Certains crachent même du sang ou saignent des extrémités des membres.

- Et les champignons ?

- On a bien suivi vos indications en réduisant la température des salles à 10 degrés et en installant des déshumidificateurs. Mais nous craignons que ça ne suffise pas à enrailler la maladie. Cependant, nous arrivons à contenir les moisissures des corps, mais c'est assez horrible à voir. Ces gens vivent l'enfer et aucun de nous ne peut les aider…

- Et pourtant, rajouta Lockhart, ce n'est rien comparé à la zone hasard. Nous sommes obligés de transporter les malades dans des housses enveloppées de nen et les confiner dans des zones stériles aux températures négatives pour tenter de tuer les champignons mais… ils ont déjà commencés à exploser.

- Misère…

Alors que le chef et son subordonné parlaient, un autre médecin en combinaison arriva en courant, paniqué.

- Chef ! C'est terrible !

- Que se passe-t-il Ebiza ? fit ce dernier las.

- Les humanitaires de la zone minime…. Ils commencent à tousser et à avoir de la fièvre !

- Mais pourquoi ?! s'exclama Vito. Comment est-ce possible ?!

- Ils avaient décidés de retirer leurs combinaisons afin d'obtenir la confiance des malades. Ces derniers se sont révoltés la semaine dernière.

- Les imbéciles…. Il faut totalement boucler la zone. Que personne n'entre ou ne sorte de la zone minime. Quiconque en sort ou tente de s'échapper sera tué, personnel y compris.

- Et la Peruka ? C'est un hunter.

- La maladie touche tout le monde. Répliqua Lockhart. Elle était responsable de cette zone. Sa négligence coutera donc la vie de plus d'une centaine d'humanitaires et la sienne. Il n'y a aucun antidote connu et les chances de survie sont de zéro. Que dire de plus ?

Kasper Peruka arriva à la réunion des hunters avec vingt minutes de retard en ouvrant la porte à coup de pieds. Il surprit la plupart des hunters présents mais sans plus. Ce que disait Lockhart était plus dangereux encore.

- Donc, comme je le disais avant que mister Peruka ne vienne nous interrompre, est que nous devons agir vite et de manière coordonnée. Nous avons été obligés de prévenir les autorités du V5 et la famille royale afin d'obtenir leur accord pour abréger ce génocide dans les meilleures conditions. Nous vous avons à tous remis une liste des capacités de nen que nous cherchons pour éradiquer ce mal. Si l'un d'en vous connait un hunter susceptible de maitriser une de ces compétences, je lui ferai parvenir dans les meilleurs délais un contrat d'embauche et une prime faramineuse. Des questions ? Oui, mister Peruka ? Fit-il avec beaucoup de lassitude et de fatigue.

- Pourquoi ma petite sœur est-elle enfermée avec des malades dans une zone à risque ?! Sortez la de là immédiatement ! exigea-t-il

- C'est impossible ! s'exclama Lockhart. Votre sœur est responsable de ce qui lui arrive. Il est hors de question que nous prenions le risque de contaminer le reste de nos forces juste pour vous faire plaisir ! Vous aussi, vous devriez songer à votre sécurité.

Aussitôt, le Nen de Kasper se mit à grésiller. Son regard vira au jaune alors qu'il regardait Lockhart avec une rage contrôlée. L'homme face à lui recula, conscient de la masse de colère et de haine tournée vers lui.

- Je te préviens, si jamais il arrive quoi que ce soit à ma sœur, tous autant que vous êtes, je vous tuerai. Tous.

Les hunters présents se mirent à frémir. Ils connaissaient la force de Kasper et savaient qu'en plus d'être single hunter environnemental, il était aussi hunter de liste noire. Sa petite sœur était si importante à ses yeux qu'il était prêt à se mesurer au grand tabou de l'organisation hunter : tuer un de ses homologues. Car dès que cela serait fait, il courrait le risque d'être pourchassé par tous les autres.

