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L'ÉVASION
Megan n'aurait jamais cru pouvoir passer un si bel été chez les Weasley. Elle passait beaucoup de temps avec les jumeaux, Ron et Ginny à jouer au Quidditch dans leur verger à l'abri des Moldus, et la benjamine de la famille se révélait parfaitement vivable lorsqu'elle ne se mettait pas à parler de Potter – ce qui arrivait tout de même bien trop fréquemment aux yeux de Megan. Percy présentait une autre forme d'agacement puisqu'il ne sortait de sa chambre que pour les repas, au cours desquels il ne parlait que du ministère de la magie ou se réjouissait de la météo. Ron expliqua à Megan que son frère avait tout un plan de carrière en tête, avec pour objectif long terme de devenir ministre de la Magie, ce qui l'opposait en tous points aux jumeaux, qui semblaient n'avoir pour seul projet que l'invention de nouvelles blagues ou l'écoulement massif d'un stock de pétards du Dr Flibuste dans leur chambre, ce que Megan trouvait bien plus distrayant.
La maison des Weasley était elle-même était une source d'occupation, et Megan consacra plusieurs heures à explorer les moindres recoins du Terrier. L'horloge du salon retint toute son attention : ses aiguilles représentaient les neuf membres de la famille Weasley elle n'indiquait pas l'heure mais « À l'école », « Au travail » ou encore « En danger de mort ». Dans la cuisine, le miroir situé au-dessus de la cheminée lui fit une remarque sonore sur ses vêtements qu'il jugeait sinistres, et Ron dut attendre d'avoir fini de rire de l'air outré de son amie pour lui expliquer que l'artefact se permettait de donner son avis sur les tenues vestimentaires de tous ceux qui passaient trop près. Elle découvrit également l'existence d'une goule dans le grenier au cours d'une nuit que la créature avait trouvé trop calme et s'était donc lancée dans un concert infernal de percussion sur tuyaux.
Megan s'isolait souvent pour lire et recharger ses batteries sociales, mais cela lui arrivait de moins en moins au fur et à mesure que l'été avançait. Seul l'éternel discours de Ginny sur le fantastique Harry Potter la poussait à s'éloigner de la famille pour s'enfermer dans un monde de papier, d'encre et de savoir.
Harry Potter, lui, ne semblait pas penser à Ginny et à sa famille. En effet, au milieu du mois de juillet, Ron commençait à se demander sérieusement pourquoi son ami n'avait répondu à aucune de ses nombreuses lettres.
- Je suis sûr que c'est la faute d'Errol, affirma Ron un matin au petit-déjeuner. Il est trop vieux pour tenir la distance, si ça se trouve Harry n'a jamais reçu aucune lettre à cause de lui. Je voudrais vraiment pouvoir utiliser un autre hibou…
Errol, l'oiseau des Weasley, était en effet une bête d'un autre âge, qui semblait toujours sur le point de s'effondrer pour ne plus jamais se relever, épuisé par de nombreuses et longues années de bons et loyaux services. Megan, la tête dans son thé chaud et ses petits pains, ne fit cependant aucun commentaire : chaque fois que Ron voulait envoyer une lettre à Potter, elle s'arrangeait pour qu'Eleyna, sa propre chouette, soit partie chasser pour un long moment – hors de question qu'on se serve de sa chouette pour faire venir le garçon ici.
- Demande à Percy, proposa Ginny avec enthousiasme. Son hibou est tout neuf, il sera sûr d'arriver à destination !
Megan jeta à la jeune fille un regard désapprobateur. Percy s'était en effet vu offert un nouvel hibou l'an dernier lorsqu'il avait été nommé préfet : Hermès. Ron avait alors hérité du vieux rat de son frère, Scabers, comme animal de compagnie. Or, il était effectivement bien plus probable que Potter reçoive ses lettres grâce au hibou jeune et fringuant de Percy.
- Déjà fait, ronchonna Ron. Mais il ne veut pas me le prêter, il dit qu'il en a besoin.
- Besoin pour quoi ? s'étonna George en arrivant à son tour dans la cuisine.
- Va savoir !
Après le petit-déjeuner, Megan sortit dans le jardin, ou plutôt l'étendue verte ou se mêlait hautes et mauvaises herbes, encadrée d'arbres noueux plantés le long des murs, de massifs débordant de plantes et de fleurs magiques avec, en son centre, une grande mare verte envahie de grenouilles. Elle voyait des gnomes s'agiter dans les massifs de pivoines. Pourtant, trois jours plutôt, elle s'était livrée avec les frères Weasley à un travail de nettoyage du jardin, qui consistait à attraper tous les gnomes qu'ils voyaient, à les faire tournoyer en les tenant par une jambe puis à les lancer aussi loin que possible en espérant qu'ils ne reviendraient pas. Visiblement, ils n'avaient pas été suffisamment efficaces. Elle se pencha sur le massif pour tenter de terminer le travail lorsqu'un bruit anormal mais familier lui parvint depuis le garage délabré. Curieuse, elle s'approcha et trouva Arthur en train de donner des coups de baguette inutiles sur un appareil noir et vrombissant jetant des feuilles blanches à travers la pièce, que la jeune fille identifia comme une imprimante.
- Megan ! s'exclama l'homme en tournant les yeux vers elle une seconde. Je suis un petit peu occupé pour le moment, cet engin refuse de s'arrêter…
Il y avait une imprimante dans le bureau de Roger, que Megan avait déjà dû utiliser quelques fois. Mais celle d'Arthur voletait à travers la pièce, ce que celle de Roger ne faisait pas.
La jeune fille entra dans le garage, attrapa l'appareil au vol et appuya sur le bouton power. Aussitôt l'imprimante s'arrêta et retomba sur le sol avec fracas.
- Incroyable ! s'exclama Arthur, admiratif. Comment as-tu fait ça ?
- Hermione m'a dit un jour que pour arrêter les appareils moldus, il faut les débrancher, enlever les piles ou juste appuyer sur le bouton on/off, répondit Megan en haussant les épaules. Mais, d'habitude, les imprimantes ne volent pas, fit-elle remarquer.
- Euh, oui, je sais, répondit le père de famille d'un air un peu gêné.
Megan regarda autour d'elle et constata que le garage était rempli d'objets moldus, dont certains avaient subi des modifications comme une table à repasser dotée de pieds de canard ou un étendoir à linge pourvu de bras humains.
- Qu'est-ce que c'est que tout ça ? demanda-t-elle d'un ton vaguement intéressé.
- Un passe-temps, avoua Arthur d'un air coupable. Je… récupère des objets moldus et je leur fais subir quelques expérimentations magiques.
- Intéressant, admit Megan. Bien que totalement illégal.
