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CHEZ FLEURY & BOTT
Tandis que Potter découvrait la vie au Terrier, dorloté par Molly et interrogé par Arthur sur divers aspects de la vie moldue, Megan tentait d'échapper à sa présence en passant le plus clair de son temps avec les jumeaux ou en allant voler seule dans le verger. Seule son amitié pour les Weasley la retenait de s'en prendre à Potter, car aucun ne pouvait se douter de ce qu'il représentait pour elle. Heureusement, une semaine après son arrivée, des nouvelles de Poudlard vinrent l'égayer.
Ce matin ‑là, Megan était assise à table avec Arthur, Molly et Ginny, et ils débattaient des risques qu'encouraient les parents qui mettaient leur enfant sorcier dans une école moldue avant d'entrer au collège dans une école de magie, lorsque Ron et Potter arrivèrent pour prendre leur petit déjeuner. Il y eut aussitôt un grand bruit : en voyant Potter, Ginny avait fait involontairement tomber son bol de céréales sur le sol. D'une manière générale, Ginny avait une très nette tendance à faire tomber toutes sortes d'objets chaque fois que Potter entrait dans une pièce où elle se trouvait déjà. Elle plongea aussitôt sous la table pour récupérer son bol tandis que Megan levait ostensiblement les yeux au ciel, agacée par cette adoration malsaine. Lorsque Ginny réapparut, le teint de son visage évoquait la couleur du soleil couchant, mais Potter fit comme s'il n'avait rien remarqué, s'asseyant innocemment à la table et prenant les toasts que Molly lui offrit.
- Oh au fait, vous avez reçu une lettre de l'école, annonça Molly en tendant à Megan, Ron et Potter trois enveloppes identiques en parchemin jauni sur lesquelles leur nom était écrit à l'encre verte. Dumbledore sait déjà que tu es ici, Harry. Rien ne lui échappe.
- C'est surtout que les hiboux peuvent toujours nous retrouver, commenta Megan, qui n'appréciait pas le vieux directeur de Poudlard.
- Vous aussi, vous avez du courrier, ajouta Molly sans lui prêter attention lorsque Fred et George entrèrent à leur tour dans la cuisine, encore vêtus de leur pyjama.
Pendant quelques minutes, un grand silence accompagna la lecture des lettres. Celle de Megan lui indiquait qu'elle devrait prendre le Poudlard Express à la gare de King's Cross, comme d'habitude, à la date du premier septembre. Elle contenait également la liste des nouveaux livres qui lui seraient nécessaires au cours de l'année.
« Les élèves de deuxième année devront se procurer les ouvrages suivants :
Le Livre des sorts et enchantements (niveau 2), par Miranda Goshawk.
Flâneries avec le Spectre de la mort, par Gilderoy Lockhart.
Vadrouilles avec les goules, par Gilderoy Lockhart.
Vacances avec les harpies, par Gilderoy Lockhart.
Randonnées avec les trolls, par Gilderoy Lockhart.
Voyages avec les vampires, par Gilderoy Lockhart.
Promenades avec les loups-garous, par Gilderoy Lockhart.
Une année avec le Yéti, par Gilderoy Lockhart. »
Fred, qui avait fini de lire sa propre liste, jeta un coup d'œil à la lettre de Megan par-dessus son épaule.
- Toi aussi, tu dois acheter tous les livres de Lockhart ! dit-il. Le nouveau prof de Défense contre les Forces du Mal doit être un de ses fans. C'est sûrement une sorcière.
L'adolescent croisa alors le regard de sa mère et préféra s'intéresser au pot de confiture sans insister davantage.
- Tout ça ne va pas être très bon marché, dit George en lançant un rapide coup d'œil à ses parents. Les livres de Lockhart sont hors de prix.
- On s'arrangera, dit Molly, mais elle paraissait préoccupée. Je pense que nous pourrons acheter la plupart des affaires de Ginny d'occasion.
- Ah bon ? Tu vas à Poudlard cette année ? demanda Potter à Ginny.
Megan ne vit pas Ginny acquiescer en rougissant jusqu'à la racine de ses cheveux flamboyants puis poser le coude dans le beurre, car Percy venait d'entrer dans la cuisine, déjà habillé, son insigne de préfet de Poudlard épinglé sur son débardeur en tricot.
