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LE CLUB DE DUEL
Malgré une surveillance intensive de la carte du Maraudeur à toutes les occasions qu'elle parvint à saisir, Megan ne parvint pour le moment qu'à établir qui sortait et couchait avec qui. Frustrée, elle suivait souvent Draco du regard, mais celui-ci ne sortait pas souvent de la salle commune de Serpentard en dehors des heures de cours. Avec Fred et George, ils avaient établi que la Chambre des secrets ne devait pas être accessible depuis cette salle car elle aurait été trop aisée à retrouver, et ils continuaient péniblement à fouiller du regard les méandres du château.
La semaine qui suivit, Megan, Ron, Hermione et Potter traversaient le hall d'entrée lorsqu'ils virent un groupe d'élèves rassemblés autour du tableau d'affichage. Un morceau de parchemin venait juste d'y être épinglé. Seamus Finnigan et Dean Thomas, visiblement surexcités, leur firent signe d'approcher.
- Ils ont ouvert un club de duel ! annonça Finnigan. Première séance ce soir ! Apprendre à se battre en duel, ça peut être utile par les temps qui courent...
- Tu crois que le monstre de Serpentard est du genre à se battre en duel ? répliqua Megan.
Mais elle lut quand même l'annonce avec intérêt. Elle qui adorait se battre, elle allait être servie. De plus, ce serait l'occasion d'expérimenter sur une victime plus ou moins consentante quelques-unes de ses nouvelles capacités magiques.
- C'est vrai, ça peut servir, dit Ron à ses amis. On y va ?
Les autres étaient d'accord et à huit heures ce soir-là, après le dîner, ils se hâtèrent de retourner dans le Grande Salle. Les longues tables avaient disparu et une estrade dorée avait été installée contre le mur, éclairée par des milliers de chandelles qui flottaient dans l'air. Sous le plafond qu'on aurait dit tendu de velours noir, la quasi-totalité des élèves s'était rassemblée, la baguette à la main et l'air surexcité.
- Je me demande qui va être le prof, dit Hermione. Quelqu'un m'a dit que Flitwick était un champion de duel quand il était jeune. Ce sera peut-être lui.
- Du moment que ce n'est pas... commença Potter, mais il s'interrompit dans un grognement.
Gilderoy Lockhart venait d'apparaître sur l'estrade, vêtu d'une robe violette élégante, et accompagné de Snape toujours habillé de noir, comme à son habitude. Lockhart agita la main pour demander le silence. Megan n'arrivait pas à croire qu'elle allait devoir écouter cet énergumène essayer de lui apprendre tout ce qu'elle savait déjà mieux que lui.
- Approchez-vous, approchez-vous ! Tout le monde me voit ? Tout le monde m'entend ? Parfait ! Le professeur Dumbledore m'a donné l'autorisation d'ouvrir ce petit club de duel pour vous enseigner des méthodes de défense au cas où vous auriez besoin de faire face à une agression quelconque, comme cela m'est arrivé d'innombrables fois. Pour plus amples détails, je vous renvoie à la collection complète de mes livres.
Megan leva les yeux au ciel. Se servir d'un contexte d'attaques dans un collège pour faire la promotion des farces qu'il avait écrites.
- Je vais maintenant vous présenter mon assistant, le professeur Snape, poursuivit Lockhart avec un sourire éclatant. Il m'a dit qu'il avait lui-même quelques notions en matière de duel et il a très sportivement accepté de me servir de partenaire pour vous faire une petite démonstration en guise de préambule. Mais ne vous inquiétez pas, votre maître des potions sera toujours en état de vous faire cours quand j'en aurai fini avec lui. Aucun danger !
Snape eut un rictus et Megan espéra qu'il lancerait à Lockhart un sort assez puissant pour l'envoyer à Ste Mangouste pour les cinq prochaines années.
Lockhart et Snape se placèrent face à face et se saluèrent. Lockhart s'inclina en faisant de grands moulinets avec ses mains tandis que Snape se contentait d'un signe de tête agacé. Ils levèrent alors leurs baguettes magiques comme des épées.
- Comme vous le voyez, nous tenons nos baguettes dans la position de combat réglementaire, dit Lockhart à la foule des spectateurs silencieux. Lorsque nous aurons compté trois, nous jetterons le premier sort. Bien entendu, ni l'un ni l'autre ne cherchera à tuer l'adversaire.