- Certes, enfin, non, si tu regardes bien la loi…
- Je m'en fiche, affirma-t-elle d'un ton neutre. Vous pouvez bien faire ce que vous voulez. Tant que vous vous faîtes pas attraper…
Arthur hocha la tête, pris de court par la réaction de la jeune fille. Celle-ci quitta le garage et retourna se promener dans le jardin, profitant du soleil et du calme pour réfléchir. La nuit passée, elle avait à nouveau rêvé de Voldemort, elle entendait sa voix l'appeler, encore et encore. Elle se demandait ce qu'il était devenu depuis que Dumbledore avait tué son hôte, Quirrell. Elle espérait croiser à nouveau sa route et bénéficier d'une nouvelle occasion de contribuer à son retour, puisqu'elle savait désormais que cela était possible. Il existait forcément d'autres moyens que la Pierre Philosophale, qui avait été détruite. Avec Voldemort, reviendrait aussi la gloire pour tous ses fidèles Mangemorts, dont les Malfoy. Elle pourrait enfin connaître la vie que la famille lui avait si souvent décrite, où les gens comme eux et elle pouvaient vivre libres sans craindre les Aurors, Azkaban ou devoir se cacher des Moldus. Si elle était celle qui ramenait Voldemort au pouvoir, les Malfoy l'accueilleraient à bras ouverts, et tout redeviendrait comme avant. Mais les Weasley, traîtres-à-leur-sang, seraient en danger, et Hermione, Sang-de-bourbe, serait tuée ou réduite en esclavage. Une boule se serra au creux de l'estomac de la jeune fille. Elle avait trop de questions, et pas assez de réponses. Elle voulait savoir quel était la bonne voie, elle voulait savoir pourquoi elle avait été envoyée à Gryffondor, elle voulait savoir qui exactement avait tué ses parents, elle voulait savoir si elle devait aider Voldemort à revenir ou au contraire l'en empêcher. Et personne ne pouvait lui répondre. Les Weasley ou Hermione lui répondraient qu'elle avait eu de la chance d'être envoyée dans la maison du lion, et qu'elle devait à tout prix lutter contre Voldemort, ne serait-ce que pour sauver la vie de Potter. Les Malfoy lui répondraient qu'elle était la honte de la famille et que seul le retour du Seigneur des Ténèbres laverait ses affronts. Personne ne semblait vraiment connaître la vérité, chacun ne voyait que ses propres intérêts. Et ceux de Megan étaient pris entre deux feux depuis un an.
La jeune fille s'assit sur le muret qui entourait le jardin des Weasley. Une grosse araignée grimpa sur sa main et elle la regarda courir sur sa paume puis en faire le tour tout en tournant sa main pour empêcher l'arachnide d'en descendre.
- Eh, Maman demande si tu as des allergies, elle veut faire une tarte aux rognons pour ce soir.
Megan tourna la tête vers Ron qui arrivait dans sa direction.
- Non, aucune, répondit-elle en reportant son attention sur l'araignée qui gambadait toujours sur sa main.
- Qu'est-ce que tu – Oh, Merlin !
Megan s'alarma aussitôt, prête à dégainer sa baguette, mais il n'y avait aucun danger. Ron avait simplement fait un bond en arrière en voyant l'araignée.
- Qu'est-ce que t'as ? demanda Megan en fronçant les sourcils.
- Tu as une araignée sur la main ! s'égosilla Ron, les yeux rivés sur l'arachnide. Megan !
- Oui, je sais.
- Comment tu peux faire ça ? C'est immonde, j'ai envie de vomir.
Il avait effectivement pâli sous ses taches de rousseur.
- Quoi, tu as un problème avec les araignées ? demanda Megan, amusée.
- Quand j'avais trois ans, Fred a transformé mon ours en peluche en une grosse araignée répugnante, raconta Ron. Depuis, elles me font horreur, tu comprends ?
Megan ne put s'empêcher d'en rire. Elle se retint cependant de lancer l'arachnide sur son ami, bien que cela l'aurait beaucoup amusée. Elle laissa la petite bête revenir à la nature, et suivit Ron à l'intérieur pour aider Molly à préparer le prochain repas. La mère de famille faisait un grand usage de la magie dans ses préparations, mais des paires de mains supplémentaires n'étaient jamais de trop.
- Pourquoi tu n'es pas au travail, au fait, papa ? demanda George lorsqu'Arthur revint dans la maison, après avoir visiblement terminé de se débattre avec l'imprimante volatile.
- J'ai pris ma journée, répondit l'intéressé en allant se laver la main dans l'évier où deux brosses ensorcelées lavaient la vaisselle. Je n'avais pas envie de revoir la sale tête de cet odieux Malfoy aujourd'hui.
- Lucius ? lâcha Megan sans réfléchir, se tournant vivement vers lui.
- Oui, Lucius Malfoy. C'est un type malsain et opportuniste. Et peu importe qu'il ait prétendu agir sous l'emprise de l'Imperium quand Tu-Sais-Qui était au pouvoir, je sais parfaitement que c'était un de ses fervents partisans.
- Oh, Megan sait qui c'est, dit Ron en la regardant de travers. Elle était amie avec son fils.
- Il y a des amitiés plus intéressantes que d'autres, affirma Arthur avant de se retourner pour se sécher les mains.
Megan ne répondit pas. Elle savait mieux que personne que Lucius Malfoy et sa famille n'avaient jamais été forcés à suivre Voldemort, mais elle ne trahirait aucun de leurs secrets, même si eux avaient trahi sa confiance. Aussi, elle serra les dents et se retourna vers les pommes de terre qu'elle était en train d'éplucher – ce qu'elle n'avait encore jamais fait de toute sa vie.
Les vacances se poursuivirent sans que le nom des Malfoy soit à nouveau prononcé. Megan ne pouvait cependant s'empêcher parfois de se demander ce que Draco était en train de faire, et si lui aussi pensait à elle. Elle échangea plusieurs lettres avec Hermione, suivit les jumeaux dans toutes leurs blagues, perdit toutes ses parties d'échecs contre Ron, effraya la goule à plusieurs reprises, laissa les Weasley essayer son balai, apprit à utiliser une pelle et une balayette et à faire cuire des pâtes, subtilisa son insigne à Percy pour le cacher dans le parcmètre doté de trois bras qu'Arthur dissimulait dans son cabanon, et s'évertua à ignorer les inquiétudes de Ron, qui n'avait toujours reçu aucune réponse de Potter à ses lettres fin juillet.
Une fois de plus, le garçon allait venir tout gâcher : Arthur et Molly envisageaient d'aller le chercher le vendredi suivant s'ils n'obtenaient toujours aucune réponse d'ici-là. Or, Megan n'avait aucune envie que Potter vienne bouleverser l'agréable équilibre qu'elle avait trouvé au Terrier.
Le 30 juillet au matin, Ron surgit dans la chambre de sa sœur pour réveiller Megan. Celle-ci, prise par surprise, eut le réflexe de brandir sa baguette d'un air menaçant, effrayant quelque peu son ami.
- Viens dans la cuisine, chuchota-t-il pour ne pas tirer Ginny de son sommeil. On a eu une idée avec Fred et George.
Sachant pertinemment qu'une idée émanant des jumeaux signifiait une entorse à quelques lois et un peu d'aventure, Megan s'extirpa de son lit, enfila un pull par-dessus son pyjama et descendit à la cuisine. Il n'y avait que Fred et George, qui étudiaient une carte de l'Angleterre.
- On devra seulement filer vers l'ouest, disait l'un des deux. En plus il y a peu d'autoroutes par-là, ce sera sans danger.
- On va où ? demanda Megan en se laissant tomber à côté d'eux tout en attrapant un pain et de la marmelade.
- À Privet Drive, Surrey !
- Et il y a quoi là-bas ? Un combat illégal de Fléreurs ? Une vente inédite du Dr Flibuste ?
- Non, c'est un quartier moldu, c'est là qu'habitent l'oncle et la tante de Harry, répondit Ron.
- Mmmf.
Elle n'allait visiblement pas pouvoir échapper à Potter.
- Comme il n'a toujours pas répondu et que c'est son anniversaire demain, on a décidé d'aller le chercher, annonça George.
- Et on va faire commeeeent ? bâilla Megan.
- Papa doit passer la nuit au ministère demain soir, expliqua Fred. Quand tout le monde dormira, on prendra la voiture, et on sera rentrés avant leur réveil.
Megan ne pensa pas à demander pourquoi ils n'attendaient pas tout simplement le vendredi pour y aller avec leurs parents. On lui proposait de se lancer dans un projet interdit et peut-être même dangereux avec ses amis, même si celui-ci impliquait le retour de Potter, et cela lui convenait tout à fait.
- Surrey… C'est super loin d'ici en voiture, fit-elle remarquer. Pourquoi on n'y va pas autrement ?
