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UN JOURNAL TRÈS INTIME

Hermione resta plusieurs semaines à l'infirmerie. Lorsque les autres élèves revinrent de vacances, toutes sortes de rumeur coururent sur les raisons de sa disparition. Tout le monde pensait qu'elle avait été à son tour victime d'une agression. Les curieux se précipitaient à l'infirmerie en espérant apercevoir quelque chose, mais Madame Pomfrey avait entouré de rideaux le lit d'Hermione pour lui épargner la honte d'être vue avec un visage couvert de poils.

Megan, Ron et Potter venaient la voir tous les soirs. Lorsque les cours reprirent, ils lui apportèrent chaque jour les devoirs à faire.

- Moi, si j'avais des moustaches de chat, j'en profiterais pour arrêter de travailler pendant que je suis à l'infirmerie, dit Ron en déposant une pile de livres sur la table de chevet d'Hermione.

- Ne sois pas stupide, Ron, répliqua vivement Hermione, il faut bien que je reste au niveau.

Elle n'avait plus de poils sur la figure, à présent, et ses yeux reprenaient peu à peu leur habituelle couleur marron.

- Vous n'avez toujours rien de nouveau ? demanda-t-elle dans un murmure pour ne pas être entendue de Madame Pomfrey.

- Rien du tout, répondit Potter d'un air maussade.

- J'étais pourtant tellement sûr que c'était Malfoy, dit Ron pour la centième fois.

- Je vous l'avais bien dit, répéta Megan, inlassable.

- Qu'est-ce que c'est que ça ? demanda Potter en montrant quelque chose de doré qui dépassait de sous l'oreiller d'Hermione.

- Oh, une simple carte pour me souhaiter un bon rétablissement, répondit précipitamment Hermione en essayant de la cacher.

Mais Ron fut plus rapide qu'elle. Il saisit la carte et la déplia d'un geste.

- À Miss Granger, lut-il à haute voix, meilleurs vœux de rétablissement de la part de votre professeur attentif, Gilderoy Lockhart, Ordre de Merlin, troisième classe. Membre honoraire de la Ligue de Défense contre les Forces du Mal, cinq fois lauréat du prix du sourire le plus charmeur, décerné par les lectrices de Sorcière-Hebdo.

Ron jeta à Hermione un regard dégoûté.

- Et tu dors avec ça sous ton oreiller ?

Mais Hermione fut sauvée par Madame Pomfrey qui lui apportait ses médicaments, lui évitant ainsi d'avoir à répondre.

Megan prit congé de ses amis pour se rendre à la bibliothèque. Elle alternait ses recherches entre l'étude de la carte du Maraudeur dans le dortoir des jumeaux et l'épluchage de l'ensemble des livres disponibles à Poudlard. Elle avait découvert qu'il existait une section Archives au fond de la pièce, que même Hermione ne devait pas connaître.

- Je peux savoir ce que vous faites là, vous ?

Megan aurait sursauté si elle n'avait pas reconnu les pas de la bibliothécaire frigide qui approchait : des sons feutrés et rapprochés. Elle se retourna vers la sorcière.

- Qu'est-ce que j'ai l'air de faire ? Une partie de Bavboules ?

- Les élèves ne vont jamais dans cette section, siffla Madame Pince.

- Et pourtant ils en ont le droit.

Pendant plusieurs secondes, la jeune fille et la vieille femme s'affrontèrent du regard, puis la seconde fut contrainte d'abandonner : aucun article du règlement intérieur n'interdisait aux élèves, même de deuxième année, de consulter ces documents. Aussi Megan put retourner à sa place avec sous le bras un lourd volume consacré aux diplômes scolaires du présent siècle.

Elle apprit ainsi notamment avec surprise que le vendeur de baguettes, Ollivander, avait été à Poudlard en même temps que le professeur de Soins aux créatures magiques, Silvanus Kettleburn. La période qui l'intéressait était toutefois celle des promotions des années 1937 à 1943, la période dans laquelle se situait, selon les dires de Draco, la première ouverture de la Chambre des secrets. Les diplômes avaient cependant été mal conservés et nombre d'entre eux étaient parfaitement illisibles sur cette période. Madame Pince jetterait Megan dehors si elle la voyait tenter de jeter un sort dans son précieux repaire, aussi la jeune fille dut se résoudre à ne parcourir des yeux que ceux qui pouvait l'être : Cornelius Fudge – le Ministre de la magie n'était visiblement pas coupable des récentes attaques. De même, Millicent Bagnold, la ministre qui avait revendiqué le « droit inaliénable de faire la fête » devant la Confédération internationale des sorciers lors de sa comparution suite aux multiples violations du secret magique le soir de la chute de Voldemort semblait être une fausse piste. Saul Croaker, Bob Linzk, Tom Riddle, Cuthbert Mockridge, Myrtle Warren, Ciceron Harkiss, Willhelmina Grubbly-Plank – ces noms ne disaient rien à Megan. Barnabas Cuffe – bien sûr, le directeur de la Gazette du sorcier, ami des Boyd, les Cracmols de Megan, n'avait rien à se reprocher.