- Bonjour, tout le monde, dit-il d'un ton énergique. Belle journée.
Il s'assit à la seule place libre mais il se releva d'un bond en ôtant de la chaise un vieux plumeau gris, qui se révéla être le vieux hibou de la famille Weasley.
- Errol ! s'exclama Ron en prenant le hibou inerte dans ses bras et en enlevant la lettre glissée sous son aile. Enfin ! Il rapporte la réponse d'Hermione. Megan et moi on lui a écrit pour lui dire qu'on allait essayer de te délivrer de chez les Dursley.
À vrai dire, Megan avait seulement signé en bas de la lettre rédigée par Ron. Ce dernier porta Errol jusqu'à son perchoir et essaya de le poser dessus, mais le hibou retomba aussitôt et Ron dut l'étendre sur la paillasse de l'évier.
- Lamentable, marmonna-t-il.
Il ouvrit ensuite la lettre d'Hermione et la lut à haute voix :
Chers Megan, Ron et Harry (si tu es là),
J'espère que tout s'est bien passé, que Harry va bien, et que vous n'avez rien fait d'illégal pour le sortir de là, sinon lui aussi aurait des ennuis. Je suis très inquiète et si Harry est en sûreté, dîtes-le- moi très vite, mais vous feriez peut-être bien d'envoyer un autre hibou car celui-là risque fort de ne pas survivre à une tournée supplémentaire.
Je suis très absorbée par le travail scolaire, bien sûr...
Quelle idée ! commenta Ron avec horreur. On est en vacances !
...et j'irai à Londres mercredi prochain avec mes parents acheter les nouveaux livres pour la rentrée. On pourrait peut-être se retrouver sur le Chemin de Traverse ?
Dépêchez-vous de me raconter ce qui s'est passé.
Amitiés, Hermione.
- Tout ça me paraît très bien, nous n'aurons qu'à aller chercher vos affaires le même jour, dit Molly en commençant à débarrasser la table. Qu'est-ce que vous comptez faire, aujourd'hui ?
Megan, Ron, Fred, George et Potter avaient l'intention de monter sur la colline pour jouer au Quidditch dans le verger. Cinq minutes plus tard, ils montaient le flanc de la colline, leurs balais sur l'épaule. Ils avaient à nouveau demandé à Percy s'il voulait se joindre à eux, mais il avait répondu qu'il était trop occupé.
- J'aimerais bien savoir ce qu'il fabrique, dit Fred en fronçant les sourcils. Je ne le reconnais plus. Les résultats de ses examens lui ont été envoyés la veille de ton arrivée, Harry. Il a obtenu douze BUSE et il s'en est à peine vanté.
- Brevet Universel de Sorcellerie Elémentaire, expliqua George en voyant le regard interrogatif de Potter. Bill aussi en avait obtenu douze. Si on n'y prend pas garde, on va avoir un autre préfet-en‑chef dans la famille. Je crois que je ne survivrai pas à cette infamie.
Megan n'avait jamais rencontré Bill, mais s'il s'agissait d'un autre Percy, plus âgé et plus sérieux, elle n'y tenait pas particulièrement. Charlie, le deuxième fils Weasley, qui travaillait en Roumanie avec des dragons, lui paraissait bien plus intéressant.
- Je me demande comment Papa et Maman vont se débrouiller pour acheter nos fournitures scolaires, cette année, reprit George. Tous les livres de Lockhart en cinq exemplaires ! En plus, Ginny va avoir besoin de robes, d'une baguette magique et de tout le reste...
Potter restait silencieux, et Megan ne fit pas plus de remarque. Elle envisageait de contribuer à l'achat des fournitures des Weasley, sa fortune étant suffisante pour subvenir à ses besoins pour les vingt prochaines années.
Arrivés au verger, ils se lancèrent des pommes et s'exercèrent à les rattraper. Chacun volait à tour de rôle sur les Nimbus 2000 de Megan et Potter, ce dernier ayant découvert avec surprise que la jeune fille possédait elle aussi ce coûteux modèle de balai volant. À côté, la vieille Étoile Filante de Ron se faisait souvent dépasser par des papillons.
