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TRAIN ÉCARLATE ET VOITURE VOLANTE
Megan regardait la date de la rentrée se rapprocher, sans savoir si elle s'en réjouissait. Après avoir lu le début de Flâneries avec le spectre de la mort, elle pouvait affirmer avec certitude que les cours de Gilderoy Lockhart ne lui apporteraient rien, puisqu'elle avait le sentiment que le beau-parleur aux belles dents qu'elle avait vu chez Fleury & Bott serait bien incapable du moindre des exploits évoqués dans ses livres, de plus elle redoutait de se retrouver à nouveau à la fois proche de Draco dans le château et loin de lui dans leurs relations. Heureusement, la perspective de pouvoir à nouveau se servir de sa baguette sans restriction et d'enfreindre le règlement avec les jumeaux et Lee Jordan à grand renfort de pétards du Dr Flibuste redorait l'échéance. Sans parler du terrible complot qu'avait prédit Dobby : s'il avait raison, elle ne s'ennuierait pas cette année.
La veille de la rentrée, Molly fit apparaître par magie un somptueux dîner qui comportait les plats préférés de Potter ainsi qu'un délicieux gâteau à la crème qui ravit Megan. Pour terminer la soirée en beauté, Fred et George firent exploser des pétards du Dr Flibuste en un véritable feu d'artifice, remplissant la cuisine d'étoiles rouges et bleues qui rebondirent sur les murs et au plafond pendant une bonne demi-heure. Ils burent ensuite une dernière tasse de chocolat avant d'aller se coucher.
Le lendemain matin, ils mirent longtemps à se préparer. Ils s'étaient tous levés au chant du coq, mais ils avaient encore beaucoup à faire et tout le monde s'activait dans la maison, à moitié habillé, un morceau de toast à la main, criant et bougonnant sans cesse. Arthur faillit même se rompre le cou en trébuchant contre un poulet alors qu'il traversait la cour à grands pas pour mettre la valise de Ginny dans la voiture.
Dans le monde des Moldus, il était inconcevable que neuf personnes, sept grosses valises, trois hiboux et un rat puissent tenir dans une petite Ford Anglia mais c'était sans compter les aménagements très particuliers qu'Arthur lui avait apportés, sans en toucher un mot à sa femme, bien entendu.
Molly et Ginny prirent place sur le siège avant qui avait la taille d'un banc public tandis que la banquette arrière offrait suffisamment d'espace à Megan, Ron, Potter,Fred, George et Percy pour s'y asseoir confortablement.
- Finalement, les Moldus sont beaucoup plus astucieux qu'on ne le pense, vous ne trouvez pas ? remarqua Molly. Quand on voit cette voiture de l'extérieur, on ne dirait jamais qu'il y a autant de place à l'intérieur.
Megan haussa les sourcils mais ne dit rien. Arthur mit le moteur en marche et la voiture traversa la cour en cahotant. Megan vit Potter se retourner pour regarder le Terrier s'éloigner. Ce garçon était trop sensible.
Les préparatifs avaient pris plus de temps que prévu et Arthur, après avoir jeté un coup d'œil à sa montre, se tourna vers sa femme.
- Molly, ma chérie, je crois que nous irions plus vite si...
- Non, Arthur, répliqua Molly.
- Personne ne nous verrait. Le petit bouton que tu vois là commande un réacteur d'invisibilité que j'ai installé. Nous pourrions décoller instantanément, voler au-dessus des nuages et en dix minutes nous serions arrivés sans que personne s'aperçoive...
- Arthur, j'ai dit non. Pas en plein jour.
Ils arrivèrent devant King's Cross à onze heures moins le quart. Arthur se précipita pour aller chercher des chariots à bagages et ils s'engouffrèrent à grands pas dans la gare. Pour accéder à la voie 9 ¾ d'où partait le Poudlard Express à onze heures précises, il fallait traverser la barrière qui se dressait entre les voies 9 et 10. C'était indolore mais on devait faire attention que les Moldus ne remarquent rien.
