7

GLACÉE

Le mardi de la semaine qui suivit, Fred, George et Oliver vinrent trouver Megan alors qu'elle était descendue prendre son petit déjeuner le plus tôt possible afin d'éviter la majorité des élèves.

- Ils ont des Nimbus 2001.

- Cadeau de Lucius, oui, je sais, répondit Megan, absorbée par sa lecture.

- Tu as déjà vu un Nimbus 2001 voler ?

La jeune fille leva les yeux vers les trois garçons au regard soucieux.

- Seulement dans les revues de Quidditch les plus récentes, admit-elle. Pourquoi ?

- Il faut qu'on sache ce que valent ces balais, répondit Oliver, tendu. Il faut voir les Serpentard voler.

- Tu veux assister à un de leurs entraînements ?

- Non, bien sûr que non, on ne peut pas faire ça. En tout cas, moi, non.

Megan fronça les sourcils.

- Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda-t-elle, méfiante.

- Toi, moi et Fred, on va espionner leurs entraînements, annonça George à voix basse.

- Ah bon, on va faire ça ?

- Il faut juste que tu nous dises quand est-ce qu'ils s'entraînent, précisa Fred.

- Et comment je suis supposée le savoir ?

- Tu es arrivée à Poudlard avec Malfoy, non ?

- Hors de question, asséna Megan. Je n'irai pas lui parler.

Elle referma son livre et quitta la Grande Salle sans terminer son petit déjeuner. Megan et Draco ne s'étaient pas adressé la parole depuis leur vif échange dans la salle de classe vide, et la jeune fille était toujours furieuse contre son ancien ami. Elle remonta dans son dortoir pour préparer son sac de cours et se retrouva nez à nez avec Hermione qui devina aussitôt que son amie ne s'était pas levée du bon pied.

- Je vais déjeuner, annonça Hermione en levant les mains. Ne casse pas tout le dortoir !

Megan lui adressa une grimace désagréable puis donna un coup de pied dans le poêle qui trônait au milieu de la pièce, mais la douleur aigue qu'elle ressentit immédiatement dans les orteils ne fit qu'aggraver sa mauvaise humeur.

Il faisait froid et humide au château avec la fin du mois de septembre qui arrivait, Dumbledore ne s'était plus manifesté auprès de Megan qui commençait à croire qu'il l'avait oubliée, et Fred, George et Oliver voulaient toujours qu'elle aille se renseigner sur les heures et jours des entraînements de l'équipe de Quidditch de Serpentard. Cette accumulation de faits la rendant plus désagréable encore qu'à l'accoutumée, Ron et Hermione tâchaient de l'éviter et la jeune fille passait le plus clair de son temps dans des salles de classe vides à étudier les premiers ministres de la Magie de l'Histoire Britannique, les différents usages des écailles de tritons dans les potions ou les sortilèges les plus courants en Europe de l'Est au dix-huitième siècle.

Alors qu'elle se penchait sur les découvertes d'Edgar Stroulger en fin d'après-midi le dernier vendredi de septembre, deux élèves entrèrent dans la salle en riant fort. Lorsqu'ils s'aperçurent de la présence de Megan, ils eurent un mouvement de surprise et esquissèrent un geste vers la porte mais la jeune fille les arrêta.

- Vous êtes à Serpentard, observa-t-elle en jetant un coup d'œil à l'insigne vert et argent sur leurs robes.

Les deux garçons hochèrent la tête. Megan pointa alors sa baguette sur la porte.

- Collaporta.

La porte se ferma à clef d'un coup sec qui fit sursauter les deux élèves. Ils étaient eux aussi en deuxième année mais Megan n'était pas sûre de connaître leurs noms. Il lui semblait vaguement qu'il s'agissait de Luis Trapion et de Dorian quelque chose, mais rien de certain.

- Qu'est-ce que tu fais ? glapit l'un d'eux.

- Puisque vous êtes là, j'ai une question à vous poser, expliqua-t-elle d'une voix posée et froide.

- Laisse-nous partir, lança le deuxième, bravache.

- Vous savez quand les Serpentard s'entraînent ?

- Au Quidditch ?

- Non, aux Bavboules, ironisa sèchement Megan. Répondez.

- Non.

Elle leva sa baguette si vide qu'aucun n'eut le temps de réagir.

- Flipendo !

Celui qui lui avait tenu tête se retrouva immobilisé l'espace de trois secondes, les yeux ronds de surprise et de peur tandis que son ami étouffait un cri de peur. Lorsque le premier retrouva l'usage de son corps, il haletait et avait pâli.

- À quoi tu joues ? hurla-t-il.

En voyant le deuxième sortir sa baguette, Megan lui lança un maléfice de désarmement et récupéra la baguette au vol tout en adressant au premier un regard lui intimant de ne pas tenter d'en faire autant.

- Quand est-ce que les Serpentard s'entraînent ? répéta-t-elle d'une voix égale.

- Flint nous tuerait !

- Lui, non. Moi, par contre…

Ils écarquillèrent les yeux de peur.

- Le mardi et le samedi, bégaya celui que Megan avait attaqué. À partir de neuf heures du soir.

- Parfait, sourit la jeune fille.

Elle referma le livre qu'elle lisait avant leur arrivée, se leva de sa chaise, ouvrit la porte d'un coup de baguette et quitta la salle après avoir lancé au deuxième Serpentard la baguette qu'elle lui avait confisquée.

- Oh, dit-elle en se retournant au bout de deux pas. Bien sûr, je ne vous ai jamais posé la question, n'est-ce pas ?

Les deux élèves hochèrent vivement la tête, peu désireux de recevoir un nouveau sort. Megan sourit.