- On ne peut pas y aller en balai sans se faire repérer et les maisons des Moldus ne sont pas reliées au réseau de la poudre de Cheminette, répondit George. Mais la voiture a un réacteur d'invisibilité, on peut se cacher dans les nuages, et puis de toute façon la nuit personne ne risque de nous voir.
- Les nuages ? répéta Megan. Comment tu vas cacher la voiture dans les nuages ? Elle… Oh ! Arthur l'a bidouillée pour qu'elle puisse voler, c'est ça ?
- Exactement.
L'arrivée de Molly dans la cuisine interrompit la conversation sans qu'elle ne s'aperçoive de rien, et Fred s'empressa de dissimuler la carte. Les quatre enfants prirent leur petit déjeuner sans plus en reparler. Lorsque Percy arriva à son tour dans la cuisine, Megan constata sans intérêt qu'il était d'une bonne humeur louche.
- Papa est encore là ? demanda-t-il à sa mère.
- Oui, comme il va faire une très grosse journée demain, il fait quelques réserves, répondit Molly en lui servant des saucisses dégoulinantes de graisse. Oh !
Tous les regards se tournèrent vers la fenêtre que Molly fixait, une poêle toujours suspendue au-dessus de l'assiette de Percy. Megan vit alors une chouette hulotte arriver droit vers le Terrier en portant une grande enveloppe carrée et Percy alla ouvrir la fenêtre pour la laisser entrer. La chouette atterrit sur la table de la cuisine entre le beurre et le jus de citrouille et leva la patte droite. Percy dénoua la ficelle sous les regards de toute sa famille. Il ouvrit l'enveloppe et parcouru des yeux le parchemin qu'elle contenait. Lorsqu'il eut terminé, il hocha la tête avec un léger sourire.
- Très bien, dit-il seulement.
- Très bien ? répéta Molly. Mais enfin, montres-nous !
Son petit sourire toujours aux lèvres et d'un geste calme, il leur tendit le parchemin. Megan, Fred, George, Ron et Molly lurent alors les résultats qu'avait obtenu « Perceval Igniatus Weasley » au Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire. Megan n'avait absolument pas à l'esprit que le troisième fils de la fratrie avait passé ses examens de cinquième année quelques mois plus tôt. Les BUSE étaient pourtant une étape importante de la vie des jeunes sorciers, et pouvaient fortement influencer sur leur avenir professionnel. Bien entendu, Hermione s'en inquiétait déjà et en avait souvent parlé à Megan l'année passée.
- Douze BUSE ! s'exclama fièrement Molly en allant serrer son fils dans ses bras. Oh, félicitations ! Comme Bill !
Megan leva la tête vers Fred et George. Tous deux grimaçaient, visiblement pas impressionnés le moins du monde par les résultats de leur frère.
- Ça sent le deuxième préfet-en-chef, ronchonna Fred.
- Vous feriez bien de prendre exemple sur Percy et Bill ! leur lança leur mère, rayonnante de fierté. Vous passerez vos BUSE l'an prochain, vous aussi !
Bill était le fils aîné de la fratrie Weasley. Megan savait seulement de lui qu'il travaillait en Egypte pour Gringotts, la banque des sorciers, comme briseur de sorts. Elle savait également pertinemment que les jumeaux n'avaient pas l'intention de suivre ses traces.
Percy récupéra ses résultats, termina son petit-déjeuner puis remonta dans sa chambre sans commentaire supplémentaire. Les jumeaux firent immédiatement part de leur surprise : il ne s'était absolument pas vanté de ses brillants résultats. Cette remarque eut le don d'agacer Molly, qui se mit à tempêter sur les mauvaises notes que Fred et George avaient toujours ramené, bien pauvres en comparaison avec celles de leurs frères aînés, et sur le mauvais exemple qu'ils donnaient à Ron, Ginny et Megan. Cette dernière voulut protester mais Fred lui écrasa le pied : il était inutile de tenter quoi que ce soit quand sa mère était en colère, il fallait seulement attendre que la tempête passe. Or, la tempête passa rapidement : Arthur arriva dans la cuisine, habillé d'une longue robe verte et prêt à partir travailler, Molly eut la joie de lui annoncer les résultats de leur fils, et les garçons et Megan purent filer dans les étages pour ne pas avoir à entendre à nouveau combien Percy était fabuleux.
Ron parvint à peine à contenir son excitation au cours de la journée, impatient d'aller chercher Potter en secret la nuit suivante. Megan, au contraire, passa toute la journée enfermée dans sa chambre pour y lire L'Encyclopédie des champignons vénéneux et ruminer tout comme Percy, elle ne sortit qu'aux heures de repas.
Comme prévu, Arthur était parti tôt le matin même et passerait la nuit au ministère, et personne ne s'attendait à le voir avant le lendemain, mais alors que la famille Weasley et Megan étaient en train de dîner dans la cuisine, une gerbe de flammes vert émeraude surgit dans la cheminée avec un grondement sourd, faisant sursauter tout le monde. La tête d'Arthur apparut alors au milieu des flammes. On aurait dit un rôti braisé.
- Papa ! hoquetèrent ses cinq enfants.
- Je voulais juste vous dire que Harry Potter vient de prendre un avertissement du ministère pour avoir fait de la magie devant des Moldus, annonça Arthur.
- Quoi ? s'exclama Ron. Mais pourquoi il aurait fait ça ?
- Je n'en sais pas plus. Il n'a reçu qu'un avertissement, sans conséquence. Je voulais seulement vous le dire, je dois retourner travailler maintenant.
- Tu veux des saucisses ? lui demanda Molly d'un air soucieux. Tu as mauvaise mine.
- Non, ne t'en fais pas, ça ira. Je dois partir faire une perquisition. À demain, soyez sage !
Il disparut alors dans une petite détonation, et les flammes avec lui. Megan se tourna vers Ron et les jumeaux. Ces derniers n'en étaient visiblement que plus déterminés à aller chercher Potter.
- Le pauvre garçon, soupira Molly.
Megan serra les dents pour ne pas leur faire remarquer que Potter n'avait pas de vraie raison de se plaindre. Elle savait que son oncle et sa tante moldus lui menaient la vie dure, mais il n'était pas battu, ils le logeaient, l'habillaient et le nourrissaient, certains enfants ne pouvaient pas en dire autant. Et lui avait toujours une famille vivante.
- Je me demande quel sort il a lancé, commenta George lorsqu'ils montèrent dans leurs chambres après le repas. Je l'ai souvent entendu se plaindre de son cousin, il s'en est peut-être pris à lui.
- La prochaine fois, il sera renvoyé, fit remarquer Megan avec espoir.
- Il ne recommencera pas, affirma Ron. Dès demain, il ne sera plus entouré de Moldus.
- Mmmf.
Megan, Ron, Fred, George et Ginny rejoignirent leurs chambres respectives. Dès que la benjamine de la famille eut le dos tourné, Megan se glissa tout habillée dans son lit et reprit sa lecture de l'Encyclopédie des champignons vénéneux.
- Il paraît qu'on peut être renvoyé de Poudlard pour avoir fait de la magie devant des Moldus, dit Ginny d'un ton inquiet alors que Megan attendait qu'elle s'endorme.
- C'est vrai, acquiesça la jeune fille sans lever les yeux de son livre.
- Mais ils ne pourraient pas renvoyer Harry, hein ? Je veux dire, c'est lui qui a défait Tu-Sais-Qui, il est trop important, ils ne pourraient pas faire ça, hein ?
Megan referma bruyamment l'encyclopédie.
- Dors, Ginny, ordonna-t-elle sèchement. Et ne perds pas de temps à penser à Potter, lui il ne pense pas à toi.