- Percy, vas-y le premier, dit Molly, le front soucieux, en voyant sur la grosse pendule de la gare qu'il ne leur restait plus que cinq minutes pour franchir la barrière comme si de rien n'était.
Percy s'avança d'un pas décidé et disparut. Arthur, Fred et George puis Megan le suivirent. Sur le quai de la gare, le Poudlard Express, rouge vif, était prêt à partir, les familles des collégiens étaient rassemblées pour se dire au revoir, noyées dans la fumée blanche que crachait par panaches le train. Ginny arriva avec Molly juste après Megan, pressées par le temps. Megan monta dans le train avec Fred et George, à la recherche d'Hermione et Lee Jordan, avec l'intention d'attendre Ron dans un compartiment, puisqu'elle ne voulait pas s'éterniser en compagnie de Potter.
- Megan ! s'exclama Lee en la voyant passer le compartiment qu'il occupait. Fred, George !
Les trois collégiens rejoignirent leur ami, entouré de trois autres quatrième année. L'esprit léger, ils s'installèrent ensemble. Megan connaissait déjà Davy Walker et Chad Kosomow, deux élèves de Gryffondor avec lesquels Fred et George s'entendaient bien. L'an passé, il lui était arrivé quelques fois de déjeuner avec eux ou de les aider à terminer leurs devoirs. En revanche, elle ne connaissait pas le troisième. C'était un grand garçon brun, bien bâti, aux yeux verts – comme Megan. Il la détaillait du regard sans rien dire.
- Kevan, tu ne connais pas Megan, dit Lee, enthousiaste. Elle est en deuxième année à Gryffondor, c'est une amie d'Harry Potter.
- Pas vraiment, non, précisa Megan en serrant la main que lui tendait Kevan. Je suis juste amie avec Hermione Granger et Ron Weasley.
Lee, Fred et George furent déstabilisés par cette réponse, jusque-là, la jeune fille n'avait jamais formulé aussi explicitement sa relation avec Potter.
- Kevan Garrow, se présenta alors le garçon. Je suis à Serdaigle. Tu as été dans les souterrains du château, l'année dernière, non ? Affronter les protections mises en place par les professeurs quand Quirrell a essayé de voler la Pierre Philosophale.
- J'y étais, acquiesça Megan.
- Impressionnant pour une première année.
- Hermione et Ron ont été très utiles, précisa Megan, qui n'aimait pas briller.
- Mais pas Harry Potter ? Il était avec vous, non ?
Megan se replongea dans les événements de la fin de l'année passée. Hermione avait allumé le feu qui les avait libérés du Filet du Diable, c'était Megan qui avait attrapé la première la clef volante, Ron avait remporté la partie d'échecs et Hermione avait résolu l'énigme des potions. Puis elle s'était battue avec Potter pour continuer dans la salle suivante mais il l'avait emporté en usant d'une vulgaire méthode moldue. Face à Quirrell, il n'avait survécu que grâce à la magie créée par le sacrifice de sa mère onze ans plus tôt et à l'arrivée de Dumbledore. Potter n'avait aucun mérite, sauf celui de ne pas avoir fui à toutes jambes à l'idée d'affronter seul Snape qu'il s'attendait à trouver derrière la dernière porte. Mais peut-être n'était-ce là que de la bête témérité.
- Tout dépend du point de vue, répondit-elle seulement.
Elle alla s'asseoir à côté de Lee, face à Kevan, et ramassa le livre Vadrouilles avec les goules, de Gilderoy Lockhart, qui était tombé d'un sac. Sur la couverture, l'auteur, dans une robe violette, sa baguette à la main, faisait face à quatre goules. Même dans cette situation, il ne cessait de sourire de toutes ses dents et de lancer des clins d'œil aux potentiels lecteurs.
