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RÉVÉLATIONS ET DRÔLE DE VOIX
Dumbledore avait d'abord embauché un professeur avec le visage de Voldemort fondu à l'arrière du crâne, puis un redoutable incompétent démissionnaire. N'avait-il aucune intention d'apprendre à ses élèves à faire face aux forces du Mal ? Non pas que les collégiens aient les moindres chances face aux puissants Mangemorts (puisque la politique de Poudlard était de considérer ces derniers comme « le Mal »), mais il existait de nombreuses créatures dangereuses dans le monde de la magie dont il fallait apprendre à se protéger. De plus, Megan comptait initialement sur cette matière pour apprendre de nouveaux maléfices. Même si Lucius l'avait prévenue qu'elle apprendrait bien moins de choses intéressantes à Poudlard qu'à Durmstrang, elle était profondément déçue et ruminait ces pensées en quittant la salle de classe où elle avait fini d'aider Ron, Hermione et Potter à venir à bout des Lutins de Cornouailles. Ils avaient plusieurs heures de libre devant eux, et les trois autres avaient pour projet d'aller se reposer dans la salle commune pour se remettre de leurs émotions. Megan, elle, avait un autre projet.
Elle partit de son côté au deuxième étage et parcourut celui-ci, mais aucune des salles qu'elle trouva n'était le bureau du directeur de Poudlard. Pourtant certaine que Fred ne lui avait pas communiqué de mauvaise information, elle examina une deuxième puis une troisième fois la tour. Agacée, elle finit par s'asseoir en tailleur au milieu du couloir et tenta de voir les choses sous un autre angle.
- Tu vas continuer à tourner en rond encore longtemps ? lança une voix.
Megan leva les yeux vers un tableau accroché sur sa gauche. Une grande femme aux cheveux gris vêtue d'une robe vert émeraude posait sur elle un regard sévère.
- Où est le bureau de Dumbledore ? lui demanda Megan d'une voix sèche.
- Parce que tu crois que je suis là pour aiguiller tous les élèves perdus ?
- Vous êtes là parce qu'un sorcier a voulu immortaliser Artemisia Lufkin et que cette même Artemisia Lufkin vous a mis dans son bureau pour vous apprendre à l'imiter, lui fit remarquer. En attendant, vous êtes accrochée au deuxième étage et je sais que le bureau de Dumbledore n'est pas loin.
- Tu en sais long pour une enfant, commenta le portrait d'un ton appréciateur.
Megan ne répondit pas, elle cherchait toujours une quelconque faille dans le décor qui l'entourait.
- Qu'est-ce qui me dit que je ferais bien de t'indiquer comment le trouver ? lança la vieille sorcière. Le bureau du directeur de Poudlard n'est pas un moulin.
- Il veut me voir, répondit Megan.
- Et il ne t'a donné aucune indication ?
Megan fronça les sourcils et repensa au morceau de parchemin consumé dans la cheminée de la salle commune.
- Sorbet Citron ? dit-elle à voix haute.
Megan vit alors à sa droite la statue d'une gargouille particulièrement laide s'animer et faire un pas de côté. La jeune fille sauta sur ses pieds. Le mur devant lequel la gargouille se tenait s'ouvrit, laissant voir un petit escalier en colimaçon.
- Et de rien ! s'exclama le portrait d'Artemisia Lufkin lorsque Megan se désintéressa d'elle pour se diriger vers l'ouverture secrète.
Sans répondre, Megan posa le pied sur la première marche. Aussitôt l'escalier se mit à monter lentement en spirale jusqu'à s'arrêter devant une porte en chêne munie d'un heurtoir en cuivre en forme de griffon. Sans hésiter ni frapper, Megan poussa la porte.
Le bureau de Dumbledore était une pièce circulaire percée de plusieurs fenêtres, remplie de divers instruments en argent qui bourdonnaient. Les murs étaient couverts de tableaux où somnolaient ceux que Megan reconnu comme étant les précédents directeurs de l'école morts en fonction. Et, assis derrière un énorme bureau aux pieds en forme de serre, Albus Dumbledore observait Megan avec attention.
- Je suis content que tu sois venue, Meganna, dit-il lorsque le silence qui s'étirait eut laissé comprendre que la jeune fille ne parlerait pas la première.
- J'avais le choix ? demanda-t-elle sans se soucier de la politesse.
- Tu n'as pas pour habitude de laisser les autres dicter ta conduite, si je ne me trompe pas, répondit calmement le directeur.
- Qu'est-ce que vous savez de moi ?
- Oh, beaucoup.
Megan se détourna de lui pour observer la pièce. Ses yeux se posèrent sur un superbe oiseau au plumage rouge et or qui se tenait derrière la porte sur un perchoir doré. Un phénix. Ce dernier soutint son regard jusqu'à ce qu'elle se retourne vers Dumbledore.
- Dans ce cas, vous allez pouvoir répondre à ma question, décréta-t-elle.
Elle avait le cœur battant, excitée à l'idée d'obtenir enfin la réponse qu'elle cherchait depuis six ans.
- Qui a tué mes parents ?
Dumbledore mit un certain temps à répondre, impassible derrière ses lunettes en demi-lune, dardant sur Megan un regard pénétrant.
- Pourquoi veux-tu savoir cela ? dit-il enfin.
Megan détestait ceux qui répondaient à ses questions par d'autres questions. L'agacement monta en elle.
- J'ai le droit de savoir, affirma-t-elle.
- Qu'est-ce que cela changerait ?
Elle fixa à son tour le directeur. La colère succédait lentement à l'agacement. La réponse lui brûlait les lèvres, mais devait-elle faire part de son projet à un homme tel que Dumbledore ?
- Je saurais qui tuer, dit-elle enfin, incapable de se retenir plus longtemps.
Dumbledore hocha lentement la tête. Ce n'était pas la réaction que Megan attendait. Le calme du directeur et sa passivité étaient terriblement crispants pour la jeune fille. Elle sentait ses mains trembler et son cœur cognait contre sa cage thoracique avec une telle force que le vieil homme, bien que sûrement à moitié sourd, devait pouvoir l'entendre.
- Tu te doutes bien que je ne peux encourager une telle entreprise, lui fit-il remarquer sans se mettre en colère ou reculer de peur. Aussi, même si je connaissais cette réponse, je ne t'en ferais pas part.
- Vous ne le savez pas ? s'exclama Megan d'une voix forte. Vous mentez !
- Pourquoi le saurais-je ?
- Les Weasley disent que rien ne vous échappe ! Et vous avez dit que vous saviez beaucoup de choses sur moi ! Vous fréquentez le ministère de la magie ! Vous connaissez les Aurors ! Vous savez qui a tué mes parents, et vous allez me le dire !
Un des instruments posés sur le bureau de Dumbledore vola en éclat et le vieil homme n'eut qu'un infime spasme de surprise.