Les noms continuaient de défiler. Oscar et Olivia Williams – elle les connaissait : ses parents les avaient tués, ainsi que leurs quatre enfants, pendant la première guerre des sorciers. Albert et Saphyr Winger – de lointains cousins de Megan, Mangemorts, tués eux aussi avec le reste de leur famille, après la guerre. Wofrad Lestrange, Richer Avery, Bogis Mulciber, Roges Rosier – des noms de Mangemorts bien connus, mais dont aucun de leurs propres descendants ne se trouvait à Poudlard à ce jour. Olive Hornby – Megan se souvenait vaguement avoir entendu Mimi Geignarde parler de la hanter. Orion Black – sûrement un proche du célèbre criminel Sirius Black, mais Megan se souvenait avoir lu que la lignée s'était éteinte avec le forçat. Rufus Scrimgeour – il y avait peu de chances que l'actuel directeur du Bureau des Aurors soit l'auteur des faits de l'époque. Andros Hapril – ce pouvait-il qu'il s'agisse de l'Andros que Megan connaissait, le jardinier des Malfoy ? Elle ne connaissait que son prénom et n'était pas dans de bonnes dispositions pour interroger Draco à son sujet. De plus, le document indiquait qu'il s'agissait d'un élève de Poufsouffle, ce qui l'excluait de la liste des suspects, tout comme Pomona Sprout qui, bien que présente à Poudlard lors des deux interventions de l'Héritier, ne semblait présenter aucune menace concrète.

Emraud et Frivula Buckley. Megan contempla les noms inscrits sur les deux parchemins pendant de longues secondes. Ses grands‑parents paternels, élèves de Serpentard bien sûr, sympathisants de Voldemort. L'un avait été tué dans un accident de voiture encore non-élucidé à ce jour, et l'autre s'était suicidée après la chute de son maître. Megan se souvenait avoir retrouvé leurs noms dans ses recherches sur sa famille. D'après les documents, son grand-père était particulièrement doué pour les potions, et sa grand-mère s'était particulièrement peu démarquée en métamorphose. Le reste des résultats était effacé, mais c'était déjà une véritable découverte pour la jeune fille, qui se sentit plus proche que jamais de sa famille. Cela ne l'aidait cependant pas à avancer dans ses recherches sur l'héritier de Serpentard, puisqu'elle savait bien qu'il ne s'agissait pas d'eux non plus.

Au final, la seule piste de Megan était le nom de Robert McGonagall Junior : celle qui devait être sa sœur ou sa cousine enseignait actuellement la métamorphose à Poudlard. Mais McGonagall pouvait-elle vraiment se cacher derrière les attaques ? Elle qui avait été préfète-en-chef de Gryffondor, pourrait-elle descendre de Salazar Serpentard et avoir repris du jour au lendemain le flambeau de la lutte contre les nés Moldus et les Cracmols ? Megan n'y croyait pas une seule seconde, et elle referma le répertoire des bulletins d'un geste sec, dégageant un nuage de poussière étouffant et s'attirant les foudres de Madame Pince.

De nouveau, malgré plus d'une heure de recherche, elle n'en savait toujours pas plus que Ron, Hermione ou Potter sur l'identité de l'héritier de Serpentard. Megan ne renonçait cependant pas : le lendemain, elle consacra de nouveau son temps libre à la bibliothèque, s'attelant cette fois de nouveau à essayer d'identifier ce qui pourrait être le monstre de la Chambre, celui qui avait été capable de pétrifier un chat, un sorcier et un fantôme.

Il n'y avait pas de rayon « créatures maléfiques dans les murs de Poudlard » à la bibliothèque, et malgré qu'elle ait fréquenté de manière assidue cette partie de l'école, Megan ne savait pas réellement par où commencer. Elle erra entre les rayons en attrapant chaque livre qui serait susceptible de contenir une réponse puis s'assit à une table pour les consulter un par un.