Vexée, la benjamine des Weasley se retourna vers le mur et ne dit plus rien. Lorsque sa respiration devint plus régulière et profonde, Megan se glissa hors du lit, attrapa sa baguette et une veste, puis rejoignit Ron et les jumeaux devant la maison.
- Tu en as mis du temps, chuchota Ron.
- Il fallait attendre que Ginny arrête de parler de Potter et s'endorme, répondit sombrement Megan. On y va ?
Fred et George ouvrirent la porte du garage avec une terrible lenteur pour ne pas risquer de réveiller les autres habitants de la maison puis se glissèrent à l'avant de la voiture. Ron et Megan s'installèrent sur la banquette arrière. D'un coup de baguette, Fred, qui avait pris place derrière le volant, fit démarrer le véhicule qui s'éloigna de la maison en cahotant.
- Tu as déjà conduit ? lui demanda Megan d'un ton intéressé.
- On a déjà fait quelques tours avec George quand maman n'était pas là, sourit le chauffeur. Papa était trop content de nous montrer sa dernière trouvaille.
- Mais on ne l'a encore jamais faite voler, précisa George, excité.
Ron jeta un coup d'œil à Megan avec une expression d'enthousiasme mêlé d'appréhension.
- On s'accroche ! annonça Fred après quelques centaines de mètres.
Il enfonça la pédale de l'accélérateur et tira sur la poignée située à sa gauche. Dans un horrible vrombissement, les pneus de la Ford Anglia quittèrent le plancher des Niffleurs et la voiture s'éleva dans les airs. C'était une toute autre sensation que les balais volants : les sièges vibraient, le moteur vrombissait et ils étaient à l'abri du vent. C'était cependant d'un confort intéressant, dut reconnaître Megan.
George déplia la carte qu'ils avaient étudiée la veille et consulta la boussole fixée au tableau de bord.
- Un peu plus vers l'ouest, dit-il à son frère, qui s'exécuta.
Pendant de longues minutes, ils traversèrent le ciel dans un silence uniquement rompu par le vrombissement persistant du moteur. Lorsqu'ils atteignirent les nuages, le pare-brise se couvrit d'une fine couche humide et Fred mit les essuie-glaces en route.
- Ça a l'air facile, en fait, commenta Ron.
- Tu voudras essayer, Megan ? proposa Fred en jetant un coup d'œil dans le rétroviseur.
- Oh oui, sourit la jeune fille.
- Viens.
Megan escalada le siège passager et vint s'asseoir entre les jumeaux sur le siège conducteur qui était bien plus grand qu'il n'y paraissait. Fred lâcha le volant et la laissa prendre la voiture en main.
Megan était déjà montée plusieurs fois dans la voiture de Roger et Emily mais jamais ils n'avaient envisagé de laisser conduire leur fille de douze ans. C'était gratifiant, même si elle n'y trouva pas autant de plaisir qu'à piloter son balai. Elle resta plusieurs longues minutes au volant, s'absorbant dans la contemplation de la nuit noire autour d'elle, s'imprégnant de cette liberté. Puis elle laissa Fred reprendre sa place et retourna sur la banquette arrière avec Ron. Elle n'avait pas vraiment le sens de l'orientation et serait bien incapable de dire depuis combien de temps ils volaient, ni où ils étaient. La nuit semblait déjà être à un stade avancé lorsque Fred amorça la descente.
- Il habite au numéro quatre, précisa Ron en se penchant par la fenêtre pour détailler les maisons qui s'étalaient sous eux.
Les Moldus de Potter devaient bien gagner leur vie car ils vivaient dans un quartier bourgeois, bien entretenu, vide à cette heure de la nuit. Celui où Megan avait grandi avec les Boyd était plus modeste.
- C'est cette maison, dit George en désignant l'une de celles qui s'alignaient le long de la rue tranquille. Regardez, il y a une fenêtre avec des barreaux.
- Ça doit être celle-là, grimaça Ron.
Fred stationna la voiture à hauteur des barreaux et Ron se pencha par sa fenêtre. Megan pouvait voir depuis là où elle était que Potter dormait profondément sur son lit. Ron se mit alors à taper sur les barreaux, au risque de réveiller tout le quartier. Megan crut voir Potter se mettre à marmonner quelque chose dans son sommeil, mais il fallut du temps avant que le garçon émerge. Lorsqu'il ouvrit enfin les yeux, un air profondément idiot, proche de celui qu'arborait habituellement Crabbe ou Goyle, se dessina sur son visage. Puis il sauta de son lit et se précipita vers la fenêtre.
- Ron ! chuchota-t-il.
Il souleva le panneau coulissant de la fenêtre.
- Ron, comment t'as fait, qu'est-ce que… ?
En voyant la voiture immobilisée dans les airs devant la fenêtre, puis en reconnaissant Megan et les jumeaux, il ne trouva plus ses mots.
- Ça va Harry ? lança George, un large sourire collé sur le visage.
- Qu'est-ce qui s'est passé ? demanda Ron. Pourquoi tu n'as pas répondu à mes lettres ? Je t'ai invité à venir chez nous une bonne douzaine de fois et là-dessus, Papa nous raconte que tu as reçu un avertissement pour avoir fait de la magie devant des Moldus.
- Ce n'était pas moi, affirma Potter. Et d'abord, comment l'a-t-il su ?
- Il travaille au ministère. Et tu sais très bien qu'on n'a pas le droit de faire de magie en dehors de l'école…
- Ça te va bien de dire ça, répliqua Potter en désignant la voiture.
- Oh, ça ne compte pas, répondit Ron, on n'a fait que l'emprunter. Elle est à Papa, ce n'est pas nous qui l'avons trafiquée. Mais faire de la magie sous le nez des Moldus chez qui tu habites…
- Ce n'était pas moi, je te dis. Mais ce serait trop long à expliquer. Ecoute-moi, est-ce que tu pourrais dire à Poudlard que les Dursley m'ont enfermé et qu'ils refusent de me laisser retourner à l'école ? Je ne peux pas me sortir de là par une formule magique, sinon le ministère de la Magie dirait que c'est la deuxième fois en trois jours que j'enfreins le règlement, alors...
- Arrête tes bavardages, le coupa Ron. On est venus te chercher pour t'emmener à la maison.
- Mais toi non plus, tu n'as pas le droit de me délivrer par une formule magique...
- Merci, Einstein, commenta Megan.
- Même pas besoin de magie, lança George en tendant à Potter l'extrémité de la corde qu'il avait fixée à l'arrière de la voiture. Attache ça aux barreaux.
- Si les Dursley se réveillent, je suis mort, dit le garçon en nouant solidement la corde autour des barreaux tandis que Fred donnait de grands coups d'accélérateur.
- Ne t'inquiète pas, dit le chauffeur, et recule un peu.
Il aurait été tellement dommage que Potter soit grièvement blessé et ne puisse plus rentrer avec eux au Terrier.
Potter recula jusqu'à la cage de sa chouette Hedwig, silencieuse jusque-là. Le moteur de la voiture s'emballa et soudain, il y eut un grand bruit : Fred avait foncé tout droit dans les airs et les barreaux de la fenêtre avaient été arrachés net. Megan ne put s'empêcher de sourire de satisfaction. Derrière eux, Potter se précipita à la fenêtre. En baissant les yeux, Megan vit les barreaux qui pendaient au bout de la corde, à moins d'un mètre du sol. Le souffle court, Ron les hissa à l'intérieur de la voiture. Fred fit marche arrière et se rapprocha le plus près possible de la fenêtre.
- Allez, monte, lui dit Ron.
- Il faut que j'emporte mes affaires, dit Potter. Ma baguette magique, mon balai...
- Où elles sont ?
- Dans un placard sous l'escalier, et la porte de ma chambre est fermée à clé.
- Pas de problème, dit George. Laisse-nous passer.
