12
LE POLYNECTAR
Megan avait un cours de métamorphose qui allait bientôt démarrer. Peu désireuse d'arriver en retard, elle prit congé des garçons, récupéra son sac dans sa chambre et prit la direction de la salle de classe. Alors qu'elle quittait tout juste la salle commune de Gryffondor, des murmures paniqués et des sanglots de tous côtés attirèrent son attention.
- Megan !
Elle se retourna et vit Hermione et Ron arriver vers elle en courant.
- Qu'est-ce qu'il s'est passé ? s'enquit-elle. Une nouvelle agression ?
- C'est Justin Finch-Fletchey, répondit Hermione, le visage tordu d'inquiétude. Et Nick‑Quasi‑Sans‑Tête.
- Nick ? répéta Megan en haussant les sourcils.
- Ils ont été pétrifiés ! glapit Ron. Et c'est Harry qui les a trouvés !
- Un fantôme… ?
Cette fois elle était déroutée. Comment pouvait-on attaquer un fantôme et le pétrifier ? Quelle créature avait le pouvoir de s'en prendre à quelqu'un qui était déjà mort ?
Dans les jours qui suivirent, cette double agression transforma le sentiment de malaise qui régnait déjà en une saine panique. Il y eut une véritable ruée sur les réservations du Poudlard Express qui devait ramener les élèves chez eux pour les vacances de Noël. Megan n'aurait pas été étonnée que la moitié d'entre eux au moins ne revienne pas à la rentrée. Quels parents responsables renverraient leurs enfants dans une école où ils pouvaient à tout moment être pétrifiés ? D'autant que la direction n'avait toujours pris aucune mesure pour faire face à la situation alarmante.
- À ce rythme-là, il ne restera bientôt plus que nous, dit Ron à Megan, Hermione et Potter. Nous, Malfoy, Crabbe et Goyle. Joyeuses vacances en perspective !
Les deux gorilles, qui faisaient toujours la même chose que Draco, avaient inscrit leurs noms dans la liste des élèves qui souhaitaient rester au château pour les vacances. Megan n'était pas réjouie de savoir que Draco restait dans les murs de l'école, elle qui aurait préféré ne plus avoir à penser à lui. Mais cela facilitait la tâche qu'ils devraient accomplir à l'aide du Polynectar. Bientôt, Ron, Hermione et Potter devraient admettre que l'héritier de Serpentard était encore inconnu.
Aux yeux de la grande majorité de l'école, l'héritier n'était évidemment autre que Potter. Celui-ci en semblait agacé, mais pas autant que Megan, qui trouvait cette idée ridicule et n'y voyait qu'un nouveau moyen qu'avait trouvé Potter pour attirer l'attention. Fred et George étaient les seuls à trouver la situation très drôle. Souvent, ils s'amusaient à précéder Potter lorsqu'il marchait dans les couloirs, en criant : « Faites place à l'héritier de Serpentard ! Attention, sorcier très dangereux ! » Percy, bien sûr, désapprouvait fermement leur conduite.
- Ce n'est pas un sujet de plaisanterie, disait-il avec froideur.
- Dégage, Percy, répliquait Fred. Harry est pressé.
- Il doit se rendre dans la Chambre des Secrets pour y prendre le thé avec son serpent préféré, ajoutait George.
Ginny non plus ne goûtait pas la plaisanterie.
- Arrêtez ! gémissait-elle lorsque Fred demandait à Potter d'une voix sonore à qui il comptait s'en prendre la prochaine fois, ou que George faisait semblant de vouloir écarter Potter en brandissant une grosse tête d'ail.
Fred et George tournaient en ridicule la rumeur selon laquelle Potter serait l'héritier, mais leurs farces répétées exaspéraient Draco qui se montrait chaque fois un peu plus irrité.
- C'est parce qu'il brûle de dire que c'est lui, l'héritier, dit Ron d'un air entendu. Tu sais à quel point il a horreur que quelqu'un le surpasse en quoi que ce soit et comme c'est à toi qu'on attribue ses horreurs...
- Ça ne durera pas longtemps, assura Hermione d'un ton satisfait. Le Polynectar est presque prêt. On va très bientôt faire avouer la vérité à Malfoy.
Megan la fusilla du regard. Elle ne s'amusait pas des plaisanteries des jumeaux et en avait marre d'entendre ses amis accuser Draco, d'autant que les conséquences pour le véritable coupable, lorsqu'il aura été identifié, allaient être terribles. Il était certain qu'un aller simple pour Azkaban était à la clef.