Megan avait passé le samedi avec Chad et Davy dans le parc, loin de tout souci. Elle appréciait les deux garçons pour leur capacité à se mêler de ce qui les regardait et à ne pas l'embêter avec d'agaçantes questions sur Potter, Draco ou ses parents. Mais lorsqu'elle retourna au château à l'heure du dîner, la réalité fit son retour avec les jumeaux Weasley qui l'observèrent avec insistance à son arrivée dans la Grande Salle. Avec un soupir, elle vint s'asseoir face à eux.

- Le mardi et le samedi, à partir de neuf heures, dit-elle en s'asseyant.

Les frères se regardèrent puis se retournèrent vers Megan, mi-ravis mi-surpris.

- Comment tu as fait ? demanda George.

- Tu ne veux pas le savoir, affirma Megan en se servant une louche conséquente de ragout.

- Tu as parlé à Malfoy ?

- Non. Contentez-vous de cette information, d'accord ?

Malgré leur curiosité, ils laissèrent ce détail de côté pour planifier leur espionnage du soir.

- On va prévenir Oliver, dit Fred. On n'attend pas une journée de plus pour voir les Nimbus 2001.

Megan se concentra sur son assiette. Lucius avait offert des balais à l'équipe. Elle aurait dû se faire offrir le tout dernier balai, elle aussi. Il devait être satisfait que son fils soit l'attrapeur de Serpentard. Narcissa devait être fière, comme chaque fois que Draco accomplissait quelque chose sous le regard sévère de son père. Mais aucun des deux ne se serait réjoui si Megan avait intégré l'équipe de Gryffondor. Ils avaient sûrement honte d'elle, tout comme Draco, qui n'osait même pas la regarder en présence de Lucius. Ça faisait tellement mal.

- Je viens avec vous.

Fred et George se tournèrent vers elle, surpris à nouveau. Le repas était presque terminé et elle n'avait pas écouté un mot de leur discussion enthousiaste sur ces histoires de balais. Mais elle avait quelque chose à faire.

- Il est neuf heures moins dix. On va sous les gradins.

Les jumeaux haussèrent les épaules, plutôt contents. Ils quittèrent la table et croisèrent le regard interrogateur de Lee Jordan. Marmonnant qu'ils lui raconteraient, les frères poursuivirent leur route.

- Depuis quand vous êtes en froid avec lui ? demanda Megan aux jumeaux.

- Hier, répondit sombrement Fred.

- Et pourquoi ?

- Depuis quand la vie des autres t'intéresse ? lança George.

- Quand il s'agit de mes amis, je me penche un peu sur la question, répliqua Megan sans se vexer.

- On te racontera, mentit Fred.

Elle n'insista pas et ils marchèrent en silence vers le stade. Une fois dehors, le froid les surprit, les mordant au visage et aux mains. Ils serrèrent autour d'eux leurs capes pour se protéger du vent et pressèrent le pas. Le trajet vers le stade ne leur avait jamais paru aussi long. En passant, Megan jeta un coup d'œil au Saule Cogneur : celui-ci s'était visiblement remis de sa violente rencontre avec la Ford Anglia des Weasley un mois plus tôt.

Les Serpentard devaient toujours être dans les vestiaires, car le stade était vide à leur arrivée. Megan, Fred et George se glissèrent sous les marches des gradins et se blottirent près des interstices qui leur permettraient d'assister à l'entraînement.

- J'espère qu'ils ne vont pas tarder, dit George en claquant des dents. Je suis gelé.

Megan se mit à ramasser des pierres qu'elle trouvait autour d'elle dans le sol froid et sec, sous les regards inquiets des jumeaux. Puis elle les disposa en cercle, ajouta de petites branches, donna un coup sec de sa baguette sur les morceaux de bois, et un feu jaillit, répandant immédiatement une chaleur magique autour de lui.

- Génial ! s'exclama George en s'empressant de mettre ses mains au-dessus des flammes. Comment tu as appris à faire ça ?

- On m'a emmenée faire du camping, une fois, marmonna Megan.

Elle n'en gardait absolument aucun bon souvenir, mais elle avait appris quelques méthodes moldues utiles.

- Je parlais du sortilège, s'amusa le jeune homme. On a déjà vu des feux de bois, ça fascine papa.

- Oh. Je sais plus. Un livre, sûrement.

Elle ne pouvait pas toujours expliquer l'origine des sorts qu'elle lançait. C'était tout simplement instinctif, il suffisait de savoir ce que l'on voulait. Mais tout le monde ne pouvait pas comprendre ça. Sauf Dumbledore ou Draco, et aucun des deux ne lui avait adressé la parole ou montré un quelconque signe d'intérêt ces derniers temps. Amère, elle se mura dans le silence jusqu'à ce qu'enfin apparaissent sur le terrain les robes vert et argent de l'équipe de Serpentard, menée par Marcus Flint. Le cœur battant, la jeune fille vit apparaître Draco, l'air ravi, son balai neuf bien en main, marchant d'un pas conquérant. Il s'était très rapidement intégré à l'équipe, il semblait parfaitement à l'aise. Megan aurait été si heureuse d'en être elle aussi.

Rapidement, les joueurs enfourchèrent leurs balais. Il fallut très peu de temps aux trois Gryffondor pour comprendre l'ampleur de leur infériorité : les Nimbus 2001 filaient comme si Molly Weasley les poursuivait en hurlant. La différence de puissance avec les Nimbus 2000 était vexante.

- On est fichus, murmura Fred. Oliver va hurler.

- Vous n'êtes pas mauvais, commenta Megan, vous avez seulement des balais de sous-catégorie.

- Merci, Meggie. Je me sens beaucoup mieux !