- Je n'en suis pas si sûr, murmura Potter en voyant Snape montrer les dents.
- Un... Deux... Trois...
Tous deux brandirent leur baguette par-dessus leur épaule.
- Expelliarmus ! s'écria Snape.
Il y eut un éclair aveuglant de lumière rouge et, de manière surprenante, Lockhart fut soulevé du sol puis violemment projeté à bas de l'estrade contre le mur du fond. Le dos contre la pierre, il glissa lentement et s'affala par terre. Draco et quelques autres élèves de Serpentard applaudirent bruyamment. Megan avait un sourire aussi féroce que celui de Snape et était impressionnée de voir que ce simple sortilège avait eu un effet aussi puissant. Quant à Hermione, elle avait l'air dans ses petits souliers.
- Tu crois qu'il est blessé ? demanda-t-elle d'une voix aiguë.
- Quelle importance ? répondirent en chœur Megan, Ron et Potter.
Lockhart se releva tant bien que mal. Son chapeau était tombé par terre et ses cheveux ondulés s'étaient dressés sur sa tête.
- Et voilà, excellente démonstration ! dit-il en remontant sur l'estrade d'un pas mal assuré. Il s'agit là d'un Sortilège de Désarmement. Comme vous le voyez, j'ai perdu ma baguette – ah, merci beaucoup, Miss Brown. C'était une excellente idée de leur montrer ça, professeur Snape, mais sans vouloir vous offenser, j'avais tout de suite deviné ce que vous aviez en tête, c'était évident. Et si j'avais voulu vous en empêcher, je n'aurais eu aucun mal à le faire. Mais j'ai pensé que cette petite démonstration serait très instructive.
Snape lui lança un regard assassin que Lockhart avait dû voir, car il annonça :
- Le spectacle est terminé ! À vous de jouer, maintenant ! Je vais passer parmi vous pour vous mettre deux par deux. Professeur Snape, si vous voulez bien m'aider...
Tous deux descendirent de l'estrade et répartirent les élèves par équipes de deux. Lockhart mit ensemble Longbottom et Justin Finch-Fletchey, et ce fut Snape qui s'occupa de Ron et Potter.
- C'est le moment de séparer la vieille équipe, dit-il d'un air narquois. Weasley, vous vous mettrez avec Finnigan. Potter...
Potter se tourna tout naturellement vers Hermione.
- Non, je ne vois pas les choses comme ça, dit Snape avec un sourire glacial. Mr Malfoy, venez ici, s'il vous plaît. On va voir ce que vous allez faire du célèbre Potter. Vous, Miss Granger, vous ferez équipe avec Miss Bulstrode et Miss Buckley avec Miss Parkinson.
- On va s'amuser, sourit Megan, le regard assassin.
Elle avait attendu une occasion de régler son compte à l'amie de Draco depuis le début de l'année passée. En voyant son regard, l'air goguenard de Parkinson disparut aussitôt. De leur côté, Draco avait un sourire ironique et Hermione faisait face à une grande fille aux épaules carrées et à la mâchoire proéminente, la douce Millicent Bulstrode.
- Mettez-vous face à face ! dit Lockhart qui était remonté sur l'estrade. Et n'oubliez pas de saluer !
Ni Parkinson ni Megan ne bougèrent. La première semblait plutôt chercher une échappatoire autour d'elle tandis que la seconde réfléchissait au maléfice le plus approprié à son aversion pour son adversaire.
- Attention, levez vos baguettes ! cria Lockhart. À trois, jetez un sort pour désarmer votre adversaire, je dis bien pour désarmer. Nous ne voulons pas d'accident. Un... Deux... Trois...
- Flipendo ! s'exclama Megan avant que Parkinson ait pu ouvrir la bouche.
Celle-ci se retrouva assommée l'espace de quelques secondes et n'eut pas le temps de riposter. Megan profita de la faiblesse de son adversaire pour lancer un autre sort :
- Furunculus !
D'immondes furoncles violacés se mirent à pousser sur la peau de Parkinson. Alors qu'elle ouvrait la bouche pour riposter, Megan fendit l'air de sa baguette et du sang jaillit de la lèvre entaillée de Parkinson.
- Expelliarmus ! beugla la Serpentard pour tenter d'arrêter Megan.