Le trimestre se termina enfin et un silence aussi épais que la neige qui recouvrait le sol s'abattit sur le château. Megan y trouva un certain confort : les Weasley, Hermione, Potter et lui avaient la tour de Gryffondor pour eux seuls et pouvaient faire ce qu'ils voulaient – y compris du bruit – sans déranger personne. Fred, George et Ginny avaient choisi de rester à l'école plutôt que d'aller voir Bill en Égypte en compagnie d'Arthur et Molly – au grand soulagement financier de leurs parents, qui ne s'inquiétaient pas du sort de leurs enfants Sang-Pur. Percy, lui, ne passait guère de temps dans la salle commune de Gryffondor. Il avait expliqué d'un air solennel qu'il préférait demeurer au château pendant les vacances parce qu'il était de son devoir, en tant que préfet, d'apporter son soutien aux professeurs pendant cette période troublée. En vérité, Megan avait constaté grâce à la carte du Maraudeur qu'il passait surtout beaucoup de temps très proche de la préfète de Serdaigle.
Le matin de Noël, froid et blanchi par la neige, Megan et Hermione se levèrent avec le soleil. Il y avait une pile de cadeaux au pied de leurs lits qu'elles s'empressèrent d'ouvrir. Emily et Roger avaient envoyé à Megan un sac en bandoulière que la jeune fille trouva, malgré elle, plaisant. Mais la carte qui l'accompagnait agaça la jeune fille qui passa aux cadeaux suivants : le pull traditionnel de Molly, une boîte de bonbons de chez Honeydukes de la part de Lee… avec les années, Megan avait de plus en plus de cadeaux. Mais cette fois-ci, il n'y avait aucun présent de la part de Draco. La page était définitivement tournée.
- Joyeux Noël, Megan ! dit joyeusement Hermione en lui tendant son cadeau.
Comme chaque année, elle lui avait offert un livre : L'Histoire de la magie moderne. Quant à Megan, fidèle elle aussi à cette tradition, elle avait trouvé pour sa meilleure amie un bel exemplaire de Sorts et enchantements anciens et oubliés.
- Ça va être fascinant ! se réjouit Hermione.
Une fois leurs cadeaux déballés, les jeunes filles s'habillèrent et filèrent au deuxième étage s'enfermer dans les toilettes hantées par Mimi Geignarde. Ce matin-là, le fantôme s'avéra particulièrement grincheux et ne cessa de se lamenter dans la cabine voisine tandis que Megan ajoutait à la potion son dernier ingrédient.
- Et voilà, annonça-t-elle fièrement. Le Polynectar est prêt. Vous allez enfin arrêter de tourner en boucle sur Draco.
- On va prévenir les garçons, dit aussitôt Hermione.
Elles arrivèrent en trombe dans le dortoir où Ron et Potter étaient désormais seuls.
- Debout ! lança Megan d'une voix forte en tirant les rideaux de la fenêtre.
- Megan, tu n'as rien à faire ici, c'est réservé aux garçons ! protesta Ron, une main sur les yeux pour se protéger de la lumière du jour.
- Toi aussi, joyeux Noël ! répondit Hermione en lui jetant le cadeau qu'elle lui avait apporté. Ça fait une heure qu'on est levées. On a rajouté des chrysopes dans la potion. Elle est prête, maintenant.
Potter se redressa, complètement réveillé.
- Tu es sûre ?
- Absolument certaine. On va pouvoir agir dès ce soir.
À ce moment, Hedwig s'engouffra par la fenêtre ouverte, un petit paquet dans le bec.
- Salut, dit joyeusement Potter tandis qu'elle se posait sur le lit. Tu n'es plus fâchée ?
Megan n'était pas au fait des chamailleries entre le garçon et sa chouette. L'animal mordilla affectueusement l'oreille de son maître, puis Ron et lui s'affairèrent à l'ouverture de leurs propres cadeaux. Megan jeta un coup d'œil intéressé au livre sur le Quidditch qu'avait offert Ron à Potter tandis qu'elle offrait à son meilleur ami un poster dédicacé des Canons de Chudley qu'elle s'était fait livrer quelques semaines plus tôt.
Le soir de Noël, la Grande Salle était magnifiquement décorée : en plus des sapins aux branches couvertes de givre et des guirlandes de gui et de houx qui se croisaient au-dessus des têtes, une neige magique, tiède et sèche, tombait du plafond. Personne ne semblait plus penser à l'héritier de Serpentard ni aux quatre victimes pétrifiées à l'infirmerie. Dumbledore chanta quelques cantiques repris par les élèves et par Hagrid dont la voix devenait de plus en plus tonitruante à mesure que baissait le niveau de son pichet de vin. La table de Serpentard était la plus remplie de la Grande Salle, les élèves de la maison verte n'étant pas le moins du monde inquiétés par les attaques. Megan choisit de s'asseoir dos à Draco pour ne pas être tentée de l'observer pendant tout le repas. Elle constata cependant que Parkinson, qu'elle n'avait plus vue depuis le désastreux épisode du club de duel, avait repris une apparence normale.