Elle n'était pas d'humeur à rire, les yeux rivés sur Draco qui prenait un grand plaisir à donner toute la puissance de son balai autour du stade.

- J'en ai assez vu, annonça George au bout d'une dizaine de douloureuses minutes. Vous venez ?

Fred se redressa sans discuter, l'air renfrogné, mais Megan ne bougea pas.

- Je vais rester. À demain.

Les garçons hésitèrent un instant puis choisirent de se taire et quittèrent discrètement le stade. Toujours blottie près du feu de bois magique, Megan gardait les yeux rivés sur l'équipe, se répétant silencieusement tout ce qu'elle avait à dire, retournant sans arrêt les mêmes mots et la même colère, attisée tout au long de l'entraînement. Lorsque les Serpentard eurent rejoint les vestiaires, elle bouillait. Après avoir éteint le feu, elle quitta le stade d'un pas rapide. Elle se dirigea vers le vestiaire et ouvrit la porte à la volée. Draco et deux autres joueurs encore présents levèrent la tête, surpris.

- Dégagez, lança-t-elle en dardant sur les deux poursuiveurs son brûlant et effrayant regard.

Sans hésiter, les garçons ramassèrent leurs affaires et se glissèrent hors de la pièce.

- À quoi tu joues, encore ? lui demanda Draco, les sourcils froncés, un peu inquiet.

La porte de la pièce se referma en claquant.

- Fleury et Botts, lança Megan. Tu savais que j'étais là ?

- Évidemment, grogna le garçon. Toujours collée aux Weasley, hein ?

- C'est pour ça que tu n'as pas jugé utile de me parler ? Et que tu te comportes comme si je n'existais pas ? Sur le Chemin de Traverse, il y avait Lucius, c'est ça ? Tu as honte de moi ?

- Arrête.

- J'ai terminé, cracha Megan. Ça te laisse le temps de réfléchir à des excuses.

Elle quitta le vestiaire en claquant de nouveau la porte derrière elle.


Avec le mois d'octobre arriva une épidémie de rhumes pour les élèves et les professeurs que l'infirmière, Madame Pomfrey, combattit redoutablement avec sa potion Pimentine. Puis la pluie fit son entrée, les eaux du lac montèrent et transformèrent les massifs de fleurs en mares de boue quant aux citrouilles de Hagrid, elles avaient désormais la taille d'un abri de jardin. Mais ni l'un ni l'autre n'avaient entamé l'enthousiasme d'Oliver qui, effaré du compte-rendu des jumeaux sur les compétences des Nimbus 2001, avait poussé l'équipe de Gryffondor jusqu'au bout de ses forces. De plus, il ne cessait de harceler Megan pour qu'elle en apprenne davantage sur les stratégies de l'équipe de Serpentard. La jeune fille avait cependant refusé net, ne souhaitant pas se retrouver à proximité de Draco.

Celui-ci n'était pas venu la voir depuis leur altercation et la colère de Megan n'était pas retombée, bien au contraire. Si bien que lorsqu'il poussa la porte de la salle de classe vide où elle étudiait la vie de Glover Hipworth, son premier réflexe fut de lui envoyer un sort.

- Je n'ai encore rien fait ! s'écria-t-il en se penchant pour éviter le trait lumineux.

- Pour l'instant, marmonna Megan, surprise et furieuse contre elle-même.

Elle ne s'attendait absolument pas à ce qu'il vienne la voir après presque un mois. Dissimulant sa joie et sa surprise, elle darda sur Draco un regard froid.

- Je viens de la part de Dumbledore, annonça-t-il.

La joie de Megan retomba aussitôt. Bien sûr, il n'était même pas venu de son propre chef. Savoir que Dumbledore avait fini par se rappeler qu'ils devaient se voir ne suffisait pas à compenser l'évidente absence d'intérêt de la part de Draco.

- Qu'est-ce qu'il veut ? demanda la jeune fille en baissant les yeux vers la biographie ouverte sur sa table.

- Il veut te voir dans son bureau demain soir, à la fin des cours.

- Super. Salut.

Elle regardait le même paragraphe sans avoir la moindre idée de ce qu'il racontait depuis plusieurs secondes, et Draco ne bougeait pas. Agacée, Megan referma son livre dans un claquement sec et releva la tête vers lui.

- Qu'est-ce que tu fais encore là ? Tu as d'autres messages de professeurs ?

- Tu passes ton temps avec les Weasley. Tu es à Gryffondor. Tu es amie avec Granger et Potter ! Qu'est‑ce que tu t'imaginais ?

- Que tu t'en ficherais ? Et je ne suis pas amie avec Potter !

- Je ne peux pas m'en ficher !

- À cause de Lucius ? Il n'y a pas que ce que pense ton père qui compte, tu sais ?

Le regard qu'il lui accorda en guise de réponse était lourd de sens. Rien ne comptait plus que l'avis de Lucius, la fierté de Lucius. Draco vivait en permanence dans le souci de l'avis de son père.

- Pourquoi est-ce que tu me harcèles avec tout ça, de toute façon ? lança Draco.

- Parce que tu es mon meilleur ami, répondit naïvement Megan, sans hésiter.

Draco grimaça en secouant la tête.

- Plus maintenant. On n'est plus dans le même camp, c'est toi qui l'as dit.

Ces paroles frappèrent Megan avec la force d'un Erupent. Elle lutta contre les larmes tandis que Draco quittait la pièce sans même fermer la porte. Celle-ci claqua après son passage, si fort qu'elle fit trembler les vitres de la salle de classe. Megan serra les poings mais elle ne parvint pas à empêcher le tableau noir de se décrocher du mur et de se briser en tombant.