Le mercredi suivant, Molly les réveilla de bonne heure. Après avoir avalé chacun une douzaine de sandwiches au bacon, ils enfilèrent leur veste et Molly prit le pot de fleurs vide posé sur la cheminée.
- Il ne nous en reste plus beaucoup, Arthur, soupira-t-elle en regardant au fond du pot. Il faudra qu'on en rachète aujourd'hui... En tout cas, les invités d'abord ! Après toi, Harry, mon chéri !
Et elle lui présenta le pot de fleurs. Megan eut un sourire moqueur, elle savait que Potter ne savait absolument pas ce qui se passait.
- Que... Qu'est-ce que je dois faire ? balbutia-t-il.
- Il n'a jamais pris la Poudre de Cheminette ! s'exclama soudain Ron. Désolé, Harry, j'avais oublié.
- Jamais ? s'étonna Arthur. Comment as-tu fait pour aller acheter tes affaires sur le Chemin de Traverse, l'année dernière ?
- J'ai pris le métro...
- Vraiment ? dit Arthur, très intéressé. Est-ce qu'il y a des escapators ? Comment ça marche ?
- Je t'en prie, Arthur, pas maintenant, coupa Molly. La Poudre de Cheminette, ça va beaucoup plus vite, mon chéri, mais si tu ne t'en es jamais servi...
- Ça se passera très bien, M'man, dit Fred. Ne t'inquiète pas, Harry, tu n'auras qu'à regarder comment on fait. Montre-lui, Megan.
L'intéressée s'avança d'un pas assuré, prit dans le pot de fleurs une pincée de poudre étincelante, s'avança vers le feu qui brûlait dans la cheminée et jeta la poudre au milieu des flammes.
Dans une sorte de grondement, le feu se teinta alors d'une couleur vert émeraude et s'éleva soudain plus haut que Megan qui pénétra dans la cheminée en criant : « Le Chemin de Traverse ! » avant de disparaître. Comme chaque fois, elle ressentit cette désagréable sensation de secousse, bringuebalée dans le réseau de cheminée du monde magique, apercevant par éclairs l'intérieur d'autres maisons de sorciers, puis tout s'arrêta d'un coup lorsqu'elle apparut dans la cheminée du Chaudron Baveur, couverte de suie et un peu décoiffée. Elle s'écarta de l'âtre pour ne pas gêner les prochains arrivants, et George ne tarda pas à apparaître à son tour dans l'âtre, suivi de Fred et d'Arthur. Et lorsque Ron apparut à la suite de son père, les Weasley échangèrent un regard surpris.
- Où est Harry ? demanda Ron.
- Pas encore arrivé, répondit Megan en haussant les épaules.
- Il est parti après Papa, pourtant !
Potter, perdu dans un conduit de cheminée quelque part en Angleterre ou ailleurs ? Voilà qui était amusant.
- Il a bien dit « Chemin de Traverse », non ? s'enquit Arthur.
- Je crois, mais il s'était mis à tousser…
Molly, Percy et Ginny apparurent à leur tour et constatèrent eux aussi l'absence de Potter.
- On le retrouvera peut-être en chemin, dit Megan d'un ton léger.
- On va faire le tour des boutiques pour le chercher, décréta Arthur. Molly, emmène Ginny acheter sa baguette, on se retrouve ensuite.
Pas bien ravie de devoir se mettre en quête active de Potter, Megan suivit les garçons Weasley de mauvaise grâce. En chemin, elle remarqua dans la boutique de balais qu'un nouveau modèle était sorti : le Nimbus 2001, plus performant encore que le Nimbus 2000. Draco l'aurait sûrement, il avait tous les nouveaux balais au fur et à mesure qu'ils sortaient. Mais cette année, Megan allait se contenter de son Nimbus 2000. De toute manière, à quoi bon acheter un nouveau balai puisqu'elle ne jouait pas dans l'équipe de Quidditch ?
Arthur était sincèrement inquiet de la disparition du célèbre Potter alors que le jeune garçon était sous sa responsabilité. Suivi de ses fils, il courait de boutiques en boutiques, et Megan les attendait dehors en contemplant les vitrines. Elle s'attardait devant le siège de la Gazette du Sorcier lorsque la voix soulagée d'Arthur lui parvint :
- Harry !