Ron et Potter avaient à peine fini leur troisième morceau de gâteau que Megan et Hermione les entraînèrent hors de la salle pour mener à bien leur projet.
- Nous devons maintenant nous procurer un petit bout des quatre personnes dont nous allons prendre l'apparence, dit Hermione du ton le plus naturel, comme si elle s'apprêtait à les envoyer au supermarché acheter un paquet de lessive. Vous deux, vous vous transformerez en Crabbe et Goyle. Il faudra prélever quelque chose sur eux et s'assurer qu'ils ne débarqueront pas pendant que nous interrogerons Malfoy. On a déjà tout organisé, poursuivit-elle sans prêter attention à la mine stupéfaite de Ron et Potter.
Megan sortit alors de son sac deux gros gâteaux au chocolat.
- On y a ajouté une potion de sommeil, expliqua-t-elle. Arrangez-vous pour que Crabbe et Goyle trouvent les gâteaux sur leur chemin. Goinfres comme ils sont, ils vont se jeter dessus. Quand ils seront endormis, vous n'aurez plus qu'à leur arracher quelques cheveux. Ensuite vous les enfermerez dans un placard pour qu'ils ne puissent pas sortir à leur réveil.
Ron et Potter échangèrent un regard incrédule.
- Écoutez, je ne crois pas que...
- Tout ça pourrait tourner très mal...
Mais Hermione leur lança un regard glacé qui dut leur rappeler celui qu'avait parfois le professeur McGonagall.
- La potion n'aura aucun effet sans les cheveux de Crabbe et de Goyle, dit-elle d'un ton sévère. Vous voulez interroger Malfoy, oui ou non ?
- D'accord, d'accord, dit Potter. Mais vous, à qui est-ce que vous allez arracher les cheveux ?
- On a déjà ce qu'il faut, répondit Hermione en leur montrant un petit flacon qui contenait un unique cheveu. Vous vous souvenez de ma bagarre avec Millicent Bulstrode au club de duel ? Elle a laissé ça sur ma robe pendant qu'elle essayait de m'étrangler ! Et comme elle est repartie chez elle pour Noël, il me suffira de dire aux Serpentard que j'ai décidé de revenir.
- Et toi, Megan ? S'enquit Ron.
- J'ai discrètement et magiquement arraché des cheveux à Parkinson pendant le banquet, répondit‑elle en haussant les épaules. Je vous expliquerais bien comment faire, mais vous n'y arriveriez pas. Alors dépêchez-vous de filer.
Megan et Hermione retournèrent s'occuper du Polynectar tandis que Ron et Potter allaient remplir leur mission en traînant des pieds et maugréant. Le chaudron dégageait une épaisse fumée noire et des bulles explosaient avec bruit à la surface de la potion. Les filles fermèrent la cabine à clef et Hermione se plongea dans le livre de potions tandis que Megan remuait tranquillement le liquide repoussant.
- Tu as bien pensé à piler les chrysopes, n'est-ce pas ? s'enquit Hermione, inquiète.
- Oui, acquiesça Megan d'un ton léger.
- Et tu avais broyé la peau de serpent d'arbre du cap comme indiqué ?
- Oui, Granger. On a fait ça comme il fallait, pas de panique.
Les garçons revinrent rapidement dans les toilettes avec des chaussures de grande taille à la main.
- Alors, vous avez réussi ? demanda Hermione en ouvrant la porte de la cabine.
Potter leur montra les cheveux de Goyle.
- Très bien. Je suis allée prendre des robes plus grandes à la lingerie, dit Hermione en montrant un sac. Vous en aurez besoin quand vous aurez pris l'apparence de Crabbe et de Goyle.
Tous les quatre jetèrent ensuite un coup d'œil au chaudron. La potion ressemblait à présent à une sorte de vase épaisse qui bouillonnait paresseusement.
- Nous sommes certaines d'avoir tout fait comme il fallait, dit Hermione en relisant une dernière fois la recette du Polynectar. Tout se passe comme le dit le livre... Une fois que nous aurons bu la potion, nous disposerons d'exactement une heure avant de reprendre notre forme normale, d'après mes calculs.