Filch allait sûrement arriver au galop, si Peeves n'était pas plus rapide. Megan prit la biographie et son sac et s'empressa de filer dans la tour de Gryffondor pour s'y coucher, dissimuler son visage dans son oreiller et ne pas laisser les autres se douter de l'ampleur de sa détresse.


Megan attendit avec impatience que la journée du lendemain se termine pour pouvoir enfin emprunter à nouveau l'escalier doré et rejoindre le bureau du directeur. À dix-huit heures, elle franchissait l'imposante porte de bois, toujours sans prendre la peine d'utiliser le heurtoir en forme de griffon.

Dumbledore était assis derrière son bureau, plongé dans la rédaction d'une lettre. Megan observa en silence l'écriture ronde et fine que traçait la plume de paon et commençait à s'impatienter lorsque le directeur apposa sa signature au bas du parchemin, rangea sa plume et leva les yeux vers elle. Mal à l'aise, elle attendit qu'il parle le premier.

- Je suis désolé de ne pas t'avoir contactée plus tôt, Meganna, commença-t-il.

- Vous êtes encore désolé, le coupa aussitôt Megan, amère.

- Cela m'arrive très souvent, comme tu l'as observé, admit Dumbledore en hochant lentement la tête. Mais nous ne sommes pas là pour parler de moi, ce soir.

Megan acquiesça nerveusement en regardant tout autour d'elle. Le bureau était identique à son souvenir. Le bourdonnement des objets qui y étaient rangés l'agaçait.

- Alors, qu'est-ce qu'on fait, ce soir ? demanda-t-elle pour faire avancer la conversation.

- Un tableau a été découvert dans une salle de classe, fendu en son milieu, lui raconta le directeur. Mr Filch est persuadé qu'il s'agit de l'œuvre de Peeves ou d'un élève mal attentionné. Pour ma part, je soupçonne qu'une jeune personne ait eu un soudain accès de colère dans cette même salle.

Megan fronça imperceptiblement les sourcils, incapable d'expliquer comment Dumbledore avait deviné ce qui s'était passé.

- Pourquoi vous avez chargé Draco de me faire passer votre message ? demanda-t-elle durement, consciente qu'il était inutile de chercher à dissimuler la vérité.

Ce fut au tour du directeur de froncer les sourcils.

- À vrai dire, c'est à Miss Bones que j'ai confié la tâche de te transmettre mon invitation, lui révéla-t‑il. Je suppose que Mr Malfoy nous a entendu et a choisi de te la remettre lui-même.

Surprise, Megan baissa les yeux. Cela signifiait que Draco avait choisi de venir lui parler. Mais cette joie fut de courte durée : cela ne changeait rien à ce qu'il pensait désormais.

- J'ai cassé le tableau, admit-elle alors en serrant les poings. Mais je ne l'ai pas fait exprès.

- C'est bien ce qu'il me semblait. Tu n'as pas pu contrôler tes émotions.

- C'est impossible, c'est trop violent.

Elle n'osait toujours pas regarder le directeur, admettre ses faiblesses était bien trop humiliant.

- Avec la magie, peu de choses sont impossibles, énonça Dumbledore. Tes pouvoirs sont puissants, mais tu es forte, tu peux les retenir, les contrôler.

« Contrôler », voilà quelque chose que Megan aimait.

Dumbledore se leva de son bureau et le contourna pour se tenir du même côté que la jeune fille. Celle-ci esquissa un mouvement de recul mais resta sur place, soucieuse de ne pas paraître plus faible encore.

- Lorsqu'une émotion te submerge, retiens ta respiration, lui conseilla Dumbledore, et imposes-toi une barrière, retiens la magie.

- Facile à dire, marmonna la jeune fille.

- Essaye, lui demanda doucement Dumbledore.

Megan se concentra, mais il n'y avait rien contre quoi lutter, rien à arrêter, elle était seulement sur la défensive même ses sentiments envers Draco n'étaient pas suffisamment vifs en cet instant.

- Tes parents étaient des traîtres et ta famille ne veut plus de toi.

Presqu'aussitôt, la colère et la douleur envahirent Megan comme une déferlante et elle n'eut pas le temps de retenir quoi que ce soit qu'une des vitrines de la salle vola en éclats. Dumbledore ne sursauta pas, il garda le regard rivé sur la jeune fille, attentif à la réaction qu'il avait provoquée.

- Tu dois être prête à arrêter la vague, Meganna, lui dit-il calmement.

- Vous n'aviez pas le droit de dire ça ! s'écria-t-elle, blessée.

- C'est ce contre quoi tu dois lutter. Il n'y aura pas toujours d'alerte. Je veux que tu t'entraînes à affronter cette violence qui est en toi. Tu dois comprendre que ne pas contrôler tes pouvoirs ne peut que te nuire, Meganna. C'est toi qui dois choisir à quel moment en faire usage.

- Vous aviez dit que vous m'apprendriez de nouveaux sorts, lança-t-elle pour dévier le sujet.

- Ce soir, nous en apprendrons un seulement, un charme défensif, expliqua Dumbledore. Je veux que tu travailles ce charme aussi assidûment que ta résistance.

Megan hocha la tête de mauvaise grâce. Ça ne la dérangeait pas particulièrement de laisser ses pouvoirs s'exprimer, elle aimait effrayer les autres avec ses incontrôlables capacités. Mais elle tenait à apprendre de nouveaux sorts, et bien qu'elle soit déçue de ne découvrir ce soir-là qu'un usage de défense, elle ne ferait rien pour rater ça.

- Le charme du bouclier permet de renvoyer à l'attaquant des maléfices mineurs il est donc inutile contre les sortilèges impardonnables, expliqua Dumbledore. Tu sais ce que sont les sortilèges impardonnables ?