- Meganna…, dit-il plus lentement que jamais, les sourcils froncés. Pourquoi crois-tu que je détiendrais cette information ? Même en étant ministre de la magie, je l'ignorerais. Seuls les Mangemorts le savent.
Ce que Dumbledore venait de dire n'avait aucun sens pour Megan. Son cerveau ne pouvait intégrer cette information au puzzle qu'elle assemblait depuis plusieurs années.
- Qu'est-ce que les Mangemorts ont à voir avec ça ? murmura Megan, le regard dur. Ce sont des Aurors qui ont tué mes parents. Des Aurors du ministère de la magie.
Le silence qui accueillit cette affirmation fut pesant. Megan attendit que Dumbledore acquiesce, mais il ne bougea pas. Rageusement, elle secoua la tête, regardant dans le vide.
- Ça n'a aucun sens ! protesta-t-elle. Pourquoi les Mangemorts tueraient les leurs ? Mes parents étaient des intimes de Voldemort.
- C'est lui-même qui a ordonné leur meurtre, lui révéla Dumbledore.
- Mais pourquoi ? s'écria Megan qui voyait s'écrouler autour d'elle ce qu'elle tenait pour acquis depuis toujours.
- Je ne peux pas encore te l'expliquer, Meganna, et j'en suis désolé, affirma sincèrement Dumbledore, le regard grave. Voldemort avait demandé à ses fidèles d'éliminer tes parents bien avant sa chute, c'est pourquoi vous avez dû fuir toutes ces années.
- On fuyait les Aurors ! Comme tous les Mangemorts, on a dû se cacher quand il est tombé, à cause de Potter ! Et puis comment vous pourriez savoir ça ? On n'était pas dans le même camp !
- Dès que j'ai su que tes parents avaient choisi de se détourner de Voldemort, je leur ai aussitôt offert mon aide, mais ils l'ont refusée, et ils se sont cachés de moi également. Si seulement ils avaient accepté mon aide… Je suis désolé que nous n'ayons rien pu faire pour vous protéger. J'avais demandé au ministère de m'informer de tout ce qu'ils pourraient trouver au sujet de ta famille, alors lorsque tes parents ont été retrouvés morts – leurs charmes de protection qui les gardaient cachés de tous, y compris du ministère, avaient disparu avec eux –, on m'a prévenu. Je ne voulais pas que tu grandisses seule, alors j'ai contacté Emily et Roger Boyd que je connais de longue date. Ils m'ont juré de prendre soin de toi et de t'aimer, ce qu'ils ont fait.
- Ce ne sont pas mes parents, cracha Megan.
- Je sais que jamais tu n'as accepté leur amour, c'est là une autre chose que je regrette.
Megan venait d'enregistrer trop d'informations, elle avait mal à la tête et il lui semblait perdre pied. Tout ce qu'elle avait cru pendant douze ans serait faux.
- Pourquoi est-ce que je devrais vous croire ? cracha-t-elle. Vous mentez. Mes parents étaient de puissants Mangemorts. Ils ont servi Voldemort fidèlement. Ils ne se seraient jamais détournés de lui !
- Pendant de nombreuses années, oui, malheureusement pour notre camp, acquiesça Dumbledore. Tes parents ont fait beaucoup de mal au service de Voldemort, je ne t'apprends rien. De nombreuses personnes tiquent encore à l'évocation de ton nom de famille. Puis ils ont pris une autre décision, pour te protéger. Ils se sont détournés de Voldemort, ce que « le Seigneur des Ténèbres » ne pouvait pas accepter. Alors il a demandé aux autres Mangemorts de les retrouver et de les tuer. Ce sont leurs anciens amis qu'ils ont fui toutes ces années, Meganna, pas les Aurors.
- Menteur.
- Je sais que tu te rappelles du jour de leur mort, qu'il te hante. Rappelle-toi de la maison. Il y avait quelque chose, un symbole, qui flottait au-dessus.
Un flash s'imposa à la jeune fille. Une tête de mort verdâtre, avec un serpent qui lui sortait de la bouche.
- NON !
Toutes les vitrines du bureau explosèrent, déclenchant l'indignation des tableaux accrochés au mur, certains se réfugiant chez leurs voisins pour échapper aux débris de verre qui s'étaient fichés dans leurs toiles. Dumbledore leva une main pour leur faire signe de se calmer, mais Megan lui tournait le dos, le souffle court. Il ne pouvait y avoir la Marque des Ténèbres au-dessus de la maison, le symbole des Mangemorts, celui qu'ils laissaient derrière eux chaque fois qu'ils avaient commis un meurtre. Pourtant elle s'en souvenait effectivement. Mais pouvait-il ne s'agir que d'un mauvais tour de Dumbledore ? Il y avait aussi ses rêves, qui la tourmentaient depuis l'année précédente. La voix de Voldemort qui l'appelait et ses parents qui s'y opposaient. Mais si tout cela était vrai, cela voulait aussi dire que les Malfoy lui avaient menti.
- Et moi ? Pourquoi les Mangemorts ne m'ont pas tuée, dans votre petit scénario ? demanda-t-elle en relevant les yeux vers le directeur.
- Je ne peux pas tout te raconter aujourd'hui, Meganna.
La jeune fille eut un rire sans joie.
- Bien sûr, gardez-en un peu pour plus tard. Quand j'aurai envie de vous entendre ternir un peu plus la mémoire de mes parents, je reviendrai vous voir !
- Je te dois des excuses, c'est vrai, admit Dumbledore. J'aurais dû m'inquiéter de ce qui allait t'être raconté. Je sais que les Boyd t'ont élevée dans la lumière, mais compte tenu de ton… attitude à leur égard, leur influence était limitée à côté de celle de la famille Malfoy, n'est-ce pas ? Ce sont eux qui t'ont dit que tes parents avaient été tués par des Aurors ?
- Pourquoi m'auraient-ils recueillie si j'étais la fille de deux déserteurs, hein ?
- Peut-être espéraient-ils que tu suivrais un autre chemin que celui de tes parents, suggéra Dumbledore. Une enfant est un esprit malléable. S'ils t'avaient accueillie par amour… ils ne t'auraient pas tourné le dos l'année dernière, si ?
- Vous transpirez le poison, cracha Megan.
Dans un tourbillon de pans de robe, elle se rua hors du bureau, dévala l'escalier en colimaçon et courut à perdre haleine jusqu'au parc. Elle ne s'arrêta qu'une fois qu'elle eut mis assez de distance entre elle et les rares élèves dehors à cette heure. Elle devait mettre de l'ordre dans ses pensées. Si Dumbledore avait raison, alors tout changeait. Les Mangemorts ne seraient plus de vieux alliés mais ses ennemis. Voldemort ne devait pas revenir. Elle ne pourrait jamais retrouver les Malfoy. Une douleur sourde lui tordait l'estomac. Elle se retourna vers un des arbres du parc, brandit sa baguette et coupa le tronc en deux avec un rugissement de colère qui fit tourner toutes les têtes dans sa direction. Les élèves présents écarquillèrent les yeux en voyant le chêne s'abattre dans un grand bruit.