- Et maintenant ? murmura Ron.
- On verse la potion dans quatre verres et on ajoute les cheveux.
À l'aide d'une louche, Megan versa généreusement le Polynectar dans les quatre récipients qu'elle avait préparés, puis elle laissa tomber dans l'un des verres les cheveux de Pansy Parkinson. Le liquide se mit à siffler comme une bouilloire et se couvrit d'écume. Un instant plus tard, il avait pris une couleur verdâtre franchement répugnante.
- Beurk ! De l'extrait de Pansy Parkinson, dit Ron en regardant la mixture d'un air dégoûté. Ça doit avoir un goût épouvantable.
- Ajoutez donc vos cheveux, qu'on voie ce que ça va faire, répliqua Megan.
Ron, Hermione et Potter prirent chacun un verre et y laissèrent tomber les cheveux de Crabbe, de Goyle et de Millicent Bulstrode. À nouveau, le liquide se mit à siffler et à écumer. Le verre de Goyle prit une couleur kaki, celui de Crabbe une teinte brunâtre semblable à de la boue et celui de Millicent Bulstrode devint jaunâtre.
- Attendez, dit Potter. On ferait mieux de ne pas boire ça ici. Quand on aura la taille de Crabbe, de Goyle et de Millicent Bulstrode, on ne tiendra plus à quatre dans cette cabine.
- Ça, c'est vrai, approuva Ron en ouvrant la porte. On n'a qu'à prendre chacun une cabine séparée.
- Prêts ? demanda Potter une fois qu'ils se furent séparés.
- Prêt ! lui répondirent Ron et Hermione dans leurs cabines respectives.
Megan se préparait psychologiquement à se transformer en l'ignoble Pansy Parkinson, en silence.
- Un... Deux... Trois...
Megan inspira profondément puis avala sa potion aussi rapidement que possible. Elle n'avait jamais mangé de viande de bouledogue, mais elle était certaine que son Polynectar en avait le goût.
Elle sentit aussitôt ses entrailles se tortiller comme si elle avait avalé des serpents vivants. La douleur lui fit monter les larmes aux yeux et elle plaqua une main sur la porte de la cabine pour ne pas tomber. Puis, très vite, une sensation de brûlure se répandit dans tout son corps, depuis son ventre jusqu'à l'extrémité de ses doigts et de ses orteils. Enfin, elle eut l'horrible impression de fondre comme du métal en fusion. Elle tremblait de tous ses membres, luttant contre la douleur. Elle se mit à rapetisser, ses cheveux raccourcirent et ses membres s'affinèrent. Elle sentait ses côtes saillantes et ses poignets osseux. Puis, soudain, la douleur disparut.
Haletante, flottant quelque peu dans sa robe trop grande, elle tendit l'oreille. Elle entendait Mimi Geignarde gargouiller tristement quelque part dans les toilettes et les souffles courts de ses camarades dans les cabines voisines.
Elle se changea rapidement pour enfiler la petite robe de Serpentard que lui avait trouvé Hermione puis chercha machinalement ses cheveux qui remontaient maintenant au-dessus de ses épaules. Le corps de Pansy Parkinson était fragile et maigre, elle se sentait faible et repoussante.
- Ça va, tous les trois ? appela la voix rauque de Goyle depuis une des cabines.
- Oui, grogna la voix de Crabbe dans la cabine d'à côté.
Il y eut des bruits de porte, Ron et Potter quittaient leurs cabines.
- C'est incroyable, dit la voix de Crabbe tandis que Megan rangeait sa robe dans son sac. Incroyable…
- Magique, précisa Megan d'un ton moqueur en poussant la porte de sa cabine.
Ron et Potter se retournèrent pour la regarder. Ils avaient l'air idiot. Ils ressemblaient exactement à Crabbe et Goyle.
- On ferait bien d'y aller, dit Potter. Il faut encore qu'on trouve la salle commune de Serpentard... J'espère qu'on tombera sur quelqu'un qui y va... qu'on puisse le suivre.
Ron le regarda attentivement.
- Tu ne peux pas savoir à quel point c'est bizarre de voir Goyle réfléchir, dit-il.
Il alla frapper à la porte de la cabine d'Hermione.
- Dépêche-toi, il est temps d'y aller...
- Finalement, je... je crois que je ne vais pas vous accompagner, répondit une petite voix aiguë. Allez-y sans moi.
- Hermione, on sait bien que Millicent Bulstrode est très laide, mais personne ne saura que c'est toi...
- Je crois vraiment qu'il vaut mieux que je reste ici. Dépêchez-vous, tous les trois, vous êtes en train de perdre du temps.