Mais cette dernière évita l'éclair rouge et riposta aussitôt :
- Bloclang !
Soudain muette, la langue collée au palais, Parkinson ne pouvait plus prononcer de formule. Ce maléfice, que Kevan avait enseigné à Megan, s'était donc révélé fort utile.
- Stop ! Ça suffit ! cria Lockhart.
Megan se retourna pour regarder autour d'elle, indifférente à Parkinson qui, pleurait, incapable de parler, la lèvre ensanglantée et le corps couvert de furoncles.
- Finite Incantatem ! s'exclama Snape en pointant sa baguette vers Draco et Potter.
Le premier, qui était agité d'un rire sonore et visiblement douloureux, se tut, et les jambes du second s'arrêtèrent de danser. Profitant du nuage de fumée verdâtre qui flottait au-dessus de l'estrade, Parkinson fuit la Grande Salle aussi vite que le lui permettait son corps abimé. Longbottom et Finch‑Fletchey étaient allongés par terre, hors d'haleine. Ron soutenait un Finnigan livide en s'excusant des dégâts qu'avait faits sa baguette cassée. Hermione et Bulstrode, en revanche, étaient toujours en pleine action, mais leurs baguettes abandonnées sur le sol ne leur servaient plus à rien : elles se battaient à mains nues. Bulstrode avait coincé sous son bras la tête d'Hermione qui gémissait de douleur. Potter se précipita mais il eut du mal à libérer son amie de sa partenaire qui était beaucoup plus grande que lui.
- Hou là, là ! s'exclama Lockhart en observant le résultat des affrontements. Je crois que je ferais mieux de vous apprendre à neutraliser les mauvais sorts. Prenons deux volontaires, Longbottom et Finch‑Fletchey, par exemple...
- Très mauvaise idée, professeur Lockhart, coupa Snape. Longbottom sème la désolation chaque fois qu'il essaye de jeter le moindre sort. Il ne resterait plus grand-chose de Finch-Fletchey après ça ! Pourquoi pas Malfoy et Potter ? proposa Snape avec un sourire perfide.
- Excellente idée ! approuva Lockhart. Venez là, tous les deux. Harry, quand Draco pointera sa baguette sur toi, tu feras ça.
Il leva sa propre baguette, exécuta quelques gestes compliqués et la laissa tomber par terre. Snape eut un sourire narquois tandis que Lockhart se dépêchait de ramasser sa baguette magique.
- Holà ! Ma baguette est un peu énervée, ce soir ! dit-il.
Snape s'approcha de Draco et lui chuchota quelque chose à l'oreille. Draco sourit à son tour. Potter leva alors les yeux vers Lockhart d'un air inquiet sous le regard ravi de Megan.
- Professeur, pourriez-vous me montrer encore une fois comment bloquer un mauvais sort ?
- On a peur ? murmura Draco.
- Ça te plairait bien, lança Potter du coin des lèvres.
- Fais comme je t'ai dit, Harry, répondit Lockhart en lui donnant une tape amicale sur l'épaule.
- Il faut que je laisse tomber ma baguette ?
Mais Lockhart ne l'écoutait pas.
- Trois... Deux... Un... Allez-y ! s'écria-t-il.
Draco leva aussitôt sa baguette magique et s'exclama :
- Serpensortia!
L'extrémité de sa baguette explosa et en jaillit un long serpent noir qui tomba sur le sol et se dressa, prêt à mordre. La foule des élèves recula aussitôt en poussant des cris de terreur. Megan ne connaissait pas ce sort et contemplait l'animal d'un air intéressé. Il avait l'air parfaitement réel, Draco avait bien travaillé.
- Ne bougez pas, Potter, dit tranquillement Snape, visiblement ravi de voir le garçon immobile face au serpent furieux. Je vais vous en débarrasser...
- Je m'en occupe, dit Lockhart.
Il pointa sa baguette sur le serpent. Une explosion retentit. Mais, sans surprise, au lieu de disparaître, le reptile fut projeté dans les airs et retomba un peu plus loin avec un grand bruit. Fou de rage, sifflant comme un furieux, le serpent se tortilla en direction de Justin Finch-Fletchey et se dressa à nouveau en découvrant ses crochets, prêt à mordre. Potter s'avança alors vers le reptile et lui cria en Fourchelang :
- Laisse-le tranquille !