- Quoi ? Vous en voulez aussi ? leur lança-t-elle rageusement.
Sans attendre de réponse, elle prit de nouveau la direction du château d'un pas vif. Elle aurait aimé pouvoir voler pour pouvoir arriver plus vite et jeta des regards furieux à tous ceux qui eurent le malheur de croiser sa route. À proximité de la salle commune de Serpentard, les éclats de voix familiers lui parvinrent. Elle le trouva dans une salle de classe où lui, Crabbe et Goyle tyrannisaient des première année.
- Dehors ! exigea-t-elle.
Les nouveaux élèves, terrifiés, en profitèrent pour filer, mais les deux gorilles se contentèrent de la regarder bêtement.
- J'ai dit « dehors », répéta-t-elle les dents serrées en levant sa baguette.
Crabbe et Goyle avaient toujours craint ses pouvoirs, et ils jetèrent des regards incertains à Draco, qui la regardait comme si elle était folle.
- Qu'est-ce qui te prend, à toi ? lança-t-il.
- Il faut qu'on parle, gronda Megan.
- Quoi, tu viens prendre la défense d'un Weasley ?
- De mes parents.
L'attitude de Draco se fit aussitôt moins méprisante. Il ordonna à ses deux acolytes de débarrasser le plancher, ce qu'ils firent sans hésiter.
- Est-ce que ce sont des Mangemorts qui ont tué mes parents ? aboya Megan dès que la porte se fut refermée, la laissant seule avec Draco.
- Quoi ?
- Réponds à la question !
- N'importe quoi ! Ce sont des Aurors !
- Est-ce que c'est vrai ? Ou est-ce que c'est encore un autre mensonge ? cria-t-elle.
- De quoi est-ce que tu parles ? répliqua Draco sur le même ton.
- Dumbledore dit que des Mangemorts ont tué mes parents à la demande de Voldemort !
À l'énonciation du nom maudit, Draco frémit.
- On t'a déjà dit de ne pas l'appeler comme ça, murmura-t-il.
- Qu'est-ce qui me prouve que ce sont bien des Aurors qui les ont tués ? insista Megan.
- C'est ce que mes parents ont dit, non ? se braqua Draco.
- Tes parents ont pu me mentir ! Ils ne m'adressent plus la parole ! Comment est-ce que je peux leur faire confiance ?
- Ce n'est pas leur faute si tu as choisi de changer de camp ! On ne traîne pas avec des Gryffondor ou des Weasley !
- Ils ont vite renoncé à moi, tu ne trouves pas ?
Megan avait envie d'éclater en sanglots, mais il était hors de question qu'on la voit pleurer.
- Papa a tout fait pour que le conseil d'administration de l'école te remette à Serpentard, répliqua Draco. Mais Dumbledore a refusé ! Alors Papa a dit que de toute façon tant pis, que tu ne serais peut‑être pas utile de toute façon !
À peine Draco avait-il dit ces mots qu'il sembla les regretter. Megan fronça les sourcils. Elle avait été agréablement surprise d'apprendre que Lucius avait en réalité tenté de régler la situation, mais la suite l'avait choquée.
- Il a dit quoi ?
- Je ne sais pas pourquoi il a dit ça, avoua Draco, gêné. Je n'ai pas compris.
- « Utile » ? insista Megan. Utile pour quoi ?
- Qu'est-ce que j'en sais moi ? s'énerva Draco.
- Je me souviens avoir vu la Marque des Ténèbres au-dessus de la maison. J'avais oublié… Mais je l'ai vue.
- Alors peut-être que tu n'es vraiment pas de notre côté, aboya le garçon avant de quitter la salle de classe en claquant la porte.
Megan fixa le battant sans le voir. Dans sa tête, les idées fusaient, s'entrechoquaient, s'entremêlaient et rien n'avait de sens. Si elle avait vu la Marque des Ténèbres, cela signifiait que les Mangemorts avaient bel et bien tué ses parents, et que Dumbledore disait vrai. Ils s'étaient détournés de Voldemort, mais elle ignorait pourquoi. Et les Malfoy… Lucius et Narcissa connaissaient la vérité, mais ils la lui avaient cachée.
Lorsqu'elle était enfant, Megan avait souvent posé des questions à Emily et Roger au sujet de ses parents, de ses vrais parents. Les Cracmols lui avaient raconté qu'ils l'aimaient de tout leur cœur et qu'ils ne l'avaient jamais vraiment quitté, qu'ils étaient des sorciers puissants, ce qui expliquait ses aptitudes particulières, mais ils n'avaient jamais rien dit au sujet des Mangemorts. C'était par sa soif de connaissances sur le monde magique qu'elle avait découvert que Meredith et Sylvius étaient au service de Voldemort, un choix qu'elle avait tout de suite soutenu, elle-même éprouvant un profond mépris pour les Moldus. Lorsqu'elle avait rencontré les Malfoy, ceux-ci lui avaient chanté les louanges des exploits de ses parents parmi leurs rangs, et nourri sa rage à l'endroit des Aurors et du ministère de la magie, que Lucius disait avoir infiltré pour mieux le détruire le moment venu. Or, ils attendaient avec impatience le retour de Harry Potter dans le monde la magie, lui qui était si puissant qu'il avait détruit le Seigneur des Ténèbres. Mais ils avaient été déçus : le garçon avait seulement eu de la chance, et n'avait pas la moindre intention de succéder à l'auteur du meurtre de ses parents. Leurs espoirs avaient disparu, et avaient été enterrés lorsque la Pierre philosophale avait échappé à Voldemort l'année précédente. Mais Megan ne comprenait pas pourquoi les Malfoy lui avaient menti. Pourquoi la recueillir si elle était dans un autre camp ? Pourquoi l'abandonner à la première difficulté ? Lucius n'aurait pas réussi à la faire changer de maison, mais quel autre obstacle se dressait-il entre Megan et la famille Malfoy ? Probablement Dumbledore. Il lui manquait de nombreuses pièces du puzzle, mais elle avait bien l'intention de les réunir pour, enfin, comprendre. Il fallait qu'elle reprenne le contrôle des événements.
La semaine fut éprouvante pour Megan qui refusait toujours catégoriquement de retourner voir Dumbledore, son désarroi et sa colère étant encore trop grands. Elle évitait également Draco de son mieux car elle ne savait plus ce qu'il convenait de faire en sa présence. Enfin, elle se montrait plus acide que jamais envers Potter : elle détestait l'idée de s'être découvert un point commun avec lui. Même les jumeaux ne parvenaient pas à la dérider et, pour couronner le tout, même la nuit elle ne pouvait trouver la paix : la voix de Voldemort était de plus en plus forte et elle voyait des ombres noires encagoulées flotter autour de la maison de son enfance, et entendait chaque nuit un peu plus les hurlements de ses parents qui mouraient de la main de ceux qui avaient autrefois été leurs amis.