- On ne va encore rien apprendre cette année, grimaça-t-elle en lâchant l'ouvrage. Ce type ne sait que glousser.
- D'après ses livres, il a accompli pas mal d'exploits, lui fit remarquer Davy.
- D'après ses livres, acquiesça George. Mais moi aussi je peux écrire que j'ai réussi à transformer une plume en corbeau en première année, mais ça ne changera rien au fait que ce n'est pas moi mais Megan qui peut faire ça.
Tous les regards se tournèrent vers la jeune fille, qui leva les yeux au ciel. George avait la fâcheuse tendance à vanter ses talents à tout bout de champ avec fierté, comme s'il en tirait lui-même un certain mérite.
- Tu peux faire ça ? s'étonna Chad. Ce n'est pas au programme de la première ni même de la deuxième année.
- Je sais, acquiesça-t-elle d'une voix neutre.
- Fais voir, lui demanda Davy, sceptique, en lui tendant une de ses plumes.
Megan poussa un soupir, sortit sa baguette et la pointa sur la plume noire. Dans sa tête, elle voyait parfaitement l'oiseau, son regard méchant, ses griffes, ses ailes qui battaient. Et l'instant d'après, la plume avait disparu, remplacée par l'animal. Celui-ci, furieux et effrayé, se mit à croasser vivement et à voleter dans le compartiment, menaçant de se prendre dans le filet à bagages ou de blesser quelqu'un de ses griffes ou de son bec. Kevan leva alors sa propre baguette et mit fin à la transformation, la plume de Davy retombant doucement sur le sol, innocente.
- De toute façon la métamorphose ne dure jamais très longtemps, commenta Megan, je ne suis pas très douée pour ça.
- C'est déjà pas mal, lui fit remarquer Davy, impressionné et convaincu. Lockhart ne savait peut-être pas faire la même chose au même âge.
- Vous avez suivi les derniers résultats de Quidditch ? demanda alors Fred, détournant complètement la conversation.
Megan lui en fut aussitôt reconnaissante, et elle savait pourquoi il avait fait cela. Fred savait qu'elle n'aimait pas attirer ainsi l'attention, ce que George avait plus de mal à comprendre.
La conversation s'orienta donc sur les derniers matches. Lee, tout particulièrement, avait suivi de près chaque rencontre, lui qui était le commentateur officiel du Quidditch à Poudlard. Megan était aussi passionnée de ce sport que les jumeaux, mais elle ne participa aux débats qui s'en suivirent qu'avec parcimonie, détaillant discrètement Kevan du regard. Il était moins extravagant que les cinq autres élèves, mais ses remarques étaient drôles et pertinentes, et il exhalait de lui quelque chose de rassurant. Et puis ce n'était pas un élève de Gryffondor, pour changer, même s'il n'était pas non plus à Serpentard.
Une femme souriante, à fossettes, et son traditionnel chariot de friandises passa bientôt et le groupe acheta assez à manger pour une toute une équipe de Quidditch.
- J'ai déjà la carte de Balfour Blane, déplora Chad en ouvrant son paquet de Chocogrenouilles.
- Le fondateur de la Commission des sortilèges expérimentaux, commenta machinalement Megan. Tu fais la collection des cartes ?
- Comme tout le monde, acquiesça le jeune homme. Comment tu connais ce type ?
- J'ai dû lire son nom quelque part. Moi, je ne collectionne pas les cartes.
- Toi, tu es bizarre, précisa George, la bouche pleine de Dragées Surprise de Bertie Crochue à la bouillabaisse.
Megan lui répondit par une grimace.
- Tu as l'air brillante, commenta Kevan d'un ton appréciateur. Tes parents sont Moldus ?
Les cinq autres fixèrent aussitôt tous Megan. Elle n'avait jamais parlé à personne de ses parents.
- De quoi je me mêle ? répliqua sèchement la jeune fille.
