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SAISON ENSORCELÉE
Depuis le désastreux épisode des Lutins de Cornouailles, le professeur Lockhart n'avait plus amené de créatures vivantes en classe. Il se contentait de lire des passages de ses livres à ses élèves en reconstituant les scènes qui le mettaient le mieux en valeur, sous le regard affligé de Megan. Souvent, il demandait à Potter de jouer le rôle d'une créature féroce qu'il avait terrassée, délivrant ainsi tout un village d'une menace mortelle. Ce jour-là, il fit jouer à Potter le rôle du loup-garou de Wagga Wagga à qui il avait rendu forme humaine à l'aide du sortilège d'Homomorphus, mettant fin à la terreur que le monstre faisait régner sur les paysans du coin. Megan n'avait pas lu Promenades avec les loups-garous, et elle apprit avec consternation que ce sort avait été inventé par Lockhart lui-même, supposé guérir la lycanthropie. En l'état des connaissances actuelles, cette maladie était pourtant incurable et Megan doutait fortement du moindre effet du sort.
Lorsque la cloche sonna pour annoncer la fin du cours, Potter rejoignit Megan, Ron et Hermione au fond de la classe.
- Prêts ? murmura-t-il.
- Allons-y, dit Hermione.
Elle s'approcha du bureau de Lockhart, un morceau de papier serré dans sa main. Megan, Ron et Potter se tenaient derrière elle.
- Heu... professeur Lockhart, balbutia Hermione, j'aurais voulu prendre ce livre à la bibliothèque. Simplement pour ma culture générale.
La main un peu tremblante, elle lui tendit le morceau de papier.
- L'ennui, c'est qu'il se trouve à la Réserve. Alors, j'aurais besoin d'une autorisation écrite d'un professeur... Je crois que ce livre m'aiderait beaucoup à mieux comprendre ce que vous avez écrit dans Vadrouilles avec les goules, au sujet des venins à action lente...
- Ah, Vadrouilles avec les goules ! s'exclama Lockhart en prenant le papier avec un large sourire. C'est peut-être mon livre préféré. Il t'a plu ?
- Oh, oui, répondit Hermione avec enthousiasme. J'ai adoré le chapitre où vous racontez comment vous avez attrapé une goule avec une passoire à thé...
- Je suis sûr que personne ne m'en voudra de permettre à la meilleure élève de l'école d'accroître ses connaissances, dit chaleureusement Lockhart en prenant une énorme plume de paon.
Ron parut scandalisé, mais Lockhart crut voir dans l'expression de son visage une réaction admirative.
- Elle est jolie, n'est-ce pas ? lui dit-il. D'habitude, je m'en sers pour dédicacer mes livres.
Il griffonna une énorme signature en lettres rondes sur le papier que lui avait donné Hermione et le lui rendit.
- Alors, Harry, dit Lockhart tandis qu'Hermione repliait fébrilement le papier et le fourrait dans son sac et que Megan agitait la tête de consternation, demain, c'est le premier match de Quidditch de la saison, je crois ? Gryffondor contre Serpentard, c'est ça ? J'ai entendu dire que tu étais un joueur efficace. J'ai moi-même joué au poste d'attrapeur. On m'a proposé d'entrer dans l'équipe nationale, mais j'ai préféré consacrer ma vie au combat contre les Forces du Mal. Si jamais tu as besoin de quelques conseils, n'hésite surtout pas à m'en demander. Je serais ravi de faire profiter de mes connaissances un joueur encore débutant...
Potter laissa échapper de sa gorge un bruit indéfinissable, puis il sortit de la classe derrière Megan, Ron et Hermione.
- Je n'arrive pas à y croire, dit-il.
Sur le chemin de la bibliothèque, tous les quatre contemplaient d'un air ébahi la signature sur le papier.
- Il n'a même pas lu le titre du livre qu'on voulait !
- C'est vraiment un parfait crétin, dit Megan.
- Mais on s'en fiche, lui fit remarquer Ron, on a eu ce qu'on voulait.
- Ce n'est pas un crétin, protesta Hermione d'une voix aiguë.
- Ça, c'est parce qu'il a dit que tu étais la meilleure élève de l'école...
Ils se turent en pénétrant dans l'atmosphère feutrée de la bibliothèque. Madame Pince, la bibliothécaire, était une femme maigre et irritable qui avait l'air d'un vautour famélique.