Les jumeaux se glissèrent avec précaution par la fenêtre de la chambre, puis George se pencha pour prendre dans les cheveux de Megan une épingle avec laquelle il entreprit de forcer la serrure.
- Les sorciers comme Meggie ici présente pensent que c'est une perte de temps d'apprendre les astuces des Moldus, dit Fred, mais ils ont des techniques qui valent la peine d'être connues, même si elles sont un peu lentes.
Il y eut un déclic et la porte de la chambre s'ouvrit. Megan fit la moue.
- Bon, on va chercher ta valise, pendant ce temps-là, prends tout ce qui peut t'être utile et passes-le à Ron et à Megan, chuchota George.
- Faites attention à la dernière marche, elle craque, chuchota Potter aux jumeaux qui s'enfonçaient dans les ténèbres de l'escalier.
Il fit rapidement le tour de sa chambre en rassemblant des vêtements qu'il passa à Ron et à Megan par la fenêtre, puis il alla aider Fred et George. À en juger par les bruits, ils devaient porter un lourd chargement dans les escaliers. Hors d'haleine, ils revinrent dans la chambre avec la lourde valise de Potter. Fred remonta dans la voiture pour aider Ron et Megan à la tirer à l'intérieur tandis que Potter et George la poussaient de l'autre côté. Centimètre par centimètre, la valise glissa à travers la fenêtre de la voiture.
- Encore un peu, dit Fred, tout essoufflé. Poussez un bon coup...
Potter et George pesèrent de tout leur poids contre la valise qui bascula enfin sur la banquette arrière de la voiture. Megan et ses petits bras n'avaient pas été d'une grande utilité.
- O. K., on y va, chuchota George.
Mais au moment où Potter grimpait sur le rebord de la fenêtre, un cri aigu retentit derrière lui, suivi d'une voix masculine tonitruante :
- CETTE FICHUE CHOUETTE !
- J'ai oublié Hedwig ! glapit Potter.
Il retourna aussitôt à l'intérieur de la chambre. Au même moment, la lumière du couloir s'alluma. Il attrapa la cage d'Hedwig, se rua vers la fenêtre, passa la cage à Ron et remonta sur le rebord à l'instant où on tambourinait à la porte... qui s'ouvrit à la volée, révélant l'homme grand, massif, dépourvu de cou mais compensant par une moustache remarquable, que Megan avait vu en juin dernier sur le quai de la gare à King's Cross : l'oncle moldu de Potter.
Pendant une fraction de seconde, celui-ci resta pétrifié à l'entrée de la chambre en découvrant la fenêtre de la chambre explosée derrière laquelle était stationnée une voiture volante dans laquelle son neveu s'apprêtait à monter, puis il laissa échapper un beuglement de taureau furieux en plongeant sur Potter, le saisissant par une cheville. Megan recula et regarda Ron, Fred et George empoigner Potter par les bras et le tirer de toutes leurs forces.
- Petunia ! rugit le gros Moldu. Il s'échappe ! IL EST EN TRAIN DE S'ENFUIR !
- Megan, prends le volant ! s'écria Fred, les deux mains agrippées au garçon.
Sans discuter, la jeune fille escalada les frères pliés en deux pour résister à la poigne du gros Moldu et s'installa à l'avant. Au même moment, d'un même mouvement, les frères Weasley tirèrent Potter si fort que sa cheville glissa des mains de l'homme.
- Pied au plancher, Megan ! hurla Ron dès que Potter fut dans la voiture et qu'il eut claqué la portière.
La jeune fille s'exécuta et la voiture s'élança vers la lune. Megan poussa un soupir, un peu déçue : ils avaient failli avoir une bonne raison de laisser Potter derrière eux. Si seulement le gros Moldu avait tiré plus fort…
Potter baissa la vitre et Megan jeta un coup d'œil dans le rétroviseur : le gros Moldu, sa femme maigre et son fils rondouillard étaient tous trois penchés à la fenêtre de la chambre, regardant la voiture s'élever dans les airs d'un air à la fois furieux et ahuri.
- À l'été prochain ! leur cria Potter.
Les Weasley éclatèrent de rire, puis Potter s'installa confortablement sur la banquette en souriant bêtement.
- Laisse sortir Hedwig, dit-il à Ron. Elle volera derrière nous. Il y a un temps fou qu'elle n'a pas eu l'occasion de se dégourdir les ailes.
George tendit à Ron l'épingle à cheveux de Megan et, un instant plus tard, la chouette s'élançait avec bonheur par la fenêtre de la voiture qu'elle accompagna en planant comme un fantôme. George, assis sur le siège passager, donna à Megan les indications nécessaires pour faire le trajet retour.
- Alors… Raconte, Harry, dit Ron avec impatience. Qu'est-ce qui s'est passé ?
Potter leur raconta alors qu'il avait, plus tôt dans la soirée, trouvé dans sa chambre un elfe de maison du nom de Dobby, venu l'avertir que de terribles choses allaient se produire à Poudlard cette année et qu'il ne devrait donc pas y retourner. Potter ayant refusé de suivre ce conseil, l'elfe avait alors fait léviter le gâteau aux violettes cuisiné pour les importants invités que recevaient alors les Moldus, et l'avait fait s'écraser sur la tête de l'une d'eux. Il s'agissait là de l'acte de magie qui avait été reproché à Potter. C'était par ailleurs Dobby qui avait intercepté toutes les lettres qui avaient été écrites à Potter au cours de l'été, ce qui expliquait qu'il n'ait pas répondu.
Un long silence stupéfait suivit le récit. Megan se mordait nerveusement les lèvres. Dobby était l'elfe des Malfoy. Elle était à la fois furieuse de découvrir que la créature avait quitté le manoir sans autorisation et intriguée par la menace dont il avait informé Potter. De quelles terribles choses pouvait-il parler ? Les Malfoy avaient-ils des informations au sujet de Voldemort qu'elle ne connaissait pas ?
- Vraiment louche, tout ça, dit enfin Ron.
- Tout ce qu'il y a de plus bizarre, approuva George. Il ne t'a même pas dit qui est derrière ce complot ?
- Je pense qu'il lui était impossible de le dire, répondit Potter qui semblait prendre tout cela très au sérieux. Chaque fois qu'il était sur le point de laisser échapper quelque chose, il se cognait la tête contre le mur.
Fred et George échangèrent un regard, et Megan fronça un peu plus les sourcils. L'elfe était magiquement lié aux Malfoy, il était déjà très problématique qu'il ait pu donner autant d'informations à Potter. S'il ne pouvait rien dire de plus, cela signifiait que les Malfoy n'étaient pas étrangers au danger qui menacerait Poudlard. Une lueur d'espoir naquit au fond de la jeune fille. Une deuxième chance allait peut-être lui être offerte.
- Vous croyez qu'il m'a raconté des histoires ? demanda Potter.
- Les elfes de maison ont de grands pouvoirs magiques, répondit Fred, mais d'habitude, ils n'ont pas le droit de s'en servir sans l'autorisation de leurs maîtres. J'imagine que Dobby a été envoyé par quelqu'un pour essayer de t'empêcher de revenir à Poudlard. Quelqu'un qui voulait te faire une mauvaise farce.
Megan fronça un peu plus les sourcils, elle ne voyait pas les choses sous cet angle, surtout si Dobby n'avait eu de cesse de se violenter. Elle était certaine que ses avertissements étaient fondés.
- Draco Malfoy, par exemple, lança Ron.
- Il me déteste, acquiesça Potter.
- Son père était un des plus proches partisans de Tu-Sais-Qui, indiqua George en se tordant le cou pour regarder le garçon.
Un sourire fier flotta sur les lèvres de Megan.
- Et quand Tu-Sais-Qui a disparu, ajouta Fred, Lucius Malfoy est revenu en disant qu'il n'avait jamais voulu tout ça. Tu parles ! D'après Papa, il faisait partie des intimes de Tu-Sais-Qui.