La tension dans le compartiment fut rapidement dissipée par Davy, qui se mit à cracher des flammes après avoir avalé par mégarde un gnome au poivre. La robe de Chad prit feu et Eleyna se mit à ululer avec indignation dans sa cage. Megan éclata de rire tandis que Fred vidait le contenu de son outre d'eau sur son ami échaudé. Avec une remarque moqueuse, Kevan fit jaillir de sa baguette un jet d'eau claire qui eut raison des dernières traces d'incendie. C'est dans cette ambiance roussie et joyeuse que Hermione fit coulisser avec énergie la porte du compartiment et fixa Megan d'un air hautain et agacé.
- Tu sais où sont Harry et Ron ? demanda-t-elle, accusatrice.
- Euh non, répondit Megan qui avait relevé ses longs cheveux pour leur éviter de partir en fumée. Ils n'étaient pas avec toi ?
- Je ne les ai même pas vu monter dans le train. Vous n'êtes pas venus ensemble ?
- Si, acquiesça George, surpris. Ils sont passés après nous à travers la barrière.
- Tu les as vus traverser ? insista Hermione.
- Eh, ça va, ils sont grands, ils doivent être quelque part dans le train à se goinfrer de friandises généreusement achetées par Potter, lança Megan, qui n'avait pas envie de penser au garçon en cet instant.
- Ça m'étonnerait. Je pense qu'ils ne sont pas montés à bord du train.
- Même si c'est le cas, je ne vois pas ce que tu peux faire.
- Tu es vraiment insensible !
Et Hermione claqua la porte du compartiment et repartit en trombe. Megan haussa les épaules :
- Il reste du chocolat ?
Megan ne revit pas Hermione avant l'arrivée dans la gare de Pré-au-Lard. Sur le quai, Hagrid, dépassant tout le monde de plusieurs têtes, appelait à lui les premières années tandis que les autres suivaient les instructions des préfets pour rejoindre la route où les attendait une centaine de diligences qui les emmèneraient au château. C'était la première fois que Megan rejoindrait Poudlard sans avoir à traverser le lac. Toutefois, elle grimaça en constant qu'aux diligences étaient attelés ce que Megan identifia comme des Sombrals : des créatures semblables à des équidés, à la peau si maigre qu'elle laissait apparaître chaque os de leur squelette, aux têtes reptiliennes dotées d'yeux blancs sans pupille au regard fixe et vide, pourvues d'une paire de grandes ailes noires semblable à celles de gigantesques chauves-souris.
- Tu as vu ? dit une autre élève de deuxième année qui prenait elle aussi les diligences pour la première fois. Il n'y a pas de chevaux pour tirer les calèches. Tu crois qu'elles avancent toutes seules ?
- Je suppose qu'elles sont ensorcelées, répondit son amie.
Megan savait pourquoi les deux filles pensaient que les diligences n'étaient pas attelées : on ne pouvait voir un Sombral que si on avait vu la mort, et de toute évidence ces deux filles n'avaient pas vu leur mère mourir. La mine sombre, Megan retrouva Hermione dans la foule, en compagnie de Neville Longbottom.
- Toujours pas de nouvelle des deux empotés ? demanda-t-elle en montant avec eux dans l'une des diligences, tournant le dos aux sinistres créatures.
- Aucune, aboya Hermione, encore furieuse du manque de sollicitude de son amie.
Megan haussa les épaules et Longbottom n'osa pas saluer sa camarade de peur de s'attirer lui aussi les foudres de Hermione. Bringuebalant dans un bruit de ferraille, le convoi de diligences remonta la route en direction du château. Lorsqu'ils passèrent entre les deux grands piliers de pierre surmontés de sangliers ailés qui encadraient le portail de l'école, Megan jeta un coup d'œil à l'extérieur. Le parc et la Forêt interdite étaient plongés dans l'obscurité, silencieux. Le château de Poudlard, imposant, se détachait contre le ciel nocturne, et la lumière tremblotante brillant à travers quelques fenêtres trahissaient la présence de quelques feux de cheminée brûlant déjà dans les salles communes qui les attendaient.