Aussitôt, le serpent retomba alors sur le sol, aussi docile qu'un tuyau d'arrosage, les yeux tournés vers Potter. Finch-Fletchey avait l'air furieux et effrayé à la fois. Megan était furieuse : Potter parlait lui aussi la langue des serpents !
- À quoi tu joues ? lança Finch-Fletchey.
Et avant que Potter ait pu dire quoi que ce soit, il tourna les talons et s'enfuit de la salle à toutes jambes. Snape s'avança, agita sa baguette et le serpent disparut dans une bouffée de fumée noire. Lui aussi observait Potter d'un air rusé et calculateur. Et tout autour du garçon, un murmure montait parmi les élèves.
Ron tira son ami par la manche et l'entraina hors de la Grande Salle, suivi par Hermione qui les accompagnait en marchant à côté d'eux à petits pas pressés, et de Megan qui jetait des regards assassins à tout le monde autour d'elle. À mesure qu'ils avançaient, les autres élèves s'écartaient sur leur passage comme s'ils avaient peur d'attraper une maladie. Aucun ne parla jusqu'à ce qu'ils aient regagné la salle commune de Gryffondor, encore déserte. Ron poussa alors Potter dans un fauteuil.
- Fourchelang, lâcha Megan.
- Tu es un Fourchelang, répéta Ron. Tu ne nous l'avais jamais dit.
- Je suis un quoi ? s'étonna Potter.
- Un Fourchelang ! insista Ron. Tu parles le langage des serpents !
- Je sais, dit Potter. C'est la deuxième fois que ça m'arrive. Un jour, au zoo, j'ai fait sortir un boa constrictor de sa cage sans le faire exprès et il a failli attaquer mon cousin Dudley. C'est une longue histoire. Le boa m'a dit qu'il n'avait jamais vu le Brésil et je l'ai libéré sans même m'en rendre compte. À l'époque, je ne savais pas encore que j'étais un sorcier...
- Un boa constrictor t'a dit qu'il n'avait jamais vu le Brésil ? répéta Ron d'une voix faible.
- Et alors ? dit Potter. Il y a sûrement des tas de gens qui peuvent en faire autant, ici.
- Oh, non, certainement pas, répliqua Megan d'un ton sec.
Elle qui pensait être la seule élève de Poudlard dotée de cette aptitude, elle était furieuse.
- Ce n'est pas un don très répandu, expliqua Ron. Harry, il faut que tu le saches, c'est une très mauvaise chose...
Et c'était ce qui plaisait à Megan.
- Qu'est-ce qu'il y a de mauvais là-dedans ? demanda Potter qui commençait à s'énerver. Qu'est-ce qui vous prend ?
- Les autres ne pouvaient pas deviner que tu as dit au serpent de ne pas attaquer Finch-Fletchey, lui lança Megan d'un ton accusateur.
- C'est ce que tu lui as dit ? demanda Ron.
- Bien sûr, vous étiez là, vous m'avez entendu, non ?
- Je t'ai entendu parler Fourchelang, dit Ron, la langue des serpents. Tu aurais pu raconter n'importe quoi, personne n'y aurait rien compris. Pas étonnant que Justin ait paniqué, on aurait dit que tu encourageais le serpent à l'attaquer. C'était vraiment effrayant...
Potter le regarda bouche bée.
- J'ai parlé une autre langue ? Je ne m'en suis pas rendu compte... Comment pourrais-je parler une autre langue sans m'en apercevoir ? Comment – Meganna.
- Quoi ? aboya la jeune fille.
- Comment... comment est-ce que tu sais que j'ai dit au serpent de ne pas attaquer Justin ?
Megan se figea, réalisant soudain qu'elle avait laissé échapper quelque chose qu'elle aurait dû garder pour elle.
- Tu... tu es aussi..., bégaya Hermione.
- Oui, lâcha Megan, furieuse contre elle-même. Je suis aussi une Fourchelang.
- Comment tu as pu nous cacher ça ? S'écria Ron. Toi, tu sais ce que ça veut vraiment dire !
- Vous n'aviez pas besoin de le savoir !
Ron secoua la tête. Hermione et lui faisaient une tête d'enterrement. Potter, pourtant, ne semblait pas comprendre l'importance des révélations que lui et Megan venaient de faire.