Les jumeaux jetèrent des coups d'œil à Megan, qui ne disait toujours rien. Elle n'avait pas l'intention de participer à la conversation, d'autant qu'elle ne croyait pas une seule seconde qu'il s'agisse d'une farce de Draco.
- Je ne sais pas si les Malfoy ont un elfe de maison, dit Potter.
- En tout cas, les maîtres de Dobby appartiennent sûrement à une vieille famille de sorciers et ils doivent être riches, dit Fred. Ce sont les seuls à en avoir.
- Maman a toujours eu envie d'avoir un elfe de maison pour s'occuper du repassage, dit George. Mais tout ce qu'on a, c'est une vieille goule pouilleuse dans le grenier et des gnomes qui envahissent le jardin. Les elfes de maison, on les trouve dans les vieux manoirs ou les châteaux, aucune chance d'en voir un chez nous...
Potter ne répondit pas.
- En tout cas, je suis content qu'on soit venus te chercher, dit Ron. Je commençais à m'inquiéter sérieusement en voyant que tu ne répondais pas à mes lettres. Au début, j'ai cru que c'était la faute d'Errol...
- Errol ? répéta Potter sans comprendre.
- C'est notre hibou. Il est très vieux. Ce n'aurait pas été la première fois qu'il se serait évanoui d'épuisement en allant porter le courrier. Alors, j'ai essayé d'emprunter Hermès.
- Qui ça ?
- Le hibou que mes parents ont offert à Percy quand il a été nommé préfet à Poudlard, dit Fred.
- Mais Percy a refusé de me le prêter, dit Ron. Il a prétendu qu'il en avait besoin.
- Percy est très bizarre depuis le début des vacances, dit George en fronçant les sourcils. Il envoie beaucoup de courrier et il reste presque tout le temps enfermé dans sa chambre... Mais on ne peut quand même pas passer toutes ses journées à astiquer son insigne de préfet... Tu vas un peu trop loin vers l'ouest, Meg, ajouta George en montrant la boussole fixée au tableau de bord.
La jeune fille tourna légèrement le volant.
- Et votre père, il sait que vous avez pris la voiture ? demanda Potter.
- Heu... non, répondit Ron. Il devait rester travailler au ministère hier soir. Mais heureusement, on sera rentrés à la maison avant que Maman ait pu s'apercevoir qu'on a emprunté la voiture.
- Qu'est-ce qu'il fait, au ministère de la Magie, votre père ?
- Il travaille dans le bureau le plus ennuyeux, dit Ron. Le service des Détournements de l'Artisanat Moldu.
- Le quoi ?
- Ça concerne tous les objets fabriqués par les Moldus et qui ont été ensorcelés. Il faut s'occuper de les neutraliser si jamais ils reviennent dans des magasins ou des maisons de Moldus. Par exemple, l'année dernière, une vieille sorcière est morte et son service à thé a été vendu à un brocanteur. Une Moldu l'a acheté, l'a emporté chez elle et a essayé de servir le thé à des amis. Ça s'est transformé en cauchemar. La théière a piqué une crise et a commencé à verser du thé partout dans la maison. Un homme a fini à l'hôpital avec une pince à sucre coincée dans le nez. Papa a eu un travail fou ce jour‑là. Ils ne sont que deux au bureau, lui et un vieux sorcier du nom de Perkins. Ils ont passé la soirée à jeter des sortilèges d'amnésie et des trucs comme ça pour que personne ne se souvienne de rien...
- Mais... cette voiture... c'est ton père qui...
Fred éclata de rire et Megan ne put retenir un sourire en coin.
- Papa adore tout ce que fabriquent les Moldus, expliqua l'adolescent. Il a un garage plein de ces machins-là. Il les démonte, leur fait subir des sortilèges et les remonte. S'il devait faire une perquisition dans sa propre maison, il serait obligé de se mettre lui-même en prison. Ça rend ma mère folle de rage.
- Voilà la grande route, ralentis un peu, Megan, dit George en regardant à travers le pare-brise. On sera arrivés dans dix minutes. Il est temps, le jour commence à se lever.
Une faible lueur rosée se dessinait en effet à l'horizon. La voiture perdit de l'altitude et, en jetant un coup d'œil par la fenêtre, Megan aperçut une mosaïque de champs et de bosquets.
- On est tout près du village, dit George.
La voiture volante se rapprocha du sol. Un soleil rouge et brillant commençait à luire à travers les arbres.
- Atterrissage ! annonça la jeune pilote.
Ils touchèrent le sol avec un léger soubresaut et s'immobilisèrent à proximité du garage. C'était la fin des vacances tranquilles de Megan.
- Ce n'est pas très luxueux, dit Ron à Potter qui découvrait le Terrier pour la première fois.
- C'est merveilleux, tu veux dire ! s'exclama Potter d'un ton ravi.
On était pourtant très loin des petites maisons propres et belles du quartier de Privet Drive.
Ils sortirent de la voiture.
- Maintenant, on va monter là-haut sans faire de bruit, dit Fred, et on attendra que Maman nous appelle pour le petit déjeuner. À ce moment-là, Ron, tu te précipites dans la cuisine en criant : « Maman, regarde qui est arrivé cette nuit ! » Elle sera ravie de voir Harry et personne ne saura jamais qu'on a emprunté la voiture.
Comme si Potter était capable de traverser seul la distance qui séparait Privet Drive du Devon, pensa Megan.
- D'accord, dit Ron. Viens, Harry, ma chambre est...
Ron s'interrompit. Ses yeux se fixèrent sur la maison et son visage prit soudain une teinte verdâtre. Les quatre autres firent aussitôt volte-face. Molly traversait la cour à grands pas, provoquant la panique parmi les poulets. La petite femme replète au visage bienveillant semblait s'être brusquement transformée en une tigresse redoutable. Megan poussa un petit soupir mais ne recula pas, contrairement aux garçons.
- Aïe ! dit Fred.
- Hou là là, dit George.
Molly vint se planter devant eux, les mains sur les hanches, regardant alternativement chacun de ses trois fils qui baissaient la tête d'un air coupable. Elle portait un tablier à fleurs avec une poche d'où dépassait sa baguette magique.
- Alors ? Dit-elle.
- Bonjour, M'man, dit George en s'efforçant, sans grand succès, d'adopter un ton joyeux et conquérant.
- Est-ce que vous vous rendez compte que j'étais morte d'inquiétude ? dit Molly dans un murmure menaçant.
- Désolé, M'man, mais tu sais, il fallait que...
Chacun des trois fils de Molly était plus grand qu'elle, mais ils semblèrent se ratatiner sur place lorsque sa rage explosa. Une fois de plus, Megan attendit patiemment que la tempête passe.
- Les lits vides ! Pas le moindre mot ! La voiture disparue... auriez pu avoir un accident... folle d'inquiétude... vous en fichez ?... jamais vu ça... attendez que votre père soit rentré ! Jamais Bill, Charlie ou Percy ne nous ont causé autant de soucis...
- Le préfet Percy... marmonna Fred.
- TOI, TU FERAIS BIEN DE T'INSPIRER DE PERCY UN PEU PLUS SOUVENT ! S'écria Molly en enfonçant l'index dans la poitrine de Fred. Et qu'est-ce qui vous a pris d'emmener Megan avec vous ?Vous auriez pu vous tuer, vous auriez pu vous faire repérer par les Moldus, vous auriez pu faire perdre son travail à votre père !...
Elle hurla ainsi pendant plusieurs minutes. Enfin, lorsqu'elle se fut cassé la voix, elle se tourna vers Potter qui eut un mouvement de recul. Megan ricana.
- Je suis vraiment très contente de te voir, Harry, dit-elle. Viens donc manger quelque chose, tu dois avoir faim.