- Tu as passé tout le trajet avec ces garçons ? demanda Hermione, sortant enfin de son mutisme.
- Oui.
- Ils sont en quelle année ?
- Quatrième.
- Nous, on était avec Ginny, la petite sœur de Ron. Elle ne connait personne !
Megan ne réagit pas à ce reproche. Dans un cliquetis métallique, les diligences s'étaient arrêtées devant les marches de pierre qui menaient à la double porte de chêne de l'entrée. Rapidement, les élèves descendirent des diligences et formèrent une foule se pressant de rejoindre la chaleur du château.
Le hall d'entrée, immense, était éclairé par des torches fixées aux murs de pierre, et résonnait du martèlement des pas des élèves sur le sol dallé, tandis que les élèves se pressaient vers la Grande Salle où aurait lieu le festin de début d'année.
Lorsque Megan se retrouva face aux quatre longues tables alignées sous le faux plafond étoilé où flottaient une centaine de chandelles, elle eut un pincement au cœur en voyant Draco, Crabbe, Goyle et Pansy Parkinson se diriger d'un pas conquérant vers celle des Serpentard tandis qu'elle suivait Hermione et Longbottom vers celle des Gryffondor. Les tables se remplirent dans un brouhaha indescriptible sous le regard des fantômes qui flottaient à quelques mètres du sol, plus ou moins ravis de voir le château se remplir à nouveau après l'été.
- J'espère que les nouveaux Gryffondor auront à cœur de contribuer à remporter pour la deuxième année consécutive la coupe des quatre maisons, dit Nick Quasi-Sans-Tête, le fantôme de la maison, avec espoir. Bien que le Baron Sanglant en serait encore plus sombre.
Sans prêter attention aux espoirs d'un homme décédé plusieurs centaines d'années auparavant, Megan balaya du regard les élèves qui bavardaient joyeusement autour d'elle, comparant leurs nouvelles robes ou commentant avec enthousiasme le dernier concert de Celestina Warbeck. Nulle part elle n'apercevait la tignasse rousse et les taches de rousseur de Ron. Malgré son attitude désinvolte face à Hermione, elle commençait à se faire du souci : son amie n'était-il vraiment pas monté à bord du Poudlard Express ? Lui était-il arrivé quelque chose ? Y avait-il un lien avec le complot dont avait parlé Dobby ? Elle se retourna vers la table des professeurs qui se dressait à l'extrémité de la salle, et constata une nouvelle anomalie.
- Snape n'est pas là.
Hermione s'empressa de vérifier cette information, puis regarda Megan d'un air surpris.
- Où peut-il bien être ? s'étonna-t-elle.
- Avec un peu de chance, il ne sera pas professeur cette année, dit Longbottom avec espoir.
Megan se souvenait sans peine des désastres que causait Neville chaque fois qu'il avait affaire à un chaudron.
- Il n'y a personne assis à sa place pour le remplacer, lui fit-elle remarquer.
- Si Dumbledore n'a trouvé personne, il n'y aura peut-être pas de cours de potion cette année ! s'exclama Parvati Patil, une autre élève de Gryffondor assise non loin qui avait suivi toute la conversation.
- C'est une des matières fondamentales, lui rappela Hermione. On est obligés de suivre cet enseignement… Oh !
Son regard venait de se poser sur le sorcier blond aux yeux bleus qui souriait de toutes ses dents, et elle s'empourpra. Megan leva les yeux au ciel. L'espace de quelques heures, elle avait oublié que Gilderoy Lockhart enseignerait à Poudlard cette année.