Décontenancé, Potter se tourna vers Megan et Ron sans comprendre.
- Cette fois-ci, tu as véritablement la tête de Goyle, dit Ron. Il a toujours cette expression-là quand un prof lui pose une question.
- Hermione, qu'est-ce qui ne va pas ? S'inquiéta Megan.
- Non, non, tout va très bien, allez-y...
Potter regarda sa montre. Le temps passait.
- On te retrouve ici, d'accord ? dit-il.
Après avoir vérifié qu'il n'y avait personne alentour, Megan, Ron et Potter sortirent des toilettes.
- Ne balance pas tes bras comme ça, murmura Megan à l'oreille de Ron. Crabbe a toujours les bras raides.
- Comme ça ?
- C'est déjà mieux.
Ils descendirent l'escalier de marbre. Ron et Potter cherchaient un élève de Serpentard qui les mèneraient jusqu'à leur salle commune, mais il n'y avait personne dans les environs. Bien que Megan sache parfaitement où se trouvait la salle commune pour y avoir attendu Draco l'an dernier et l'avoir souvent observée sur la carte du Maraudeur, elle n'était pas supposée révéler ce qu'elle savait aux deux autres. Cependant, ils perdaient un temps précieux.
- Vous avez une idée ? demanda Potter à voix basse.
- Par-là, dit Megan en montrant l'entrée des cachots.
- Comment tu le sais ? Demanda Potter, soupçonneux.
- Quand ils vont manger, les Serpentard viennent toujours de là, répliqua sèchement la jeune fille.
Au même instant, une fille aux longs cheveux bouclés remonta du sous-sol.
- Excuse-moi, dit Ron en se précipitant vers elle, on a oublié le mot de passe pour retourner dans notre salle commune.
- Pardon ? répondit sèchement la fille. Notre salle commune ? Moi, je suis chez les Serdaigle.
Et elle s'éloigna en leur jetant un regard soupçonneux par-dessus son épaule.
- Ne dis pas « excuse-moi », siffla Megan.
Ils descendirent précipitamment l'escalier plongé dans l'obscurité. Le labyrinthe des sous-sols était désert. Ils s'enfoncèrent de plus en plus loin dans les entrailles du château en jetant sans cesse des coups d'œil à leur montre pour voir combien de temps il leur restait avant de retrouver leur forme normale. Au bout d'un quart d'heure, alors que Ron et Potter commençaient à désespérer et que Megan hésitait à leur indiquer la route exacte, ils entendirent soudain un bruit de pas, un peu plus loin.
- Ha ! dit Ron. En voilà un !
Une silhouette venait de sortir d'un des cachots. Ils se hâtèrent dans sa direction mais s'aperçurent aussitôt que ce n'était pas un Serpentard. C'était Percy.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Ron, surpris.
Percy eut l'air offensé.
- Ça ne te regarde pas, répliqua-t-il sèchement. C'est Crabbe, ton nom, n'est-ce-pas ?
- Hein ? Heu, oui, oui... répondit Ron.
- Alors retournez dans votre dortoir, tous les trois, dit Percy d'un ton sévère. Ce n'est pas prudent de se promener dans des couloirs sombres, ces temps-ci.
- C'est pourtant ce que tu fais, remarqua Ron.
- Moi, c'est différent, répondit Percy en se rengorgeant, je suis préfet. Ce n'est pas moi qui risque de me faire attaquer.
Une voix retentit alors dans le dos de Megan, Ron et Potter. Une voix familière. Ils se retournèrent et virent Draco s'avancer vers eux.
- Vous voilà enfin, dit-il. Vous avez passé tout ce temps à vous goinfrer dans le Grande Salle ? Je vous ai cherchés partout, je voulais vous montrer quelque chose de très drôle. Tu pourras voir aussi si tu veux, Pansy.
Il lança à Percy un regard glacial.
- Et toi, Weasley, qu'est-ce que tu fais là ?
Percy sembla outragé.
- Tu ferais bien de montrer un peu plus de respect envers un préfet ! s'indigna-t-il. Je n'aime pas du tout ton attitude !
Draco eut un ricanement et fit signe à Megan, Ron et Potter de le suivre. Alors qu'elle avait l'apparence de Pansy Parkinson, Draco n'hésitait pas à regarder Megan, se comportait naturellement. Cette attitude avait terriblement manqué à la jeune fille.
- Ce Peter Weasley... commença Draco.
- Percy, corrigea Ron machinalement.