- Tu prépares un devoir sur les pires créatures du monde magique ? demanda une voix au bout d'une nouvelle heure de lecture infructueuse.

Megan leva les yeux de Créatures abominables des profondeurs et trouva Kevan se tenant devant elle. Elle frotta ses yeux fatigués par les petits caractères et secoua la tête.

- Non, je me renseigne, dit-elle seulement.

- Tu ne te demandes pas ce qui a pu attaquer les victimes ? demanda l'adolescent en s'asseyant à la table.

- Tout le monde se le demande.

- Et beaucoup pensent que Potter le contrôle.

Megan referma Créatures abominables des profondeurs d'un coup sec.

- Et beaucoup se mettent le doigt dans l'œil jusqu'au coude ! asséna-t-elle. Potter ne ferait pas de mal à une mouche, il est évident qu'il faut maîtriser la magie noire pour lâcher le monstre de Serpentard sur Poudlard, et Potter ne sait même pas lancer un sortilège de confusion correctement ! Et puis dans « l'héritier de Serpentard » il y a « héritier de Serpentard », et vérifie la généalogie, les Potter et les descendants de Salazar ne se sont jamais croisés !

Kevan haussa les sourcils, surpris par cette réaction vive.

- Ne le prends pas comme une insulte personnelle, dit-il d'un ton apaisant. Je ne fais que répéter ce que j'entends. J'ai entendu d'autres accusations, d'ailleurs : Draco Malfoy, le professeur Snape, le professeur Dumbledore, ou encore toi.

Cette fois ce fut à Megan de hausser les sourcils, surprise.

- Dumbledore ? hoqueta-t-elle. C'est ridicule ! Même ma théorie sur McGonagall est plus pertinente que ça !

- C'est cette accusation que tu trouves la plus ridicule ? s'enquit Kevan.

- Je ne suis pas non plus descendante du fondateur, lui expliqua sombrement Megan.

Cette réalité lui déplaisait. Si elle avait été de cette grande famille, elle aurait été celle qui pouvait contrôler le monstre de Serpentard, et elle aurait pu attaquer ceux qu'elle ne voulait plus voir à Poudlard. Potter aurait été sa première victime. Pansy Parkinson la deuxième.

- Snape non plus, d'ailleurs, poursuivit-elle. Personne n'a jamais pris la peine d'ouvrir un registre de généalogie ? Comme « Les Vingt-neuf sacrés »?

- Qu'est-ce que c'est que ça ?

Megan poussa un soupir. Cet ouvrage anonyme était une référence pour les Malfoy, et elle était persuadée que toutes les grandes familles de sorciers en connaissaient l'existence. Mais après tout, les Garrow n'en faisaient pas partie.

- C'est un registre qui date du début des années trente, qui répertorie les vingt-neuf familles qui sont d'authentiques Sang-Pur.

- Qui aurait pu écrire un truc pareil ? s'étonna Kevan.

- C'est anonyme. Mais on entend souvent dire que ce serait Teignous Nott qui l'aurait écrit. C'était pour permettre à ces familles de conserver la pureté de leur sang.

- C'est aberrant !

- En soi c'est relativement ridicule puisque de nos jours toutes les familles ont connu des croisements avec des Moldus, sinon elles auraient fini par disparaître. Et se croiser trop entre grandes familles engendre des tares.

- Et toi tu connais ces vingt-neuf familles ?

- Évidemment. Et ni Potter ni Snape n'en font partie. À l'école, il y a Hannah Abbott, Millicent Bulstrode, Marcus Flint, Daphne Greengrass, Neville Longbottom, Ernie Macmillan, Draco Malfoy, Theodore Nott, Pansy Parkinson, tous les Weasley et moi.

Kevan hocha lentement la tête. Il ne se doutait pas de l'existence de ce registre, encore moins qu'il fréquentait les descendants de ces grands noms du monde magique au quotidien.

- Et Serpentard ? s'étonna-t-il. Il en fait partie ?

- Les Gaunt font partie des Vingt-neuf, ils descendent de Serpentard, expliqua-t-elle. Ce sont ses seuls descendus connus, crois-moi, j'ai cherché très longtemps pour trouver cette info.

- Alors il y a un Gaunt, à Poudlard, en ce moment ? s'enquit Kevan d'un ton pressé.

- Pas que je sache, regretta Megan. Et il n'y en avait pas non plus il y a cinquante ans, quand la Chambre avait été ouverte pour la première fois. Je commence à croire que ce n'est pas un élève. Ni un professeur… On verra bien. Il est tard, je vais rentrer.