Hagrid arriva à son tour dans la Grande Salle, immédiatement remarquable par sa taille deux fois supérieure à la normale, et rejoignit sa place à la table des professeurs, ce qui signifiait que les premières années avaient traversé le lac et devaient attendre dans le hall en compagnie du professeur McGonagall, comme ç'avait été le cas pour Megan et les autres l'année passée. En effet, quelques secondes plus tard, les portes de la Grande Salle s'ouvrirent et la directrice de Gryffondor conduisit une longue file d'enfants de onze ans en portant un tabouret sur lequel était posé un antique chapeau malpropre, effiloché et rapiécé avec une large déchirure tout près du bord. Chaque année, le Choixpeau répartissait les nouveaux élèves dans les quatre différentes maisons qui regroupaient les élèves de l'école selon leur caractère et leurs aptitudes. La rumeur des conversations se dissipa et les premières années s'alignèrent le long de la table des professeurs, face aux autres élèves. Le professeur McGonagall posa précautionneusement le tabouret devant eux et recula d'un pas.
Megan se rappelait sa propre répartition, un an plus tôt. Se tenant fièrement aux côtés de Draco, elle était convaincue que le Choixpeau l'enverrait à Serpentard. Mais celui-ci avait opté pour Gryffondor et fait basculer sa vie.
Tandis que les nouveaux retenaient leur souffle dans l'attente de la suite, la déchirure qui traversait l'étoffe, juste au-dessus du bord, s'ouvrit largement et le Choixpeau se mit à chanter. Chaque année, avant la Répartition, le Choixpeau chantait sa propre genèse et énonçait les différentes qualités de chaque maison tout en expliquant son rôle dans la Répartition. Selon la légende, celui-ci aurait appartenu à Godric Gryffondor, l'un des quatre fondateurs de l'école, et aurait été enchanté par eux afin que les élèves soient répartis entre leurs maisons respectives en fonction de qualités particulières que ceux-ci aimaient trouver chez un élève. Megan avait une aversion particulière pour cet objet enchanté, mais devait admettre qu'il était remarquable, littéralement investi de l'intelligence des quatre fondateurs, doué de parole et doté du don de Légilimencie pour lire dans les pensées de celui qui le coiffait et pressentir ses aptitudes ou ses humeurs.
À la fin de la chanson, la Grande Salle éclata en applaudissements, puis le professeur McGonagall, le regard sévère, appela un par un les nouveaux élèves par leurs noms. Ceux-ci vinrent s'asseoir sur le tabouret, posèrent le Choixpeau sur leur tête et attendirent, angoissés pour la plupart, que celui-ci désigne quelle serait leur maison pour les sept années à venir. Petit à petit, la file des nouveaux diminua. Sans surprise Weasley, Ginevra fut envoyée à Gryffondor, perpétuant la tradition selon laquelle tous les enfants de sa famille étaient envoyés à dans la maison du lion.
La Répartition était finie et il n'y avait toujours aucun signe de Ron et de Potter, ce qui rendait Hermione de plus en plus nerveuse. Le professeur McGonagall repartit avec le tabouret et le Choixpeau hors de la Grande Salle, et le professeur Dumbledore se leva pour accueillir tous les élèves au festin qui marquait le début d'année. Comme chaque année lorsqu'il se retrouvait devant ses élèves, son regard brillait de ravissement, comme si rien n'était plus fabuleux que d'être assis face à des centaines de collégiens affamés. Et comme chaque année, son « discours » fut très court, conscient que personne ne l'écouterait tant que les estomacs seraient vides, mais Megan n'y prêta pas attention. En voyant le vieil homme à la barbe argentée debout au milieu des professeurs, elle venait d'avoir une idée.
Des plats innombrables surgirent de nulle part et la Grande Salle retentit aussitôt de conversations enjouées et de tintements de couverts. Cette année cependant, Ron n'était pas là pour se jeter sur la nourriture comme quelqu'un qui n'aurait pas mangé depuis trois jours. Megan se servit en silence, réfléchissant au moment le plus propice pour réaliser son idée.