Megan acquiesça. Imprimer sa volonté à un autre être, lui infliger les pires douleurs ou le tuer, tous trois passibles d'un emprisonnement à perpétuité à la prison des sorciers, Azkaban.

- Ce n'est pas un exercice très difficile, je pense que tu y parviendras rapidement. La formule est « Protego ». Tu dois mettre dans ce sort toute ta volonté de renvoyer le maléfice adverse, et visualiser le résultat : un bouclier argenté mais transparent.

Encore une fois, Megan opina du chef. Elle était certaine d'y parvenir. Dumbledore sortit sa baguette et la pointa devant lui en énonçant clairement la formule. Aussitôt il y eut devant lui un écran brillant et circulaire. Lorsqu'il baissa sa baguette, le bouclier avait disparu. Pressée d'en faire autant, Megan sortit sa propre baguette et se concentra sur l'image qu'elle venait de voir.

- Protego !

Le temps d'un éclair, quelque chose d'argenté flotta devant la jeune fille puis disparut.

- C'était un très bon premier essai, commenta Dumbledore d'un ton satisfait mais pas surpris. Réessaye.

Après cinq tentatives fructueuses, le directeur commença à lancer à Megan des sorts sans danger, qu'elle parvint rapidement à repousser. Mais l'apprentissage n'était pas sans effort, et au bout d'une heure, elle avait les membres endoloris. Voyant son bras faiblir, Dumbledore choisit de mettre fin à l'exercice.

- Il est amplement l'heure de dîner, observa-t-il en consultant sa montre. Je te ferais parvenir un nouveau message pour notre prochaine entrevue. Je veux d'ici-là que tu t'entraînes comme je te l'ai demandé.

- Au revoir, monsieur.

Megan quitta le bureau en se retenant de secouer son douloureux bras droit sous le regard du directeur. Elle était dans l'ensemble satisfaite de cette séance et avait hâte d'en apprendre plus.

Ron et Hermione étaient déjà assis à table lorsqu'elle arriva dans la Grande Salle. Rejoignant la place qu'ils lui avaient réservée, elle se servit avec appétit, ce qui ne manqua pas d'attirer l'attention de sa meilleure amie.

- Qu'est-ce qui t'arrive ? s'étonna-t-elle.

- J'ai faim, répondit simplement Megan avant d'engouffrer une large fourchette de poulet grillé.

Après avoir rassasié cet appétit soudain tout en écoutant d'une oreille distraite les réflexions d'Hermione sur son devoir de métamorphose et celle de Ron sur la petite taille des premières années, Megan remarqua que les jumeaux étaient de nouveau assis à l'écart de leur grand ami Lee Jordan. Depuis que la jeune fille connaissait les trois garçons, elle ne les avait presque jamais vus les uns sans les autres. Notant dans son esprit de se pencher prochainement sur la question, elle entama avec Oliver une grande discussion sur les chances qu'avait l'équipe nationale de l'Uruguay de se qualifier pour la coupe du monde. Ce débat mouvementé fut rejoint par Chad (« Ils ont le pire poursuiveur de l'histoire du Quidditch »), Angelina Johnson (« Leurs adversaires ne joueraient pas différemment s'ils étaient seuls sur le terrain »), Fred (« J'ai vu des trolls jouer bien mieux que ça ») et George (« Mais vous savez, j'ai entendu dire que le gardien était un très bon pâtissier ») et ne prit fin dans la salle commune que lorsque l'équipe de Gryffondor dut partir pour son propre entraînement.

- Dis, tu as remarqué que mes frères ne parlent plus à Lee ? demanda Ron à Megan quelques minutes après le départ des joueurs.

- Oui… C'est étonnant, et ça fait quelques temps.

- Je me demande ce qui a pu se passer, dit Ron d'un air songeur. Tu ne veux pas aller le lui demander ?

- Pourquoi je ferais ça ? C'est pas mes affaires.

- Mais tu es amie avec eux, non ? Lee t'aime bien, il te le dirait.

- Ce sont tes frères, tu n'as qu'à le leur demander, répliqua Megan, butée.

Elle n'aimait pas servir aux autres de hibou, si Oliver voulait savoir quand les Serpentard allaient s'entraîner, il n'avait qu'à le leur demander, et si Ron voulait se mêler des affaires des autres, il n'avait qu'à le faire lui‑même. Megan prit sa biographie de Glover Hipworth et alla s'asseoir dans son fauteuil préféré près de la cheminée pour en terminer la lecture. Elle venait de finir le chapitre consacré à son invention de la potion Pimentine lorsque l'équipe revint couverte de boue et trempée de pluie jusqu'aux os.

- Il faut que je vous dise quelque chose, lança Potter avant de monter se changer dans son dortoir.

Agacée d'avance, Megan referma sa biographie et alla s'asseoir à la table où Hermione lisait et où Ron avançait lentement dans ses devoirs.

- L'entraînement a eu l'air difficile, commenta Ron en observant les deux poursuiveuses de l'équipe claquer des dents en frottant leurs membres raides.

- Oliver est révolté depuis qu'on lui a parlé des Nimbus 2001, lui expliqua Megan. Ils doivent être très bon s'ils veulent battre les Serpentard. La vitesse du balai ne fait pas tout, mais elle fait beaucoup.

Potter, de retour dans la salle commune, vint s'asseoir avec eux et leur fit part de la conversation qu'il avait eu une dizaine de minutes plus tôt avec le fantôme de leur maison, Nick-Quasi-Sans-Tête.