Avec un soupir de regret, elle rejoignit les garçons qui émergeaient de la foule pour courir vers Potter. À ses côtés se tenaient Rubeus Hagrid, le gigantesque garde-chasse de Poudlard qui avait tenté d'élever un dragon dans sa cabane de bois l'année passée, et Hermione. Potter avait cassé ses lunettes et était couvert de suie comme s'il s'était roulé dedans.
- Harry ! répéta Arthur, hors d'haleine. On espérait tous que tu n'avais pas atterri trop loin.
Il épongea son crâne chauve et luisant.
- Molly est dans tous ses états. Ah, la voilà !
- Alors ? Où est-ce que tu t'es retrouvé ? demanda Megan d'un ton narquois.
- Dans l'Allée des Embrumes, répondit Potter d'un air sombre.
- Formidable ! s'exclamèrent Fred et George d'une même voix
L'Allée des Embrumes était une ruelle sombre dont la majorité des boutiques étaient consacrées à la magie noire et dans l'ensemble très mal fréquentées. Megan y était déjà allée plusieurs fois avec Lucius et Draco.
- Nous, on n'a jamais eu le droit d'y aller, dit Ron avec envie.
- J'espère bien, il ne manquerait plus que ça ! grogna Hagrid.
Molly apparut enfin, courant à toutes jambes, Ginny accrochée à son bras.
- Oh, Harry, mon petit chéri ! s'exclama-t-elle. Tu aurais pu atterrir Merlin sait où !
Le souffle court, elle sortit une brosse à habits de son sac à main et entreprit de débarrasser la suie des vêtements de Potter. Arthur prit les lunettes du garçon, les toucha du bout de sa baguette magique et les lui rendit. Elles étaient redevenues comme neuves.
- Il faut que j'y aille, dit Hagrid dont Molly ne voulait pas lâcher la main. (« L'Allée des Embrumes ! Ah, Hagrid, heureusement que vous l'avez retrouvé ! Je n'ose imaginer... ») À bientôt à Poudlard !
Et il s'en alla à grands pas, dépassant de la tête et des épaules la foule qui se pressait le long de la rue.
- Quand j'étais dans l'Allée des Embrumes, devinez qui j'ai vu chez Borgin & Burke, dit Potter à Megan, Ron et Hermione tandis qu'ils montaient les marches de Gringotts. Malfoy et son père.
Megan sentit son cœur se serrer. Ils étaient tout près ! Elle aimerait tant les voir. Draco lui manquait.
- Est-ce que Lucius Malfoy a acheté quelque chose ? demanda aussitôt Arthur qui les suivait.
- Non, il était venu vendre.
- Donc il est inquiet, dit Arthur avec une satisfaction féroce. Ah, j'aimerais tellement coincer Lucius Malfoy un de ces jours… Megan, tu connais bien cette famille, tu n'as jamais rien vu d'étrange chez eux ?
- Fais attention, Arthur, avertit Molly avant que Megan ait pu nier tout lien entre les Malfoy et la magie noire. Cette famille ne peut t'attirer que des ennuis. Tu risques de t'attaquer à un trop gros morceau.
- Tu crois que je ne suis pas de taille à lutter contre Lucius Malfoy ? s'indigna Arthur alors qu'ils entraient dans la banque, salués par le gobelin de garde.
Mais son attention fut aussitôt détournée par les parents d'Hermione, debout devant le long comptoir qui s'étirait tout au long du grand hall de marbre. Un peu nerveux, ils attendaient qu'Hermione fasse les présentations.
- Mais vous êtes des Moldus ! s'exclama Arthur avec ravissement. Il faut absolument que nous allions boire un verre ! Qu'est-ce que vous avez là ? Ah, vous changez de l'argent moldu ? Molly, regarde ça !
Tout excité, il montra à son épouse le billet de dix livres que Mr Granger avait à la main. Megan eut un sourire condescendant. La fascination d'Arthur pour les Moldus lui était incompréhensible.
- C'est fascinant mon chéri, sourit Molly. Je suis enchantée de vous rencontrer, ajouta-t-elle à l'attention des parents d'Hermione avec un large sourire. Veuillez excuser mon mari, ce n'est pas tous les jours que nous avons la chance d'échanger avec des Moldus qui connaissent notre monde.