- Eh, Meganna, Hermione ! appela Seamus Finnigan, un élève de Gryffondor de deuxième année. Ron et Harry ne sont pas là ?
- Non, répondit sèchement Hermione. On ne sait pas où ils sont.
- J'ai entendu dire qu'ils avaient eu un accident de voiture volante, lança Dean Thomas, le meilleur ami de Seamus. Ils vont probablement être renvoyés.
- De voiture volante ? répéta Megan, visualisant aussitôt la vieille Ford Anglia des Weasley. Qui t'a dit ça ?
- Un préfet l'a dit à un autre.
- C'est dingue comme idée, ajouta Seamus. Mais ce serait dommage d'être renvoyés pour ça.
- C'est complètement stupide, asséna Hermione, qui n'avait cependant aucun argument pour infirmer cette théorie. Une voiture volante ? Ça n'a aucun sens.
- Ce qui n'a pas de sens c'est qu'ils soient renvoyés pour ça, répondit Megan.
Elle serait ravie de voir Potter expulsé de l'école, mais Poudlard sans Ron serait une toute autre histoire, bien moins amusante.
La rumeur de la voiture volante semblait circuler à grande vitesse dans la Grande Salle, à en juger par les chuchotements précipités de certains élèves lorsqu'ils se tournaient vers la table de Gryffondor, pointant plus ou moins discrètement du doigt Megan, Hermione, Percy et les jumeaux.
- Snape est revenu, commenta Megan sans émoi.
- Et il a l'air furieux, gémit Longbottom qui semblait y voir la promesse d'une nouvelle année terrible.
- Snape a toujours l'air furieux, lui fit remarquer Megan.
Gilderoy Lockhart, lui, semblait s'amuser comme un enfant le jour de Noël. Il tenait à ses voisins de table un discours qui semblait des plus agaçants, à en juger par l'expression du professeur Chourave.
Une fois les plats des desserts vidés, Dumbledore se leva de nouveau, amenant avec lui le calme dans la Grande Salle.
- Avant que vous ne puissiez rejoindre vos lits douillets pour digérer ce somptueux festin, je vous demande de m'accorder quelques minutes d'attention, déclara-t-il. Les nouveaux élèves doivent savoir que la forêt du parc est strictement interdite d'accès, et je tiens aussi à le rappeler à certains anciens élèves.
Dumbledore devait avoir à l'esprit les jumeaux Weasley en particulier, qui lui donnaient chaque année beaucoup de fil à retordre. Megan, quant à elle, avait déjà pénétré dans la Forêt interdite l'année passée, lors d'une retenue en compagnie de Hagrid, Potter, Longbottom et Draco afin de retrouver une licorne qui s'était avérée avoir été la proie de Voldemort par le biais de Quirrell.
- Notre concierge Mr Filch tient à ce que je vous rappelle que l'usage de la magie n'est pas autorisé dans les couloirs entre les heures de cours, et qu'il est affiché sur la porte de son bureau la liste complète des interdictions en vigueur dans le château.
Interdictions que Fred et George auraient à cœur de transgresser tout au long de l'année.
- Et j'ai cette année le plaisir de vous présenter notre nouveau professeur de Défense contre les forces du Mal, Gilderoy Lockhart.
Un tonnerre d'applaudissement retentit, fervemment alimenté par Hermione et l'ensemble des filles de l'école, tandis que le sorcier blond aux dents étincelantes se levait pour saluer ses élèves. Les autres professeurs, quant à eux, ne semblaient pas plus enthousiastes que Megan.