- Les Potions de grands pouvoirs ? répéta-t-elle d'un ton soupçonneux en essayant d'arracher le papier des mains d'Hermione qui refusait de le lâcher.
- Je voudrais bien le garder, dit-elle, le souffle court.
- Ça suffit, dit Megan en lui prenant le papier des mains pour le donner à Madame Pince. Ce ne sera pas difficile d'avoir un autre autographe. Lockhart signe tout ce qu'il trouve.
Madame Pince examina attentivement le papier comme si elle était persuadée qu'il s'agissait d'un faux, mais elle fut obligée d'admettre qu'il était authentique. Elle s'éloigna vers le fond de la salle et revint quelques minutes plus tard avec un gros livre un peu moisi. Hermione le rangea soigneusement dans son sac et tous les quatre sortirent de la bibliothèque en s'efforçant de ne pas marcher trop vite et d'avoir l'air le plus naturel possible. Cinq minutes plus tard, ils s'étaient enfermés dans les toilettes de Mimi Geignarde, au grand dam de Megan. Mimi pleurait bruyamment dans sa cabine, mais ils n'y prêtaient aucune attention et elle-même ne s'intéressait pas à eux. Hermione ouvrit avec précaution le précieux volume et tous les quatre se penchèrent sur les pages piquetées de taches d'humidité.
- Ah, voilà ! dit Hermione d'un ton surexcité lorsqu'elle eut trouvé la page qui indiquait la recette du Polynectar.
Elle était accompagnée de dessins représentant plusieurs personnes aux différents stades de leur transformation en quelqu'un d'autre.
- C'est la potion la plus difficile à préparer que j'aie jamais vue, dit Hermione. « Chrysopes, sangsues, sisymbre et polygonum », murmura-t-elle en suivant du doigt la colonne d'ingrédients.
- Ça, c'est facile, on s'en sert en classe, dit Megan, attentive. Mais, là, regardez : de la corne de bicorne en poudre. Je me demande où on va en trouver... Et de la peau de serpent d'arbre du Cap, ça aussi c'est dur. Sans compter un petit morceau de celui dont on veut prendre l'apparence...
- Pardon ? coupa Ron. Qu'est-ce que tu entends par « un petit morceau de celui dont on veut prendre l'apparence ? » Je refuse de boire un truc qui contiendrait un ongle d'orteil de Crabbe...
- On n'a pas besoin de s'en occuper maintenant, dit Hermione en faisant mine de ne pas l'avoir entendu, c'est au dernier moment qu'il faut le rajouter...
Ron resta sans voix et se tourna vers Potter qui s'inquiétait d'autre chose.
- Vous vous rendez compte de tout ce qu'on va devoir voler ? De la peau de serpent d'arbre du Cap, on ne s'en sert pas en classe. Il faudra aller chercher ça dans les réserves particulières de Snape. Je ne sais pas si c'est une bonne idée...
Hermione referma le livre d'un coup sec.
- Si vous avez peur, tous les deux, c'est d'accord, dit-elle.
Deux grosses taches rouges s'étalaient sur ses joues et ses yeux étaient plus brillants qu'à l'ordinaire.
- Je ne tiens absolument pas à faire des choses interdites, vous le savez bien, mais vouloir renvoyer les enfants de Moldus me paraît beaucoup plus grave que de préparer une potion un peu délicate. Si vous ne voulez pas qu'on sache si Malfoy est derrière tout ça (« ou pas », ajouta Megan), je retourne tout de suite rendre ce livre à Madame Pince et on n'en parle plus...
- Je ne me doutais pas qu'un jour, ce serait toi qui nous inciterais à faire des choses interdites, dit Ron. C'est d'accord, allons-y, fabriquons la potion, mais pas d'ongle de doigt de pied, d'accord ?
- Il faudra combien de temps pour préparer ça ? demanda Potter.
Hermione, qui avait retrouvé sa bonne humeur, rouvrit le livre.
- Étant donné que le sisymbre doit être cueilli à la pleine lune et qu'il faut faire cuire les chrysopes pendant vingt et un jours, je pense qu'il faudra un mois en tout, si nous arrivons à réunir tous les ingrédients.
- Un mois ? dit Ron. D'ici là, Malfoy aura eu le temps d'attaquer tous les enfants de Moldus de l'école ! Mais allons-y, de toute façon, il n'y a que ça à faire.