Le samedi matin, Megan fut réveillée à six heures par un de ses cauchemars. Refusant de risquer de s'y replonger en se rendormant, elle s'habilla puis descendit à la salle commune s'asseoir près du feu pour y ruminer sur son sort.
- Oh, une jolie fille toute seule, dit une voix au bout d'un laps de temps indéterminé. C'est le moment ou jamais de l'aborder.
Megan leva un regard morne vers Lee Jordan.
- Non, ce n'est pas vraiment le moment, répondit-elle sombrement.
Elle n'était pas d'humeur à supporter la joie de vivre des autres.
- Avec toi, ce n'est jamais le moment, lui fit remarquer son ami en venant s'asseoir à côté d'elle.
- Alors ne viens jamais me voir.
Lee fronça les sourcils.
- Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que je n'ai pas envie de faire la conversation.
Avant que Lee n'ait eu le temps de répondre, Ron arriva dans la salle commune.
- Harry a un entraînement de Quidditch, annonça-t-il. On va voir ?
- Ouais.
Même voir Potter voler serait moins désagréable que la conversation qui commençait. Megan se leva et quitta la salle commune sans un regard en arrière. Le temps était aussi morose qu'elle, et lorsqu'elle prit place dans les tribunes, elle constata avec agacement que les bancs étaient humides de rosée. Le stade était vide et Megan se demanda si l'entraînement n'était pas en fait déjà terminé. Hermione les rejoignit bientôt, frissonnant dans la brise du matin.
- Eh, regardez qui est là, lança Ron. Le plus grand fan de Harry.
Assis sur l'un des plus hauts gradins, Colin Creevey patientait en frétillant, son éternel appareil photo entre les mains. Megan leva les yeux au ciel. Au même moment, l'équipe de Gryffondor pénétra sur le terrain, la plupart des membres baillant à s'en décrocher la mâchoire. Megan haussa un sourcil.
- Vous ne commencez que maintenant ? demanda Ron, étonné, lorsque Potter leva les yeux vers eux.
- Wood a passé son temps à nous expliquer sa nouvelle tactique.
Potter décolla et fit le tour du stade en faisant la course avec les jumeaux Weasley. Presque aussitôt, Creevey se mit à les mitrailler. Le son du déclencheur, amplifié par le stade désert, se répercuta en écho et attira l'attention de l'équipe.
- Regarde par ici, Harry ! Par ici ! s'écria Creevey de sa petite voix aiguë et ô combien agaçante.
Tandis qu'Oliver rejoignait Potter et les Weasley pour se renseigner sur ce que faisait là le petit photographe, l'attention de Megan fut distraite par une petite nuée de vert qui arrivait sur le terrain. L'équipe de Serpentard s'approchait, leurs balais à la main.
- C'est pas bon, dit-elle seulement avant de descendre des gradins.
- Tu vas où ? glapit Hermione, sans obtenir de réponse.
Oliver atterrit brutalement sur le terrain de Quidditch, rejoint par Potter et les jumeaux.
- Flint ! hurla-t-il à l'adresse du capitaine des Serpentard. Le terrain nous est entièrement réservé, ce matin ! On s'est levés à l'aube exprès pour ça ! Alors, tu t'en vas, maintenant !
Marcus Flint était encore plus grand qu'Oliver, qui était pourtant massif.
- Il y a suffisamment de place pour tout le monde, répondit-il avec une expression rusée qui lui donnait l'air d'un troll.
Angelina, Alicia et Katie les rejoignirent. L'équipe des Serpentard faisait front, épaule contre épaule, toisant l'équipe adverse d'un air narquois. Megan arriva à son tour, les sourcils froncés, et se tint entre Fred et Angelina.
- Mais j'ai réservé le terrain ! protesta Oliver, écumant de rage. Je l'ai réservé !
- Ah bon ? dit Flint. Pourtant, j'ai un mot du professeur Snape. Regarde : Je, soussigné, professeur Snape, donne à l'équipe de Serpentard l'autorisation de s'entraîner aujourd'hui sur le terrain de Quidditch afin de former leur nouvel attrapeur.
- Vous avez un nouvel attrapeur ? demanda Oliver d'un air distrait. Où ça ?
Derrière la rangée des six joueurs alignés, apparut alors un jeune garçon au visage pâle et à l'expression triomphante. Megan serra les dents.
- Le fils de Lucius Malfoy, lâcha Fred en le regardant avec dégoût.
- Tiens, c'est drôle que tu parles du père de Draco, dit Flint tandis que le sourire des autres joueurs s'accentuait. Je vais te montrer le magnifique cadeau qu'il a fait à l'équipe de Serpentard.
Les sept joueurs exhibèrent alors leurs balais flambant neufs avec des manches en métal chromé étincelant sur lesquels était écrit en lettres d'or : Nimbus 2001. C'était à prévoir, pensa Megan.
Le tout dernier modèle, il est sorti le mois dernier, dit Flint en chassant d'une pichenette un grain de poussière égaré sur son balai. Je peux te dire qu'il est bien meilleur que les vieux 2000. Quant aux Brossdur, ils ne tiennent pas la comparaison, ajouta-t-il avec un sourire méprisant à l'adresse de Fred et de George qui étaient tous deux équipés de Brossdur 5.
Pendant un bon moment, les Gryffondor restèrent silencieux. Quant à Draco, il arborait un sourire si large que ses yeux s'étaient réduits à deux petites fentes. Cependant, il évitait le regard de Megan qui, il le savait, ne possédait qu'un « vieux 2000 ».
- Oh, regardez, dit Flint, le terrain est envahi.
Ron et Hermione traversaient la pelouse pour enfin venir voir ce qui se passait.
- Pourquoi vous ne jouez pas ? demanda Ron à Potter. Et lui, qu'est-ce qu'il fait là ?
- Je suis le nouvel attrapeur des Serpentard, Weasley, répliqua Draco d'un ton hautain en se drapant dans sa robe. Et tout le monde est en train d'admirer les balais que mon père a offerts à l'équipe.
Ron contempla bouche bée les sept superbes balais qui s'alignaient sous ses yeux.
- Pas mal, non ? dit Draco d'une voix doucereuse. Mais peut-être que l'équipe des Gryffondor va réussir à trouver un peu d'or pour acheter de nouveaux balais, elle aussi. Vous pourriez donner vos Brossdur 5 à une tombola. Il y a peut-être un musée que ça intéressera.
Les Serpentard éclatèrent d'un rire sonore. Megan n'y trouva rien de drôle, elle n'aimait pas les remarques de Draco sur la pauvreté des Weasley.