Elle tourna sur ses talons et rentra dans la maison. Potter lança un regard inquiet à Ron qui lui fit un signe de tête pour l'encourager à la suivre. Ridicule.
Potter s'assit sur le bord d'une chaise en regardant autour de lui. Ce devait être la première fois qu'il pénétrait dans une maison de sorciers. Il détailla la pendule de la cuisine, les livres qui s'alignaient sur le manteau de la cheminée tandis que la vieille radio posée à côté de l'évier annonçait l'émission « Salut les Sorciers » avec la célèbre chanteuse Celestina Warbeck. Megan alla s'asseoir le plus loin possible de Potter et regarda Molly s'occuper à préparer le petit déjeuner avec de grands gestes désordonnés, jetant des saucisses dans la poêle et des regards furieux à ses trois fils. De temps en temps, elle marmonnait quelque chose (« Je me demande ce que vous avez dans la tête », « Jamais je n'aurais pensé une chose pareille. », « emmener la petite avec eux »), restant sourde aux protestations de Megan qui mentait en lui assurant qu'elle avait insisté pour venir et que les garçons n'y étaient pour rien.
- Toi, tu n'y es pour rien, mon pauvre chéri, dit-elle à Potter en remplissant son assiette d'un gros tas de saucisses. Arthur et moi, nous nous faisions du souci à ton sujet. Hier soir encore, nous nous sommes dit que nous irions te chercher nous-mêmes si vendredi tu n'avais pas répondu à Ron. Mais quand même (elle rajouta trois œufs au plat sur le tas de saucisses), traverser la moitié du pays dans une voiture volante totalement interdite ! N'importe qui aurait pu vous voir...
Elle agita machinalement sa baguette magique en direction de l'évier où la vaisselle entassée commença à se laver toute seule.
- Il y avait des nuages, M'man ! dit Fred.
- Toi, tu ne parles pas la bouche pleine ! répliqua sèchement Molly.
- Mais, M'man, ils ne lui donnaient rien à manger ! dit George.
- Toi aussi, tu te tais !
Molly paraissait un peu calmée lorsqu'elle coupa du pain qu'elle se mit à beurrer pour le donner à Potter : la tempête était passée. Au même moment, la plus jeune des Weasley, vêtue de sa chemise de nuit, apparut dans la cuisine, poussa un cri et ressortit en courant. Megan secoua la tête.
- C'est Ginny, dit Ron à voix basse en se tournant vers Potter. Ma sœur. Elle a passé l'été à nous parler de toi.
- Elle veut ton autographe, Harry, dit Fred avec un sourire.
Il croisa alors le regard de sa mère et baissa la tête sans ajouter un mot. Le silence régna jusqu'à ce que les cinq assiettes aient été vidées, ce qui ne mit guère de temps. Megan n'avait jamais autant mangé que depuis qu'elle était arrivée chez les Weasley : Molly la trouvait trop maigre.
- Hou là là, je suis fatigué, dit Fred dans un bâillement en posant enfin son couteau et sa fourchette. Je crois que je vais aller me coucher et...
- Certainement pas ! dit sèchement sa mère. C'est entièrement ta faute si tu as passé la nuit sans dormir. Tu vas immédiatement aller dégnomer le jardin. Ces horribles créatures ont encore tout envahi.
- Oh, M'man...
- Je vais vous aider, dit Megan en se levant, laissant deux saucisses dans son assiette, le ventre plein.
- Et vous deux aussi, vous allez l'aider, reprit Molly en jetant un regard furibond à Ron et à George. Toi, tu peux aller te coucher, mon chéri, ajouta-t-elle à l'adresse de Potter. Ce n'est pas toi qui leur as demandé de prendre cette maudite voiture.
- Je préférerais aider Ron, dit-il précipitamment au grand dam de Megan. Je n'ai jamais vu dégnomer un jardin...
- C'est très gentil à toi, mon chéri, mais c'est un travail très ennuyeux. Voyons un peu ce que Lockhart dit à ce sujet.
Elle prit un gros volume sur la cheminée. George poussa un grognement et Megan leva les yeux au ciel.
- M'man, on sait très bien dégnomer un jardin.
- On l'a fait il y a trois semaines, lui rappela Megan.
Mais depuis qu'elle la connaissait, Megan voyait Molly se plonger dans Le Guide des créatures nuisibles de Gilderoy Lockhart chaque fois qu'elle avait affaire à une des nombreuses créatures qui proliféraient dans son jardin. L'auteur était un sorcier blond aux dents étincelantes qui, sur la photo de couverture, ne cessait de lancer des clins d'œil coquins autour de lui. Si Molly et Ginny le trouvaient séduisant, Megan le voyait comme un bellâtre agaçant, un jugement basé uniquement sur la couverture et la préface du livre.
- Il est tellement merveilleux, dit Molly, le visage rayonnant. Il sait tout sur les nuisibles, c'est un livre remarquable…
- M'man a un faible pour lui, dit Fred dans un murmure parfaitement audible pour tout le monde.
- Allons, Fred, ne sois pas ridicule, protesta Molly, les joues rosissantes. Si vous pensez que vous en savez plus que Lockhart, allez-y, débrouillez-vous, mais gare à vous si je trouve le moindre gnome dans le jardin quand j'irai faire mon inspection.
Bâillant et ronchonnant, les frères Weasley sortirent d'un pas traînant, suivis par Megan et Potter.
- Les Moldus aussi ont des gnomes dans leurs jardins, dit Potter à Ron.
- Oui, j'en ai vu, dit Ron, penché sur un massif de pivoines à côté de Megan. Mais ce ne sont pas de vrais gnomes, on dirait des petits pères Noël grassouillets avec des brouettes et des cannes à pêche...
Il y eut soudain une grande agitation dans les pivoines qui se mirent à remuer en tous sens et Megan se redressa en tenant une créature à la main.
- Ça, c'est un vrai gnome, dit-elle en tendant le bras pour l'éloigner d'elle.
- Fishmoilapaix ! Fishmoilapaix ! couina le gnome.
La répugnante créature n'avait rien à voir avec un père Noël : elle était petite, avec une peau comme du cuir et une tête chauve couverte de verrues d'une taille disproportionnée. Megan le tenait à bout de bras tandis que le gnome essayait de lui donner des coups de ses petits pieds durs et osseux. Elle l'attrapa par les chevilles et le retourna la tête en bas.
- Regarde Megan faire, ensuite tu essaieras de faire pareil, dit Fred à Potter.
Les Weasley lui avaient appris l'art sauvage du dégnomage peu après son arrivée, et elle avait trouvé un certain plaisir à cette pratique. Elle leva le gnome au-dessus de sa tête (« Fishmoilapaix ! ») et le fit tourner comme un lasso. En voyant l'expression choquée de Potter, elle leva les yeux au ciel.
- Ça ne leur fait pas mal, précisa Ron. Simplement, il faut leur donner le tournis pour qu'ils ne retrouvent plus le chemin de leurs trous à gnomes.
Megan lâcha les chevilles de la créature : celle-ci fit alors un vol plané de plusieurs mètres et atterrit avec un bruit sourd dans le champ qui s'étendait de l'autre côté de la haie.
- Ridicule ! s'exclama Fred. Je te parie que j'arrive à lancer le mien plus loin que la souche d'arbre, là‑bas.
Piquée au vif, la jeune fille se mit en quête d'un autre gnome pour relever le défi. Potter, lui, montrait trop de pitié pour les créatures hideuses, et sa faiblesse agaça Megan. Après avoir regardé les autres faire un moment, il en attrapa un, mais la créature avait elle aussi senti sa faiblesse : il lui planta dans le doigt ses dents tranchantes comme des rasoirs et Potter se mit à secouer frénétiquement et ridiculement sa main pour lui faire lâcher prise.