- J'imagine, répondit poliment Mrs Granger.
Elle ne cessait de regarder autour d'elle d'un air alerte, comme si elle n'était pas tout à fait certaine que les gobelins qui s'affairaient dans la banque ne risquaient pas de soudainement se ruer sur elle et son mari. Megan se demanda vaguement ce que ce devait être de découvrir du jour au lendemain que la magie existait et que sa fille de onze ans en faisait partie. Hermione lui avait raconté le jour où elle avait reçu sa lettre : contrairement à Megan et Draco, elle ne lui avait pas seulement été envoyée par hibou, McGonagall était venue en personne chez les Granger pour la lui apporter et échanger avec ses parents. Mr et Mrs Granger avaient tout d'abord cru à une vaste plaisanterie et avaient dit en riant doucement que l'enseignante était bien naïve de croire qu'ils allaient envoyer leur unique enfant dans une « école de sorcellerie » à l'autre bout du pays sur la base d'un vieux parchemin et des affabulations d'une vieille femme. Puis McGonagall s'était transformée en chat en un battement de cils, avant de reprendre son apparence quelques secondes plus tard. Mrs Granger était tombée à la renverse dans le canapé, Hermione avait poussé un hurlement perçant (« Je le savais ! ») et Mr Granger avait commencé à composer le numéro de la police. Le professeur de métamorphose avait alors calmement transformé leur table basse en vieille tortue, qui n'avait pas eu le temps de traverser le salon avant que McGonagall ait fini de convaincre les deux Moldus qu'elle leur racontait la stricte vérité. La semaine suivante, un sorcier du ministère avait été chargé de les accompagner sur le Chemin de Traverse afin de permettre à Hermione d'acheter ses fournitures, et notamment les manuels dans lesquels elle s'était plongée tout le reste de l'été. Cette année, ils étaient venus par leurs propres moyens, mais semblaient toujours méfiants vis-à-vis du monde magique.
- On se retrouve tout à l'heure, dit Ron à Hermione.
Un gobelin de Gringotts conduisit Megan, Potter et les Weasley vers les sous-sols où était entreposé leur argent. Pour se rendre dans les coffres, il fallait emprunter de petits wagonnets montés sur rails qui sillonnaient les couloirs souterrains de la banque. Ils s'arrêtèrent tout d'abord devant le coffre des Weasley, et Megan eut un léger pincement au cœur en voyant qu'il ne contenait qu'une toute petite pile de Mornilles d'argent et un seul Gallion d'or. Molly regarda dans les coins pour voir s'il ne restait rien d'autre, puis elle ramassa la pile de pièces qu'elle enfouit dans son sac. Puis vint le tour du coffre de Potter. Celui-ci tenta d'en dissimuler le contenu tandis qu'il se hâtait de remplir une bourse de cuir avec des poignées de pièces, mais Megan put voir sans effort que son coffre était presque aussi plein que le sien. Elle ne tenta pas de cacher sa propre fortune aux Weasley, autant qu'ils sachent qu'elle avait les moyens de les aider autant qu'elle le voudrait.
Quand ils furent de retour à l'entrée de la banque, ils se séparèrent à nouveau. Percy marmonna qu'il avait besoin d'une nouvelle plume. Fred et George avaient vu dans la foule leur ami Lee Jordan. Molly et Ginny devaient aller dans un magasin qui vendait des robes d'occasion. Quant à Arthur, il insista pour emmener les Granger boire un verre au Chaudron Baveur.
- On se retrouve chez Fleury & Bott dans une heure pour acheter vos livres, dit Molly en emmenant Ginny. Et vous, ne vous avisez pas de mettre les pieds dans l'Allée des Embrumes ! lança-t-elle aux jumeaux qui étaient partis de leur côté.