- Au moins, aucun joueur de Gryffondor n'a payé pour faire partie de l'équipe, dit sèchement Hermione. C'est pour leur talent qu'on les a choisis.
Draco perdit soudain de sa superbe. Megan se retint de prendre parti, mais elle ne croyait pas que Lucius ait payé qui que ce soit : Draco savait très bien voler.
- Personne ne t'a demandé ton avis, à toi, espèce de Sang-de-bourbe, éructa-t-il.
- Draco ! sursauta Megan tandis que Flint empêchait Fred et George de sauter sur le garçon.
- Comment oses-tu ? hurla Alicia.
Ron plongea la main dans la poche de sa robe et en sortit sa baguette magique.
- Cette fois-ci, tu vas le payer ! hurla-t-il.
- Ronald, non ! s'exclama Megan.
Trop tard. Il pointa sa baguette sur le visage de Draco. Une détonation retentit alors dans tout le stade et un jet de lumière verte jaillit du mauvais côté de la baguette, frappant Ron à l'estomac et le projetant à la renverse.
- Ron ! Ron ! Ça va ? hurla Hermione.
Son ami ouvrit la bouche pour lui répondre, mais le seul son qui en sortit fut un énorme rot. Il se mit alors à vomir des limaces qui lui tombèrent sur les genoux. Les Serpentard hurlaient de rire. Flint, plié en deux, se tenait à son balai pour ne pas tomber. Draco était à quatre pattes et tapait du poing sur le sol. Se détournant de l'équipe hilare, Megan et tous les Gryffondor entourèrent Ron qui vomissait de grosses limaces luisantes sans que personne n'ose s'approcher de lui.
- On ferait mieux de l'emmener chez Hagrid, c'est plus près que l'infirmerie, dit Potter à Megan et à Hermione qui approuvèrent d'un signe de tête.
Lui et Hermione prirent Ron par les bras et l'aidèrent à se relever.
- Qu'est-ce qui s'est passé, Harry ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il est malade ? Tu peux le soigner, n'est‑ce pas ?
Creevey avait dévalé les gradins pour les rejoindre et les suivait en sautillant tout autour d'eux. Ron eut un terrible haut-le-cœur et un flot de limaces jaillit à nouveau de sa bouche.
- Hou là là ! dit le petit garçon, fasciné.
Il leva son appareil.
- Tu peux le tenir immobile, Harry, que je le prenne en photo ?
- Dégage, Creevey ! s'exclama Megan avec colère, tellement impressionnante que le garçon recula, trébucha et tomba sur le dos.
Hermione et Potter entraînèrent Ron hors du stade et l'aidèrent à parcourir le chemin qui les séparait de la maison de Hagrid. Megan les suivit après avoir foudroyé Flint et Draco du regard, ce qui eut pour effet d'apaiser un peu leur hilarité.
- On y est presque, dit Hermione à Ron. Encore un petit effort et tout ira bien.
Arrivés à quelques mètres de la cabane du garde-chasse, ils virent la porte s'ouvrir, mais ce ne fut pas Hagrid qui apparut. Gilderoy Lockhart, vêtu d'une robe mauve, sortit de la cabane à grands pas.
- Vite, par ici, chuchota Potter en poussant Ron derrière un buisson proche.
- Tu crois que Ron n'a que ça à faire d'éviter ton idole ? protesta Megan qui se fichait bien de l'illustre incapable.
Mais Hermione, à contrecœur, la tira avec elle derrière l'arbuste.
- Il suffit de savoir s'y prendre ! lançait Lockhart à Hagrid. Si vous avez besoin d'aide, vous savez où me trouver ! Je vous enverrai un exemplaire de mon livre. Ça m'étonne que vous ne l'ayez jamais lu. Je vous en dédicacerai un ce soir et je vous le ferai porter. Allez, au revoir !
Et il s'éloigna en direction du château. Une fois que Lockhart fût hors de vue, Megan et Potter aidèrent Ron – qui continuait à vomir des limaces – à se relever et l'entraînèrent vers la cabane. Potter frappa à la porte et Hagrid ouvrit aussitôt, l'air de très mauvaise humeur. Mais son visage s'éclaira lorsqu'il reconnut ses visiteurs.
- Je me demandais quand vous viendriez me voir, dit-il. Entrez, entrez. Je croyais que c'était le professeur Lockhart qui revenait.
- On vient pas faire la conversation, signala Megan en désignant Ron et son teint verdâtre.
Avec Potter, ils aidèrent le malade à entrer dans la cabane qui comportait une unique pièce, avec un énorme lit dans un coin et un feu de cheminée qui brûlait allègrement dans l'autre. Hagrid ne sembla pas s'inquiéter de voir Ron cracher des limaces. Potter expliqua ce qui s'était passé et aida son ami à s'asseoir sur une chaise tandis que Megan s'adossait à un des murs, les bras croisés sur la poitrine. Elle était furieuse d'avoir entendu Draco insulter son amie, et consternée de la tournure qu'avaient pris les événements. Rien ne se passait jamais correctement, à Poudlard.
- Il vaut mieux qu'elles sortent, dit Hagrid d'un ton joyeux en posant une grande bassine de cuivre devant Ron. Vas-y, débarrasse-toi de ces sales bêtes.
- Il n'y a pas grand-chose à faire, affirma Megan tandis qu'Hermione regardait avec inquiétude Ron se pencher sur la bassine. C'est déjà un sort relativement difficile à jeter un en temps normal, mais avec une baguette cassée...
Hagrid s'affairait pour leur préparer du thé. Fang, son molosse, bavait affectueusement sur les genoux de Potter.
- Qu'est-ce que Lockhart faisait chez vous, Hagrid ? demanda-t-il en grattant les oreilles de Fang.
- Il me donnait des conseils pour faire sortir des farfadets d'un puits, grogna Hagrid en poussant un coq à moitié plumé pour mettre la théière à sa place. Comme si je ne savais pas le faire ! Il n'arrêtait pas de me casser les oreilles en me racontant comment il avait réussi à se débarrasser de je ne sais quel spectre. Je suis prêt à manger ma bouilloire si un seul mot de ce qu'il dit est vrai.
Potter eut l'air surpris d'entendre Hagrid critiquer un professeur de Poudlard, mais Megan en fut ravie : enfin quelqu'un qui partageait son avis !
- Je crois que vous êtes un peu injuste, dit Hermione d'une voix un peu plus aiguë qu'à l'ordinaire. De toute évidence, le professeur Dumbledore a pensé qu'il était le meilleur pour occuper ce poste...
- Il n'était pas le meilleur, il était le seul, coupa Hagrid en posant devant eux une assiette pleine de caramels, pendant que Ron continuait de cracher des limaces dans la bassine. Le seul et unique. Ça devient très difficile de trouver un professeur de Défense contre les Forces du Mal. Les gens n'ont pas très envie de se lancer là-dedans.