- Bravo, Harry ! s'exclama Ron en regardant le gnome s'envoler. Tu l'as lancé au moins à quinze mètres.
Rapidement, les gnomes se mirent à voler en tous sens.
- Ils ne sont pas très malins, commenta George qui en avait attrapé cinq ou six d'un coup. Dès qu'ils s'aperçoivent que le dégnomage a commencé, ils sortent de leurs trous pour regarder ce qui se passe. Depuis le temps, on pensait qu'ils auraient appris à se cacher.
- Au fait, Meganna, dit Potter en se saisissant d'un gnome particulièrement repoussant. Depuis quand est-ce que tu es ici ?
- Début juillet, répondit-elle de mauvaise grâce en attrapant un gnome dans chaque main (elle répugnait à s'adresser à lui directement).
- Oh, c'est… c'est chouette.
De toute évidence, il était jaloux de n'être arrivé que maintenant. Megan, avec une satisfaction féroce, fit tournoyer les deux gnomes qu'elle tenait puis les lâcha. Ils firent un vol plané remarquable que les jumeaux saluèrent de sifflements admiratifs. D'ordinaire, elle et ses petits bras n'envoyaient pas bien loin les créatures.
La foule des gnomes qui avaient atterri dans le champ s'éloignait en désordre, le dos rond, la démarche incertaine.
- Ils reviendront, dit Ron en les regardant disparaître dans la haie, à l'autre bout du champ. Ils adorent venir ici... Papa est trop gentil avec eux, il les trouve drôles.
Au même instant, la porte de la maison claqua.
- Il est revenu ! dit George. Papa est rentré !
Ils traversèrent le jardin en courant et retournèrent à l'intérieur de la maison. Arthur était affalé sur une chaise de la cuisine. Il avait enlevé ses lunettes et fermé les yeux. Il portait sa longue robe verte de sorcier, couverte de poussière et usée par les longs voyages.
- Quelle nuit, marmonna-t-il en attrapant la théière à tâtons.
Tout le monde s'assit autour de la table.
- Neuf interventions ! s'exclama-t-il. Neuf ! Un certain Mundungus Fletcher a essayé de me jeter un sort pendant que j'avais le dos tourné.
Il avala une longue gorgée de thé et poussa un profond soupir.
- Tu as trouvé quelque chose, Papa ? demanda Fred avec intérêt.
- Oh, quelques clés rétrécissantes et une bouilloire mordeuse, répondit Arthur en bâillant.
- Qui est-ce qui s'amuse à fabriquer des clés rétrécissantes ? Demanda Megan, vaguement intéressée.
- Oh, c'est un simple attrape-Moldus, soupira Arthur. Ils leur vendent des clés qui finissent par disparaître à force de rétrécir, et les Moldus n'arrivent plus à remettre la main dessus... Bien sûr, il est très difficile de faire condamner qui que ce soit, aucun Moldu ne voudra jamais admettre que ses clés rétrécissent. Ils sont persuadés qu'ils les ont perdues. Heureusement, ils sont prêts à croire n'importe quoi quand il s'agit de nier la magie, même lorsqu'elle leur crève les yeux... mais c'est fou le nombre d'objets que les sorciers s'amusent à transformer...
- LES VOITURES PAR EXEMPLE ?
Molly venait d'apparaître dans la cuisine. Elle tenait à la main un long tisonnier qu'elle brandissait comme une épée. Arthur ouvrit soudain des yeux ronds et regarda sa femme d'un air coupable. Megan baissa la tête pour dissimuler son sourire.
- Les... les voitures, ma chérie ?
- Parfaitement, Arthur, les voitures, dit Molly, les yeux flamboyants. Imagine un sorcier qui achèterait une vieille voiture rouillée en disant à sa femme qu'il veut simplement la démonter pour voir comment c'est fait, alors qu'en réalité il s'amuse à la trafiquer pour la faire voler.
Arthur cligna des yeux.
- Tu sais, ma chérie, un sorcier qui ferait ça ne violerait pas la loi, même si... il aurait dû dire la vérité à… sa femme. Il y a une lacune dans la loi quand on y regarde de près... du moment qu'il n'a pas l'intention de faire voler la voiture, le fait qu'elle puisse voler ne...
- Arthur Weasley, c'est toi qui t'es arrangé pour qu'il y ait une lacune dans la loi lorsque tu l'as rédigée ! s'écria Molly. Simplement pour que tu puisses continuer tes bricolages avec tous ces machins de Moldus qu'il y a dans ton garage ! Et pour ton information personnelle, je te signale que Harry est arrivé ce matin dans la voiture que tu n'avais pas l'intention de faire voler !
- Harry ? répéta Arthur sans comprendre. Harry qui ?
Il regarda autour de lui et sursauta en voyant enfin l'intéressé.
- Dieu du ciel ! C'est Harry Potter ? Ravi de faire ta connaissance ! Ron nous a tellement parlé de toi...
- Tes fils sont allés chercher Harry chez lui dans cette voiture volante en emmenant Megan avec eux ! s'exclama Molly. Alors, qu'est-ce que tu dis de ça ?
- Vraiment, vous l'avez fait voler ? dit Arthur, très intéressé. Et elle a bien marché ? Je... je veux dire... balbutia-t-il en voyant les yeux de sa femme lancer des éclairs, c'est... c'est très mal, les enfants... Vraiment très mal...
Megan retint avec difficultés un rire.
- Viens, Megan, dit Ron tandis que sa mère semblait enfler comme un buffle.
Megan, Ron et Potter se glissèrent hors de la cuisine et suivirent le couloir étroit jusqu'à l'escalier aux marches bancales qui montait en zigzag dans les étages. Au premier, une porte était entrouverte et des yeux brillants observaient. Soudain la porte se referma en claquant.
- Ginny, commenta Megan.
- C'est vraiment bizarre qu'elle soit si timide, remarqua Ron. D'habitude, on n'arrive pas à la faire taire.
Megan trouvait cela plutôt bénéfique. La présence de Potter était déjà assez insupportable pour qu'elle n'ait pas en plus à endurer l'obsession de la jeune Weasley à son égard.
Ils montèrent au cinquième étage où se trouvait la chambre de Ron. Comme chaque fois, Megan dut cligner des yeux pour s'habituer à sa couleur orange vif. Fervent supporter des Canons de Chudley, le garçon avait en effet décoré la pièce selon leurs couleurs, et tapissé les murs d'affiches à leur effigie.
- C'est ton équipe de Quidditch préférée ? demanda bêtement Potter en désignant les posters sur lesquels sept mages et sorcières tenaient à la main des balais qu'ils brandissaient avec énergie.
- Les Canons de Chudley, acquiesça Ron en montrant son couvre-lit orange brodé de deux grands « C » et d'un boulet de canon. Ils sont neuvièmes au championnat national.
Potter enjamba le jeu de cartes auto-battantes étalé sur le sol et regarda à travers la minuscule fenêtre. Megan se laissa tomber sur le lit et se plongea dans une des BDs de Martin Miggs, le Moldu fou, tandis que Ron regardait Potter d'un air anxieux, comme s'il attendait son opinion. Quelle importance pouvait bien avoir l'avis de l'enfant-qui-a-survécu ?
- C'est un peu petit, dit précipitamment Ron. Pas comme la chambre que tu avais chez les Moldus. Et je suis juste sous le grenier où habite la goule. Elle n'arrête pas de taper sur les tuyaux et de grogner…
Mais Potter n'était pas de cet avis :
- C'est la plus belle maison que j'aie vue, dit-il.
En levant la tête de la BD, Megan vit que Potter souriait et que les oreilles de Ron avaient pris une couleur rosé vif. Elle plissa le nez, mécontente de voir que Potter avait donné la bonne réponse.