Megan, qui n'avait aucun doute quant à l'innocence de Draco, se fichait bien du temps qu'ils mettraient à préparer la potion. Elle trouvait le défi intéressant d'un point de vue universitaire seulement, et finalement elle aurait peut-être plaisir à être enfin en présence de son ancien ami sans qu'il darde sur elle un regard méprisant, ou l'ignore. Pendant ce temps, elle comptait bien mener ses propres recherches.
La voix qu'elle et Potter avaient été les seuls à entendre continuait à l'inquiéter. Elle ignorait s'il s'agissait de celle de l'héritier ou de la créature, mais elle ne parvenait pas à comprendre la logique de ce phénomène. Qu'avait-elle en commun avec Potter ? Ils étaient tous deux orphelins. Mais autant qu'elle le savait, c'était également le cas de Longbottom et le garçon n'avait visiblement rien entendu de son côté. Ils étaient tous deux des sorciers au sang-pur, mais c'était également le cas de Ron. L'explication selon laquelle ils avaient la meilleure ouïe du quatuor n'était pas plus convaincante. Elle était également perturbée car elle avait déjà entendu cette voix avant l'agression de Mrs Norris, dans son dortoir, alors que ses trois camarades de chambrée dormaient, or Potter avait dit que ce n'était pas la première fois qu'il l'entendait lui aussi. Leurs dortoirs étaient pourtant éloignés l'un de l'autre. Ces questions ne cessaient de tourner dans la tête de Megan, qui ne voulait avouer à qui que ce soit qu'elle aussi était témoin de l'étrange phénomène.
Le soir-même, elle faussa compagnie à Ron et Hermione et traversa le parc glacé pour aller frapper à la porte de la cabane de Hagrid. C'était la première fois qu'elle se retrouvait seule à seul avec l'immense garde-chasse.
- Megan ! s'exclama-t-il, mi-surpris mi-heureux. Qu'est-ce que tu fais là ?
- J'ai des questions à vous poser, répondit-elle de but en blanc. Je peux entrer ? Il fait horriblement froid dehors.
Avec un haussement d'épaules, Hagrid se poussa pour la laisser se faufiler dans la chaleur de la cabane. Un feu énorme brûlait dans la cheminée. Sur la table étaient alignées une trentaine de carottes et des morceaux de viande non-identifiables.
- Je prépare un potage, annonça son hôte, je te sors une écuelle ?
- Sans façon, répondit Megan d'un air pincé.
Elle se hissa sur une des gigantesques chaises qui entouraient la table en bois brut et accepta un peu de thé.
- Ron a cessé de cracher des limaces ? s'enquit Hagrid.
- Euh oui, depuis un certain temps, heureusement.
- C'est vraiment horrible, ce que ce petit Malfoy avait dit à Hermione.
- Justement, en parlant de Sang-de-Bourbe…
Hagrid, qui avait entrepris de hacher bruyamment et grossièrement ses carottes, jeta à Megan un regard en biais.
- … vous avez dû entendre parler de Mrs Norris, compléta la jeune fille sans perdre de son aplomb.
- Oui, affreux, affreux. Non pas qu'je sois un grand ami de Filch, non, et sa chatte a toujours terrorisé Fang (dans son coin de la pièce, le molosse poussa un gémissement), mais c'est pas rassurant d'voir qu'un animal se fasse attaquer comme ça dans Poudlard.
Les gestes de l'homme étaient particulièrement maladroits, il semblait presque fébrile. Megan fronça les sourcils mais ne releva pas.
- Oui, c'est bizarre. Dumbledore dit qu'elle n'est pas morte mais pétrifiée. Je n'avais encore jamais entendu parler de ça. Est-ce que ça vous dit quelque chose ?
Hagrid posa brutalement son couteau sur la table et fixa Megan avec une lueur étrange.
- Pourquoi tu m'demandes ça, exactement ? aboya-t-il.
La jeune fille haussa un sourcil, surprise par la réaction excessivement vive de son interlocuteur. Malgré ses dimensions disproportionnées, Hagrid avait toujours été affectueux avec elle et les trois autres, elle ne s'attendait pas à ce qu'il s'adresse à elle d'une manière aussi désagréable. Elle ne recula cependant pas sur sa chaise et soutint le regard noir et brillant du garde-chasse.