- On dit que c'est un poste maudit, ajouta Megan d'un ton léger. Il faut dire que personne n'a réussi à l'occuper très longtemps.
- Et maintenant, dites-moi un peu à qui il a essayé de jeter un sort ? demanda Hagrid en désignant Ron d'un signe de tête.
- Malfoy a traité Hermione de je ne sais plus quoi, dit Potter. C'était sûrement une terrible injure : tout le monde était furieux.
- C'était vraiment terrible, dit Ron d'une voix rauque en relevant la tête.
Il était pâle et il transpirait.
- Malfoy l'a traitée de Sang de bourbe...
Ron replongea la tête dans la bassine pour y déverser un nouveau flot de limaces. Hagrid avait l'air scandalisé.
- Il n'a quand même pas dit ça ! rugit-il.
- Si, répondit Hermione. Mais je ne sais pas ce que ça signifie. C'est sûrement très grossier...
- C'est une injure très insultante, répondit sombrement Megan. C'est la façon la plus méprisante qui soit de désigner quelqu'un qui est né dans une famille de Moldus.
Elle-même utilisait souvent ce terme, mais jamais elle ne l'aurait utilisé à voix haute pour désigner Hermione. Elle n'aimait pas admettre que Draco se comportait comme une peste, encore moins devant Potter, mais cette fois il était allé trop loin.
- Certains sorciers, la famille Malfoy, par exemple, sont persuadés qu'ils valent beaucoup mieux que les autres parce qu'ils ont ce qu'on appelle un sang pur, hoqueta Ron. Les autres sorciers savent bien que ça n'a aucune importance.
Megan haussa un sourcil.
- Disons que quand on prend Longbottom, qui vient d'une famille sang-pur mais arrive tout juste à faire tenir un chaudron debout, ça illustre mal la théorie, reconnut-elle.
- Et ils n'ont jamais inventé un sortilège qu'Hermione soit incapable de refaire, dit fièrement Hagrid.
Les joues d'Hermione prirent une teinte rouge vif.
- C'est une injure répugnante, dit Ron en essuyant d'une main tremblante la sueur qui lui couvrait le front. Comme si on disait à quelqu'un que son sang est sale. Quelle folie ! De toute façon, de nos jours, la plupart des sorciers ont du sang de Moldu dans les veines. Si nous n'avions jamais épousé de Moldus, il y a longtemps que nous aurions disparu.
Il eut un nouveau hoquet et replongea dans la bassine. Megan savait parfaitement que les Malfoy, tout comme elle, étaient de fervents adeptes de la théorie du sang-pur. Son nom, tout comme celui des Malfoy (et celui des Weasley), figurait dans le Registre des Sang-Pur publié au début des années trente ils étaient parmi les « Vingt-huit sacrés ». Mais avec le temps, elle était devenue un peu plus nuancée que Lucius, Narcissa et Draco : Hermione, malgré son ascendance moldue, était une brillante sorcière, ce qu'elle n'aurait jamais cru possible deux ans plus tôt. Elle restait cependant convaincue que les Moldus étaient des êtres inférieurs, puisqu'incapables de magie, et qu'épouser l'un d'eux engendrait un risque important de diminution des gènes magiques transmises aux héritiers. Hermione pouvait n'être qu'une exception.
- Je comprends que tu aies essayé de lui jeter un sort, Ron, dit Hagrid. Mais c'est peut-être une bonne chose que ta baguette magique ait eu des ratés. Si tu avais réussi à jeter un sort à son fils, Lucius Malfoy se serait précipité ici. Au moins, comme ça, tu n'auras pas d'ennuis.
Megan hocha la tête : elle n'aurait pas aimé devoir s'interposer entre Ron et Lucius, et elle n'avait de toute façon aucune envie de se retrouver face à ce dernier pour le moment.
- Ah, au fait, Harry, dit Hagrid, saisi d'une pensée soudaine. J'ai un petit reproche à te faire. On m'a dit que tu distribuais des photos dédicacées. Comment ça se fait que je n'en ai pas eu ?
- Je n'ai dédicacé aucune photo ! s'emporta furieusement Potter. Si Lockhart continue à raconter ça...
Mais Hagrid éclata de rire.
- Je plaisantais, dit-il en donnant dans le dos de Potter une tape amicale qui le projeta contre la table. Je savais bien que ce n'était pas vrai. J'ai dit à Lockhart que tu n'avais pas besoin de ça. Tu es plus célèbre que lui sans avoir eu besoin d'essayer.
- Ça n'a pas dû lui plaire, commenta Megan avec un sourire.
- Je ne crois pas, assura Hagrid, l'œil brillant. Et quand je lui ai dit que je n'avais jamais lu aucun de ses livres, il est parti. Tu veux des caramels, Ron ?
- Non, merci, répondit Ron d'une voix faible. Je préfère ne pas prendre le risque.
- Venez voir ce que j'ai fait pousser, dit Hagrid.
Dans le petit potager, à l'arrière de la cabane, Hagrid leur montra une douzaine de citrouilles géantes, aussi grosses qu'un rocher.
- Elles sont belles, hein ? dit Hagrid d'un ton joyeux. C'est pour Halloween... Elles devraient être assez grandes à ce moment-là.
- Qu'est-ce que vous utilisez, comme engrais ? demanda Potter.
Hagrid regarda par-dessus son épaule pour vérifier qu'il n'y avait personne à proximité.
- Je... je leur donne un peu... un peu d'aide, tu vois ce que je veux dire ? répondit-il.
Un regard traître se posa sur le parapluie rose posé contre le mur de la cabane. Megan savait que Hagrid avait été renvoyé de Poudlard alors qu'il était élève de troisième année, et qu'il n'avait plus le droit d'utiliser la magie, sans qu'elle n'en sache la raison. Mais de toute évidence, le géant contournait allégrement cette interdiction avec la bénédiction de Dumbledore, et une baguette magique était très certainement dissimulée dans le parapluie.
- Un Sortilège de Gavage, j'imagine ? dit Hermione dont le ton semblait à mi-chemin entre l'amusement et la réprobation. Vous avez fait un bon travail...
- C'est ce que m'a dit ta petite sœur, répondit Hagrid en se tournant vers Ron. Je l'ai rencontrée hier.
Hagrid lança un regard oblique à Potter et sa barbe hirsute tressaillit.
- Elle a dit qu'elle voulait juste jeter un coup d'œil, mais je crois bien qu'elle espérait rencontrer quelqu'un d'autre en venant chez moi.
Il adressa un clin d'œil à Potter. Megan poussa un soupir agacé. La fascination de Ginny pour Potter relevait de l'indécence.
- Si tu veux mon avis, elle ne dirait pas non à une photo dédica...
- Ah, ça suffit, coupa Potter.