- Peu importe, le coupa Malfoy. J'ai remarqué qu'il rôdait beaucoup dans les couloirs, ces temps derniers. Et je sais bien ce qu'il mijote. Il est persuadé qu'il va réussir à attraper l'héritier de Serpentard à lui tout seul.
Il eut un petit rire méprisant et Megan ne put s'empêcher de rire elle aussi. Il était si naturel de plaisanter avec son ami.
Ron et Potter échangèrent un regard intéressé, mais Megan savait que ce n'était que le mépris pour les Weasley que Draco avait exprimé au sujet de Percy. Il s'arrêta alors devant un mur nu et humide.
- Qu'est-ce que c'est, déjà, le nouveau mot de passe ? demanda-t-il à Megan.
La jeune fille ouvrit la bouche pour répondre, réfléchissant aussi vite que possible à une réponse satisfaisante, mais elle n'eut pas le temps d'inventer quelque chose :
- Ah, ça y est, je me souviens, dit Draco. Sang-pur !
Salazar aurait été satisfait de ce choix.
La porte de pierre dissimulée dans le mur s'ouvrit aussitôt et Draco la franchit, Megan, Ron et Potter sur ses talons. La salle commune des Serpentard était une longue pièce souterraine aux murs et au plafond de pierre brute. Des lampes rondes, verdâtres, étaient suspendues à des chaînes et un feu brûlait dans une cheminée au manteau gravé de figures compliquées. Quelques élèves de Serpentard étaient assis près des flammes, dans des fauteuils ouvragés.
- Attendez-moi ici, dit Draco à ceux qu'il croyait être ses amis en leur montrant trois fauteuils vides à l'écart des autres. Je vais vous chercher ça. Mon père vient de me l'envoyer.
Ron et Potter s'assirent en s'efforçant d'avoir l'air parfaitement décontracté. Megan, elle, était parfaitement à son aise. C'était ici qu'elle aurait dû séjourner durant sept ans, ici qu'elle aurait dû partager de nombreux moments avec Draco. C'était ici qu'elle aurait dû se sentir chez elle.
Draco revint quelques instants plus tard. Il tenait à la main une coupure de journal qu'il colla sous le nez de Ron.
- Ça va vous faire rire, dit-il.
Megan vit Ron écarquiller les yeux de stupéfaction. Il lut rapidement la coupure, se força à rire et la tendit à ses amis. C'était un article découpé dans La Gazette du sorcier :
ENQUÊTE AU MINISTÈRE DE LA MAGIE
Arthur Weasley, directeur du Service des Détournements de l'Artisanat Moldu s'est vu infliger une amende de cinquante Gallions pour avoir ensorcelé une voiture moldue. Mr Lucius Malfoy, membre du conseil d'administration de l'école Poudlard, où la voiture ensorcelée a été accidentée il y a quelques mois, a demandé la démission de Mr Weasley. « Weasley a terni la réputation du ministère », a déclaré Mr Malfoy à notre reporter. « Il n'a aucune compétence pour rédiger des projets de lois et son ridicule Acte de Protection des Moldus devrait être immédiatement abandonné. »
Mr Weasley s'est refusé à tout commentaire. Son épouse a simplement déclaré à nos envoyés spéciaux qu'ils avaient « intérêt à décamper très vite » s'ils ne voulaient pas qu'elle lâche sur eux la goule de la famille.
- Alors ? dit Draco d'un air réjoui lorsque Megan lui rendit la coupure en s'efforçant de ne pas effleurer sa main. C'est drôle, non ?
- Ha ! Ha ! fit Potter d'un air sombre tandis que le visage de Megan se tordait à mi-chemin entre la grimace et le sourire.
Elle hésitait entre réagir en faveur d'Arthur et retrouver sa complicité d'autrefois avec Draco, ne serait-ce qu'une heure.
- Arthur Weasley aime tellement les Moldus qu'il ferait mieux de casser en deux sa baguette magique et d'aller vivre avec eux, dit Draco d'un air méprisant. On ne dirait vraiment pas que les Weasley ont le sang pur, quand on voit ce qu'ils font.
Le visage de Ron était crispé par la fureur.
- Qu'est-ce qui t'arrive, Crabbe ? demanda sèchement Draco.
- Mal à l'estomac, grogna Ron.
- Alors, va à l'infirmerie et donne un coup de pied de ma part à ces Sang de bourbe, ricana Draco. Ça m'étonne que la Gazette du Sorcier n'ait pas encore parlé de ces attaques, poursuivit-il d'un air songeur. Dumbledore doit faire tout ce qu'il peut pour étouffer l'affaire. Il va se faire renvoyer si ça continue. Mon père a toujours dit que la nomination de Dumbledore comme directeur est la pire chose qui soit jamais arrivée à cette école. Il adore les enfants de Moldus. Un directeur digne de ce nom n'aurait jamais admis ce rogaton de Creevey.