Après les traditionnelles recommandations et diverses informations telles que les qualifications pour les équipes de Quidditch, le recrutement annuel de la chorale de l'école ou les jours de réunion du club de lecture des fantômes, Dumbledore souhaita à tous les élèves une bonne nuit, et tout le monde se leva pour rejoindre les salles communes. Tandis que les préfets réunissaient les première année pour les guider, Hermione allait interroger l'un d'eux sur le nouveau mot de passe de la tour de Gryffondor, et Megan écoutait la rumeur de l'arrivée en voiture volante de Ron et Potter proliférer de plus belle dans la foule qui quittait la Grande Salle. Celle-ci n'avait rien d'improbable, mais Megan ne voyait pas pour quelle raison ces deux-là auraient choisi de venir avec l'Anglia plutôt que de traverser la barrière pour prendre le Poudlard Express, surtout sans la prévenir. Hermione et Megan furent parmi les dernières à quitter la Grande Salle.
- Tout cela est complètement stupide, affirma Hermione qui avait elle aussi entendu toute cette histoire circuler.
- Et ils seraient où, selon toi ? répliqua Megan qui se satisfaisait d'en savoir plus que son amie sur le sujet des voitures volantes.
Hermione s'apprêtait à répondre lorsque toutes deux virent Potter et Ron, encore vêtus de leurs vêtements de Moldus, se tenir devant le portrait de la Grosse Dame qui gardait l'entrée de la salle commune de Gryffondor. Hermione se précipita vers eux et Megan esquissa un petit sourire narquois.
- Ah, vous voilà, vous, lança-t-elle.
- Où étiez-vous passés ? ajouta Hermione. On dit des choses ridicules à votre sujet… Il paraît que vous allez être renvoyés pour avoir eu un accident avec une voiture volante.
- On n'a pas été renvoyés, se contenta de répondre Potter.
- Mais vous n'êtes quand même pas venus ici en volant ? demanda Hermione d'un ton sévère qui rappelait celui du professeur McGonagall.
- Laisse tomber les leçons de morale, répliqua Ron avec impatience, et donnes-nous le mot de passe.
- C'est « Anthochère », répondit Megan.
- Il faut que je vous parle de quelque chose…
Hermione fut interrompue par le portrait de la Grosse Dame qui pivota pour libérer le passage d'où s'éleva soudain un tonnerre d'applaudissements. De toute évidence, personne n'était parti se coucher chez les Gryffondor : tous les élèves rassemblés dans la grande salle circulaire attendaient l'arrivée de Ron et Potter. Certains se tenaient debout sur les tables bancales et les fauteuils défoncés. Des bras se tendirent pour happer Potter et Ron à l'intérieur tandis qu'Hermione les suivait tant bien que mal et que Megan contournait la foule.
- Bravo ! s'exclama Lee Jordan. Belle imagination ! Quelle arrivée ! S'écraser en voiture volante contre le Saule Cogneur, on en parlera longtemps, à Poudlard !
Tout le monde les félicitait comme s'ils venaient de remporter le Tournoi des Trois Sorciers, au plus grand déplaisir d'Hermione et de Percy. Ce dernier semblait vouloir s'approcher d'eux pour leur faire part de sa désapprobation, en tant que préfet, mais Fred et George les rejoignirent les premiers.
- Vous auriez pu nous appeler pour qu'on vienne avec vous, dirent-ils.
Ron avait le teint écarlate et souriait d'un air gêné, peu habitué à un tel triomphe. Mais lorsque Ron et Potter remarquèrent l'expression de Percy, tous deux semblèrent juger bon de monter se coucher. Megan, loin d'être fatiguée, resta dans un des fauteuils de la salle commune, assise face au feu.
- Jalouse de n'avoir fait que prendre le Poudlard Express ? demanda une voix alors que la salle commune s'était presque vidée.
Megan leva les yeux vers George, qui venait de s'accouder au dossier de son fauteuil.
- Absolument pas, rétorqua Megan. Je n'ai aucune envie de me retrouver coincée plusieurs heures dans un espace confiné avec Potter.
- C'est quoi ton souci avec Harry ? s'enquit le jeune homme. Je croyais que vous étiez devenus amis ?
- On ne l'a jamais été et on ne le sera jamais.
- Je ne comprends pas.
- Je t'expliquerai peut-être un jour.