- Parce que tout le monde dit que c'est le monstre caché dans la Chambre des Secrets qui l'a attaquée, que je ne connais aucune créature capable de pétrifier un autre être vivant, et que donc je me suis dit que je devrais poser la question à la personne dans mon entourage qui s'y connait le mieux en animaux fantastiques, répondit-elle sévèrement.
L'expression de Hagrid changea aussitôt.
- Oh ! C'est vrai ? C'est vrai que les animaux fantastiques, c'est ma passion… Ça me touche que tu aies pensé à moi de cette façon, Megan.
L'intéressé haussa de nouveau un sourcil et ne répondit pas.
- Pétrifiée, oui, c'est ce que m'a dit Dumbledore, oui, reprit Hagrid. Mais je suis désolé, je peux pas t'en dire plus, malheureusement. je connais pas non plus de créature magique capable de ça. C'était encore jamais arrivé… Non, pas comme ça.
Megan était frustrée que son entretien avec Hagrid n'ait rien donné. Elle n'avait pour le moment pas plus de piste que les trois autres, tant sur l'identité de l'héritier de Serpentard que sur le monstre qu'il aurait le pouvoir de contrôler. Peut-être lui faudrait-il directement découvrir par elle-même l'accès caché à la Chambre ? Théories, contradictions et doutes la taraudèrent toute la nuit et elle n'avait pas beaucoup dormi lorsque la journée du lendemain commença.
Lorsqu'elle descendit déjeuner dans la Grande Salle, tous les joueurs de Gryffondor étaient tendus et silencieux. Le jour du match contre Serpentard était enfin arrivé, attendu avec impatience par toute l'école. La pression était palpable : l'année dernière, pour la première fois depuis le départ de Charlie Weasley, Gryffondor avait gagné la coupe de Quidditch, dérobant le titre que détenait Serpentard depuis plusieurs années. Dans la Grande Salle, les élèves qui n'appartenaient pas aux équipes en jeu bavardaient avec enthousiasme, les joues bariolées aux couleurs de l'équipe qu'ils soutenaient, et donnaient des tapes dans le dos des joueurs, sauf Lee et Ginny qui avaient mauvaise mine – le premier n'était toujours pas réconcilié avec les jumeaux, et la seconde n'avait pas repris de couleur depuis l'attaque de Mrs Norris.
Peu avant onze heures, toute l'école prit la direction du stade. Au-dehors, l'atmosphère était lourde et il y avait de l'orage dans l'air. Ron et Hermione se précipitèrent sur Potter pour lui souhaiter bonne chance à l'entrée des vestiaires. Megan encouragea les jumeaux et Oliver Wood puis suivit ses deux meilleurs amis dans les gradins. Elle attendit avec impatience l'arrivée des équipes. Celle de Serpentard s'envola la première, encouragée avec ferveur par les élèves de leur maison. Mais lorsque celle de Gryffondor arriva à son tour, une immense clameur monta des tribunes, dominée par des acclamations : les supporters de Serdaigle et Poufsouffle souhaitaient eux aussi la défaite des Serpentard. On entendait cependant les sifflets et les huées de ces derniers, qui s'imposaient par leur ferveur.
Madame Hooch, le professeur de Quidditch, demanda à Flint et à Oliver de se serrer la main, ce qu'ils firent en échangeant des regards menaçants et en s'écrasant mutuellement les doigts.
- Attention, à mon coup de sifflet, dit Madame Hooch. Trois... deux... un...
Accompagnés par les hurlements de la foule, les quatorze joueurs s'élevèrent alors dans les airs sous un ciel de plomb. Potter volait au-dessus des autres, cherchant le Vif d'or des yeux. Megan vit Draco passer sous lui en filant avec rapidité pour lui faire une petite démonstration de la vitesse de son nouveau balai. Au même moment, un gros Cognard noir fonça sur Potter, qui l'évita de peu. George arriva à sa hauteur et donna un puissant coup de batte sur la balle qu'il envoya en direction d'Adrian Pucey, un des poursuiveurs de Serpentard. Mais le Cognard changea de trajectoire et revint aussitôt vers Potter, à la joyeuse surprise de Megan. Le garçon descendit en piqué pour l'éviter et George parvint à envoyer le Cognard vers Draco. Mais cette fois encore, la balle de fer changea de direction et revint vers Potter comme un boomerang. Ce dernier accéléra brutalement et fila à l'autre bout du terrain, suivi du dangereux projectile. Ce manège avait beau être amusant aux yeux de Megan, il était inhabituel : les Cognards ne devaient jamais s'acharner sur un seul joueur, mais plutôt en désarçonner le plus possible en les attaquant au hasard.