Ron éclata de rire et le sol fut aussitôt arrosé de limaces.
- Attention ! rugit Hagrid en éloignant Ron de ses précieuses citrouilles.
C'était presque l'heure du déjeuner et le ventre de Megan lui rappela qu'elle n'avait pas pris de petit‑déjeuner. Ils dirent au revoir à Hagrid et retournèrent au château. Ron avait encore un hoquet de temps en temps, mais il ne crachait plus qu'une ou deux petites limaces. Hagrid n'avait finalement été d'aucune aide, et s'il s'était agi de Megan elle aurait sans hésitation terminé la matinée à l'infirmerie plutôt que de continuer à vomir des êtres gluants à travers le parc.
Ils avaient à peine mis le pied dans le hall qu'une voix retentit à leurs oreilles.
- Ah, vous êtes là, Potter et Weasley.
Le professeur McGonagall s'avança vers eux, l'air sévère.
- Votre retenue aura lieu ce soir même, annonça-t-elle.
- Retenue ? répéta Megan en fronçant les sourcils. Ah, oui !
Avec les récents événements, elle avait oublié que les deux garçons avaient été sévèrement réprimandés pour avoir volé la voiture volante des Weasley, été aperçus par des Moldus et s'être écrasés contre le Saule Cogneur de l'école.
- Qu'est-ce qu'on devra faire ? demanda Ron en réprimant un rot.
- Vous, vous allez astiquer l'argenterie dans la salle des trophées avec Mr Filch. Et interdiction d'avoir recours à la magie, Weasley... De l'huile de coude, c'est tout.
Ron étouffa une exclamation. Argus Filch, le concierge, était détesté par tous les élèves.
- Quant à vous, Potter, vous aiderez le professeur Lockhart à répondre au courrier de ses admirateurs.
Megan réprima un ricanement. En voilà un qui allait passer une charmante soirée. McGonagall elle-même semblait consternée de cette sanction.
- Oh, non ! Je ne pourrais pas aller plutôt dans la salle des trophées, moi aussi ? demanda Potter d'un ton désespéré.
- Certainement pas, répliqua le professeur McGonagall en haussant les sourcils. Le professeur Lockhart tient à ce que ce soit vous. Huit heures pile tous les deux.
Dans la Grande Salle, Potter et Ron, la mine sinistre, se laissèrent tomber sur leurs chaises, à côté d'Hermione qui les regarda avec une expression du genre : Voilà ce qui arrive quand on fait des bêtises..., tandis que Megan rouvrait son Étude des récents progrès de la sorcellerie.
- Filch va me retenir toute la nuit, dit sombrement Ron. Et pas de magie ! Il doit y avoir une bonne centaine de coupes en argent dans cette salle. Je ne sais pas astiquer à la manière des Moldus.
- J'échange avec toi quand tu veux, soupira Potter. Je me suis entraîné, chez les Dursley. Répondre aux admirateurs de Lockhart... Un vrai cauchemar...
Megan n'écoutait pas les jérémiades des garçons, et elle ne prêtait même plus attention aux dernières découvertes magiques décrites sous ses yeux : elle avait assez attendu, elle allait retourner voir Dumbledore.
Après le dîner, elle laissa Hermione à ses devoirs et les garçons à leur retenue et se dirigea vers la tour au deuxième étage. Ignorant Artemisia Lufkin qui lui faisait signe depuis son cadre, elle énonça le mot de passe devant l'horrible gargouille et monta jusqu'aux portes de chêne. Outrepassant toujours les règles de la politesse, elle entra de nouveau sans frapper. Mais cette fois-ci, il n'y avait personne derrière l'imposant bureau.
- Personne ne vous a jamais appris le respect, jeune fille ? s'exclama un des portraits de la pièce, outré.
Megan leva la tête et vit Phineas Negullus Black, le directeur le moins aimé de toute l'Histoire de Poudlard, la toiser d'un air sévère. Elle haussa les épaules et se mit à observer la pièce. Son regard s'arrêta sur une étagère située derrière le bureau. Le Choixpeau Magique lui faisait face. Le chapeau ensorcelé qui, il y a plus d'un an, avait fait basculer sa vie. Et juste à côté, dans une vitrine, trônait une épée en argent sertie de rubis. Megan n'en savait pas très long sur cet objet, mais il lui sembla reconnaître la légendaire épée de Godric Gryffondor.
- Elle a été fabriquée il y a mille ans par des gobelins, révéla une voix grave et posée. Elle est enchantée.
Megan sursauta en s'apercevant que Dumbledore se tenait à sa droite et l'observait calmement.
- Elle fut fabriquée spécialement par Ragnuk Ier pour Godric Gryffondor selon les spécifications du fondateur, poursuivit-il en contournant le bureau pour sortir l'arme blanche de la vitrine.
Lorsqu'il la lui présenta, Megan vit le nom de Gryffondor gravé juste au-dessous de la garde.
- Ragnuk Ier était le plus grand orfèvre gobelin de tous les temps, une distinction qui faisait de lui le roi des gobelins, car dans leur culture, le roi –
- Est celui qui travaille plus habilement que les autres, acquiesça Megan qui avait lu plusieurs ouvrages sur les gobelins.
- C'est exact, acquiesça le directeur. Une fois son travail terminé, Ragnuk se mit à convoiter cette belle épée et prétendit alors que Godric la lui avait volée. Il envoya ses laquais la récupérer, et Godric s'en défendit en les ensorcelant avant de les renvoyer à leur roi pour le prévenir que si celui-ci tentait à nouveau de lui voler quoi que ce soit, il se servirait de son épée contre tous les gobelins. Ragnuk prit la menace au sérieux et laissa à contrecœur l'épée en possession de Godric, mais resta amer jusqu'à sa mort. Voilà l'origine de la fausse légende du vol de l'épée par Gryffondor. Cette légende persiste encore aujourd'hui chez quelques groupes de gobelins.
Megan hocha la tête, pas mécontente d'en avoir appris plus au sujet de cette histoire. Dumbledore rangea l'épée dans la vitrine et la referma, avant de s'asseoir derrière son bureau et d'inviter Megan à prendre place dans le siège qui lui faisait face. Méfiante, la jeune fille s'assit mais resta tendue, consciente du poids de sa baguette dans la poche de sa robe.
- Je suis content que tu sois revenue me voir, Meganna, dit le directeur.
- De quoi vous vouliez me parler, la dernière fois ? demanda la jeune fille sans détour.
Dumbledore fixa Megan intensément, et celle-ci en ressentit aussitôt un certain malaise, elle avait le sentiment que le directeur pouvait lire en elle et elle n'aimait pas ça.
- Grâce à ton concours et à celui de tes camarades Mr Potter et Weasley et Miss Granger, le professeur Quirrell n'a pas pu s'emparer de la Pierre philosophale l'an dernier, et vous avez ainsi entravé la route de Voldemort, empêchant son retour.