Elle n'avait pas envie de discuter plus longtemps. Elle prit congé de Kevan, alla emprunter Créatures abominables des profondeurs pour pouvoir continuer sa lecture dans son dortoir et retourna à la salle commune de Gryffondor.

Lorsqu'elle arriva dans la pièce chauffée par le feu qui crépitait dans la cheminée, elle trouva Ron et Potter penchés au-dessus d'un petit livre à la couverture noire et miteuse.

- Qu'est-ce que c'est ? demanda-t-elle en venant s'asseoir près d'eux.

- Un journal, répondit Ron. On l'a trouvé dans les toilettes de Mimi Geignarde, quelqu'un avait voulu s'en débarrasser là-bas. Elle ne sait pas qui.

- C'est le journal de T. M. Riddle, précisa Potter. D'après Ron, il a été récompensé pour services rendus à l'école il y a cinquante ans. Mais il n'y a rien du tout à l'intérieur.

- Riddle ? répéta Megan.

Elle connaissait ce nom. Elle l'avait lu la veille, parmi les diplômes qu'elle avait passés en revue à la bibliothèque. Cet élève était présent à Poudlard lors de la première attaque du monstre de Serpentard. Intriguée, Megan voulut feuilleter le journal à son tour, mais à peine eut-elle posé les mains sur les pages qu'elle sentit un froid l'envahir et la voix glacée qui hantait ses cauchemars lui vrilla les tympans.

- Vous devriez vous en débarrasser, dit-elle aussitôt en en retirant la main.

- Pourquoi ? S'étonna Ron.

- Il y a quelque chose de mauvais avec ce journal.

Ron et Potter échangèrent un regard surpris, mais Potter ne semblait pas vouloir se séparer de son nouveau bien, ce qui agaça Megan, d'autant plus qu'elle-même ne pouvait pas s'expliquer pourquoi le petit livre lui semblait si néfaste. Il n'avait probablement pas de lien avec la Chambre des secrets, il ne s'agissait visiblement que d'une coïncidence puisqu'il n'y avait pas de Riddle à Poudlard cette année, mais l'existence du journal tarauda Megan pendant les jours qui suivirent. Elle retrouva effectivement le nom de Tom Riddle sur un écusson dans la salle des trophées, mais il n'était pas précisé pour quel service il avait reçu cette récompense. Dans les archives, elle ressortit son diplôme mais ne put qu'apprendre qu'il était un excellent élève qui avait obtenu toutes ses BUSE et tous ses ASPIC. Il avait également été préfet de Serpentard, puis préfet-en-chef, mais le nom de Riddle ne figurait absolument nulle part dans l'histoire des grandes familles de sorciers. Il devait probablement s'agir d'un enfant de Moldus, exceptionnellement doué, comme Hermione, dont la personnalité exceptionnelle aura justifié sa répartition à Serpentard. Megan ressentit un profond élan de jalousie envers l'illustre inconnu et choisit de ne plus penser à lui dorénavant.


Au début du mois de février, Hermione, débarrassée de sa fourrure, de ses moustaches et de sa queue de chat, quitta enfin l'infirmerie. Megan n'avait pas beaucoup avancé dans ses recherches sur le monstre de Serpentard et se réjouissait de pouvoir enfin bénéficier de l'aide de sa meilleure amie. Jusqu'à présent, elle n'avait qu'une certitude : le monstre de Serpentard était un serpent. En effet, si seuls Potter et elle parvenaient à entendre la voix glacée qui avait deux fois précédé les attaques, c'était que cette voix devait s'exprimer en Fourchelang. Cette évidence s'était imposée à elle peu de temps avant le retour de Hermione. Jusqu'alors concentrée sur ce que disait la voix meurtrière, elle n'avait pas prêté attention à la langue dans laquelle elle s'exprimait. De plus, aucune créature ne paraissait plus cohérente : le serpent était le symbole de la maison Serpentard et Salazar lui-même était surnommé Langue-de-Serpent. Mais malgré de nombreuses recherches, elle n'avait pas encore trouvé de serpent qui soit capable de pétrifier un animal, un vivant ou un mort.

