10
LA CARTE
Le lendemain matin, Megan se réveilla doucement d'une nuit sans cauchemar, la première depuis longtemps. Surprise mais joyeuse, elle descendit prendre son petit déjeuner d'un pas léger. En arrivant dans la Grande Salle, elle vit Kevan lui adresser un signe de la main depuis la table des Serdaigle. Assez heureuse pour se montrer sociable, elle lui répondit avant de s'asseoir à celle des Gryffondor.
- Harry doit aller mieux, maintenant, dit Hermione en levant les yeux d'un des livres de Lockhart ouvert devant elle.
- Bonjour, répondit Megan en se servant un grand verre de jus de citrouille.
Hermione lui adressa un froncement de sourcils : Megan était rarement polie, et son amie se rendait bien compte qu'elle se contentait d'éviter le sujet de Potter.
- On va aller le voir à l'infirmerie, insista la jeune fille.
- Faites ce que vous voulez, répondit tranquillement Megan en tartinant de marmelade sa tranche de toast tandis que Ron prenait place face à elle en bâillant magistralement.
- Je parlais de nous trois ! protesta Hermione.
- J'ai sûrement un tas de choses à faire.
- De quoi vous parlez ? demanda Ron, encore hagard.
- D'aller voir Harry à l'infirmerie, répondit Hermione d'un ton sec.
- Évidemment !
- Humpf, se contenta de lâcher Megan.
Elle était de trop bonne humeur pour se disputer avec Hermione, mais elle n'avait aucune envie de voir Potter en cette belle journée.
- Je vous attendrai dans les toilettes de la geignarde, dit-elle après avoir croisé le regard accusateur de sa meilleure amie. Il faut bien que quelqu'un commence à préparer le Polynectar.
- C'est pas une mauvaise idée, approuva Ron.
- Ah !
Hermione fusilla Ron du regard mais elle ne pouvait s'opposer à l'avancée du Polynectar, elle était trop impatiente de pouvoir interroger Malfoy.
Après le petit déjeuner, Megan, Ron et Hermione quittèrent donc ensemble la Grande Salle. Mais alors qu'ils s'apprêtaient à se séparer, des voix leur parvinrent.
- Chut ! ordonna aussitôt Megan à ses amis.
Elle leur fit signe de se cacher avec elle dans les escaliers et se pencha à travers la rambarde pour écouter ce qui se disait un peu plus bas. La voix fluette du professeur Flitwick lui parvint dans un glapissement :
- Un élève ?
- De première année, Colin Creevey, répondit la voix du professeur McGonagall. Ça s'est passé cette nuit, je l'ai trouvé dans les escaliers.
- Malheur de malheur, se lamenta Flitwick. Que faisait-il dans les escaliers à cette heure ?
- Nous pensons qu'il comptait rendre visite à Mr Potter à l'infirmerie. Je ne l'ai trouvé que quelques heures plus tard.
- Mais il pourra être sauvé, les Mandragores…
- Quand elles seront prêtes, oui. Mais dans l'immédiat, la situation est grave.
McGonagall baissa tellement la voix que Megan, Ron et Hermione durent se tordre le cou pour saisir les mots qui suivirent.
- D'après Albus, cela signifie que la Chambre des Secrets a bien été à nouveau ouverte.
Megan se tourna vers ses amis livides. L'héritier de Serpentard était bel et bien entre les murs du château, et Creevey était sa dernière victime.
- On va aller préparer la potion dès maintenant, tous les trois, dit Hermione à voix basse. Il n'y a pas de temps à perdre. Harry comprendra. Plus vite on aura prouvé que Malfoy est derrière tout ça, plus vite les attaques cesseront.
« Ou plus vite ils devront chercher un autre coupable » pensa Megan. Elle-même n'ayant pas avancé sur la question, elle doutait cependant que cela change quoi que ce soit. Elle venait cependant d'apprendre quelque chose de capital, que ses deux amis n'avaient visiblement pas relevé : la Chambre des Secrets avait déjà été ouverte par le passé, et Dumbledore le savait. C'était donc bien plus qu'une légende comme aimait le raconter Binns.
Ron et Hermione choisirent donc de ne pas se rendre à l'infirmerie. Hermione avait déjà disposé le matériel nécessaire dans une des cabines, et ils s'y enfermèrent pour commencer la préparation.