- Nous verrons. Répliqua Lockhart.

- Quand ?

- Dans un mois. Si votre sœur est encore vivante dans un mois, nous vous promettons de la Ilibérer. Mais ne vous faites pas d'illusion. A moins d'un miracle…

Fidèle à lui-même, il partit en claquant la porte, tel un coup de vent. Lockhart haussa les épaules et poursuivit son discourt comme si de rien n'était. Il en avait que faire de ses états d'âme et encore moins de la survie de cette gamine. Mais il ne voulait pas pour autant subir les poudres du patriarche Peruka qui était connu pour être revanchard et cruel.

Une semaine plus tard, l'enfer s'abattait sur les minimes. Fièvre, convulsions… Anne courait d'un endroit à l'autre pour faire de son mieux, pour sauver des vies. Mais l'état des gens empirait et même ses collègues… Ils finissaient tous par mourir ou se tuer. Certains par excès de folie tentèrent de s'échapper et ils se firent tirer dessus sans hésitation.

Mais Anne essayait toujours d'aider, de soigner… Elle continuait de courir, affairée. Après deux semaines, il ne restait plus de médecins… Et après trois semaines… Elle n'avait plus la force psychologique pour tenir son scalpel. Il n'y avait plus personne de vivant.

Anne n'osait même plus lever les yeux et regarder la zone. Elle ne put que s'asseoir, lasse en se prenant la tête dans les mains, usée. Elle refusait de croire que toutes ces personnes étaient condamnées dès le début. Elle ne comprenait même pas ce qu'il se passait, les informations ne passaient plus. Mais malgré tout, elle avait suffisamment faim pour manger un copieux sandwich sans pour autant être affectée par le carnage et l'odeur de mort qui aurait pu faire suffoquer n'importe qui d'autre.

Cela faisait trois semaines qu'ils enregistraient ce qu'il se passait dans la zone. Une semaine plus tôt, les envoyés du V5 étaient venus constater les dégâts de cet horrible cyclone et ce qu'il avait emmené avec lui. Leur rôle était de cacher au reste du monde l'existence d'un monde inconnu encore plus dangereux qu'ils pouvaient se l'imaginer. Une boite de Pandore faisant les trois quarts de leur planète.

L'envoyé du V5 semblait jeune pour la lourde tâche qui lui était donné. Sa peau était blafarde, ses cernes, plus imposantes que jamais, depuis quand n'avait-il pas pris une bonne nuit de sommeil ? Les tasses de café à moitié finies s'entassaient sur son bureau et prenaient presque tout l'espace de ce dernier. Il y avait des écrans sur le mur derrière lui et il passait ses journées à les regarder, à rembobiner, à remettre en marche ou sur pause puis à griffonner dans son carnet tout corné. S'en était devenu une obsession, quelque chose qui le faisait tenir sur la durée, qui faisait que ses yeux s'injectait de sang et qu'il s'en foutait.

Et cette chose, c'était cette fille : Anne Peruka.

Pourquoi était-elle encore vivante ? Comment se faisait-il qu'elle semblait insensible à tous ces morts, ces cadavres explosés ? Tout ce qu'elle faisait du matin jusqu'au soir, c'était nettoyer, bruler, entasser et déplacer. On était en plein été et tout pourrissait et se nécrosait à vue d'œil. N'importe qui de bien constitué et de normal irait jusqu'à vomir ses tripes et s'effondrer psychologiquement.

Il croyait même l'entendre chanter, fredonner. Ça lui donna à son tour envie de vomir.

Malgré tout, il ne perdit pas une miette de ce qu'il se passait à l'écran. Pas une seule. C'était pour lui plus qu'un devoir patriotique ou sécuritaire. C'était comme si quelque chose de l'ordre du sacré venait le surprendre au milieu de l'horreur.

L'émerveillement qu'il ressentit le mitigea.

A suivre…