- Pourquoi est-ce que vous nous traitez comme des dangereux criminels, tous les deux ? Vous pouvez m'expliquer ce qu'il y a de mal à empêcher un gros serpent répugnant d'arracher la tête de Justin ? Quelle importance que je l'aie fait comme ça ou autrement ? Vous auriez préféré que Justin finisse au club des Chasseurs sans Tête ?
- Justement, ça a de l'importance, dit Hermione, qui parla enfin d'une voix sourde. Tout simplement parce que la célébrité de Salazar Serpentard vient du pouvoir qu'il avait de parler aux serpents. C'est pour ça que la maison des Serpentard est symbolisée par un serpent.
Potter resta bouche bée. Megan était justement très fière de ce don jusque-là, jusqu'à ce qu'il soit un point commun supplémentaire avec Potter.
- Exactement, dit Ron. Et maintenant, tout le monde va croire que tu es son arrière-arrière-arrière-arrière-petit-fils... Au moins, personne d'autre ne sait que c'est aussi le cas de Megan...
À part Draco.
- Mais c'est faux ! protesta Potter, soudain paniqué. Je n'ai aucun lien avec Salazar Serpentard !
- Tu auras du mal à le prouver, dit Hermione. Il a vécu il y a environ mille ans. Pour ce qu'on en sait, l'un comme l'autre, vous pourriez très bien être son descendant..., ajouta-t-elle en se tournant également vers Megan.
- Et il n'y a aucune trace de sa descendance, dans aucun écrit historique, compléta Megan. Sauf que c'est très facile de faire des recherches sur les Buckley ou les Potter, on fait tous les deux parties de grandes familles de sorciers, et on n'est pas plus apparentés à Serpentard que les Weasley.
- Mais personne ne fera vraiment l'effort de chercher, insista Hermione. Megan, il faut vraiment que tu gardes le secret. Et toi, Harry… Oh je suis tellement désolée, tout le monde va croire que c'est toi, l'Héritier.
Le lendemain, la neige s'était transformée en un blizzard si épais que le dernier cours de botanique du trimestre fut annulé. Le professeur Sprout voulait mettre des chaussettes et des écharpes aux racines de Mandragores, une opération délicate qu'elle ne pouvait confier à quiconque d'autre, à présent que les Mandragores étaient devenues indispensables pour ramener Mrs Norris et Colin Creevey à la vie. Megan avait entendu dire que le père du garçon, un Moldu, n'avait pas pu venir à Poudlard se rendre au chevet de son fils pétrifié en raison de l'ampleur des sortilèges de protection autour du château et du risque pour sa propre vie. Mr Creevey devait être particulièrement effrayé, d'autant qu'il était particulièrement démuni face à la situation de Colin. Ne disposant d'aucun moyen magique propre, il ne pouvait qu'attendre et faire confiance à Poudlard pour qu'ils sauvent son fils, alors même que la créature qui l'avait attaqué rôdait toujours.
Megan avait toujours été sensible aux drames familiaux, et peut-être cette situation l'avait-elle affectée plus qu'elle ne s'en apercevait. Elle avait passé une nuit épouvantable pendant laquelle elle n'avait cessé de voir ses parents pétrifiés, puis de courir derrière une réplique miniature de Salazar Serpentard à qui elle répétait inlassablement qu'elle n'était pas une Sang-de-Bourbe et que ses parents, eux, méritaient de vivre. Lorsqu'elle s'était réveillée pour de bon le matin, elle avait pris la décision d'avouer à son tour un secret aux jumeaux, étreinte d'un besoin irrépressible de raconter la vérité à quelqu'un. Elle se leva avant Hermione et prit tout de suite la direction des dortoirs des garçons. Lorsqu'elle entra dans celui des jumeaux, le lit de Lee était vide, et Merry Kallas sursauta en la voyant entrer. Simplement vêtu d'un caleçon vert à pois, il s'empressa d'attraper sa robe de sorcier pour se cacher derrière elle.
- Il faut que je parle à Fred et George, lui annonça-t-elle, indifférente.
Les intéressés semblaient aussi surpris que leur camarade de chambre.
- Ça peut sûrement attendre ! protesta Kallas.
- Non.
Le garçon leva les yeux vers les jumeaux Weasley en quête de soutien, mais ceux-ci secouèrent la tête. Le visage rouge, Kallas s'empressa d'enfiler sa robe et de quitter le dortoir.