Il faisait chaud dans la cabine étroite, serrée entre Ron et Hermione, avec le feu qui brûlait sous le chaudron posé sur la cuvette des toilettes, et Megan se sentit vite étouffée. Mais ce fut pire encore au bout d'une heure. Alors qu'Hermione remuait la potion comme indiqué dans le manuel, Megan entendit la porte des toilettes s'ouvrir et une voix familière :
- C'est moi.
Hermione sursauta et manqua de renverser le chaudron qui répandit un peu de son contenu sur un des murs de la cabine. Puis elle colla son œil à la serrure.
- Harry ! s'exclama-t-elle en ouvrant la porte. Tu nous as fichu une de ces frousses... Entre. Comment va ton bras ?
- À merveille, répondit-il en se faufilant dans la cabine.
- On voulait venir te voir, mais on a décidé de commencer tout de suite la fabrication du Polynectar, expliqua Ron, tandis que Potter refermait avec difficulté la porte de la cabine. On a pensé que c'était ici la meilleure cachette.
Potter commença à leur raconter ce qui était arrivé à Creevey, mais Hermione l'interrompit.
- On est déjà au courant, dit-elle. On a entendu le professeur McGonagall le raconter au professeur Flitwick, ce matin. C'est pour ça qu'on a voulu se dépêcher...
- Plus vite on obtiendra une confession de Malfoy, mieux ça vaudra, grogna Ron.
- Ou bien on découvrira que ce n'est pas lui et on reviendra vite au point de départ, répondit sombrement Megan.
- Tu sais ce que je pense ? Dit Ron en ignorant Megan. Il était tellement furieux après le match de Quidditch qu'il s'est vengé sur Colin.
- Ah oui, parce que Creevey est un joueur de Quidditch, c'est vrai, ironisa Megan.
Ron lui adressa un regard noir.
- Il y a autre chose, dit Potter en regardant Hermione jeter des touffes de polygonum dans le chaudron. Dobby est venu me voir au milieu de la nuit.
Megan, Ron et Hermione se tournèrent vers lui, stupéfaits.
- C'est lui qui avait bloqué la barrière de la voie 9 ¾ à la rentrée, raconta-t-il. Pour m'empêcher de venir à Poudlard. Et c'était lui aussi qui a ensorcelé le Cognard ! Il pensait qu'il valait mieux que je rentre chez moi avec des blessures graves plutôt que de rester !
- Il est fou, souffla Ron.
- Il m'a raconté que des choses terribles se préparent et se produisent à l'école, que « l'histoire est sur le point de se répéter », que la Chambre des Secrets a été rouverte à nouveau, mais il n'a rien voulu me dire de plus.
- La Chambre des Secrets aurait déjà été ouverte dans le passé ? dit Hermione, abasourdie.
- Tu n'as pas écouté, toute à l'heure, quand McGonagall et Flitwick parlaient ? lui lança Megan. Elle aussi a dit que ce n'était pas la première fois. Les professeurs l'ont toujours su mais ils ont préféré faire comme si de rien n'était. C'est vraiment incroyable, cette école !
- Tout devient clair, maintenant, déclara Ron d'un ton triomphant. Lucius Malfoy a dû ouvrir la Chambre quand il était à l'école et maintenant, il a expliqué à ce cher Draco comment faire. C'est évident.
- C'est ridicule, le corrigea Megan agacée.
Il fallait désormais qu'elle découvre quand la Chambre avait été ouverte pour la dernière fois, afin d'établir un lien entre les personnes présentes dans l'école à l'époque et maintenant. Il paraissait aberrant qu'elle n'en ai jamais entendu parler avant. Un monstre avait déjà été lâché sur des collégiens par le passé, on ne savait toujours pas de quoi il s'agissait, et cette information ne figurait dans aucun des ouvrages ou des articles qu'elle avait lus à propos de Poudlard.
- J'aurais bien voulu que Dobby te dise quel genre de monstre se cache là-dedans, dit Ron, songeur. Je me demande comment ça se fait que personne ne l'ait jamais vu rôder dans l'école.
- Il a peut-être la faculté de se rendre invisible, dit Hermione en plongeant des sangsues au fond du chaudron. Ou peut-être qu'il se déguise en armure ou je ne sais quoi. J'ai lu quelque chose sur les goules caméléons...
- Tu lis trop, Hermione, dit Ron en saupoudrant les sangsues de Chrysopes mortes.
Il froissa en boule le sac de chrysopes qu'il avait vidé dans le chaudron et se tourna vers Potter.