Fred attendait le Cognard à l'autre extrémité du terrain. Potter baissa la tête tandis que le batteur frappait de toutes ses forces la balle qui dévia enfin de sa course. Mais, attiré comme par un aimant, le Cognard fonça à nouveau sur Potter qui fut obligé de prendre la fuite à la vitesse maximum.
Pendant ce temps, il avait commencé à pleuvoir. Megan, qui n'avait pas suivi le reste du jeu entendit Lee Jordan annoncer au micro :
- Serpentard mène par soixante points à zéro.
Les Nimbus 2001 montraient leur supériorité et pendant ce temps-là, le Cognard fou faisait tout ce qu'il pouvait pour essayer d'abattre Potter. Fred et George étaient obligés de voler si près de lui pour le protéger que le garçon n'avait plus aucune chance d'apercevoir le Vif d'or, encore moins de l'attraper. Gryffondor allait très probablement perdre le match, et Megan s'en trouvait agacée. Elle savait à quel point Oliver tenait à prendre la tête du championnat, et elle n'avait pas envie de voir Draco se pavaner.
Madame Hooch siffla la mi-temps et Fred et George foncèrent vers le sol, essayant toujours d'éloigner la balle de fer. Les équipes se réunirent sous les moqueries des supporters de Serpentard, ravis de voir leurs adversaires se faire écraser.
- Vous avez remarqué que le Cognard s'en prend à Potter ? demanda Megan en se tournant vers Ron et Hermione.
À en juger par l'expression angoissée de leurs visages, c'était le cas.
- Il faut que les professeurs fassent quelque chose, s'angoissa Hermione.
- Ils ne vont pas interrompre le match, sinon c'est un forfait, leur expliqua Megan.
- Et si c'étaient les Serpentard qui l'avaient ensorcelé ? demanda Ron, méfiant.
- Les balles sont dans le bureau de Madame Hooch, sous clef, en dehors des entraînements. Personne n'y a accès, personne ne l'a ensorcelé.
Les deux amis de Megan ne purent donc qu'attendre en se rongeant les ongles sous la pluie qui tombait désormais drue. Sur le terrain, Madame Hooch échangea quelques mots avec l'équipe de Gryffondor, puis le match reprit. Au coup de sifflet de l'arbitre, les joueurs s'élevèrent de nouveau dans les airs et aussitôt le Cognard se remit à poursuivre Potter. Celui-ci monta de plus en haut dans une suite de cercles, de tonneaux, de zigzags, de piqués et de remontées en chandelle pour éviter son poursuivant. Dans les gradins, Ron et Hermione pestaient et juraient mais tous les autres spectateurs riaient : Potter avait l'air ridicule à effectuer toutes ces figures. Megan devait cependant admettre que sa méthode était efficace : le Cognard était trop lourd pour changer de direction aussi facilement et rapidement mais pendant ce temps, il ne pouvait trouver le Vif d'Or.
De son côté, Draco ne semblait pas non plus chercher la petite balle dorée. Il venait de s'approcher de Potter, probablement pour le narguer. Megan vit le garçon se retourner vers son adversaire et le Cognard en profiter. VLAM ! La balle atteignit Potter dans le flanc. Celui-ci glissa sur le côté de son manche à balai, le bras droit inerte, probablement cassé. Hermione et Ron avaient crié de peur. Le Cognard lança alors une deuxième attaque en visant cette fois le visage du garçon. Celui-ci fit une embardée puis fondit sur Draco. Ce dernier, effrayé, s'enfuit de toute la vitesse de son Nimbus 2001. De son côté, Potter lâcha son manche à balai en tendant son bras valide, et Megan s'aperçut qu'il en avait toujours après le Vif d'Or malgré les attaques du Cognard. Dans les gradins, tous les élèves se mirent à hurler alors que Potter plongeait droit vers le sol. Un bruit sourd leur parvint aux oreilles lorsqu'il heurta la boue qui recouvrait le sol du terrain. Il roula au sol tandis que tout le monde s'affolait dans les tribunes. Le bras tordu du garçon formait un angle inquiétant. Il y eut un coup de sifflet tous les joueurs entourèrent Potter.