Draco fit semblant de prendre des photos avec un appareil imaginaire.
- Potter, je peux prendre ta photo, Potter ? dit-il en imitant Creevey avec un certain talent. Je peux avoir un autographe ? Je peux te lécher les chaussures, s'il te plaît, Potter ?
Megan éclata de rire. Draco regarda Ron et Potter d'un drôle d'air.
- Et alors, qu'est-ce qui vous arrive, tous les deux ?
Avec beaucoup de retard, Ron et Potter se forcèrent à rire, mais Draco parut satisfait : Crabbe et Goyle étaient toujours un peu lents à la détente.
- Saint Potter, l'ami des Sang de bourbe, dit lentement Draco. Encore un qui ne se conduit pas comme un vrai sorcier, sinon, il ne se traînerait pas tout le temps avec cette parvenue d'Hermione Granger. Une vraie Sang de bourbe, celle-là. Quand on pense qu'il y a des gens qui considèrent Potter comme l'héritier de Serpentard !
Megan entendit Potter et Ron retenir leur souffle, pensant que Draco était sur le point d'avouer que c'était lui. Quant à la jeune fille, elle avait grincé des dents en entendant la remarque quant à sa meilleure amie.
- Si seulement je savais qui c'est ! s'exclama alors Draco avec mauvaise humeur. Je pourrais l'aider.
Megan retint difficilement un sourire, mais Ron resta bouche bée, ce qui donna au visage de Crabbe un air encore plus abruti que d'habitude. Heureusement, Draco ne remarqua rien de particulier.
- Tu dois bien avoir une petite idée de qui est derrière tout ça ? risqua Potter.
- Tu sais bien que non, Goyle, combien de fois faudra-t-il que je te le répète ? Répliqua sèchement Draco. Si c'est un élève, ça ne pourrait être que Megan, mais elle est à Gryffondor alors il y a peu de chances. Et c'est une amie de Potter, Weasley et Granger, maintenant. Quel gâchis…
Megan ne broncha pas et ignora les regards obliques que lui jetèrent Ron et Potter. Draco savait pourtant qu'elle n'était pas affiliée à Salazar Serpentard, mais à ses yeux seuls son amitié avec Ron et Hermione et sa répartition à Gryffondor l'excluait de la liste des héritiers potentiels.
- Mon père ne veut rien me dire sur ce qui s'est passé la dernière fois que la Chambre des Secrets a été ouverte, reprit Draco d'un ton agacé. Bien sûr, c'était il y a cinquante ans, donc avant qu'il soit élève ici, mais il connaît toute l'histoire. Seulement, il a peur que j'attire les soupçons si je sais trop de choses là-dessus.
Dans sa mémoire, Megan ancra cette information : cinquante ans plus tôt. Elle allait pouvoir analyser la liste des élèves et professeurs présents à Poudlard à cette époque.
- En tout cas, ce qui est sûr, c'est que la dernière fois que la Chambre a été ouverte, un Sang de bourbe est mort, poursuivit Draco avec légèreté. Alors il y aura sûrement un autre mort bientôt, simple question de temps... Et j'espère que ce sera Granger, ajouta-t-il d'un air réjoui.
Ron serra les énormes poings de Crabbe. Il était prêt à frapper Draco, mais un regard de Potter l'incita au calme. Quant à Megan, elle aurait probablement fait éclater la table basse en verre si Dumbledore ne s'évertuait pas à lui apprendre la maîtrise d'elle-même.
- Est-ce que tu sais si la personne qui a ouvert la Chambre la dernière fois s'est fait prendre ? demanda Potter.
Question judicieuse, dut reconnaître Megan.
- Oh oui, je ne connais pas son nom, mais on l'a renvoyé de l'école, assura Draco. Il doit encore être à Azkaban.
- Azkaban ? répéta Potter sans comprendre.
- Voyons, Goyle, Azkaban, la prison des sorciers, répondit Draco d'un air incrédule. Tu as vraiment l'esprit lent, mon pauvre vieux. Si tu continues comme ça, tu finiras par marcher à reculons !
Il se tortilla dans son fauteuil, l'air impatient.
- Mon père m'a dit de ne pas me faire remarquer et de laisser agir l'héritier de Serpentard. Il dit qu'il faut débarrasser l'école de la racaille des Sang de bourbe, mais que je ne dois pas m'en mêler. Il a suffisamment de soucis comme ça, en ce moment. Vous êtes au courant que le ministère de la Magie a fait une perquisition au manoir, la semaine dernière ?