- Visiblement, le monstre n'était pas en liberté jusqu'à récemment, fit remarquer Megan, songeuse. Il était enfermé, il a été libéré par le passé, puis à nouveau ces derniers jours. Mais entre les deux, il était dans la Chambre.
- Oui, Lucius Malfoy aura refermé la Chambre quand il a quitté Poudlard, répondit Ron.
Megan leva les yeux au ciel.
- Alors, comme ça, c'est à cause de Dobby qu'on n'a pas pu prendre le train et que tu t'es cassé le bras ? poursuivit Ron. Tu sais quoi Harry ? S'il continue à vouloir te sauver la vie, il va finir par te tuer.
- Tu dis que Dobby savait que la Chambre des secrets allait être ouverte à nouveau ? demanda Megan.
Elle s'adressait rarement à Potter directement, mais cette information était bien trop importante.
- Il n'a pas été aussi précis, répondit le garçon, peu habitué à échanger avec sa camarade. Mais il savait que quelque chose de grave se préparait. Ron, quand vous êtes venus me chercher à Privet Drive cet été vous avez dit que seules les grandes familles de sorciers avaient des elfes de maison non ? Et que c'était typiquement le genre des Malfoy ?
Il ne fallait surtout pas que Potter découvre que Dobby travaillait bel et bien au service des Malfoy, sans quoi il deviendrait intenable. Il était cependant particulièrement intriguant que l'elfe ait eu vent d'informations sur les événements qui allaient se dérouler à Poudlard. Megan aurait voulu mettre la main sur la créature, malheureusement, n'appartenant pas par le sang à la famille Malfoy, elle ne disposait pas d'autorité magique sur lui et ne pouvait le faire apparaître à son bon vouloir. Il allait lui falloir faire preuve d'un peu de patience, ce qui n'était pas son fort.
Le lundi matin, tout le monde savait ce qui était arrivé à Colin Creevey. Les rumeurs et les soupçons se multipliaient et les élèves de première année ne se déplaçaient plus qu'en groupes, par peur d'être attaqués s'ils s'aventuraient seuls dans le château – ce qui était parfaitement compréhensible.
Ginny, qui était toujours assise à côté de Creevey au cours de sortilèges, était bouleversée. Fred et George avaient essayé de lui rendre sa bonne humeur en se couvrant de peaux de bêtes et en se cachant derrière des statues pour lui sauter dessus par surprise. Mais ils durent mettre fin à leurs efforts lorsque Percy, au bord de l'apoplexie, menaça d'écrire à Molly et de lui raconter qu'ils faisaient tout pour donner des cauchemars à Ginny.
Un trafic de talismans, amulettes et autres gris-gris s'était organisé dans le dos des professeurs. Neville Longbottom avait déjà acheté un gros oignon vert malodorant, une pointe de cristal violet et une queue de salamandre en décomposition lorsque ses camarades de Gryffondor lui firent observer qu'il ne courait aucun danger puisqu'il appartenait à une famille de sorciers au sang pur.
- Filch a été leur première victime, répondit Longbottom d'un air apeuré. Et tout le monde sait que moi aussi, je suis presque un Cracmol.
Megan pensait à la Chambre des Secrets chaque fois qu'elle se rendait à un cours avec Dumbledore. Il en savait plus qu'il ne le disait, peut-être même connaissait-il l'identité de l'héritier, mais jamais elle ne pourrait obtenir de lui cette information. Aussi elle se contentait de progresser dans le contrôle de ses émotions et l'apprentissage de nouveaux sorts. Et chaque fois qu'elle le pouvait, elle retrouvait Kevan pour échanger avec lui sur ses nouvelles connaissances et compétences.
Elle tenta également de mener des recherches sur la descendance de Salazar Serpentard, mais aucun historien n'était visiblement parvenu à établir d'arbre généalogique précis, ce qui était particulièrement frustrant. Il n'était pas même établi qu'il avait eu des enfants, pourtant quelqu'un au sein de Poudlard partageait son sang en ce moment-même. Évidemment, les professeurs, notamment Binns, n'étaient d'aucune aide dans ses recherches. Leurs regards devenaient sévères et leurs lèvres pincées chaque fois qu'un élève évoquait la Chambre. Megan était d'autant plus frustrée qu'elle ne les voyait pas faire d'efforts pour rechercher l'Héritier, ni pour protéger les élèves. Ils semblaient se comporter comme si de rien n'était.