Megan, Ron, Hermione et Potter suivirent la rue sinueuse couverte de pavés. Potter semblait enorgueilli par sa bourse pleine d'or, d'argent et de bronze et acheta trois grosses glaces à la fraise pour lui, Ron et Hermione. Megan refusa tout net, elle avait les moyens de s'en acheter une et ne voulait pas recevoir quoi que ce soit de sa part. De toute manière, sa présence lui coupait l'appétit. Ils firent le tour des vitrines des magasins que Megan avait déjà presque toutes vues, ils virent les jumeaux en compagnie de Lee Jordan (qui adressa de grands signes à Megan) faire provision de « Pétards mouillés du Dr Flibuste. Explosion garantie sans chaleur », et dans une petite boutique de brocante, ils aperçurent également Percy, plongé dans un livre intitulé Histoire des préfets célèbres.
- Une grande étude consacrée à la carrière des préfets de Poudlard, lut Ron à haute voix au dos du livre. Vraiment passionnant…
- Fiche le camp, répliqua sèchement Percy.
Ron expliqua à voix basse à Potter les grands projets de carrière de Percy tandis qu'ils poursuivaient leur promenade. Une heure plus tard, ils prirent la direction de la librairie. Ils n'étaient d'ailleurs pas les seuls à s'y rendre. Lorsqu'ils arrivèrent à proximité, ils virent à leur grande surprise une foule immense qui se pressait à la porte du magasin. La cause de cette affluence s'étalait en grosses lettres sur une banderole accrochée à la façade :
Aujourd'hui, de 12h30 à 16h30, GILDEROY LOCKHART dédicacera son autobiographie MOI LE MAGICIEN
- On va pouvoir le rencontrer ! s'écria Hermione. C'est lui qui a écrit à peu près tous les livres de la liste !
Megan ne partageait pas son enthousiasme, mais elle semblait être la seule. La foule devant Fleury & Bott était essentiellement composée de sorcières de l'âge de Molly. Le sorcier-libraire visiblement épuisé qui se tenait à l'entrée essayait de modérer l'ardeur des admiratrices.
- Du calme, Mesdames s'il vous plaît... Ne poussez pas... Attention aux livres...
Megan, Ron, Hermione et Potter parvinrent à se glisser à l'intérieur de la librairie. Une longue queue s'étirait sur toute la longueur du magasin au fond duquel Gilderoy Lockhart signait ses livres. Tous les quatre prirent un exemplaire de Flâneries avec le Spectre de la mort et se faufilèrent le long de la queue jusqu'à l'endroit où attendaient les Weasley, en compagnie de Mr et Mrs Granger.
- Ah, vous êtes là. Très bien, dit Molly.
Elle avait le souffle court et ne cessait de se tapoter les cheveux pour les maintenir en place. Après avoir passé tout l'été à vanter les talents de l'auteur en matière de nuisibles et avoir dévoré des yeux la couverture, elle n'attendait rien avec plus d'impatience, devinait Megan.
- On va bientôt le voir...
Lorsque la file avança, ils aperçurent Gilderoy Lockhart, assis à sa table, entouré par de grandes photos de lui qui lançaient des clins d'œil à la foule avec un sourire aux dents étincelantes. Le vrai Lockhart était vêtu d'une longue robe de sorcier d'un bleu myosotis parfaitement assorti à la couleur de ses yeux, et son chapeau pointu était posé un peu de travers sur ses cheveux ondulés pour lui donner l'air plus cordial. Megan fit la moue : elle ne voyait pas ce qui causait toute cette agitation.
Un petit homme de mauvaise humeur tournait autour de Lockhart en prenant des photos avec un gros appareil qui laissait échapper un nuage de fumée violette chaque fois qu'il déclenchait son flash aveuglant.
- Dégagez ! aboya le photographe à l'adresse de Ron en reculant pour avoir un meilleur angle. C'est pour la Gazette du Sorcier.
- Ce n'est pas une raison pour marcher sur les gens ! répliqua Ron qui frottait son pied écrasé par le petit homme.
Gilderoy Lockhart avait entendu la scène. Il leva les yeux, vit Ron, puis Potter. Pendant un instant, il ouvrit des yeux ronds, puis il bondit de sa chaise en hurlant :
- Ma parole, ce n'est quand même pas Harry Potter ?