Le soir du retour de Hermione, Megan devait aller retrouver Dumbledore pour une nouvelle leçon particulière. Depuis le début de l'année, elle avait appris à contrôler un peu mieux ses émotions, à user du sortilège d'attraction, maîtrisait le Charme du Bouclier et d'autres sorts tels que le sortilège du Repoustout, le Sortilège d'Amortissement (Dumbledore voulait que Megan soit en mesure de ralentir une éventuelle chute de Potter lors d'un match de Quidditch), le sortilège d'Explosion ou encore le sortilège de Terrassement. À chaque fois que Megan quittait le bureau du directeur à la fin d'une leçon, elle laissait la pièce dans un désordre innommable.

Ce soir-là, Megan apprit comment soigner par la magie une blessure mineure ainsi qu'un autre charme permettant de créer magiquement une attelle. La jeune fille n'était pas à l'aise avec la magie de guérison, aussi elle ne maîtrisait pas encore ces deux charmes lorsque le directeur mit fin à la leçon.

- Dis-moi, Meganna, dit posément Dumbledore en retournant s'asseoir derrière son bureau. Qu'est‑ce que tu penses des agressions qui ont eu lieu à l'école ?

La question prit la jeune fille de court. Jusqu'à présent, le directeur n'avait jamais abordé le sujet, et Megan avait renoncé à lui en parler, persuadée qu'elle se heurterait à un mur comme chaque fois qu'elle avait voulu en apprendre plus sur un sujet important.

- La Chambre des Secrets n'est pas qu'une légende, affirma-t-elle résolument. Et vous le savez très bien, vous savez aussi que ce n'est pas la première fois qu'elle est ouverte.

Dumbledore hocha lentement la tête.

- Tout le monde ignore où se trouve l'entrée, lui rappela le directeur. Pourtant quelqu'un l'a découvert, c'est évident. Il y aurait donc quelqu'un à l'école capable d'y pénétrer et d'user de la créature qu'elle renferme.

Megan hocha la tête, silencieuse. Elle ne voyait pas bien où le vieil homme voulait en venir.

- Si tu savais quoi que ce soit sur ce mystère, tu m'en parlerais, n'est-ce pas ?

- Comment voulez-vous que je sache quelque chose ? s'étonna Megan, méfiante. Vous ne croyez pas que Potter soit l'héritier, si ?

- Non, je suis certain que Mr Potter n'y est pour rien.

- Alors on en est au même point, décréta Megan. De toute façon, l'héritier ne peut pas être un élève, il n'y a pas de descendant de Salazar Serpentard dans les murs de Poudlard. Ses seuls descendants connus sont les Gaunt, et aucun Gaunt n'a l'âge d'être à Poudlard.

De toute évidence, quelqu'un avait pénétré dans le château au nez aquilin et à la barbe argentée d'Albus Dumbledore, « le plus grand sorcier de tous les temps ». Cependant, elle n'avait toujours pas repéré sur la carte du Maraudeur de nom qui lui soit étranger.

- Vous devriez chercher ailleurs, conclut Megan, lassée de faire le travail des professeurs à leur place.

Le directeur hocha lentement la tête, détaillant la jeune fille de son regard pénétrant. Celle-ci, mal à l'aise, quitta le bureau sans un mot et prit le chemin de la salle commune. Lorsqu'elle entra dans la pièce, il n'y avait plus que peu d'élèves. Assis à une table, Ron, Hermione et Potter étaient penchés sur le journal de T. M. Riddle, au grand dam de Megan.

- … J'aimerais bien savoir quel genre de service Riddle a rendu à Poudlard pour recevoir une récompense, disait Potter.

- C'était peut-être un élève exceptionnel, suggéra Ron.

- C'était le cas, dit Megan à regret en s'asseyant avec eux.

Les trois autres, qui ne l'avaient pas entendue arriver, sursautèrent, mais elle n'y prêta pas attention :

- Il a obtenu la note maximale à tous ses examens, j'ai vu son diplôme dans les archives de Poudlard. Mais ça ne suffit pas pour obtenir une récompense pour « services rendus à l'école », sinon Hermione en aurait déjà reçu une.

L'intéressée s'empourpra.

- Bon, peut-être qu'il a sauvé un professeur d'un poulpe géant, proposa Ron. Ou alors, c'est peut-être lui qui a assassiné Mimi Geignarde. C'était un grand service à rendre à la communauté.

- Qu'est-ce qui est écrit, dans le journal ? demanda Megan, s'intéressant de mauvaise grâce à la vie de l'ancien élève. Il n'en parle pas ?

- Il n'y a rien d'écrit, regretta amèrement Potter. Seulement le nom de son propriétaire, et au dos le nom d'un papetier de Vauxhall Road, à Londres. Ce qui me fait dire que c'était un enfant de Moldus.