Ainsi, dans la deuxième semaine de décembre, le professeur McGonagall passa dans les classes pour prendre les noms des élèves qui resteraient à l'école pendant les vacances de Noël. Megan, Ron, Hermione et Potter s'inscrivirent. Ils avaient entendu dire que Draco resterait aussi, ce qui était inhabituel puisqu'il s'agissait de la première fois qu'il choisissait de ne pas rentrer chez lui. Mais après tout, c'était mieux ainsi : les vacances seraient le moment idéal pour faire usage du Polynectar.
Mais la potion n'était qu'à moitié faite. Il leur fallait encore une corne de bicorne et une peau de serpent d'arbre du Cap. Or, le seul endroit où ils pouvaient en trouver, c'était l'armoire personnelle de Snape.
- Il faudra faire une diversion, dit Hermione. Et pendant ce temps-là, l'un d'entre nous se glissera dans le bureau de Snape pour prendre ce qu'il nous faut.
Ron et Potter la regardèrent d'un air inquiet. Ils préféreraient probablement affronter le monstre de Serpentard à mains nues plutôt que d'être surpris à voler quelque chose dans l'armoire de Snape.
- Je vais le faire, dit Megan, fermement décidée à leur prouver l'innocence de Draco. Il vous suffira de provoquer assez de chahut pour occuper Snape pendant cinq bonnes minutes.
Ce ne serait pas une tâche très difficile pour ses amis. Provoquer un chahut au cours de Snape était à peu près aussi facile que de réveiller un dragon endormi en lui crevant l'œil.
Le cours commun de potions avait lieu le jeudi après-midi dans un des plus grands cachots du château. Le cours commença de la façon habituelle. Une vingtaine de chaudrons bouillonnaient entre les tables sur lesquelles étaient disposés des balances et des bocaux d'ingrédients. Snape circulait parmi les vapeurs fétides en faisant des remarques acerbes aux élèves de Gryffondor sous les ricanements des Serpentard. Draco, couvé par Snape au nom du lien qu'il entretenait avec les Malfoy, bombardait Ron et Potter avec des yeux de poissons qu'il prenait dans un bocal, en sachant qu'ils écoperaient d'une retenue si jamais ils s'avisaient d'en faire autant.
Megan avait presque terminé sa potion d'Enflure, mais elle devait donner à Potter un signal afin de pouvoir mettre à exécution leur plan. Se résignant à ne pas terminer son travail pourtant bien effectué, elle croisa le garçon du regard et hocha imperceptiblement la tête. Potter sortit alors de sa poche un pétard du Dr Flibuste et lui donna un petit coup de baguette magique. Alors que le pétard commençait à crépiter, il se redressa et le lança dans le chaudron de Goyle.
La potion de Goyle explosa aussitôt en aspergeant toute la classe. Les élèves atteints par des projections de potion d'Enflure se mirent à hurler. Draco en reçut en plein visage et son nez commença à enfler comme un ballon. Goyle tourna sur lui-même, les mains sur ses yeux qui avaient maintenant la taille d'une assiette. Snape, qui n'avait pas compris ce qui s'était passé, essayait sans succès de ramener l'ordre. Dans la confusion qui régnait à présent, Megan se glissa hors de la classe.
L'armoire de Snape se trouvait dans la pièce voisine. Megan y entra et leva sa baguette en murmurant :
- Accio peau de serpent d'arbre du Cap !
Il fallut quelques secondes, mais la formule que Dumbledore lui avait apprise fonctionna et l'ingrédient en question vola jusqu'à elle. Megan dissimula la peau sous sa robe et s'empressa de retourner dans la classe où régnait encore un certain cahot. Tandis que Snape donnait aux victimes de l'explosion un antidote, elle se rassit à sa place, l'air de rien. Quand tout le monde eut retrouvé son aspect habituel, Snape examina le chaudron de Goyle et en retira les débris noircis du pétard.
- Si jamais je découvre qui a lancé ce pétard, dit Snape dans un murmure, vous pouvez être absolument sûrs que cette personne sera renvoyée de l'école.
Snape fixait Potter, qui sembla faire de son mieux pour avoir l'air stupéfait. Dix minutes plus tard, la cloche sonna pour annoncer la fin du cours.
- Il sait que c'était moi, dit Potter aux trois autres sur le chemin des toilettes de Mimi Geignarde. Je l'ai vu dans son regard.