- Le soir de Halloween, ce sera le cinq‑centième anniversaire de sa mort, expliqua-t-il, et il organise une fête avec d'autres fantômes. Il voudrait… qu'on y vienne.

- Un anniversaire de mort ? répéta Megan. Cool !

Cette perspective lui remontait un peu plus le moral après les récents événements.

- Il ne doit pas y avoir beaucoup de vivants qui peuvent se vanter d'avoir assisté à ce genre de fête, dit Hermione avec enthousiasme. Ça va être passionnant !

Fêter l'anniversaire de sa mort, quelle idée ! bougonna Ron en se penchant sur ses devoirs. Je ne vois pas ce que ça a de réjouissant !

Megan se détourna de ses amis. La pluie martelait les fenêtres d'un noir d'encre. La salle commune, en revanche, était claire et chaleureuse. Le feu qui ronflait dans la cheminée répandait sa lumière dansante sur les élèves assis dans les fauteuils défoncés et occupés à lire, à bavarder ou à faire leurs devoirs. Fred et George, eux aussi de retour fraîchement lavés et changés, avaient donné à manger des pétards du Dr Flibuste à une salamandre et observaient le résultat avec attention. Cette dernière s'éleva soudain dans les airs et se mit à tournoyer autour de la pièce en crachant des étincelles dans un bruit d'explosion assourdissant. Megan se mit à rire tandis que Percy hurlait sur ses frères à s'en casser la voix.


Le jour d'Halloween, la fête de Nick-Quasi-Sans-Tête avait pour concurrente celle que l'école organisait : tous les élèves se préparaient avec enthousiasme au grand festin qui allait les réunir. La Grande Salle était décorée avec des chauves-souris vivantes, les énormes citrouilles de Hagrid avaient été évidées pour en faire des lanternes où on aurait pu s'asseoir à trois et, d'après les rumeurs, Dumbledore avait fait venir une troupe de squelettes dansants pour assurer le spectacle.

- Une promesse est une promesse, dit Hermione à Potter d'un ton autoritaire. Et tu as dit que tu irais à cette fête.

Ainsi, à sept heures du soir, au lieu de se rendre dans la Grande Salle, Megan, Ron, Hermione et Potter prirent la direction des cachots.

L'étroit passage qui menait à l'endroit où se passait la fête de Nick-Quasi-Sans-Tête était éclairé par des chandelles fines et noires dont la lueur bleuâtre leur donnait à eux aussi l'aspect de fantômes. Il faisait de plus en plus froid à mesure qu'ils avançaient. Bientôt, ils entendirent un son épouvantable, comme des centaines d'ongles crissant sur un énorme tableau noir. Megan haussa les sourcils, intriguée.

- Est-ce que c'est de la musique ? murmura Ron.

Derrière un angle du couloir, ils virent soudain Nick-Quasi-Sans-Tête qui se tenait dans l'embrasure d'une porte tendue de draperies noires.

- Mes chers amis, dit le fantôme d'un ton lugubrement accueillant, soyez les bienvenus... Je suis si content que vous soyez là.

Il ôta son chapeau à plume et les invita à entrer en s'inclinant devant eux.

Un spectacle unique s'offrit alors à leurs yeux. Des centaines de silhouettes translucides, d'une couleur gris perle, glissaient autour d'une piste de danse bondée où d'autres formes spectrales valsaient au son désagréable d'une trentaine de scies musicales jouées par des musiciens rassemblés sur une estrade tendue de noir. Au plafond, un lustre formé d'un bon millier de chandelles noires diffusait une lumière d'un bleu éclatant. Megan, Ron, Hermione et Potter virent de la buée sortir de leur bouche. C'était comme s'ils avaient pénétré dans une chambre froide.

- Allons jeter un coup d'œil, suggéra Potter.

Megan ne trouva pas l'idée mauvaise, sentant déjà ses membres s'engourdir.

- Fais attention de ne traverser personne, dit Ron d'une voix inquiète.

Ils s'avancèrent alors dans la pièce et passèrent devant un groupe de nonnes à la mine funèbre, un homme en haillons couvert de chaînes et le Moine Gras, le joyeux fantôme de Poufsouffle, en grande conversation avec un chevalier dont le front était transpercé d'une flèche. Le Baron Sanglant, le lugubre fantôme de Serpentard, couvert de taches de sang, restait seul dans un coin, ignoré par les autres spectres.

- Oh non, dit Hermione en s'immobilisant. Vite, demi-tour, je ne veux pas parler à Mimi Geignarde...

- Qui ça ? demanda Potter tandis qu'ils revenaient précipitamment sur leurs pas.

- Elle hante les toilettes des filles, au deuxième étage, répondit Megan.

- Les toilettes ?

- Oui, acquiesça Hermione. Elles ont été inutilisables pendant toute l'année parce qu'elle n'arrêtait pas de piquer des crises en provoquant des inondations. Je n'y vais jamais tant que je peux l'éviter. C'est terrible d'aller aux toilettes et de l'entendre gémir sans arrêt...

- Regarde. À manger, dit Ron.

De l'autre côté du cachot, une longue table était recouverte de velours noir. Ils s'en approchèrent d'un air gourmand mais se figèrent soudain sur place avec une grimace. L'odeur qui se dégageait du buffet était parfaitement répugnante. De gros poissons pourris s'étalaient sur des plats d'argent, entre des amoncellements de gâteaux brûlés comme du charbon. Il y avait aussi un énorme hachis grouillant de vers et un morceau de fromage couvert de moisissure verdâtre. Au milieu de la table, à la place d'honneur, se dressait un gigantesque gâteau en forme de pierre tombale sur lequel était écrit en lettres noires :

Sir Nicholas de Mimsy-Porpington mort le 31 octobre 1492

Bien qu'elle regretta de ne rien pouvoir manger, Megan trouvait l'idée de cette pâtisserie très bonne, mais ce n'était pas le cas des trois autres qui contemplaient la table d'un air horrifié.