- Qu'est-ce qui t'arrive, Meggie ? s'enquit Fred.
- Mes parents sont morts, le jour de mon anniversaire, il y a six ans, débita-t-elle sans introduction dès que la porte du dortoir se fut refermée, le dos appuyé contre le battant. C'étaient des Mangemorts, mais ils avaient voulu se retourner contre Voldemort (les jumeaux tressaillirent en entendant le nom maudit) alors il a ordonné leur exécution.
- Tes p-
- Ne m'interromps pas, George, le coupa sèchement Megan.
Un silence s'installa entre les frères Weasley, bouche bée. La jeune fille prit une profonde inspiration et poursuivit son récit.
- Dumbledore m'a confiée à un couple de Cracmols, Emily et Roger Boyd. On vit dans le Wiltshire. Mais ce n'est pas vraiment ma famille. Les Malfoy ont toujours été ma seconde famille. Dès que j'ai rencontré Draco, j'ai passé plus de temps chez lui que chez les Boyd, c'est avec lui que j'ai grandi. Draco était mon meilleur ami. Mais quand on est arrivés à Poudlard, j'ai été répartie à Gryffondor alors que j'étais certaine que le Choixpeau m'enverrait à Serpentard. Lucius n'a pas réussi à faire plier Dumbledore, alors ils se sont détournés de moi. Draco me déteste d'être devenue amie avec des Weasley et d'être dans l'entourage de Potter. Aujourd'hui il ose à peine me parler ou me regarder, et je n'ai plus vu les Malfoy – ou presque.
Fred et George semblaient avoir perdu l'usage de la parole. Pour la première fois depuis qu'elle les connaissait, ils n'avaient rien à dire. S'ils avaient pu observer qu'elle était arrivée à Poudlard avec Draco, jamais ils n'auraient soupçonné toute son histoire.
- Ah oui, et je suis une Fourchelang, moi aussi, crut-elle utile de préciser.
La bouche de Fred s'ouvrit deux fois avant qu'un son ne parvienne à en sortir.
- Est-ce que t- tu es … le…
- L'héritier de Serpentard ? compléta Megan avec un sourire en coin. Non. Je n'ai pas de lien familial avec lui, autant que j'en sache. Et je suis certaine que ce n'est pas moi qui ai agressé Mrs Norris et Creevey – même si l'envie m'avait déjà prise plusieurs fois avant ça.
- Ce n'est pas Malfoy non plus ? s'enquit George.
- Non plus. Je ne sais vraiment pas qui c'est, mais je vais continuer de chercher.
Il y eut un nouveau silence.
- Pourquoi tu nous as raconté tout ça ? lui demanda Fred.
Megan hésita sur la réponse à apporter.
- Je crois que j'avais envie que quelqu'un d'autre connaisse toute l'histoire. Je n'en ai parlé à personne, pas même à Ron ou à Hermione. Ils ne comprendraient pas.
- Mais nous, oui ?
- Ce n'est pas le cas ?
Fred et George se regardèrent. Si, c'était le cas. Ils ne la jugeaient pas.
- Gardez ça pour vous, c'est compris ?
- Évidemment, acquiesça George. Mais il faudra que tu nous expliques ce que tu peux bien trouver à Malfoy. C'est une vermine arrogante.
Megan se mordit les lèvres pour ne pas renvoyer son ami dans ses buts pour avoir ainsi parlé de Draco.
- Tu as raison, admit-elle finalement. Mais vous ne connaissez que ça, sa façon de se comporter comme Lucius. Mais je connais d'autres facettes de sa personnalité, celles qu'il ne montre qu'avec certains de ses amis.
- Si tu le dis…
Megan répondit à quelques questions des jumeaux quant à ses souvenirs de ses parents, son enfance avant leur meurtre, la vie avec Emily et Roger, puis Lee arriva dans le dortoir et ils changèrent aussitôt de sujet. Megan ressentit une certaine tension entre les jumeaux et leur meilleur ami qu'elle ne s'expliquait toujours pas, malgré le fait que tous trois se soient réconciliés après la victoire de Gryffondor. Mais lorsqu'ils engagèrent un débat autour des réelles facultés magiques de Gilderoy Lockhart, l'hilarité vint aussitôt détendre l'atmosphère.