Megan hocha la tête, la gorge serrée. Elle avait eu beaucoup de mal à encaisser cet échec, mais celui-ci lui semblait désormais relatif au regard des récentes révélations au sujet de sa famille.
- Mais si Voldemort n'est pas parvenu à retrouver son pouvoir par ce moyen et a de nouveau disparu, tout laisse à penser qu'il cherche en ce moment même un autre moyen de revenir, poursuivit Dumbledore.
- Vous m'avez demandé de venir pour m'informer du danger que représente le Seigneur des Ténèbres ? demanda sèchement Megan.
- Pas exactement, admit Dumbledore. Meganna, je sais que tu as de grandes capacités magiques, et que tu ne les contrôles pas toujours.
Megan fronça les sourcils en repensant au livre qui lévitait dans sa chambre ou à tout ce qui avait volé en éclats lors de sa dernière venue dans ce bureau et bien souvent chez les Boyd.
- Tu peux parfois user de sorts dont tu ne connais même pas la formule, et tu es plus puissante que tous les autres élèves. Je sais tout cela. Et il se trouve que Voldemort le sait lui aussi.
- Comment ? s'exclama Megan, surprise. J'avais un an quand il a été détruit ! Et je n'ai pas l'impression d'avoir fait de grandes démonstrations dans les cours de Quirrell, l'année dernière.
- Je ne peux te l'expliquer, je le regrette.
- Vous regrettez beaucoup de choses, lui fit amèrement remarquer la jeune fille.
Dumbledore hocha lentement la tête, et Megan vit son regard trembler l'espace d'un instant.
- Ce qui compte aujourd'hui, c'est que Voldemort est conscient de ta… puissance. Comme tu peux t'en douter, de tels pouvoirs l'intéressent beaucoup. Il faut donc que tu sois consciente que, s'il devait revenir, il voudra certainement t'avoir à ses côtés, et ce par tous les moyens. C'est pourquoi je veux être sûr que tu saches te protéger.
- Je sais parfaitement me protéger.
- Je n'en doute pas, sourit Dumbledore. Mais ce que je veux, c'est t'apprendre à contrôler toute cette puissance qu'il y a en toi, et t'apprendre de nouveaux sorts.
C'était une proposition alléchante, Megan devait l'avouer. Mais sa méfiance naturelle était toujours bien présente.
- Pourquoi vous feriez tout cela ?
- Je te l'ai dit, je veux que tu puisses te protéger. Et en échange, je te demande une seule chose.
- Quoi donc ?
- Si l'occasion se présente, je veux que tu te serves de ces pouvoirs pour protéger Harry Potter.
Megan eut aussi un mouvement de recul.
- Non, répondit-elle aussitôt.
- Tu es souvent en sa compagnie, pourtant.
- Parce que Granger et Weasley sont avec lui. Mais je n'ai rien à voir avec lui. Rien. Qu'il meure ! Ça ne me pose aucun problème.
Peu importe qu'elle ait appris que ce n'était pas la chute de Voldemort qui avait mené à la mort de ses parents, elle haïssait toujours Potter, et ça Dumbledore ne pourrait rien y changer.
- Il s'agit seulement de la situation hypothétique où Harry serait face à un grand danger, ce que je ne souhaite jamais voir arriver. Meganna, tu ne peux pas le comprendre aujourd'hui, mais il est essentiel que Harry vive.
- Pas pour moi.
Étonnamment, Dumbledore ne contesta pas ce point.
- C'est ma seule condition, Meganna, dit-il seulement mais d'une voix ferme.
Megan réfléchit un instant. Apprendre à se contrôler ? Et surtout apprendre de nouveaux sorts, enfin à la hauteur de ses capacités ? Elle en avait sincèrement envie. Et elle voulait petit à petit en apprendre plus sur ce que Dumbledore savait à son sujet. De plus, la probabilité que Potter se retrouve face à un véritable danger était pour le moment relativement faible. L'engagement n'était peut-être pas si important.
- C'est d'accord, dit-elle enfin. Mais je ne pourrai pas l'empêcher de s'arracher un bras en jetant un sortilège de travers.
- C'est parfait, sourit le directeur. Il est neuf heures passées, et j'ai beaucoup à faire, aussi nous ne commencerons pas ce soir. Je te ferais parvenir un message lorsque tu pourras venir. Et je te demanderai de ne parler de tout cela à personne, pas même à Mr Weasley ou Miss Granger.
- Pourquoi ?
Non pas qu'elle ait pour habitude de tout raconter à Ron et à Hermione, tout particulièrement au sujet de sa puissance hors du commun ou de ses relations avec Voldemort, mais elle aimait savoir pour quelles raisons elle gardait ses secrets.
- Pour le moment, cela n'est pas opportun. Mais nous aurons bien sûr l'occasion d'en rediscuter ultérieurement. Bonne soirée, Meganna.
Sans répondre, la jeune fille se leva et quitta le bureau. Elle parcourut le chemin du retour dans le silence, sans croiser personne à cette heure. Lorsqu'elle arriva dans son dortoir, Patil et Brown étaient dans leurs lits et Hermione était encore en train de travailler.
- Où étais-tu passée ? s'exclama-t-elle aussitôt en refermant son livre d'Histoire de la magie.
- Je me baladais, mentit Megan en allant s'asseoir sur son lit.
- Il est tard, lui fit remarquer son amie d'un ton sévère. Si tu t'étais fait attraper, tu aurais eu aussi une retenue !
- Tant que ce n'est pas avec Lockhart…
Megan vit alors briller dans le regard d'Hermione une idée particulièrement stupide : mériter une retenue et peut-être passer la soirée dans le bureau du « beau Gilderoy Lockhart ».
- N'y pense même pas, Granger, lança Megan. Tu n'es pas assez folle pour faire quoi que ce soit qui te vaudrait une retenue.
Ignorant les marmonnements de son amie, Megan enfila un pyjama et se glissa à son tour dans son lit en tentant d'imaginer quels sorts lui apprendrait Dumbledore.
Alors que tout le dortoir s'endormait, Megan ne trouvait toujours pas le sommeil, peu pressée de se retrouver face à ses cauchemars quotidiens. Il faisait nuit noire lorsqu'une voix se fit entendre, la faisant sursauter.
Viens… Viens à moi… que je te déchire… que je t'écorche… que je te tue…
La voix glacée venait de nulle part et personne d'autre que Megan ne semblait l'avoir entendue. Alerte, Megan tendit l'oreille mais il n'y eut plus d'autre bruit que le cœur de la jeune fille qui battait la chamade dans sa poitrine. Persuadée que ce devait être un effet de son imagination dû à sa fatigue et à sa peur des cauchemars, elle se rallongea et attendit, les yeux grands ouvert et roulée en boule que le sommeil l'emporte vers une autre voix tout aussi effrayante.