Megan jeta les nouveaux ingrédients dans le chaudron et se mit à touiller consciencieusement la mixture.
- Ce sera prêt dans une quinzaine de jours, dit-elle tranquillement.
- Snape ne peut pas prouver que c'était toi, dit Ron à Potter pour le rassurer. Qu'est-ce qu'il peut faire ?
- Quand on sait de quoi il est capable, on peut s'attendre au pire, répondit Potter.
Dans le chaudron, la potion écumait à gros bouillons.
Le soir, Megan était en train de terminer une dissertation de métamorphose dans la salle commune tout en aidant les jumeaux à réviser leurs sortilèges, lorsqu'elle posa sa plume dans son encrier avec une vigueur inhabituelle.
- Ça ne vous rend pas fous ? demanda-t-elle, frustrée. De voir que tout le monde continue de vivre comme s'il n'y avait pas une créature cachée dans le château, que quelqu'un lâchait en toute tranquillité sur les élèves ? Je me fiche pas mal de Filch, Mrs Norris ou Creevey, mais qui sait qui sera le prochain ? Hermione est une fille de Moldus !
Fred et George poussèrent un soupir en se regardant.
- Bien sûr qu'on y pense, tous les jours, répondit le premier. Surtout que ça rend vraiment Ginny malade. Elle est pâle comme la mort depuis que Colin Creevey a été retrouvé pétrifié. Mais on ne peut rien y faire.
- À part essayer de trouver l'Héritier ! C'est un élève, c'est certain, puisque le seul nouveau prof c'est Lockhart.
- Effectivement, il ne fait pas un bon suspect, ricana George. Et puis c'est forcément un Serpentard.
Megan ne put réfuter cet argument. Même si elle méprisait la règle implicite selon laquelle les Serpentard seraient les « méchants » et tous les autres, notamment Gryffondor, les « gentils », elle devait reconnaître qu'elle n'imaginait pas un élève d'une autre maison se cacher derrière les attaques perpétrées au nom de Salazar Serpentard.
- Il y en a des dizaines. Si seulement on pouvait tous les surveiller…, déplora-t-elle.
Les jumeaux échangèrent un nouveau regard, appuyé, qui interpella la jeune fille.
- Vous connaissez un moyen, devina-t-elle.
- Et il est temps que tu le connaisses aussi, décrétèrent-ils d'une même voix. Viens.
Ils remballèrent leurs manuels, leurs plumes et leurs parchemins, et Megan les suivit jusque dans leur dortoir. Leurs camarades de dortoir Merry Kallas et Lee Jordan n'étaient pas là, retenus par le professeur Sinistra pour nettoyer les télescopes après avoir semé le trouble dans son cours avec une tasse à thé mordeuse. Fred se dirigea vers son lit et tira de sous son matelas un grand morceau de parchemin carré, très abîmé, sans aucune inscription.
- Tu planques du parchemin de brouillon sous ton lit, toi ? s'étonna Megan.
- Tu feras moins la maligne quand tu sauras de quoi il s'agit, Buckley, répliqua le jeune homme. Sans ce parchemin de brouillon, on ne connaîtrait pas la moitié des passages secrets que l'on t'a montrés.
- On ne pourrait pas savoir quand Filch est sur le point d'arriver sur les lieux de nos meilleures farces, ajouta George.
- On n'aurait jamais pu éviter les profs lors de nos excursions nocturnes, renchérit Fred.
- Ok, s'agaça Megan, crachez le morceau.
L'air ravis, les frères sortirent leurs baguettes et effleurèrent le parchemin en énonçant d'une même voix :
- Je jure solennellement que mes intentions sont mauvaises.
Aussitôt, de petits traits d'encre se répandirent sur le parchemin en dessinant comme une toile d'araignée. Les traits se joignirent, se croisèrent, s'étendirent aux quatre coins du parchemin. Puis des mots tracés d'une grande écriture ronde à l'encre verte apparurent en haut du document :
Messieurs Moony, Wormtail, Padfoot et Prongs
spécialistes en assistance aux Maniganceurs de Mauvais Coups
sont fiers de vous présenter
LA CARTE DU MARAUDEUR
Le parchemin représentait à présent un plan détaillé du château et du parc environnant. Mais le plus remarquable, c'étaient les points minuscules qu'on voyait bouger ici ou là, chacun accompagné d'un nom écrit en lettres minuscules. Sous ses yeux ébahis, Megan observait les déambulations de la centaine d'occupants de Poudlard.