Megan leva les yeux au ciel, horripilée par ce qui allait nécessairement suivre. Un chuchotement fébrile s'éleva de la foule qui s'écarta tandis que Lockhart se précipitait sur Potter, l'attrapait par le bras et l'entraînait vers sa table sous des applaudissements nourris. Potter était rouge comme des œufs de Serpensendre lorsque Lockhart lui serra la main pour l'objectif du photographe qui mitraillait comme un fou en projetant une épaisse fumée sur les Weasley.
Potter essaya de revenir vers les autres lorsque le photographe eut fini, mais Lockhart lui passa un bras autour des épaules et le tint à côté de lui.
- Mesdames et Messieurs, dit-il d'une voix forte en demandant le silence d'un signe de la main, voici un moment extraordinaire ! Un moment idéal pour vous annoncer quelque chose que j'avais gardé secret jusqu'à présent ! Lorsque le jeune Harry Potter est entré chez Fleury et Bott aujourd'hui, il voulait simplement acheter mon autobiographie – que je vais me faire un plaisir de lui offrir gratuitement...
La foule applaudit à nouveau. Megan pensa que ce cadeau serait bien plus utile aux élèves les plus défavorisés de Poudlard – les Weasley – qu'au garçon dont le coffre regorgeait de Gallions.
- ... mais il ne se doutait pas le moins du monde que bientôt il aurait beaucoup plus que mon livre « Moi le magicien », poursuivit Lockhart en donnant à Potter une bourrade affectueuse qui fit glisser ses lunettes au bout de son nez. En effet, lui et ses camarades de classe vont avoir le vrai magicien en chair et en os. Eh oui, Mesdames et Messieurs, j'ai le plaisir et la fierté de vous annoncer qu'à partir de la rentrée de septembre, c'est moi qui assurerai les cours de Défense contre les forces du mal, à l'école de sorcellerie de Poudlard !
Megan laissa échapper un soupir par le nez qui passa parfaitement inaperçu sous les exclamations de joie et les applaudissements de la foule, tandis que Potter se voyait offrir la collection complète des livres de Gilderoy Lockhart. Titubant un peu sous le poids des volumes, il parvint à s'éloigner de leur auteur. Après ce show, Megan n'était absolument pas convaincue que la célébrité serait un meilleur professeur de Défense contre les forces du mal que Quirrell. Elle acheta ses livres sans un regard pour son futur enseignant puis s'éloigna de la foule avant qu'il ait pu tenter de lui dédicacer ses œuvres. Lorsqu'elle arriva dans le coin de la boutique vers lequel était parti Potter, elle le trouva en compagnie de Ginny – écarlate – face à Draco, ce qui manqua de lui faire lâcher ses livres. Ce dernier posait sur Potter un regard méprisant.
- Ah, c'est toi, dit Ron en arrivant à côté de Megan avec Hermione, regardant Draco comme s'il s'était agi d'une saleté sur la semelle de sa chaussure. Tu dois être surpris de voir Harry ici, non ?
Ron était toujours persuadé que Draco avait délibérément envoyé Dobby pour empêcher Potter de revenir à Poudlard.
- Ce qui me surprend le plus, c'est de te voir dans une boutique, Weasley, répliqua Draco qui ignorait ostensiblement Megan. J'imagine que tes parents n'auront plus rien à manger pendant un mois après t'avoir acheté tous ces bouquins.
Ron devint aussi écarlate que Ginny. Il laissa tomber ses livres dans le chaudron neuf de sa petite sœur et s'avança vers Draco, mais Potter et Hermione le retinrent par les pans de sa veste. Megan ne bougea pas, Draco méritait de prendre un coup pour ses remarques déplacées sur la pauvreté des Weasley, et elle voulait lui montrer qu'elle pouvait l'ignorer aussi bien qu'il le faisait.
- Ron ! s'écria Arthur, noyé dans la foule en compagnie de Fred et George. Qu'est-ce que tu fabriques ? Viens, on sort, c'est de la folie, ici.
- Tiens, tiens, tiens, Arthur Weasley.
Le cœur de Megan se serra encore un peu plus lorsqu'elle vit Lucius rejoindre Draco et poser une main sur son épaule, arborant le même sourire méprisant. La jeune fille ne put s'empêcher de penser que si elle n'avait pas été envoyée à Gryffondor en septembre dernier, elle se tiendrait aujourd'hui aux côtés de Lucius et Draco et aurait le même sourire aux lèvres. Les choses seraient plus simples. Mais aujourd'hui, ils ne lui accordaient pas même un regard.