Megan fut emportée par la foule des Gryffondor qui se précipitaient sur le terrain. Alors que Ron et Hermione s'empressaient de rejoindre Potter, Megan se dirigea vers les jumeaux Weasley.
- Il faut attraper ce Cognard pour le remettre dans sa boîte ! lança Fred à son intention.
George se jeta sur la balle de fer qui semblaient toujours vouloir en découdre et la plaqua au sol. Fred le rejoignit pour l'aider à se relever tandis que Megan ouvrait le coffre qui devait le renfermer.
- Impossible de le soulever, gronda Fred qui s'escrimait pour empêcher le Cognard de lui échapper.
- Celui qui l'a ensorcelé a fait ça bien, renchérit George.
Megan eut soudain une idée. Elle s'étonna que personne n'y ait pensé avant.
- Reculez, ordonna-t-elle aux jumeaux.
- Tu plaisantes ? Il va te foncer dessus !
- Vous faîtes ce que je vous dis, insista Megan en sortant sa baguette.
Inquiets, les frères lâchèrent prudemment le Cognard. La balle se jeta aussitôt vers Megan, mais la jeune fille réagit plus vite :
- Finite Incantatem !
Comme elle l'avait espéré, le Cognard retomba aussitôt au sol. Les frères s'empressèrent aussitôt de la récupérer et de l'enfermer dans le coffre.
- Bien joué, Meggie, dit Fred, le souffle court, une fois le Cognard hors d'état de nuire. J'y avais pas pensé. Ça veut dire que quelqu'un a vraiment ensorcelé la balle, hein ?
- Oui. Mais ça m'étonne, personne ne peut accéder au bureau de Madame Hooch, en temps normal.
- Et il y aura une enquête, affirma le professeur de vol en arrivant vers eux. Merci Miss Buckley, nous allons nous occuper de ce Cognard, maintenant. D'ici-là, réjouissez-vous de votre victoire, Gryffondor !
Et Megan réalisa que Potter était tout de même parvenu à attraper le Vif d'Or, octroyant à sa maison la victoire du premier match de la saison. Ne voulant pas trop s'attarder sur cet acte de courage, Megan rejoignit les autres membres de l'équipe de Quidditch, trempés et couverts de boue, qui se félicitaient les uns les autres.
- Où est passé Harry ? s'enquit George en s'apercevant que l'attrapeur n'était plus sur le terrain, tout comme une grande partie des élèves venus assister au match.
- Ron et Hermione l'ont emmené à l'infirmerie, répondit Angelina en grimaçant. A priori, Lockhart a fait disparaître tous les os de son bras en voulant le soigner.
Megan ne put retenir un éclat de rire. Lockhart était le pire sorcier qu'elle connaissait, mais elle ne s'ennuyait pas avec lui.
- On va aller le voir ! lança Oliver à la cantonade, rayonnant de joie. Il faut féliciter notre fantastique attrapeur !
Megan n'avait pas particulièrement envie de voir Potter, mais elle suivit tout de même les joueurs. Après avoir fait un détour par les cuisines pour que les jumeaux y récupèrent des gâteaux, des bonbons et du jus de citrouille, ils croisèrent Marcus Flint, hurlant sur son attrapeur qui n'avait pas su arracher la victoire pour son équipe. Draco semblait honteux et furieux, et son expression se durcit un peu plus lorsqu'il croisa le regard de Megan, entourée des joyeux membres de l'équipe victorieuse de Gryffondor. Megan détourna le regard, furieuse que l'écart continue à se creuser entre eux.
À l'infirmerie, Ron et Hermione veillaient Potter. Celui-ci était déjà en pyjama, le bras droit en écharpe et à l'apparence molle. Lockhart s'était vraiment loupé.
- Extraordinaire ce que tu as fait, Harry ! Lança George. Je viens de voir Marcus Flint passer un savon à Malfoy en hurlant qu'il avait le Vif d'or juste au-dessus de sa tête et qu'il ne l'a même pas vu. Malfoy n'en menait pas large, tu peux me croire.