- Humpf, lâcha Megan, dont la théorie se confirmait.

- Ah et il y a une date aussi, sur la couverture, ajouta Potter. Il a à peu près cinquante ans.

Megan ne pouvait donc tirer aucune nouvelle conclusion, elle connaissait déjà toutes ces informations, et un journal intime vide s'avérait particulièrement inutile. Mais les visages de Hermione et Potter étaient soudain devenus songeurs.

- Qu'est-ce qu'il y a ? s'enquit Ron en regardant alternativement ses deux amis.

- La Chambre des Secrets a été ouverte pour la première fois il y a cinquante ans, non ? répondit Potter. C'est Malfoy qui nous l'a révélé.

- Oui..., dit Ron sans comprendre.

- Or, tu viens de dire que ce journal intime date d'il y a cinquante ans, s'exclama Hermione d'une voix surexcitée.

- Et alors ?

- Réveille-toi un peu, Ron ! s'impatienta Hermione. On sait que celui qui a ouvert la Chambre des Secrets la première fois a été renvoyé de l'école il y a cinquante ans. On sait aussi que T. M. Riddle a reçu une récompense pour services rendus à Poudlard il y a cinquante ans. Et si Riddle avait obtenu cette récompense pour avoir démasqué l'héritier de Serpentard ? Son journal intime permettrait sans doute de tout savoir : l'emplacement de la Chambre, comment l'ouvrir et quel genre de créature y est enfermé. L'auteur des agressions actuelles n'aurait pas du tout intérêt à ce qu'un tel journal traîne n'importe où.

- Magnifique raisonnement, dit Ron. Il a juste un petit défaut : c'est qu'il n'y a rien d'écrit dans ce journal.

Hermione sortit alors sa baguette magique de son sac.

- C'est peut-être de l'encre invisible, murmura-t-elle.

Elle tapota trois fois le livre noir avec sa baguette en prononçant la formule : Aparecium ! Rien ne se produisit. Hermione ne fut pas découragée pour autant. Elle fouilla dans son sac et en retira une espèce de grosse gomme rouge vif.

- C'est un Révélateur, expliqua-t-elle. Je l'ai acheté dans un magasin de Le Chemin de Traverse.

Elle frotta vigoureusement la date du premier janvier, mais cette fois encore, rien ne se produisit.

- De toute façon, si Riddle avait découvert l'emplacement de la Chambre et ce qu'elle contient, tout le monde le saurait, ce ne serait plus un secret, fit remarquer Megan. Je ne sais pas qui ils ont arrêté, à l'époque, mais il n'a visiblement jamais avoué comment il s'y était pris pour attaquer ses victimes. Et s'il a été envoyé à Azkaban il y a cinquante ans, il est probablement déjà mort. Personne ne tient longtemps là-bas. Ce n'est pas un journal vide qui nous en apprendra plus.

Megan se recula sur sa chaise, les bras croisés sur la poitrine, fixant le carnet noir avec l'impression désagréable qu'il pouvait à tout moment les attaquer. Elle avait le sentiment qu'il y avait dans ce livre quelque chose de puissant, en lien avec la magie noire, et elle soupçonnait même qu'il ait un quelconque lien avec Voldemort. Mais elle ne pouvait faire part à ses amis de cette impression, sans quoi elle devrait leur parler du passé Mangemort de ses parents et de ses cauchemars que le Seigneur des Ténèbres hantait.

- Je te le dis, on ne trouvera jamais rien là-dedans, renchérit Ron. Riddle a dû recevoir en cadeau de Noël un carnet pour écrire son journal intime et il n'a pas eu envie de s'en servir, voilà tout.

Potter ne jeta cependant pas le journal, et Megan l'observa en tourner les pages d'un air distrait, comme s'il lisait machinalement une histoire que lui seul pouvait voir. Décidé à en apprendre plus à son sujet, il décida tôt le lendemain de se rendre dans la salle des trophées pour examiner à son tour l'écusson qui avait été offert à Riddle en guise de récompense, une idée que Hermione trouva excellente tandis que Ron, beaucoup moins convaincu, répéta à plusieurs reprises qu'il avait assez vu la salle des trophées pour le reste de sa vie à la suite de sa retenue avec Filch, bien qu'il suivît finalement les deux autres. Megan, elle, refusa de les accompagner : elle ne voulait plus entendre parler de ce journal, ni de son propriétaire.