- Il vaudrait mieux qu'on ne reste pas trop près, dit Ron. J'ai mal au cœur.

Ils avaient à peine fait demi-tour qu'un petit homme jaillit de sous la table et vint flotter devant eux.

- Bonjour, Peeves, dit prudemment Potter.

À la différence des fantômes qui évoluaient autour d'eux, Peeves, l'esprit frappeur, n'avait rien de pâle ni de transparent. Il portait un chapeau pointu orange vif, un nœud papillon qui tournait sur lui-même et arborait un large sourire sur son visage sournois.

- Vous voulez grignoter quelque chose ? proposa-t-il aimablement en leur tendant un bol remplis de cacahuètes pourries.

- Non, merci, dit Hermione.

- Je vous ai entendu parler de cette pauvre Mimi, dit Peeves, les yeux brillants. Vous avez été grossière avec cette malheureuse Mimi.

Il prit une profonde inspiration et hurla :

- Mimi !

- Oh, non, Peeves, ne lui répétez surtout pas ce que j'ai dit, elle serait folle de rage, murmura précipitamment Hermione. Je ne le pensais pas, en fait, je n'ai rien contre elle... Oh, bonjour, Mimi...

Mimi Geignarde était un fantôme de jeune fille, petite et trapue avec le visage le plus maussade qu'on puisse imaginer, à demi caché sous de longs cheveux pendants et une paire de lunettes aux verres épais. Megan détestait ce fantôme qui passait son temps à gémir.

- Quoi ? dit cette dernière d'un ton sinistre.

- Comment ça va, Mimi ? demanda Hermione d'un ton faussement enjoué. Ça fait plaisir de te voir hors des toilettes.

Mimi renifla.

- Miss Granger me parlait de toi, dit Peeves d'un air rusé à l'oreille de Mimi.

- Je disais simplement que... que tu paraissais en pleine forme, ce soir, dit Hermione en lançant à Peeves un regard furieux.

Mimi observa Hermione d'un air soupçonneux.

- Tu te moques de moi, dit-elle avec des larmes dans ses petits yeux perçants.

- Non, non, c'est vrai. J'ai bien dit que Mimi avait l'air en pleine forme, non ? répéta Hermione en donnant un coup de coude à ses amis.

- Mais oui, confirma Megan d'un ton las.

- Oh, oui...

- C'est exactement ce qu'elle a dit...

- Ce n'est pas la peine de me mentir, sanglota Mimi qui se mit à pleurer à chaudes larmes tandis que Peeves pouffait de rire derrière elle. Tu crois que je ne sais pas ce que les gens disent de moi dans mon dos ? Le grosse Mimi ! Mimi la moche ! Mimi Geignarde, Mimi râleuse, Mimi minable !

- Tu as oublié « boutonneuse », lui souffla Peeves à l'oreille.

Mimi Geignarde fut alors secouée de sanglots et se précipita hors du cachot, poursuivie par Peeves qui la bombardait de cacahuètes pourries en criant :

- Boutonneuse ! Boutonneuse !

- Oh, là, là, dit tristement Hermione.

Nick Quasi-Sans-Tête se glissa vers eux en traversant la foule.

- Vous vous amusez bien ? demanda-t-il.

- Oh, oui, mentirent-ils en chœur.

- Belle soirée, dit Nick fièrement. Il va bientôt être l'heure de mon discours. Je vais prévenir l'orchestre.

Mais au même moment, l'orchestre s'arrêta tout seul. Tout le monde fit silence en regardant partout d'un air surexcité. Le son d'un cor de chasse venait de retentir.

- Ah, les voilà, dit Nick d'un ton amer.

Une douzaine de chevaux fantômes traversèrent soudain le mur du cachot, montés chacun par un cavalier sans tête. Les invités applaudirent à tout rompre. Nick, cependant, dardaient sur eux un regard noir.

Les chevaux galopèrent jusqu'à la piste de danse, puis s'arrêtèrent au milieu en se cabrant avec élégance. En tête de la troupe, un fantôme de haute stature tenait sous le bras sa tête qui sonnait du cor. Il descendit de cheval, leva sa tête à bout de bras pour jeter un coup d'œil à la foule qui éclata de rire et s'avança vers Nick Quasi-Sans-Tête en enfonçant sa tête sur ses épaules.

- Nick ! rugit-il. Comment vas-tu ? Ta tête tient toujours ?

Il éclata d'un rire sonore et lui donna une grande tape sur l'épaule.

- Sois le bienvenu, Patrick, dit Nick d'un ton raide.

- Ma parole, mais il y a des vivants, ici ! s'exclama Sir Patrick en voyant Megan, Ron, Hermione et Potter.

Il fit semblant de sursauter et sa tête tomba à nouveau, provoquant l'hilarité générale.

- Très drôle, dit Nick d'un air sombre.

- Ne t'inquiète pas, Nick, dit la tête de Sir Patrick qui avait roulé sur le sol. Alors, toujours furieux de n'avoir pas été admis au club ? Mais aussi, regarde-toi un peu...

- Moi, dit Potter, répondant à un coup d'œil appuyé de son hôte, je trouve que Nick est très... effrayant et, heu...

Megan haussa les sourcils, surprise. Le seul fantôme de Poudlard qui pourrait être qualifié « d'effrayant » était le Baron Sanglant. Nick Quasi-Sans-Tête ne ferait pas sursauter un sorcier de trois ans. Mais peut-être que Potter était encore plus sensible qu'il ne paraissait.