L'équipe s'installa autour du lit et improvisa ce qui promettait d'être une belle fête lorsque Madame Pomfrey surgit soudain en hurlant :
- Ce garçon a besoin de repos, il faut lui faire repousser trente-trois os ! Alors, dehors ! DEHORS !
Megan ne se fit pas prier pour quitter l'infirmerie. La première dehors, elle se dirigea vers la Grande Salle pour y fêter dignement la victoire de l'équipe. Chaque élève de Gryffondor, Serdaigle ou Poufsouffle parlait des prouesses de Potter, et les jumeaux étaient si heureux qu'ils allèrent trouver Lee pour se réconcilier avec lui. Les Serpentard, eux, avaient la mine plus sombre que jamais et foudroyaient du regard tout élève qui osait les observer.
- On est sûrs que c'est Malfoy qui a ensorcelé le Cognard, révéla Ron à Megan au cours du repas.
- Et quelles preuves vous avez ? demanda sèchement la jeune fille.
- Tu as vu sa tête ? Il aurait tué Harry de ses propres mains !
- Parce qu'il venait d'attraper le Vif d'or à sa place ! Draco n'est pas responsable de tout ce qui va de travers dans la vie de Potter ! Mais tu n'auras qu'à lui poser la question quand on sera dans sa salle commune, n'est-ce pas ?
- Compte sur moi ! Et qui ce serait d'autre, de toute façon ?
- Tout le monde ne voit pas Potter comme un fantastique héros, lui fit-elle remarquer. Les professeurs finiront par le découvrir, ils comptent enquêter.
Après le déjeuner, alors que les Gryffondor allaient poursuivre la fête dans leur salle commune, Megan prit la direction des salles de classe, avec la ferme intention de travailler le Charme du bouclier comme le lui avait demandé Dumbledore. Elle choisit sa salle habituelle et commença à s'entraîner avec application. Elle avait trouvé des explications théoriques dans Forces obscures : comment s'en protéger à la bibliothèque et n'avait plus aucune difficulté à faire apparaître le bouclier. Le maintenir ou encore le rendre résistant aux sortilèges restait ce qu'elle devait améliorer.
Après une heure de travail acharné, Megan avait la tête vide. Elle ne pensait ni à Draco, ni à la Chambre des Secrets, ni à Potter. Le front légèrement humide de transpiration et les cheveux en bataille, elle s'apprêtait à vérifier une information dans le livre (qu'elle avait emprunté) lorsque son regard se posa sur un élève de Serdaigle qui se tenait dans l'encadrement de la porte. Surprise, elle esquissa un mouvement de baguette mais l'élève leva une main en geste d'apaisement. Elle reconnut alors Kevan Garrow, l'ami de Chad, Davy et des jumeaux.
- Depuis combien de temps tu es là ? lança-t-elle, sur la défensive.
- Juste assez pour voir que tu es encore plus douée que ce que je croyais, répondit-il tranquillement en entrant dans la classe. Le Charme de Bouclier, je ne l'ai même pas encore appris en cours.
- Je m'avance sur le programme, expliqua-t-elle en haussant les épaules.
- Je vois ça. Tu assures. Je peux vérifier à quel point ?
Megan fronça les sourcils sans comprendre. Kevan leva alors sa baguette et dit nettement :
- Bloclang.
La jeune fille réagit aussitôt en générant le bouclier. Elle ne sentit qu'une légère pression sur sa langue qui aurait dû se retrouver collée à son palais si le sort ne s'était pas heurté à son charme protecteur.
- Bien joué, apprécia Kevan. Tes professeurs savent que tu es avancée à ce point ?
- Pas tous, répondit Megan en pensant que Binns, Snape ou Sprout ne devaient pas mesurer l'étendue de ses pouvoirs.
- Tu connais d'autres sorts aussi avancés que celui-ci ?
- Ça dépend de ce à quoi tu penses.
Un éclair de défi brillait dans les yeux de Megan et Kevan sourit. Il ferma la porte derrière lui et consacra l'heure qui suivit à échanger des connaissances avec la jeune fille qui passa finalement un agréable moment. Le garçon était brillant – comme tout bon Serdaigle – mais pas prétentieux, et il témoignait un certain respect devant les capacités de Megan, sans pour autant l'admirer naïvement comme le faisaient certains élèves de l'école qui l'avaient vue agir. Et puisqu'il était un ami des jumeaux, alors il allait lui plaire.