- Lucius, dit Arthur en le saluant froidement d'un signe de tête.
- Beaucoup de travail au ministère, à ce qu'on dit… Toutes ces perquisitions… J'espère qu'ils vous paient des heures supplémentaires, au moins ?
Il plongea la main dans le chaudron de Ginny, parmi les livres neufs sur papier glacé de Gilderoy Lockhart, et en sortit un vieil exemplaire usé du Guide des débutants en métamorphose.
- Apparemment pas, dit-il. À quoi bon déshonorer la fonction de sorcier si on ne vous paie même pas bien pour ça ?
Arthur devint encore plus cramoisi que Ron et Ginny, et Megan ne put retenir un regard noir.
- Nous n'avons pas la même conception de ce que doit être l'honneur d'un sorcier, Malfoy, répondit Arthur.
- Ça ne fait aucun doute, répliqua Lucius en tournant ses yeux pâles vers Mr et Mrs Granger qui observaient la scène avec appréhension. Vous fréquentez de drôles de gens, Weasley… Je ne pensais pas que votre famille puisse tomber encore plus bas…
Il y eut un bruit métallique lorsque le chaudron de Ginny se renversa : Arthur venait de se jeter sur Lucius en le projetant contre une étagère remplie de livres. Des dizaines d'épais grimoires leur tombèrent sur la tête dans un grondement de tonnerre.
- Vas-y, Papa ! s'écrièrent Fred et George.
- Non, Arthur, non ! s'écrièrent Molly et Megan d'une même voix.
La foule recula en désordre, renversant d'autres étagères au passage.
- Messieurs, s'il vous plaît… s'il vous plaît ! s'exclama un vendeur.
- Allons, allons, Messieurs, ça suffit ! dit alors une voix plus puissante que les autres.
Hagrid s'avança vers eux, dans l'océan des livres étalés par terre. Un instant plus tard, il avait séparé Arthur et Lucius. Le premier avait la lèvre fendue, et l'autre avait reçu dans l'œil une Encyclopédie des champignons vénéneux, tenant toujours à la main le vieux livre de Ginny sur la métamorphose. Les yeux flamboyants de hargne, il lui jeta le volume.
- Tiens, jeune fille, prends ton livre, dit-il à Ginny. Ton père ne pourra jamais rien t'offrir de mieux.
Il repoussa Hagrid qui le maintenait à distance, fit signe à Draco de le suivre et s'empressa de sortir du magasin, toujours sans un regard pour Megan, mortifiée par la scène qui venait de se dérouler.
- Vous n'auriez pas dû faire attention à lui, Arthur, dit Hagrid qui souleva presque l'intéressé du sol en voulant lui défroisser sa robe. Toute cette famille est pourrie jusqu'à la moelle, chacun sait ça. Il ne faut jamais écouter ce que dit un Malfoy. Sale engeance ! Allez, venez, sortons d'ici !
Le vendeur fit mine de vouloir les empêcher de sortir, mais lorsqu'il s'aperçut qu'il arrivait à peine à la taille de Hagrid, il se ravisa. Ils se dépêchèrent de regagner la rue, les Granger tremblant de peur, Megan renfermée dans un silence furieux après l'altercation entre ses deux familles, et Molly folle de rage.
- Un bel exemple à donner aux enfants ! Se battre en public ! Je me demande ce qu'a dû penser Gilderoy Lockhart.
- Il était très content, dit Fred. Tu ne l'as pas entendu quand on est partis ? Il demandait au type de la Gazette du Sorcier s'il pourrait parler de la bagarre dans son reportage. Il a dit que ça ferait une très bonne publicité.
- Crétin, gronda Megan.
L'humeur n'était guère à l'allégresse sur le chemin du Chaudron Baveur d'où Megan, Potter, les Weasley et leurs achats devaient rentrer au Terrier par la Poudre de Cheminette. Dans le pub, les Granger prirent congé et regagnèrent la rue, côté Moldu. Arthur avait commencé à leur demander comment fonctionnaient les arrêts de bus, mais en voyant le regard noir de son épouse, il estima préférable de ne pas insister.