Le soleil recommençait à briller timidement sur Poudlard. Dans le château, l'humeur était moins morose. Il n'y avait pas eu de nouvelle agression depuis celle dont Justin et Nick Quasi-Sans-Tête avaient été victimes et le professeur Sprout annonça d'un ton réjoui que les racines de Mandragores devenaient grincheuses et renfermées, ce qui signifiait qu'elles avaient grandi.

- Quand elles n'auront plus d'acné, on pourra les rempoter, dit-elle un jour à Filch. Après, nous les couperons, nous les ferons macérer et Mrs Norris retrouvera très vite la santé.

Les rumeurs au sujet de Potter persistaient. Ernie Macmillan, un élève de Poufsouffle appartenant aux Vingt‑neuf sacrés était convaincu de la culpabilité du garçon et qu'il s'était trahi le soir du club de duel. Peeves n'arrangeait rien : il avait pris l'habitude de surgir dans les couloirs en chantonnant : « Voilà Potter la vipère... » et il exécutait quelques figures de danse pour compléter le spectacle.

Gilderoy Lockhart était persuadé que c'était lui qui avait fait cesser les agressions. Il l'avait dit au professeur McGonagall pendant que les élèves attendaient en rang, devant la classe où devait avoir lieu le cours de métamorphose.

- Je pense qu'il ne se passera plus rien, Minerva, avait-il affirmé en se tapotant le bout du nez d'un air entendu. Cette fois, la Chambre des Secrets a été fermée pour un bon bout de temps. Le coupable a dû comprendre que je ne mettrais pas longtemps à le démasquer. Il valait mieux pour lui qu'il s'arrête tout de suite avant que je ne m'en mêle sérieusement. Ce qu'il faudrait maintenant, c'est trouver quelque chose qui remonte le moral des élèves. Qui leur fasse oublier les mauvais souvenirs du dernier trimestre ! Je n'en dis pas plus pour l'instant, mais j'ai ma petite idée...

Il s'était à nouveau tapoté le bout du nez avant de s'éloigner à grands pas sous le regard méprisant de Megan.

Ce fut au petit déjeuner du 14 février qu'on découvrit l'idée de Lockhart pour remonter le moral des élèves. En arrivant aux portes de la Grande Salle, Megan sentit son estomac se retourner. Les murs étaient recouverts de grosses fleurs rosé vif et des confetti en forme de cœur tombaient du plafond bleu pâle. Megan vint s'asseoir à la table de Gryffondor où elle échangea des regards écœurés avec Ron tandis que Hermione pouffait de rire.

- Qu'est-ce qui se passe ? demanda Potter en venant s'asseoir près d'eux.

Trop consterné pour parler, Ron montra du doigt la table des professeurs. Lockhart, vêtu d'une robe aussi rosée que les fleurs, fit un signe de la main pour demander le silence. Les autres professeurs assis à ses côtés gardaient un visage de marbre.

- Joyeuse Saint-Valentin ! s'écria Lockhart. Je voudrais commencer par remercier les quarante-six personnes qui m'ont envoyé une carte à cette occasion. Comme vous le voyez, j'ai pris la liberté de vous faire cette petite surprise, mais ce n'est pas fini !

Lockhart tapa dans ses mains et une douzaine de nains à l'air grincheux entrèrent alors dans la Grande Salle. Ils étaient affublés d'ailes dorées et tenaient chacun une petite harpe entre les mains. Megan déglutit.

- Voici les cupidons porteurs de messages, annonça Lockhart d'un ton réjoui. C'est eux qui seront chargés tout au long de cette journée de vous transmettre les messages de la Saint-Valentin !

- Hermione, dis-moi que tu ne fais pas partie des quarante-six imbéciles qui lui ont envoyé une carte, dit Ron, lorsqu'ils quittèrent le Grande Salle pour se rendre à leur premier cours.

Hermione sembla soudain très absorbée par le contenu de son sac et oublia de répondre. Tout au long de la journée, les nains sillonnèrent les couloirs et entrèrent dans les classes pour délivrer leurs messages, au grand agacement des professeurs. Deux nains tentèrent de livrer leurs messages à Megan, mais les malheureuses créatures n'eurent pas le temps de commencer à parler qu'elle leur avait jeté un sort. Ron passa un long moment à énoncer les différentes personnes susceptibles de lui avoir envoyé ces deux créatures, mais il mit fin à ses élucubrations lorsque Megan menaça de lui faire subir le même sort.