- Ha ! Ha ! s'écria la tête de Sir Patrick, je parie que c'est lui qui vous a demandé de dire ça, jeune homme !

- Si vous voulez bien m'accorder quelques instants d'attention, c'est l'heure de mon discours, dit Nick d'une voix forte.

Il monta sur le podium baigné d'une lueur bleuâtre et glacée, mais il eut à peine le temps de prononcer quelques mots : Sir Patrick et ses compagnons venaient de se lancer dans une partie de hockey en utilisant leur tête en guise de balle. Nick essaya d'attirer à nouveau l'attention de ses invités, mais la tête de Sir Patrick lui passa devant le nez sous les acclamations de la foule et il renonça.

- Venez, on s'en va, dit Megan qui trouvait la fête moins intéressante et l'attitude du chevalier décapité parfaitement irrespectueuse.

Suivie de Ron, Hermione et Potter, elle sortit du cachot et tous les quatre remontèrent le passage éclairé par les chandelles noires.

- Peut-être qu'il restera encore du gâteau, dit Ron avec espoir en hâtant le pas vers l'escalier qui remontait au rez-de-chaussée.

Ce fut à ce moment-là que Megan l'entendit à nouveau.

... déchire... écorche... tue...

C'était la même voix, froide et mortelle, qu'elle avait entendue le mois dernier. Au même moment, Potter s'immobilisa et scruta la pénombre du couloir. Megan était estomaquée, Potter entendait la voix lui aussi !

- Harry, qu'est-ce que..., commença Ron.

- C'est encore cette voix. Taisez-vous...

Il l'avait déjà entendue lui aussi !

... si affamé... depuis si longtemps...

- Écoutez ! insista Potter.

Megan tourna vers lui des yeux écarquillés et furieux mais ne dit rien, elle ne voulait pas qu'on sache qu'elle entendait la même voix que Potter.

... tuer... il est temps de tuer...

La voix devenait de plus en plus faible. Elle s'éloignait, elle montait quelque part dans le château.

- Par ici ! s'écria Potter qui devait avoir pensé la même chose.

Il monta l'escalier quatre à quatre et se précipita dans le hall d'entrée, les trois autres sur les talons. Mais le vacarme des conversations qui provenaient de la Grande Salle, où le festin d'Halloween se poursuivait, empêchait d'entendre quoi que ce soit d'autre. Potter monta alors au premier étage, suivi de Megan, Ron et Hermione.

- Harry, qu'est-ce que...

- CHUT !

Megan était elle aussi aux aguets mais ne disait rien. La voix continuait de s'éloigner en montant dans les étages.

... Je sens l'odeur du sang... L 'ODEUR DU SANG !

- Il va y avoir un meurtre ! s'exclama Potter d'un air angoissé.

Et il avait vraisemblablement raison. Megan prit la tête de leur petit groupe et monta les marches en courant jusqu'au deuxième étage, et côte à côte avec Potter, elle parcourut l'étage au pas de course. Potter semblait désespéré, Megan avait le cœur battant. Enfin, ils arrivèrent dans un couloir désert et soudain, Hermione poussa un cri.

- Regardez ! s'écria-t-elle.

Quelque chose brillait sur le mur, en face d'eux. Ils s'approchèrent lentement, scrutant la pénombre. Tracée en grosses lettres entre deux fenêtres, une inscription scintillait dans la lueur des torches qui éclairaient le passage :

LA CHAMBRE DES SECRETS A ÉTÉ OUVERTE. ENNEMIS DE L'HÉRITIER, PRENEZ GARDE

- Qu'est-ce que c'est que ça, là, en dessous ? dit Ron d'une voix tremblante.

Lorsqu'ils s'approchèrent un peu plus, Potter faillit tomber en glissant dans une flaque d'eau, mais Ron et Hermione le rattrapèrent de justesse. Ils se penchèrent alors sur une forme noire qui se dessinait sous le message et Potter, Ron et Hermione firent aussitôt un bond en arrière, les pieds en plein dans la flaque, tandis que Megan restait sur place.

Mrs Norris, la chatte du concierge, était pendue par la queue à une torchère. Elle était raide comme une planche, les yeux grands ouverts. Pendant quelques instants, ils restèrent figés et muets.

- On ferait mieux de ne pas rester ici, dit enfin Megan en revenant vers les trois autres.

De toute évidence, la voix avait tué la chatte de Filch.

- On devrait peut-être essayer de... suggéra maladroitement Potter.

- Crois-moi, il ne faut surtout pas qu'on nous trouve ici, le coupa Megan, vigoureusement approuvée par Ron.

Mais il était trop tard. Un grondement semblable à un lointain coup de tonnerre, leur indiqua que le festin venait de se terminer. De chaque extrémité du couloir leur parvenaient les conversations joyeuses des élèves repus et le bruit de centaines de pieds qui montaient les escaliers. Un instant plus tard, un flot d'élèves se déversait dans le couloir.

Les conversations et les bruits de pas s'évanouirent peu à peu lorsque les premiers arrivants aperçurent la chatte pendue au mur. Megan, Ron, Hermione et Potter étaient seuls au milieu du couloir dans le silence qui régnait à présent. Autour d'eux, la foule se pressait pour contempler le sinistre spectacle. D'une voix forte, quelqu'un rompit alors le silence.

- Ennemis de l'héritier, prenez garde ! Bientôt, ce sera le tour des Sang de bourbe !

C'était Draco, qui s'était faufilé jusqu'au premier rang. Ses yeux froids flamboyaient et son visage habituellement pâle s'était empourpré. Avec un grand sourire, il regarda longuement la chatte immobile, pendue au mur.