Megan fronça les sourcils, soucieuse. Elle savait ce que possédait la famille Malfoy que le ministère n'approuverait pas.
- Eh oui, dit Draco sans se soucier de l'absence de réponse des trois autres. Heureusement, ils n'ont quasiment rien trouvé. Mon père possède des choses très précieuses en matière de magie noire. Mais nous aussi, on a une chambre secrète, sous le parquet du grand salon...
- Ah ! dit Ron.
Draco lui jeta un coup d'œil. Megan et Potter également, et Ron rougit. Même ses cheveux avaient rougi et son nez commençait à s'allonger : l'heure était presque écoulée. Ron était en train de redevenir lui-même et Megan constata qu'il en était de même pour Potter dont la cicatrice réapparaissait petit à petit. Les garçons se tournèrent vers Megan et elle comprit à leurs visages que sa transformation aussi avait commencé. Elle écarquilla les yeux et tous trois se levèrent d'un bond.
- Il faut que j'aille soigner mon estomac, grogna Ron.
Et sans ajouter le moindre mot, Megan, Potter et lui traversèrent au pas de course la salle commune des Serpentard, se jetèrent sur le mur magique et se précipitèrent dans le couloir en espérant contre toute vraisemblance que Draco n'avait rien remarqué. Megan commençait à se sentir oppressée dans la petite robe. Ils montèrent l'escalier quatre à quatre et arrivèrent dans le hall d'entrée où résonnaient des coups sourds provenant d'un placard. Il devait s'agir de celui dans lequel Ron et Potter avaient enfermé Crabbe et Goyle. Les garçons abandonnèrent devant la porte du placard à balais leurs chaussures trop grandes et montèrent l'escalier de marbre derrière Megan pour rejoindre les toilettes de Mimi Geignarde. La jeune fille avait commencé à déboutonner le haut de sa robe pour s'en débarrasser, mais regrettait que son temps en compagnie de Draco soit déjà terminé.
- On n'a pas perdu notre temps, dit Ron, pantelant, en refermant derrière eux la porte des toilettes. On ne sait toujours pas qui a commis les agressions mais je vais écrire à Papa dès demain matin pour lui conseiller d'aller voir ce qui se passe sous le salon des Malfoy !
Megan n'eut pas le temps de se faire du souci pour les précieux objets magiques de Lucius, elle s'empressa d'aller frapper à la porte de la cabine où sa meilleure amie s'était transformée une heure plus tôt.
- Hermione, sors de là, ordonna-t-elle,
- On a plein de choses à te dire ! renchérit Ron.
- Fichez le camp ! répondit Hermione d'une petite voix aiguë.
Ron et Potter échangèrent un regard surpris et Megan fronça les sourcils.
- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Ron. Tu as dû retrouver ton aspect normal à l'heure qu'il est.
Mimi Geignarde apparut soudain, traversant la porte de la cabine. Megan ne lui avait jamais vu un air aussi réjoui.
- Attendez de voir ça, dit-elle. Une véritable horreur !
Ils entendirent cliqueter le verrou et virent Hermione sortir, secouée de sanglots, le visage caché derrière un pan de sa robe.
- Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ron, déconcerté. Tu as toujours le nez de Millicent, ou quoi ?
Hermione laissa retomber sa robe et Ron fit un pas en arrière, en manquant de tomber dans le lavabo. Son visage était entièrement recouvert d'une fourrure noire. Ses yeux étaient devenus jaunes et deux longues oreilles pointues dépassaient de ses cheveux.
- Ce... ce n'était pas un cheveu de Millicent, c'était un poil de chat, gémit-elle. Et la potion est contre-indiquée pour les métamorphoses animales.
- Aïe, dit Ron.
- Tout le monde va se moquer de toi, tu vas voir, ça va être atroce, lança Mimi Geignarde d'un ton joyeux.
Megan lança au fantôme de la jeune fille en regard si terrifiant que cette dernière fila se réfugier dans les toilettes.
- Ce n'est pas grave, Hermione, dit Potter. On va t'emmener à l'infirmerie.
- Madame Pomfrey ne pose jamais beaucoup de questions, renchérit Megan en se rappelant la morsure de dragon de Ron l'an passé.
Il fallut longtemps pour convaincre Hermione de sortir des toilettes. Mimi Geignarde accompagna leur départ d'un grand rire moqueur.
- On va bien rigoler quand tout le monde s'apercevra que tu as une queue ! S'exclama-t-elle, ravie.