Vers la fin de l'après-midi, alors que les Gryffondor changeaient de salle pour aller au cours de Sortilèges, l'un des nains – le plus sinistre des douze – courut après Potter. Megan, un sourire narquois aux lèvres, observa la scène en ricanant.

- C'est toi, Harry Potter ? cria-t-il en donnant des coups de coude pour écarter les autres élèves.

Le garçon essaya de s'esquiver, mais le nain parvint à le rattraper.

- J'ai un message musical à transmettre à Harry Potter en personne, dit le nain en brandissant sa harpe d'un air menaçant.

- Non, pas ici ! protesta Potter qui tentait de s'échapper.

- Reste tranquille ! grogna le nain.

Il attrapa le sac que Potter portait à l'épaule et tira dessus pour le ramener en arrière.

- Laissez-moi tranquille ! lança Potter en essayant de se dégager.

Avec un bruit de déchirure, le sac s'ouvrit en deux, déversant sur le sol livres, parchemins, plumes et baguette magique. Pour couronner le tout, une bouteille d'encre se brisa dans sa chute et répandit son contenu sur tout le reste. Potter s'efforça de tout ramasser avant que le nain ne se mette à chanter.

- Qu'est-ce qui se passe, ici ? lança alors la voix de Draco.

Megan regarda dans une autre direction tandis que Potter, avec des gestes fébriles, fourrait ses affaires dans son sac déchiré, essayant désespérément de s'enfuir avant que son ennemi n'entende le message qui lui était destiné.

- Qu'est-ce que c'est que ce chahut ? s'écria la voix familière de Percy qui arrivait à son tour sur les lieux.

Paniqué, Potter tenta de prendre ses jambes à son cou, mais le nain le saisit par les genoux et le plaqua au sol.

- Et maintenant, tu te tiens tranquille, dit le nain en s'asseyant sur les chevilles de Potter. Voilà ton message chanté :

Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin

Ses cheveux noirs comme un corbeau, il est divin

C'est mon héros et c'est mon roi

Je voudrais tant qu'il soit à moi

Celui qui a combattu et vaincu

Le Seigneur des Ténèbres à mains nues.

Megan éclata de rire avec les autres élèves présents dans le couloir tandis que Percy faisait de son mieux pour disperser la foule des élèves, dont certains pleuraient de rire. Soudain, Draco se pencha et ramassa quelque chose. Il montra sa trouvaille à Crabbe et Goyle et Megan se rendit compte alors qu'il s'agissait du journal de Riddle.

- Rends-moi ça, dit Potter sans s'énerver.

- Je me demande ce que Potter a écrit là-dedans, dit Draco qui n'avait pas remarqué la date inscrite sur le carnet.

Un grand silence tomba. Ginny, que Megan n'avait pas vue tout de suite et soupçonnait d'être l'auteur de l'affreux poème, semblait terrifiée.

- Rends-lui ça, Malfoy, dit Percy d'un ton sévère.

- Pas avant d'avoir regardé ce qu'il y a dedans, répliqua Draco.

- En tant que préfet... commença Percy.

Mais Potter avait perdu patience.

- Expelliarmus ! s'exclama-t-il en sortant sa baguette magique.

Le journal s'envola aussitôt des mains de Draco et Ron le rattrapa avec un grand sourire.

- Harry ! s'écria Percy. Il est interdit de pratiquer la magie dans les couloirs. Je vais être obligé de faire un rapport !

Mais Potter semblait bien trop content d'avoir marqué un point contre Draco pour se soucier des conséquences. Quant à son adversaire, il avait l'air furieux, et lorsque Ginny passa devant lui pour entrer en classe, il lui lança d'un ton méprisant :

- Je crois que Potter n'a pas beaucoup apprécié ton message de la Saint-Valentin !

Ginny se cacha le visage dans les mains et se précipita dans la salle de classe. Avec un grognement, Ron sortit à son tour sa baguette, mais Potter arrêta son geste : inutile de passer encore une heure à vomir des limaces.

Fred et George passèrent la soirée à chanter à Potter « Ses yeux sont verts comme un crapaud frais du matin », et Megan s'en trouva presqu'aussi agacée que Potter. Ginny avait de toute évidence des problèmes de goût. Par ailleurs, la jeune sœur de Ron dégageait toujours une impression désagréable, semblable aux relents néfastes qu'exhalait le journal de Riddle. Ces émotions perturbaient Megan, qui ne voyait pas comment Ginny ou le carnet pouvaient avoir un lien avec Voldemort.