- Vous vous foutez de moi, murmura la jeune fille.
Dans le parc, elle pouvait voir le professeur Kettleburn marcher le long de la lisière de la Forêt Interdite. Dans un couloir vide du deuxième étage, les points indiquant Gabriel Truman, un préfet de Poufsouffle, et Beatrice Haywood étaient particulièrement proches l'un de l'autre. Une multitude de points indiquait que les fantômes de l'école s'étaient rassemblés dans les cachots. Megan vit aussi les points correspondant à Ron, Hermione et Potter parmi ceux qui figuraient dans la salle commune de Gryffondor.
- Merlin…, ajouta Megan dans un souffle.
La carte du Maraudeur ne montrait pas seulement la position de chacun en temps réel, elle indiquait également tous les passages secrets que Fred et George lui avaient fait découvrir, y compris ceux qui menaient à Pré-au-Lard.
- Vous avez fait ça vous-même ? demanda-t-elle bêtement.
- Si seulement ! s'exclama George. Mais nous devons tout à Moony, Wormtail, Padfoot et Prongs, qui qu'ils soient.
- Et à Filch un peu aussi, ajouta Fred. On s'est retrouvés, aussi surprenant que cela puisse te paraître, dans son bureau suite à un incident avec une Bombabouse, qui avait peut-être explosé dans un couloir à cause de nous.
- À cette occasion, on a remarqué que sur un tiroir de son armoire de rangement, il était écrit : Objets dangereux confisqués. Ni une, ni deux, j'ai détourné son attention à l'aide d'une autre Bombabouse, et Fred a pu ouvrir le tiroir et récupérer ce précieux artefact.
- Filch s'en est rendu compte ? demanda Megan.
- Pas que je sache, répondit George. De toute façon, je ne pense pas qu'il ait jamais su comment s'en servir. Il a dû se douter de quelque chose, puisqu'il l'a confisquée, mais il n'a jamais dû connaître son véritable potentiel.
- Il faut une baguette pour la déverrouiller, commenta Fred. Et puis il nous a fallu plusieurs mois pour trouver la formule. Heureusement, la carte nous a aidés : un jour, on rigolait entre nous, la carte était posée sur la table pas loin de nous en attendant qu'on perce son mystère, et dans la conversation l'un de nous a dit quelque chose qui s'approchait de la formule de déverrouillage, et la carte s'est mise à frétiller. Alors on a cherché d'autres phrases dans le même genre, et on a fini par trouver ! À vrai dire, je crois que les Maraudeurs ont ensorcelé le parchemin pour qu'il reconnaisse d'authentiques Maniganceurs de Mauvais Coups, ce qui nous a vraiment honorés. Et je ne doute pas qu'elle saura te reconnaître, toi aussi !
- C'est notre petit secret, ajouta George. Personne d'autre n'est au courant. Il faut dire que grâce à ce petit bijou, on a accès à tout un tas de secrets. Donc c'est important qu'après chaque utilisation, tu effaces bien la carte.
- Il suffit de lui donner un coup de baguette en prononçant la formule « Méfait accompli ».
- Bien noté, acquiesça Megan en s'installant confortablement sur le lit de Fred pour détailler la carte. Je n'arrive pas à croire que vous ayez ça depuis tout ce temps. C'est incroyable. Et ceux qui l'ont créée… de très, très bons sorciers. Surtout si le sortilège dure depuis longtemps ! Hermione serait épatée. Et épouvantée, ajouta la jeune fille avec un petit rire.
Elle suivit des yeux les aller-retours que faisait Filch dans le couloir où avait été retrouvée Miss Norris, espérant toujours y retrouver l'Héritier ou son monstre.
- Avec ça, on va pouvoir surveiller tout le monde ! Vous avez regardé si la Chambre des secrets est indiquée dessus ? s'exclama-t-elle en fouillant des yeux les innombrables salles, couloirs, recoins et tours qui s'étalaient sous ses yeux, parmi lesquels déambulaient les points.
- Évidemment, acquiesça George. Mais on ne l'a trouvée nulle part. Je ne pense pas que les Maraudeurs la connaissaient.
- D'accord. Donc à partir de maintenant, il va falloir la surveiller aussi souvent que possible, jusqu'à repérer quelqu'un qui aurait une attitude anormale, ou qui disparaîtrait dans une pièce invisible.
Ce qui allait s'avérer beaucoup plus difficile que ne le réalisait Megan.
